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  <title>Journal d'un avocat</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Thu, 02 Sep 2010 14:54:57 +0200</pubDate>
  <copyright>© maitre-eolas.fr</copyright>
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  <item>
    <title>Roms, uniques objets de mon ressentiment… (Acte I)</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/28/Roms%2C-uniques-objets-de-mon-ressentiment%E2%80%A6-%28Acte-I%29</link>
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    <pubDate>Sat, 28 Aug 2010 17:49:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Actualité du droit</category>
        <category>Droit des étrangers</category><category>Roms</category>    
    <description>    &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Le Gouvernement a donc décidé, pour
des motifs d’opportunité politique assez évidents sur lesquels je
ne m’étendrai pas, ayant assez de choses à dire par ailleurs, de
mettre en œuvre une politique d’expulsion, au sens premier du
terme&amp;#160;: «&amp;#160;pousser dehors&amp;#160;», les Roms étrangers vivant en
France.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&quot;western&quot;&gt;Ils sont fous, ces Roms, hein&amp;#160;?&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Avant d’aller plus loin, qu’est-ce
qu’un Rom&amp;#160;? Rom vient du mot &lt;em&gt;Rrom&lt;/em&gt;, en langue &lt;em&gt;romani&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;
(l’orthographe a été amputé d’une lettre en français, la
double consonne initiale n’existant pas dans cette langue), qui
signifie «&amp;#160;homme&amp;#160;» au sens d’être humain (féminin&amp;#160;:
&lt;/span&gt;&lt;em&gt;Roma&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;&amp;#160;; pluriel&amp;#160;:
&lt;/span&gt;&lt;em&gt;Romané&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;).&lt;/span&gt; Il
s’agit d’un peuple parti, semble-t-il (la transmission de la
culture étant orale chez les Roms, il n’existe pas de source
historique fiable, mais tant la langue &lt;em&gt;romani&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;
parlée par les Roms que la génétique confirme l’origine
géographique indienne)&lt;/span&gt;, du Nord  de l’Inde (Région du
Sindh, dans l’actuel Pakistan, et du Penjab pakistanais et indien)
aux alentours de l’an 1000 après Jésus-Christ, sans doute pour
fuir la société brahmanique de l’Inde qui les rejetait comme
intouchables (c’est donc une vieille tradition pour eux que d’être
regardés de travers par leur voisin). &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Ils sont arrivés en Europe via la
Turquie au XIVe siècle, suivant les invasions des Tatars et de
Tamerlan, et s’installèrent dans l’Empire byzantin (qui les
appelle &lt;em&gt;Ατσίγγανος&lt;/em&gt; , &lt;em&gt;Atsinganos&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;,
«&amp;#160;non touchés&amp;#160;», du nom d’une secte pré-islamique
disparue, dont les zélotes refusaient le contact physique&amp;#160;; quand
les Roms arrivèrent, les byzantins, qu’on a connu plus rigoureux
dans leur réflexion, les prirent pour des membres de cette secte),
ce qui donnera tsigane&lt;/span&gt;, &lt;em&gt;Zigeuner&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;
en allemand et&lt;/span&gt; &lt;em&gt;Zingaro&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;
en italien. Ceci explique que leur foyer historique se situe dans&lt;/span&gt;
les actuelles Turquie, Roumanie, Bulgarie, pays qui restent les trois
principales populations de Roms, et dans les Balkans
(ex-Yougoslavie).&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Outre des professions liées au
spectacle ambulant, les Roms se sont spécialisés dans des
professions comme ferronniers et chaudronniers, &lt;em&gt;Γύφτοs,
Gyftos, &lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;ce qui donnera Gypsies
en anglais, &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Gitano&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt; en
espagnol, et Gitan et Égyptien en Français (dans Notre Dame de
Paris, la Recluse appelle Esmeralda «&amp;#160;Égyptienne&amp;#160;»&amp;#160;; et
Scapin appelle Zerbinette «&amp;#160;crue d’Égypte&amp;#160;»). &lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;Le roi
de Bohême (actuelle république Tchèque) leur accordera au XVe
siècle un passeport facilitant leur circulation en Europe, d’où
leur nom de Bohémiens. De même, le Pape leur accordera sa
protection (Benoît XVI est donc une fois de plus un grand
conservateur) Leur arrivée en France est attestée à Paris en 1427
par le Journal d’un Bourgeois de Paris (qui leur fit très bon
accueil) — C’est d’ailleurs à cette époque que se situe
l’action du roman d’Hugo &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Notre Dame de Paris&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;.
&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;Pour
en finir avec les différents noms qu’on leur donne, Romanichel
vient du romani &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Romani Çel&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;,
«&amp;#160;groupe d’hommes&amp;#160;», Manouche semble venir du sanskrit
manusha, «&amp;#160;homme&amp;#160;», soit le mot Rrom en romani, et Sinti
semble venir du mot Sind, la rivière qui a donné son nom à la
province du Sindh dont sont originaires les Roms. Sinti et Manouche
désignent la même population rom établie dans les pays
germanophones et presque intégralement exterminés lors de la
Seconde guerre mondiale  C’est pourquoi le mot Tsigane, évoquant
l’allemand &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Zigeuner&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;,
d’où le Z tatoué sur les prisonniers roms, est considéré comme
blessant aujourd&amp;#8217;hui .&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;Il
convient ici de rappeler que les Roms ont été, aux côtés des
Juifs, les cibles prioritaires de la politique d’extermination
nazie. Le nombre de victimes du génocide, que les Roms appellent
&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 0%; -moz-background-clip: border; -moz-background-origin: padding; -moz-background-inline-policy: continuous;&quot;&gt;Samudaripen
(«&amp;#160;meurtre collectif total&amp;#160;»)&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 0%; -moz-background-clip: border; -moz-background-origin: padding; -moz-background-inline-policy: continuous;&quot;&gt;,
se situe aux alentours de 500&amp;nbsp;000, avec pour les Sinti allemands
entre 90 et 95% de morts. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Ces mots peuvent être utilisés
indifféremment pour désigner les Roms, encore que les siècles
d’installation dans des pays différents ont fait apparaître des
différences culturelles profondes. Même la langue romani n’est
plus un dénominateur commun, puisque les Roms d’Espagne et du sud
de la France, les Gitans, parlent le &lt;em&gt;kalo&lt;/em&gt;, un sabir mâtiné
d’espagnol, depuis qu’une loi espagnole punissait de la
mutilation de la langue le fait de parler romani (les espagnols ont
un atavisme profond avec les langues, mais c’est un autre sujet).&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;En 1971&amp;#160;s’est tenu à Londres le
Congrès de l’Union Rom Internationale (IRU) qui a adopté le terme
de «&amp;#160;Rom&amp;#160;» pour désigner toutes les populations du
peuple rom, d’où l’usage de ce terme dans ce billet (ce que les
gitans refusent, eux se disent &lt;em&gt;kalé&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;)&lt;/span&gt;.
Le mot rom ne vient donc absolument pas de Roumanie, ni de Rome, bien
que ce peuple se soit installé en Roumanie et auparavant dans
l’Empire romain d’Orient.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Je ne puis conclure ce paragraphe sans
vous inviter à lire les commentaires de cet article, où je ne doute
pas que des lecteurs plus érudits que moi apporteront de précieuses
précisions ou, le cas échéant, rectifications.
&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&quot;western&quot;&gt;Tous les chemins mènent aux Roms&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Les Gens du voyage sont-ils des Roms&amp;#160;?
En un mot, non. Le nomadisme n’est pas une tradition chez les Roms,
mais une nécessité historique. Aujourd&amp;#8217;hui , entre 2 et 4% des Roms
sont du voyage, c’est-à-dire ont fait le choix d’une vie nomade.
Et beaucoup de gens du voyage ne sont pas roms, comme les &lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;Yéniches,
que l’on prend souvent pour des Roms. Les forains sont aussi
nomades, mais du fait de leur profession, et pour la plupart ne sont
pas Roms. Et si demain, il vous prenait la fantaisie de vivre une vie
nomade, vous deviendriez aussitôt Gens du Voyage, sans pour autant
devenir Rom (sauf aux yeux des lecteurs du Figaro). Un abus de
langage est apparu du fait que la Constitution française interdit
toute distinction sur une base ethnique. Le terme de Gens du Voyage,
neutre de ce point de vue, est souvent employé aux lieu et place du
mot Rom. Or ce ne sont pas des synonymes. &lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Ce qui d’emblée montre que le
problème des occupations illégales de terrains, publics ou privés,
par des Roms ne vient pas uniquement du fait que la loi Besson (pas
Éric, non, celui qui est resté de gauche, &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Besson&quot;&gt;Louis&lt;/a&gt;)
du 5 juillet 2000, qui oblige les communes de plus de 5000 habitants
à prévoir des aires d’accueil, est allègrement ignorée par la
majorité des maires.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Quand un Rom viole la loi, c’est mal.
Quand l’État viole la loi, c’est la France. Laissez tomber,
c’est de l’identité nationale, vous ne pouvez pas comprendre.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;La majorité des Roms en France sont
Français, et leur famille l’est même depuis plusieurs siècles.
Les Roms ont de tout temps adopté le style de vie des pays où ils
se sont installés, jusqu’à la religion (ils sont catholiques en
France, protestants en Allemagne, musulmans en Turquie et dans les
Balkans), et il ne viendrait pas à l’idée d’un Rom de donner à
ses enfants un prénom qui ne soit pas du pays où il nait (lire les
prénoms des enfants d’une famille rom permet parfois de retracer
leur pérégrination&amp;#160;; exemple&amp;#160;: Dragan, Mikos, Giuseppe,
Jean-Pierre). Cela ne les empêche pas de garder vivace la tradition
rom, à commencer par la langue romani, et l’importance primordiale
de la famille élargie (la solidarité n’est pas un vain mot chez
les Roms). Il est d’ailleurs parfaitement possible qu’un de vos
collègues de travail soit Rom et que vous ne l’ayez jamais
soupçonné.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Naturellement, ces Roms ne sont pas
personnellement menacés par la politique actuelle, même s’il est
probable qu’ils la vivent assez mal.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Les Roms étrangers sont donc quant à
eux des migrants qui veulent une maison qui ne bouge pas, et habitent
des habitations de fortune, triste résurgence des bidonvilles. Ils
viennent de pays qui ont toujours refusé l’intégration des Roms,
en faisant des parias dans leur propre pays. Même si l’intégration
à l’UE de ces pays a conduit à un changement total de politique,
les états d’esprit, eux n’ont pas changé, et le rejet répond
hélas souvent au rejet. Certains Roms se sont sédentarisés et tant
bien que mal intégrés, comme les &lt;em&gt;Kalderashs&lt;/em&gt; (du roumain
&lt;em&gt;Căldăraşi&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;, chaudronniers,
habiles travailleurs du métal, en particulier du cuivre)&amp;#160;; d’autres,
comme les nomades, forment une société fermée et hostile aux &lt;/span&gt;&lt;em&gt;gadjé&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;
— aux non-Roms. La plupart des Roms de Roumanie qui viennent en
France sont des &lt;/span&gt;&lt;em&gt;kalderashs&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;,
et non des nomades, fuyant la misère et le rejet dont ils font
l’objet dans leur pays. Donc, pas des gens du voyage.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;Les
roms des Balkans (ils sont nombreux en Serbie et au Kosovo) fuient
eux aussi la misère, même si certains demandent l’asile (très
peu l’obtiennent) prétendant faire l’objet de persécutions. Il
faut reconnaître que lors de la guerre du Kosovo en 1999, des Roms
ont été recrutés par les troupes serbes pour se livrer à des
opérations militaires de nature à intéresser le tribunal pénal
international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), et se sont acquittés
de cette tâche avec un zèle qui n’a pas laissé de très bons
souvenirs auprès des populations kosovares (j’entends par là&amp;#160;:
albanais du Kosovo). &lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&quot;western&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;Des Roms, des
stats et de la bière nom de Dieu&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Une question se pose, et je ne tiens
pas à l’éluder&amp;#160;: celle des Roms et de la délinquance. Le lien
est certain, les chiffres ne mentent pas. Partout en Europe, les Roms
sont bien plus victimes de la délinquance que les autres
populations. Destructions de biens, agressions racistes, sur lesquelles les autorités
ferment bien volontiers les yeux, d’autant plus que les Roms, on se
demande pourquoi, ont développé à leur encontre une certaine
méfiance, quand ce ne sont pas des pogroms. Sans compter les crimes
contre l’humanité subis par ce peuple, que ce soit le génocide
nazi ou la réduction en esclavage en Valachie et en Moldavie —oui,
des esclaves en Europe— jusqu’à la seconde moitié du XIXe
siècle.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Ce n’est pas une boutade, c’est une
réalité&amp;#160;: la délinquance, les Roms en sont d’abord victimes. On a
déjà vu que même en France, État de droit imparfait mais État de
droit, &lt;a href=&quot;http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2010/07/29/quand-nos-amis-tsiganes-vont-attaquer-l-etat-francais.html&quot;&gt;l’État ne respecte pas la loi Besson&lt;/a&gt;. Vous verrez dans la
suite de ce billet qu’au moment où je vous parle, il fait encore
pire à leur encontre puisque la politique d’expulsion mise en
œuvre est illégale. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les
juges administratifs. &lt;a href=&quot;http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=MEMO/10/384&amp;amp;format=HTML&amp;amp;aged=0&amp;amp;language=FR&amp;amp;guiLanguage=en&quot;&gt;L’Union
européenne l’a remarqué&lt;/a&gt;. &lt;a href=&quot;https://wcd.coe.int//ViewDoc.jsp?Ref=PR608%282010%29&amp;amp;Language=lanFrench&amp;amp;Ver=original&amp;amp;BackColorInternet=F5CA75&amp;amp;BackColorIntranet=F5CA75&amp;amp;BackColorLogged=A9BACE&quot;&gt;Le
Conseil de l’Europe l’a remarqué&lt;/a&gt;. &lt;a href=&quot;http://www.unog.ch/unog/website/news_media.nsf/%28httpNewsByYear_en%29/16D52D1CBC685E5BC125778C00319870?OpenDocument&amp;amp;cntxt=0254E&amp;amp;cookielang=fr&quot;&gt;L’ONU
l’a remarqué&lt;/a&gt;. &lt;a href=&quot;http://www.lesoir.be/actualite/france/2010-08-22/expulsions-de-roms-la-france-rappelee-a-l-ordre-par-le-pape-788761.php&quot;&gt;Le
Pape l’a remarqué&lt;/a&gt;. L’UMP n’a rien remarqué.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Mais n’esquivons pas la question de
la délinquance de Roms. De Roms, pas DES Roms. Elle existe, c’est
indéniable, ne serait-ce du fait qu’aucun groupe humain n’est
épargné. Est-elle plus élevée que dans les autres groupes sociaux
? C’est probable. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Évacuons rapidement une question sur laquelle je reviendrai dans le prochain billet&amp;#160;: l&amp;#8217;occupation sans droit ni titres de terrains publics ou privés. Il ne s&amp;#8217;agit pas de délinquance, puisqu&amp;#8217;au pire (occupation d&amp;#8217;un terrain public), ces faits sont punis d&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006398642&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070667&amp;amp;dateTexte=20100827&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;une contravention de grande voirie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Les causes premières de la
délinquance, au-delà du mécanisme intime et personnel du passage à
l’acte, qui fonde la personnalisation de la peine, sont la pauvreté
(liée au chômage ou à la précarité de l’emploi&amp;#160;; un CDD est
aussi rare dans une audience correctionnelle que la vérité dans la
bouche d’Éric Besson), l’exclusion (qu’entraîne mécaniquement
le fait d’être sans-papier, notamment), le faible niveau
d’instruction (qui empêche d’accéder aux professions
rémunératrices), outre le fait que la délinquance concerne surtout
des populations jeunes (le premier enfant a un effet remarquable sur
la récidive).&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Vous avez remarqué&amp;#160;? Je ne viens pas
de vous dresser un portrait du jeune versaillais. Plutôt celui du
jeune Rom des terrains vagues. Ou du jeune des cités, soit dit en
passant pour la prochaine fois ou on tapera sur eux. À vous de voir
avec votre conscience si vous voulez y ajouter une composante
génétique.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Parce qu’aucune statistique n’existe
sur la délinquance des Roms. Aucune. Tout simplement parce que ce
serait interdit&amp;#160;: Rom est une origine ethnique, or la loi prohibe la
constitution de fichier sur des bases ethniques ou raciales — suite
à un précédent quelque peu fâcheux.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Donc quand le ministre de l’intérieur
Brice Hortefeux, que l’on a connu plus méticuleux en matière
d&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/28/../post/2010/06/12/Le-jugement-condamnant-Brice-Hortefeux-pour-injure-raciale&quot;&gt;arithmétique
ethnique&lt;/a&gt;, prétend présenter des &lt;a href=&quot;http://www.leparisien.fr/politique/hortefeux-devoile-des-statistiques-inedites-sur-la-delinquance-des-roms-25-08-2010-1042429.php&quot;&gt;statistiques
de la délinquance des Roms&lt;/a&gt; pour justifier la politique du
Gouvernement, il ment. Je sais, ça devient une tradition de ce
Gouvernement, mais que voulez-vous, je n’arrive pas à m’y faire.
Quelqu’un, je ne sais plus qui, m’a mis dans la tête l’idée
saugrenue de République exemplaire, du coup, je fais un blocage.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Le ministre de l’intérieur a cru
devoir présenter publiquement (sur RTL) le 25 août des statistiques
fondées sur «&amp;#160;une étude des services de police&amp;#160;», non
sur l’origine ethnique, interdite, mais sur la nationalité du
délinquant, roumaine en l’occurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Mes lecteurs ayant suivi jusqu’ici
ont déjà compris l’inanité de l’affirmation. Rom ne veut pas
dire Roumain, et le ministre joue ici sur la ressemblance des termes,
et l’inculture de son auditoire. Mes lecteurs sachant faire la
différence entre un mot sanskrit et un mot latin, je ne m’attarderai
pas sur ce stratagème grossier, qui ne trompera que qui veut être
trompé.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;De plus, les services de police, même
si on leur fait perdre un temps précieux depuis des années à
collectionner des statistiques inutiles hormis à la communication
gouvernementale, ne sont pas un service de statistique. La méthode
de récolement des données n’a rien de scientifique et n’a jamais
eu la prétention de l’être. Elle repose sur les délits constatés
ou dénoncés, ayant donné lieu à élucidation. Donc préalablement
à enquête. Or la distribution des effectifs et des moyens (limités,
et de plus en plus du fait de ce même Gouvernement) dépend pour
l’essentiel des directives données par ce même Gouvernement.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Je m’explique. Le Gouvernement estime
que l’opinion publique, qu’il confond hélas trop volontiers avec
le peuple souverain, est particulièrement remontée contre les vols
à la tire (les pickpockets) ou à l’arraché (qui en est une
variante un peu plus bourrin) dans les transports en commun. Le
ministre de l’intérieur va demander aux forces de police de mettre
la pression contre cette délinquance. Le commissaire de police va
recevoir cette instruction et va redistribuer ses effectifs, qui
préalablement luttaient contre les violences faites aux personnes,
sur les voleurs du métro. Mécaniquement, le nombre d’interpellation
pour des faits de violence va baisser. Les policiers interviendront
toujours lors d’une bagarre, mais n’arrêteront personne pour des
faits de violences légères, puisque leur mission est de surveiller
les voleurs à la tire. Un délit constaté de moins = baisse de la
statistique correspondante, sans que la réalité n’ait changé en
quoi que ce soit. En revanche, plus de voleurs à la tire seront
arrêtés (car la police reste malgré tout plutôt efficace dans son
boulot). Augmentation de la statistique, sans lien avec l’évolution
de la réalité. Voilà la méthodologie qui préside à la
confection de ces statistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;C’est pourquoi le ministre peut
proclamer des chiffres aussi aberrants, et sans hélas faire tiquer
qui que ce soit, qu’une augmentation de 138% en un an de la
délinquance roumaine. Personne ne fait le lien avec une autre
donnée, qui indique que 13,65% des auteurs de ces vols seraient
Roumains (sous-entendu&amp;#160;: Roms). C’est-à-dire que 13,65% des
délinquants sont responsables d’une augmentation de 138% des délits. Qui a
dit que les Roms étaient des feignants&amp;#160;?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;D’autant plus que pour fréquenter un
peu les prétoires parisiens, je suis assez bien placé pour savoir
qu’il existe aussi une délinquance roumaine non-rom, assez active
ces derniers mois, dite de l’escroquerie aux «&amp;#160;Yes-card&amp;#160;».
Une Yes-card est une fausse carte de crédit qui, quel que soit le
code que vous tapez, renvoie toujours une réponse positive au
lecteur, faisant croire que la banque a accepté la transaction. Des
Roumains achètent ainsi des vêtements de marque et des parfums, et
vont les revendre à Bucarest. C’est une atteinte aux biens,
commise par des Roumains, mais pas par des Roms. Sauf dans les
statistiques de M. Hortefeux.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Brisons là, ce billet mérite je pense
d’être soumis à vos commentaires. Le deuxième volet sera centré
sur le droit des étrangers et portera sur les mesures actuelles
d’expulsion, pour lesquelles le Gouvernement use selon les cas de
deux méthodes&amp;#160;: soit violer la loi, soit se payer votre tête.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Et fort cher, si ça peut vous
consoler.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/28/Roms%2C-uniques-objets-de-mon-ressentiment%E2%80%A6-%28Acte-I%29#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Et si on réfléchissait un peu à l'affaire Ribéry ?</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/25/Et-si-on-r%C3%A9fl%C3%A9chissait-un-peu-%C3%A0-l-affaire-Rib%C3%A9ry</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:4b623ca98b93493df4c3b985f7c6ad51</guid>
    <pubDate>Wed, 25 Aug 2010 10:58:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Actualité du droit</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Parce qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;y a que la Faculté pour garder les siennes quand un scandale portant sur le sexe éclate, je vous invite à lire les propos pondérés, raisonnables et étayés du professeur Francis Caballero, dans Le Monde daté du 23 août.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je partage entièrement son point de vue (je vous indique d&amp;#8217;ailleurs qu&amp;#8217;en cas de condamnation, aussi légère fût-elle, les footballeurs impliqués seront inscrits au fichier judiciaire des auteurs d&amp;#8217;infractions sexuelles, et obligés pendant 20 ans de déclarer leur adresse tous les ans à la police et de déclarer tout changement d&amp;#8217;adresse dans les 15 jours, sous peine de deux ans de prison), et notamment sur la conclusion (ou comment détruire celle qu&amp;#8217;on prétend protéger).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J&amp;#8217;en profite d&amp;#8217;ailleurs pour vous signaler que tout commentaire mentionnant le prénom ou le nom de famille de cette jeune fille sera purement et simplement supprimé. C&amp;#8217;est assez d&amp;#8217;avoir fait de son prénom, plutôt rare, un synonyme de prostitution, quand ce n&amp;#8217;est pas d&amp;#8217;un mot plus désobligeant. Et elle n&amp;#8217;est pas le sujet de cet article.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bonne lecture.
&lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/08/23/affaire-ribery-defense-du-client-d-une-prostituee-mineure_1401663_3232.html&quot;&gt;Affaire Ribery&amp;#160;: Défense du client d&amp;#8217;une prostituée &amp;#8220;mineure&amp;#8221;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Mise à jour sur l'affaire Bettencourt</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/23/Mise-%C3%A0-jour-sur-l-affaire-Bettencourt</link>
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    <pubDate>Mon, 23 Aug 2010 10:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Actualité du droit</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;— Bonjour, Raymond.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Hi&amp;#160;! C’est vous, Maître&amp;#160;? Quelle peur vous m’avez faite&amp;#160;! Je croyais que vous étiez en vacances.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— En vérité, je le suis, mon petit Raymond. Mais avec un jet privé, on peut toujours faire un saut au bureau en rentrant de la plage.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et que me vaut l’honneur de votre visite&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— D’abord, m’assurer que tu ne passes pas tes journées au cabinet à regarder en boucle Les Yeux Dans Les Bleus.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C’est que vous connaissez mon goût pour la Science-fiction…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et ensuite, pour faire un point sur l’affaire Bettencourt, &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/02/L-affaire-Bettencourt-et-l-affaire-Woerth&quot;&gt;qui fut l’objet de notre première discussion.&lt;/a&gt; Billet dont la relecture est ici recommandée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je m’en souviens. Mais pourquoi revenir au cabinet toutes affaire cessantes, et si je puis me permettre de rajouter en maillot de bain et tongs, en plein mois d’août, alors que vous n’attendiez rien de nouveau avant plusieurs mois&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C’est qu’il sera dit que rien ne sera normal dans cette affaire. Alors que j’ai pour ma part des appels qui languissent devant la Cour de la rue Carnot depuis bientôt un an, celle-ci a été audiencée le 17 août dernier. Si tu veux mon avis, Raymond, il n’y a pas que mon jet privé qui a été sollicitée de retour de la plage, puisque la Dream Team était au complet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— À savoir&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Olivier Metzner pour la partie civile n°1, Françoise Bettencourt-Meyers, qui est à l’origine du procès. Georges Kiejman pour la partie civile n°2, Liliane Bettencourt, qui ne veut pas du procès. Et Hervé Témime pour le prévenu,  François-Marie Banier, qui attend que les parties civiles n°1 et 2 aient réglé leur différend pour savoir ce qu’il advient de lui.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C’est méritoire de leur part, même si je crois savoir qu’aucune des parties ne bénéficie de l’aide juridictionnelle.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C’est certain. Cette audience a une vertu, c’est qu’elle m’a permis de faire le point sur l’état procédural du dossier, qui soulevait beaucoup d’interrogations, si tu t’en souviens.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Dans le doute, rafraichissez-moi donc la mémoire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Louable prudence. Tu te souviens qu’à l’approche de l’audience devant le tribunal, prévue le 1er juillet, des enregistrements de conversations surprises entre la principale intéressée, Liliane Bettencourt, et diverses personnes, ont été rendues publiques par la presse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Certes.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Devant cet élément nouveau, dont l’origine illicite était indifférente à leur recevabilité comme preuve, la présidente du tribunal a décidé d’un supplément d’information qu’elle s’est confiée à elle-même, ce qui est tout à fait légal, malgré l’opposition du parquet, qui se proposait de procéder lui-même à une enquête.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Sans toutefois que la présidente ne fixât une nouvelle date d’audience.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ce qui était le nœud du problème juridique. Le parquet a aussitôt fait appel de ce jugement, ainsi que l’avocat de la partie civile n°2, un peu plus tard.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Appel que vous estimiez immédiatement recevable, et donc dessaisissant la juge.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Absolument. Deux précautions valant mieux qu’une, et l’erreur et moi partageant le fait d’être humains, le parquet a en outre déposé une requête en examen immédiat de cet appel. Mais pas la partie civile n°2.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Formalité qui n’est exigée que dans les hypothèses où l’appel n’est pas immédiatement recevable, puisque le tribunal n’a pas statué au fond.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Exactement. Or on a appris peu de temps après que le président de la chambre des appels correctionnels de Versailles, celui-là même que je me languis tant de voir pour mes dossiers, avait rejeté cette requête.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Pour quel motif&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Voilà bien le problème. Il n’a pas à donner de motif à ce refus. Une simple mention «&amp;#160;rejet&amp;#160;» avec sa signature suffit. Je ne savais pas pourquoi il a refusé, ce qui a provoqué une situation fort rare.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Laquelle&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— J’ai douté de moi. Ce refus signifiait-il&amp;#160;: «&amp;#160;je rejette cette requête qui est infondée puisque l’appel est immédiatement recevable&amp;#160;», ce qui était mon opinion, ou «&amp;#160;je rejette cette requête car j’estime que le tribunal doit vider sa saisine, c’est-à-dire aller au bout et juger cette affaire&amp;#160;», ce qui m’aurait contredit. J’étais dans les affres de l’incertitude jusqu’à l’annonce de cet audiencement augustin.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Car il démontrait que vous aviez raison&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Eh oui, mon Raymond, car c’est bien l’appel de la partie civile n°2 qui était audiencé en même temps que celui du parquet, ce qui démontre que la cour a implicitement adopté une position identique à la mienne&amp;#160;: l’appel était immédiatement recevable, de droit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— L’affaire Bettencourt a donc été jugée&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Non, rassure-toi. Je te rappelle que l’appel ne peut porter que sur ce qui a été jugé. Or ici, la seule chose que le tribunal a décidé est de procéder à un supplément d’information. La cour a donc examiné l’appel sur ce supplément d’information.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ah, oui&amp;#160;! Si elle estime que le tribunal a eu raison, elle lui fera retour du dossier. Sinon, elle devra évoquer, et c’est à dire, juger l’affaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Oui. On peut imaginer que la cour modifie et encadre le supplément d’information et rende néanmoins le dossier au tribunal. C’est théoriquement possible, mais ce n’est pas la pratique de la jurisprudence. Rendre un dossier à un juge qui a été partiellement désavoué par sa cour d&amp;#8217;appel est délicat. Le juge en sort forcément affaibli. Et face à trois avocats de cette trempe, cela promet un hallali. Dans l’intérêt de la justice, il faudrait que la cour évoquât dès lors que le jugement est un tant soit peu infirmé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Cela suppose que dans ce dossier, l’intérêt de la justice prime en effet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Raymond, je te trouve bien cynique et ne puis partager cette vision négative. Je ne doute pas un seul instant que tout le monde n’ait à l’esprit que cet intérêt dans cette affaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— À présent, je n’ai plus aucun doute. Et que s’est-il passé à l’audience&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Le Nouvel Obs avait dépêché Éric Pelletier et Jean-Marie Pontaut qui nous ont gratifié d’&lt;a href=&quot;http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/bettencourt-la-bataille-des-enregistrements-clandestins_913085.html&quot;&gt;un compte-rendu d’audience&lt;/a&gt; exhaustif dont voici la synthèse.
Tout d’abord, la parole est donné à l’appelant, soit la partie civile n°2, Liliane Bettencourt, la victime qui ne cesse de dire qu’elle n’est pas victime. Celle-ci demande l’annulation du jugement ayant ordonné le supplément d’information et de tous les actes d’ores et déjà accomplis par la présidente. Dans cette hypothèse, la cour serait obligée d’évoquer, ayant annulé le jugement. Son avocat, Georges Kiejman, a eu des mots très durs pour qualifier la situation «&amp;#160;chaotique&amp;#160;» régnant à Nanterre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Que dit la partie civile n°1&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Françoise Meyers-Bettencourt, fille de la victime qui dit que sa mère est victime sans le savoir, conclut en sens inverse. Le supplément d’information lui semble parfaitement légitime et elle demande que ce dossier retourne au tribunal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Son avocat veut donc savoir d’où proviennent ces enregistrements&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Non, il le sait fort bien. Tout semble indiquer que c’est lui qui a fourni ces enregistrements à la presse, &lt;a href=&quot;http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2010/07/13/laffaire-bettencourt-le-monde-olivier-metzner-et-moi/&quot;&gt;comme l’a révélé Pascale Robert-Diard sur son blog&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Alors pourquoi appuie-t-il ce supplément d’information qui risque de le mettre en cause&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je ne puis prétendre être dans le secret des Dieux. Mais de ce supplément peut ressortir des éléments favorables à sa thèse d’une Liliane Bettencourt manipulée. Il faut se souvenir que le principal obstacle qui se dresse devant lui est la recevabilité de son action&amp;#160;: sa cliente n’est pas victime directe de l’infraction et va probablement être déclarée irrecevable. Mais si avant d’être ainsi boutée hors du prétoire, elle peut obtenir de la justice qu’elle recherche une preuve qu’elle même est bien en peine de fournir, ce qui a conduit à l’échec de la procédure de mise sous tutelle, elle aura malgré tout gagné l&amp;#8217;essentiel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— À qui la parole ensuite&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Au ministère public. Qui va avoir une position fort curieuse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Qu’est-ce à dire&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— N’oublions pas que le parquet de nanterre est appelant&amp;#160;: lui aussi demande que le dossier soit évoqué par la cour, et donc définitivement retiré au tribunal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je ne l’oublie pas.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Pourtant, à en croire les deux journalistes présents, le parquet général (ainsi nomme-t-on le parquet d&amp;#8217;une cour d&amp;#8217;appel, par opposition à paruqet tout court pour celui d&amp;#8217;un tribunal) n’a rien requis dans ses réquisitions.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Comment ça&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Verbatim&amp;#160;: «&amp;#160;La jurisprudence ne correspond à aucun des cas vous ayant été soumis &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/23/par Me Kiejman, puis par Me Metzner&quot; title=&quot;par Me Kiejman, puis par Me Metzner&quot;&gt;par Me Kiejman, puis par Me Metzner&lt;/a&gt; La jurisprudence, c&amp;#8217;est aussi votre décision à venir.&amp;#160;»  C’est sur cet apophtegme cabalistique que l’avocat général s’est rassis.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Nous voilà bien avancés.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C’est ce qu’ont du penser les Conseillers de la cour. Je te rappelle, cher Raymond, que les juges siégeant dans une cour, que ce soit d’appel ou de cassation, prennent le titre de «&amp;#160;conseillers&amp;#160;», souvenir du temps où les cours d’appel, qu’on appelait Parlement, conseillaient le roi. Cette position en retrait du parquet général tranche avec l’activisme du parquet de Nanterre qui a fait des pieds et des mains pour torpiller ce dossier devant le tribunal. On dirait qu’il n’a pas réussi à communiquer son enthousiasme au parquet général.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et enfin, qu’en dit le prévenu&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Il se rallie à l’appel de Liliane Bettencourt et à la thèse de son avocat&amp;#160;: l’appel est recevable (cela semble d’ailleurs acquis à ce stade) et la cour doit évoquer, cette affaire ne pouvant être jugée sereinement à Nanterre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et qu’a décidé la cour&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Elle rendra son arrêt (une cour, cher Raymond ne rend pas des jugements, apanages des tribunaux, mais des arrêts) le 14 septembre prochain. Retour du dossier au tribunal avec sa bénédiction à la présidente Prévost-Desprez pour procéder à son supplément d’information, ce qui serait un camouflet pour le procureur Courroye&amp;#160;? Retour du dossier avec une modification de l’objet de ce supplément, ce qui serait un camouflet pour la présidente&amp;#160;? Infirmation et évocation, ce qui serait une victoire pour le parquet&amp;#160;? J’ai une légère préférence pour cette dernière thèse, car elle est le seul moyen de sortir du cul-de-sac dans lequel le tribunal s’est fourré en ne fixant pas une nouvelle date d’audience, outre le problème de la sérénité de la justice, qui n’existe visiblement pas à Nanterre pour cette affaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je serai bien sûr là pour commenter cette décision et ses conséquences. Maintenant, si tu veux bien m’excuser, cher Raymond, mais j’ai laissé mon Jet privé garé en double file.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>C'est la faute à mon père (justice fiction)</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/15/C-est-la-faute-%C3%A0-mon-p%C3%A8re-%28justice-fiction%29</link>
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    <pubDate>Sat, 21 Aug 2010 23:45:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Dadouche</dc:creator>
        <category>Commensaux</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Par Dadouche et Gascogne&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;



&lt;p&gt;Tribunal de Framboisy, audience correctionnelle à juge unique du 35 mai 2013. L&amp;#8217;huissier appelle&amp;#160;: &amp;#8220;Dossier 15, Rabachon Michel et Michu Jocelyne épouse Rabachon&amp;#8221;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un couple s&amp;#8217;avance à  la barre. Il n&amp;#8217;est pas très à l&amp;#8217;aise, elle est manifestement un peu remontée. Après la vérification d&amp;#8217;identité, la présidente entonne son couplet&amp;#160;: &amp;#8220;Vous comparaissez aujourd&amp;#8217;hui tous les deux devant ce tribunal car il vous est reproché de vous être, à Framboisy, courant 2011, soustrait, sans motif légitime, à vos obligations légales, au point de compromettre la moralité de votre enfant mineur Matthieu Rabachon, en l&amp;#8217;espèce en ne prenant pas les mesures appropriées pour lui faire respecter les obligations fixées judiciairement par le jugement du tribunal pour enfants de céans du 13 janvier 2011, infraction prévue et réprimée notamment par l&amp;#8217;article 227-17 du Code Pénal&amp;#8221;.
Il se renfrogne, elle commence à protester. La présidente l&amp;#8217;interrompt&amp;#160;: &amp;#8220;Madame, je vais d&amp;#8217;abord rappeler  les faits tels qu&amp;#8217;ils ressortent de la procédure et des éléments transmis par le tribunal pour enfants, vous pourrez ensuite vous expliquer&amp;#8221;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La présidente résume le parcours judiciaire et familial de Mathieu. Tout commence par des problèmes de comportement en milieu scolaire, dès la fin de l&amp;#8217;école primaire. Ses parents le font suivre par un psychologue, sans résultat. Le juge des enfants est finalement saisi en assistance éducative après son exclusion du collège à la suite d&amp;#8217;insultes envers un professeur et d&amp;#8217;absences non justifiées. Le rapport d&amp;#8217;investigation et d&amp;#8217;orientation éducative souligne des incohérences éducatives entre les parents, entre une certaine rigidité de la mère et un plus grand laxisme du père, qui est peu présent et &amp;#8220;achète&amp;#8221; sa tranquillité quand il est là en cédant facilement à ses enfants. Matthieu est intelligent et réussit plutôt scolairement quand il ne perturbe pas les cours (et quand il y va&amp;#8230;). La situation se tend au domicile et Matthieu commence à réagir avec violence aux tentatives de sa mère de maintenir des règles. Après trois portes cassées, un canapé mis en lambeaux et une perquisition des gendarmes à la suite de vols d&amp;#8217;autoradios commis avec des copains plus âgés, le père prend la mesure du problème et décide de &amp;#8220;reprendre les choses en main&amp;#8221;. Il déclare forfait quand Matthieu, avec lequel il avait une relation plutôt chaleureuse quand il ne lui refusait rien, l&amp;#8217;insulte à la moindre frustration . Parallèlement, le juge des enfants est saisi des procédures pénales et ordonne une mesure d&amp;#8217;aide réparation puis une mesure de liberté surveillée. Après que Matthieu a menacé sa mère et son frère avec un couteau parce qu&amp;#8217;on lui refusait de sortir un soir, un placement est décidé dans une &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_d%27enfants_%C3%A0_caract%C3%A8re_social&quot;&gt;Maison d&amp;#8217;Enfants à Caractère Social&lt;/a&gt; (MECS), qui accueille des adolescents en petit collectif. Les parents, au bord du divorce, pensent pouvoir souffler un peu . Ils ont la surprise, au bout de quelques jours, de voir Matthieu arriver pour dîner comme si de rien n&amp;#8217;était, décrétant qu&amp;#8217;il est hors de question qu&amp;#8217;il reste au foyer où on prétend lui interdire de téléphoner à sa copine à minuit passé. Les parents, qui ont en mémoire les propos du juge des enfants qui leur a doctement expliqué que Matthieu a besoin d&amp;#8217;un cadre que seuls peuvent désormais lui apporter des professionnels, appellent aussi sec le foyer, qui envoie un éducateur chercher l&amp;#8217;ado récalcitrant. Au bout d&amp;#8217;une dizaine de fois, le foyer n&amp;#8217;envoie plus personne, l&amp;#8217;Aide Sociale à l&amp;#8217;Enfance demande au juge des enfants la mainlevée du placement et les parents commencent à trouver que les professionnels ne sont pas bien doués. Le juge des enfants résiste un peu mais doit déposer les armes quand le foyer refuse d&amp;#8217;accueillir à nouveau le jeune, qui se montre violent avec les autres gamins accueillis, et que &lt;acronym title=&quot;l&amp;#039;Aide Sociale à l&amp;#039;Enfance, service du Conseil Général&quot;&gt;l&amp;#8217;ASE&lt;/acronym&gt; fait savoir qu&amp;#8217;elle n&amp;#8217;a aucune structure actuellement capable d&amp;#8217;accueillir Matthieu.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Retour chez Papa-Maman, qui se braquent contre les éducateurs et le juge des enfants &amp;#8220;qui ne savent pas mieux y faire qu&amp;#8217;eux&amp;#8221;. Matthieu sort quand à lui renforcé de cet intermède et nargue ses parents à chaque occasion, particulièrement le jour où son père, à bout, est sur le point de le frapper et où la prunelle de ses yeux le menace d&amp;#8217;aller porter plainte à la gendarmerie. Les parents baissent les bras et se contentent de tout faire pour éviter que le jeune tyran ne s&amp;#8217;énerve. Jusqu&amp;#8217;à son interpellation au petit matin, au volant d&amp;#8217;une voiture volée. Matthieu est déféré devant le juge des enfants, qui souhaiterait le placer en &lt;a href=&quot;http://www.justice.gouv.fr/bulletin-officiel/dpjj89b.htm&quot;&gt;Centre Educatif Fermé&lt;/a&gt; (CEF). Matthieu a en effet 15 ans et demi et n&amp;#8217;a fait l&amp;#8217;objet de poursuites &amp;#8220;que&amp;#8221; dans trois affaires (les autres procédure dans lesquelles il est impliqué ne sont en effet pas encore parvenues au Parquet). Une détention n&amp;#8217;est évidemment pas envisageable, ni juridiquement ni en opportunité, mais un cadre ferme est indispensable. Manque de chance, ou plutôt manque de place, aucun des 12 CEF contactés en urgence par les éducateurs de permanence de la Protection Judiciaire de la Jeunesse ne peut accueillir Matthieu dans l&amp;#8217;immédiat. Peut être plus tard&amp;#8230; En attendant, on dégotte miraculeusement une place dans un foyer de la &lt;acronym title=&quot;Protection Judiciaire de la Jeunesse, service du ministère de la Justice&quot;&gt;PJJ&lt;/acronym&gt; à Ponponville&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/15/C-est-la-faute-%C3%A0-mon-p%C3%A8re-%28justice-fiction%29#pnote-1638-1&quot; id=&quot;rev-pnote-1638-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Matthieu est placé sous contrôle judiciaire avec obligation de respecter le placement, sans retour chez ses parents le week-end pour l&amp;#8217;instant. Le vendredi soir il sonne chez ses parents, qui appellent le foyer. Mais Ponponville c&amp;#8217;est loin, c&amp;#8217;est vendredi soir, les éducateurs ne se déplaceront pas. Les parents, qui ne voient pas comment faire rentrer de force leur Tanguy nouvelle manière dans la voiture familiale, baissent les bras et attendent la fin du week-end. Le lundi matin, l&amp;#8217;éducateur de la PJJ qui suit Matthieu à Framboisy vient le chercher et réussit à le convaincre de monter dans la voiture. Il en sautera quasiment en marche quelques centaines de mètres plus loin. Dans le même temps, le foyer de la PJJ fait savoir que le jeune &amp;#8220;se met en danger et met en danger les autres&amp;#8221; (il a déjà provoqué trois bagarres en une semaine) et demande la mainlevée du placement &amp;#8220;le jeune ne correspondant pas au projet de l&amp;#8217;établissement&amp;#8221;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Retour à la case départ, et toujours pas de place en CEF. Matthieu est condamné par le Tribunal pour enfants à une peine de deux mois d&amp;#8217;emprisonnement avec sursis et mise à l&amp;#8217;épreuve, assorti d&amp;#8217;une obligation de formation, de soins psychologiques et de respect du placement en CEF qui sera ordonné dès qu&amp;#8217;on aura une place. Deux mois plus tard, Matthieu est toujours désœuvré (il ne s&amp;#8217;est plus levé au bout de deux jours pour aller au stage que son père lui avait trouvé). Il a ricané quand on lui a parlé d&amp;#8217;aller voir un psychologue, et ses parents envisagent de mettre le petit frère en internat  pour le protéger. Matthieu, qui semblait avoir compris qu&amp;#8217;il valait mieux se tenir à carreau, ne commet plus d&amp;#8217;infraction jusqu&amp;#8217;à un nouveau vol de voiture avec course-poursuite avec les gendarmes. Cette fois on trouve une place en CEF, où il est expédié manu militari. Il sera plus tard incarcéré après avoir fugué du CEF et commis de nouveaux faits.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est pour la période de quelques mois durant lesquels Matthieu était au domicile de ses parents sans respecter l&amp;#8217;obligation de formation et soins, et qui s&amp;#8217;est soldée par son départ effectif en CEF, que Michel et Jocelyne sont poursuivis. Les gendarmes ont en effet noté dans le PV de synthèse de cette procédure que la famille &amp;#8220;a montré depuis des années un grand laxisme face aux dérives de leur fils, bien connu de nos services&amp;#8221;. On lit entre les lignes que les militaires ont peu apprécié les réflexions de Michel qui lors d&amp;#8217;une première procédure pour des dégradations sur la commune, leur avait en substance reproché de ne pas plutôt s&amp;#8217;occuper des trois cambriolages qui venaient de se produire à côté de chez lui. Le substitut de permanence, emporté par son élan et agacé d&amp;#8217;avoir du passer un week-end entier à gérer l&amp;#8217;interpellation de Matthieu, décide, ne connaissant de la situation que ce que l&amp;#8217;OPJ lui en a dit, qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;y a pas de raison de ne poursuivre que le mineur et qu&amp;#8217;il va faire application du nouveau texte qui permet de poursuivre les parents. C&amp;#8217;est forcément de leur faute, ils sont laxistes.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La présidente interroge Jocelyne et Michel&amp;#160;: pourquoi n&amp;#8217;ont-ils pas sollicité une  aide éducative dès que Matthieu a rencontré des difficultés de comportement en milieu scolaire&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jocelyne lève les yeux au ciel et se tourne vers Michel&amp;#160;: &amp;#8220;Vas y toi, explique&amp;#8230;&amp;#8221;. Et Michel, reprenant courage, commence&amp;#160;: &amp;#8220;Pour ce que ça sert les éducateurs&amp;#8230;&amp;#8221;. L&amp;#8217;air exaspéré de Jocelyne l&amp;#8217;arrête net. il reprend&amp;#160;: &amp;#8220;je pensais que les éducateurs c&amp;#8217;était pour des cas plus graves, je ne trouvais pas que c&amp;#8217;était bien méchant, moi aussi j&amp;#8217;étais un peu chahuteur. Et puis les professeurs l&amp;#8217;avaient dans le nez&amp;#8221;. Soupir excédé de Jocelyne. Michel reprend&amp;#160;: &amp;#8220;C&amp;#8217;est vrai que je ne me suis pas rendu compte au début, j&amp;#8217;ai voulu tout faire pour mes enfants, j&amp;#8217;ai été trop gentil et ça se retourne contre moi. On a des milliers d&amp;#8217;euros de dommages et intérêts à payer, on a failli se séparer, et maintenant on est là.&amp;#8221;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La présidente reprend&amp;#160;: &amp;#8220;Je vois dans les rapports des différents services éducatifs et dans les décisions du juge des enfants que Matthieu a souvent profité de certaines incohérences entre vous&amp;#8221;. Jocelyne, de plus en plus agitée, prend la parole&amp;#160;: &amp;#8220;Les services et la juge, ils écrivent bien ce qu&amp;#8217;ils veulent, ils n&amp;#8217;y étaient pas. Matthieu a toujours été un enfant dur, il fallait toujours le surveiller et le punir.&amp;#8221; Se retournant vers son mari&amp;#160;: &amp;#8220;c&amp;#8217;est vrai aussi que tu ne m&amp;#8217;as jamais beaucoup soutenue quand tu étais là&amp;#8221;. Michel lui répond &amp;#8220;quand je rentrais on ne pouvait jamais rien faire parce que Matthieu était puni pour quelque chose. Dès que tu étais agacée par quelque chose, c&amp;#8217;était de sa faute&amp;#8221;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La présidente, qui voit la petite aiguille de l&amp;#8217;horloge monumentale de la salle d&amp;#8217;audience se rapprocher dangereusement du VIII et qui sait qu&amp;#8217;il reste encore 4 dossiers, tente de recadrer le débat sur la période des faits poursuivis&amp;#160;: &amp;#8220;Enfin quand même, il semble qu&amp;#8217;avant de partir au CEF, Matthieu faisait ce qu&amp;#8217;il voulait à la maison&amp;#8221;. Jocelyne, piquée au vif, lui répond&amp;#160;: &amp;#8220;Vous croyez que ça nous plaisait&amp;#160;? Tout ce qu&amp;#8217;il a appris dans les foyers, c&amp;#8217;est des insultes et des menaces. C&amp;#8217;était invivable à la maison, j&amp;#8217;en étais venue à avoir peur de mon fils&amp;#8221;. Elle s&amp;#8217;arrête net, s&amp;#8217;effondrant en sanglots. Elle reprend&amp;#160;: &amp;#8220;Et une fois au CEF, vous croyez que ça a été mieux&amp;#160;? C&amp;#8217;est après le CEF qu&amp;#8217;il est parti en prison&amp;#160;! Et ça va encore être de notre faute, comme si la juge des enfants ne nous l&amp;#8217;avait pas assez seriné pendant les audiences du Tribunal pour enfants&amp;#8221;. La présidente tente plus prudemment &amp;#8220;Mais ces difficultés ne sont pas venues en un seul jour, et les services éducatifs ont tenté de vous expliquer qu&amp;#8217;il fallait être plus ferme&amp;#8221;. Pour toute réponse, Jocelyne lève les yeux au ciel. Michel tente timidement &amp;#8220;Le jour où j&amp;#8217;ai failli lui mettre une gifle pour le calmer, il a voulu aller porter plainte&amp;#160;! Comment voulez vous qu&amp;#8217;on fasse alors que même les éducateurs n&amp;#8217;y arrivent pas&amp;#160;?&amp;#8221; Jocelyne enchaîne &amp;#8220;Dans les foyer, ils font ce qu&amp;#8217;ils veulent&amp;#160;! Au début, on a joué le jeu, on les prévenait chaque fois qu&amp;#8217;il rentrait, ils ne venaient même plus le chercher. Quand la juge nous a dit que le placement était levé, alors que devant nous elle et le Procureur lui avaient dit qu&amp;#8217;il partirait en prison s&amp;#8217;il fuguait, qu&amp;#8217;est ce qu&amp;#8217;on pouvait faire&amp;#160;?&amp;#8221;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La président, qui a été juge des enfants dans une autre vie, bafouille quelques chose sur &amp;#8220;le manque de place dans les foyers&amp;#8221; et, après avoir demandé à Jocelyne et Michel s&amp;#8217;ils ont quelque chose à ajouter, donne la parole au Procureur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le procureur se lève, excédé par le déroulé des débats, non pas que sa collègue du siège ne les ait pas bien tenus (encore que, si on l&amp;#8217;écoutait ne serait-ce qu&amp;#8217;un peu lors des assemblées générales&amp;#8230;), mais par le discours des parents&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&amp;#8220;Madame le président, j&amp;#8217;ai toujours quelques difficultés à entendre à l&amp;#8217;audience des parents vous dire que, finalement, si leur enfant a fait tout et n&amp;#8217;importe quoi, c&amp;#8217;est nécessairement à cause des éducateurs qui ont moins bien fait leur travail qu&amp;#8217;eux, du juge qui n&amp;#8217;a rien compris à la souffrance de leur enfant, ou encore des institutions qui n&amp;#8217;ont pas donné la place adéquate à leur rejeton. Que les choses soient claires dans l&amp;#8217;esprit de M. et Mme Rabachon, si quelque chose à échoué au niveau de la prise en charge éducative de Matthieu, c&amp;#8217;est bien d&amp;#8217;abord vers ses parents qu&amp;#8217;il faut se retourner.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et je ne néglige pas, bien évidemment, les difficultés auxquelles ils ont été confrontées. Mais si leur fils a bien fait &amp;#8220;ce qu&amp;#8217;il voulait&amp;#8221; en foyer, c&amp;#8217;est d&amp;#8217;abord parce que, à la base, il faisait ce qu&amp;#8217;il voulait au foyer parental.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors qu&amp;#8217;a bien pu tenter la société, que je représente à cette audience. Elle a d&amp;#8217;abord &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/08/16/un-depute-ump-propose-de-verser-l-allocation-de-rentree-scolaire-en-bons-d-achat_1399245_3224.html&quot;&gt;limité en bons d&amp;#8217;achat les allocations&lt;/a&gt; qu&amp;#8217;ont touchées M. et Mme Rabachon lors de la rentrée scolaire de leur fils, au cas où ceux-ci auraient préféré acheter un écran plat plutôt que des cahiers et des crayons. Et comme cela n&amp;#8217;a pas été suffisant, il a bien fallu passer au stade supérieur. Ainsi, la représentation nationale a souhaité que les parents qui n&amp;#8217;acceptaient pas que leur rejeton soit sous contrôle de la justice, et qui n&amp;#8217;obligeaient pas leur enfant à respecter ses obligations judiciaires, soient sanctionnés. &lt;a href=&quot;http://www.assemblee-nationale.fr/13/tribun/fiches_id/330240.asp&quot;&gt;Le député Ciotti&lt;/a&gt;, après avoir lutté &lt;a href=&quot;http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion2487.asp&quot;&gt;contre l&amp;#8217;absentéisme scolaire&lt;/a&gt;,  a-t-il proposé à l&amp;#8217;assemblée nationale de punir de peines allant jusqu&amp;#8217;à deux ans d&amp;#8217;emprisonnement les parents dont les enfants ne respecteraient pas leurs obligations. Un parent ne doit-il pas en effet être &lt;a href=&quot;http://www.laprovence.com/actu/politique-en-direct/le-depute-ump-eric-ciotti-promet-la-prison-aux-parent-des-mineurs-delinquan&quot;&gt;responsable du comportement de sa progéniture&lt;/a&gt;&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J&amp;#8217;entends déjà les oulémas des droits de l&amp;#8217;homme vous dire que la responsabilité pénale ne saurait être que personnelle. Et après&amp;#160;? La représentation nationale n&amp;#8217;est-elle pas en droit de modifier les règles&amp;#160;? Il existait bien une époque où le groupe était responsable du comportement de l&amp;#8217;un de ses membres. La répression des Hooligans nous a bien démontré que &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/sport/article/2010/08/10/psg-les-249-supporteurs-interpelles-interdits-de-stade_1397382_3242.html&quot;&gt;cette responsabilité collective&lt;/a&gt; était une bonne chose. Les parents ne peuvent dés lors qu&amp;#8217;être pénalement responsables du comportement de leurs enfants.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne reviendrai dés lors pas sur la constitution de l&amp;#8217;infraction, et son imputabilité. Matthieu n&amp;#8217;a en rien respecté ses obligations judiciaires, ses parents ne l&amp;#8217;ont en rien obligé à s&amp;#8217;y conformer, comme nous avons pu le comprendre lors de leur déposition à la barre de votre juridiction. Vous ne pourrez dés lors qu&amp;#8217;entrer en voie de condamnation.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me pose cependant la question de l&amp;#8217;implication des autres membres de la famille de Matthieu. En effet, si les parents n&amp;#8217;ont pu le forcer à respecter ses obligations, qu&amp;#8217;en est-il de ses grands-parents, tant paternels que maternels, habitants Framboisy&amp;#160;? Et que dire des oncles et des tantes, substituts paternels et maternels, qui habitent également la même ville&amp;#160;? Je compte sur la jurisprudence de votre juridiction pour démontrer que nous pouvons aller encore plus loin dans la responsabilité familiale.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Devrais-je d&amp;#8217;ailleurs, peut-être dans le sens de la défense, aller jusqu&amp;#8217;à exiger que soit mise en cause la responsabilité des services sociaux, et pourquoi pas du juge des enfants, qui n&amp;#8217;ont su, pas plus que les parents, encadrer ce jeune délinquant&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je n&amp;#8217;irai bien sûr pas jusqu&amp;#8217;à mettre en cause la société elle-même, qui n&amp;#8217;a pas su empêcher Matthieu de persévérer dans son parcours délinquant. Puisque je la représente, je me verrais dans l&amp;#8217;obligation de m&amp;#8217;accuser moi-même, ce qu&amp;#8217;aucune convention internationale portant sur la procédure pénale n&amp;#8217;admet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis, il faut savoir s&amp;#8217;arrêter quelque part dans la recherche de responsabilités.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Reste à savoir quelle peine infliger à M. et Mme Rabachon, leur culpabilité ne faisant aucun doute.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne vous apprends rien en affirmant que la peine que vous prononcerez se doit d&amp;#8217;avoir un caractère pédagogique. Qu&amp;#8217;en outre, elle doit permettre d&amp;#8217;éviter la récidive. Qu&amp;#8217;enfin, elle se doit de favoriser la resocialisation des condamnés. Alors quoi de mieux, leur casier ne portant trace d&amp;#8217;aucune condamnation, qu&amp;#8217;une peine alternative à l&amp;#8217;emprisonnement. Et particulièrement d&amp;#8217;un stage de parentalité, qui va enfin leur apprendre comment éduquer un enfant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Car je reste intimement persuadé que l&amp;#8217;échec éducationnel de ces parents pourra être compensé par deux journées de ce stage mis en place par l&amp;#8217;État, qui leur apprendra comment éduquer un enfant. A leur frais. Enfin.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il me semble évident qu&amp;#8217;élever un enfant, cela s&amp;#8217;apprend.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et ce sera justice&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/15/C-est-la-faute-%C3%A0-mon-p%C3%A8re-%28justice-fiction%29#pnote-1638-2&quot; id=&quot;rev-pnote-1638-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/15/C-est-la-faute-%C3%A0-mon-p%C3%A8re-%28justice-fiction%29#rev-pnote-1638-1&quot; id=&quot;pnote-1638-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] ne cherchez pas sur Mappy, vous risquez de ne pas trouver&amp;#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/15/C-est-la-faute-%C3%A0-mon-p%C3%A8re-%28justice-fiction%29#rev-pnote-1638-2&quot; id=&quot;pnote-1638-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] mais bien évidemment, les lecteurs de ce blog sont invités à délivrer leur propre verdict&amp;#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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          <comments>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/15/C-est-la-faute-%C3%A0-mon-p%C3%A8re-%28justice-fiction%29#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>L'affaire StanJames.com (TGI Paris, 6 août 2010)</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/18/L-affaire-StanJames.com-%28TGI-Paris%2C-6-ao%C3%BBt-2010%29</link>
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    <pubDate>Wed, 18 Aug 2010 18:36:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Commentaire judiciaire</category>
            
    <description>    &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Le
tribunal de grande instance de Paris a rendu un jugement le 6 août
dernier qui a fait couler beaucoup de pixels sur l’internet, avec
je le crains quelques approximations et incompréhension.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Il
faut dire qu’il a de quoi provoquer une certaine émotion&amp;#160;: ce
jugement impose à tous les Fournisseurs d’Accès Internet (ou
presque, en tout cas les principaux) d’empêcher par tout moyen
l’accès à un site internet. Revoici le spectre de la censure avec
la Justice comme son bras armé.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Voyons
donc ensemble ce que dit ce jugement, à vous de voir ensuite s’il
y a de quoi sonner le tocsin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&quot;western&quot;&gt;Tout d’abord, la distribution des rôles&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Dans
tout procès, il y a un demandeur, et un défendeur.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Le
demandeur, ici, est le président de l’&lt;a href=&quot;http://www.arjel.fr/&quot;&gt;Autorité
de Régulation des Jeux En Ligne&lt;/a&gt; (ARJEL), une autorité
administrative indépendante (une de plus…) créée par la &lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022204510&amp;amp;fastPos=1&amp;amp;fastReqId=232372637&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;loi
n°2010-476 du 12 mai 2010&lt;/a&gt; sur les jeux en ligne, loi dont la
présente décision est, comme vous le verrez, une application pure
et simple. C’est le président de cette autorité qui est le
demandeur, puisque l’ARJEL n’a pas la personnalité morale, comme
c’est fréquemment le cas pour les autorités administratives
indépendantes. Son président la représente donc, comme un tuteur
représente son pupille, ce qui déjà en dit long sur l’indépendance
de cette autorité.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Le
défendeur est en fait une brochette de défendeurs. Il y a une
société de droit anglais, &lt;a href=&quot;http://www.neustar.biz/&quot;&gt;NEUSTAR&lt;/a&gt;,
&lt;span lang=&quot;es-ES&quot;&gt;présentée comme hébergeur&lt;/span&gt; de sites, les
sociétés françaises Numéricable, Orange France, SFR, Free,
Bouygues Telecom, Darty Telecom, Auchan Telecom, auquel vient
s’ajouter France Telecom comme intervenant volontaire (c’est-à-dire
que bien que non assignée comme défendeur, cette société s’estime
concernée par le débat et demande à y participer). Et comme plus
on est de fou, plus on rit, le parquet de Paris va lui aussi
s’inviter aux débats, comme il en a la faculté pour toutes les
affaires jugées devant le tribunal. On dit qu’il est partie
jointe, et joue dans ce cas un rôle très proche du rapporteur
public devant la juridiction administrative, l&amp;#8217;indépendance en
moins. En l’occurrence, comme il s’agit de la première
application d’une loi nouvelle mettant en cause la liberté de
communication, on comprend qu’il ait voulu avoir son mot à dire.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Ce
qui peut paraître curieux de prime abord, c’est que le principal
intéressé par ce procès, la société de droit anglais Stan
Gibraltar Limited (l’équivalent d’une SARL), n’est pas partie
au procès, alors que vous allez voir qu’il ne sera pour ainsi dire
question que d’elle. C’est que le législateur a eu l’idée
d’une bien étrange procédure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&quot;western&quot;&gt;Ensuite, la forme de la procédure&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;C’est
là la source d’une confusion que quasiment tout le monde a fait
dans les commentaires que j’ai pu lire, et pour votre défense,
sachez que nombre d’élèves avocats la font encore, et que même
ce jugement l’a fait, en s&amp;#8217;intitulant &amp;#8220;ordonnance&amp;#8221;. Il ne s’agit pas d’une ordonnance de
référé, mais bien d’un jugement, qui a été rendu «&lt;em&gt;&amp;nbsp;en
la forme des référés&lt;/em&gt;&amp;#160;». C’est peut-être un détail
pour vous, mais pour un juriste ça veut dire beaucoup.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Une
ordonnance de référé est rendue à juge unique après une audience
unique dont la date est fixée dès l’assignation, et vise à
ordonner des mesures par nature provisoires, essentiellement
justifiées par l’urgence et l’évidence. Mettre fin à un
trouble illicite, désigner un expert, accorder une provision sur une
somme d’argent en attente d’être fixée, etc. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Une ordonnance de
référé n’est pas couverte par l’autorité de la chose jugée
qui interdit de remettre en cause un jugement définitif, c’est à
dire qui n’est plus susceptible de recours. Une ordonnance de
référé peut toujours être remise en cause, en cas de fait nouveau
ou de modification des circonstances&amp;#160;: il suffit d’assigner son
adversaire devant le même juge des référés (pas la même
personne, juge s’entend de la fonction) et demander que
l’ordonnance initiale soit modifiée ou annulée (on dit
&lt;em&gt;rapportée&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;Un
jugement &lt;/span&gt;&lt;em&gt;rendu en la forme des référés&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;
comme celui qui nous occupe est bien un jugement au fond. Le juge
ayant statué ne peut revenir sur sa décision. Celle-ci a vocation à
acquérir l’autorité de la chose jugée, sauf si elle est réformée
en appel. Simplement, la procédure qui lui est applicable est celles
des référés&amp;#160;: juge unique, pas de représentation obligatoire par avocat, une
audience unique (en principe) dont la date est fixée dès le stade
de l’assignation. La procédure ordinaire, elle, suppose que chaque
partie ait un avocat (on dit &lt;/span&gt;&lt;em&gt;constituer&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;
avocat), et n’a pas de date fixée à l’avance. L’assignation
informe simplement le défendeur qu’un procès lui est intenté
devant le tribunal de telle ville, à charge pour elle de constituer
avocat. La date de jugement ne sera fixée qu’au terme d’une
procédure préalable de &lt;/span&gt;&lt;em&gt;mise en état&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;,
comprendre mise de l’affaire en état d’être jugée, où un juge
(le juge de la mise en état) va s’assurer que toutes les diligences sont accomplies et va régler
seul les questions de pure procédure, de sorte que l’affaire
viendra devant la juridiction collégiale prête à être jugée,
sans qu’aucune mauvaise surprise ne puisse en principe s’y
opposer. &lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;Prévoir
qu’une affaire est jugée en la forme des référés est une
possibilité offerte au législateur pour les affaires les plus
simples, où l’office du juge se borne à vérifier que les
conditions d’application de la loi sont remplies, ses effets étant
parfaitement prévisibles et bornés par la loi. C’est le domaine
des actions en &lt;/span&gt;&lt;em&gt;exequatur&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;,
qui consistent à donner force exécutoire à un jugement étranger.
Une convention bilatérale entre la France et le pays concerné peut
prévoir que cet &lt;/span&gt;&lt;em&gt;exequatur&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;
se donne en la forme des référés, quand la Convention prévoit que
le juge se borne à vérifier que les parties ont bien été
convoquées, que le juge étranger était compétent, et que le
jugement a bien été notifié aux parties, et bien sûr que ce
jugement ne viole pas l’ordre public français (pas d’exequatur
d’une répudiation, par exemple). &lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Et
c’est précisément ce cadeau qu’a fait le législateur à
l’ARJEL en lui permettant d’agir en la forme des référés pour
faire empêcher l’accès à un site de jeu en ligne non agréé.&lt;/p&gt;
&lt;h2 style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;L’article
61 de la loi du 12 mai 2010&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Avant
de nous attarder à cet article 61, qui est le cœur de cette
décision, rappelons brièvement que la loi du 12 mai 2010 réglemente
le secteur des jeux en ligne, en réservant cette activité aux
seules sociétés préalablement agréées par l’ARJEL. Cet
agrément vise moins à protéger le consommateur que l’État, en
lui assurant que les revenus générés par cette activité
n’échapperont pas au fisc. La protection des joueurs se résumera
à une phrase écrite en caractères illisibles sur les publicités
invitant les joueurs irresponsables à se prendre en main, et dont on
peut attendre la même efficacité que les phrases préventives
contre l’alcoolisme, le tabagisme et le surpoids. Mais c’est une
façon de se payer une bonne conscience à peu de frais, ce qui est
une des activités préférées du législateur.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Afin
de faire respecter ce monopole, la loi a donné à l’ARJEL un
pouvoir assez particulier, qui se situe à l’article 61 de la loi.
C’est ce pouvoir qui est utilisé pour la première fois dans cette
affaire, et c’est ce qui lui donne tout son intérêt.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;L’article
61 donne en effet pouvoir à l’ARJEL — enfin, son président—
de demander en justice toute mesure permettant de faire obstacle à
l’accès effectif à un site de jeu en ligne non agréé par elle.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;Cette
procédure suppose un préalable&amp;#160;: l’ARJEL doit mettre en demeure
l’opérateur du site non agréé de cesser d’offrir ses activités
vers la France en lui expliquant comment se mettre en conformité, et
ce sous huit jours, délai pendant lequel il peut présenter ses
observations. Je précise que la loi n’impose nullement l’usage
d’une autre langue que le Français pour cette notification, qui
par définition s’adresse à des sociétés étrangères. Ça leur
apprendra à parler étranger, à ces étrangers (et en plus pas tous
le même étranger&amp;#160;!).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Si
au bout de 8 jours, le service n’a pas cessé, le président de
l’ARJEL peut saisir le président du tribunal de grande instance de
Paris, qui a seul compétence, pour voir ordonner «&amp;#160;l’arrêt
de l’accès à ces services&amp;#160;», sans autre précision, aux
personnes mentionnées au 2 du I et, le cas échéant, au 1 du I de
l&amp;#8217;article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance
dans l&amp;#8217;économie numérique. Vous reconnaîtrez là le goût du
législateur pour la simplicité et la lisibilité de ses lois, qui
sont incompréhensibles sans un accès à l’intégralité de son
œuvre.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Les
&amp;#8220;personnes mentionnées au 2 du I et, le cas échéant, au 1 du I de
l&amp;#8217;article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance
dans l&amp;#8217;économie numérique&amp;#8221; sont, en français courant,
respectivement, les hébergeurs et les FAI.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Vous
voyez donc toute la bizarrerie de la procédure&amp;#160;: l’opérateur
étranger est en faute, donc on fait un procès aux hébergeurs et
FAI, que la LCEN précitée rendait précisément irresponsables du
contenu des sites auxquels ils donnaient accès. Procès auquel
l’opérateur étranger n’est pas partie. La logique est simple et
efficace&amp;#160;: on prend ceux qu’on a sous la main.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Mais
cette situation ne devant pas nuire à des tiers qui n’ont commis
aucune faute (les FAI), le même article 61 prévoit dans son dernier
alinéa que ceux-ci seraient indemnisés du coût engendrés pour eux par ces blocages, selon des modalités prévues par un décret.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Décret
qui, vous l’avez deviné, n’a pas été pris. Et qui, vous allez
le voir, risque fort de ne jamais l’être, après cette décision.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Bon,
si vous avez suivi jusqu’ici, vous connaissez la procédure, vous
connaissez le droit applicable, bref, la suite va vous apparaître
d’une clarté diaphane.&lt;/p&gt;
&lt;h2 style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Moteur, action&amp;#160;!&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Tout
commence avec une société anglaise située à Gibraltar, Stan
Gibraltar Ltd, qui exploite le site de jeux en ligne Stanjames.com.
Ce site est accessible depuis la France, existe en version française,
et il n’a pas l’agrément de l’ARJEL.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Le
24 juin 2010, un huissier mandaté par l’ARJEL se connecte à
Stanjames.com et place un pari (le jugement ne dit pas si c’était
sur Slovaquie - Italie ou Paraguay – Nouvelle-Zélande). Cela
caractérise l’infraction à la loi du 12 mai 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Le
25 juin 2010, l’ARJEL va adresser à la société Stan Gibraltar
une lettre via courrier électronique via la page de contact en
français du site plus par télécopie plus par courrier FedEx
acheminé le 25 et livré le 30 juin (5 jours pour un Paris-Gibraltar
en FedEx&amp;#160;??), la mettant en demeure de cesser de proposer ses
services vers la France, faute pour elle d’être en conformité
avec la loi française.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Face
à ce spam, Stan Gibraltar ne va rien faire, puisque le 5 juillet, le
même huissier va placer un nouveau pari accepté sur le site
Stanjames.com (le jugement ne dit pas si l’huissier a gagné ou
non).&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Le
7 juillet, le président de l’ARJEL fait donc assigner les FAI
précités ainsi que la société Neustar en tant qu’hébergeur du
site Stanjames pour voir condamner tout ce petit monde à empêcher
par tout moyen l’accès au site Stanjames.com depuis la France. Il
demande en outre que la société Neustar soit condamnée aux frais
de l’instance, évalués à 5000 euros. J’avoue que les raisons
de cette condamnation m’échappent, l’hébergeur n’étant pas
responsable du contenu illicite d’un site.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;Hélas,
cette question n’aura pas de réponse, puisque la société Neustar
n’a pas comparu, et l’ARJEL n’a pu prouver que son assignation
l’avait effectivement atteinte (cette question a fait l’objet
d’un renvoi à une audience du 2 septembre prochain), et en tout
état de cause ne devrait pas recevoir de réponse puisqu’il
semblerait, à en croire le site &lt;a href=&quot;http://www.numerama.com/magazine/16449-filtrage-l-arjel-a-confondu-registrar-et-hebergeur.html&quot;&gt;Numerama&lt;/a&gt;,
que la société Neustar ne soit que le &lt;/span&gt;&lt;em&gt;registrar&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;
du nom de domaine Stanjames.com, et non l’hébergeur, le site étant
hébergé sur un serveur propriété de la société Stan Gibraltar
Ltd. L’erreur, si elle était avérée, serait du fait de l’ARJEL, et aboutirait nécessairement à la mise hors de cause de Neustar, l&amp;#8217;article 61 de la loi du 12 mai 2010 ne permettant pas (encore) la mise en cause des bureauxw d&amp;#8217;enregistrement de nomùs de domaine (&lt;em&gt;registrar&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Restent
donc face à face le président de l’ARJEL d’un côté, le front
des FAI de l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Voyons
les arguments soulevés.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&quot;western&quot;&gt;En joue&amp;#160;! Feu&amp;#160;!&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;La
société Darty va d’abord essayer de se carapater en arguant être
fournisseur d’accès à des «&amp;#160;services&amp;#160;» et non à des
réseaux dont elle n’est pas propriétaire et ne pas être
concernée. Le président va rapidement écarter l’argument&amp;#160;: cette
distinction fournisseur d’accès à des services / des réseaux
n’existe pas juridiquement. On est fournisseur d’accès à
internet, point.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Les
FAI vont ensuite soulever une série d’arguments plutôt
intéressants.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;► Le
premier argument était que le dispositif de l’article 61 n’était
pas entré en vigueur faute pour le décret prévu par le 3e alinéa,
prévoyant les modalités de l’indemnisation des FAI, d’avoir été
pris.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;L’argument
était pertinent. Le législateur a fait peser sur des tiers la
charge du blocage de l’accès aux sites non agréés, quand bien
même ils ne sont ni fautifs ni même responsables, à charge pour
lui de les indemniser du coût de cette nouvelle obligation qui
relève du fait du Prince. On pouvait arguer comme l’ont fait les
FAI que ce système forme un tout, et qu’il ne peut fonctionner
sans le volet d’indemnisation, donc que son entrée en vigueur
dépendait de la promulgation de ce décret.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Le
juge ne va pas suivre cet argument. Il va estimer que les deux
premiers alinéas se suffisent à eux même, le volet
«&amp;#160;indemnisation&amp;#160;» étant un simple plus pour les FAI, qui
sont d’ores et déjà tenus à leurs obligations légales
nouvelles. Sans contrepartie.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Vous
comprenez donc pourquoi ce décret risque de traîner, traîner,
traîner, voire ne jamais être pris, puisque l’État jouit de
cette obligation gratuitement pour le moment.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Rien
que pour cela, les FAI ont tout intérêt à faire appel, pour
espérer obtenir une autre interprétation de la Cour d’appel. Car
si elle décidait qu’au contraire, les FAI n’étaient tenus à
rien tant que le décret d’indemnisation n’était pas pris, on
verrait l’État se réveiller et prendre ce décret avec une
célérité rare, semblable à celle qui l’a pris quand il a fallu
prendre les décrets d’applications indispensables à l’entrée
en vigueur de cette loi avant la coupe du monde de football (loi
promulguée le 12 mai, les &lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022205105&amp;amp;fastPos=15&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;trois&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022205183&amp;amp;fastPos=14&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;premiers&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022205230&amp;amp;fastPos=13&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;décrets&lt;/a&gt;
d’application ont été signés le même jour, et en tout pas moins
de &lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022204510&amp;amp;fastPos=12&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;neuf&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022209836&amp;amp;fastPos=11&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;décrets&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022209848&amp;amp;fastPos=10&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;d’application&lt;/a&gt;
ont été &lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022220619&amp;amp;fastPos=9&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;signés&lt;/a&gt;
dans la &lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022227620&amp;amp;fastPos=8&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;semaine&lt;/a&gt;
qui a &lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022235495&amp;amp;fastPos=7&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;suivi&lt;/a&gt;
la promulgation, &lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022309169&amp;amp;fastPos=6&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;cinq&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022320886&amp;amp;fastPos=5&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;autres&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022320894&amp;amp;fastPos=4&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;moins&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022408446&amp;amp;fastPos=3&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;urgents&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022664679&amp;amp;fastPos=1&amp;amp;fastReqId=1255122840&amp;amp;categorieLien=cid&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;ayant&lt;/a&gt;
suivi par la suite). Dans cette frénésie de décrets, celui fixant
l’indemnisation des FAI a mystérieusement été oublié… Pas de
bol, hein&amp;#160;?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Deuxième
argument soulevé de conserve par les FAI&amp;#160;: cette curieuse procédure
de l’article 61, qui vise tout le monde sauf le principal
intéressé, est contraire à l’article 6 de la Convention de
Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales
(CSDH) qui prévoit le droit à un procès équitable. En effet, la
procédure vise à frapper la société Stan Gibraltar Ltd qui n’a
pas été mise en cause (au sens juridique&amp;#160;: mis dans la cause, c’est
à dire rendue partie au procès) puisqu’elle n’a même pas été
assignée et n’est pas au courant de ce qui se trame pour rendre
inaccessible son site depuis la France. La moindre des choses serait
de lui permettre de se défendre.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Bon,
ne soyons pas dupes. Les FAI, en défendant les droits fondamentaux
de Stan Gibraltar Ltd, n’ont pas les droits de l’homme comme
préoccupation. Mais si Stan Gibraltar Ltd était partie au procès,
il suffirait de la condamner à rendre son site inaccessible depuis
la France, sans que les FAI aient à faire quoi que ce soit, et
surtout se prennent un procès chaque fois que l’ARJEL voudra
empêcher l’accès à un site non agréé alors qu’ils n’y sont
pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Le
juge va aussi écarter cet argument en estimant que la société Stan
Gibraltar, en tant que société d’un État membre de l’UE, peut
solliciter de l’ARJEL l’agrément prévu par la loi du 12 mai
2010, et qu’un éventuel refus peut être contesté devant le juge
administratif, ce qui préserve le droit de cette société à un
procès équitable. Il en déduit que la procédure de l’article
61 de la loi, qui ne la met pas en cause, est conforme à l’article 6 de la CSDH.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;C’est
peut-être un peu court. Car il demeure qu’hormis l’invitation à
présenter ses observations sous huit jours faite lors de la mise en
demeure par l’ARJEL, dans une langue qui n’est pas celle de
l’intéressé, pour justifier en quoi son activité, au demeurant
légale dans le pays où elle est installée, est conforme à une loi
française que cet opérateur n’est pas censé connaître puisque
ne résidant pas en France, la société Stan Gibraltar n’est pas
mise en mesure de présenter sa défense dans le procès qui va
conduire à rendre son site inaccessible depuis la France, avec comme
conséquence d’engager sa responsabilité civile à l’égard de
ses clients ayant placé des paris sur son site avant cette mise à l&amp;#8217;Index. Relisez cette
phrase à voix haute, je sais qu’elle est longue.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Je
ne suis pas sûr que la Cour
Européenne des Droits de l’Homme verra cette
procédure avec les yeux de Chimène qu’a eus le président du
tribunal de grande instance de Paris.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Ces
deux arguments visant à faire échec à l’application de la loi
ayant été écartés, il ne reste au juge qu’à fixer les
obligations des FAI. Et il va faire le choix du &lt;em&gt;a maxima&lt;/em&gt;.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Tout
d’abord, il va estimer que le fait que l’hébergeur supposé, la
société Neustar, n’ait pas valablement été cité à
comparaître est indifférent. Simplement, le juge ne prononcera
aucune condamnation à son égard, repoussant cela à une nouvelle
audience le 2 septembre pour permettre à l’ARJEL de prouver
que cette société anglaise a reçu sa citation en justice.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Pour
les FAI, c’est simple. Ils ont une obligation de résultat, donc
doivent mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires, telles que
«&amp;#160;blocage du nom de domaine, de l’adresse IP connue, de
l’URL, ou par analyse du contenu des messages, au besoin
cumulativement&amp;#160;». Le tout à leurs frais, faute de décret
d’indemnisation, et ce dans un délai de deux mois, sous astreinte
de 10&amp;nbsp;000 euros par jour de retard au-delà, avec exécution
provisoire, c’est-à-dire qu’un éventuel appel ne sera pas
suspensif.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Tout
au plus le président rejette-t-il la demande de publication du
jugement demandée par le président de l’ARJEL (mais je le fais
gracieusement au pied de ce billet, qu’il ne me remercie pas),
puisque cette mesure n’est pas prévue par l’article 61 et ne
s’impose nullement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&quot;western&quot;&gt;Conclusion provisoire&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Nous
avons donc bel et bien un jugement &lt;strong&gt;au fond&lt;/strong&gt;,
j’insiste là dessus qui condamne les principaux FAI à empêcher
l’accès à un site, par tout moyen, sur le mode du
«&amp;#160;demmerdez-vous, c’est à vos frais&amp;#160;». &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;C’est
regrettable en soi, et le fait qu’une telle mesure n’est, à ce
jour, susceptible de concerner que des sites de jeu en ligne n’est
pas à mon sens de nature à rendre la chose insignifiante sous
prétexte que je ne joue pas aux jeux d’argent. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Car cela révèle
que l’État, pour parvenir à ses fins (ici protéger un marché
réglementé, et on  ose appeler ça la libéralisation du secteur
des jeux en ligne&amp;#160;!) est prêt à inventer des procédures
abracadabrantesques, où l’on fait un procès à tout le monde sauf
au principal intéressé parce que ce serait trop compliqué à faire
exécuter, que les juges appliquent sans tiquer malgré des
objections très sérieuses (celle de l’indemnisation n’étant
pas la moindre, car aujourd’hui, il n’y a guère que l’argent
qui arrête l’État). &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;Comment l’en blâmer, puisque ça marche.
Au-delà des intérêts de Stanjames.com, dont je n’ai que faire,
n’étant pas son avocat, il y a là pour la première fois la
tentative de créer un internet franco-français, d’établir une
frontière numérique autour de la France, en s’attaquant au goulot
d’étranglement&amp;#160;: les fournisseurs d’accès internet, passages
obligés et en nombre limités.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal;&quot;&gt;La
possibilité d’abus est considérable, et je ne suis pas sûr que
les contre-pouvoirs existent pour les prévenir.&lt;/p&gt;</description>
    
          <enclosure url="http://www.maitre-eolas.fr/public/TGI%20Paris%206%20ao%C3%BBt%202010.pdf"
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  <item>
    <title>De l'injustice en dictature</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/17/De-l-injustice-en-dictature</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:d5cecafd4d79def112c8fa6bbed79c4d</guid>
    <pubDate>Tue, 17 Aug 2010 14:23:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Gascogne</dc:creator>
        <category>Commensaux</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Par Gascogne&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/portraits/.1508_AFIUNI_inside_s.jpg&quot; alt=&quot;La Juge Afiuni en cellule&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;La Juge Afiuni en cellule&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sans séparation des pouvoirs, il n’y a pas de démocratie. C’est au moins ce que l’on retire de l’article 16 de la déclarations des droits de l’homme et du citoyen&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Article 16 - Toute société dans laquelle la garantie des droits n&amp;#8217;est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n&amp;#8217;a point de Constitution.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;J’en déduis que le Vénézuela, dirigé par le tonitruant président &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Hugo_Ch%C3%A1vez&quot;&gt;Hugo Chavez&lt;/a&gt;, est une dictature comme en ont tant connues les pays sud-américains.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comment définir autrement un pays où le chef de l’exécutif peut faire en toute impunité &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/panamericana/2010/08/15/achetee-selon-chavez-une-juge-risque-trente-ans-de-prison-162459&quot;&gt;embastiller un juge qui a remis en liberté un opposant notoire au régime&lt;/a&gt;&amp;#160;? C’est en effet la triste mésaventure qui est arrivée à la juge Maria Lourdes Afiuni, qui a ordonné la libération sous surveillance d’un prévenu qui attendait son jugement depuis trois ans en détention provisoire (en conformité avec la loi, est-il besoin de le préciser). La magistrate était interpellée le 10 décembre 2009, quelques heures après sa décision, en lien semble-t-il avec les déclarations présidentielles, dans sa propre émission télévisée, où le conducator de la chaîne orientale des Andes avait insulté la juge et demandé qu’elle soit condamnée à 30 ans de prison pour corruption, semblant regretter au passage le bon temps où les pelotons d’exécution réglaient les problèmes de manière bien plus rapide.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et qu’attendre d’un procès quelconque où le juge en charge du dossier a d’ores et déjà indiqué qu’il donnerait sa vie pour la révolution et qu’il ne serait jamais déloyal au président Chavez&amp;#160;? A part une condamnation à 30 ans de réclusion, bien sûr.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Humiliation suprême, la “justice” vénézuelienne a incarcéré la juge Afiuni au sein de l’établissement de son tribunal, la mettant ainsi en contact avec les détenues qu’elle avait elle-même incarcérées. Les tentatives de représaille n’ont bien sûr pas tardé. Et l’on comprend d’ailleurs dans le courrier qu’elle a réussi &lt;a href=&quot;http://www.marthacolmenares.com/2009/12/23/carta-publica-de-la-jueza-maria-lourdes-afiuni-desde-la-carcel/&quot;&gt;a faire publier sur un blog&lt;/a&gt; (en langue espagnole) que le Ministère Public a joué tout son rôle répressif dans cette parodie de justice. Le lien avec le pouvoir exécutif est décidément une bien mauvaise chose&amp;#8230;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Lorsque l’on sait qu’elle avait en outre eu l’audace de prétendre créer une association de magistrats, on ne peut que comprendre l’ire du chef de l’État. Un pouvoir judiciaire indépendant, qui ne répond pas aux ordres, est proprement insupportable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Inutile de dire que les demandes pressantes de la communauté internationale tendant à sa libération ont été à peu près autant entendues que &lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/politique/2010/08/13/01002-20100813ARTFIG00342-discriminations-raciales-pour-l-ump-l-onu-se-trompe.php&quot;&gt;les condamnations de la France par le comité pour l&amp;#8217;élimination de la discrimination raciale de l&amp;#8217;ONU&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Maria Lourdes Afiuni prend aujourd’hui place, à côté de Shirin Ebadi ou de Aung San Suu Kyi, dans mon panthéon personnel des femmes qui luttent contre toutes les formes d&amp;#8217;oppression. Même si je suis sûr qu&amp;#8217;elle ne souhaitait qu&amp;#8217;une chose&amp;#160;: faire correctement son métier, en toute sérénité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je lui laisse la parole, ou du moins le peu qui lui en reste, en dernier&amp;#160;:&lt;/p&gt;



&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Desde lo más profundo de mi corazón espero que este sufrimiento, este sacrificio, este acto de injusticia padecido por mi familia por mis seres queridos y mi persona no sea en vano.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Je ne peux malheureusement pas grand chose pour cette collègue, si ce n’est lui apporter tout mon soutien moral dans cette triste affaire et espérer comme elle que les épreuves qu’elle traverse ne seront pas vaines.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Møde d'emploå</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/13/M%C3%B8de-d-emplo%C3%A5</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:ae6866a06972d1d88850e476a88c01ea</guid>
    <pubDate>Fri, 13 Aug 2010 15:05:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>General</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Comme chez Ikea, certains billets ont besoin d&amp;#8217;un mode d&amp;#8217;emploi, ou du moins d&amp;#8217;explications détaillées.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je vais donc revenir sur mon précédent billet, qui est un peu plus profond que les quelques lecteurs trop empressés de crier au point Godwin ont bien voulu le comprendre.&lt;/p&gt;


&lt;h3&gt;Tout d&amp;#8217;abord, point de point Godwin ici.&lt;/h3&gt;


&lt;p&gt;Le point Godwin est une mauvaise traduction de la loi de Godwin (&lt;em&gt;Godwin&amp;#8217;s Law&lt;/em&gt;), qui est un axiome sarcastique émis en 1989 par mon confrère Mike Godwin, avocat américain aujourd&amp;#8217;hui directeur juridique de la Fondation Wikimedia, et ainsi traduit en Français&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Plus une discussion en ligne dure, plus la probabilité d&amp;#8217;une comparaison impliquant les Nazis ou Hitler approche 1.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Rappelons qu&amp;#8217;en probabilités mathématique, une probabilité P s&amp;#8217;exprime sous forme d&amp;#8217;un numéro compris entre 0 (événement impossible) et 1 (événement certain). Une chance sur 2 est une probabilité de 0,5. Multipliez ce chiffre par cent et vous obtiendrez son expression en pourcentage.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cet axiome mathématique de fantaisie (et pourtant scientifiquement exact) moque le travers des discussions en forum ou sur les blogs où à la longue, les esprits s&amp;#8217;échauffent (c&amp;#8217;est le moment où il n&amp;#8217;y a plus que 2 ou 3 personnes qui s&amp;#8217;engueulent) et où l&amp;#8217;un d&amp;#8217;entre eux, excédé, finira par assimiler ses contradicteurs à des nazis. C&amp;#8217;est le signe qu&amp;#8217;il est temps de fermer le fil de discussion, ou plus exactement qu&amp;#8217;il aurait dû être fermé il y a longtemps.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sur ce blog, les commentaires de ce type sont détectés par un logiciel perfectionné codé en HTML 7.0, un langage qui n&amp;#8217;existe pas encore, pour vous dire s&amp;#8217;il est moderne, sur une machine Enigma bien sûr, et se manifeste par l&amp;#8217;apparition de ce signal discret.
&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Godwin.png&quot; alt=&quot;Godwin.png&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce moment de l&amp;#8217;irruption du IIIe Reich est appelé en français le point Godwin, et s&amp;#8217;applique aussi à l&amp;#8217;invocation de Vichy et du Maréchal Pétain, particularisme local oblige.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour que le point Godwin soit pertinent, il faut donc deux conditions cumulatives&amp;#160;: une discussion n&amp;#8217;ayant AUCUN rapport avec la période de la seconde guerre mondiale &lt;strong&gt;ET&lt;/strong&gt; une discussion qui dure trop longtemps avec des esprits qui s&amp;#8217;échauffent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mon billet citant un extrait du JO de 1940, rappelant l&amp;#8217;usage que le régime de Vichy avait fait de la déchéance de la nationalité, le point Godwin était inapplicable faute de hors-sujet. De même, quand vous verrez la liste de Schindler, inutile de crier au Point Godwin.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le point Godwin est en soi une invention très drôle. D&amp;#8217;autres points ont été créés pour sanctionner le même phénomène, le point Sarko qui sanctionne l&amp;#8217;invocation du président de la République dans des sujets n&amp;#8217;ayant rien à voir avec lui, ou le point Lefebvre, du nom du truculent porte-parole adjoint de l&amp;#8217;UMP, qui consiste à blâmer &amp;#8220;internet&amp;#8221; en général pour les actions commises par une personne.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais son invocation systématique et dirais-je pavlovienne est nocive. Elle se substitue à la réflexion et à l&amp;#8217;analyse. J&amp;#8217;aime m&amp;#8217;adresser à l&amp;#8217;intelligence de mes lecteurs, pas à leurs réflexes. Or pour certains commentaires, l&amp;#8217;apport à la discussion se résumait à l&amp;#8217;invocation du fameux point, accompagné du rappel que le régime actuel n&amp;#8217;est pas le régime de Vichy. Merci du scoop, j&amp;#8217;étais pas à jour.&lt;/p&gt;


&lt;h3&gt;Maintenant, revenons à ce billet.&lt;/h3&gt;


&lt;p&gt;Comme cela n&amp;#8217;aura pas échappé à ceux qui l&amp;#8217;ont lu l&amp;#8217;esprit calme, je n&amp;#8217;y dis pas un mot. Il est composé uniquement de quatre citations, divisées en deux groupes. D&amp;#8217;une part, trois citations récentes de MM. Estrosi (qui a donné son titre au billet), Mariani et Hortefeux, visant à justifier par des faux arguments la proposition d&amp;#8217;étendre la déchéance de la nationalité française à certains délinquants ayant commis certains crimes.  J&amp;#8217;entends par faux argument des arguments qui n&amp;#8217;en sont pas puisque reposant non sur la Raison mais sur le &amp;#8220;Bon sens&amp;#8221; qui en est la négation. D&amp;#8217;autre part, un décret de décembre 1940 portant déchéance de la nationalité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y avait donc un point commun assez évident, c&amp;#8217;était le thème de la déchéance de la nationalité. À tel point que j&amp;#8217;ai pu faire le choix du &amp;#8220;sans commentaire&amp;#8221;, laissant à l&amp;#8217;intelligence de mes lecteurs le soin de comprendre le rapport.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Car ce qui était important dans ce décret n&amp;#8217;était pas le nom du signataire du décret (qui après tout a signé tous les décrets pris entre juillet 1940 et août 1944), mais le nom figurant dans le dispositif du décret&amp;#160;: celui de Charles de Gaulle. Car il s&amp;#8217;agit ni plus ni moins de l&amp;#8217;homme politique dont se réclament (à tort ou à raison, avec sincérité ou non, c&amp;#8217;est un autre débat) des trois hommes politiques. Or il a lui même été victime de cette mesure qui selon nos cerbères du bleu-blanc-rouge ne pose aucun problème parce qu&amp;#8217;ils n&amp;#8217;en voient pas, et qui serait même désirée par cette mystérieuse France invisible et silencieuse que M. Mariani, de manière encore plus mystérieuse, voit et entend. Cela devrait suffire à mon sens à faire comprendre ceux qui décidément ne voient aucun problème à cette mesure qu&amp;#8217;après tout, elle pourrait bien en poser. On pourrait ajouter que confronté à une guerre civile, il n&amp;#8217;a jamais eu recours à une telle mesure, même en présence de Français jugés pour trahison, &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9seau_Jeanson&quot;&gt;les &amp;#8220;porteurs de valise&amp;#8221; du réseau Jeanson&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;Histoire ne sert à rien si on n&amp;#8217;en tire par quelques leçons.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puisque je vous tiens, la déchéance, parlons-en. Enfin, reparlons-en, j&amp;#8217;avais déjà abordé le sujet &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/04/24/Cachez-moi-cette-burqa-avec-laquelle-vous-ne-sauriez-voir&quot;&gt;dans ce billet&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La déchéance de la nationalité existe déjà dans notre droit, à l&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=8E011C35700D71BD40025B86B1ACD897.tpdjo15v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006150513&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070721&amp;amp;dateTexte=20100813&quot;&gt;article 25 du Code civil&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle ne vise que les Français par &lt;em&gt;acquisition&lt;/em&gt;, c&amp;#8217;est-à-dire nés étrangers et étant devenus Français par quatre année de mariage avec un Français ou qui sont nés et ont résidé en France pendant 5 ans au-delà de ses 8 ans et n&amp;#8217;ont pas renoncé à cette acquisition (art.21-7 du Code civil), ainsi que les Français par déclaration et par naturalisation, mais en aucun cas les Français d&amp;#8217;origine (&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/11/04/Qu-est-ce-qu-%C3%AAtre-fran%C3%A7ais&quot;&gt;pour en savoir plus, lisez ce billet&lt;/a&gt;). Ainsi, le président Sarkozy étant Français d&amp;#8217;origine par la nationalité française de sa mère, et ne pouvant en outre prétendre à aucune autre nationalité, il ne peut en aucun cas être concerné par la déchéance de nationalité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La déchéance peut être prononcée par décret dans quatre cas&amp;#160;: 1° si l&amp;#8217;intéressé est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit constituant une &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=8E011C35700D71BD40025B86B1ACD897.tpdjo15v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006136044&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100813&quot;&gt;atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation&lt;/a&gt;&amp;#160;;
2° S’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit prévu et réprimé par le &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idArticle=LEGIARTI000006418494&amp;amp;idSectionTA=LEGISCTA000006165362&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100813&quot;&gt;chapitre II du titre III du livre IV du code pénal&lt;/a&gt; (ce qui suppose qu&amp;#8217;il soit fonctionnaire ou élu, et inclut la concussion, la corruption, et le trafic d&amp;#8217;influence, je ne suis pas sûr que tous les élus UMP soient au courant)&amp;#160;; 3° S’il est condamné pour s’être soustrait aux obligations résultant pour lui du code du service national (ce qui se résume actuellement à l&amp;#8217;obligation de recensement et de participer à la journée de préparation à la défense&amp;#160;; l&amp;#8217;hypothèse d&amp;#8217;une déchéance pour ce motif est peu probable, aucun juge administratif ne laisserait passer pour cause d&amp;#8217;atteinte disproportionnée à la vie privée, art. 8 de la CEDH), et 4° S’il s’est livré au profit d’un Etat étranger à des actes incompatibles avec la qualité de français et préjudiciables aux intérêts de la France, c&amp;#8217;est à dire essentiellement à de l&amp;#8217;espionnage.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Encore faut-il que cette déchéance ait pour effet de ne pas rendre l&amp;#8217;ex-Français apatride, à cause d&amp;#8217;engagements internationaux de la France (ce point n&amp;#8217;est donc pas modifiable par le parlement)&amp;#160;; il faut donc que l&amp;#8217;Etat s&amp;#8217;assure au préalable qu&amp;#8217;il y ait une nationalité de rechange, premier problème, ce qui, deuxième problème, dépend uniquement de la loi étrangère. Certains pays prévoient en effet que prendre la nationalité d&amp;#8217;un autre pays fait automatiquement perdre la nationalité d&amp;#8217;origine, et même si généralement, une procédure de réintégration simplifiée et rapide existe, seul l&amp;#8217;intéressé peut le demander&amp;#160;; et s&amp;#8217;il ne le fait pas, pas de réintégration. Et si pas de réintégration, pas de déchéance possible. Et leurs avocats le savent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En outre, il faut que cette déchéance intervienne dans les dix ans suivant cette acquisition, et que les faits à l&amp;#8217;origine de la déchéance aient été commis avant l&amp;#8217;acquisition de la nationalité ou dans les dix ans l&amp;#8217;ayant suivi (15 ans pour l&amp;#8217;atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voilà pour l&amp;#8217;Etat du droit actuel (il existe d&amp;#8217;autres hypothèses de perte de la nationalité, mais il ne s&amp;#8217;agit pas à proprement parler de sanctions, je les laisse de côté).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La proposition de l&amp;#8217;UMP consisterait (elle n&amp;#8217;a pas encore été formulée avec précision) à étendre la possibilité de déchéance aux auteurs d&amp;#8217;assassinat ou de tentative d&amp;#8217;assassinat sur des forces de l&amp;#8217;ordre. Avec cet argumentaire pointu&amp;#160;: &amp;#8220;&lt;em&gt;Et pourquoi pas&amp;#160;?&lt;/em&gt;&amp;#8221;, soutenu par un deuxième argument métaphysique&amp;#160;: &amp;#8220;&lt;em&gt;Si vous n&amp;#8217;êtes pas d&amp;#8217;accord, vous êtes complices des tueurs de flic&lt;/em&gt;&amp;#8221;. Un certain parallèle peut être fait avec le Point Godwin, puisqu&amp;#8217;il s&amp;#8217;agit d&amp;#8217;un faux argument qui vise à étouffer le débat plutôt qu&amp;#8217;à le nourrir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Or la seule question à mon sens qui vaille la peine d&amp;#8217;être posée est&amp;#160;: la population des Français par acquisition est-elle plus particulièrement susceptible de porter atteinte à la vie des forces de l&amp;#8217;ordre (il serait intéressant de demander quelles sont les études qui confirment cet état de fait) et le fait de les menacer de cette déchéance est-elle de nature à les dissuader de passer à l&amp;#8217;acte ou de recommencer&amp;#160;? Si la réponse à une de ces questions est &amp;#8220;non&amp;#8221;, nous sommes en présence d&amp;#8217;une mesure inutile, c&amp;#8217;est à dire d&amp;#8217;une perte de temps du Parlement qui pourrait utilement l&amp;#8217;employer à, par exemple et au hasard, à rendre notre procédure pénale compatible avec la Constitution et les droits de l&amp;#8217;homme, et pernicieuse car elle tend à stigmatiser certains de nos concitoyens comme étant plus enclins au crime que les autres.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Or rien ne me permet de soupçonner, comme semblent le faire MM. Hortefeux et consorts, que Mme Bruni Tedeschi épouse Sarkozy, française par acquisition, nourrisse des pulsions meurtrières à l&amp;#8217;égard des Gardes Républicains. Plus sérieusement, aucune étude n&amp;#8217;a établi de lien entre le crime, quel qu&amp;#8217;il soit d&amp;#8217;ailleurs, et le mode d&amp;#8217;acquisition de la nationalité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le Canard Enchaîné de cette semaine confirme d&amp;#8217;ailleurs que l&amp;#8217;exécutif le sait parfaitement et que ce débat ne vise qu&amp;#8217;à enferrer l&amp;#8217;opposition dans le piège du débat sur l&amp;#8217;insécurité, terrain où elle est toujours mal à l&amp;#8217;aise.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le fait que cette politique associant une fois de plus les étrangers et la délinquance soit de fait xénophobe, et par ricochet favorise la xénophobie au sein de la population a de quoi légitimement alarmer les républicains, &lt;a href=&quot;http://www.koztoujours.fr/?p=8337&quot;&gt;ce qui inclut des gens de droite&lt;/a&gt;, cela va sans dire mais encore mieux en le disant. Et mériterait un peu plus de réflexion critique que des glapissements de &amp;#8221; Points Godwin&amp;#160;!&amp;#8221;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>« Français ou voyou, il faut choisir »</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/12/%C2%AB-Fran%C3%A7ais-ou-voyou%2C-il-faut-choisir-%C2%BB</link>
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    <pubDate>Thu, 12 Aug 2010 20:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Brève</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;#160;Français ou voyou, il faut choisir.&amp;#160;»&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Christian Estrosi, le 6 août 2010.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;#160;La France invisible et silencieuse pense que la nationalité française n’est pas une carte de crédit donnant uniquement accès à des services. Il y a aussi des devoirs.&amp;#160;»&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Thierry Mariani, le 3 août 2010.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;#160;Ces mesures [de déchéance de la la nationalité] sont justes, attendues et efficaces&amp;#160;».&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Brice Hortefeux, le 7 août 2010.&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;p&gt;Journal Officiel de la République Française, édition du 10 décembre 1940, p. 6043.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Décret du 8 décembre 1940 portant déchéance de la nationalité française.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&amp;#8220;Nous, Maréchal de France, chef de l’Etat français,&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&amp;#8220;Sur le rapport du garde des sceaux, ministre secrétaire d’Etat à la justice,&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&amp;#8220;Vu l’article 1er de la loi du 23 juillet 1940 portant que tout Français qui a quitté le territoire français métropolitain entre le 10 mai et le 30 juin 1940 pour se rendre à l’étranger, sans ordre de mission régulier émanant de l’autorité compétente ou sans motif légitime, sera regardé comme ayant entendu se soustraire aux charges et devoirs qui incombent aux membres de la communauté nationale et, par suite, avoir renoncé à la nationalité française, qu’il sera en conséquence déchu de cette nationalité par décret rendu sur rapport du garde des sceaux, ministre secrétaire d’Etat à la justice, et que cette mesure prendra effet à partir du jour fixé par le décret,&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&amp;#8220;Décrétons&amp;#160;:&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&amp;#8220;Art. 1°. – Est déchu de la nationalité française, à dater du 2 août 1940&amp;#160;;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;M. de Gaulle (Charles André Joseph Marie), né le 22 novembre 1890 à Lille (Nord)&amp;#160;».&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Signé Philippe Pétain.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Via &lt;a href=&quot;http://avocats.fr/space/gilles.devers/content/vichy-26%E2%80%94de-gaulle-dechu-de-la-nationalite-francaise_F0BEF7F9-BEC0-4EA9-B546-0D4F4F2D317B&quot;&gt;Gilles Devers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Et maintenant ?</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/04/Et-maintenant</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:785980322c7c88f95fc8f1bbab44c5f4</guid>
    <pubDate>Wed, 04 Aug 2010 21:40:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>La profession d'avocat</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Après avoir &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/31/Gardes-%C3%A0-vue-%3A-la-victoire-des-avocats&quot;&gt;commenté la décision du 30 juillet&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/03/Cadeau-Bonus&quot;&gt;moqué comme il se doit Synergie-Officiers&lt;/a&gt;, place aux choses sérieuses. Quelle procédure pénale nous attend demain, et que faire dès aujourd&amp;#8217;hui&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;h2&gt;Que faire aujourd&amp;#8217;hui&amp;#160;?&lt;/h2&gt;


&lt;p&gt;Il faut dès à présent tirer les conséquences de cette décision, comme je le disais sous mon billet consacrée à la décision historique du Conseil constitutionnel. Ce serait une erreur que de faire comme si de rien n&amp;#8217;était jusqu&amp;#8217;à la loi que le parlement votera dans la précipitation et qui, je ne suis pas dupe, déterminera le &lt;em&gt;minimum minimorum&lt;/em&gt; des droits à accorder à la défense, et tracera la ligne un peu en deçà, pour rogner tout ce qu&amp;#8217;il pourra sans provoquer l&amp;#8217;ire du Conseil. Vous verrez.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La première conséquence est à mon sens la nullité des PV d&amp;#8217;audition, de confrontation et de toute déclaration sur les faits du gardé à vue. Et j&amp;#8217;y inclus les déclarations recueillies par le procureur en cas de déferrement (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=C70615897BDEA01B507D096F23410843.tpdjo16v_3?idArticle=LEGIARTI000006576415&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006071154&amp;amp;dateTexte=20100804&quot;&gt;article 393 du CPP&lt;/a&gt;), puisque ces déclarations sont reçues sans avocat (cette nullité n&amp;#8217;entache pas le PV lui-même, qui en est intellectuellement indépendant, et saisit le tribunal). Le Conseil exclut toute nullité des &lt;strong&gt;mesures&lt;/strong&gt; prises avant cette date, or une audition n&amp;#8217;est pas une mesure que l&amp;#8217;on prend mais un acte dont il est dressé procès verbal (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idArticle=LEGIARTI000006575059&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006071154&amp;amp;dateTexte=20100804&quot;&gt;art. 62 du CPP&lt;/a&gt; tel que provisoirement en vigueur). La décision du 30 juillet sauve les gardes à vue comme outil de l&amp;#8217;action pénale ET protège les policiers et procureurs de poursuites pour atteinte à la liberté et séquestration arbitraire&amp;#160;; c&amp;#8217;est tout et c&amp;#8217;est déjà pas mal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La deuxième est de taille et semble avoir échappé aux commentateurs.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=C70615897BDEA01B507D096F23410843.tpdjo16v_3?idArticle=LEGIARTI000006575088&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006071154&amp;amp;dateTexte=20100804&quot;&gt;article 63-4 du CPP&lt;/a&gt; est déclaré contraire à la Constitution. C&amp;#8217;est celui qui prévoit que notre entretien ne peut excéder 30 minutes et, en creux, nous interdit un accès à la procédure faute de l&amp;#8217;avoir expressément prévu. Mais surtout c&amp;#8217;est celui qui nous interdit de faire état auprès de quiconque de cet entretien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Que les choses soient claires&amp;#160;: pour moi, cette interdiction est dès à présent nulle et non avenue car contraire à la Constitution.  Je n’imagine pas un bâtonnier engager des poursuites, ni un conseil de discipline condamner pour violation d’une interdiction déclarée contraire à la Constitution parce qu’elle porte atteinte aux droits de la défense. Les deux limites qui restent sont celles plus générales du secret professionnel, du délit de divulgation d&amp;#8217;information, et de notre conscience.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il n&amp;#8217;y a pas violation du secret professionnel tant que nous restons dans les limites de l&amp;#8217;exercice des droits de la défense, qui n&amp;#8217;ont jamais interdit à un avocat de révéler ce qu&amp;#8217;il estime devoir l&amp;#8217;être dans l&amp;#8217;intérêt de son client, de même que le délit de divulgation d&amp;#8217;information (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=53F4A14C8560357BB0572958E6AEAC11.tpdjo16v_3?cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;idArticle=LEGIARTI000006418619&amp;amp;dateTexte=20100804&amp;amp;categorieLien=id#LEGIARTI000006418619&quot;&gt;art. 434-7-2 du Code pénal&lt;/a&gt;) précise bien &amp;#8220;sans préjudice aux droits de la défense&amp;#8221;. Donc tant que cette communication est conforme aux intérêts de la défense, chers confrères en garde à vue, usez si nécessaire de votre téléphone.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais avec la prudence qui nous caractérise.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces appels doivent être limités strictement à ce que le la défense exige. Pas de problème pour contacter l&amp;#8217;avocat habituel du gardé à vue que la police n&amp;#8217;aurait pas réussi à joindre (je ne vous cache pas que je ne me suis jamais gêné, art. 63-4 ou pas). N&amp;#8217;hésitez pas non plus à contacter la famille proche dans les affaires où vous êtes certain qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;y a pas de risque de complicité (ex&amp;#160;: la mère du mari violent) pour qu&amp;#8217;en cas de défèrement, elle soit au Palais avant l&amp;#8217;audience avec à la main un bon gros tas de justificatifs de travail et de domicile qui vont permettre d&amp;#8217;obtenir une remise en liberté.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par contre, jamais le copain ou le cousin, qui risque fort d&amp;#8217;être celui chez qui les policiers se préparent à se rendre pour une perquisition. De même, dites-en le moins possible sur les faits&amp;#160;: ça, c&amp;#8217;est du secret professionnel. Rassurez les familles, ça fait partie de votre travail, et les policiers seront ravis de ne plus se faire assaillir de coups de fils de la famille et de vous refiler le fardeau.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans le même ordre d&amp;#8217;idée, c&amp;#8217;est vous et vous seul qui passerez le coup de fil. Vous ne donnez pas le téléphone au gardé à vue. Les phrases codées, ça existe. Je vous conseille d&amp;#8217;attendre d&amp;#8217;être sorti de l&amp;#8217;entretien pour passer le coup de fil. Et dans le doute, abstenez-vous, vous n&amp;#8217;êtes pas là pour entraver une enquête. Évidemment, vous ne donnez pas le nom de témoins ou de la victime, pas la peine de vous retrouver soupçonné de complicité de subornation de témoins. Par contre, vous pouvez contacter un témoin de la défense que vous aura indiqué le gardé à vue&amp;#160;: je vous rappelle qu&amp;#8217;en cas de citation directe, les témoins peuvent être cités sans forme (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=CD0568570ABF89502B2933C29A222297.tpdjo16v_3?idArticle=LEGIARTI000006576439&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006071154&amp;amp;dateTexte=20100804&quot;&gt;art. 397-5 du CPP&lt;/a&gt;), la seule condition étant qu&amp;#8217;ils soient à l&amp;#8217;audience. Ça marche mieux quand ils sont prévenus la veille de l&amp;#8217;audience plutôt qu&amp;#8217;une heure avant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et là, je m&amp;#8217;adresse à tous mes concitoyens, dans lesquels sommeille un gardé à vue. Les répertoires de vos mobiles sont vos pires ennemis. Apprenez par cœur les numéros essentiels&amp;#160;: au minimum, le portable de votre chère et tendre, d&amp;#8217;un de vos parents et celui de votre avocat. Nous n&amp;#8217;avons pas accès à la mémoire de votre mobile, en garde à vue.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, la troisième conséquence est que la nullité des gardes à vue du fait d&amp;#8217;absence de contrôle par une autorité judiciaire &lt;strong&gt;au sens de la Convention de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales&lt;/strong&gt; doit continuer à être soulevée, et jusqu&amp;#8217;à Strasbourg au besoin (Tramway ligne E, descendre à Droits de l&amp;#8217;Homme). Medvedyev nous donne raison pour l&amp;#8217; &lt;em&gt;habeas corpus&lt;/em&gt;. Sus, sus&amp;#160;!.&lt;/p&gt;


&lt;h2&gt;Et demain&amp;#160;?&lt;/h2&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est sur nous que va peser le gros du fardeau de cette réforme. Bienheureux secrétaires de la Conférence de la promo 2011&amp;#160;: vous ne savez pas encore que vous l&amp;#8217;êtes, mais c&amp;#8217;est vous qui serez en première ligne à Paris. Vous allez faire l&amp;#8217;Histoire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne doute pas un instant que la profession sera prête. Elle le fut en 1993, elle le fut en 2000, elle le sera en 2011.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En fait, cela devrait ressembler à ce que nous faisons aux permanences mise en examen. Prendre vite connaissance du dossier (après tout, le temps que nous prenons rallonge d&amp;#8217;autant la garde à vue), ce qui sera rapide pour les procédures en flagrance, qui seront très courtes à ce stade, et plus long pour des grosses préliminaires (du genre une affaire d&amp;#8217;escroquerie à la cavalerie bancaire en préliminaire depuis un an…) et sur les commissions rogatoires. Pour les instructions, ça va être prolématique&amp;#160;: comment le dossier de l&amp;#8217;instruction pourrait-il attendre l&amp;#8217;avocat au commissariat&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Eh bien voilà une excellente occasion de mettre fin à une pratique illégale généralisée depuis un siècle chez les juges d&amp;#8217;instruction&amp;#160;: ce que mon confrère lyonnais François Saint-Pierre appelle la sous-traitance de l&amp;#8217;instruction.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le CPP interdit à tout juge d&amp;#8217;instruction d&amp;#8217;adresser la parole à un mis en examen sans que son avocat n&amp;#8217;ait été préalablement convoqué au plus tard cinq jours ouvrables avant. C&amp;#8217;est une règle posée depuis 1897. Les juges d&amp;#8217;instruction ont fait de la résistance et ont décidé qu&amp;#8217;avant d&amp;#8217;être mis en examen (on disait alors &lt;em&gt;inculpé&lt;/em&gt;), le suspect était témoin des faits qu&amp;#8217;il a commis. D&amp;#8217;où l&amp;#8217;idée géniale de les faire entendre par la police en qualité de témoin. Sans avocat. C&amp;#8217;est la naissance de la garde à vue, fille bâtarde de l&amp;#8217;illégalité et du mépris de la défense. C&amp;#8217;est d&amp;#8217;ailleurs cette idée qui aboutira un siècle plus tard à la menace de la disparition des juges d&amp;#8217;instructions, qui ont ainsi expliqué comment se passer d&amp;#8217;eux. Superbe ironie de l&amp;#8217;histoire&amp;#160;: cette décision du Conseil constitutionnel rendant la garde à vue aux avocats prive désormais de tout intérêt la suppression du juge d&amp;#8217;instruction. Le combat des avocats contre la garde à vue va sans doute sauver les créateurs de celle-ci. Une chance que nous ne soyons pas rancuniers.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La consultation du dossier sera nécessairement suivie par un entretien - confidentiel - avec le gardé à vue pour lui expliquer la situation et faire avec lui les grands choix tactiques. Moment essentiel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Au cours des interrogatoires et confrontations, le port de la robe sera de mise&amp;#160;: nous serons dans l&amp;#8217;exercice de nos fonctions. Les règles pourront s&amp;#8217;inspirer de celles de l&amp;#8217;instruction. L&amp;#8217;OPJ (ou l&amp;#8217;APJ&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/04/Et-maintenant#pnote-1635-1&quot; id=&quot;rev-pnote-1635-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; dirige l&amp;#8217;interrogatoire, l&amp;#8217;avocat peut poser des questions à la fin, et ses interventions éventuelles sont consignées dans le procès verbal. Un texte qui nous imposerait le silence serait inacceptable. Ce silence imposé a pris fin dans les cabinets d&amp;#8217;instruction en 1993, ce n&amp;#8217;est pas pour qu&amp;#8217;il renaisse dans les commissariats. Ne comptez pas sur moi pour rester coi, même si mon intervention la plus fréquente consistera probablement à dire à mon client de ne pas répondre à la question (et je n&amp;#8217;ai aucun problème pour qu&amp;#8217;on consigne au procès-verbal que je le lui ai dit). Il faudra prévoir la possibilité pour l&amp;#8217;avocat de déposer des observations qui seront annexées au procès-verbal, à l&amp;#8217;instar des conclusions en désaccord de l&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=8003D4EFC16541AA0D557FACEA7B5E36.tpdjo16v_3?idArticle=LEGIARTI000006575555&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006071154&amp;amp;dateTexte=20100804&quot;&gt;article 120 du CPP&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le droit de demander un acte à la police ne me paraît pas indispensable et pratiquement impossible à mettre en œuvre. La police n&amp;#8217;est pas le juge d&amp;#8217;instruction, elle est le bras séculier du parquet, partie adverse, et au surplus, aucune procédure d&amp;#8217;appel d&amp;#8217;un refus d&amp;#8217;acte n&amp;#8217;est envisageable. La CEDH dit d&amp;#8217;ailleurs que l&amp;#8217;avocat a le droit de rechercher des preuves, mais n&amp;#8217;a jamais reconnu de droit à la défense de demander qu&amp;#8217;une telle recherche soit faite pour elle. On pourra naturellement faire des suggestions à l&amp;#8217;OPJ, voire formaliser cette suggestion par écrit sous formes d&amp;#8217;observations, et critiquer en opportunité un refus, mais aller jusqu&amp;#8217;à en faire un droit de la défense serait irréaliste - ou serais-je déjà trop blasé&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est au niveau de l&amp;#8217;organisation matérielle qu&amp;#8217;il va falloir tout remettre à plat.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;assistance effective de l&amp;#8217;avocat ne suppose pas que nous soyons présents du début à la fin de la garde à vue&amp;#160;: c&amp;#8217;est notre client qui est en garde à vue, pas nous. Elle suppose deux choses&amp;#160;: que nous soyons mis en mesure d&amp;#8217;assister notre client chaque fois que ses déclarations seront reçues (donc avertis suffisamment à l&amp;#8217;avance pour foncer au commissariat) (&lt;strong&gt;ajout&amp;#160;: avec accès au dossier de la procédure, bien sûr&lt;/strong&gt;) et que nous puissions avoir en principe accès à notre client à tout moment, sauf impossibilité matérielle provisoire (perquisition en cours). Ces conditions remplies, les droits de la défense seront considérés comme respectés.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour la police, cela supposera d&amp;#8217;anticiper l&amp;#8217;interrogatoire. À Paris, prévenir l&amp;#8217;avocat une heure avant devrait suffire. En province, ce sera plus délicat (les routes aveyronaises en hiver, c&amp;#8217;est pas tout à fait ça). Pour l&amp;#8217;avocat, cela supposera de se tenir disponible tout au long de la garde à vue. Même de nuit. C&amp;#8217;est notre profession, et notre honneur (phrase à se répéter trois fois quand on essaiera de garder les yeux ouverts à trois heures du matin).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;obstacle ne paraît pas insurmontable&amp;#160;: il suffit de lire les PV de fin de garde à vue pour voir que les moments d&amp;#8217;activité de la procédure nécessitant l&amp;#8217;audition du gardé à vue sont une portion infime de la mesure elle même. Il y aura une période d&amp;#8217;adaptation&amp;#160;; à nous de la rendre la plus facile possible.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Surtout, cela suppose une révolution du système de permanence, et là, je ne cache pas ma joie. Le système actuel à Paris, le seul que je pratique, m&amp;#8217;a toujours paru insatisfaisant. 12-15 avocats, de permanence de jour (appelables de 6h à 21h) et 12-15 autres de nuit (21h-6h), qui arrivent, font un cours de procédure pénale accéléré au gardé à vue, en espérant qu&amp;#8217;ils ne commettent pas l&amp;#8217;erreur d&amp;#8217;aborder la défense au fond, ce qui est une perte de temps, et sortent à jamais du dossier, puisque l&amp;#8217;Ordre refuse le droit de suite&amp;#160;: l&amp;#8217;avocat intervenu en garde à vue ne peut pas être désigné au titre de la commission d&amp;#8217;office. Ce système est stupide et injuste.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Celui qui a un avocat choisi (donc payant) aura le même avocat en garde à vue et devant le tribunal. Lui peut préparer sa défense au fond dès le début. Celui qui demande un avocat commis d&amp;#8217;office se contentera d&amp;#8217;un inconnu de passage qui ne sortira pas des généralités (&amp;#8220;vous avez le droit de garder le silence&amp;#160;; vous avez bien mangé&amp;#160;? On vous a tapé&amp;#160;?&amp;#8221;). Le but initial était d&amp;#8217;éviter que des avocats peu scrupuleux profitassent des gardes à vue pour faire du racolage de clientèle. L&amp;#8217;Ordre va jusqu&amp;#8217;à exiger que l&amp;#8217;avocat ne donne pas son nom au gardé à vue&amp;#160;! Voilà bien une injonction saugrenue à laquelle je me suis toujours gardé d&amp;#8217;obéir (Monsieur le bâtonnier, si vous voulez engager des poursuites disciplinaires à mon encontre, je me tiens à votre disposition). La moindre des choses est que le gardé à vue connaisse le nom de l&amp;#8217;avocat qui l&amp;#8217;assiste, et dont le nom figure d&amp;#8217;ailleurs à la procédure. Et si le client veut le recontacter par la suite pour qu&amp;#8217;il l&amp;#8217;assiste, cela relève du libre choix de l&amp;#8217;avocat. On s&amp;#8217;est assez battu pour ce droit dans le cadre de l&amp;#8217;assurance de protection juridique pour le jeter aux orties dans le cas du traitement en temps réel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La seule solution acceptable est de faire un système de permanence à dossier unique. Je m&amp;#8217;explique&amp;#160;: le Bâtonnier m&amp;#8217;informe que je serai de permanence le 1er avril. À charge pour moi de me libérer de toute audience ce jour là. Le 1er avril, quand un gardé à vue demandera l&amp;#8217;assistance d&amp;#8217;un avocat d&amp;#8217;office, les avocats commis du jour seront apelés à tour de rôle. Ainsi, je serai contacté pour assister monsieur Machin, aux bons soins du Commandant de police Simone, commissariat du 21e arrondissement. Ce sera mon seul dossier. J&amp;#8217;avertis le commandant Simone que je me tiens à sa disposition, et je vois avec elle à quelle plage horaire elle pense effectuer les interrogatoires. Je me présente en avance au commissariat pour prendre connaissance des PVs déjà prêts, faire un brin de causette à Monsieur Machin et lui expliquer ce qu&amp;#8217;on lui reproche, les preuves qu&amp;#8217;il y a contre lui, et qu&amp;#8217;on mette au point sa position.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et en cas de déferement, l&amp;#8217;avocat doit rester saisi du dossier pour l&amp;#8217;audience. Ce n&amp;#8217;est qu&amp;#8217;ainsi qu&amp;#8217;on mettra fin à cette injustice que nous avons laissé créer&amp;#160;: la différence de traitement entre l&amp;#8217;indigent qui relève de la commission d&amp;#8217;office, et l&amp;#8217;aisé qui a son avocat dès le début. Une défense de qualité pour tous.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cela suppose aussi une refonte des permanences de comparution immédiate (et mises en examen, puisque visiblement, on va garder les juges d&amp;#8217;instruction). Finies les équipes d&amp;#8217;avocats galériens survolant à hauteur stratosphérique deux, trois ou quatre dossiers pendant que l&amp;#8217;huissier tape frénétiquement à la porte pour dire que le président les attend. L&amp;#8217;avantage pour les audiences de comparution immédiate est évident&amp;#160;: plus d&amp;#8217;attente, les avocats seront prêts à plaider depuis la veille, ils auront déjà eu le temps de réunir leurs pièces et même, et là ça fera plaisir aux procureurs et à leurs ophtalmos, de dactylographier leurs conclusions. Il faudra sans doute prévoir une voiture-balai, un avocat de permanence prêt à substituer au pied levé l&amp;#8217;avocat en charge qui serait confronté à une difficulté pour être présent, mais qui pourrait être utilement briefé par son confrère, selon la formule de la substitution que nous pratiquons au quotidien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Autre avantage de ce système pour l&amp;#8217;État, qui devra mettre la main à la poche&amp;#160;: un avocat unique, qui doit juste se rendre disponible mais n&amp;#8217;est pas pris à plein temps, n&amp;#8217;a pas à être rémunéré à la même hauteur qu&amp;#8217;un avocat à temps plein. Je suis sûr avec cet argument de capter son attention.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J&amp;#8217;ai bien conscience que ces réflexions prospectives ne valent que pour Paris, qui est mon barreau et le seul que je connaisse en profondeur. Paris sera une terre bénie pour la mise en vigueur de cette réforme&amp;#160;: un ressort limité à une ville, certes grande, mais une ville, où se trouve la moitié des avocats de France, et où plus d&amp;#8217;un millier d&amp;#8217;avocats sont volontaires pour les commissions d&amp;#8217;office. Les barreaux des grandes villes comme Lyon, Lille, Marseille, Strasbourg, pourront aussi assez facilement s&amp;#8217;organiser. Je sais que cela sera autrement plus difficile pour mes confrères de Versailles, dont le ressort est immense et qui en outre sont pour la plupart concentrés à l&amp;#8217;est du département, où siègent le tribunal et la cour d&amp;#8217;appel, ou pour les 17 avocats du barreau  de Guéret, qui devront couvrir toute la Creuse (encore que les gardes à vue y sont plus rares). Le morcellement de notre profession est parfois une faiblesse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rappelons enfin que la présence de l&amp;#8217;avocat est un droit, pas une obligation. Le gardé à vue peut y renoncer, et le fait qu&amp;#8217;un avocat convoqué ne puisse venir ou ne réponde pas à sa convocation n&amp;#8217;entachera pas de nullité la procédure, du moment que les diligences nécessaires ont été effectuées (et cela engagera sa responsabilité civile et disciplinaire). À ce propos, il faudra que la permanence de Paris cesse d&amp;#8217;envoyer les convocations aux avocats choisis par fax. Les gardés à vue du samedi soir lui en sauront gré (pourquoi pas une permanence nationale dotée des numéros de portable des tous les avocats et gérée par le Conseil National des Barreaux -CNB-&amp;#160;?). Tous les avocats ne reçoivent pas leur fax sur leur iPhone (même si c&amp;#8217;est en fait très simple).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les points sur lequel il faudra se battre sont, d&amp;#8217;une part, le refus de toute création d&amp;#8217;un régime nouveau, excluant l&amp;#8217;avocat au prétexte de sa brièveté. Dès lors que des déclarations pouvant fonder une condamnation sont reçues, l&amp;#8217;avocat doit pouvoir être là. &lt;br /&gt;
D&amp;#8217;autre part, toute prolongation de la garde à vue au prétexte de l&amp;#8217;intervention de l&amp;#8217;avocat. Dire à un gardé à vue qu&amp;#8217;il est là pour 24h et 30h s&amp;#8217;il demande un avocat, c&amp;#8217;est faire pression sur lui pour qu&amp;#8217;il renonce à son droit. &lt;br /&gt;
De troisième part, la rémunération décente de l&amp;#8217;avocat commis d&amp;#8217;office. D&amp;#8217;ailleurs, ça fait longtemps qu&amp;#8217;on n&amp;#8217;a pas manifesté pour l&amp;#8217;AJ.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Point optimiste&amp;#160;: une de mes taupes au Conseil constitutionnel me confirme que les Sages ont la ferme intention d&amp;#8217;être très vigilants sur la conformité de la réforme à venir avec leur décision. Le message a été passé au Gouvernement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et pourquoi pas, oui, j&amp;#8217;y reviens, c&amp;#8217;est ma nouvelle obsession, profiter de cette réforme pour prévoir une procédure d&amp;#8217; &lt;em&gt;habeas corpus&lt;/em&gt;, une requête au JLD lui demandant d&amp;#8217;examiner la régularité et la justification d&amp;#8217;une mesure de garde à vue, et lui permettant d&amp;#8217;y mettre fin immédiatement (au besoin en plaçant sous contrôle judiciaire)&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voici mes réflexions prospectives, un peu en vrac au fil de la plume, j&amp;#8217;espère avoir réussi à rester à peu près clair. J&amp;#8217;attends vos commentaires éclairés, quelles que soit vos fonctions&amp;#160;: le regard critique des OPJ, des procureurs, et même des juges sera utile. Je connais des députés des deux bords qui seront ravis de porter des amendement pertinents et étayés au Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/04/Et-maintenant#rev-pnote-1635-1&quot; id=&quot;pnote-1635-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]  Agent de police judiciaire, chargé d&amp;#8217;effectuer des actes d&amp;#8217;enquêtes par l&amp;#8217;OPJ et sous sa direction. Certains actes clés de la procédure, comme le placement en GAV, ne peuvent être effectué que par l&amp;#8217;OPJ en personne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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  <item>
    <title>Cadeau Bonus</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/03/Cadeau-Bonus</link>
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    <pubDate>Tue, 03 Aug 2010 23:30:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Brève</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il n’y a pas que la décision du Conseil constitutionnel dont la lecture nous donne un sourire d’une oreille à l’autre. La victoire à des à-côtés plaisants. En voici un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Communiqué de presse du syndicat Synergie Officier (avec mes commentaires en italique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NB&lt;/strong&gt;&amp;#160;: ce n’est pas un &lt;em&gt;fake&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.synergie-officiers.com/IMG/pdf/GAV_conseil_constitutionnel.pdf&quot;&gt;ce communiqué est absolument authentique&lt;/a&gt;(pdf). Y compris les majuscules et le logo fait avec WordArt.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;Oh le beau logo fait avec le tuto de Word Art ; demain, je t'apprends à utiliser Inkscape&quot; alt=&quot;Oh le beau logo fait avec le tuto de Word Art ; demain, je t'apprends à utiliser Inkscape&quot; src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/synergie.PNG&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 30 juillet 2010&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;GAV INCONSTITUTIONNELLE&amp;#160;: ET APRÈS&amp;#160;?&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;SYNERGIE OFFICIERS, prend acte de la décision du Conseil Constitutionnel d’annulation du régime «&amp;#160;généraliste&amp;#160;» de la garde à vue tout en maintenant les régimes dérogatoires (terrorisme, stupéfiants…) et en s’abstenant de prescriptions précises quant à la refonte des textes en vigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;&lt;em&gt;Il y en a qui ont séché le cours sur la séparation des pouvoirs…&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYNERGIE OFFICIERS s’étonne que cette décision nébuleuse intervienne alors que le Chef de l’État fixe dans le même temps des objectifs ambitieux de lutte contre la délinquance dans un contexte d’explosion de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;&lt;em&gt;Nébuleux, se&amp;#160;: adj.&amp;#160;: trop compliqué pour un syndiqué. syn.&amp;#160;: Droits de la défense.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYNERGIE OFFICIERS voit toutefois en cette décision une conformation hâtive et aveuglément servile à une jurisprudence de la CEDH&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/03/Cadeau-Bonus#pnote-1634-1&quot; id=&quot;rev-pnote-1634-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; qui prête encore aujourd’hui à confusion quant au rôle de l’avocat dans la garde à vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt; &lt;em&gt;CEDH qui n&amp;#8217;est pas visée dans la décision, qui n&amp;#8217;applique que des principes constitutionnels. Effectivement, cette décision était &lt;em&gt;nébuleuse&lt;/em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYNERGIE OFFICIERS déplore que l’activisme du lobby des avocats s’exerce au mépris du droit à la sécurité des plus faibles pour la satisfaction commerciale d’une profession libérale, dont le travail ne consiste pas en la manifestation de la vérité mais en l’exonération de la responsabilité de leurs clients, fussent-ils
coupables&amp;#160;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;&lt;em&gt;Tiens, il y en a qui ont déjà oublié &lt;/em&gt;&lt;a style=&quot;font-style: italic;&quot; href=&quot;http://libertes.blog.lemonde.fr/2010/05/20/proces-de-la-garde-a-vue-le-barreau-de-paris-remporte-la-manche/&quot;&gt;leur condamnation pour injure pour avoir tenu des propos similaires&lt;/a&gt;&lt;em&gt;&amp;#160;? Je croyais Synergie Officiers plus remontée contre la récidive.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYNERGIE OFFICIERS exige que les professionnels de l’enquête judiciaire que sont les Officiers de Police soient associés de plein droit aux réflexions de fond qui présideront à la mise en place de la future politique pénale de notre pays, afin que soit préservé le nécessaire équilibre entre droits des victimes, nécessité de l’enquête et droits de la défense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;&lt;em&gt;Sur ce point, rien à redire. Il me paraîtrait aberrant de ne point consulter les OPJ. De terrain, s&amp;#8217;entend.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYNERGIE OFFICIERS redoute, une fois de plus, que l’intérêt collectif soit sacrifié sur l’autel de principes éthérés au mépris des réalités criminelles contemporaines et des difficultés insupportables qui entravent le travail des policiers pour la manifestation de la vérité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;&lt;em&gt;Éthéré&amp;#160;: adj. Syn.&amp;#160;: Constitutionnel.&lt;/em&gt;&lt;br style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;&lt;em&gt;Difficultés insupportables&amp;#160;: loc. Droits de la défense. v. &lt;em&gt;Nébuleux&lt;/em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYNERGIE OFFICIERS met en garde nos décideurs sur les conséquences fâcheuses de décisions précipitées et coupées du réel qu’ils devront assumer quand il s’agira d’affronter les scandales judiciaires à venir (compromission d’enquête, disparition de preuves, pression sur les victimes, représailles sur les témoins…)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;
&lt;em&gt;Car les pièces ne disparaissent jamais des dossiers quand les avocats ne sont pas là. Demandez aux familles des disparus de l&amp;#8217;Isère. Et jamais on n&amp;#8217;obtient de faux aveux en garde à vue loin de l&amp;#8217;avocat. Demandez à Patrick Dils ou aux mânes de Richard Roman.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signé&amp;#160;: Le Bureau National&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;span&gt;Bureau. n.m. Syn.&amp;#160;: Front.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;NB&amp;#160;: Synergie officier est le deuxième des deux syndicats d&amp;#8217;officiers de police&amp;#160;; affilié à la CFE-CGC, il a obtenu 44,8% des voix aux élections professionnelles de 2006 et 44,5% aux élections professionnelles de janvier 2010, derrière le Syndicat National des Officiers de Police (SNOP), affilié à l&amp;#8217;UNSA, nettement plus modéré. La participation est de l&amp;#8217;ordre de 87% chez les officiers. Même minoritaire, il est indiscutablement représentatif. Son pendant dans le corps des gardiens de la paix est Alliance Police Nationale, lui aussi second avec 37,61% des voix (82,79% de participation).&lt;p&gt;Il me tarde de faire leur connaissance lors des gardes à vue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/03/Cadeau-Bonus#rev-pnote-1634-1&quot; id=&quot;pnote-1634-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Cour Européenne des Droits de l’Homme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Gardes à vue : la victoire des avocats</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/31/Gardes-%C3%A0-vue-%3A-la-victoire-des-avocats</link>
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    <pubDate>Mon, 02 Aug 2010 15:24:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Actualité du droit</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ce n&amp;#8217;est pas parce qu&amp;#8217;on s&amp;#8217;y attendait que la nouvelle ne nous remplit pas de joie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ainsi vendredi 30 juillet, le Conseil constitutionnel, en se contentant d&amp;#8217;énoncer une évidence, a fait entrer la procédure pénale française dans le XXe siècle.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Non, je ne me suis pas trompé, je dis bien le XXe siècle, car vous allez voir, si cette bataille a été gagnée, il en reste bien d&amp;#8217;autres à mener pour doter la France de règles conformes aux standards européens. Le métier d&amp;#8217;avocat est un métier de jamais contents. Étonnez-vous après ça que les Français y excellent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rappelons brièvement, en guise d&amp;#8217;éloge funèbre, que la garde à vue est le pouvoir donné par la loi à un officier de police judiciaire (qui est un policier ou un gendarme ayant reçu une formation spécifique sur la procédure d&amp;#8217;enquête, et qui conduit de telles enquêtes soit d&amp;#8217;office soit sur les instructions d&amp;#8217;un magistrat) de priver de liberté une personne à l&amp;#8217;encontre de laquelle il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu&amp;#8217;elle a commis ou tenté de commettre une infraction. Cette privation de liberté peut durer 24 heures, renouvelables une fois, soit 48 heures.
Cette privation de liberté se double d&amp;#8217;une mise au secret&amp;#160;: le gardé à vue ne peut communiquer avec qui que ce soit à l&amp;#8217;extérieur. Tout au plus pouvait-il, et depuis 1993 seulement, faire prévenir par la police son employeur ou un membre de son entourage proche (parents, épouse…), demander à être examiné par un médecin, et à avoir un entretien avec un avocat.
Cet entretien, initialement repoussé à la 21e heure, est limité à 30 minutes maximum, et surtout se fait à l&amp;#8217;aveuglette, l&amp;#8217;avocat n&amp;#8217;ayant aucun droit d&amp;#8217;accès au dossier. Il ne sait que la qualification des faits, et la date de ceux-ci. Pourquoi aucun accès au dossier&amp;#160;? Officiellement, c&amp;#8217;est parce que le dossier est en cours de constitution, les PVs sont pas tapés, ou pas agrafés, l&amp;#8217;encre n&amp;#8217;est pas sèche, bref, c&amp;#8217;est pas possible. Où l&amp;#8217;on apprend que la liberté des citoyens est une variable d&amp;#8217;ajustement aux problèmes de papeterie.
La vérité est plus simple&amp;#160;: il faut tenir l&amp;#8217;avocat, cet empêcheur de condamner en rond, éloigné le plus longtemps possible. Le système judiciaire actuel repose sur les aveux, et on les obtient mieux sous la contrainte. Or une personne assistée d&amp;#8217;un avocat a une furieuse tendance à ne pas s&amp;#8217;accabler elle-même. C&amp;#8217;est pourquoi les ministres de la République, quand ils sont entendus par la police, &lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/07/29/01016-20100729ARTFIG00318-bettencourt-l-audition-d-eric-woerth-par-la-police-a-debute.php&quot;&gt;ne manquent jamais de se faire escorter par leur avocat&lt;/a&gt;.
Notez bien que je ne le critique nullement. Je ne demande pas que les ministres soient jugés comme de simples citoyens&amp;#160;: je préfère que les simples citoyens soient jugés comme s&amp;#8217;ils étaient des ministres.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voilà pour l&amp;#8217;état des lieux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans sa &lt;a href=&quot;http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2010/2010-14/22-qpc/decision-n-2010-14-22-qpc-du-30-juillet-2010.48931.html&quot;&gt;décision n° 2010-14/22 QPC du 30 juillet 2010&lt;/a&gt; , le Conseil constitutionnel a déclaré contraires à la Constitution les articles 62 (audition des personnes convoquées sans avocat), 63 (principe et modalités de la garde à vue), 63-1 (notification des droits), 63-4 (entretien limité avec un avocat&amp;#160;: 30 mn max, pas d&amp;#8217;accès à la procédure) et 77 (application de la garde à vue aux enquêtes préliminaires) du Code de procédure pénale (CPP). Il a cependant repoussé, comme le lui permet la Constitution, les effets de cette déclaration d&amp;#8217;inconstitutionnalité au 1er juillet 2011 pour laisser au Gouvernement le temps de voter des règles conformes à sa décision, et éviter que dans l&amp;#8217;intervalle, plus aucune garde à vue ne soit possible.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rassurez-vous, je vais détailler tout cela.&lt;/p&gt;


&lt;h4&gt;Dans quel cadre cette décision a-t-elle été rendue&amp;#160;?&lt;/h4&gt;


&lt;p&gt;Dans le cadre d&amp;#8217;une Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC). Il s&amp;#8217;agit de la nouvelle procédure créée par la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, sur l&amp;#8217;impulsion du président de la République, et qui permet à tout citoyen de soulever, au cours d&amp;#8217;une instance judiciaire (un procès, quoi) où il est partie l&amp;#8217;inconstitutionnalité de la loi qu&amp;#8217;on veut lui appliquer. La QPC est entrée en vigueur le 1er mars 2010 et a depuis amplement démontré son utilité et son efficacité.  Cette réforme mérite sans aucun doute d&amp;#8217;être portée à l&amp;#8217;actif du bilan de l&amp;#8217;actuel président de la République.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les avocats étaient en embuscade et ont, dès le 1er mars 2010, déposé une rafale de QPC sur la question de la garde à vue. Ce sont à ces requêtes que répond la présente décision.&lt;/p&gt;


&lt;h4&gt;Que dit cette décision&amp;#160;?&lt;/h4&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;évidence, ai-je envie de dire. Mais soyons plus précis.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La décision commence par un revers pour les avocats&amp;#160;: le Conseil refuse d&amp;#8217;étendre son examen à l&amp;#8217;article 706-73 du CPP, qui prévoit les régimes dérogatoires de garde à vue, ceux où l&amp;#8217;avocat est maintenu éloigné 48 voire 72 heures. Ils concernent le terrorisme, et la criminalité organisée. Le  Conseil s&amp;#8217;appuie pour cela sur sa décision du 2 mars 2004, dans laquelle il a jugé de la conformité à la Constitution de ce dispositif largement étendu par la loi qu&amp;#8217;il examinait, la future loi Perben II. Or pour qu&amp;#8217;une QPC soit recevable, c&amp;#8217;est à dire puisse être examinée, il faut soit que la question soit nouvelle (posée pour la première fois) soit que depuis que le Conseil y a répondu, il se soit produit un changement de circonstances. Pour le Conseil, rien en six ans ne justifiait que le Conseil procédât à un nouvel examen (§13 de la décision).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sur ce point, je disconviens respectueusement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il s&amp;#8217;est produit un changement depuis la décision du 2 mars 2004&amp;#160;: la décision du 30 juillet 2010, qui a estimé la garde à vue de droit commun non conforme à la Constitution.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Or si j&amp;#8217;admets que des cas exceptionnels justifient des mesures dérogatoires au droit commun, il demeure que ces dérogations ont été appréciées en 2004&amp;#160;&lt;em&gt;par rapport au droit commun&lt;/em&gt;. Ces dérogations se retrouvent aujourd&amp;#8217;hui bien plus importantes qu&amp;#8217;elles ne l&amp;#8217;étaient à l&amp;#8217;époque&amp;#160;: ce n&amp;#8217;est pas un entretien de 30 mn que l&amp;#8217;on repousse mais une assistance permanente et effective. Mes chers confrères, ne baissez pas les bras. Dès que la réforme du Code de procédure pénale aura été adoptée, il faudra à nouveau soulever la QPC sur le régime dérogatoire, cette réforme constituant un fait nouveau, je ne vois pas comment la cour de cassation pourrait prétendre le contraire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Après ce revers, le combat change d&amp;#8217;âme et la victoire change de camp. Le Conseil tourne ses yeux vers la garde à vue de droit commun, et ce sont les yeux de la Gorgone, qui vont la changer en pierre tombale.&lt;/p&gt;


&lt;h4&gt;La nouveauté de la question&lt;/h4&gt;


&lt;p&gt;Reste toutefois un obstacle à franchir&amp;#160;: le même que précédemment, celui de la nouveauté de la question. Le Conseil reconnaît l&amp;#8217;obstacle&amp;#160;: il a déjà abordé la question de la garde à vue dans une &lt;a href=&quot;http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/1993/93-326-dc/decision-n-93-326-dc-du-11-aout-1993.10497.html&quot;&gt;décision du 11 août 1993&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rappelons à mes lecteurs les plus jeunes qu&amp;#8217;en janvier 1993, alors que le soleil de Waterloo se couchait sur la gauche française, puisqu&amp;#8217;une large défaite lui était annoncée aux élections générales du mois de mars, celle-ci a voté une loi n°93-2 du 4 janvier 1993 révolutionnant les droits de la défense&amp;#160;: l&amp;#8217;avocat pouvait désormais prendre des initiatives au cours de l&amp;#8217;instruction, et pouvait intervenir au cours de la garde à vue, dans les conditions actuelles.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La droite avait annoncée que, revenue aux affaires, elle saborderait cette loi, qui déjà à l&amp;#8217;époque faisait pousser des cris d&amp;#8217;orfraie aux syndicats de police sur le lobby des avocats commerçants et la fin de la répression efficace.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle tint parole, et après la déculottée historique de la gauche en mars 1993, vota une loi du 24 août 1993 qui détricota l&amp;#8217;essentiel de cette loi, repoussant l&amp;#8217;entretien avec l&amp;#8217;avocat à la 21e heure. C&amp;#8217;est à l&amp;#8217;occasion de l&amp;#8217;examen de cette loi que la garde à vue a été examinée, fût-ce de loin.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La Conseil va contourner l&amp;#8217;obstacle, en soulevant deux arguments.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le premier est tiré de l&amp;#8217;évolution de la procédure pénale française&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&amp;#8230; la proportion des procédures soumises à l&amp;#8217;instruction préparatoire n&amp;#8217;a cessé de diminuer et représente moins de 3&amp;#160;% des jugements et ordonnances rendus sur l&amp;#8217;action publique en matière correctionnelle&amp;#160;; que, postérieurement à la loi du 24 août 1993, la pratique du traitement dit «&amp;#160;en temps réel&amp;#160;» des procédures pénales a été généralisée&amp;#160;; que cette pratique conduit à ce que la décision du ministère public sur l&amp;#8217;action publique est prise sur le rapport de l&amp;#8217;officier de police judiciaire avant qu&amp;#8217;il soit mis fin à la garde à vue&amp;#160;; que, si ces nouvelles modalités de mise en oeuvrede l&amp;#8217;action publique ont permis une réponse pénale plus rapide et plus diversifiée conformément à l&amp;#8217;objectif de bonne administration de la justice, il n&amp;#8217;en résulte pas moins que, même dans des procédures portant sur des faits complexes ou particulièrement graves, une personne est désormais le plus souvent jugée sur la base des seuls éléments de preuve rassemblés avant l&amp;#8217;expiration de sa garde à vue, en particulier sur les aveux qu&amp;#8217;elle a pu faire pendant celle-ci&amp;#160;; que la garde à vue est ainsi souvent devenue la phase principale de constitution du dossier de la procédure en vue du jugement de la personne mise en cause&amp;#160;;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Le second vient du fait qu&amp;#8217;en 1993, seul le corps des officiers de police (inspecteurs, inspecteur principaux, et inspecteurs divisionnaires, devenus lieutenant, capitaine et commandant de police,  et des commissaires de police étaient officiers de police judiciaire (OPJ), alors que désormais, même les gardiens de la paix peuvent être officiers de police judiciaire, le niveau de recrutement ayant baissé (Gardien de la Paix, c&amp;#8217;est un concours nécessitant le bac, officier de police, un concours nécessitant des études supérieures en droit), et du coup le nombre de ces OPJ a plus que doublé. Concrètement, je confirme que quand l&amp;#8217;OPJ est un gardien de la paix, la qualification des faits relève parfois d&amp;#8217;une certaine fantaisie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La conséquence en a été une explosion du nombre de garde à vue, qui est devenue l&amp;#8217;élément essentiel voire unique de la majorité des procédures pénales. La procédure pénale de 2010 n&amp;#8217;est de ce fait plus la même qu&amp;#8217;en 1993, ce qui constitue des circonstances nouvelles justifiant l&amp;#8217;examen de la QPC.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette partie provoque beaucoup de critiques, car elle semble faire dépendre la constitutionnalité de la procédure des circonstances, alors que la Constitution ne saurait dépendre d&amp;#8217;éléments conjoncturels.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne partage pas cette critique. Les circonstances évoquées (l&amp;#8217;explosion du nombre de gardes à vue) ne sont qu&amp;#8217;une &lt;strong&gt;conséquence&lt;/strong&gt; des deux changements juridiques abordés plus haut&amp;#160;: la généralisation du  «&amp;#160;temps réel&amp;#160;» qui est un choix de politique pénale matérialisé dans la loi (Lois Perben I du 9 septembre 2002, LOPSI 1 du 18 mars 2003, Perben II du 9 mars 2004&amp;#8230;), et la disparition de la garantie de la formation des OPJ (matérialisée par les lois  du 1er févier 1994, du 8 février 1995, du 22 juillet 1996, du 18 novembre 1998,du 18 mars 2003 et du 23 janvier 2006).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et surtout, il fallait contourner cet obstacle, sans pouvoir dire que le Conseil s&amp;#8217;était trompé en 1993&amp;#160;en ne voyant pas cette inconstitutionnalité que le Doyen Vedel, membre de 1980 à 1989, avait bien vue mais n&amp;#8217;avait pas eu l&amp;#8217;occasion de consacrer au cours de son mandat.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors la méthode manque peut-être d&amp;#8217;élégance intellectuelle, mais si la rigueur du raisonnement exigeait de laisser perdurer une inconstitutionnalité du fait de l&amp;#8217;erreur de 1993, je ne verserai pas de larmes sur son absence.&lt;/p&gt;


&lt;h4&gt;Enterrons à présent la garde à vue&lt;/h4&gt;


&lt;p&gt;Après avoir rapidement écarté l&amp;#8217;argument tiré de l&amp;#8217;atteinte à la dignité de la personne en répondant que le principe de la garde à vue ne porte pas en elle-même atteinte à cette dignité et que si les conditions matérielles actuelles le font, c&amp;#8217;est au législateur d&amp;#8217;apporter la solution, le Conseil va constater l&amp;#8217;inconstitutionnalité de la garde à vue en retenant trois arguments.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tout d&amp;#8217;abord, il constate que la garde à vue de 24 h peut être prolongée à 48 h sans que cette faculté soit réservée aux infractions les plus graves. En effet, la quasi totalité des renouvellement de garde à vue a lieu pour des raisons de commodité des enquêteurs. J&amp;#8217;ai ainsi vu une garde à vue renouvelée à 22 heures parce que la victime prétendue ne pouvait pas venir à une confrontation avant 18 heures le lendemain car elle travaillait. 18 heures en cellule pour cela.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ensuite, il constate que la personne interrogée n&amp;#8217;a pas droit à l&amp;#8217;assistance d&amp;#8217;un avocat, de manière générale, et non seulement dans les cas où les circonstances l&amp;#8217;exigent, et que la personne gardée à vue ne reçoit pas notification de son droit de garder le silence.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il faut savoir que ce droit de garder le silence était notifié depuis la loi du 15 juin 2000. Les syndicats de policier s&amp;#8217;étant émus que des personnes apprenant qu&amp;#8217;elles avaient le droit de se taire faisaient usage de ce droit ont obtenu que le législateur supprime la notification de ce droit par la loi du 9 septembre 2002. Notez la superbe hypocrisie&amp;#160;: on ne touche pas au droit, on supprime juste sa notification. Je reviendrai sur ce droit, qui est à mon avis largement sous-utilisé en droit français alors qu&amp;#8217;il est le premier droit de la défense, dans une prochaine note.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces éléments suffisent au Conseil à constater qu&amp;#8217;en l&amp;#8217;état, la garde à vue à la française ne fournit pas les garanties exigées par la Constitution.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cependant, afin d&amp;#8217;éviter que l&amp;#8217;obstination du Gouvernement à refuser de voir l&amp;#8217;évidence qui l&amp;#8217;a conduit à ne strictement rien faire face aux signaux d&amp;#8217;alarme s&amp;#8217;allumant de toutes part n&amp;#8217;ait des conséquences très graves sur la conduite des procédures en cours, et comme la Constitution le lui permet expressément (article 62-2), il a différé l&amp;#8217;effet abrogatif des articles cités au début de ce billet au 1er juillet 2011, en précisant même (§30)&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;les mesures prises avant cette date en application des dispositions déclarées contraires à la Constitution ne peuvent être contestées sur le fondement de cette inconstitutionnalité.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;h4&gt;Les conséquences de cette décision&lt;/h4&gt;


&lt;p&gt;Est-ce à dire que nous devons attendre patiemment notre dû, que nous réclamons depuis plus d&amp;#8217;un an à présent&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Certainement pas. Il faut bien comprendre les conséquences de cette décision, et bien les expliquer aux tribunaux, qui ont montré au cours de cette année passée que la question leur avait complètement échappé, hormis pour la demi-douzaines (dont la cour d&amp;#8217;appel de Nancy) qui en avait tiré les conséquences.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le Conseil interdit de contester &lt;strong&gt;les mesures&lt;/strong&gt; prises avant le 1er juillet 2011. Le mot mesure ne désigne qu&amp;#8217;une seule chose&amp;#160;: les mesures de garde à vue. Elles restent légales&amp;#160;; conséquence&amp;#160;: les policiers qui les décident ne commettent pas le délit d&amp;#8217;atteinte à la liberté (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=E674AD35844A59B03174FA0BF397C690.tpdjo16v_1?idArticle=LEGIARTI000006418501&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100802&quot;&gt;art. 432-4 du Code pénal&lt;/a&gt;), et la mesure ne peut être annulée dans son ensemble.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cela n&amp;#8217;interdit pas d&amp;#8217;entrer dans le détail. Or il demeure qu&amp;#8217;à ce jour, les gardés à vue sont toujours entendus sans que le droit de garder le silence leur soit notifié, sans assistance effective d&amp;#8217;un avocat, ce qui est une restriction aux droits de la défense, &lt;strong&gt;et une violation expresse de l&amp;#8217;article 5 de la Convention de Sauvegarde des Droits de l&amp;#8217;Homme et des Libertés Fondamentales (CSDH)&lt;/strong&gt;. Les auditions de nos clients sont des atteintes à leurs droits constitutionnels et conventionnels, et rien dans la décision du Conseil n&amp;#8217;interdit de le soulever. Nous devons donc demander systématiquement l&amp;#8217;annulation des PV recueillant des déclarations de nos clients sans que nous ayons été mis en mesure de les assister. Un PV n&amp;#8217;est pas une mesure. C&amp;#8217;est un acte. Et n&amp;#8217;oubliez pas de viser l&amp;#8217;article 5 de la CSDH&amp;#160;: le chemin de Strasbourg reste ouvert.&lt;/p&gt;


&lt;h4&gt;Le prochain combat&amp;#160;: l&lt;em&gt;&amp;#8216;habeas corpus&lt;/em&gt;.&lt;/h4&gt;


&lt;p&gt;Le Conseil constitutionnel a rejeté un moyen important soulevé par les demandeurs&amp;#160;: l&amp;#8217;absence de contrôle par l&amp;#8217;autorité judiciaire de la garde à vue, le parquet, qui exerce un &amp;#8220;contrôle&amp;#8221; de cette mesure ne pouvant prétendre à cette qualité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le Conseil constitutionnel valide la situation actuelle en disant (§26)&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Considérant que l&amp;#8217;autorité judiciaire comprend à la fois les magistrats du siège et du parquet&amp;#160;; que l&amp;#8217;intervention d&amp;#8217;un magistrat du siège est requise pour la prolongation de la garde à vue au-delà de quarante-huit heures&amp;#160;; qu&amp;#8217;avant la fin de cette période, le déroulement de la garde à vue est placé sous le contrôle du procureur de la République qui peut décider, le cas échéant, de sa prolongation de vingt-quatre heures&amp;#160;; qu&amp;#8217;il résulte des articles 63 et 77 du code de procédure pénale que le procureur de la République est informé dès le début de la garde à vue&amp;#160;; qu&amp;#8217;il peut ordonner à tout moment que la personne gardée à vue soit présentée devant lui ou remise en liberté&amp;#160;; qu&amp;#8217;il lui appartient d&amp;#8217;apprécier si le maintien de la personne en garde à vue et, le cas échéant, la prolongation de cette mesure sont nécessaires à l&amp;#8217;enquête et proportionnés à la gravité des faits que la personne est suspectée d&amp;#8217;avoir commis&amp;#160;; que, par suite, le grief tiré de la méconnaissance de l&amp;#8217;article 66 de la Constitution doit être écarté.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;argument soulevé par les demandeurs reprenait l&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/03/30/And-there-is-no-Winner&quot;&gt;arrêt Medvedyev&lt;/a&gt; de la Cour européenne des Droits de l&amp;#8217;Homme.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Là aussi, il faut bien comprendre les limites de la décision du Conseil.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le Conseil interprète la Constitution. Et pour la Constitution, l&amp;#8217;Autorité Judiciaire de l&amp;#8217;article 66, gardienne de la liberté individuelle, comprend les magistrats du siège et du parquet. Et en effet, j&amp;#8217;admets volontiers que le parquet exerce un contrôle réel sur les mesures de garde à vue, puisqu&amp;#8217;il peut ordonner qu&amp;#8217;il y soit mis fin. Le fait qu&amp;#8217;il fasse usage de ce droit avec une extrême parcimonie ne veut pas dire que ce droit n&amp;#8217;existe pas. De manière plus générale, le parquet a un rôle de défense de l&amp;#8217;intérêt général, puisqu&amp;#8217;il représente la société (et non pas l&amp;#8217;Etat) dans le prétoire. Enfin, j&amp;#8217;admets sans réserve qu&amp;#8217;un parquetier finissant par avoir la conviction de l&amp;#8217;innocence d&amp;#8217;un gardé à vue ordonnera qu&amp;#8217;il soit remis en liberté. Il y a donc un contrôle, même s&amp;#8217;il est un peu trop délégué aux policiers. Donc, j&amp;#8217;admets volontiers que la Constitution est respectée, &lt;em&gt;a minima&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais pas la Convention de Sauvegarde des Droits de l&amp;#8217;Homme et des Libertés Fondamentales. L&amp;#8217;arrêt Medvedyev le dit sans aucune ambigüité&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;§.124 Le magistrat [qui contrôle la légalité de la privation de liberté] doit présenter les garanties requises d’indépendance à l’égard de l’exécutif et des parties, &lt;strong&gt;ce qui exclut notamment qu’il puisse agir par la suite contre le requérant dans la procédure pénale, à l’instar du ministère public&lt;/strong&gt;, et il doit avoir le pouvoir d’ordonner l’élargissement, après avoir entendu la personne et contrôlé la légalité et la justification de l’arrestation et de la détention. (…) Concernant la portée de ce contrôle, la formulation à la base de la jurisprudence constante de la Cour remonte à l’affaire Schiesser précitée (§ 31)&amp;#160;: «&amp;#160;(…) A cela s’ajoutent, d’après l’article 5 § 3, une exigence de procédure et une de fond. A la charge du «&amp;#160;magistrat&amp;#160;», la première comporte l’obligation &lt;strong&gt;d’entendre personnellement l’individu traduit devant lui&lt;/strong&gt; (voir, mutatis mutandis, Winterwerp précité, § 60)&amp;#160;; la seconde, celle d’examiner les circonstances qui militent pour ou contre la détention, de se prononcer selon des critères juridiques sur l’existence de raisons la justifiant et, en leur absence, d’ordonner l’élargissement (…)&amp;#160;», soit, en un mot, que «&amp;#160;le magistrat se penche sur le bien-fondé de la détention&amp;#160;».&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Or nous savons tous que les parquetiers suivent la quasi totalité des gardes à vue par téléphone, sur la base du seul rapport oral fait par l&amp;#8217;OPJ. Certes, il peut demander à ce que le gardé à vue lui soit amené. Nous savons tous comme il fait usage de cette possibilité. Et cette possibilité relève de l&amp;#8217;arbitraire du parquetier, alors que pour la Convention, c&amp;#8217;est un droit du gardé à vue.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Surtout, il est l&amp;#8217;autorité de poursuite, il soutiendra l&amp;#8217;accusation à l&amp;#8217;audience, et il a validé d&amp;#8217;emblée la mesure en ne s&amp;#8217;y opposant pas lors de son information au début de la mesure. En somme, il est partie aux poursuites en cours. Comment peut-on prétendre qu&amp;#8217;il va aussi la contrôler en toute indépendance d&amp;#8217;esprit&amp;#160;? On reprochait au juge d&amp;#8217;instruction de ne pouvoir instruire à charge et à décharge, mais le parquet, lui pourrait poursuivre un suspect et défendre sa liberté en même temps&amp;#160;? De qui se moque-t-on&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Donc, il faut continuer à soulever la violation de l&amp;#8217;article 6 de la CSDH tant que seul le parquet exercera un simulacre de contrôle sur les gardes à vue, et tant que la loi ne nous permettra pas de saisir un juge, pas un procureur, un juge, de la légalité et de la nécessité de cette mesure. Le salut ne viendra pas de la rue Montpensier, mais de l&amp;#8217;Allée des Droits de l&amp;#8217;Homme à Strasbourg.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Reposez les flûtes de champagne, chers confrères, et à vos conclusions&amp;#160;!&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Bon débarras</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/25/Bon-d%C3%A9barras</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:686f2a071fa5e69d39d920897f9415fe</guid>
    <pubDate>Sun, 25 Jul 2010 10:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Actualité du droit</category>
        <category>Appel</category><category>Conseil constitutionnel</category><category>procédure pénale</category><category>QPC</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Le nettoyage du Code de procédure pénale au Kärcher® par le Conseil constitutionnel a commencé. En attendant le gros morceau de la garde à vue (délibéré le 30 juillet).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par une &lt;a href=&quot;http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2010/2010-15/23-qpc/decision-n-2010-15-23-qpc-du-23-juillet-2010.48836.html&quot;&gt;décision n°2010-15/23 QPC du 23 juillet 2010&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;Région Languedoc-Roussilon et autres&lt;/em&gt;), le Conseil constitutionnel a déclaré contraire à la Constitution l&amp;#8217;article 575 du Code de procédure pénale (CPP).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cet article défunt (puisque cette décision vaut abrogation dès sa publication au JO) limitait la possibilité pour la partie civile, donc celui qui se prétend directement victime d&amp;#8217;une infraction, de former un pourvoi en cassation contre un arrêt de la chambre de l&amp;#8217;instruction sans qu&amp;#8217;il fût besoin que le ministère public se pourvût lui-même préalablement, aux seuls cas qu&amp;#8217;il prévoyait&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/25/Bon-d%C3%A9barras#pnote-1632-1&quot; id=&quot;rev-pnote-1632-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le problème n&amp;#8217;est pas évident, je le reconnais, parce qu&amp;#8217;il apparaît en creux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le mis en examen, c&amp;#8217;est à dire la personne fortement soupçonnée, et le ministère public peuvent se pourvoir en cassation, donc exercer la seule voie de recours possible, contre tous les arrêts de la chambre de l&amp;#8217;instruction. Pas la partie civile, c&amp;#8217;est à dire la victime (même si ce terme est prématuré, tant qu&amp;#8217;un jugement ne dit pas les faits établis). Et ce sont les éléments absents de cette liste qui posaient problème, un tout particulièrement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En effet, la partie civile ne pouvait former un pourvoi en cassation contre un arrêt de non lieu, qui pourtant met fin aux poursuites, pas plus qu&amp;#8217;elle ne le pouvait en cas de violation de la loi par les arrêts de la chambre de l&amp;#8217;instruction statuant sur la constitution d&amp;#8217;une infraction, la qualification des faits poursuivis et la régularité de la procédure. Si le ministère public le faisait, elle pouvait se joindre à l&amp;#8217;action et présenter ses arguments. Mais si le ministère public ne bougeait pas, la partie civile se trouvait Gros Jean comme devant. Cela mettait une partie dans une situation de dépendance à l&amp;#8217;égard d&amp;#8217;une autre sans que rien ne vînt le justifier, et portait une atteinte au principe d&amp;#8217;égalité devant la justice.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le Conseil constitutionnel y a mis bon ordre, puisque sa décision, &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=4E59DE95754DC1EE000E513CCC0A6650.tpdjo15v_2?cidTexte=JORFTEXT000022512108&amp;amp;dateTexte=&amp;amp;oldAction=rechJO&amp;amp;categorieLien=id&quot;&gt;publiée au JO d&amp;#8217;hier&lt;/a&gt;, a abrogé cet article ce matin à zéro heure (je salue mes lecteurs avocats aux Conseils et ai comme eux biffé de rouge mon code le sourire aux lèvres).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est sans une des plus grandes avancées du droit des victimes de ces dix dernières années. Il est amusant de noter qu&amp;#8217;elle ne provient nullement d&amp;#8217;une initiative gouvernementale, mais du pouvoir judiciaire. Ça valait bien un billet un dimanche.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/25/Bon-d%C3%A9barras#rev-pnote-1632-1&quot; id=&quot;pnote-1632-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Au nombre de sept&amp;#160;: 1° Lorsque l&amp;#8217;arrêt de la chambre de l&amp;#8217;instruction a dit n&amp;#8217;y avoir lieu à informer&amp;#160;; 2° Lorsque l&amp;#8217;arrêt a déclaré l&amp;#8217;irrecevabilité de l&amp;#8217;action de la partie civile&amp;#160;; 3° Lorsque l&amp;#8217;arrêt a admis une exception mettant fin à l&amp;#8217;action publique&amp;#160;; 4° Lorsque l&amp;#8217;arrêt a, d&amp;#8217;office ou sur déclinatoire des parties, prononcé l&amp;#8217;incompétence de la juridiction saisie&amp;#160;; 5° Lorsque l&amp;#8217;arrêt a omis de statuer sur un chef de mise en examen&amp;#160;; 6° Lorsque l&amp;#8217;arrêt ne satisfait pas, en la forme, aux conditions essentielles de son existence légale&amp;#160;; 7° En matière d&amp;#8217;atteintes aux droits individuels telles que définies aux articles 224-1 à 224-5 (enlèvement et séquestration) et 432-4 à 432-6 (atteintes à la liberté individuelle par l&amp;#8217;administration) du code pénal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Profitons de notre liberté avant qu'elle n'expire</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/23/Profitons-de-notre-libert%C3%A9-avant-qu-elle-n-expire</link>
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    <pubDate>Fri, 23 Jul 2010 11:11:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Actualité du droit</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.lefigaro.fr/medias/2010/04/21/4cd03c42-4d72-11df-bfde-90858b01132b.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le Gouvernement, qui n&amp;#8217;a visiblement rien de mieux à faire de ses journées (Quelle crise&amp;#160;? Quelles affaire&amp;#160;? Où ça, une guerre en Afghanistan&amp;#160;?) a aujourd&amp;#8217;hui décidé de rétablir une infraction de blasphème.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022509096&amp;amp;dateTexte=&amp;amp;categorieLien=id&quot;&gt;décret n°2010-835 du 21 juillet 2010 relatif à l&amp;#8217;incrimination de l&amp;#8217;outrage au drapeau tricolore&lt;/a&gt; est publié aujourd&amp;#8217;hui au JO, et incrimine d&amp;#8217;une contravention de 5e classe (1500&amp;#160;€ d&amp;#8217;amende max, 3000€ en cas de récidive)&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;le fait, lorsqu&amp;#8217;il est commis dans des conditions de nature à troubler l&amp;#8217;ordre public et dans l&amp;#8217;intention d&amp;#8217;outrager le drapeau tricolore&amp;#160;:&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;1° De détruire celui-ci, le détériorer ou l&amp;#8217;utiliser de manière dégradante, dans un lieu public ou ouvert au public&amp;#160;;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;2° Pour l&amp;#8217;auteur de tels faits, même commis dans un lieu privé, de diffuser ou faire diffuser l&amp;#8217;enregistrement d&amp;#8217;images relatives à leur commission.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Rappelons que cette loi indispensable est due uniquement à la photo ci-dessus, primée lors d&amp;#8217;un concours de photographie de la FNAC de Nice sur le thème du politiquement incorrect. En effet, aucune loi ne permettait de punir cet artiste pour son oeuvre, vous réalisez le scandale&amp;#160;: on se serait cru dans, &lt;em&gt;horresco referens&lt;/em&gt;, un pays de liberté, du genre de celui qui écrirait ce mot sur le frontispice de ses bâtiments publics.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Déjà, depuis 7 ans, depuis la loi du 18 mars 2003 sur la Sécurité intérieure, un &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=74FB12674B32F47832A89113C1299491.tpdjo09v_2?idArticle=LEGIARTI000006418556&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100723&quot;&gt;article 433-5-1 du Code pénal&lt;/a&gt; réprime le fait, au cours d&amp;#8217;une manifestation organisée ou réglementée par les autorités publiques, d&amp;#8217;outrager publiquement l&amp;#8217;hymne national ou le drapeau tricolore. Cet abominable attentat est puni de 7500 euros d&amp;#8217;amende (c&amp;#8217;est donc un délit), et même de six mois de prison s&amp;#8217;il est commis en réunion, c&amp;#8217;est à dire par au moins deux personnes agissant de conserve. Là aussi, c&amp;#8217;était une loi de circonstance, destinée à réagir suite &lt;del&gt;à la présence de Jean-marie Le Pen au second tour de l&amp;#8217;élection présidentielle&lt;/del&gt; aux sifflets ayant résonné lors de la Marseillaise du match &amp;#8220;amical&amp;#8221; de football France-Algérie du 6 octobre 2001.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/sport/2008/10/15/02001-20081015ARTFIG00286-la-marseillaise-sifflee-avant-france-tunisie-.php&quot;&gt;Avec l&amp;#8217;efficacité que l&amp;#8217;on sait&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et à l&amp;#8217;époque, le Conseil constitutionnel avait précisé que les oeuvre de l&amp;#8217;esprit devaient être exclues du champ de cet article, et que le terme de manifestation réglementée s&amp;#8217;entendait restrictivement aux manifestations publiques à caractère sportif, récréatif ou culturel se déroulant dans des enceintes soumises par les lois et règlements à des règles d&amp;#8217;hygiène et de sécurité en raison du nombre de personnes qu&amp;#8217;elles accueillent (Décision n° 2003-467 DC du 13 mars 2003, §104)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors puisque ce gouvernement aime les lois, dans le sens où un pédophile aime les enfants, je voudrais juste lui en rappeler quelques unes.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il s&amp;#8217;agit de trois articles de la Déclaration des Droits de l&amp;#8217;Homme et du Citoyen, déclaration qui figure, sans doute à la suite d&amp;#8217;un moment d&amp;#8217;égarement, dans notre Constitution.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Article 4 - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui&amp;#160;: ainsi, l&amp;#8217;exercice des droits naturels de chaque homme n&amp;#8217;a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Article 5 - La loi n&amp;#8217;a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n&amp;#8217;est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu&amp;#8217;elle n&amp;#8217;ordonne pas.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Article 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l&amp;#8217;homme&amp;#160;; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l&amp;#8217;abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Que faire face à cela&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le décret peut être attaqué dans le délai de deux mois devant le Conseil d&amp;#8217;Etat. Le recours n&amp;#8217;a que peu de chance d&amp;#8217;aboutir, car il y a gros à parier que le Gouvernement a suivi les recommandations dudit Conseil consulté sur le projet de décret. Et pour porter l&amp;#8217;affaire devant la Cour européenne des droits de l&amp;#8217;homme, il faut que cette loi soit appliquée, c&amp;#8217;est à dire qu&amp;#8217;une personne soit poursuivie. Et je n&amp;#8217;imagine pas un procureur en France qui trouvera qu&amp;#8217;un tel outrage mérite autre chose qu&amp;#8217;un rappel à la loi, et encore s&amp;#8217;il est de mauvaise humeur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En attendant, le décret est paru au JO aujourd&amp;#8217;hui. Il entre donc en vigueur ce soir à minuit (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=74FB12674B32F47832A89113C1299491.tpdjo09v_2?idSectionTA=LEGISCTA000006089696&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070721&amp;amp;dateTexte=20100723&quot;&gt;art. 1er du Code civil&lt;/a&gt;) et ne peut s&amp;#8217;appliquer à des faits commis avant son entrée en vigueur (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=74FB12674B32F47832A89113C1299491.tpdjo09v_2?idArticle=LEGIARTI000006417180&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100723&quot;&gt;art. 112-1 du Code pénal&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/.outrage_s.jpg&quot; alt=&quot;Outrage à une poubelle, anonyme du XXIe siècle&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je vous invite donc tous à profiter de votre liberté avant qu&amp;#8217;elle ne disparaisse. Outragez un drapeau et publiez la photo avant minuit. Au douzième coup, une partie de votre liberté d&amp;#8217;expression se transformera en citrouille.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et à tous les patriotes qui viendront me dire que la liberté d&amp;#8217;insulter le drapeau ne mérite guère de protection et que la face du monde ne sera pas changée par ce décret, je rétorquerai qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;y a pas de liberté d&amp;#8217;insulter le drapeau&amp;#160;: il y a la liberté, point. Et que c&amp;#8217;est un bout supplémentaire qu&amp;#8217;on rabote, sans que rien ne le justifie, si ce n&amp;#8217;est la volonté de bomber le torse et de se frapper la poitrine comme un Oran-Outang face&amp;#8230; à une exposition de photographes amateur dans un grand magasin de Nice. Est-ce de cela que vous acceptez de laisser dépendre votre liberté&amp;#160;? Trouvez-vous normal que l&amp;#8217;Etat, dont le rôle est de défendre votre liberté, vous interdise d&amp;#8217;ne faire usage parce que ça colle bien avec sa communication électorale&amp;#160;? La face du monde ne sera pas changée, non, mais la surface de votre liberté, oui. Tout le monde n&amp;#8217;est pas obligé d&amp;#8217;avoir une mentalité de valet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le mot France, étymologiquement, veut dire &amp;#8220;le pays des hommes libres&amp;#8221;. Je suis pour interdire tout outrage à ce nom par l&amp;#8217;Etat.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Avocats de la vermine</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/18/Avocats-de-la-vermine</link>
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    <pubDate>Mon, 19 Jul 2010 18:58:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Fantômette</dc:creator>
        <category>Commensaux</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Par Fantômette&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“Les défendre tous”, disons-nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes&amp;#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’affaire commence dans le bourg de Saint-Julien, sur la route de Mont-Cenis, un lieu réputé pour la qualité de ses vignobles, vers l’année 1545.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps de cette année-là, la vigne, objet de tous les soins et source de la - relative - prospérité du bourg, fut envahie de larves d’insectes. De quoi s’agissait-il et d’où venaient-ils&amp;#160;? Nul ne le savait précisément, mais l’alarme fut grande chez les vignerons. Les archives évoquent indistinctement lisettes, bêches, hurebecs, coupe-bourgeons, charançons, amblevins ou gribouris. Les villageois parlent de chenilles, de vers ou de “bêtes brutes”. Peu importe en réalité, la nature exacte de ces animalcules, dont l’effet est aussi dévastateur qu’il est craint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgré la plainte, prestement déposée entre les mains d’un docteur en droit, la Justice, hélas - déjà, murmurons-nous &lt;em&gt;in petto&lt;/em&gt; - ne fut pas suffisamment prompte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’évêque en fut tout d’abord saisi - les tribunaux épiscopaux avaient vocation à intervenir, dans des affaires qui aujourd’hui seraient des affaires entre particuliers. Il écouta attentivement les doléances qui s’exprimaient, et commis rapidement deux avocats d’office&amp;#160;: Maître Falcon et Maître Morel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers firent leur devoir, et d’une efficace façon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils soulevèrent un problème crucial, qui reste fort bien connu de mes confrères et de moi-même, celui posé par l’insuffisante identification des défendeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les bestioles que l’on accuse&amp;#160;? Il faut les désigner, et  très précisément. Car comment les convoquer si l’on ignore qui elles sont&amp;#160;? Comment être certain de ne pas attraire en justice - très injustement - des individus, chenilles ou vers, qui peut-être ne s’étaient jamais &lt;em&gt;personnellement&lt;/em&gt; rendus dans les vignobles dévastés&amp;#160;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un clerc fut donc désigné, pour déterminer lesquels d’entre ces nuisibles étaient à convoquer devant leur Juge, et devraient répondre des désordres que leur présence avait provoqués. Les choses trainèrent en longueur. La faute du clerc, ou la difficulté de la tâche, peut-être?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’été, puis l’automne se succédèrent. La récolte fut perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villageois laissèrent passer l’hiver, et le froid rédempteur. Les récoltes furent médiocres quelques années, et l’affaire en resta là.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 1587 - s’agissait-il des mêmes bestioles ou de leurs descendants? - elles revinrent s’installer, toujours nombreuses, toujours affamées, toujours voraces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux villageois sont alors désignés, les Sieurs Bertrand et Armenet, pour saisir à nouveau l’Évêque, ce qu’ils font en déposant un mémoire à son attention, le suppliant de bien vouloir intervenir, et de commencer, naturellement, par désigner à la vermine deux nouveaux avocats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieurs les avocats Filiol et Rambaud sont promptement commis d’office.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgré la faiblesse - que l’on ne peut que soupçonner - de leurs émoluments, de même que les confrères auxquels ils succédaient, ils accomplirent leur travail d&amp;#8217;assez honnête manière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La première audience est fixée à la date du 6 juin 1587, devant le tribunal ecclésiastique de Saint-Jean-de-Maurienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole est tout d’abord à l’accusation, Messire Bertrand, qui parla fort bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Ces charançons paissent dans nos vignes, sans droit ni titre. Ils détruisent les outils, les récoltes, le fruit du travail des hommes, et le don divin qui leur était accordé&amp;#160;! Il s’agit là d’un sacrilège, qu’il convient de châtier, par la seule peine possible, la plus grave, Monseigneur, l’excommunication.&lt;/em&gt;”&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement, de nombreuses têtes dans la salle (les quelques notables et intéressés, admis à assister à l’audience) opinèrent gravement mais vigoureusement - eh quoi, peut-il en être autrement&amp;#160;? - et les regards se tournèrent, qui avec curiosité, qui avec compassion, vers mon confrère Rambaud, à qui échoit la difficile mission de justifier l’inconduite de ses clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il commence classiquement, par rappeler l’évidence, ce à quoi tout le monde s’attend - rappelez-vous que nous sommes devant un tribunal religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Monseigneur, ces insectes de Saint-Julien ne peuvent être sujets à l’excommunication, et la Cour ne pourra que maintenir mes clients dans leurs droits. Nous savons que toutes choses sont des créatures de Dieu&amp;#160;: elles ont été voulues et déposées par lui sur la terre. Et chasser les amblevins, c’est s’élever contre la volonté divine&lt;/em&gt;”.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moyen de défense est systématiquement soulevé dans ce type d’affaires, et ne surprend probablement pas plus qu&amp;#8217;il ne convainc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon confrère doit s’en douter - aujourd’hui, comme hier, il est certaines figures imposées, dans l&amp;#8217;art de la défense, qu’il faut savoir développer et dépasser, pour leur rendre une efficacité que leur classicisme a émoussé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il poursuit donc - bravement sans doute - et précise sa pensée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Le livre de la Création nous apprend que Dieu a créé les bêtes les plus basses et les moins abouties au matin du sixième jour. Et les amblevins en font partie. Le verset 25 de la Genèse conclut même en disant&amp;#160;: et Dieu vit que cela était bon. Ce n’est que plus tard, quelques heures plus tard au soir de ce sixième jour, que Dieu a créé Adam, le premier homme sur la terre, notre aïeul. Les bestioles ont donc occupé le sol avant lui, et vous ne pourrez pas ôter à mes clients un droit antérieur et ancestral sans commettre une injustice et leur faire subir un préjudice considérable. Ce serait même sacrilège que le faire car Dieu, notre Seigneur, a voulu toutes les choses ainsi&lt;/em&gt;.”&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Dans ce même livre sacré, Dieu dit&amp;#160;: à tout ce qui rampe sur la terre et qui est animé de vie, je donne pour nourriture toute la verdure des plantes. Toute la verdure des plantes, réfléchissez bien à ces termes. Toute la verdure des plantes est réservée à ce qui rampe sur la terre, et donc, aussi bien, à mes clients, qui ne font là qu’exercer leur droit, qu’ils tirent de la parole divine&lt;/em&gt;”.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’argument semble produire un certain effet, les minutes de l’audience relevant que l’avocat de la défense est interrompu par l’accusation&amp;#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Voyons, vraiment&amp;#160;! Nous savons que dans ce même livre de la Genèse, il est écrit que l’homme domine sur tous les animaux, et y compris sur ceux qui rampent. Il dit également que Dieu a donné aux hommes les fruits des arbres pour se nourrir&amp;#160;!&lt;/em&gt;”&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, vraiment, mon confrère est inspiré, et ne se laisse pas démonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Les verdures ne sont pas les fruits&amp;#160;! Et qui vous dit que les amblevins détruisent des fruits, qui alors qu’ils occupent déjà vos plants, ne sont pas encore sortis&amp;#160;? Voyons, Monseigneur, que reproche t-on exactement à mes clients&amp;#160;? Ils sont des individus sans esprit, des bêtes brutes et rudimentaires. Mais ce ne sont pas des diableries&amp;#160;: ils volent, marchent, mangent, dorment, comme des créatures vivantes du Seigneur. Ils respirent. Quel comportement blasphématoire leur reproche t-on exactement&amp;#160;?&lt;/em&gt;”&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arguments ont porté, et voilà que le tribunal, à son tour, semble vouloir temporiser. Il interrompt les débats, et renvoie l’affaire à une dizaine de jour, pour ré-entendre les parties - “dans la sérénité” est-il précisé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le président indique en outre - ce qui a du faire dresser l’oreille aussi bien de l’avocat de la défense que du porte-parole de l’accusation - &lt;em&gt;“mettez donc à profit ce délai pour trouver un compromis acceptable par tous. Il est certain que les amblevins causent du désordre… mais il est tout aussi certain qu’ils ont été créés par Dieu le même jour que l’homme&lt;/em&gt;”.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces mots certainement, hier comme aujourd’hui, les Conseils de l’une et l’autre des parties prêtent une particulière attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la façon dont se sont déroulés les débats, quelles qu’aient pu être les manifestations ostensibles de soutien ou d’hostilité du tribunal - les regards d’approbation surpris par ici, les sourcils froncés relevés par là - l’aléa judiciaire est à niveau redoutablement élevé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n’est acquis d’avance, aucun résultat n’est plus certain qu’un autre, et l’autorité régulatrice brûle d’entériner un accord, plutôt que de trancher dans le vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villageois d’abord, les insectes ensuite, tergiversent, temporisent, font de l’obstruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps passe - le mois de juin va prendre fin - et finit par peser plus rudement sur les vignerons, qui veulent tenter de sauver leur récolte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 juin, les villageois se réunissent et les discussions y vont bon train. Il ne peut être nié que les amblevins sont de vivantes créatures divines, et doivent pouvoir se nourrir. Il est argué qu’il en va de ces insectes comme des pèlerins, qui passent souvent, par là, et à qui l’on offre bien l’hospitalité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nul ne se préoccupait de leur offrir le gite et le couvert, qui sait alors à quels expédients ces pèlerins en seraient réduits? Ne seraient-ils pas, à leur tour, comme ces importunes bestioles, contraints de piller la nourriture dont ils ont besoin?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La décision est prise alors d’offrir aux amblevins un terrain situé à l’orée du bois de Claret. C’est un terrain qu’il faudra acheter - il est la propriété du Seigneur de Saint-Jean - pour l’offrir aux amblevins, comme à toutes les bêtes qui viendraient à se poser dans le village, afin qu’elles y trouvent asile et nourriture. On prépare soigneusement un projet de transaction, qui prévoit un droit de passage pour les villageois, strictement délimité, pour ne pas abimer la pâture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est minutieusement prévu, mis par écrit. Le don serait perpétuel, à charge pour les amblevins de respecter leur propre part du marché, et de ne plus venir envahir les vignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le croirez-vous&amp;#160;? A tort ou à raison, l’avocat des amblevins refuse l’offre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, il s&amp;#8217;est gardé d’insinuer que ses clients se refusaient à transiger. Au contraire, il a soin de préciser qu’ils sont tout à fait favorables au principe d’une transaction amiable. Mais ce terrain-là, vraiment, non, c’est se moquer du monde&amp;#160;! Un terrain stérile et sec, dit-il, inculte&amp;#160;! Transiger, oui, mais se faire duper&amp;#160;? C’est hors de question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procès repart de plus belle, et de nouvelles audiences sont fixées, en juillet, août, septembre, la plupart pour de simples renvois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement ne sera rendu que le 20 décembre de cette année là, largement après que la récolte fut perdue - et l&amp;#8217;Histoire nous apprend qu&amp;#8217;elle le fut d’autant plus certainement que les vignobles, en plus d&amp;#8217;être infestés par ces étranges justiciables, furent également traversés par les troupes du Duc de Savoie, venu envahir les terres voisines du marquis de Saluzzo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels en ont été les termes&amp;#160;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hélas, trois fois hélas, justice immanente ou hasard malheureux, alors que les archives de l’Évêché ont guidé notre plume jusqu’à cet ultime instant, elles disparaissent à l’instant même où elles s’apprêtent à nous dévoiler le fin mot de l’histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condamnation ou acquittement&amp;#160;? Les dernières créatures vivantes à l’avoir su, furent sans doute les souris des greniers épiscopaux, qui dévorèrent la dernière page de ce feuilleton judiciaire&amp;#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS&amp;#160;: ce billet fut initialement rédigé à la demande d&amp;#8217;un ami anthropologue, qui tient un blog &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://anthropopotamie.typepad.fr/anthropopotame/&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;. Il se fonde sur l&amp;#8217;excellent ouvrage de Jean Réal, Juges et Bêtes, Ed. Buchet Chastel, 2006. J&amp;#8217;ai notamment repris les plaidoiries telles qu&amp;#8217;elles y figurent, fort probablement réécrites à partir d&amp;#8217;archives que l&amp;#8217;auteur a consultées, ce qui - je vous l&amp;#8217;avoue - ne fut pas mon cas.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Avis de Berryer : Emma de Caunes</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/16/Avis-de-Berryer-%3A-Emma-de-Caunes</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:0bd69d1303ca29719de8ca60346d5c68</guid>
    <pubDate>Sat, 17 Jul 2010 14:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>La vie du palais</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Peuple de Berryer, reviens ventre à terre de la plage où une légitime nonchalance estivale t’avait égaré&amp;#160;: la Conférence poursuit ses travaux sans désemparer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c’est le &lt;strong&gt;jeudi 22 juillet à 21 heures&lt;/strong&gt; qu’elle te convie, en la Salle des Criées du Palais (montez l’escalier d’Honneur, en haut à droite, vous verrez la monumentale salle des pas-Perdus&amp;#160;; la salle des Criées en occupe le côté à main gauche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’invitée de la conférence sera Emma de Caunes, que je supplie de mettre à cette occasion la robe qu’elle porte sur son portrait ci-contre. J&amp;#8217;entends par là qu&amp;#8217;elle est manifestement parfaitement adaptée à la fournaise qui règne en la Salle des Criées.&amp;nbsp;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/portraits/.EdC_s.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;float: right; margin-top: 0; margin-right: 0; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em; &quot; title=&quot;51995208&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sujets seront les suivants&amp;#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.       Hier soir, le DJ m’a t-il sauvé la vie&amp;#160;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.       700 millions de chinois&amp;#160;: Emma, Emma, Emma&amp;#160;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette Conférence devrait en outre se passer en ma présence discrète, Madame Eolas, encore ivre de joie du titre de champion du monde de football de son royaume natal, me passant toutes mes folies. Mes admirateurs pourront laisser une enveloppe kraft de type L&amp;#8217;Oréal à M. Thomas Heintz, quatrième secrétaire, qui transmettra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne Conférence à tous.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Sous couvert de la voie hiérarchique</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/13/Sous-couvert-de-la-voie-hi%C3%A9rarchique</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:31aefc2b14cdae71f53698f02f287233</guid>
    <pubDate>Tue, 13 Jul 2010 21:17:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Gascogne</dc:creator>
        <category>Commensaux</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Par Gascogne&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;


&lt;p&gt;Rapport à Madame le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Libertés&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vous avez bien voulu me demander d’apporter tous les éléments utiles à l’analyse de l’interview que vous avez accepté d’accorder au &lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/politique/2010/07/11/01002-20100711ARTFIG00195-la-justice-ne-subira-aucune-pression.php&quot;&gt;Figaro&lt;/a&gt;. J’ai donc l’honneur de vous préciser les éléments suivants&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vous avez tout d’abord précisé au journaliste les faits suivants&amp;#160;:&lt;/p&gt;



&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Sur le plan du droit, on ne voit même pas bien ce qu&amp;#8217;on reproche à Éric Woerth. L&amp;#8217;affaire a débuté par une plainte pour abus de faiblesse (déposée par la fille de Liliane Bettencourt, NDLR) L&amp;#8217;accuse-t-on d&amp;#8217;en être le responsable? On parle de blanchiment, en serait-il l&amp;#8217;auteur? Nul n&amp;#8217;ose le prétendre. Il est question d&amp;#8217;enregistrements illégaux, Éric Woerth en est-il coupable? Non, évidemment.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Je ne peux que rejoindre votre pertinente analyse concernant les infractions d&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000020632131&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100713&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;abus de faiblesse&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006418331&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100713&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;blanchiment&lt;/a&gt; ou encore d&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006417929&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100713&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;atteinte à la vie privée&lt;/a&gt; par captation de paroles prononcées à titre privé, liste d&amp;#8217;infractions pour laquelle le Ministre du travail peut difficilement être impliqué, personne n&amp;#8217;ayant jamais prétendu, même parmi les plus mal intentionnés, qu&amp;#8217;il puisse en être un auteur direct. Vous me permettrez cependant d’apporter à celle-ci les éléments suivants&amp;#160;: en premier lieu, il semblerait que ce que les médias, et éventuellement les français à travers eux, pourraient reprocher à Monsieur le Ministre du travail, se limite aux rapports très proches qu’il a entretenus avec Mme BETTENCOURT et son propre entourage. Dés lors, un d’un point de vue purement pénal, les délits de concussion ou de prise illégale d’intérêts pourraient apparaître comme des fondements d&amp;#8217;enquêtes préliminaires recevables. En effet, la concussion se définit, comme vous le savez bien entendu, de la façon suivante&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006418516&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100713&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;Art. 432-10&lt;/a&gt; du Code Pénal&amp;#160;:&lt;/p&gt;



&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le fait, par une personne dépositaire de l&amp;#8217;autorité publique ou chargée d&amp;#8217;une mission de service public, de recevoir, exiger ou ordonner de percevoir à titre de droits ou contributions, impôts ou taxes publics, une somme qu&amp;#8217;elle sait ne pas être due, ou excéder ce qui est dû, est puni de cinq ans d&amp;#8217;emprisonnement et de 75000 euros d&amp;#8217;amende.
Est puni des mêmes peines le fait, par les mêmes personnes, d&amp;#8217;accorder sous une forme quelconque et pour quelque motif que ce soit une exonération ou franchise des droits, contributions, impôts ou taxes publics en violation des textes légaux ou réglementaires.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Bien entendu, nul ne prétendra que le premier alinéa puisse s’appliquer à Monsieur le Ministre. Il nous semble cependant que le second alinéa pourrait poser problème, et qu’un rapprochement, certes hâtif, mais néanmoins probable, pourrait se faire entre les fraudes fiscales sur lesquelles il semblerait pouvoir être enquêté concernant Mme BETTENCOURT, et &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/07/12/pourquoi-le-fisc-n-a-t-il-pas-davantage-controle-mme-bettencourt_1387040_823448.html&quot;&gt;le peu de contrôle dont elle a fait l’objet&lt;/a&gt; durant ces dernières années, alors même que le Ministre a pu indiquer que les grosses fortunes étaient contrôlées &lt;a href=&quot;http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=4200&quot;&gt;au moins tous les trois ans&lt;/a&gt;. Fort heureusement, il est à noter qu’il est quasiment impossible de démontrer ce genre d’accord frauduleux, puisque ceux-ci sont la plupart du temps bien évidemment oraux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par contre, &lt;a href=&quot;http://www.lepoint.fr/societe/revelation-quand-woerth-remettait-la-legion-d-honneur-a-patrice-de-maistre-le-conseiller-de-liliane-bettencourt-23-06-2010-469497_23.php&quot;&gt;la remise d’une médaille&lt;/a&gt; à M. de Maistre semble beaucoup plus sujette à caution, alors que ce dernier a accepté d’embaucher l’épouse du Ministre. Dés lors, des personnes mal intentionnées pourraient y voir un délit de prise illégale d’intérêts, d&amp;#8217;autant qu&amp;#8217;il existe des &lt;a href=&quot;http://www.marianne2.fr/Medaille-Courroye-traitera-t-il-Woerth-comme-il-avait-traite-Pasqua_a195318.html&quot;&gt;antécédents&lt;/a&gt; dont le procureur COURROYE a bien évidemment eu connaissance, mais en tant que juge d&amp;#8217;instruction. En effet, l’article &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006418522&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100713&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;432-12&lt;/a&gt; du Code Pénal punit de 5 ans d’emprisonnement et de 75&amp;#160;000&amp;#160;€ d’amende “ Le fait, par une personne dépositaire de l&amp;#8217;autorité publique ou chargée d&amp;#8217;une mission de service public ou par une personne investie d&amp;#8217;un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l&amp;#8217;acte, en tout ou partie, la charge d&amp;#8217;assurer la surveillance, l&amp;#8217;administration, la liquidation ou le paiement.”&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et comme vous ne l’ignorez nullement, la jurisprudence a une conception extrêmement large de cette infraction, puisque “le délit est caractérisé par la prise d’un intérêt matériel ou moral, direct ou indirect, et se consomme par le seul abus de la fonction indépendamment de la recherche d’un gain ou de tout autre avantage personnel” (Crim. &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&amp;amp;idTexte=JURITEXT000007069181&amp;amp;fastReqId=2124870259&amp;amp;fastPos=1&quot;&gt;21 juin 2000&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il est par ailleurs à noter que la Cour de cassation définit la prise illégale d’intérêts comme étant  une infraction “ayant pour finalité de prévenir la confusion entre l&amp;#8217;intérêt personnel d&amp;#8217;une personne investie d&amp;#8217;un mandat électif avec l&amp;#8217;intérêt public dont elle a la charge d&amp;#8217;assurer la défense”. Ce problème de confusion entre intérêt personnel et intérêt public est ainsi prégnant, lorsque l’on est un ministre en charge du recouvrement des impôts, et que l’on a son épouse employée par une personne dont on peut soupçonner qu’elle soustrait une partie de ses revenus à l’impôt, alors en outre que l’on remet une décoration à l’employeur de sa femme, qui n’est autre que l’homme en charge de la fortune de la première&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/13/Sous-couvert-de-la-voie-hi%C3%A9rarchique#pnote-1627-1&quot; id=&quot;rev-pnote-1627-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Sans même parler du fait que le Ministre est à la fois trésorier de parti politique, en charge de collecter les fonds des soutiens au parti, et Ministre des finances, en charge d&amp;#8217;éventuellement enquêter sur les mêmes donateurs. Et même si un Ministre ne saurait être comparé à un magistrat, un procureur présidant une association sur laquelle il serait amené à enquêter se déporterait sans aucun doute. En tout état de cause, certains juges d&amp;#8217;instruction pourraient y voir le conflit d’intérêt réclamé par le texte, sauf à ce que leur disparition promise intervienne dans les faits.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et si, comme vous l’affirmez si justement, de telles accusations ont été “démenties, notamment par le directeur général des finances publiques”, il doit tout de même être noté que le rapport de ce dernier, rédigé dans l’urgence, émane d’une autorité dont la hiérarchie n’est autre que celle sur laquelle on lui demande d’enquêter, ce qui ne saurait qu’amener un certain trouble quant à l’objectivité de cette inspection&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, sur votre excellente intervention quant aux attaques contre le procureur COURROYE, que vous ne sauriez admettre, je me dois de vous faire remonter un certain nombre de réactions de magistrats, tant du siège que du parquet, qui ont relevé que les attaques, notamment d’un certain syndicat de police, contre les juges des libertés et de la détention &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/societe/0101620464-des-policiers-contre-le-juge-liberator&quot;&gt;qui ne rendent pas les décisions qui leur conviennent&lt;/a&gt; , ou encore de Ministres comme M. HORTEFEUX, &lt;a href=&quot;http://www.union-syndicale-magistrats.org/web/p281_l-usm-denonce-les-propros-du-ministre-de-l-interieur.html&quot;&gt;qui critique les décisions de remises en liberté&lt;/a&gt;, n’ont pas donné lieu à une défense suffisamment médiatisée, sauf bien sûr à ce que ma charge de travail ne m&amp;#8217;ait pas permis de suivre avec toute l&amp;#8217;attention suffisante vos interventions médiatiques en la matière.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me tiens bien évidemment à votre disposition pour toute information supplémentaire, et ne manquerai pas de vous faire parvenir un rapport complémentaire si le besoin s’en faisait sentir, sachant bien évidemment que l’urgence de transmission tenant au fait que la presse ne saurait sortir une information avant que vous n’en ayez connaissance sera garantie par les procédés habituels de transmission électronique, nonobstant vos déclarations à la presse que je sais nécessairement de circonstance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/13/Sous-couvert-de-la-voie-hi%C3%A9rarchique#rev-pnote-1627-1&quot; id=&quot;pnote-1627-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] celle que l&amp;#8217;on peut soupçonner&amp;#8230;pour ceux qui n&amp;#8217;auraient pas suivi, ce que je conçois&amp;#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Sin comentario</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/11/Sin-comentario</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:74d2ba8650099387bc7c8fb8ea355870</guid>
    <pubDate>Sun, 11 Jul 2010 23:40:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Foutchebol</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/500px-Flag_of_Spain.svg.png&quot; alt=&quot;Drapeau de l&amp;#039;Espagne&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Drapeau de l&amp;#039;Espagne&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Boomerang</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/08/Boomerang</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:0f1d0d0dae02b27e0ffee9ce97860bb9</guid>
    <pubDate>Thu, 08 Jul 2010 23:23:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Brève</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je le confesse, j&amp;#8217;ai quelques prix Busiris qui attendent leur annonce mais sont d&amp;#8217;ores et déjà acquis. Il faut dire que du neuf se prépare sur le front de ce prix, je vous en reparlerai bientôt.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis tout à coup, en pensant à ce prix, ça a fait tilt. Comment ne m&amp;#8217;en étais-je pas souvenu plus tôt&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le prix Busiris est né le 9 mai 2006, un jour que je défiais la mort (je circulais dans Paris à vélo) en écoutant la radio. Le conseiller politique de Nicolas Sarkozy, à l&amp;#8217;époque ministre de l&amp;#8217;intérieur et impétrant à de plus hautes fonctions, était l&amp;#8217;invité la matinale de France Inter. C&amp;#8217;était les débuts de l&amp;#8217;affaire Clearstream, Dominique de Villepin était premier ministre et pas encore prévenu (ni avocat, d&amp;#8217;ailleurs…).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le journaliste lui posa LA question que tout le monde attendait, sachant que quand ce conseiller politique ouvrait la bouche, c&amp;#8217;était les mots du ministre de l&amp;#8217;intérieur qui sortaient. «&amp;#160;Dominique de Villepin doit il démissionner&amp;#160;?&amp;#160;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voici quelle fut sa réponse, qui fut le premier prix Busiris, et qui reste la référence académique.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&amp;#8220;Il y a une règle qui doit s&amp;#8217;appliquer à tout le monde, aussi bien à vous qu&amp;#8217;à moi, qu&amp;#8217;à Dominique de Villepin, qui est la règle de la présomption d&amp;#8217;innocence. On ne peut pas faire fonctionner une démocratie en se basant simplement sur des articles de presse, fussent-ils parfaitement bien documentés.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Jusqu&amp;#8217;ici tout va bien.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Ceci étant dit, il y a aujourd&amp;#8217;hui un doute qui pèse sur cette affaire (…). C&amp;#8217;est un doute considérable qui fait peser une menace sur le fonctionnement même du gouvernement, de l&amp;#8217;Etat, et je ne pense pas qu&amp;#8217;on puisse rester très longtemps dans cette situation.(…) Il faut lever ce doute, et malheureusement le temps de la justice est tellement long qu&amp;#8217;on ne peut pas imaginer que la justice lève ce douter à court terme.(…). Ou bien le premier ministre est en mesure d&amp;#8217;apporter des preuves irréfutables que cette affaire a été montée de toutes pièces et qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;y est pour rien ou bien il faudra que le président de la République tire les conséquences de cette situation et change de premier ministre.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;En somme, Dominique de Villepin est présumé innocent, c&amp;#8217;est une nécessité démocratique. Mais il doit prouver son innocence ou démissionner, car on ne peut attendre que la justice passe. Aberrance, contradiction, mauvaise foi, opportunité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces propos résonnent formidablement aujourd&amp;#8217;hui.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il est tout d&amp;#8217;abord savoureux de les relire en sachant que trois ans et demi plus tard, Dominique de Villepin était relaxé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais surtout il est délicieux de les relire en faisant le parallèle avec l&amp;#8217;affaire Woerth d&amp;#8217;aujourd&amp;#8217;hui, où tout le Gouvernement entonne à l&amp;#8217;unisson le couplet de la présomption d&amp;#8217;innocence.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Car en mai 2006, le conseiller politique de Nicolas Sarkozy, c&amp;#8217;était &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2006/05/09/344-and-the-winner-is&quot;&gt;François Fillon&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Avis de Berryer : Serge Moati</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/07/Avis-de-Berryer-%3A-Serge-Moati</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:f77d76afd533eeb1d5e4210f63a73cf8</guid>
    <pubDate>Wed, 07 Jul 2010 16:27:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>La vie du palais</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Avis aux parisiens et aux parisiennes&amp;#160;: la Conférence ne baisse pas les bras et continue ses travaux dans la fournaise.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce vendredi 9 juillet à 21 heures (&lt;strong&gt;précises&lt;/strong&gt; me jure la Conférence, la main sur le cœur), Salle des Criées (Montez l&amp;#8217;escalier d&amp;#8217;honneur, tout de suite à droite des grilles&amp;#160;; en haut, première à droite, vous arriverez dans la monumentale salle des Pas Perdus. La Salle des Criées est sur votre gauche, les deux portes y mènent), la Conférence recevra monsieur Serge Moati, journaliste et réalisateur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La chaleur sera accablante, mais pas autant que la prestation des candidats, qui maltraiteront les sujets suivants&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;1.       Les éminences grises voient-elles la vie en rose&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;2.       Silence on tourne&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;après un rapport que je devine excellent bien qu&amp;#8217;on ne m&amp;#8217;ait pas dit qui s&amp;#8217;y colle.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je profite de cette annonce pour faire quelques remarques de spectateur de Berryer, qui ne valent que cela.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aux candidats, tout d&amp;#8217;abord.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un bon discours de Berryer fait autour de huit minutes. Cinq est un minimum, dix un maximum. Entraînez-vous à le prononcer, chronométrez-vous. Élaguez si c&amp;#8217;est plus long. C&amp;#8217;est une question de respect pour le public, qui est assis inconfortablement et dans la chaleur, il ne peut faire l&amp;#8217;effort de vous suivre plus longtemps. Et si vous perdez le public en chemin, vous aurez perdu son soutien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ne faites pas de droit. Le droit n&amp;#8217;est pas drôle, on le sait, on en bouffe du matin au soir, et les non juristes qui viennent, à commencer par l&amp;#8217;invité, ne comprendront rien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Faites preuve d&amp;#8217;esprit. Trop de candidats jouent au kamikaze et croient compenser un discours peu inspiré par de la provocation. Laissez ça aux humoristes du matin de France Inter. Les vannes machistes, on les a déjà faites ces dix dernières années. Plusieurs fois. J&amp;#8217;y étais. Et vous mettre à dos la meilleure moitié du public n&amp;#8217;est pas un bon calcul. Idem pour les blagues sur les pédophiles, ou les allusions racistes&amp;#160;: n&amp;#8217;est pas Desproges qui veut.  Et si vous entendez le public rire, c&amp;#8217;est qu&amp;#8217;il rit de vous. C&amp;#8217;est pas bon. Si vous voulez vous inspirer du grand Pierre, prenez le point cardinal de son talent&amp;#160;: l&amp;#8217;auto-dérision. Il professait détester l&amp;#8217;humanité entière (c&amp;#8217;était de la coquetterie), mais il avait la politesse de commencer par lui-même. Évitez d&amp;#8217;embarrasser le public.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ne vous attaquez pas à l&amp;#8217;invité. Jamais. Ça ne se fait pas, il n&amp;#8217;est pas venu pour supporter les aboiements d&amp;#8217;un paltoquet. Et s&amp;#8217;il décidait de mordre, vous pourriez être surpris par la force de ses mâchoires. Je sais combien c&amp;#8217;est tentant quand la Conférence reçoit un Bernard-Henri Lévy ou un Francis Lalanne. Mais le talent n&amp;#8217;a jamais consisté à aboyer avec la meute. L&amp;#8217;art du contrepied a trouvé un foyer à la Berryer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ne vous attaquez pas aux secrétaires de la Conférence. C&amp;#8217;est inutile&amp;#160;: ils vous détestent déjà. Plus sérieusement, ils sont déjà morts de trouille, au moins autant que vous. Si vous les stressez, ils vont devenir méchants dans leur critique, ça vous fera mal, et nous, ça ne nous fera pas rire. N&amp;#8217;oubliez pas que votre discours, s&amp;#8217;il est prononcé dans leur direction, s&amp;#8217;adresse avant tout au public. Séduisez-le, séduisez-les. Vous nous ferez passer un bon moment et en prime, vous les mettrez vraiment dans le pétrin car ils n&amp;#8217;auront pas envie de vous descendre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aux secrétaires, maintenant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D&amp;#8217;abord, commencez les Berryer à l&amp;#8217;heure. Je sais que ça dépend parfois uniquement de l&amp;#8217;invité, mais les conditions d&amp;#8217;attente ne sont pas bonnes, il fait chaud, même en hiver, on a faim, on a soif, on a envie d&amp;#8217;aller aux toilettes mais on a peur de se faire piquer sa place. Et on est arrivé en avance. Une heure de retard, c&amp;#8217;est un public qui attend depuis deux heures. Et une salle qui se vide quand vous prendrez la parole, ce qui n&amp;#8217;est pas agréable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sur la correction, interdisez-vous de tomber dans la facilité. La facilité, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;attaque sur le physique, sur les vêtements, sur les accompagnants (ils n&amp;#8217;ont rien demandé et ne sont pas volontaires pour subir vos piques) et sur la famille. Une autre facilité couramment employée, qui est un piège à éloquence, c&amp;#8217;est reprendre des paroles du candidat pour les lui renvoyer à la figure. Ce n&amp;#8217;est rien d&amp;#8217;autre qu&amp;#8217;une variante du &amp;#8220;miroir à parole&amp;#8221;. Ça marche très bien dans un dialogue, du tac au tac, mais vous ne pouvez interrompre le candidat (même si hélas parfois, le public le voudrait bien). Et quand vous faites ça, la moitié de votre intervention, c&amp;#8217;est répéter le discours du candidat. Le public l&amp;#8217;a déjà subi une fois, ne retournez pas le couteau dans la plaie. Faites le pour une ou deux expressions malheureuses, mais sinon, faites un commentaire plus général de la prestation. Vos anciens vous en font une démonstration avec leur contre-corrections.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;À mon avis, une bonne correction, c&amp;#8217;est moins de deux minutes. Vous êtes 12. 2 minutes par tête de pipe, c&amp;#8217;est un tunnel de 24 minutes. C&amp;#8217;est déjà beaucoup pour un public fatigué. Ne faites pas une correction d&amp;#8217;assises, faites une correction de comparution immédiate. C&amp;#8217;est largement suffisant pour révéler votre style et votre personnalité. Et rien n&amp;#8217;est plus désolant qu&amp;#8217;une correction que l&amp;#8217;on ne sait pas finir. Ayez en tête votre chute au moment de vous lever, et laissez parler votre talent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pensez que théoriquement, les Conférences, mimant le troisième tour, l&amp;#8217;invité en plus, devraient avoir quatre candidats. Une demi heure par candidat, correction comprise, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;esprit de départ. Il n&amp;#8217;était pas si mauvais que ça.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voilà mes modestes pensées de spectateur (et ancien —très mauvais—candidat) de Conférence Berryer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bonne Berryer à tous.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>L'affaire Bettencourt et l'affaire Woerth</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/02/L-affaire-Bettencourt-et-l-affaire-Woerth</link>
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    <pubDate>Mon, 05 Jul 2010 10:56:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Commentaire judiciaire</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;— Bonjour Maître.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ah, bonjour mon petit Raymond, entre, entre, prends une tasse de thé. Chers lecteurs, et très chères lectrices, je vous présente Raymond, mon nouveau stagiaire. Après une brillante carrière dans le milieu associatif, Raymond envisage un changement d&amp;#8217;orientation professionnelle. Défenseur un jour, défenseur toujours. Je l&amp;#8217;accueille donc avec plaisir. Mais qu&amp;#8217;y a-t-il, Raymond&amp;#160;? Je te trouve le visage bien chafouin. Ta visite à l&amp;#8217;assemblée nationale ne s&amp;#8217;est pas bien passée&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Non, tout va bien. C&amp;#8217;est mon expression naturelle. Mais il est vrai que je suis perdu dans des abîmes de perplexité. J&amp;#8217;ai essayé de comprendre l&amp;#8217;affaire Bettencourt - Woerth, mais… Comment dire&amp;#160;? Je ne trouve pas les mots.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Il va falloir que tu les trouves, je crois savoir que tu n&amp;#8217;aimes pas lire ceux des autres.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ben je ne comprends pas, voilà.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je comprends, c&amp;#8217;est d&amp;#8217;un abord un peu compliqué. Au départ, il y a une affaire familiale très banale, dans une famille qui, elle, ne l&amp;#8217;est pas. Elle concerne la première fortune de France, Liliane Bettencourt, qui, âgée de 87 ans, semble aux yeux de sa fille dilapider cette fortune sous l’influence de son entourage. Celle-ci essaie de placer sa mère sous tutelle, mais n’y parvient pas car sa mère s’y oppose&amp;#160;: elle refuse d&amp;#8217;être rencontrée par un médecin, ce qui fait obstacle à tout placement sous tutelle. Sa fille dépose alors plainte pour abus de faiblesse (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=624E9579990B8045B0561E6A66C81A73.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000020632131&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100705&quot;&gt;art. 223-15-2 du Code pénal&lt;/a&gt;) au préjudice de sa mère. Le parquet de Nanterre diligente une enquête préliminaire, qui a abouti à un classement sans suite, le parquet estimant l&amp;#8217;infraction non constituée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Pourquoi les choses ne se sont-elles pas arrêtées là&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Parce que le parquet n&amp;#8217;est pas une juridiction, son avis n&amp;#8217;est qu&amp;#8217;un avis et n&amp;#8217;a pour conséquence qu&amp;#8217;une seule  chose&amp;#160;: il ne saisit pas le tribunal. Mais Françoise Bettencourt, la fille de Liliane Bettencourt, n&amp;#8217;a pas baissé les bras. Le droit français permet à la victime de lancer elle-même les poursuites, et Françoise Bettencourt a saisi le tribunal correctionnel de Nanterre pour abus de faiblesse sur sa mère. Ce qui pose un problème sur lequel je reviendrai. L&amp;#8217;audience devait se tenir du 1er au 6 juillet. Soit dit en passant, une semaine d&amp;#8217;audience pour un abus de faiblesse, c&amp;#8217;est du jamais vu, mais les sommes en jeu, et sans doute le nombre de témoins cités, expliquaient cela. L&amp;#8217;audience réunissant trois ténors parmi les ténors du barreau parisien (Georges Kiejman défend Liliane Bettencourt, Olivier Metzner défend Françoise Bettencourt-Meyers — &lt;a href=&quot;http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2010/07/01/proces-banier-les-minutes-davant/&quot;&gt;ces deux-là s&amp;#8217;entendant aussi bien que leurs clientes&lt;/a&gt;— et Hervé Témime défend François-Marie Banier, le photographe. Quel casting&amp;#160;! C&amp;#8217;est le choc des Titans.  Mais avant l&amp;#8217;audience, les choses ont pris un tour aussi imprévu que spectaculaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C&amp;#8217;est là que l&amp;#8217;affaire Bettencourt devient l&amp;#8217;affaire Woerth.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Absolument, Raymond. Le maître d&amp;#8217;hôtel de Liliane Bettencourt a trahi son employeuse et a enregistré en cachette des conversations de celle-ci avec Patrick de Maistre (prononcer &lt;em&gt;de maître&lt;/em&gt;), qui est en charge d&amp;#8217;administrer sa fortune. Ces enregistrements ont fini chez le journal en ligne &lt;a href=&quot;http://www.mediapart.fr/journal/france/190610/bettencourt-notre-dossier-complet-et-des-extraits-denregistrements&quot;&gt;Médiapart (€)&lt;/a&gt;, et leur contenu est surprenant. On apprend ainsi que Liliane Bettencourt, qui soutient financièrement plusieurs personnalités de l&amp;#8217;UMP, dont le ministre du budget de l&amp;#8217;époque, Éric Woerth, a grâce à l&amp;#8217;Élysée des informations sur l&amp;#8217;enquête préliminaire pour abus de faiblesse&amp;#160;; ainsi, elle a su qu&amp;#8217;un non lieu allait être rendu plusieurs jours avant l&amp;#8217;annonce officielle. Ces révélations dans la presse font grand bruit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C&amp;#8217;est dur d&amp;#8217;être trahi par ses subalternes, je sais ce que c&amp;#8217;est.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je n&amp;#8217;en doute pas. Dans ces enregistrements, on apprend aussi que la société qui gère les biens de Liliane Bettencourt a embauché l&amp;#8217;épouse de ce même ministre du budget de l&amp;#8217;époque — semble-t-il sur la suggestion de ce dernier. Ces enregistrements ont été produits par Françoise Bettencourt lors du procès pour abus de faiblesse, car ils établiraient selon elle que sa mère a du mal à comprendre ce qu&amp;#8217;on lui dit et fait tout ce que Patrick de Maistre lui demande de faire. Par voie de conséquence, ses importants dons à son ami photographe seraient dus à cet état de faiblesse due à l&amp;#8217;injure du temps.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Mais ces enregistrements sont illégaux, ils ne peuvent pas être produits en justice?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ils sont illégaux&amp;#160;: ils constituent un délit de captation de conversation privée, puni par le Code pénal d&amp;#8217;un an de prison et 45&amp;#160;000 euros d&amp;#8217;amende (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=23E71C3080A72AD0BA33A2F22C432AB1.tpdjo13v_2?idArticle=LEGIARTI000006417929&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20090212&quot;&gt;art. 226-1 du Code pénal&lt;/a&gt;). Mais ils peuvent être produits en justice, du moins en matière pénale. C&amp;#8217;est une bizarrerie, appelons-ça comme ça, du système français. Pour la Cour de cassation, seules les preuves obtenues par la police ou un juge d&amp;#8217;instruction doivent l&amp;#8217;être de manière totalement légale. Mais un particulier, lui, peut produire des preuves obtenues illégalement (des documents volés par exemple)&amp;#160;: le juge ne peut les écarter de ce fait, il doit examiner leur force probante (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechExpJuriJudi&amp;amp;idTexte=JURITEXT000007066415&amp;amp;fastReqId=1518376866&amp;amp;fastPos=1&quot;&gt;crim. 15 juin 1993, bull. crim., n°210&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Décidément, que ce soit un vestiaire de stade, une commission parlementaire ou son salon, il n&amp;#8217;y a plus d&amp;#8217;endroits secrets.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— &lt;em&gt;O tempora, o mores&lt;/em&gt; se plaignait déjà mon confrère Cicéron. Disons que le défaut de précaution est le seul luxe que ne peut se permettre un milliardaire. Cela dit, aussi regrettables soient-ils dans la façon dont ils ont été réalisés, ces enregistrements existent, et leur contenu peut même justifier leur existence.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Quoi&amp;#160;? &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=coSfMSUSVPI&quot;&gt;Harald Schumacher avait raison&lt;/a&gt;, la fin justifie les moyens&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;—Certainement pas, et l&amp;#8217;auteur de ces enregistrements, contrairement au Boucher de Cologne, encourt des poursuites. Tout comme d&amp;#8217;ailleurs ceux qui en font usage dans un procès pourraient se voir reprocher des faits de recel (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=138A6455159C2B3EB6D9B8693860B24C.tpdjo12v_1?idArticle=LEGIARTI000006418234&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100704&quot;&gt;art. 321-1 du Code pénal&lt;/a&gt;). Mais l&amp;#8217;importance de leur contenu pour l&amp;#8217;intérêt général (en ce qu&amp;#8217;ils révèlent les mœurs de la République et la façon dont les gouvernants accomplissent leur mandat)  justifie cependant leur mise à disposition du public. &lt;a href=&quot;http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2010/07/01/affaire-bettencourt-sujet-dinteret-general/&quot;&gt;C&amp;#8217;est ce qu&amp;#8217;a jugé le juge des référés de Paris&lt;/a&gt; saisi d&amp;#8217;une demande de Lilianne Bettencourt de voir ces documents retirés du site du journal en ligne Médiapart.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Eric Woerth a-t-il commis un délit, d&amp;#8217;après ces enregistrements&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je n&amp;#8217;ai pas tous les éléments du dossier, je ne sais que ce que publie la presse. Mais en l&amp;#8217;état, j&amp;#8217;aurai tendance à dire que non. Le piston de son épouse ne devient répréhensible que s&amp;#8217;il y a eu une contrepartie convenue, qui caractériserait le pacte de corruption ou le trafic d&amp;#8217;influence.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;—Quelle est la différence&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— La corruption (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=D202AE95789930F361DD1DBB4624CC91.tpdjo16v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006181763&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100704&quot;&gt;Art. 433-1 du Code pénal&lt;/a&gt;…)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ah, vous aussi, vous avez un 4-3-3&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— On se concentre, Raymond. La corruption disais-je suppose que le corrompu convienne avec le corrupteur de faire, ou au contraire de s&amp;#8217;abstenir de faire un acte lié à  &lt;strong&gt;ses fonctions&lt;/strong&gt;, en échange de la contrepartie convenue&amp;#160;: de l&amp;#8217;argent, généralement, mais pas forcément. Le trafic d&amp;#8217;influence (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=624E9579990B8045B0561E6A66C81A73.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000006418520&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100705&quot;&gt;art. 432-11 du Code pénal&lt;/a&gt;) consiste à user de son influence pour obtenir &lt;strong&gt;d&amp;#8217;une autre personne&lt;/strong&gt;, extérieure au pacte de corruption et qui n&amp;#8217;aura généralement pas conscience de participer à une action illicite, qu&amp;#8217;elle fasse ou au contraire s&amp;#8217;abstienne d&amp;#8217;accomplir un acte de sa fonction.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Par exemple, si j&amp;#8217;ai bien compris, un fonctionnaire qui reçoit une bouteille de whisky pour faire sauter une contravention commet un délit de corruption s&amp;#8217;il a le pouvoir de classer sans suite le dossier, et un trafic d&amp;#8217;influence s&amp;#8217;il demande au fonctionnaire qui a ce pouvoir de le faire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Exactement, mon petit Raymond. J&amp;#8217;ajoute que le corrupteur commet une corruption &lt;em&gt;active&lt;/em&gt; (art. 433-1 du Code pénal) tandis que le corrompu commet une corruption &lt;em&gt;passive&lt;/em&gt; (art. 432-11, 1° du Code pénal). Les deux sont punis des mêmes peines que le trafic d&amp;#8217;influence&amp;#160;: 10 ans de prison, 150 000 euros d&amp;#8217;amende. Un simple service rendu, pour être agréable à un personnage clef du gouvernement ne suffit pas à qualifier la corruption. Les arrières-pensées ne sont pas illégales en soi. Et ici rien ne laisse supposer qu&amp;#8217;Éric Woerth ait convenu d&amp;#8217;une quelconque contrepartie à l&amp;#8217;embauche de son épouse. On peut même ajouter que la réputation du ministre rend cette hypothèse peu crédible.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Donc il n&amp;#8217;y a pas d&amp;#8217;affaire Woerth&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Pas d&amp;#8217;affaire pénale, non. Mais politique, oui. Que la loi ait été respectée ne veut pas dire que ces faits sont dignes d&amp;#8217;éloge. Acheter 12 000 euros de cigares est aussi légal. Les avocats sont sensibilisés à une situation qu&amp;#8217;il nous faut éviter à tout prix&amp;#160;: le conflit d&amp;#8217;intérêt. Et là, on a un parfait exemple d&amp;#8217;un mélange des genres dont l&amp;#8217;existence même est anormale, au sens moral du terme — éthique, si tu préfères le grec.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C&amp;#8217;est-à-dire&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— On peut être surpris d&amp;#8217;apprendre ainsi que le ministre du budget, en charge notamment du recouvrement de l&amp;#8217;impôt, demande un service au premier contribuable de France, au risque de se retrouver dans une position délicate si ce contribuable s&amp;#8217;avérait frauder, ce qu&amp;#8217;à Dieu ne plaise. Surtout quand ce service consiste à faire embaucher son épouse dans la société en charge de gérer cette fortune évanescente. Et on peut l&amp;#8217;être tout autant quand on réalise que ce même ministre cumulait ses fonctions avec celles de trésorier de l&amp;#8217;UMP, recevant de ce chef les dons faits par Mme Bettencourt, et même les sollicitant&amp;#160;! Tout comme il en recevra en sa qualité de candidat aux régionales dans la région Picardie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Les montants en question sont conformes aux maximum légaux prévus par le Code électoral&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Oui, absolument. Il ne manquerait plus que le trésorier de l&amp;#8217;UMP acceptât des dons illégaux. Mais encore une fois le problème n&amp;#8217;est pas la violation de la loi (dans ce cas, il y aurait lieu à saisine de la Cour de Justice de la République) mais de la façon dont elle est appliquée. Le service de la chose publique (qui en latin se dit &lt;em&gt;res publica&lt;/em&gt;) suppose une rigueur de celui qui a reçu mandat, et le peuple a le droit d&amp;#8217;exiger qu&amp;#8217;on lui en rende compte (&lt;a href=&quot;http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/la-constitution/la-constitution-du-4-octobre-1958/declaration-des-droits-de-l-homme-et-du-citoyen-de-1789.5076.html&quot;&gt;article 15 de la déclaration des droits de l&amp;#8217;homme et du citoyen&lt;/a&gt;). La femme de César ne doit pas être soupçonnée, et il en va de même de ses ministres. Or ce mélange des genres, assez typiquement français, qui voit le ministre en charge du recouvrement de l&amp;#8217;impôt&lt;a href=&quot;http://www.tdg.ch/actu/economie/genevagate-menace-bettencourt-woerth-2010-07-01&quot;&gt; aller solliciter des dons pour son parti à des exilés fiscaux&lt;/a&gt;, ne peut que faire naître des soupçons de collusion et d&amp;#8217;indulgence coupable, ce qui suffirait à le rendre politiquement condamnable en temps normal. Mais en ces temps de rigueur et de dure réforme des retraites, cela devient politiquement désastreux, quand on apprend en plus que les services du même ministre &lt;a href=&quot;http://www.lepoint.fr/societe/le-fisc-aurait-rembourse-30-millions-d-euros-a-liliane-bettencourt-en-2008-02-07-2010-1210186_23.php&quot;&gt;ont versé 30 millions d&amp;#8217;euros à la femme la plus riche de France&lt;/a&gt;. Et la défense du ministre, entre &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/07/01/quand-eric-woerth-dinait-avec-liliane-bettencourt_1381386_823448.html&quot;&gt;dénis&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20100623.OBS6016/bettencourt-quand-eric-woerth-decernait-la-legion-d-honneur-a-patrice-de-maistre.html&quot;&gt;démentis&lt;/a&gt; par les faits et théorie du complot contre la réforme des retraites, n&amp;#8217;est pas ce qui se fait de mieux en termes de &lt;em&gt;damage control&lt;/em&gt;. À croire que depuis l&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Gaymard&quot;&gt;affaire Gaymard&lt;/a&gt;, aucune leçon n&amp;#8217;a été tirée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ah, ça, j&amp;#8217;ai appris qu&amp;#8217;avec une mauvaise défense, il n&amp;#8217;est pas besoin que l&amp;#8217;attaque soit bonne pour perdre…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— L&amp;#8217;expérience, il n&amp;#8217;y a que ça de vrai. Mais revenons sur le terrain du droit, avec l&amp;#8217;affaire Bettencourt, qui elle est purement juridique. Encore que je m&amp;#8217;avance peut-être un peu. Il y a d&amp;#8217;autres considérations qui polluent là aussi cette affaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— La rivalité entre avocats&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Le choc des égos peut faire des dommages, mais ce travers n&amp;#8217;est pas réservé à la profession d&amp;#8217;avocat. D&amp;#8217;autant que le code de procédure pénale veille depuis longtemps à ce que les avocats aient le moins de capacité de nuisance possible. Car cette affaire est échue à une magistrate, Isabelle Prévost-Desprez, présidente de la 15e chambre (celle de la délinquance économique et financière, qui dans les Hauts de Seine a trouvé un Eden) avec qui le procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye, &lt;a href=&quot;http://www.lepoint.fr/societe/derriere-l-affaire-bettencourt-des-bisbilles-entre-deux-magistrats-01-07-2010-472200_23.php&quot;&gt;est en mauvais termes&lt;/a&gt;. Et ça n&amp;#8217;a pas manqué de s&amp;#8217;exprimer à l&amp;#8217;audience du 1er juillet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Que s&amp;#8217;est-il passé&amp;#160;? Le parquet a fait grève&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Non, les magistrats n&amp;#8217;ont pas le droit de grève.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Décidément, ce métier me plaît de plus en plus. Mais alors, que s&amp;#8217;est-il passé&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Une partie d&amp;#8217;échec procédural entre le parquet et le tribunal pour retirer ce dossier à cette présidente, et je crains que le parquet n&amp;#8217;ait fait échec au roi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;—Vous m&amp;#8217;intriguez, maître, et pourtant je suis d&amp;#8217;un naturel blasé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Concentre-toi, il va falloir suivre. D&amp;#8217;abord, rappelons quelques principes essentiels. 1&amp;#160;: Le juge ne peut juger que ce dont il est saisi, et doit juger tout ce dont il est saisi. Ce sont les deux limites essentielles à son pouvoir&amp;#160;: il ne peut décider de juger une affaire de son propre chef (c&amp;#8217;est notre équivalent du hors-jeu), et ne peut refuser de juger une affaire, ce serait un déni de justice, le carton rouge assuré. 2&amp;#160;: On ne peut retirer un dossier à un tribunal qui en est saisi avant qu&amp;#8217;il ne rende une décision. Généralement un jugement de l&amp;#8217;affaire, mais pas forcément, et cela aura son importance ici.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Jusque là, je suis.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Un tribunal qui va examiner une affaire va dès le début de l&amp;#8217;audience, après avoir vérifié l&amp;#8217;identité du prévenu, sa compétence et la validité de sa saisine, s&amp;#8217;assurer que l&amp;#8217;affaire est en état d&amp;#8217;être jugée, ou si elle doit être renvoyée à une date ultérieure. Cela se fait généralement à la demande des parties, mais peut être ordonné d&amp;#8217;office par le tribunal, qui peut en outre ordonner des mesures d&amp;#8217;investigation (on parle en procédure d&lt;em&gt;&amp;#8216;instruction&lt;/em&gt;) complémentaires. Le tribunal confiera le suivi de cette mesure à un de ses membres qui se comportera comme un juge d&amp;#8217;instruction, à ceci près qu&amp;#8217;il pourra néanmoins juger l&amp;#8217;affaire par la suite, ce qui est interdit à un juge d&amp;#8217;instruction.  Si le tribunal estime au contraire que l&amp;#8217;affaire est en état d&amp;#8217;être jugée, il va juger l&amp;#8217;affaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je suis toujours, mais ça se complique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Rassure-toi, nous en aurons terminé une fois que je t&amp;#8217;aurai précisé qu&amp;#8217;on ne peut en principe faire appel d&amp;#8217;un jugement que s&amp;#8217;il a mis fin à la procédure, c&amp;#8217;est à dire dé-saisi le tribunal en statuant sur le dossier.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— En principe&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Oui, Raymond, le droit est la science des exceptions. Si un jugement est rendu qui ne met pas fin à la procédure, on peut en faire appel, mais cet appel restera en sommeil jusqu&amp;#8217;à ce qu&amp;#8217;intervienne la décision sur le fond. Mais, exception à l&amp;#8217;exception, l&amp;#8217;appelant peut joindre à son appel une requête demandant à ce que cet appel soit examiné immédiatement. Dans ce cas, le président de la chambre des appels correctionnel a un mois, pendant lequel le jugement est suspendu, pour décider d&amp;#8217;examiner immédiatement cet appel ou s&amp;#8217;il devra attendre que le tribunal achève son office. C&amp;#8217;est une décision discrétionnaire, non susceptible de recours.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et si le président fait droit à la requête&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— On se retrouve comme dans le cas où le tribunal a mis fin à la procédure. Le dossier est transféré à la cour, puisque l&amp;#8217;appel a un effet &lt;em&gt;dévolutif&lt;/em&gt;&amp;#160;: la cour d&amp;#8217;appel est saisie de l&amp;#8217;intégralité du dossier, deux juridictions ne pouvant en aucun cas être saisies du même dossier, pour éviter des décisions contradictoires.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et le dossier ne revient jamais au tribunal&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Dans une seule hypothèse&amp;#160;: si le tribunal n&amp;#8217;a pas tranché sur le fond, et que la cour confirme le jugement. Dans ce cas, elle ne peut évoquer et renvoie le dossier au tribunal. Par exemple, le tribunal refuse une demande d&amp;#8217;expertise. Le prévenu fait appel de ce refus et demande un examen immédiat. Le président y fait droit, la cour d&amp;#8217;appel examine l&amp;#8217;appel et estime que le tribunal a eu raison de refuser l&amp;#8217;expertise. Il confirme le jugement et fait retour de la procédure au tribunal. Si la cour au contraire estime que cette mesure d&amp;#8217;expertise s&amp;#8217;imposait, elle infirme le jugement, évoque l&amp;#8217;affaire et ordonne elle même l&amp;#8217;expertise. L&amp;#8217;affaire ne retournera jamais au tribunal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— On m&amp;#8217;avait dit que la procédure pénale était plus compliquée que la règle du hors-jeu mais je ne voulais pas y croire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ça va, Raymond&amp;#160;? Tu es en état de continuer&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Disons que ça va plus mal que si j&amp;#8217;allais mieux mais mieux que si j&amp;#8217;allais plus mal. Continuez donc, maître, je vous en prie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Brave Raymond. Transportons-nous dans la salle d&amp;#8217;audience de la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre ce 1er juillet au matin. L&amp;#8217;ambiance est électrique. Trois avocats pour trois parties, donc une de trop, et un procureur qui veut que cette affaire ne soit pas jugée, ce qui est assez paradoxal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Pourquoi une partie de trop&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Si le prévenu est à sa place, il y a une partie civile de trop. La victime de l&amp;#8217;abus de faiblesse supposé est Lilianne Bettencourt. Or elle n&amp;#8217;est pas à l&amp;#8217;origine du procès&amp;#160;: elle est présente à l&amp;#8217;instance et dit que non, le prévenu n&amp;#8217;a pas abusé de sa faiblesse. Elle se constitue partie civile pour voler au secours du prévenu. Mais l&amp;#8217;action a été mise en mouvement par la fille de la victime, qui dit qu&amp;#8217;eu égard à son état de faiblesse, sa mère ne réalise pas qu&amp;#8217;elle a été victime d&amp;#8217;un délit. Cette question de recevabilité de la citation de Françoise Bettencourt-Meyers, qui n&amp;#8217;est pas victime directe de l&amp;#8217;infraction, mais agit à la place de quelqu&amp;#8217;un qu&amp;#8217;elle estime hors d&amp;#8217;état d&amp;#8217;agir, devra être tranchée par le tribunal. Là-dessus apparaissent les enregistrements, versés aux débats par Françoise Bettencourt-Meyers. Leur apparition &lt;em&gt;in extremis&lt;/em&gt; fait que l&amp;#8217;affaire n&amp;#8217;apparaît pas en état d&amp;#8217;être jugée&amp;#160;: il faut s&amp;#8217;assurer de la véracité de ces preuves. Ainsi, le parquet a demandé un sursis à statuer du tribunal, le temps pour lui de diligenter une enquête sur ces enregistrements.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Qu&amp;#8217;est ce qu&amp;#8217;un sursis à statuer&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Un jugement par lequel le tribunal estime que vu les circonstances, il ne peut légalement juger cette affaire tant qu&amp;#8217;un point de droit qu&amp;#8217;il ne peut trancher lui-même n&amp;#8217;aura pas été jugé. Par exemple, si se pose une question de nationalité, ou une question de propriété immobilière, qui échappent à la compétence des juridictions pénales. Ici, le parquet demande au tribunal de lui laisser le temps de faire son enquête, à charge pour lui de citer à nouveau tout le monde à une nouvelle audience quand il aura fini. Le tribunal va rejeter cette demande, préférant garder pour lui cette question, en expliquant, ce qui montre la bonne ambiance régnant dans ce tribunal, que cette enquête, par sa nature même, ne serait pas soumise au principe du contradictoire, qu&amp;#8217;en outre le parquet pourrait choisir, en toute hypothèse, de ne pas verser ces pièces au tribunal qui doit juger l&amp;#8217;affaire, puisqu&amp;#8217;il revient au parquet de décider de l&amp;#8217;opportunité des poursuites.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Peste. J&amp;#8217;ai connu un bus avec ce même genre d&amp;#8217;ambiance.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Le tribunal va donc ordonner une mesure d&amp;#8217;instruction, qu&amp;#8217;il confiera à sa présidente, ancienne juge d&amp;#8217;instruction, donc tout à fait qualifiée pour y procéder. Mais là, le tribunal va à mon sens commettre une erreur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Laquelle&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Il va renvoyer cette affaire sans fixer de nouvelle date d&amp;#8217;audience. Ce sera à la partie civile de citer à nouveau le photographe quand la mesure d&amp;#8217;instruction aura eu lieu.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— En quoi était-ce une erreur&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Parce que la jurisprudence assimile à un jugement sur le fond immédiatement susceptible d&amp;#8217;appel, sans même devoir faire une requête d&amp;#8217;examen immédiate, le jugement  qui ordonne le renvoi d’une affaire dont le tribunal est régulièrement saisi, sans fixer de date et en laissant à la partie poursuivante le soin de délivrer une nouvelle citation (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechExpJuriJudi&amp;amp;idTexte=JURITEXT000007066600&amp;amp;fastReqId=309902744&amp;amp;fastPos=1&quot;&gt;Cass.  crim.  20 juill.  1993, Bull. crim., n° 249&lt;/a&gt;). Faute de date d&amp;#8217;audience fixée, le tribunal est déssaisi de ce dossier&amp;#160;: l&amp;#8217;appel est recevable. Que crois-tu donc qu&amp;#8217;il arriva&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Le parquet courut au cinquième étage faire appel de ce jugement&amp;#160;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Exactement, mon petit Raymond. La cour d&amp;#8217;appel de Versailles est désormais saisie de ce dossier, pas besoin que le président de la chambre des appels correctionnels rende une ordonnance en ce sens. Même si mes taupes m&amp;#8217;ont appris que le parquet avait fait une telle requête en examen immédiat, tout en ayant parfaitement conscience de son inutilité juridique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Pourquoi le parquet fait-il quelque chose d&amp;#8217;inutile&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— De &lt;em&gt;juridiquement&lt;/em&gt; inutile, Raymond. Tactiquement, c&amp;#8217;est autre chose. D&amp;#8217;une part, cette requête a un effet suspensif immédiat, ce qui interdit à la présidente de commencer son supplément d&amp;#8217;information. D&amp;#8217;autre part, d&amp;#8217;ici un mois, le président de la chambre des appels correctionnels constatera que cette requête est inutile puisque l&amp;#8217;appel est recevable de plein droit, ce qui interdira définitivement à la présidente de procéder, et permettra au parquet de se réfugier derrière une décision du siège pour justifier de ce déssaisissement. Un coup de maître, si je puis me permettre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Quelle sera la suite&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— De deux choses l&amp;#8217;une&amp;#160;: soit la cour infirme le jugement en quoi que ce soit, et devra évoquer (donc juger) l&amp;#8217;affaire, soit elle confirme purement et simplement le jugement et le rendra alors à la 15e chambre du tribunal de Nanterre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— En attendant, la présidente Prévost-Desprez ne peut absolument pas mener son enquête&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Non. L&amp;#8217;effet suspensif de l&amp;#8217;appel s&amp;#8217;y oppose, et tout acte d&amp;#8217;instruction serait nul (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechExpJuriJudi&amp;amp;idTexte=JURITEXT000007059936&amp;amp;fastReqId=1222569728&amp;amp;fastPos=1&quot;&gt;crim. 19 mai 1980&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Le parquet de Nanterre gagne donc la première manche.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Oui, et haut la main&amp;#160;: il a obtenu ce qu&amp;#8217;il voulait&amp;#160;: retirer ce dossier à cette présidente. Reste à savoir si la cour le lui rendra. &lt;a href=&quot;http://www.challenges.fr/actualites/entreprises/20100630.CHA5531/bettencourt__sarkozy_aurait_rencontre_maistre.html&quot;&gt;Les fameux enregistrements contiennent peut-être un élément de réponse…&lt;/a&gt; En tout état de cause, on peut parier que le parquet de Nanterre aura bouclé son enquête à temps pour l&amp;#8217;audience devant la cour d&amp;#8217;appel, ce qui permettra au parquet général — le parquet de la cour d&amp;#8217;appel, Raymond— de soutenir que la mesure ne s&amp;#8217;impose plus. Ça plus une motivation cinglante à l&amp;#8217;égard du parquet, voilà deux bonnes raisons pour la cour d&amp;#8217;appel d&amp;#8217;infirmer le jugement du 1er juillet…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et donc de devoir évoquer l&amp;#8217;affaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Te voilà un expert en procédure pénale, Raymond.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ce serait quand&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ce ne sera pas avant six mois&amp;#160;; je dirais entre six mois et un an.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Quelle erreur de la part du tribunal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— À sa décharge, les juges n&amp;#8217;ont pas l&amp;#8217;habitude de voir dans le parquet un ennemi dont il faut se garder. Ils ont déjà du mal à voir en lui une simple partie. Un parquet normal dans une affaire normale n&amp;#8217;aurait pas fait appel et aurait laissé la présidente procéder, malgré qu&amp;#8217;il en ait. Mais n&amp;#8217;oublions pas Liliane Bettencourt, qui a commis de son côté une erreur tout aussi incompréhensible.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et laquelle&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Il ne faut jamais refuser une augmentation à son maître d&amp;#8217;hôtel.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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