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  <title>Journal d'un avocat</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 30 Jul 2010 05:43:46 +0200</pubDate>
  <copyright>© maitre-eolas.fr</copyright>
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    <title>Bon débarras</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/25/Bon-d%C3%A9barras</link>
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    <pubDate>Sun, 25 Jul 2010 10:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Actualité du droit</category>
        <category>Appel</category><category>Conseil constitutionnel</category><category>procédure pénale</category><category>QPC</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Le nettoyage du Code de procédure pénale au Kärcher® par le Conseil constitutionnel a commencé. En attendant le gros morceau de la garde à vue (délibéré le 30 juillet).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par une &lt;a href=&quot;http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2010/2010-15/23-qpc/decision-n-2010-15-23-qpc-du-23-juillet-2010.48836.html&quot;&gt;décision n°2010-15/23 QPC du 23 juillet 2010&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;Région Languedoc-Roussilon et autres&lt;/em&gt;), le Conseil constitutionnel a déclaré contraire à la Constitution l&amp;#8217;article 575 du Code de procédure pénale (CPP).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cet article défunt (puisque cette décision vaut abrogation dès sa publication au JO) limitait la possibilité pour la partie civile, donc celui qui se prétend directement victime d&amp;#8217;une infraction, de former un pourvoi en cassation contre un arrêt de la chambre de l&amp;#8217;instruction sans qu&amp;#8217;il fût besoin que le ministère public se pourvût lui-même préalablement, aux seuls cas qu&amp;#8217;il prévoyait&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/25/Bon-d%C3%A9barras#pnote-1632-1&quot; id=&quot;rev-pnote-1632-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le problème n&amp;#8217;est pas évident, je le reconnais, parce qu&amp;#8217;il apparaît en creux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le mis en examen, c&amp;#8217;est à dire la personne fortement soupçonnée, et le ministère public peuvent se pourvoir en cassation, donc exercer la seule voie de recours possible, contre tous les arrêts de la chambre de l&amp;#8217;instruction. Pas la partie civile, c&amp;#8217;est à dire la victime (même si ce terme est prématuré, tant qu&amp;#8217;un jugement ne dit pas les faits établis). Et ce sont les éléments absents de cette liste qui posaient problème, un tout particulièrement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En effet, la partie civile ne pouvait former un pourvoi en cassation contre un arrêt de non lieu, qui pourtant met fin aux poursuites, pas plus qu&amp;#8217;elle ne le pouvait en cas de violation de la loi par les arrêts de la chambre de l&amp;#8217;instruction statuant sur la constitution d&amp;#8217;une infraction, la qualification des faits poursuivis et la régularité de la procédure. Si le ministère public le faisait, elle pouvait se joindre à l&amp;#8217;action et présenter ses arguments. Mais si le ministère public ne bougeait pas, la partie civile se trouvait Gros Jean comme devant. Cela mettait une partie dans une situation de dépendance à l&amp;#8217;égard d&amp;#8217;une autre sans que rien ne vînt le justifier, et portait une atteinte au principe d&amp;#8217;égalité devant la justice.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le Conseil constitutionnel y a mis bon ordre, puisque sa décision, &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=4E59DE95754DC1EE000E513CCC0A6650.tpdjo15v_2?cidTexte=JORFTEXT000022512108&amp;amp;dateTexte=&amp;amp;oldAction=rechJO&amp;amp;categorieLien=id&quot;&gt;publiée au JO d&amp;#8217;hier&lt;/a&gt;, a abrogé cet article ce matin à zéro heure (je salue mes lecteurs avocats aux Conseils et ai comme eux biffé de rouge mon code le sourire aux lèvres).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est sans une des plus grandes avancées du droit des victimes de ces dix dernières années. Il est amusant de noter qu&amp;#8217;elle ne provient nullement d&amp;#8217;une initiative gouvernementale, mais du pouvoir judiciaire. Ça valait bien un billet un dimanche.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/25/Bon-d%C3%A9barras#rev-pnote-1632-1&quot; id=&quot;pnote-1632-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Au nombre de sept&amp;#160;: 1° Lorsque l&amp;#8217;arrêt de la chambre de l&amp;#8217;instruction a dit n&amp;#8217;y avoir lieu à informer&amp;#160;; 2° Lorsque l&amp;#8217;arrêt a déclaré l&amp;#8217;irrecevabilité de l&amp;#8217;action de la partie civile&amp;#160;; 3° Lorsque l&amp;#8217;arrêt a admis une exception mettant fin à l&amp;#8217;action publique&amp;#160;; 4° Lorsque l&amp;#8217;arrêt a, d&amp;#8217;office ou sur déclinatoire des parties, prononcé l&amp;#8217;incompétence de la juridiction saisie&amp;#160;; 5° Lorsque l&amp;#8217;arrêt a omis de statuer sur un chef de mise en examen&amp;#160;; 6° Lorsque l&amp;#8217;arrêt ne satisfait pas, en la forme, aux conditions essentielles de son existence légale&amp;#160;; 7° En matière d&amp;#8217;atteintes aux droits individuels telles que définies aux articles 224-1 à 224-5 (enlèvement et séquestration) et 432-4 à 432-6 (atteintes à la liberté individuelle par l&amp;#8217;administration) du code pénal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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    <title>Profitons de notre liberté avant qu'elle n'expire</title>
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    <pubDate>Fri, 23 Jul 2010 11:11:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Actualité du droit</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.lefigaro.fr/medias/2010/04/21/4cd03c42-4d72-11df-bfde-90858b01132b.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le Gouvernement, qui n&amp;#8217;a visiblement rien de mieux à faire de ses journées (Quelle crise&amp;#160;? Quelles affaire&amp;#160;? Où ça, une guerre en Afghanistan&amp;#160;?) a aujourd&amp;#8217;hui décidé de rétablir une infraction de blasphème.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022509096&amp;amp;dateTexte=&amp;amp;categorieLien=id&quot;&gt;décret n°2010-835 du 21 juillet 2010 relatif à l&amp;#8217;incrimination de l&amp;#8217;outrage au drapeau tricolore&lt;/a&gt; est publié aujourd&amp;#8217;hui au JO, et incrimine d&amp;#8217;une contravention de 5e classe (1500&amp;#160;€ d&amp;#8217;amende max, 3000€ en cas de récidive)&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;le fait, lorsqu&amp;#8217;il est commis dans des conditions de nature à troubler l&amp;#8217;ordre public et dans l&amp;#8217;intention d&amp;#8217;outrager le drapeau tricolore&amp;#160;:&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;1° De détruire celui-ci, le détériorer ou l&amp;#8217;utiliser de manière dégradante, dans un lieu public ou ouvert au public&amp;#160;;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;2° Pour l&amp;#8217;auteur de tels faits, même commis dans un lieu privé, de diffuser ou faire diffuser l&amp;#8217;enregistrement d&amp;#8217;images relatives à leur commission.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Rappelons que cette loi indispensable est due uniquement à la photo ci-dessus, primée lors d&amp;#8217;un concours de photographie de la FNAC de Nice sur le thème du politiquement incorrect. En effet, aucune loi ne permettait de punir cet artiste pour son oeuvre, vous réalisez le scandale&amp;#160;: on se serait cru dans, &lt;em&gt;horresco referens&lt;/em&gt;, un pays de liberté, du genre de celui qui écrirait ce mot sur le frontispice de ses bâtiments publics.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Déjà, depuis 7 ans, depuis la loi du 18 mars 2003 sur la Sécurité intérieure, un &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=74FB12674B32F47832A89113C1299491.tpdjo09v_2?idArticle=LEGIARTI000006418556&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100723&quot;&gt;article 433-5-1 du Code pénal&lt;/a&gt; réprime le fait, au cours d&amp;#8217;une manifestation organisée ou réglementée par les autorités publiques, d&amp;#8217;outrager publiquement l&amp;#8217;hymne national ou le drapeau tricolore. Cet abominable attentat est puni de 7500 euros d&amp;#8217;amende (c&amp;#8217;est donc un délit), et même de six mois de prison s&amp;#8217;il est commis en réunion, c&amp;#8217;est à dire par au moins deux personnes agissant de conserve. Là aussi, c&amp;#8217;était une loi de circonstance, destinée à réagir suite &lt;del&gt;à la présence de Jean-marie Le Pen au second tour de l&amp;#8217;élection présidentielle&lt;/del&gt; aux sifflets ayant résonné lors de la Marseillaise du match &amp;#8220;amical&amp;#8221; de football France-Algérie du 6 octobre 2001.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/sport/2008/10/15/02001-20081015ARTFIG00286-la-marseillaise-sifflee-avant-france-tunisie-.php&quot;&gt;Avec l&amp;#8217;efficacité que l&amp;#8217;on sait&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et à l&amp;#8217;époque, le Conseil constitutionnel avait précisé que les oeuvre de l&amp;#8217;esprit devaient être exclues du champ de cet article, et que le terme de manifestation réglementée s&amp;#8217;entendait restrictivement aux manifestations publiques à caractère sportif, récréatif ou culturel se déroulant dans des enceintes soumises par les lois et règlements à des règles d&amp;#8217;hygiène et de sécurité en raison du nombre de personnes qu&amp;#8217;elles accueillent (Décision n° 2003-467 DC du 13 mars 2003, §104)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors puisque ce gouvernement aime les lois, dans le sens où un pédophile aime les enfants, je voudrais juste lui en rappeler quelques unes.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il s&amp;#8217;agit de trois articles de la Déclaration des Droits de l&amp;#8217;Homme et du Citoyen, déclaration qui figure, sans doute à la suite d&amp;#8217;un moment d&amp;#8217;égarement, dans notre Constitution.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Article 4 - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui&amp;#160;: ainsi, l&amp;#8217;exercice des droits naturels de chaque homme n&amp;#8217;a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Article 5 - La loi n&amp;#8217;a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n&amp;#8217;est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu&amp;#8217;elle n&amp;#8217;ordonne pas.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Article 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l&amp;#8217;homme&amp;#160;; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l&amp;#8217;abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Que faire face à cela&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le décret peut être attaqué dans le délai de deux mois devant le Conseil d&amp;#8217;Etat. Le recours n&amp;#8217;a que peu de chance d&amp;#8217;aboutir, car il y a gros à parier que le Gouvernement a suivi les recommandations dudit Conseil consulté sur le projet de décret. Et pour porter l&amp;#8217;affaire devant la Cour européenne des droits de l&amp;#8217;homme, il faut que cette loi soit appliquée, c&amp;#8217;est à dire qu&amp;#8217;une personne soit poursuivie. Et je n&amp;#8217;imagine pas un procureur en France qui trouvera qu&amp;#8217;un tel outrage mérite autre chose qu&amp;#8217;un rappel à la loi, et encore s&amp;#8217;il est de mauvaise humeur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En attendant, le décret est paru au JO aujourd&amp;#8217;hui. Il entre donc en vigueur ce soir à minuit (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=74FB12674B32F47832A89113C1299491.tpdjo09v_2?idSectionTA=LEGISCTA000006089696&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070721&amp;amp;dateTexte=20100723&quot;&gt;art. 1er du Code civil&lt;/a&gt;) et ne peut s&amp;#8217;appliquer à des faits commis avant son entrée en vigueur (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=74FB12674B32F47832A89113C1299491.tpdjo09v_2?idArticle=LEGIARTI000006417180&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100723&quot;&gt;art. 112-1 du Code pénal&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/.outrage_s.jpg&quot; alt=&quot;Outrage à une poubelle, anonyme du XXIe siècle&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je vous invite donc tous à profiter de votre liberté avant qu&amp;#8217;elle ne disparaisse. Outragez un drapeau et publiez la photo avant minuit. Au douzième coup, une partie de votre liberté d&amp;#8217;expression se transformera en citrouille.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et à tous les patriotes qui viendront me dire que la liberté d&amp;#8217;insulter le drapeau ne mérite guère de protection et que la face du monde ne sera pas changée par ce décret, je rétorquerai qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;y a pas de liberté d&amp;#8217;insulter le drapeau&amp;#160;: il y a la liberté, point. Et que c&amp;#8217;est un bout supplémentaire qu&amp;#8217;on rabote, sans que rien ne le justifie, si ce n&amp;#8217;est la volonté de bomber le torse et de se frapper la poitrine comme un Oran-Outang face&amp;#8230; à une exposition de photographes amateur dans un grand magasin de Nice. Est-ce de cela que vous acceptez de laisser dépendre votre liberté&amp;#160;? Trouvez-vous normal que l&amp;#8217;Etat, dont le rôle est de défendre votre liberté, vous interdise d&amp;#8217;ne faire usage parce que ça colle bien avec sa communication électorale&amp;#160;? La face du monde ne sera pas changée, non, mais la surface de votre liberté, oui. Tout le monde n&amp;#8217;est pas obligé d&amp;#8217;avoir une mentalité de valet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le mot France, étymologiquement, veut dire &amp;#8220;le pays des hommes libres&amp;#8221;. Je suis pour interdire tout outrage à ce nom par l&amp;#8217;Etat.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Avocats de la vermine</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/18/Avocats-de-la-vermine</link>
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    <pubDate>Mon, 19 Jul 2010 18:58:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Fantômette</dc:creator>
        <category>Commensaux</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Par Fantômette&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“Les défendre tous”, disons-nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes&amp;#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’affaire commence dans le bourg de Saint-Julien, sur la route de Mont-Cenis, un lieu réputé pour la qualité de ses vignobles, vers l’année 1545.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps de cette année-là, la vigne, objet de tous les soins et source de la - relative - prospérité du bourg, fut envahie de larves d’insectes. De quoi s’agissait-il et d’où venaient-ils&amp;#160;? Nul ne le savait précisément, mais l’alarme fut grande chez les vignerons. Les archives évoquent indistinctement lisettes, bêches, hurebecs, coupe-bourgeons, charançons, amblevins ou gribouris. Les villageois parlent de chenilles, de vers ou de “bêtes brutes”. Peu importe en réalité, la nature exacte de ces animalcules, dont l’effet est aussi dévastateur qu’il est craint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgré la plainte, prestement déposée entre les mains d’un docteur en droit, la Justice, hélas - déjà, murmurons-nous &lt;em&gt;in petto&lt;/em&gt; - ne fut pas suffisamment prompte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’évêque en fut tout d’abord saisi - les tribunaux épiscopaux avaient vocation à intervenir, dans des affaires qui aujourd’hui seraient des affaires entre particuliers. Il écouta attentivement les doléances qui s’exprimaient, et commis rapidement deux avocats d’office&amp;#160;: Maître Falcon et Maître Morel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers firent leur devoir, et d’une efficace façon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils soulevèrent un problème crucial, qui reste fort bien connu de mes confrères et de moi-même, celui posé par l’insuffisante identification des défendeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les bestioles que l’on accuse&amp;#160;? Il faut les désigner, et  très précisément. Car comment les convoquer si l’on ignore qui elles sont&amp;#160;? Comment être certain de ne pas attraire en justice - très injustement - des individus, chenilles ou vers, qui peut-être ne s’étaient jamais &lt;em&gt;personnellement&lt;/em&gt; rendus dans les vignobles dévastés&amp;#160;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un clerc fut donc désigné, pour déterminer lesquels d’entre ces nuisibles étaient à convoquer devant leur Juge, et devraient répondre des désordres que leur présence avait provoqués. Les choses trainèrent en longueur. La faute du clerc, ou la difficulté de la tâche, peut-être?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’été, puis l’automne se succédèrent. La récolte fut perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villageois laissèrent passer l’hiver, et le froid rédempteur. Les récoltes furent médiocres quelques années, et l’affaire en resta là.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 1587 - s’agissait-il des mêmes bestioles ou de leurs descendants? - elles revinrent s’installer, toujours nombreuses, toujours affamées, toujours voraces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux villageois sont alors désignés, les Sieurs Bertrand et Armenet, pour saisir à nouveau l’Évêque, ce qu’ils font en déposant un mémoire à son attention, le suppliant de bien vouloir intervenir, et de commencer, naturellement, par désigner à la vermine deux nouveaux avocats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieurs les avocats Filiol et Rambaud sont promptement commis d’office.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgré la faiblesse - que l’on ne peut que soupçonner - de leurs émoluments, de même que les confrères auxquels ils succédaient, ils accomplirent leur travail d&amp;#8217;assez honnête manière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La première audience est fixée à la date du 6 juin 1587, devant le tribunal ecclésiastique de Saint-Jean-de-Maurienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole est tout d’abord à l’accusation, Messire Bertrand, qui parla fort bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Ces charançons paissent dans nos vignes, sans droit ni titre. Ils détruisent les outils, les récoltes, le fruit du travail des hommes, et le don divin qui leur était accordé&amp;#160;! Il s’agit là d’un sacrilège, qu’il convient de châtier, par la seule peine possible, la plus grave, Monseigneur, l’excommunication.&lt;/em&gt;”&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement, de nombreuses têtes dans la salle (les quelques notables et intéressés, admis à assister à l’audience) opinèrent gravement mais vigoureusement - eh quoi, peut-il en être autrement&amp;#160;? - et les regards se tournèrent, qui avec curiosité, qui avec compassion, vers mon confrère Rambaud, à qui échoit la difficile mission de justifier l’inconduite de ses clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il commence classiquement, par rappeler l’évidence, ce à quoi tout le monde s’attend - rappelez-vous que nous sommes devant un tribunal religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Monseigneur, ces insectes de Saint-Julien ne peuvent être sujets à l’excommunication, et la Cour ne pourra que maintenir mes clients dans leurs droits. Nous savons que toutes choses sont des créatures de Dieu&amp;#160;: elles ont été voulues et déposées par lui sur la terre. Et chasser les amblevins, c’est s’élever contre la volonté divine&lt;/em&gt;”.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moyen de défense est systématiquement soulevé dans ce type d’affaires, et ne surprend probablement pas plus qu&amp;#8217;il ne convainc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon confrère doit s’en douter - aujourd’hui, comme hier, il est certaines figures imposées, dans l&amp;#8217;art de la défense, qu’il faut savoir développer et dépasser, pour leur rendre une efficacité que leur classicisme a émoussé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il poursuit donc - bravement sans doute - et précise sa pensée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Le livre de la Création nous apprend que Dieu a créé les bêtes les plus basses et les moins abouties au matin du sixième jour. Et les amblevins en font partie. Le verset 25 de la Genèse conclut même en disant&amp;#160;: et Dieu vit que cela était bon. Ce n’est que plus tard, quelques heures plus tard au soir de ce sixième jour, que Dieu a créé Adam, le premier homme sur la terre, notre aïeul. Les bestioles ont donc occupé le sol avant lui, et vous ne pourrez pas ôter à mes clients un droit antérieur et ancestral sans commettre une injustice et leur faire subir un préjudice considérable. Ce serait même sacrilège que le faire car Dieu, notre Seigneur, a voulu toutes les choses ainsi&lt;/em&gt;.”&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Dans ce même livre sacré, Dieu dit&amp;#160;: à tout ce qui rampe sur la terre et qui est animé de vie, je donne pour nourriture toute la verdure des plantes. Toute la verdure des plantes, réfléchissez bien à ces termes. Toute la verdure des plantes est réservée à ce qui rampe sur la terre, et donc, aussi bien, à mes clients, qui ne font là qu’exercer leur droit, qu’ils tirent de la parole divine&lt;/em&gt;”.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’argument semble produire un certain effet, les minutes de l’audience relevant que l’avocat de la défense est interrompu par l’accusation&amp;#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Voyons, vraiment&amp;#160;! Nous savons que dans ce même livre de la Genèse, il est écrit que l’homme domine sur tous les animaux, et y compris sur ceux qui rampent. Il dit également que Dieu a donné aux hommes les fruits des arbres pour se nourrir&amp;#160;!&lt;/em&gt;”&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, vraiment, mon confrère est inspiré, et ne se laisse pas démonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;“&lt;em&gt;Les verdures ne sont pas les fruits&amp;#160;! Et qui vous dit que les amblevins détruisent des fruits, qui alors qu’ils occupent déjà vos plants, ne sont pas encore sortis&amp;#160;? Voyons, Monseigneur, que reproche t-on exactement à mes clients&amp;#160;? Ils sont des individus sans esprit, des bêtes brutes et rudimentaires. Mais ce ne sont pas des diableries&amp;#160;: ils volent, marchent, mangent, dorment, comme des créatures vivantes du Seigneur. Ils respirent. Quel comportement blasphématoire leur reproche t-on exactement&amp;#160;?&lt;/em&gt;”&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arguments ont porté, et voilà que le tribunal, à son tour, semble vouloir temporiser. Il interrompt les débats, et renvoie l’affaire à une dizaine de jour, pour ré-entendre les parties - “dans la sérénité” est-il précisé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le président indique en outre - ce qui a du faire dresser l’oreille aussi bien de l’avocat de la défense que du porte-parole de l’accusation - &lt;em&gt;“mettez donc à profit ce délai pour trouver un compromis acceptable par tous. Il est certain que les amblevins causent du désordre… mais il est tout aussi certain qu’ils ont été créés par Dieu le même jour que l’homme&lt;/em&gt;”.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces mots certainement, hier comme aujourd’hui, les Conseils de l’une et l’autre des parties prêtent une particulière attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la façon dont se sont déroulés les débats, quelles qu’aient pu être les manifestations ostensibles de soutien ou d’hostilité du tribunal - les regards d’approbation surpris par ici, les sourcils froncés relevés par là - l’aléa judiciaire est à niveau redoutablement élevé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n’est acquis d’avance, aucun résultat n’est plus certain qu’un autre, et l’autorité régulatrice brûle d’entériner un accord, plutôt que de trancher dans le vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villageois d’abord, les insectes ensuite, tergiversent, temporisent, font de l’obstruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps passe - le mois de juin va prendre fin - et finit par peser plus rudement sur les vignerons, qui veulent tenter de sauver leur récolte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 juin, les villageois se réunissent et les discussions y vont bon train. Il ne peut être nié que les amblevins sont de vivantes créatures divines, et doivent pouvoir se nourrir. Il est argué qu’il en va de ces insectes comme des pèlerins, qui passent souvent, par là, et à qui l’on offre bien l’hospitalité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nul ne se préoccupait de leur offrir le gite et le couvert, qui sait alors à quels expédients ces pèlerins en seraient réduits? Ne seraient-ils pas, à leur tour, comme ces importunes bestioles, contraints de piller la nourriture dont ils ont besoin?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La décision est prise alors d’offrir aux amblevins un terrain situé à l’orée du bois de Claret. C’est un terrain qu’il faudra acheter - il est la propriété du Seigneur de Saint-Jean - pour l’offrir aux amblevins, comme à toutes les bêtes qui viendraient à se poser dans le village, afin qu’elles y trouvent asile et nourriture. On prépare soigneusement un projet de transaction, qui prévoit un droit de passage pour les villageois, strictement délimité, pour ne pas abimer la pâture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est minutieusement prévu, mis par écrit. Le don serait perpétuel, à charge pour les amblevins de respecter leur propre part du marché, et de ne plus venir envahir les vignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le croirez-vous&amp;#160;? A tort ou à raison, l’avocat des amblevins refuse l’offre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, il s&amp;#8217;est gardé d’insinuer que ses clients se refusaient à transiger. Au contraire, il a soin de préciser qu’ils sont tout à fait favorables au principe d’une transaction amiable. Mais ce terrain-là, vraiment, non, c’est se moquer du monde&amp;#160;! Un terrain stérile et sec, dit-il, inculte&amp;#160;! Transiger, oui, mais se faire duper&amp;#160;? C’est hors de question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procès repart de plus belle, et de nouvelles audiences sont fixées, en juillet, août, septembre, la plupart pour de simples renvois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement ne sera rendu que le 20 décembre de cette année là, largement après que la récolte fut perdue - et l&amp;#8217;Histoire nous apprend qu&amp;#8217;elle le fut d’autant plus certainement que les vignobles, en plus d&amp;#8217;être infestés par ces étranges justiciables, furent également traversés par les troupes du Duc de Savoie, venu envahir les terres voisines du marquis de Saluzzo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels en ont été les termes&amp;#160;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hélas, trois fois hélas, justice immanente ou hasard malheureux, alors que les archives de l’Évêché ont guidé notre plume jusqu’à cet ultime instant, elles disparaissent à l’instant même où elles s’apprêtent à nous dévoiler le fin mot de l’histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condamnation ou acquittement&amp;#160;? Les dernières créatures vivantes à l’avoir su, furent sans doute les souris des greniers épiscopaux, qui dévorèrent la dernière page de ce feuilleton judiciaire&amp;#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS&amp;#160;: ce billet fut initialement rédigé à la demande d&amp;#8217;un ami anthropologue, qui tient un blog &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://anthropopotamie.typepad.fr/anthropopotame/&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;. Il se fonde sur l&amp;#8217;excellent ouvrage de Jean Réal, Juges et Bêtes, Ed. Buchet Chastel, 2006. J&amp;#8217;ai notamment repris les plaidoiries telles qu&amp;#8217;elles y figurent, fort probablement réécrites à partir d&amp;#8217;archives que l&amp;#8217;auteur a consultées, ce qui - je vous l&amp;#8217;avoue - ne fut pas mon cas.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Avis de Berryer : Emma de Caunes</title>
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    <pubDate>Sat, 17 Jul 2010 14:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>La vie du palais</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Peuple de Berryer, reviens ventre à terre de la plage où une légitime nonchalance estivale t’avait égaré&amp;#160;: la Conférence poursuit ses travaux sans désemparer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c’est le &lt;strong&gt;jeudi 22 juillet à 21 heures&lt;/strong&gt; qu’elle te convie, en la Salle des Criées du Palais (montez l’escalier d’Honneur, en haut à droite, vous verrez la monumentale salle des pas-Perdus&amp;#160;; la salle des Criées en occupe le côté à main gauche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’invitée de la conférence sera Emma de Caunes, que je supplie de mettre à cette occasion la robe qu’elle porte sur son portrait ci-contre. J&amp;#8217;entends par là qu&amp;#8217;elle est manifestement parfaitement adaptée à la fournaise qui règne en la Salle des Criées.&amp;nbsp;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/portraits/.EdC_s.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;float: right; margin-top: 0; margin-right: 0; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em; &quot; title=&quot;51995208&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sujets seront les suivants&amp;#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.       Hier soir, le DJ m’a t-il sauvé la vie&amp;#160;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.       700 millions de chinois&amp;#160;: Emma, Emma, Emma&amp;#160;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette Conférence devrait en outre se passer en ma présence discrète, Madame Eolas, encore ivre de joie du titre de champion du monde de football de son royaume natal, me passant toutes mes folies. Mes admirateurs pourront laisser une enveloppe kraft de type L&amp;#8217;Oréal à M. Thomas Heintz, quatrième secrétaire, qui transmettra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne Conférence à tous.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Sous couvert de la voie hiérarchique</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/13/Sous-couvert-de-la-voie-hi%C3%A9rarchique</link>
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    <pubDate>Tue, 13 Jul 2010 21:17:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Gascogne</dc:creator>
        <category>Commensaux</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Par Gascogne&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;


&lt;p&gt;Rapport à Madame le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Libertés&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vous avez bien voulu me demander d’apporter tous les éléments utiles à l’analyse de l’interview que vous avez accepté d’accorder au &lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/politique/2010/07/11/01002-20100711ARTFIG00195-la-justice-ne-subira-aucune-pression.php&quot;&gt;Figaro&lt;/a&gt;. J’ai donc l’honneur de vous préciser les éléments suivants&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vous avez tout d’abord précisé au journaliste les faits suivants&amp;#160;:&lt;/p&gt;



&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Sur le plan du droit, on ne voit même pas bien ce qu&amp;#8217;on reproche à Éric Woerth. L&amp;#8217;affaire a débuté par une plainte pour abus de faiblesse (déposée par la fille de Liliane Bettencourt, NDLR) L&amp;#8217;accuse-t-on d&amp;#8217;en être le responsable? On parle de blanchiment, en serait-il l&amp;#8217;auteur? Nul n&amp;#8217;ose le prétendre. Il est question d&amp;#8217;enregistrements illégaux, Éric Woerth en est-il coupable? Non, évidemment.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Je ne peux que rejoindre votre pertinente analyse concernant les infractions d&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000020632131&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100713&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;abus de faiblesse&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006418331&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100713&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;blanchiment&lt;/a&gt; ou encore d&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006417929&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100713&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;atteinte à la vie privée&lt;/a&gt; par captation de paroles prononcées à titre privé, liste d&amp;#8217;infractions pour laquelle le Ministre du travail peut difficilement être impliqué, personne n&amp;#8217;ayant jamais prétendu, même parmi les plus mal intentionnés, qu&amp;#8217;il puisse en être un auteur direct. Vous me permettrez cependant d’apporter à celle-ci les éléments suivants&amp;#160;: en premier lieu, il semblerait que ce que les médias, et éventuellement les français à travers eux, pourraient reprocher à Monsieur le Ministre du travail, se limite aux rapports très proches qu’il a entretenus avec Mme BETTENCOURT et son propre entourage. Dés lors, un d’un point de vue purement pénal, les délits de concussion ou de prise illégale d’intérêts pourraient apparaître comme des fondements d&amp;#8217;enquêtes préliminaires recevables. En effet, la concussion se définit, comme vous le savez bien entendu, de la façon suivante&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006418516&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100713&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;Art. 432-10&lt;/a&gt; du Code Pénal&amp;#160;:&lt;/p&gt;



&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le fait, par une personne dépositaire de l&amp;#8217;autorité publique ou chargée d&amp;#8217;une mission de service public, de recevoir, exiger ou ordonner de percevoir à titre de droits ou contributions, impôts ou taxes publics, une somme qu&amp;#8217;elle sait ne pas être due, ou excéder ce qui est dû, est puni de cinq ans d&amp;#8217;emprisonnement et de 75000 euros d&amp;#8217;amende.
Est puni des mêmes peines le fait, par les mêmes personnes, d&amp;#8217;accorder sous une forme quelconque et pour quelque motif que ce soit une exonération ou franchise des droits, contributions, impôts ou taxes publics en violation des textes légaux ou réglementaires.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Bien entendu, nul ne prétendra que le premier alinéa puisse s’appliquer à Monsieur le Ministre. Il nous semble cependant que le second alinéa pourrait poser problème, et qu’un rapprochement, certes hâtif, mais néanmoins probable, pourrait se faire entre les fraudes fiscales sur lesquelles il semblerait pouvoir être enquêté concernant Mme BETTENCOURT, et &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/07/12/pourquoi-le-fisc-n-a-t-il-pas-davantage-controle-mme-bettencourt_1387040_823448.html&quot;&gt;le peu de contrôle dont elle a fait l’objet&lt;/a&gt; durant ces dernières années, alors même que le Ministre a pu indiquer que les grosses fortunes étaient contrôlées &lt;a href=&quot;http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=4200&quot;&gt;au moins tous les trois ans&lt;/a&gt;. Fort heureusement, il est à noter qu’il est quasiment impossible de démontrer ce genre d’accord frauduleux, puisque ceux-ci sont la plupart du temps bien évidemment oraux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par contre, &lt;a href=&quot;http://www.lepoint.fr/societe/revelation-quand-woerth-remettait-la-legion-d-honneur-a-patrice-de-maistre-le-conseiller-de-liliane-bettencourt-23-06-2010-469497_23.php&quot;&gt;la remise d’une médaille&lt;/a&gt; à M. de Maistre semble beaucoup plus sujette à caution, alors que ce dernier a accepté d’embaucher l’épouse du Ministre. Dés lors, des personnes mal intentionnées pourraient y voir un délit de prise illégale d’intérêts, d&amp;#8217;autant qu&amp;#8217;il existe des &lt;a href=&quot;http://www.marianne2.fr/Medaille-Courroye-traitera-t-il-Woerth-comme-il-avait-traite-Pasqua_a195318.html&quot;&gt;antécédents&lt;/a&gt; dont le procureur COURROYE a bien évidemment eu connaissance, mais en tant que juge d&amp;#8217;instruction. En effet, l’article &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006418522&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100713&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;432-12&lt;/a&gt; du Code Pénal punit de 5 ans d’emprisonnement et de 75&amp;#160;000&amp;#160;€ d’amende “ Le fait, par une personne dépositaire de l&amp;#8217;autorité publique ou chargée d&amp;#8217;une mission de service public ou par une personne investie d&amp;#8217;un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l&amp;#8217;acte, en tout ou partie, la charge d&amp;#8217;assurer la surveillance, l&amp;#8217;administration, la liquidation ou le paiement.”&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et comme vous ne l’ignorez nullement, la jurisprudence a une conception extrêmement large de cette infraction, puisque “le délit est caractérisé par la prise d’un intérêt matériel ou moral, direct ou indirect, et se consomme par le seul abus de la fonction indépendamment de la recherche d’un gain ou de tout autre avantage personnel” (Crim. &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&amp;amp;idTexte=JURITEXT000007069181&amp;amp;fastReqId=2124870259&amp;amp;fastPos=1&quot;&gt;21 juin 2000&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il est par ailleurs à noter que la Cour de cassation définit la prise illégale d’intérêts comme étant  une infraction “ayant pour finalité de prévenir la confusion entre l&amp;#8217;intérêt personnel d&amp;#8217;une personne investie d&amp;#8217;un mandat électif avec l&amp;#8217;intérêt public dont elle a la charge d&amp;#8217;assurer la défense”. Ce problème de confusion entre intérêt personnel et intérêt public est ainsi prégnant, lorsque l’on est un ministre en charge du recouvrement des impôts, et que l’on a son épouse employée par une personne dont on peut soupçonner qu’elle soustrait une partie de ses revenus à l’impôt, alors en outre que l’on remet une décoration à l’employeur de sa femme, qui n’est autre que l’homme en charge de la fortune de la première&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/13/Sous-couvert-de-la-voie-hi%C3%A9rarchique#pnote-1627-1&quot; id=&quot;rev-pnote-1627-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Sans même parler du fait que le Ministre est à la fois trésorier de parti politique, en charge de collecter les fonds des soutiens au parti, et Ministre des finances, en charge d&amp;#8217;éventuellement enquêter sur les mêmes donateurs. Et même si un Ministre ne saurait être comparé à un magistrat, un procureur présidant une association sur laquelle il serait amené à enquêter se déporterait sans aucun doute. En tout état de cause, certains juges d&amp;#8217;instruction pourraient y voir le conflit d’intérêt réclamé par le texte, sauf à ce que leur disparition promise intervienne dans les faits.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et si, comme vous l’affirmez si justement, de telles accusations ont été “démenties, notamment par le directeur général des finances publiques”, il doit tout de même être noté que le rapport de ce dernier, rédigé dans l’urgence, émane d’une autorité dont la hiérarchie n’est autre que celle sur laquelle on lui demande d’enquêter, ce qui ne saurait qu’amener un certain trouble quant à l’objectivité de cette inspection&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, sur votre excellente intervention quant aux attaques contre le procureur COURROYE, que vous ne sauriez admettre, je me dois de vous faire remonter un certain nombre de réactions de magistrats, tant du siège que du parquet, qui ont relevé que les attaques, notamment d’un certain syndicat de police, contre les juges des libertés et de la détention &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/societe/0101620464-des-policiers-contre-le-juge-liberator&quot;&gt;qui ne rendent pas les décisions qui leur conviennent&lt;/a&gt; , ou encore de Ministres comme M. HORTEFEUX, &lt;a href=&quot;http://www.union-syndicale-magistrats.org/web/p281_l-usm-denonce-les-propros-du-ministre-de-l-interieur.html&quot;&gt;qui critique les décisions de remises en liberté&lt;/a&gt;, n’ont pas donné lieu à une défense suffisamment médiatisée, sauf bien sûr à ce que ma charge de travail ne m&amp;#8217;ait pas permis de suivre avec toute l&amp;#8217;attention suffisante vos interventions médiatiques en la matière.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me tiens bien évidemment à votre disposition pour toute information supplémentaire, et ne manquerai pas de vous faire parvenir un rapport complémentaire si le besoin s’en faisait sentir, sachant bien évidemment que l’urgence de transmission tenant au fait que la presse ne saurait sortir une information avant que vous n’en ayez connaissance sera garantie par les procédés habituels de transmission électronique, nonobstant vos déclarations à la presse que je sais nécessairement de circonstance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/13/Sous-couvert-de-la-voie-hi%C3%A9rarchique#rev-pnote-1627-1&quot; id=&quot;pnote-1627-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] celle que l&amp;#8217;on peut soupçonner&amp;#8230;pour ceux qui n&amp;#8217;auraient pas suivi, ce que je conçois&amp;#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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    <title>Sin comentario</title>
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    <pubDate>Sun, 11 Jul 2010 23:40:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Foutchebol</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/500px-Flag_of_Spain.svg.png&quot; alt=&quot;Drapeau de l&amp;#039;Espagne&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;Drapeau de l&amp;#039;Espagne&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Boomerang</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/08/Boomerang</link>
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    <pubDate>Thu, 08 Jul 2010 23:23:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Brève</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je le confesse, j&amp;#8217;ai quelques prix Busiris qui attendent leur annonce mais sont d&amp;#8217;ores et déjà acquis. Il faut dire que du neuf se prépare sur le front de ce prix, je vous en reparlerai bientôt.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis tout à coup, en pensant à ce prix, ça a fait tilt. Comment ne m&amp;#8217;en étais-je pas souvenu plus tôt&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le prix Busiris est né le 9 mai 2006, un jour que je défiais la mort (je circulais dans Paris à vélo) en écoutant la radio. Le conseiller politique de Nicolas Sarkozy, à l&amp;#8217;époque ministre de l&amp;#8217;intérieur et impétrant à de plus hautes fonctions, était l&amp;#8217;invité la matinale de France Inter. C&amp;#8217;était les débuts de l&amp;#8217;affaire Clearstream, Dominique de Villepin était premier ministre et pas encore prévenu (ni avocat, d&amp;#8217;ailleurs…).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le journaliste lui posa LA question que tout le monde attendait, sachant que quand ce conseiller politique ouvrait la bouche, c&amp;#8217;était les mots du ministre de l&amp;#8217;intérieur qui sortaient. «&amp;#160;Dominique de Villepin doit il démissionner&amp;#160;?&amp;#160;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voici quelle fut sa réponse, qui fut le premier prix Busiris, et qui reste la référence académique.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&amp;#8220;Il y a une règle qui doit s&amp;#8217;appliquer à tout le monde, aussi bien à vous qu&amp;#8217;à moi, qu&amp;#8217;à Dominique de Villepin, qui est la règle de la présomption d&amp;#8217;innocence. On ne peut pas faire fonctionner une démocratie en se basant simplement sur des articles de presse, fussent-ils parfaitement bien documentés.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Jusqu&amp;#8217;ici tout va bien.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Ceci étant dit, il y a aujourd&amp;#8217;hui un doute qui pèse sur cette affaire (…). C&amp;#8217;est un doute considérable qui fait peser une menace sur le fonctionnement même du gouvernement, de l&amp;#8217;Etat, et je ne pense pas qu&amp;#8217;on puisse rester très longtemps dans cette situation.(…) Il faut lever ce doute, et malheureusement le temps de la justice est tellement long qu&amp;#8217;on ne peut pas imaginer que la justice lève ce douter à court terme.(…). Ou bien le premier ministre est en mesure d&amp;#8217;apporter des preuves irréfutables que cette affaire a été montée de toutes pièces et qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;y est pour rien ou bien il faudra que le président de la République tire les conséquences de cette situation et change de premier ministre.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;En somme, Dominique de Villepin est présumé innocent, c&amp;#8217;est une nécessité démocratique. Mais il doit prouver son innocence ou démissionner, car on ne peut attendre que la justice passe. Aberrance, contradiction, mauvaise foi, opportunité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces propos résonnent formidablement aujourd&amp;#8217;hui.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il est tout d&amp;#8217;abord savoureux de les relire en sachant que trois ans et demi plus tard, Dominique de Villepin était relaxé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais surtout il est délicieux de les relire en faisant le parallèle avec l&amp;#8217;affaire Woerth d&amp;#8217;aujourd&amp;#8217;hui, où tout le Gouvernement entonne à l&amp;#8217;unisson le couplet de la présomption d&amp;#8217;innocence.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Car en mai 2006, le conseiller politique de Nicolas Sarkozy, c&amp;#8217;était &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2006/05/09/344-and-the-winner-is&quot;&gt;François Fillon&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Avis de Berryer : Serge Moati</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/07/Avis-de-Berryer-%3A-Serge-Moati</link>
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    <pubDate>Wed, 07 Jul 2010 16:27:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>La vie du palais</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Avis aux parisiens et aux parisiennes&amp;#160;: la Conférence ne baisse pas les bras et continue ses travaux dans la fournaise.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce vendredi 9 juillet à 21 heures (&lt;strong&gt;précises&lt;/strong&gt; me jure la Conférence, la main sur le cœur), Salle des Criées (Montez l&amp;#8217;escalier d&amp;#8217;honneur, tout de suite à droite des grilles&amp;#160;; en haut, première à droite, vous arriverez dans la monumentale salle des Pas Perdus. La Salle des Criées est sur votre gauche, les deux portes y mènent), la Conférence recevra monsieur Serge Moati, journaliste et réalisateur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La chaleur sera accablante, mais pas autant que la prestation des candidats, qui maltraiteront les sujets suivants&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;1.       Les éminences grises voient-elles la vie en rose&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;2.       Silence on tourne&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;après un rapport que je devine excellent bien qu&amp;#8217;on ne m&amp;#8217;ait pas dit qui s&amp;#8217;y colle.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je profite de cette annonce pour faire quelques remarques de spectateur de Berryer, qui ne valent que cela.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aux candidats, tout d&amp;#8217;abord.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un bon discours de Berryer fait autour de huit minutes. Cinq est un minimum, dix un maximum. Entraînez-vous à le prononcer, chronométrez-vous. Élaguez si c&amp;#8217;est plus long. C&amp;#8217;est une question de respect pour le public, qui est assis inconfortablement et dans la chaleur, il ne peut faire l&amp;#8217;effort de vous suivre plus longtemps. Et si vous perdez le public en chemin, vous aurez perdu son soutien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ne faites pas de droit. Le droit n&amp;#8217;est pas drôle, on le sait, on en bouffe du matin au soir, et les non juristes qui viennent, à commencer par l&amp;#8217;invité, ne comprendront rien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Faites preuve d&amp;#8217;esprit. Trop de candidats jouent au kamikaze et croient compenser un discours peu inspiré par de la provocation. Laissez ça aux humoristes du matin de France Inter. Les vannes machistes, on les a déjà faites ces dix dernières années. Plusieurs fois. J&amp;#8217;y étais. Et vous mettre à dos la meilleure moitié du public n&amp;#8217;est pas un bon calcul. Idem pour les blagues sur les pédophiles, ou les allusions racistes&amp;#160;: n&amp;#8217;est pas Desproges qui veut.  Et si vous entendez le public rire, c&amp;#8217;est qu&amp;#8217;il rit de vous. C&amp;#8217;est pas bon. Si vous voulez vous inspirer du grand Pierre, prenez le point cardinal de son talent&amp;#160;: l&amp;#8217;auto-dérision. Il professait détester l&amp;#8217;humanité entière (c&amp;#8217;était de la coquetterie), mais il avait la politesse de commencer par lui-même. Évitez d&amp;#8217;embarrasser le public.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ne vous attaquez pas à l&amp;#8217;invité. Jamais. Ça ne se fait pas, il n&amp;#8217;est pas venu pour supporter les aboiements d&amp;#8217;un paltoquet. Et s&amp;#8217;il décidait de mordre, vous pourriez être surpris par la force de ses mâchoires. Je sais combien c&amp;#8217;est tentant quand la Conférence reçoit un Bernard-Henri Lévy ou un Francis Lalanne. Mais le talent n&amp;#8217;a jamais consisté à aboyer avec la meute. L&amp;#8217;art du contrepied a trouvé un foyer à la Berryer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ne vous attaquez pas aux secrétaires de la Conférence. C&amp;#8217;est inutile&amp;#160;: ils vous détestent déjà. Plus sérieusement, ils sont déjà morts de trouille, au moins autant que vous. Si vous les stressez, ils vont devenir méchants dans leur critique, ça vous fera mal, et nous, ça ne nous fera pas rire. N&amp;#8217;oubliez pas que votre discours, s&amp;#8217;il est prononcé dans leur direction, s&amp;#8217;adresse avant tout au public. Séduisez-le, séduisez-les. Vous nous ferez passer un bon moment et en prime, vous les mettrez vraiment dans le pétrin car ils n&amp;#8217;auront pas envie de vous descendre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aux secrétaires, maintenant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D&amp;#8217;abord, commencez les Berryer à l&amp;#8217;heure. Je sais que ça dépend parfois uniquement de l&amp;#8217;invité, mais les conditions d&amp;#8217;attente ne sont pas bonnes, il fait chaud, même en hiver, on a faim, on a soif, on a envie d&amp;#8217;aller aux toilettes mais on a peur de se faire piquer sa place. Et on est arrivé en avance. Une heure de retard, c&amp;#8217;est un public qui attend depuis deux heures. Et une salle qui se vide quand vous prendrez la parole, ce qui n&amp;#8217;est pas agréable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sur la correction, interdisez-vous de tomber dans la facilité. La facilité, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;attaque sur le physique, sur les vêtements, sur les accompagnants (ils n&amp;#8217;ont rien demandé et ne sont pas volontaires pour subir vos piques) et sur la famille. Une autre facilité couramment employée, qui est un piège à éloquence, c&amp;#8217;est reprendre des paroles du candidat pour les lui renvoyer à la figure. Ce n&amp;#8217;est rien d&amp;#8217;autre qu&amp;#8217;une variante du &amp;#8220;miroir à parole&amp;#8221;. Ça marche très bien dans un dialogue, du tac au tac, mais vous ne pouvez interrompre le candidat (même si hélas parfois, le public le voudrait bien). Et quand vous faites ça, la moitié de votre intervention, c&amp;#8217;est répéter le discours du candidat. Le public l&amp;#8217;a déjà subi une fois, ne retournez pas le couteau dans la plaie. Faites le pour une ou deux expressions malheureuses, mais sinon, faites un commentaire plus général de la prestation. Vos anciens vous en font une démonstration avec leur contre-corrections.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;À mon avis, une bonne correction, c&amp;#8217;est moins de deux minutes. Vous êtes 12. 2 minutes par tête de pipe, c&amp;#8217;est un tunnel de 24 minutes. C&amp;#8217;est déjà beaucoup pour un public fatigué. Ne faites pas une correction d&amp;#8217;assises, faites une correction de comparution immédiate. C&amp;#8217;est largement suffisant pour révéler votre style et votre personnalité. Et rien n&amp;#8217;est plus désolant qu&amp;#8217;une correction que l&amp;#8217;on ne sait pas finir. Ayez en tête votre chute au moment de vous lever, et laissez parler votre talent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pensez que théoriquement, les Conférences, mimant le troisième tour, l&amp;#8217;invité en plus, devraient avoir quatre candidats. Une demi heure par candidat, correction comprise, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;esprit de départ. Il n&amp;#8217;était pas si mauvais que ça.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voilà mes modestes pensées de spectateur (et ancien —très mauvais—candidat) de Conférence Berryer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bonne Berryer à tous.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>L'affaire Bettencourt et l'affaire Woerth</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/02/L-affaire-Bettencourt-et-l-affaire-Woerth</link>
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    <pubDate>Mon, 05 Jul 2010 10:56:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Commentaire judiciaire</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;— Bonjour Maître.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ah, bonjour mon petit Raymond, entre, entre, prends une tasse de thé. Chers lecteurs, et très chères lectrices, je vous présente Raymond, mon nouveau stagiaire. Après une brillante carrière dans le milieu associatif, Raymond envisage un changement d&amp;#8217;orientation professionnelle. Défenseur un jour, défenseur toujours. Je l&amp;#8217;accueille donc avec plaisir. Mais qu&amp;#8217;y a-t-il, Raymond&amp;#160;? Je te trouve le visage bien chafouin. Ta visite à l&amp;#8217;assemblée nationale ne s&amp;#8217;est pas bien passée&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Non, tout va bien. C&amp;#8217;est mon expression naturelle. Mais il est vrai que je suis perdu dans des abîmes de perplexité. J&amp;#8217;ai essayé de comprendre l&amp;#8217;affaire Bettencourt - Woerth, mais… Comment dire&amp;#160;? Je ne trouve pas les mots.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Il va falloir que tu les trouves, je crois savoir que tu n&amp;#8217;aimes pas lire ceux des autres.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ben je ne comprends pas, voilà.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je comprends, c&amp;#8217;est d&amp;#8217;un abord un peu compliqué. Au départ, il y a une affaire familiale très banale, dans une famille qui, elle, ne l&amp;#8217;est pas. Elle concerne la première fortune de France, Liliane Bettencourt, qui, âgée de 87 ans, semble aux yeux de sa fille dilapider cette fortune sous l’influence de son entourage. Celle-ci essaie de placer sa mère sous tutelle, mais n’y parvient pas car sa mère s’y oppose&amp;#160;: elle refuse d&amp;#8217;être rencontrée par un médecin, ce qui fait obstacle à tout placement sous tutelle. Sa fille dépose alors plainte pour abus de faiblesse (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=624E9579990B8045B0561E6A66C81A73.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000020632131&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100705&quot;&gt;art. 223-15-2 du Code pénal&lt;/a&gt;) au préjudice de sa mère. Le parquet de Nanterre diligente une enquête préliminaire, qui a abouti à un classement sans suite, le parquet estimant l&amp;#8217;infraction non constituée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Pourquoi les choses ne se sont-elles pas arrêtées là&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Parce que le parquet n&amp;#8217;est pas une juridiction, son avis n&amp;#8217;est qu&amp;#8217;un avis et n&amp;#8217;a pour conséquence qu&amp;#8217;une seule  chose&amp;#160;: il ne saisit pas le tribunal. Mais Françoise Bettencourt, la fille de Liliane Bettencourt, n&amp;#8217;a pas baissé les bras. Le droit français permet à la victime de lancer elle-même les poursuites, et Françoise Bettencourt a saisi le tribunal correctionnel de Nanterre pour abus de faiblesse sur sa mère. Ce qui pose un problème sur lequel je reviendrai. L&amp;#8217;audience devait se tenir du 1er au 6 juillet. Soit dit en passant, une semaine d&amp;#8217;audience pour un abus de faiblesse, c&amp;#8217;est du jamais vu, mais les sommes en jeu, et sans doute le nombre de témoins cités, expliquaient cela. L&amp;#8217;audience réunissant trois ténors parmi les ténors du barreau parisien (Georges Kiejman défend Liliane Bettencourt, Olivier Metzner défend Françoise Bettencourt-Meyers — &lt;a href=&quot;http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2010/07/01/proces-banier-les-minutes-davant/&quot;&gt;ces deux-là s&amp;#8217;entendant aussi bien que leurs clientes&lt;/a&gt;— et Hervé Témime défend François-Marie Banier, le photographe. Quel casting&amp;#160;! C&amp;#8217;est le choc des Titans.  Mais avant l&amp;#8217;audience, les choses ont pris un tour aussi imprévu que spectaculaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C&amp;#8217;est là que l&amp;#8217;affaire Bettencourt devient l&amp;#8217;affaire Woerth.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Absolument, Raymond. Le maître d&amp;#8217;hôtel de Liliane Bettencourt a trahi son employeuse et a enregistré en cachette des conversations de celle-ci avec Patrick de Maistre (prononcer &lt;em&gt;de maître&lt;/em&gt;), qui est en charge d&amp;#8217;administrer sa fortune. Ces enregistrements ont fini chez le journal en ligne &lt;a href=&quot;http://www.mediapart.fr/journal/france/190610/bettencourt-notre-dossier-complet-et-des-extraits-denregistrements&quot;&gt;Médiapart (€)&lt;/a&gt;, et leur contenu est surprenant. On apprend ainsi que Liliane Bettencourt, qui soutient financièrement plusieurs personnalités de l&amp;#8217;UMP, dont le ministre du budget de l&amp;#8217;époque, Éric Woerth, a grâce à l&amp;#8217;Élysée des informations sur l&amp;#8217;enquête préliminaire pour abus de faiblesse&amp;#160;; ainsi, elle a su qu&amp;#8217;un non lieu allait être rendu plusieurs jours avant l&amp;#8217;annonce officielle. Ces révélations dans la presse font grand bruit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C&amp;#8217;est dur d&amp;#8217;être trahi par ses subalternes, je sais ce que c&amp;#8217;est.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je n&amp;#8217;en doute pas. Dans ces enregistrements, on apprend aussi que la société qui gère les biens de Liliane Bettencourt a embauché l&amp;#8217;épouse de ce même ministre du budget de l&amp;#8217;époque — semble-t-il sur la suggestion de ce dernier. Ces enregistrements ont été produits par Françoise Bettencourt lors du procès pour abus de faiblesse, car ils établiraient selon elle que sa mère a du mal à comprendre ce qu&amp;#8217;on lui dit et fait tout ce que Patrick de Maistre lui demande de faire. Par voie de conséquence, ses importants dons à son ami photographe seraient dus à cet état de faiblesse due à l&amp;#8217;injure du temps.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Mais ces enregistrements sont illégaux, ils ne peuvent pas être produits en justice?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ils sont illégaux&amp;#160;: ils constituent un délit de captation de conversation privée, puni par le Code pénal d&amp;#8217;un an de prison et 45&amp;#160;000 euros d&amp;#8217;amende (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=23E71C3080A72AD0BA33A2F22C432AB1.tpdjo13v_2?idArticle=LEGIARTI000006417929&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20090212&quot;&gt;art. 226-1 du Code pénal&lt;/a&gt;). Mais ils peuvent être produits en justice, du moins en matière pénale. C&amp;#8217;est une bizarrerie, appelons-ça comme ça, du système français. Pour la Cour de cassation, seules les preuves obtenues par la police ou un juge d&amp;#8217;instruction doivent l&amp;#8217;être de manière totalement légale. Mais un particulier, lui, peut produire des preuves obtenues illégalement (des documents volés par exemple)&amp;#160;: le juge ne peut les écarter de ce fait, il doit examiner leur force probante (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechExpJuriJudi&amp;amp;idTexte=JURITEXT000007066415&amp;amp;fastReqId=1518376866&amp;amp;fastPos=1&quot;&gt;crim. 15 juin 1993, bull. crim., n°210&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Décidément, que ce soit un vestiaire de stade, une commission parlementaire ou son salon, il n&amp;#8217;y a plus d&amp;#8217;endroits secrets.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— &lt;em&gt;O tempora, o mores&lt;/em&gt; se plaignait déjà mon confrère Cicéron. Disons que le défaut de précaution est le seul luxe que ne peut se permettre un milliardaire. Cela dit, aussi regrettables soient-ils dans la façon dont ils ont été réalisés, ces enregistrements existent, et leur contenu peut même justifier leur existence.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Quoi&amp;#160;? &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=coSfMSUSVPI&quot;&gt;Harald Schumacher avait raison&lt;/a&gt;, la fin justifie les moyens&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;—Certainement pas, et l&amp;#8217;auteur de ces enregistrements, contrairement au Boucher de Cologne, encourt des poursuites. Tout comme d&amp;#8217;ailleurs ceux qui en font usage dans un procès pourraient se voir reprocher des faits de recel (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=138A6455159C2B3EB6D9B8693860B24C.tpdjo12v_1?idArticle=LEGIARTI000006418234&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100704&quot;&gt;art. 321-1 du Code pénal&lt;/a&gt;). Mais l&amp;#8217;importance de leur contenu pour l&amp;#8217;intérêt général (en ce qu&amp;#8217;ils révèlent les mœurs de la République et la façon dont les gouvernants accomplissent leur mandat)  justifie cependant leur mise à disposition du public. &lt;a href=&quot;http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2010/07/01/affaire-bettencourt-sujet-dinteret-general/&quot;&gt;C&amp;#8217;est ce qu&amp;#8217;a jugé le juge des référés de Paris&lt;/a&gt; saisi d&amp;#8217;une demande de Lilianne Bettencourt de voir ces documents retirés du site du journal en ligne Médiapart.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Eric Woerth a-t-il commis un délit, d&amp;#8217;après ces enregistrements&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je n&amp;#8217;ai pas tous les éléments du dossier, je ne sais que ce que publie la presse. Mais en l&amp;#8217;état, j&amp;#8217;aurai tendance à dire que non. Le piston de son épouse ne devient répréhensible que s&amp;#8217;il y a eu une contrepartie convenue, qui caractériserait le pacte de corruption ou le trafic d&amp;#8217;influence.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;—Quelle est la différence&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— La corruption (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=D202AE95789930F361DD1DBB4624CC91.tpdjo16v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006181763&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100704&quot;&gt;Art. 433-1 du Code pénal&lt;/a&gt;…)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ah, vous aussi, vous avez un 4-3-3&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— On se concentre, Raymond. La corruption disais-je suppose que le corrompu convienne avec le corrupteur de faire, ou au contraire de s&amp;#8217;abstenir de faire un acte lié à  &lt;strong&gt;ses fonctions&lt;/strong&gt;, en échange de la contrepartie convenue&amp;#160;: de l&amp;#8217;argent, généralement, mais pas forcément. Le trafic d&amp;#8217;influence (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=624E9579990B8045B0561E6A66C81A73.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000006418520&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20100705&quot;&gt;art. 432-11 du Code pénal&lt;/a&gt;) consiste à user de son influence pour obtenir &lt;strong&gt;d&amp;#8217;une autre personne&lt;/strong&gt;, extérieure au pacte de corruption et qui n&amp;#8217;aura généralement pas conscience de participer à une action illicite, qu&amp;#8217;elle fasse ou au contraire s&amp;#8217;abstienne d&amp;#8217;accomplir un acte de sa fonction.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Par exemple, si j&amp;#8217;ai bien compris, un fonctionnaire qui reçoit une bouteille de whisky pour faire sauter une contravention commet un délit de corruption s&amp;#8217;il a le pouvoir de classer sans suite le dossier, et un trafic d&amp;#8217;influence s&amp;#8217;il demande au fonctionnaire qui a ce pouvoir de le faire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Exactement, mon petit Raymond. J&amp;#8217;ajoute que le corrupteur commet une corruption &lt;em&gt;active&lt;/em&gt; (art. 433-1 du Code pénal) tandis que le corrompu commet une corruption &lt;em&gt;passive&lt;/em&gt; (art. 432-11, 1° du Code pénal). Les deux sont punis des mêmes peines que le trafic d&amp;#8217;influence&amp;#160;: 10 ans de prison, 150 000 euros d&amp;#8217;amende. Un simple service rendu, pour être agréable à un personnage clef du gouvernement ne suffit pas à qualifier la corruption. Les arrières-pensées ne sont pas illégales en soi. Et ici rien ne laisse supposer qu&amp;#8217;Éric Woerth ait convenu d&amp;#8217;une quelconque contrepartie à l&amp;#8217;embauche de son épouse. On peut même ajouter que la réputation du ministre rend cette hypothèse peu crédible.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Donc il n&amp;#8217;y a pas d&amp;#8217;affaire Woerth&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Pas d&amp;#8217;affaire pénale, non. Mais politique, oui. Que la loi ait été respectée ne veut pas dire que ces faits sont dignes d&amp;#8217;éloge. Acheter 12 000 euros de cigares est aussi légal. Les avocats sont sensibilisés à une situation qu&amp;#8217;il nous faut éviter à tout prix&amp;#160;: le conflit d&amp;#8217;intérêt. Et là, on a un parfait exemple d&amp;#8217;un mélange des genres dont l&amp;#8217;existence même est anormale, au sens moral du terme — éthique, si tu préfères le grec.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— C&amp;#8217;est-à-dire&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— On peut être surpris d&amp;#8217;apprendre ainsi que le ministre du budget, en charge notamment du recouvrement de l&amp;#8217;impôt, demande un service au premier contribuable de France, au risque de se retrouver dans une position délicate si ce contribuable s&amp;#8217;avérait frauder, ce qu&amp;#8217;à Dieu ne plaise. Surtout quand ce service consiste à faire embaucher son épouse dans la société en charge de gérer cette fortune évanescente. Et on peut l&amp;#8217;être tout autant quand on réalise que ce même ministre cumulait ses fonctions avec celles de trésorier de l&amp;#8217;UMP, recevant de ce chef les dons faits par Mme Bettencourt, et même les sollicitant&amp;#160;! Tout comme il en recevra en sa qualité de candidat aux régionales dans la région Picardie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Les montants en question sont conformes aux maximum légaux prévus par le Code électoral&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Oui, absolument. Il ne manquerait plus que le trésorier de l&amp;#8217;UMP acceptât des dons illégaux. Mais encore une fois le problème n&amp;#8217;est pas la violation de la loi (dans ce cas, il y aurait lieu à saisine de la Cour de Justice de la République) mais de la façon dont elle est appliquée. Le service de la chose publique (qui en latin se dit &lt;em&gt;res publica&lt;/em&gt;) suppose une rigueur de celui qui a reçu mandat, et le peuple a le droit d&amp;#8217;exiger qu&amp;#8217;on lui en rende compte (&lt;a href=&quot;http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/la-constitution/la-constitution-du-4-octobre-1958/declaration-des-droits-de-l-homme-et-du-citoyen-de-1789.5076.html&quot;&gt;article 15 de la déclaration des droits de l&amp;#8217;homme et du citoyen&lt;/a&gt;). La femme de César ne doit pas être soupçonnée, et il en va de même de ses ministres. Or ce mélange des genres, assez typiquement français, qui voit le ministre en charge du recouvrement de l&amp;#8217;impôt&lt;a href=&quot;http://www.tdg.ch/actu/economie/genevagate-menace-bettencourt-woerth-2010-07-01&quot;&gt; aller solliciter des dons pour son parti à des exilés fiscaux&lt;/a&gt;, ne peut que faire naître des soupçons de collusion et d&amp;#8217;indulgence coupable, ce qui suffirait à le rendre politiquement condamnable en temps normal. Mais en ces temps de rigueur et de dure réforme des retraites, cela devient politiquement désastreux, quand on apprend en plus que les services du même ministre &lt;a href=&quot;http://www.lepoint.fr/societe/le-fisc-aurait-rembourse-30-millions-d-euros-a-liliane-bettencourt-en-2008-02-07-2010-1210186_23.php&quot;&gt;ont versé 30 millions d&amp;#8217;euros à la femme la plus riche de France&lt;/a&gt;. Et la défense du ministre, entre &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/07/01/quand-eric-woerth-dinait-avec-liliane-bettencourt_1381386_823448.html&quot;&gt;dénis&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20100623.OBS6016/bettencourt-quand-eric-woerth-decernait-la-legion-d-honneur-a-patrice-de-maistre.html&quot;&gt;démentis&lt;/a&gt; par les faits et théorie du complot contre la réforme des retraites, n&amp;#8217;est pas ce qui se fait de mieux en termes de &lt;em&gt;damage control&lt;/em&gt;. À croire que depuis l&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Gaymard&quot;&gt;affaire Gaymard&lt;/a&gt;, aucune leçon n&amp;#8217;a été tirée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ah, ça, j&amp;#8217;ai appris qu&amp;#8217;avec une mauvaise défense, il n&amp;#8217;est pas besoin que l&amp;#8217;attaque soit bonne pour perdre…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— L&amp;#8217;expérience, il n&amp;#8217;y a que ça de vrai. Mais revenons sur le terrain du droit, avec l&amp;#8217;affaire Bettencourt, qui elle est purement juridique. Encore que je m&amp;#8217;avance peut-être un peu. Il y a d&amp;#8217;autres considérations qui polluent là aussi cette affaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— La rivalité entre avocats&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Le choc des égos peut faire des dommages, mais ce travers n&amp;#8217;est pas réservé à la profession d&amp;#8217;avocat. D&amp;#8217;autant que le code de procédure pénale veille depuis longtemps à ce que les avocats aient le moins de capacité de nuisance possible. Car cette affaire est échue à une magistrate, Isabelle Prévost-Desprez, présidente de la 15e chambre (celle de la délinquance économique et financière, qui dans les Hauts de Seine a trouvé un Eden) avec qui le procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye, &lt;a href=&quot;http://www.lepoint.fr/societe/derriere-l-affaire-bettencourt-des-bisbilles-entre-deux-magistrats-01-07-2010-472200_23.php&quot;&gt;est en mauvais termes&lt;/a&gt;. Et ça n&amp;#8217;a pas manqué de s&amp;#8217;exprimer à l&amp;#8217;audience du 1er juillet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Que s&amp;#8217;est-il passé&amp;#160;? Le parquet a fait grève&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Non, les magistrats n&amp;#8217;ont pas le droit de grève.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Décidément, ce métier me plaît de plus en plus. Mais alors, que s&amp;#8217;est-il passé&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Une partie d&amp;#8217;échec procédural entre le parquet et le tribunal pour retirer ce dossier à cette présidente, et je crains que le parquet n&amp;#8217;ait fait échec au roi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;—Vous m&amp;#8217;intriguez, maître, et pourtant je suis d&amp;#8217;un naturel blasé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Concentre-toi, il va falloir suivre. D&amp;#8217;abord, rappelons quelques principes essentiels. 1&amp;#160;: Le juge ne peut juger que ce dont il est saisi, et doit juger tout ce dont il est saisi. Ce sont les deux limites essentielles à son pouvoir&amp;#160;: il ne peut décider de juger une affaire de son propre chef (c&amp;#8217;est notre équivalent du hors-jeu), et ne peut refuser de juger une affaire, ce serait un déni de justice, le carton rouge assuré. 2&amp;#160;: On ne peut retirer un dossier à un tribunal qui en est saisi avant qu&amp;#8217;il ne rende une décision. Généralement un jugement de l&amp;#8217;affaire, mais pas forcément, et cela aura son importance ici.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Jusque là, je suis.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Un tribunal qui va examiner une affaire va dès le début de l&amp;#8217;audience, après avoir vérifié l&amp;#8217;identité du prévenu, sa compétence et la validité de sa saisine, s&amp;#8217;assurer que l&amp;#8217;affaire est en état d&amp;#8217;être jugée, ou si elle doit être renvoyée à une date ultérieure. Cela se fait généralement à la demande des parties, mais peut être ordonné d&amp;#8217;office par le tribunal, qui peut en outre ordonner des mesures d&amp;#8217;investigation (on parle en procédure d&lt;em&gt;&amp;#8216;instruction&lt;/em&gt;) complémentaires. Le tribunal confiera le suivi de cette mesure à un de ses membres qui se comportera comme un juge d&amp;#8217;instruction, à ceci près qu&amp;#8217;il pourra néanmoins juger l&amp;#8217;affaire par la suite, ce qui est interdit à un juge d&amp;#8217;instruction.  Si le tribunal estime au contraire que l&amp;#8217;affaire est en état d&amp;#8217;être jugée, il va juger l&amp;#8217;affaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Je suis toujours, mais ça se complique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Rassure-toi, nous en aurons terminé une fois que je t&amp;#8217;aurai précisé qu&amp;#8217;on ne peut en principe faire appel d&amp;#8217;un jugement que s&amp;#8217;il a mis fin à la procédure, c&amp;#8217;est à dire dé-saisi le tribunal en statuant sur le dossier.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— En principe&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Oui, Raymond, le droit est la science des exceptions. Si un jugement est rendu qui ne met pas fin à la procédure, on peut en faire appel, mais cet appel restera en sommeil jusqu&amp;#8217;à ce qu&amp;#8217;intervienne la décision sur le fond. Mais, exception à l&amp;#8217;exception, l&amp;#8217;appelant peut joindre à son appel une requête demandant à ce que cet appel soit examiné immédiatement. Dans ce cas, le président de la chambre des appels correctionnel a un mois, pendant lequel le jugement est suspendu, pour décider d&amp;#8217;examiner immédiatement cet appel ou s&amp;#8217;il devra attendre que le tribunal achève son office. C&amp;#8217;est une décision discrétionnaire, non susceptible de recours.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et si le président fait droit à la requête&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— On se retrouve comme dans le cas où le tribunal a mis fin à la procédure. Le dossier est transféré à la cour, puisque l&amp;#8217;appel a un effet &lt;em&gt;dévolutif&lt;/em&gt;&amp;#160;: la cour d&amp;#8217;appel est saisie de l&amp;#8217;intégralité du dossier, deux juridictions ne pouvant en aucun cas être saisies du même dossier, pour éviter des décisions contradictoires.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et le dossier ne revient jamais au tribunal&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Dans une seule hypothèse&amp;#160;: si le tribunal n&amp;#8217;a pas tranché sur le fond, et que la cour confirme le jugement. Dans ce cas, elle ne peut évoquer et renvoie le dossier au tribunal. Par exemple, le tribunal refuse une demande d&amp;#8217;expertise. Le prévenu fait appel de ce refus et demande un examen immédiat. Le président y fait droit, la cour d&amp;#8217;appel examine l&amp;#8217;appel et estime que le tribunal a eu raison de refuser l&amp;#8217;expertise. Il confirme le jugement et fait retour de la procédure au tribunal. Si la cour au contraire estime que cette mesure d&amp;#8217;expertise s&amp;#8217;imposait, elle infirme le jugement, évoque l&amp;#8217;affaire et ordonne elle même l&amp;#8217;expertise. L&amp;#8217;affaire ne retournera jamais au tribunal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— On m&amp;#8217;avait dit que la procédure pénale était plus compliquée que la règle du hors-jeu mais je ne voulais pas y croire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ça va, Raymond&amp;#160;? Tu es en état de continuer&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Disons que ça va plus mal que si j&amp;#8217;allais mieux mais mieux que si j&amp;#8217;allais plus mal. Continuez donc, maître, je vous en prie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Brave Raymond. Transportons-nous dans la salle d&amp;#8217;audience de la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre ce 1er juillet au matin. L&amp;#8217;ambiance est électrique. Trois avocats pour trois parties, donc une de trop, et un procureur qui veut que cette affaire ne soit pas jugée, ce qui est assez paradoxal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Pourquoi une partie de trop&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Si le prévenu est à sa place, il y a une partie civile de trop. La victime de l&amp;#8217;abus de faiblesse supposé est Lilianne Bettencourt. Or elle n&amp;#8217;est pas à l&amp;#8217;origine du procès&amp;#160;: elle est présente à l&amp;#8217;instance et dit que non, le prévenu n&amp;#8217;a pas abusé de sa faiblesse. Elle se constitue partie civile pour voler au secours du prévenu. Mais l&amp;#8217;action a été mise en mouvement par la fille de la victime, qui dit qu&amp;#8217;eu égard à son état de faiblesse, sa mère ne réalise pas qu&amp;#8217;elle a été victime d&amp;#8217;un délit. Cette question de recevabilité de la citation de Françoise Bettencourt-Meyers, qui n&amp;#8217;est pas victime directe de l&amp;#8217;infraction, mais agit à la place de quelqu&amp;#8217;un qu&amp;#8217;elle estime hors d&amp;#8217;état d&amp;#8217;agir, devra être tranchée par le tribunal. Là-dessus apparaissent les enregistrements, versés aux débats par Françoise Bettencourt-Meyers. Leur apparition &lt;em&gt;in extremis&lt;/em&gt; fait que l&amp;#8217;affaire n&amp;#8217;apparaît pas en état d&amp;#8217;être jugée&amp;#160;: il faut s&amp;#8217;assurer de la véracité de ces preuves. Ainsi, le parquet a demandé un sursis à statuer du tribunal, le temps pour lui de diligenter une enquête sur ces enregistrements.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Qu&amp;#8217;est ce qu&amp;#8217;un sursis à statuer&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Un jugement par lequel le tribunal estime que vu les circonstances, il ne peut légalement juger cette affaire tant qu&amp;#8217;un point de droit qu&amp;#8217;il ne peut trancher lui-même n&amp;#8217;aura pas été jugé. Par exemple, si se pose une question de nationalité, ou une question de propriété immobilière, qui échappent à la compétence des juridictions pénales. Ici, le parquet demande au tribunal de lui laisser le temps de faire son enquête, à charge pour lui de citer à nouveau tout le monde à une nouvelle audience quand il aura fini. Le tribunal va rejeter cette demande, préférant garder pour lui cette question, en expliquant, ce qui montre la bonne ambiance régnant dans ce tribunal, que cette enquête, par sa nature même, ne serait pas soumise au principe du contradictoire, qu&amp;#8217;en outre le parquet pourrait choisir, en toute hypothèse, de ne pas verser ces pièces au tribunal qui doit juger l&amp;#8217;affaire, puisqu&amp;#8217;il revient au parquet de décider de l&amp;#8217;opportunité des poursuites.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Peste. J&amp;#8217;ai connu un bus avec ce même genre d&amp;#8217;ambiance.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Le tribunal va donc ordonner une mesure d&amp;#8217;instruction, qu&amp;#8217;il confiera à sa présidente, ancienne juge d&amp;#8217;instruction, donc tout à fait qualifiée pour y procéder. Mais là, le tribunal va à mon sens commettre une erreur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Laquelle&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Il va renvoyer cette affaire sans fixer de nouvelle date d&amp;#8217;audience. Ce sera à la partie civile de citer à nouveau le photographe quand la mesure d&amp;#8217;instruction aura eu lieu.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— En quoi était-ce une erreur&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Parce que la jurisprudence assimile à un jugement sur le fond immédiatement susceptible d&amp;#8217;appel, sans même devoir faire une requête d&amp;#8217;examen immédiate, le jugement  qui ordonne le renvoi d’une affaire dont le tribunal est régulièrement saisi, sans fixer de date et en laissant à la partie poursuivante le soin de délivrer une nouvelle citation (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechExpJuriJudi&amp;amp;idTexte=JURITEXT000007066600&amp;amp;fastReqId=309902744&amp;amp;fastPos=1&quot;&gt;Cass.  crim.  20 juill.  1993, Bull. crim., n° 249&lt;/a&gt;). Faute de date d&amp;#8217;audience fixée, le tribunal est déssaisi de ce dossier&amp;#160;: l&amp;#8217;appel est recevable. Que crois-tu donc qu&amp;#8217;il arriva&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Le parquet courut au cinquième étage faire appel de ce jugement&amp;#160;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Exactement, mon petit Raymond. La cour d&amp;#8217;appel de Versailles est désormais saisie de ce dossier, pas besoin que le président de la chambre des appels correctionnels rende une ordonnance en ce sens. Même si mes taupes m&amp;#8217;ont appris que le parquet avait fait une telle requête en examen immédiat, tout en ayant parfaitement conscience de son inutilité juridique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Pourquoi le parquet fait-il quelque chose d&amp;#8217;inutile&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— De &lt;em&gt;juridiquement&lt;/em&gt; inutile, Raymond. Tactiquement, c&amp;#8217;est autre chose. D&amp;#8217;une part, cette requête a un effet suspensif immédiat, ce qui interdit à la présidente de commencer son supplément d&amp;#8217;information. D&amp;#8217;autre part, d&amp;#8217;ici un mois, le président de la chambre des appels correctionnels constatera que cette requête est inutile puisque l&amp;#8217;appel est recevable de plein droit, ce qui interdira définitivement à la présidente de procéder, et permettra au parquet de se réfugier derrière une décision du siège pour justifier de ce déssaisissement. Un coup de maître, si je puis me permettre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Quelle sera la suite&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— De deux choses l&amp;#8217;une&amp;#160;: soit la cour infirme le jugement en quoi que ce soit, et devra évoquer (donc juger) l&amp;#8217;affaire, soit elle confirme purement et simplement le jugement et le rendra alors à la 15e chambre du tribunal de Nanterre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— En attendant, la présidente Prévost-Desprez ne peut absolument pas mener son enquête&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Non. L&amp;#8217;effet suspensif de l&amp;#8217;appel s&amp;#8217;y oppose, et tout acte d&amp;#8217;instruction serait nul (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechExpJuriJudi&amp;amp;idTexte=JURITEXT000007059936&amp;amp;fastReqId=1222569728&amp;amp;fastPos=1&quot;&gt;crim. 19 mai 1980&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Le parquet de Nanterre gagne donc la première manche.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Oui, et haut la main&amp;#160;: il a obtenu ce qu&amp;#8217;il voulait&amp;#160;: retirer ce dossier à cette présidente. Reste à savoir si la cour le lui rendra. &lt;a href=&quot;http://www.challenges.fr/actualites/entreprises/20100630.CHA5531/bettencourt__sarkozy_aurait_rencontre_maistre.html&quot;&gt;Les fameux enregistrements contiennent peut-être un élément de réponse…&lt;/a&gt; En tout état de cause, on peut parier que le parquet de Nanterre aura bouclé son enquête à temps pour l&amp;#8217;audience devant la cour d&amp;#8217;appel, ce qui permettra au parquet général — le parquet de la cour d&amp;#8217;appel, Raymond— de soutenir que la mesure ne s&amp;#8217;impose plus. Ça plus une motivation cinglante à l&amp;#8217;égard du parquet, voilà deux bonnes raisons pour la cour d&amp;#8217;appel d&amp;#8217;infirmer le jugement du 1er juillet…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et donc de devoir évoquer l&amp;#8217;affaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Te voilà un expert en procédure pénale, Raymond.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ce serait quand&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Ce ne sera pas avant six mois&amp;#160;; je dirais entre six mois et un an.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Quelle erreur de la part du tribunal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— À sa décharge, les juges n&amp;#8217;ont pas l&amp;#8217;habitude de voir dans le parquet un ennemi dont il faut se garder. Ils ont déjà du mal à voir en lui une simple partie. Un parquet normal dans une affaire normale n&amp;#8217;aurait pas fait appel et aurait laissé la présidente procéder, malgré qu&amp;#8217;il en ait. Mais n&amp;#8217;oublions pas Liliane Bettencourt, qui a commis de son côté une erreur tout aussi incompréhensible.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Et laquelle&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;— Il ne faut jamais refuser une augmentation à son maître d&amp;#8217;hôtel.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Le mépris</title>
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    <pubDate>Thu, 01 Jul 2010 08:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Gascogne</dc:creator>
        <category>Commensaux</category>
            
    <description>&lt;p&gt;&amp;#8220;Et ma Justice, tu l&amp;#8217;aimes&amp;#160;?&amp;#8221;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Par Gascogne&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;


&lt;p&gt;Non pas qu&amp;#8217;il me viendrait à l&amp;#8217;esprit de comparer de quelque manière que ce soit la Garde des Sceaux à notre &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Brigitte_Bardot&quot;&gt;BB&lt;/a&gt; nationale, mais plusieurs évènements récents intéressant notre ministère m&amp;#8217;ont fait penser au film de &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_M%C3%A9pris_%28film%29&quot;&gt;Godard&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le premier concerne la mise en place dans toutes les juridictions de France et de Navarre d&amp;#8217;un nouveau logiciel de traitement des procédures qui porte le doux nom de Cassiopée (pour &amp;#8220;Chaîne Applicative Supportant le Système d&amp;#8217;Information Oriente Procédure pénale Et Enfants&amp;#8221;&amp;#160;: je sais, ça ne veut pas dire grand chose, mais il fallait visiblement à tout prix parvenir à ce si joli acronyme) et qui doit à terme, c&amp;#8217;est à dire d&amp;#8217;ici à la fin de l&amp;#8217;année, remplacer les logiciels actuels, plus qu&amp;#8217;antédiluviens, malgré les &lt;a href=&quot;http://www.cnil.fr/uploads/media/Deliberation_2009-170_Cassiopee.pdf&quot;&gt;quelques raclements de gorge&lt;/a&gt; de la &lt;acronym title=&quot;Commission Nationale de l&amp;#039;Informatique et desLibertés&quot;&gt;CNIL&lt;/acronym&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous avons tous actuellement droit, fonctionnaires comme magistrats, à des journées de formation pour maîtriser le logiciel, avant sa mise en place qui comprendra une phase complexe de reprise des données des logiciels que Cassiopée va remplacer. Et les consignes de la Chancellerie sont très strictes quant à la participation des magistrats à ces journées de formation&amp;#160;: elle est obligatoire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il nous a même été expliqué de long en large que les magistrats devraient apporter toute leur aide au difficile basculement des anciens logiciels à ce nouveau mode de traitement des dossiers. Et lorsqu&amp;#8217;il a été demandé en quoi consisterait cette assistance, la hiérarchie a pu répondre dans plusieurs juridictions qu&amp;#8217;il s&amp;#8217;agirait de faire de la saisie de dossiers.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comprenons nous bien&amp;#160;: je n&amp;#8217;ai rien contre la saisie de dossier, si ce n&amp;#8217;est que ce n&amp;#8217;est pas mon travail premier, qui consiste plutôt globalement à de la prise de décision. Et tant pis pour les voix vuvuzelesques qui me jetteront mon titre de billet à la figure. J&amp;#8217;ai suffisamment de travail dans mon cabinet pour ne pas pouvoir apporter une aide quelconque à faire le travail d&amp;#8217;un autre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En quoi cette demande peut-elle considérée comme méprisante&amp;#160;? Outre le fait que l&amp;#8217;on tient d&amp;#8217;un côté un discours sur le fait que &amp;#8220;le magistrat doit se recentrer sur ses missions&amp;#8221; pour de l&amp;#8217;autre s&amp;#8217;empresser de lui faire faire des choses qui ne relèvent habituellement pas de son office, c&amp;#8217;est surtout &lt;a href=&quot;http://www.senat.fr/basile/visio.doid=a/bulletin/20100614/fin.html&amp;amp;idtable=a/commission/fin/fin051031.html&quot; title=&quot;a/bulletin/20100503/lois.html&quot;&gt;une réponse&lt;/a&gt; apportée par le Garde des Sceaux lors de son audition du 15 juin 2010 au Sénat concernant le rapport de gestion de l&amp;#8217;année 2009 qui m&amp;#8217;a inspiré ce billet. En voici la teneur&amp;#160;:&lt;/p&gt;



&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Nous avons pour objectif de recentrer le personnel pénitentiaire sur son cœur de métier. Affecter un gardien de prison à des tâches administratives est un gaspillage de compétences et d&amp;#8217;argent. &lt;strong&gt;Idem pour les magistrats qui font un travail de greffier&amp;#160;! J&amp;#8217;ai ainsi obtenu que des postes de magistrat soient transformés en postes de greffier et de personnel administratif&lt;/strong&gt;&amp;#160;: c&amp;#8217;est une meilleure utilisation de l&amp;#8217;argent public.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Ainsi donc, puisque l&amp;#8217;on a poussé les magistrats, par manque de moyen en fonctionnaires des greffes, a faire de plus en plus le travail des greffiers (mise en forme des décisions, recherche des antécédents et des casiers judiciaires, voire photocopies dans un certain nombre de cas&amp;#8230;), il convient en toute bonne logique&amp;#8230;de supprimer des postes de magistrats pour créer des postes de greffiers.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J&amp;#8217;hésite entre le mépris total et le franc cynisme&amp;#8230;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le deuxième exemple de mépris que les personnels judiciaires inspirent visiblement à notre administration m&amp;#8217;est venu à l&amp;#8217;esprit pendant cette charmante période qu&amp;#8217;est celle dédiée à la déclaration des revenus 2009.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il nous avait en effet été dit que puisque nous allions travailler plus pour gagner plus, et qu&amp;#8217;il convenait d&amp;#8217;inciter tous les travailleurs à effectuer des heures supplémentaires, la défiscalisation de ces heures serait un moyen utile pour parvenir à cette fin.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ainsi, &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=A749C5D0FAE53F841120D548F1A38BCE.tpdjo15v_1?cidTexte=JORFTEXT000000613510&amp;amp;dateTexte=20100630&quot;&gt;le décret 2007-1430 du 04 octobre 2007&lt;/a&gt; prévoit pour les greffiers et magistrats de permanence la possibilité de déduire de la masse fiscale les astreintes d&amp;#8217;intervention qui nous sont versées lorsque nous sommes de permanence, ce qui peut représenter pour un magistrat du parquet de permanence une semaine par mois la somme rondelette d&amp;#8217;environ 4&amp;#160;500&amp;#160;€ pour une année fiscale (soit 46&amp;#160;€ par nuit, et 30&amp;#160;€ par jour pour le samedi et le dimanche).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais visiblement, cela n&amp;#8217;a pas eu l&amp;#8217;heur de convenir à la Chancellerie, qui s&amp;#8217;est apparemment empressée de donner comme directive aux services administratifs régionaux, qui dépendent des cours d&amp;#8217;appel et sont notamment en charge de tout ce qui touche au traitement des fonctionnaires et magistrats du ressort, de modifier la rédaction des feuilles de paye. Et par miracle, à compter du début de l&amp;#8217;année 2008, là où l&amp;#8217;on pouvait lire &amp;#8220;astreintes&amp;#8221; sur la ligne répercutant les sommes touchées à ce titre, on lit désormais &amp;#8220;astreintes hors intervention&amp;#8221;. Sachant que, contrairement aux médecins par exemple, les textes qui nous sont applicables ne distinguent pas les astreintes selon que nous sommes appelés à intervenir ou seulement à répondre au téléphone depuis notre domicile. Le tour de passe-passe ainsi réalisé, sans aucune publicité à ce moment là, bien entendu, a permis à l&amp;#8217;administration fiscale de préciser au pauvre contribuable que je suis que les astreintes qui me sont versées ne sont pas déductibles&amp;#8230;J&amp;#8217;ai immédiatement averti ma hiérarchie que sur ordre exprès de la Chancellerie, je ne me déplacerai plus les samedi ou dimanche, voire la nuit, mais cette annonce n&amp;#8217;a rencontré que peu d&amp;#8217;écho.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je sais qu&amp;#8217;il ne s&amp;#8217;agit que d&amp;#8217;argent, et qu&amp;#8217;une telle plaie n&amp;#8217;est jamais mortelle, mais la considération que l&amp;#8217;on porte sur une corporation se traduit tout de même souvent par les avantages matériels qui lui sont accordés. Et en la matière, entre mépris ou mesquinerie, je ne sais plus sur quel pied danser&amp;#8230;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En outre, je ne peux m&amp;#8217;empêcher de voir un mépris affiché du fonctionnement de nos institutions, lorsqu&amp;#8217;après une décision qui déplaît&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/30/Le-m%C3%A9pris-%3A-Et-ma-Justice%2C-tu-l-aimes#pnote-1621-1&quot; id=&quot;rev-pnote-1621-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, on s&amp;#8217;empresse de supprimer la formation qui a rendu la décision&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/30/Le-m%C3%A9pris-%3A-Et-ma-Justice%2C-tu-l-aimes#pnote-1621-2&quot; id=&quot;rev-pnote-1621-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Ainsi en est-il de &lt;a href=&quot;http://ameli.senat.fr/amendements/2009-2010/393/jeu_classe.html&quot;&gt;cet amendement&lt;/a&gt; déposé par le député PORTELLI, membre de l&amp;#8217;UMP, qui a profité de l&amp;#8217;étude actuelle de la loi organique portant composition du &lt;acronym title=&quot;Conseil Supérieur de la Magistrature&quot;&gt;CSM&lt;/acronym&gt;, pour faire supprimer la formation spéciale de la Cour de Cassation compétente pour les questions prioritaires de constitutionnalité, sous le prétexte d&amp;#8217;une surcharge de travail de son premier président. Tout comme le juge d&amp;#8217;instruction, la juridiction judiciaire qui ne rend pas les décisions que l&amp;#8217;on attend d&amp;#8217;elle est désormais systématiquement promise à la disparition. Avis aux amateurs.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un dernier exemple, pour la route. La Cour d&amp;#8217;Appel d&amp;#8217;Amiens vient d&amp;#8217;apprendre que faute de crédits, que la Chancellerie ne souhaite plus débloquer en ces périodes de vache maigre, les contrats permettant la présence de vigiles pour faire fonctionner les portiques de détection de métaux, et assurer la sécurité de tous dans les Palais, ne seraient pas reconduits à compter d&amp;#8217;octobre. Les autres Cour d&amp;#8217;Appel vont sans doute suivre. J&amp;#8217;ai une pensée particulièrement émue pour la greffière de Rouen, brûlée vive, et pour le juge des enfants de Metz, poignardé, qui savent aujourd&amp;#8217;hui que leur drame peut de nouveau avoir lieu, surtout lorsque l&amp;#8217;on voit le nombre d&amp;#8217;armes blanches retenues chaque jour dans nos juridictions.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce ne sont que quatre exemples au milieu de tant d&amp;#8217;autres, que nous subissons presque tous les jours. Mais devant un tel mépris assumé (très largement depuis 1958 et le rabaissement de la justice du rang de pouvoir à celui d&amp;#8217;autorité, ce qu&amp;#8217;aucun autre pays démocratique ne tolère pourtant), on est tout de même en droit de se demander jusqu&amp;#8217;où cette institution, indispensable au bon fonctionnement de toute société organisée, va être menée. Au mépris des standards démocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/30/Le-m%C3%A9pris-%3A-Et-ma-Justice%2C-tu-l-aimes#rev-pnote-1621-1&quot; id=&quot;pnote-1621-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Pour un parfait exposé de cette affaire complexe, voir le billet de Serge Slama et Nicolas Hervieu, &lt;a href=&quot;http://combatsdroitshomme.blog.lemonde.fr/2010/06/23/qpc-la-cour-de-luxembourg-allume-le-calumet-de-la-paix-et-explose-les-controles-de-la-bande-schengen-cjue-22-juin-2010-a-melki-et-s-abdeli/&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/30/Le-m%C3%A9pris-%3A-Et-ma-Justice%2C-tu-l-aimes#rev-pnote-1621-2&quot; id=&quot;pnote-1621-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] ou de ne pas appliquer une décisions de Justice comme cela a pu se passer en Bretagne, notamment&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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    <title>HADOPI : l'opération Usine à gaz continue</title>
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    <pubDate>Tue, 29 Jun 2010 12:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Actualité du droit</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Petit à petit, l&amp;#8217;HADOPI fait son nid. Les décrets d&amp;#8217;application commencent à sortir (on en attend quatre, les deux principaux étant la définition de la contravention de négligence caractérisée et la procédure, le premier est sorti). Et on nous promet une mise en mouvement pour… bientôt.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rappelons ici un point essentiel&amp;#160;: l&amp;#8217;HADOPI est une autorité administrative ne prenant aucune part à la répression du téléchargement illicite. C&amp;#8217;est une autre entité, la Commission de Protection des Droits (CPD), rattachée administrativement à la HADOPI (partage des locaux, budget unique de fonctionnement) qui s&amp;#8217;en charge, mais aucun membre de la HADOPI ne peut siéger à la CPD et vice-versa (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=EA4EE3EEF10398F4AE0C79028D97588A.tpdjo12v_3?idArticle=LEGIARTI000021212293&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006069414&amp;amp;dateTexte=20100629&quot;&gt;art. L.331-17 du Code de la propriété intellectuelle, CPI&lt;/a&gt;). Ainsi, la HADOPI est présidée par madame Marie-Françoise Marais, tandis que la CPD, composée de trois membres (un conseiller d&amp;#8217;État, un conseiller à la Cour de cassation et un magistrat de la Cour des comptes) est présidée par madame Mireille Imbert-Quaretta, conseiller d&amp;#8217;État.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La HADOPI proprement dite ne nous intéresse pas. Sans vouloir vexer ses membres, elle ne sert à rien. Pour vous en convaincre, lisez l&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=EA4EE3EEF10398F4AE0C79028D97588A.tpdjo12v_3?idArticle=LEGIARTI000020740259&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006069414&amp;amp;dateTexte=20100629&quot;&gt;article L.331-13 du CPI&lt;/a&gt; qui définit son rôle. Je graisse.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;La Haute Autorité assure&amp;#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
1° Une mission d&amp;#8217;&lt;strong&gt;encouragement&lt;/strong&gt; au développement de l&amp;#8217;offre légale et d&amp;#8217;&lt;strong&gt;observation&lt;/strong&gt; de l&amp;#8217;utilisation licite et illicite des œuvres et des objets auxquels est attaché un droit d&amp;#8217;auteur ou un droit voisin sur les réseaux de communications électroniques utilisés pour la fourniture de services de communication au public en ligne&amp;#160;;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
2° Une mission de protection de ces œuvres et objets à l&amp;#8217;égard des atteintes à ces droits commises sur les réseaux de communications électroniques utilisés pour la fourniture de services de communication au public en ligne&amp;#160;;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
3° Une mission de régulation et de veille dans le domaine des mesures techniques de protection et d&amp;#8217;identification des œuvres et des objets protégés par un droit d&amp;#8217;auteur ou par un droit voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;Au titre de ces missions&lt;/strong&gt;, la Haute Autorité &lt;strong&gt;peut recommander&lt;/strong&gt; toute modification législative ou réglementaire. Elle &lt;strong&gt;peut être consultée&lt;/strong&gt; par le Gouvernement sur tout projet de loi ou de décret intéressant la protection des droits de propriété littéraire et artistique. Elle &lt;strong&gt;peut également être consultée&lt;/strong&gt; par le Gouvernement ou par les commissions parlementaires sur toute question relative à ses domaines de compétence.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Sa mission se résume à émettre des avis, son plus grand pouvoir étant la possibilité d&amp;#8217;émettre un avis même si on ne le lui demande pas. En tout cas sa consultation n&amp;#8217;est jamais obligatoire. Et tout ça pour la modique somme de 6,3 millions en 2009, avant même qu&amp;#8217;elle ne fonctionne effectivement. Fermez le ban.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est au niveau de la CPD que ça se passera.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La CPD a en charge de recevoir et traiter les procès verbaux dressés par les agents assermentés des sociétés d&amp;#8217;ayant-droits (SACEM et autres) qui relèveront que telle œuvre a été téléchargée par telle IP. On parle de 10&amp;#160;000 œuvres surveillées, moitié musicales, moitié audiovisuelles, réparties entre des classiques indémodables et des nouveautés amenées à changer régulièrement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La CPD, composée de trois membres, six en comptant leurs suppléants, doit délibérer pour chacun de ces cas avant d&amp;#8217;envoyer un courrier électronique d&amp;#8217;avertissement au titulaire de l&amp;#8217;adresse IP repérée (ce sera l&amp;#8217;adresse de contact donnée au FAI), puis la lettre recommandée si malgré un e-mail, le même titulaire d&amp;#8217;un abonnement se fait à nouveau repérer (les modalités étant attendues dans le décret &amp;#8220;procédure&amp;#8221;). Pour info, les représentants des ayant-droits, assoiffés de répression parlent sans rire de 50 000 signalements par jour.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La suspension de l&amp;#8217;abonnement, menace suprême, ne pourra être prononcée que par un juge de police, prononçant une condamnation pour une contravention de «&amp;#160;négligence caractérisée&amp;#160;», après saisine du parquet, après transmission du dossier par la CPD.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et cette contravention, on en a désormais le texte (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=9816D269D4E0AA64CBDAAA4EAFC3A131.tpdjo13v_1?cidTexte=JORFTEXT000022392027&amp;amp;dateTexte=&amp;amp;oldAction=rechJO&amp;amp;categorieLien=id&quot;&gt;Décret n° 2010-695 du 25 juin 2010 instituant une contravention de négligence caractérisée protégeant la propriété littéraire et artistique sur internet, JORF n°0146 du 26 juin 2010 page 11536, texte n° 11&lt;/a&gt;). &lt;a href=&quot;http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-cedu/09-10/c0910053.asp#P2_66&quot;&gt;Comme disait la présidente de la CPD devant la commission des affaires culturelles de l&amp;#8217;Assemblée nationale&lt;/a&gt;, qui avait pu lire le projet de décret, «&amp;#160;&lt;em&gt;le résultat est d’une étonnante subtilité&lt;/em&gt;.&amp;#160;» Traduire&amp;#160;: &amp;#8220;Ça a été écrit par un Orc&amp;#8221;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Accrochez-vous, et n&amp;#8217;hésitez pas à lire à haute voix.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Article R. 335-1 nouveau du CPI&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;I. ― Constitue une négligence caractérisée, punie de l&amp;#8217;amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe, le fait, sans motif légitime, pour la personne titulaire d&amp;#8217;un accès à des services de communication au public en ligne, lorsque se trouvent réunies les conditions prévues au II&amp;#160;:&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;1° Soit de ne pas avoir mis en place un moyen de sécurisation de cet accès&amp;#160;;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;2° Soit d&amp;#8217;avoir manqué de diligence dans la mise en œuvre de ce moyen.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;II. ― Les dispositions du I ne sont applicables que lorsque se trouvent réunies les deux conditions suivantes&amp;#160;:&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;1° En application de l&amp;#8217;article L. 331-25 et dans les formes prévues par cet article, le titulaire de l&amp;#8217;accès s&amp;#8217;est vu recommander par la commission de protection des droits de mettre en œuvre un moyen de sécurisation de son accès permettant de prévenir le renouvellement d&amp;#8217;une utilisation de celui-ci à des fins de reproduction, de représentation ou de mise à disposition ou de communication au public d&amp;#8217;œuvres ou d&amp;#8217;objets protégés par un droit d&amp;#8217;auteur ou par un droit voisin sans l&amp;#8217;autorisation des titulaires des droits prévus aux livres Ier et II lorsqu&amp;#8217;elle est requise&amp;#160;;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;2° Dans l&amp;#8217;année suivant la présentation de cette recommandation, cet accès est à nouveau utilisé aux fins mentionnées au 1° du présent II.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;III. ― Les personnes coupables de la contravention définie au I peuvent, en outre, être condamnées à la peine complémentaire de suspension de l&amp;#8217;accès à un service de communication au public en ligne pour une durée maximale d&amp;#8217;un mois, conformément aux dispositions de l&amp;#8217;article L. 335-7-1.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Un petit mot à mes amis parquetiers. Je sais que nous nous disputons souvent dans le prétoire. Nous avons curieusement des visions irréconciliables des mêmes dossiers. C&amp;#8217;est ainsi, nous sommes adversaires. Mais quel que soit le fossé qui nous sépare, je vous respecte et je pense que vous n&amp;#8217;avez pas mérité ça. Bon courage en tout cas pour caractériser les éléments de l&amp;#8217;infraction à l&amp;#8217;audience.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mon Dieu&amp;#160;! Mon Dieu&amp;#160;! Mon Dieu&amp;#160;! Mais il y a un concours de mauvaise rédaction de textes législatifs, ou quoi&amp;#160;? Quelle horreur&amp;#160;! Des éléments constitutifs repoussés dans un second paragraphe, et pas moins de six renvois textuels pour une contravention. &amp;#8220;Étonnante subtilité&amp;#8221;&amp;#160;: ce sont justement les mots que j&amp;#8217;utilise quand ma fille me tend les yeux remplis de fierté l&amp;#8217;ignoble gribouillage marron agrémenté de plumes roses collées au milieu qu&amp;#8217;elle a fait pour moi au centre de loisir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tenez, je vais tenter de ré-écrire ce texte de manière plus lisible en ôtant les scories.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;&amp;#8220;Constitue une négligence caractérisée, punie de l&amp;#8217;amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe, le fait, sans motif légitime, pour la personne titulaire d&amp;#8217;un accès à des services de communication au public en ligne ayant fait l&amp;#8217;objet d&amp;#8217;une recommandation de sécurisation de cet accès par la commission de protection des droits en application de l&amp;#8217;article L. 331-25, de ne pas avoir mis en place un moyen de sécurisation de cet accès ou d&amp;#8217;avoir manqué de diligence dans la mise en œuvre de ce moyen si cet accès est à nouveau utilisé aux mêmes fins frauduleuses dans l&amp;#8217;année qui suit cette recommandation.&lt;/em&gt;&amp;#8221;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voilà. Ça dit la même chose, mais en plus simple.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et force m&amp;#8217;est de constater qu&amp;#8217;en l&amp;#8217;état, cette contravention est inapplicable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette contravention suppose au préalable que le prévenu fasse l&amp;#8217;objet d&amp;#8217;une recommandation par la CPD car son abonnement a été utilisé pour télécharger (peu importe que ce soit par lui ou par un pirate, on ne se pose pas la question). Cette recommandation s&amp;#8217;entend de la lettre recommandée, et non du premier mail d&amp;#8217;avertissement sans frais. Si dans l&amp;#8217;année qui suit la réception de cette recommandation, le même abonnement est à nouveau repéré en train de télécharger une œuvre protégée, la contravention peut être constituée. Mais il faut encore au pauvre parquetier prouver que la sécurisation n&amp;#8217;a pas eu lieu ou a eu lieu tardivement, ce qui revient au même.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Car dans sa rédaction actuelle, le décret a fait de ce défaut de sécurisation un élément constitutif et non une &lt;em&gt;exception&lt;/em&gt;. Et ça change tout.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un élément constitutif doit être prouvé par le parquet (présomption d&amp;#8217;innocence oblige). Une exception, au contraire, doit être prouvée par le prévenu pour échapper à la condamnation. Pensez à l&amp;#8217;exception de légitime défense pour des violences.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y a bien une exception dans la contravention&amp;#160;: c&amp;#8217;est l&amp;#8217;exception de motif légitime (notez les mots&amp;#160;: &lt;em&gt;&amp;#8220;est puni le fait, &lt;strong&gt;sans motif légitime&lt;/strong&gt;, pour la personne titulaire…&amp;#8221;&lt;/em&gt; Si le prévenu établit qu&amp;#8217;il avait un motif légitime de ne pas avoir sécurisé son accès (&lt;em&gt;e.g.&lt;/em&gt;&amp;#160;: il était en déplacement à l&amp;#8217;étranger entre l&amp;#8217;arrivée de la lettre AR et le deuxième usage frauduleux), il sera relaxé, mais c&amp;#8217;est à lui de l&amp;#8217;établir, et non au parquet d&amp;#8217;établir l&amp;#8217;absence de motif légitime.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais le défaut de sécurisation de l&amp;#8217;accès n&amp;#8217;est pas une exception, c&amp;#8217;est un élément constitutif. Au parquet de le prouver.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De même, la rédaction actuelle ne permet pas de dire que le renouvellement de l&amp;#8217;usage frauduleux établit le défaut de sécurisation. Ce sont des éléments distincts car un usage frauduleux peut avoir lieu malgré une sécurisation, et dans ce cas il n&amp;#8217;y a pas négligence caractérisée du titulaire de l&amp;#8217;abonnement — mais malveillance caractérisée du pirate.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comment cette preuve pourra-t-elle être rapportée&amp;#160;? En diligentant une enquête de police voire une instruction avec expertise. Lourd et coûteux, et aux antipodes de la logique de la loi qui voulait une machine à suspendre les abonnements. Ou à travers les auditions des abonnés concernés par la CPD, mais cette audition n&amp;#8217;a lieu qu&amp;#8217;à la demande de l&amp;#8217;intéressé (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=EA4EE3EEF10398F4AE0C79028D97588A.tpdjo12v_3?idArticle=LEGIARTI000021212098&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006069414&amp;amp;dateTexte=20100629&quot;&gt;art. L. 331-21-1 du CPI&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Heureusement pour le parquet, la CPD opère une opération de filtrage des dossiers. Il ne devrait pas en voir arriver beaucoup sur son bureau. Surtout quand on sait que le représentant judiciaire à la CPD est le Conseiller à la Cour de cassation Jean-Yves Montfort, que j&amp;#8217;ai pratiqué comme président de la 17e chambre (celle de la presse) et de la chambre de l&amp;#8217;instruction de Versailles. C&amp;#8217;est un excellent magistrat, très respectueux des droits de la défense, et rigoureux dans son application du droit. &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2006/01/31/278-le-discours-de-rentree-du-president-montfort&quot;&gt;Mes lecteurs ont déjà pu apprécier son style ici&lt;/a&gt;. Il y aura donc filtrage, et les mailles seront serrées.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En tout état de cause, cette contravention me paraît de fait incompatible avec la procédure d&amp;#8217;ordonnance pénale, qui suppose des faits parfaitement établis. La machine à suspendre les abonnements pourrait bien être une machine à relaxer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quant en traiter 50 000 par jour…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je citerai pour conclure la lucidité de la présidente de la CPD, qui devant la commission des affaires culturelles, rappelait que s&amp;#8217;agissant d&amp;#8217;une contravention, l&amp;#8217;article 40 du Code de procédure pénale ne s&amp;#8217;applique pas, et que jamais la CPD n&amp;#8217;est obligée de transmettre&amp;#160;: &amp;#8220;elle peut transmettre comme elle peut ne pas transmettre&amp;#8221;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&amp;#8220;Elle peut ne pas&amp;#8221;. Tout est dit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vous voyez qu&amp;#8217;on pouvait faire simple, dans cette affaire.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Ne touche pas à ma FFF</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/27/Ne-touche-pas-%C3%A0-ma-FFF</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:8e00dd1caaf80881246b530737806b3f</guid>
    <pubDate>Mon, 28 Jun 2010 00:41:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Foutchebol</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Décidément, chaque coupe du monde me donne l&amp;#8217;occasion de faire un billet juridique sur le ballon rond. Après&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2006/07/10/397-le-coup-de-boule-de-zidane-est-il-passible-de-la-correctionnelle&quot;&gt; le célèbre coup de tête&lt;/a&gt;, voici à présent l&amp;#8217;ingérence gouvernementale dans les affaires du football, qui va contraindre le gouvernement à un spectaculaire rétropédalage.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le contexte est connu. L&amp;#8217;équipe de France de football a fait une Coupe du monde calamiteuse et vu l&amp;#8217;importance médiatique mondiale de l&amp;#8217;événement, le monde politique ne peut y rester indifférent, sous peine de recevoir sa part de la colère de l&amp;#8217;opinion publique. Mieux vaut se ranger derrière le peuple et crier avec lui.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le tête de l&amp;#8217;entraîneur est déjà tombée toute seule puisque son mandat a expiré. Les joueurs portent leur part de responsabilité, mais ils sont plus difficilement touchables du fait de leur statut de stars et qu&amp;#8217;on a besoin d&amp;#8217;eux pour se qualifier pour l&amp;#8217;Euro 2012 qui se tiendra en Ukraine et en Pologne, et dont les éliminatoires commencent dès septembre prochain avec un match contre la Biélorussie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Reste le responsable idéal&amp;#160;: le président de la Fédération Française de Football (FFF), jean-Pierre Escalettes, qui a joué un rôle déterminant dans la nomination de l&amp;#8217;entraîneur Raymond Domenech en 2004 et surtout de son maintien en poste après la déroute à l&amp;#8217;Euro 2008, qui rétrospectivement s&amp;#8217;avérait annoncer celle de 2010. Son mandat actuel de 4 ans court jusqu&amp;#8217;en 2012, mais il a d&amp;#8217;ores et déjà annoncé qu&amp;#8217;il ne comptait pas démissionner, sans doute par solidarité avec les Français touchés par la réforme des retraites, puisqu&amp;#8217;il est âgé de 75 ans.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, qui depuis le début de cette affaire joue les plénipotentiaires du président de la République, que l&amp;#8217;on sait authentique amateur de football, après avoir annoncé un audit privé de l&amp;#8217;équipe de France, puis d&amp;#8217;y renoncer devant la volonté du parlement de se saisir de la question, a donc annoncé que selon elle, la démission du président de la FFF était «&amp;#160;inéluctable&amp;#160;».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Problème, non seulement il y a hors jeu, mais là, on risque fort le carton rouge.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Revoyons l&amp;#8217;action au ralenti.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au commencement était la FIFA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le football est né au XIXe siècle et a connu un succès international croissant. La première partie internationale a eu lieu en 1873 (Ecosse - Angleterre, 0-0) et très vite s&amp;#8217;est posé le problème d&amp;#8217;une interprétation unique des règles et est apparue la nécessité d&amp;#8217;une instance internationale chapeautant toutes ces compétitions.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le 21 mai 1904 à Paris était fondée la Fédération Internationale de Football Association, la FIFA, dont la fédération française, à l&amp;#8217;époque appelée Union des sociétés françaises de sports athlétiques (UFSA), est membre fondatrice. (Ci-contre&amp;#160;: l&amp;#8217;équipe de France de football 1900, médaille d&amp;#8217;argent aux Jeux Olympiques de Paris. Notez le logo français de l&amp;#8217;époque&amp;#160;: maillot blanc, deux anneaux entrelacés bleu et rouge pour rappeler le drapeau tricolore&amp;#160;; c&amp;#8217;est ce logo qui inspirera le drapeau olympique conçu en 1913. Le coq apparaîtra sur le maillot cette même année. Crédit photo Wikipédia)&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/France_football_1900.jpg&quot; alt=&quot;L&amp;#039;équipe de France de football de 1900, médaille d&amp;#039;argent aux Jeux Olympiques CC Wikipedia&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aujourd&amp;#8217;hui, la FIFA est une association inscrite au registre du commerce de droit suisse soumise aux &lt;a href=&quot;http://www.admin.ch/ch/f/rs/210/index1.html#id-1-2-2&quot;&gt;articles 60 et suivants du Code civil suisse&lt;/a&gt; dont le siège est à Zurich (FIFA-Strasse 20, P.O. Box CH-8044 Zurich, Suisse) et dont voici &lt;a href=&quot;http://fr.fifa.com/mm/document/affederation/federation/01/24/fifastatuten2009_f.pdf&quot;&gt;les statuts (pdf)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quel que soit votre désir d&amp;#8217;y adhérer, c&amp;#8217;est impossible. Seule une autre association peut y adhérer. Et encore faut-il qu&amp;#8217;elle soit «&amp;#160;responsable de
l’organisation et du contrôle du football dans un pays.» (art. 10 des statuts). En France, seule la FFF est membre de la FIFA.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;adhésion à la FIFA suppose l&amp;#8217;adhésion à une des six confédérations géographiques en charge des compétitions internationales régionales&amp;#160;; pour l&amp;#8217;Europe, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;UEFA (&lt;em&gt;Union of European Football Associations&lt;/em&gt;), qui organise le championnat d&amp;#8217;Europe des nations tous les quatre ans (prochaine édition en 2012), et au niveau des clubs la Ligue des Champions et l&amp;#8217;Europa League, successeur de la Coupe de l&amp;#8217;UEFA. La FIFA organise les compétitions mondiales, comme la Coupe du monde, mais aussi la coupe du monde féminine, la coupe du monde de football en salle, la Coupe du Monde des clubs, etc…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aujourd&amp;#8217;hui, tout pays qui veut participer à des compétitions internationales de football doit adhérer à la FIFA, et tout joueur souhaitant participer doit être adhérent d&amp;#8217;un club affilié à une association nationale membre de la FIFA. Notons une exception aux causes historiques&amp;#160;: le Royaume Uni n&amp;#8217;a pas une Association mais quatre&amp;#160;: l&amp;#8217;Angleterre, l&amp;#8217;Écosse, le Pays de Galles et l&amp;#8217;Irlande du Nord, qui jouent en outre un rôle prépondérant dans l&amp;#8217;établissement des règles du jeu et sont connues pour être d&amp;#8217;un conservatisme d&amp;#8217;airain (le refus de l&amp;#8217;arbitrage vidéo, c&amp;#8217;est elles).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ni Dieu ni Maître&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un des principes essentiels de la FIFA est posé à l&amp;#8217;article 13, 1, g) des statuts. Toutes les Associations qui y adhèrent s&amp;#8217;engagent à &amp;#8220;&lt;em&gt;diriger leurs affaires en toute indépendance et veiller à ce qu’aucun tiers ne s’immisce dans leurs affaires&lt;/em&gt;&amp;#8221;. Et ce tiers, dans l&amp;#8217;esprit de la FIFA, c&amp;#8217;est avant tout l&amp;#8217;État du pays concerné.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;article 13,2 prévoit que le non respect de ses obligations par un membre entraîne une sanction, l&amp;#8217;article 13,3 précisant même que s&amp;#8217;agissant du 13,1,g) (ingérence d&amp;#8217;un tiers), la sanction est encourue même si cette ingérence n&amp;#8217;est pas imputable à l&amp;#8217;association nationale.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette sanction figure à l&amp;#8217;article 14&amp;#160;: c&amp;#8217;est la suspension.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La FIFA est intraitable là-dessus. Et ce quel que soit le psychodrame national que peut provoquer une élimination précoce ou une prestation décevante. La FIFA refuse que la politique vienne interférer avec le sport, sauf quand l&amp;#8217;État du pays en question a une attitude contraire aux principes sportifs de respect et d&amp;#8217;égalité. L&amp;#8217;Afrique du Sud a ainsi été longtemps exclue de a FIFA à cause de la politique d&amp;#8217;Apartheid, et la Yougoslavie a été exclue de l&amp;#8217;Euro 1992 pour cause de nettoyage ethnique, pour le plus grand bonheur du Danemark, remplaçant de dernière minute qui remporta la compétition.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ainsi, un État qui mettrait un peu trop son nez dans les affaires du football verrait son pays rapidement suspendu de la FIFA jusqu&amp;#8217;à ce que les choses rentrent dans l&amp;#8217;ordre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et si la FFF était suspendue de ce fait, la France serait automatiquement exclue de toute compétition organisée par la FIFA ou par une des Confédérations qui lui sont affiliées, et même des matchs amicaux. Autant dire adieu à l&amp;#8217;Euro 2012, et en cas de confirmation de la sanction par le Congrès de la FIFA en 2011, au Mondial 2014.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais rassurons-nous, l&amp;#8217;État est parfaitement au courant de cette nécessité. D&amp;#8217;ailleurs, le Code du Sport dispose dans son &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=B3AB0068897DA9A1C96AAF99D1BCA33B.tpdjo16v_1?idArticle=LEGIARTI000006547532&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006071318&amp;amp;dateTexte=20100628&quot;&gt;article L.131-1&lt;/a&gt; que les Fédérations Sportives &amp;#8220;exercent leur activité en toute indépendance.&amp;#8221;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je soupçonne d&amp;#8217;ailleurs le ministre des sports d&amp;#8217;avoir refilé le bébé au parlement avec un certain soulagement&amp;#160;: à lui désormais de battre en retraite en rase campagne ou de créer une commission qui marchera sur des œufs de peur de s&amp;#8217;immiscer dans les affaires de la FFF avec les conséquences désastreuses que cela aurait pour l&amp;#8217;équipe de France et pire encore sur leur réélection. Autant dire en tout cas qu&amp;#8217;une commission qui exigerait la démission du président de la FFF déclencherait le feu nucléaire de la FIFA.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jean-Pierre Escalettes n&amp;#8217;est pas pour autant à l&amp;#8217;abri de toute sanction. Mais celle-ci ne peut venir que de la FFF. L&amp;#8217;article 12 des &lt;a href=&quot;http://fff.fr/common/bib_res/ressources/420000/5000/090731103910_1_Statuts%20FFF%20V300709.pdf&quot;&gt;statuts de la FFF (pdf)&lt;/a&gt; prévoit en effet que l&amp;#8217;Assemblée Fédérale, composée de représentants des clubs amateurs et professionnels (je passe sur les modalités d&amp;#8217;élection et de répartition des voix, assez complexes, ce qui est normal pour une fédération de 2 millions de licenciés), peut mettre fin au mandat du Conseil fédéral sur proposition du tiers de ses membres représentant un tiers des voix et après vote à la majorité absolue, ce qui entraîne démission de tout le Conseil, y compris son président.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bref, ce qui menace le plus le président de la FFF n&amp;#8217;est pas la colère d&amp;#8217;en haut, mais la colère d&amp;#8217;en bas.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I&amp;#8217;ve got the power&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quelques uns de mes lecteurs pourraient objecter qu&amp;#8217;il est scandaleux qu&amp;#8217;une organisation non gouvernementale comme la FIFA, certes à but non lucratif mais brassant un budget énorme grâce à sa propriété des droits de retransmission des compétitions qu&amp;#8217;elle organise, puisse dicter sa volonté à un État.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je leur répondrai qu&amp;#8217;au contraire, c&amp;#8217;est heureux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D&amp;#8217;abord, tous les États ne sont pas démocratiques. C&amp;#8217;est même plutôt l&amp;#8217;exception dans les 208 pays membres de la FIFA (plus qu&amp;#8217;à l&amp;#8217;ONU, je le rappelle). La règle qui tient au loin le nez inquisiteur du politique français maintient également loin celui de leaders de compagnie nettement moins agréable. Et la seule façon de garantir à la Fédération nord coréenne de football un minimum de liberté ce qui dans ce pays tient de l&amp;#8217;exploit est d&amp;#8217;appliquer ce principe de façon uniforme à tous les pays&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ensuite, même s&amp;#8217;agissant d&amp;#8217;une démocratie, s&amp;#8217;il est une chose plus belle qu&amp;#8217;un pouvoir, c&amp;#8217;est un contre-pouvoir. Et si ma colère de citoyen de voir mes élus décidés à traiter un thème totalement futile comme les déboires de l&amp;#8217;équipe de France comme une priorité nationale est impuissante à y faire obstacle, je saurai gré à la FIFA de siffler la faute et de renvoyer les parlementaires à leur vrai travail&amp;#160;: contrôler l&amp;#8217;exécutif et voter des lois le moins souvent possible s&amp;#8217;il vous plaît.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce qui devrait nous désoler, c&amp;#8217;est qu&amp;#8217;il faille une FIFA pour poser des limites à l&amp;#8217;action du Gouvernement en France, parce que nous avons deux autres pouvoirs qui en sont incapables.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Et si pendant la coupe du monde, on légalisait le financement occulte des partis politiques ?</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/23/Et-si-pendant-la-coupe-du-monde%2C-on-l%C3%A9galisait-le-financement-occulte-des-partis-politiques</link>
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    <pubDate>Wed, 23 Jun 2010 10:41:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Actualité du droit</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Un lecteur attentif aux choses du parlement attire mon attention sur la &lt;a href=&quot;http://www.senat.fr/leg/ppl08-268.html&quot;&gt;proposition de loi n°268&lt;/a&gt; du sénateur &lt;a href=&quot;http://www.senat.fr/senfic/saugey_bernard01019q.html&quot;&gt;Bernard Saugey&lt;/a&gt; (UMP - Isère) &amp;#8220;visant à réformer le champ des poursuites de la prise illégale d&amp;#8217;intérêts des élus locaux&amp;#8221; et qui vient à la séance publique du jeudi 24 juin à 9 heures.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette proposition de loi est fort courte, ce qui promet des débats brefs, d&amp;#8217;autant qu&amp;#8217;aucun amendement n&amp;#8217;a été déposé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle se propose de modifier légèrement la définition du délit de prise illégale d&amp;#8217;intérêt (art. 432-12 du Code pénal)&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le fait, par une personne dépositaire de l&amp;#8217;autorité publique ou chargée d&amp;#8217;une mission de service public ou par une personne investie d&amp;#8217;un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l&amp;#8217;acte, en tout ou partie, la charge d&amp;#8217;assurer la surveillance, l&amp;#8217;administration, la liquidation ou le paiement, est puni de cinq ans d&amp;#8217;emprisonnement et de 75000 euros d&amp;#8217;amende.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Ce n&amp;#8217;est pas l&amp;#8217;article le mieux rédigé du Code pénal. Il réprime le fait pour les élus, et les fonctionnaires et assimilés, qui sont cette qualité en charge la gestion ou la surveillance de fonds publics, de faire sen sorte qu&amp;#8217;une partie de ces fonds profite à eux, à leurs proches ou à toute personne qu&amp;#8217;ils souhaitent ainsi favoriser. Par exemple, un président de conseil général qui fait embaucher son épouse pour une obscure mission fort bien rémunérée commet une prise illégale d&amp;#8217;intérêt au profit de son épouse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce n&amp;#8217;est pas le détournement de fonds publics (art. 432-15 du Code pénal), plus sévèrement puni (10 ans de prison et 150&amp;#160;000 euros d&amp;#8217;amende), qui est plus brutal&amp;#160;: l&amp;#8217;élu tape dans la caisse et se met l&amp;#8217;argent dans la poche. La prise illégale d&amp;#8217;intérêt s&amp;#8217;inscrit dans le fonctionnement normal de l&amp;#8217;institution, mais le choix fait par l&amp;#8217;élu n&amp;#8217;est pas totalement (voire pas du tout) fait dans l&amp;#8217;intérêt général, il est pollué par des considérations extérieures de l&amp;#8217;élu. Faire réparer un nid de poule dans une rue de la commune est conforme à l&amp;#8217;intérêt général&amp;#160;; faire en sorte que ce soit son beau-frère qui effectue les travaux, non.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La proposition de loi Saugey se propose de  remplacer un mot par un autre. Pas de quoi fouetter un chat, n&amp;#8217;est-ce pas&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voire…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le délit de prise illégale d&amp;#8217;intérêt deviendrait alors (je simplifie la définition en élaguant les mots superflus, je raye le mot ôté et graisse les mots ajoutés)&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le fait,… par une personne investie d&amp;#8217;un mandat électif public, de prendre…, directement ou indirectement, un intérêt &lt;del&gt;quelconque&lt;/del&gt; &lt;strong&gt;personnel distinct de l&amp;#8217;intérêt général&lt;/strong&gt; dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l&amp;#8217;acte,… la charge d&amp;#8217;assurer la surveillance, l&amp;#8217;administration, la liquidation ou le paiement.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Un seul mot vous manque et le Code pénal est dépeuplé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;effet de cette loi serait donc de dépénaliser les situations ou l&amp;#8217;élu favorise un tiers avec qui il n&amp;#8217;a pas de lien personnel. Favoriser son épouse, son fils ou son beau-frère resterait puni, mais plus, par exemple et au hasard, le fait de faire en sorte qu&amp;#8217;une partie des fonds publics que l&amp;#8217;on gère favorise son parti politique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Car quel est le refrain sans cesse entonné par l&amp;#8217;élu pris la main dans le sac&amp;#160;? La phrase portant absolution de tous les péchés&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;#160;Mais voyons, &lt;strong&gt;il n&amp;#8217;y a pas d&amp;#8217;enrichissement personnel&lt;/strong&gt;.&amp;#160;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et bien grâce à cette loi, si elle était votée, il n&amp;#8217;y aurait plus délit sans enrichissement personnel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et ce serait particulièrement pernicieux. Car ce que sanctionne la prise illégale d&amp;#8217;intérêt n&amp;#8217;est pas l&amp;#8217;enrichissement personnel de l&amp;#8217;élu mais l&amp;#8217;appauvrissement de la collectivité publique. Pour elle, le préjudice reste le même que l&amp;#8217;intérêt de l&amp;#8217;élu pris dans l&amp;#8217;opération ait été personnel ou non.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et à propos de prise illégale d&amp;#8217;intérêt, il ne vous aura pas échappé que le Sénat représente les collectivités locales et est élu par le collège des &lt;a href=&quot;http://www.senat.fr/role/senate.html&quot;&gt;Grands Électeurs&lt;/a&gt; (conseillers régionaux, conseillers généraux, et délégués des conseils municipaux), c&amp;#8217;est-à-dire que les Sénateurs, qui sont eux-même très souvent des élus locaux, sont élus par l&amp;#8217;ensemble des élus locaux susceptibles d&amp;#8217;être visés par le délit de prise illégale d&amp;#8217;intérêt.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La lecture du &lt;a href=&quot;http://www.senat.fr/rap/l09-519/l09-519_mono.html&quot;&gt;rapport&lt;/a&gt; sur cette proposition de loi est édifiant&amp;#160;: le rapporteur (&lt;a href=&quot;http://www.senat.fr/senfic/escoffier_anne_marie08064b.html&quot;&gt;madame le sénateur Anne-Marie Escoffier&lt;/a&gt;, RDSE, Aveyron), après avoir justement rappelé que ce délit s&amp;#8217;appuie sur le devoir de probité des élus, justifie cette proposition par cette formidable affirmation, &lt;a href=&quot;http://www.senat.fr/rap/l09-519/l09-519_mono.html#toc39&quot;&gt;titre de la deuxième partie de son rapport&lt;/a&gt;&amp;#160;: cette proposition de loi vise &amp;#8220;à mieux réprimer la recherche d&amp;#8217;un intérêt personnel&amp;#8221;. Non, elle vise à &lt;strong&gt;uniquement&lt;/strong&gt; réprimer la recherche d&amp;#8217;un intérêt personnel. En somme, rechercher un intérêt non personnel, comme financer son parti politique, n&amp;#8217;est pas contraire au devoir de probité. Qu&amp;#8217;il me soit permis d&amp;#8217;en douter. La chose a semble-t-il échappé à la Commission des lois du Sénat qui, lors de son examen de la proposition, a modifié… l&amp;#8217;intitulé de la proposition, là encore en changeant un mot pour un autre&amp;#160;: le mot &amp;#8220;réformer&amp;#8221; a été remplacé par &amp;#8220;clarifier&amp;#8221;, et l&amp;#8217;allusion aux élus locaux a été retirée, un peu trop voyant sans doute.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J&amp;#8217;invite donc l&amp;#8217;ensemble des sénateurs, dont je ne doute pas un instant de la très haute probité, de ramener à la raison leurs deux collègues égarés et de rejeter d&amp;#8217;un bloc cette proposition de loi jeudi matin, qui serait donner un blanc-seing à quelques élus peu soucieux du bon usage des fonds publics tant qu&amp;#8217;ils ne profitent qu&amp;#8217;à autrui et non eux-même.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La République a plus que jamais besoin de vertu. Ce n&amp;#8217;est pas le moment de dépénaliser le vice, même si je le reconnais, cela &amp;#8220;clarifierait&amp;#8221; les choses.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Devine qui vient dîner ce soir ? (3)</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/21/Devine-qui-vient-d%C3%AEner-ce-soir-%283%29</link>
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    <pubDate>Mon, 21 Jun 2010 22:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Foutchebol</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;À l&amp;#8217;heure où j&amp;#8217;écris ces lignes, une seule chose est sûre&amp;#160;: l&amp;#8217;équipe d&amp;#8217;Afrique du Sud nous attendra sur le terrain cet après midi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/.800px-Flag_of_South_Africa.svg_m.jpg&quot; alt=&quot;Drapeau de la République d&amp;#039;Afrique du Sud&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L &amp;#8216;actuel drapeau d&amp;#8217;Afrique du Sud a été adopté en 1994, à l&amp;#8217;occasion de la transition du régime d&lt;em&gt;&amp;#8216;Apartheid&lt;/em&gt; vers un régime démocratique. Conçu par Frederick Brownell, ce drapeau devait au départ être provisoire. Il se veut un symbole de réconciliation, mélangeant l&amp;#8217;ancien drapeau de l&amp;#8217;Afrique du Sud (le &lt;em&gt;Prinsevlag&lt;/em&gt;, &lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/120px-Flag_of_South_Africa_1928-1994.svg.png&quot; alt=&quot;Prinsevlag&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt; dérivé du drapeau des pays-Bas (àceci près que l&amp;#8217;orange est devenu rougen comme dans l&amp;#8217;actuel drapeau des Pays-bas), et celui de l&amp;#8217;ANC, &lt;em&gt;African National Congress&lt;/em&gt;, parti fondé en 1912 à… Bloemfontein, là où nous allons jouer (espérons-le) tout à l&amp;#8217;heure. &lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/.250px-ANC_congres_national_africain_logo.svg__1__s.jpg&quot; alt=&quot;Drapeau de l&amp;#039;ANC&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le gouvernement sud-africain a précisé qu&amp;#8217;aucun symbolisme particulier n&amp;#8217;est à attribuer aux couleurs qui le composent, qui ne sont qu&amp;#8217;un reflet de l&amp;#8217;histoire du pays&amp;#160;; le seul symbole est la forme en Y couché qui symbolise la convergence de deux branches qui s&amp;#8217;unissent pour n&amp;#8217;en former plus qu&amp;#8217;une seule.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette obsession de l&amp;#8217;union et de la réconciliation est le legs du président Mandela, et se manifeste aussi dans la devise nationale (que les rédacteurs du défunt Traité de Rome de 2004 lui ont emprunté&amp;#160;: &lt;em&gt;Unis dans la Diversité&lt;/em&gt;, et dans le très bel hymne sud-africain, baptisé… l&amp;#8217;hymne national sud-africain (les sud-africains partagent avec les mexicains un goût pour le descriptif).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cet hymne comporte des couplets dans pas moins de cinq des onze langues officielles du pays. En effet, il commence par deux vers en Xhoso (&lt;em&gt; Nkosi sikelel&amp;#8217; iAfrika / Maluphakanyisw&amp;#8217; uphondo lwayo,&lt;/em&gt;), se poursuit en zoulou (&lt;em&gt;Yizwa imithandazo yethu, / Nkosi sikelela, thina lusapho lwayo&lt;/em&gt;), s&amp;#8217;attarde pendant quatre vers en Sesotho (&lt;em&gt;Morena boloka setjhaba sa heso, / O fedise dintwa le matshwenyeho, / O se boloke, O se boloke setjhaba sa heso, Setjhaba sa, South Afrika - South Afrika&lt;/em&gt;), avant une strophe en Afrikaans qui n&amp;#8217;est autre que l&amp;#8217;ancien hymne d&amp;#8217;Afrique du Sud, celui du temps de l&amp;#8217;Apartheid - vous noterez un changement de musique (Uit die blou van onse hemel, / Uit die diepte van ons see, / Oor ons ewige gebergtes, / Waar die kranse antwoord gee&amp;#8221;), avant de se conclure en anglais (Sounds the call to come together, / And united we shall stand, / Let us live and strive for freedom / In South Africa our land.)&lt;/p&gt;

&lt;object width=&quot;480&quot; height=&quot;385&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.youtube.com/v/pvyc4w5vrkY&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowFullScreen&quot; value=&quot;true&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowscriptaccess&quot; value=&quot;always&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.youtube.com/v/pvyc4w5vrkY&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; allowscriptaccess=&quot;always&quot; allowfullscreen=&quot;true&quot; width=&quot;480&quot; height=&quot;385&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;



&lt;p&gt;L&amp;#8217;équipe nationale sud africaine &lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/100px-South_Africa_FA.png&quot; alt=&quot;100px-South_Africa_FA.png&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt; est affectueusement nommée les &amp;#8220;&lt;em&gt;Bafana Bafana&amp;#8221;&lt;/em&gt; ce qui en zoulou signifie les garçons, &lt;em&gt;the boys&lt;/em&gt;. D&amp;#8217;où &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=D6-TAfiuKUg&amp;amp;feature=related&quot;&gt;ce projet d&amp;#8217;hymne&lt;/a&gt;, depuis abandonné. Les mauvaises langues disent que le public sud-africain aurait également trouvé un surnom à notre équipe&amp;#160;: les &lt;em&gt;&amp;#8220;bananas bananas&lt;/em&gt;&amp;#8221;, mais je n&amp;#8217;ai pas trouvé ce mot dans mon dictionnaire zoulou.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous avons déjà rencontré les Bafana Bafana en coupe du monde, en 1998, où nous étions dans la même poule (match d&amp;#8217;ouverture pour la France, victoire 3-0, buts de Dugarry et Henry, et Issa contre son camp). Disons par pudeur que la configuration des choses était alors différente (ne serait-ce que parce que cette fois, nous étions le pays hôte).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et parce que le devoir patriotique ne s&amp;#8217;embarrasse pas de fioritures rabat-joies comme la réalité&amp;#160;: Allez les Bleus&amp;#160;!&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>La blague du jour</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/21/La-blague-du-jour</link>
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    <pubDate>Sun, 20 Jun 2010 23:50:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Le billet du dimanche</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Une institutrice de maternelle demande aux enfants de sa classe la profession de leurs parents.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- Mon papa, il est policier, et ma maman, elle est ingénieur, dit le premier.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- Moi, mon papa, il est plombier, et ma maman, elle est dentiste, dit le second.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le troisième dit d&amp;#8217;une petite voix&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- Heu… Moi, mon papa, il est danseur nu dans un cabaret gay.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tous les enfants éclatent de rire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La maîtresse, un peu décontenancée, les rappelle à l&amp;#8217;ordre&amp;#160;: c&amp;#8217;est un métier comme un autre, leur explique-t-elle, et ce qui est important, c&amp;#8217;est que ce papa soit heureux de le faire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- Bon, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;heure de la récréation, annonce-t-elle avec un peu de soulagement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle retient le troisième élève&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- Dis-moi, tu veux que nous parlions un peu de ton papa&amp;#160;? Tu avais l&amp;#8217;air un peu embêté…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;enfant regarde autour de lui pour s&amp;#8217;assurer que lui et la maîtresse sont seuls.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- Non, en fait, mon papa, il joue en équipe de France de football, mais j&amp;#8217;avais trop honte de le dire.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Devine qui vient dîner ce soir ? (2)</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/16/Devine-qui-vient-d%C3%AEner-ce-soir-%282%29</link>
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    <pubDate>Thu, 17 Jun 2010 00:15:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Foutchebol</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;C&amp;#8217;est à présent le Mexique que la France va affronter dans ce deuxième match de poule.
&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/.800px-Flag_of_Mexico.svg_m.jpg&quot; alt=&quot;800px-Flag_of_Mexico.svg.png&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La drapeau mexicain a adopté le motif tricolore rouge blanc et vert depuis la guerre d&amp;#8217;Indépendance face à l&amp;#8217;Espagne (1810-1821), puisqu&amp;#8217;il s&amp;#8217;agissait des couleurs de l&amp;#8217;armée des insurgés, soit antérieurement à l&amp;#8217;adoption du drapeau italien (1848) dont il partage les couleurs (le vert et le rouge mexicain sont en fait un peu plus foncés et le drapeau est plus étroit et plus long que le drapeau italien). Il est en outre frappé d&amp;#8217;un blason représentant un aigle dévorant un serpent, qui est le pictogramme aztèque pour désigner leur capitale, Tenochtitlan. Selon la légende en effet, le dieu de la guerre Huitzilopochtli  révéla aux aztèques que l&amp;#8217;emplacement de ce qui deviendra une grande cité prospère leur serait un jour indiquée par la vision d&amp;#8217;un aigle dévorant un serpent sur un cactus (les dieux aztèques étaient défavorablement connus des services de police pour trafic de stupéfiant). Cette vision leur apparut un jour de 1325 sur un îlot marécageux au centre d&amp;#8217;un grand lac. Comme les Aztèques n&amp;#8217;aiment pas mettre les dieux en rogne, ils se sont exécutés et ont fondé la ville de Tenochtitlan, qui est devenue aujourd&amp;#8217;hui la &lt;em&gt;Ciudad de México&lt;/em&gt;, capitale du pays (et non Mexico City qui n&amp;#8217;est pas de l&amp;#8217;espagnol).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le blason actuel reprend ce symbole, qui figure d&amp;#8217;une façon ou d&amp;#8217;une autre sur le drapeau mexicain depuis les origines. Le cactus actuel est un &lt;em&gt;nopal&lt;/em&gt; qui porte ses fruits. C&amp;#8217;est une plante indigène de la famille des cactus, qui est comestible, qui est cuisinée de nombreuses façons, et qui pousse même sur des terres ne recevant que peu d&amp;#8217;eau. Le nopal repose sur un piédestal qui lui même repose sur un symbole aztèque (un pictogramme pour être exact, désignant le mot &lt;em&gt;atl&lt;/em&gt;) signifiant &amp;#8220;eau&amp;#8221;. En dessous, une branche de laurier et une branche de chêne (représentant la victoire et la solidité) sont liées par un ruban aux couleurs du Mexique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;hymne national, habilement intitulé &amp;#8220;Hymne national mexicain&amp;#8221; (&lt;em&gt;Himno Nacional Mexicano&lt;/em&gt;) a été composé en 1854 par Jaime Nunó, pour mettre en musique un poème de Francisco González Bocanegra. Les mexicains le chantent traditionnellement en mettant la main droite ouverte à plat, paume tournée vers le sol et posée contre la poitrine. C&amp;#8217;est assez curieux, ne vous étonnez pas. &lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/130px-Fedemexfut2009logo.svg.png&quot; alt=&quot;130px-Fedemexfut2009logo.svg.png&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;équipe de football du Mexique est une habituée de la Coupe du Monde (elle a participé à la première en 1930, où elle a été battue 4-1 par la France), mais elle ne l&amp;#8217;a jamais gagné, et n&amp;#8217;a jamais dépassé le stade des quarts de finale (en 1986, où elle se jouait au Mexique pour la deuxième fois après 1970).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/maitrreeolascdm.png&quot; alt=&quot;maitrreeolascdm.png&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Après la cuisante défait de l&amp;#8217;Afrique du Sud hier soir, l&amp;#8217;Uruguay est provisoirement en tête avec 4 points et un différentiel de buts de +3, suivi par le Mexique avec un point et un but marqué, la France avec un point et aucun but marqué, et l&amp;#8217;Afrique du Sud avec &lt;del&gt;zéro point&lt;/del&gt; &lt;strong&gt;mise à jour&amp;#160;: un point&lt;/strong&gt; et un différentiel de but de -3. Une défaite nous éliminerait quasiment à coup sûr, un match nul nous mettrait en très mauvaise position. Donc plus que jamais&amp;#8230;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ALLEZ LES BLEUS&amp;#160;!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Prix Busiris pour Michèle Alliot Marie</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/15/Prix-Busiris-pour-Mich%C3%A8le-Alliot-Marie</link>
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    <pubDate>Tue, 15 Jun 2010 12:17:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Prix Busiris</category>
        <category>Busiris</category><category>CEDH</category><category>CSDH</category><category>Garde des Sceaux</category><category>Medvedyev</category><category>procédure pénale</category>    
    <description>    &lt;p&gt;C&amp;#8217;est fièrement que l&amp;#8217;actuel Garde des Sceaux a repris le flambeau de sa fonction, qui a vocation à la propulser au pinacle des primés du Busiris.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rappelons que le prix Busiris récompense un mésusage éhonté et intentionnel du droit dans un discours politique, et se définit comme un propos juridiquement aberrant, si possible contradictoire, et prononcé de mauvaise foi dans un but d&amp;#8217;opportunité politique. En somme, invoquer le cache sexe du droit pour cacher les parties honteuses de la politique.&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/mam.jpg&quot; alt=&quot;Michèle Alliot-Marie, bien décidée à montrer que les Basques ne laisseront pas les Auvergnats comme Brice Hortefeux ou Rachida Dati monopoliser les prix Busiris&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En ce jour, c&amp;#8217;est donc avec plaisir que l&amp;#8217;Académie Busiris décerne à Madame Alliot-Marie, Garde des Sceaux, ministre de la justice et des libertés (je suppose qu&amp;#8217;on est ministre des libertés comme on est ministre du travail pour s&amp;#8217;occuper du chômage…) un deuxième prix Busiris pour les propos tenus ce matin sur France Inter, dans la matinale animée pour quelques jours encore par Nicolas Demorand, que je salue au passage.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le ministre était interrogé sur la réforme de la procédure pénale, qui est enterrée comme tout le monde le sait sauf le Garde des Sceaux. Elle annonce que la réforme va être saucissonnée en quatre ou cinq morceaux, dont certains ne devraient pas pouvoir être votées avant la fin de la législature, mais ça ne veut pas dire que la réforme est enterrée, c&amp;#8217;est juste qu&amp;#8217;elle ne va pas être votée. Ces morceaux seraient&amp;#160;: les principes généraux dont la garde à vue, l&amp;#8217;enquête, les juridictions de jugement et l&amp;#8217;exécution des peines.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le prix Busiris n&amp;#8217;est pas là mais une analyse rapide s&amp;#8217;impose. Le premier volet va sans nul doute être présenté car le gouvernement a parfaitement conscience que le système français de garde à vue viole la Convention européenne des droits de l&amp;#8217;homme, même s&amp;#8217;il ne l&amp;#8217;admettra jamais, fût-ce sous la torture. Les autres volets, j&amp;#8217;en doute, car le deuxième inclut la suppression du juge d&amp;#8217;instruction (j&amp;#8217;y reviendrai car c&amp;#8217;est là que se niche le Busiris). Et surtout, s&amp;#8217;agissant des voies d&amp;#8217;exécution, je ferai observer à la Garde des Sceaux qu&amp;#8217;elle a fait adopter par le parlement une grande réforme en la matière, &lt;strong&gt;promulguée le 24 novembre 2009&lt;/strong&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000021312171&amp;amp;categorieLien=id&quot;&gt;Loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire&lt;/a&gt;). 100 articles tout de même&amp;#160;; on se demande ce qui a été oublié pour qu&amp;#8217;on ait trouvé 300 articles de mieux sept mois plus tard. Pour ceux qui croyaient que le législateur s&amp;#8217;était calmé…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le prix Busiris porte sur la question de la suppression du juge d&amp;#8217;instruction. Voici le &lt;em&gt;verbatim&lt;/em&gt;, dressé par le greffier en chef de l&amp;#8217;Académie Busiris. Les propos en italiques entre parenthèses sont des commentaires de votre serviteur.&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Demorand&lt;/strong&gt;&amp;#160;: Est-ce que le juge d&amp;#8217;instruction sera supprimé&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michèle Alliot-Marie&lt;/strong&gt;&amp;#160;: Oui, parce que là, nous sommes dans une obligation européenne. Je vous le disais tout à l&amp;#8217;heure, l&amp;#8217;obligation européenne, c&amp;#8217;est d&amp;#8217;avoir un procès équitable &lt;em&gt;(Sur ce point, c&amp;#8217;est tout à fait exact&amp;#160;: c&amp;#8217;est l&amp;#8217;article 6 de la Convention de sauvegarde des droits de l&amp;#8217;homme et des libertés fondamentales, dite convention européenne des droits de l&amp;#8217;homme, CSDH)&lt;/em&gt;. Le principe du procès équitable, c&amp;#8217;est notamment que celui qui mène l&amp;#8217;enquête n&amp;#8217;est pas celui qui porte un jugement sur cette enquête. Et aujourd&amp;#8217;hui, avec le juge d&amp;#8217;instruction, nous avons un juge qui à la fois mène l&amp;#8217;enquête et est juge de l&amp;#8217;enquête. Donc même si ça ne concerne aujourd&amp;#8217;hui que 3 ou 4% des enquêtes, nous ne sommes pas en conformité avec le droit européen.&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;p&gt;Les bruits que vous entendez, ce sont les mâchoires des juges d&amp;#8217;instruction et conseillers de chambres de l&amp;#8217;instruction qui me lisent qui viennent de tomber sur leur clavier avant de rouler par terre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si je puis me permettre de souffler un conseil à madame le garde des Sceaux, avant de réformer le Code de procédure pénale, il peut être judicieux de le lire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le propos juridiquement aberrant est ici double&amp;#160;: le juge d&amp;#8217;instruction serait juge de l&amp;#8217;enquête, et son existence serait contraire au droit européen.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D&amp;#8217;une part, le juge d&amp;#8217;instruction n&amp;#8217;est pas juge de l&amp;#8217;enquête. Le juge de l&amp;#8217;enquête s&amp;#8217;entend de celui qui juge de la légalité de celle-ci, et qui au besoin annule les actes faits en violation de la loi. Or l&amp;#8217;article 170 du Code de procédure pénale donne compétence à la chambre de l&amp;#8217;instruction, et à elle seule, pour prononcer cette nullité.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;En toute matière, la chambre de l&amp;#8217;instruction peut, au cours de l&amp;#8217;information, être saisie aux fins d&amp;#8217;annulation d&amp;#8217;un acte ou d&amp;#8217;une pièce de la procédure &lt;strong&gt;par le juge d&amp;#8217;instruction&lt;/strong&gt;, par le procureur de la République, par les parties ou par le témoin assisté.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est une question-piège classique en oral de procédure pénale (n&amp;#8217;est-ce pas, amis étudiants qui planchez&amp;#160;?). Si le juge d&amp;#8217;instruction estime qu&amp;#8217;un acte de l&amp;#8217;instruction est nul, que ce soit un acte de l&amp;#8217;enquête de police (un interrogatoire de garde à vue fait avant notification des droits par exemple), voire un de ses propres actes (un acte d&amp;#8217;enquête sur des faits dont il n&amp;#8217;est pas saisi), il doit demander à la chambre de l&amp;#8217;instruction de les annuler, il ne peut en aucun cas le faire lui-même. Ce même droit appartient au procureur, et aux parties (mis en examen, partie civile), et même au témoin assisté qui n&amp;#8217;est pas partie à l&amp;#8217;instruction au sens strict.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le seul acte qui échappe (relativement) à la compétence de la chambre de l&amp;#8217;instruction est l&amp;#8217;ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, puisque le mis en examen devenu prévenu par l&amp;#8217;effet de cette ordonnance ne peut pas la contester devant la chambre de l&amp;#8217;instruction&amp;#160;; mais il peut le faire devant le tribunal correctionnel, second juge de l&amp;#8217;enquête, puisqu&amp;#8217;il peut annuler cette ordonnance (et renvoyer le dossier au juge d&amp;#8217;instruction, &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=7AF89709F42B3D611C65326AC4377989.tpdjo08v_2?idArticle=LEGIARTI000006576395&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006071154&amp;amp;dateTexte=20081221&quot;&gt;art. 385 du CPP&lt;/a&gt;) et même à son tour ordonner des mesures d&amp;#8217;instruction supplémentaires s&amp;#8217;il estime l&amp;#8217;instruction insuffisante.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un reproche qui peut être fait au système actuel est de porter directement ce contentieux devant la cour d&amp;#8217;appel, faisant perdre un degré de juridiction. On peut imaginer un recours en nullité de l&amp;#8217;instruction en première instance devant un juge du tribunal, un JLD par exemple. Mais il est faux de dire que le juge d&amp;#8217;instruction est juge de l&amp;#8217;enquête, faute de pouvoir juridictionnel sur ce point.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On pourrait objecter que le juge d&amp;#8217;instruction juge de l&amp;#8217;opportunité d&amp;#8217;effectuer tel ou tel acte, puisqu&amp;#8217;il peut refuser d&amp;#8217;effectuer un acte demandé par une des parties. À cela je répondrai que dans ce cas, le juge d&amp;#8217;instruction ne juge pas l&amp;#8217;enquête mais &lt;em&gt;mène l&amp;#8217;enquête&lt;/em&gt; en décidant de l&amp;#8217;utilité d&amp;#8217;un acte. Ce refus peut d&amp;#8217;ailleurs être contesté devant la chambre de l&amp;#8217;instruction, qui en cas d&amp;#8217;annulation du refus peut même décider de confier l&amp;#8217;enquête à un autre juge d&amp;#8217;instruction (art. 207 du CPP).  Les officiers de police judiciaire agissant en enquête de flagrance ont ce même pouvoir, en encore plus absolu puisqu&amp;#8217;ils ne peuvent pas être saisis par le suspect ou la victime d&amp;#8217;une demande d&amp;#8217;acte dont il pourrait être fait appel. Faut-il supprimer les officiers de police judiciaire&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D&amp;#8217;autre part, dire que le droit européen exigerait la suppression du juge d&amp;#8217;instruction est aussi faux qu&amp;#8217;une prévision de déficit en France.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La cour européenne des droits de l&amp;#8217;homme vient même de dire exactement le contraire le 29 mars 2010 dans l&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/15/Medvedyev c. France&quot;&gt;arrêt  Medvedyev c. France&lt;/a&gt; rendu par la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l&amp;#8217;homme, dans l&amp;#8217;affaire dite du &amp;#8220;Winner&amp;#8221; &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/03/30/And-there-is-no-Winner&quot;&gt;dont je vous avais parlé ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rappelons que dans cette affaire, la France avait d&amp;#8217;abord été condamné pour avoir placé en garde à vue à leur arrivée à Brest des marins déjà confinés à leur bord depuis 13 jours, la Cour ayant estimé que le parquet n&amp;#8217;était pas une autorité judiciaire au sens de la Convention apte à contrôler la légalité de cette mesure. En appel devant la Grande Chambre, la France a obtenu que cette condamnation soit annulée, en démontrant qu&amp;#8217;en réalité, il n&amp;#8217;y avait pas eu de garde à vue, mais que les marins avaient été directement présentés… à un juge d&amp;#8217;instruction, qui lui, est une autorité judiciaire apte à contrôler de la légalité d&amp;#8217;une mesure de garde à vue.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et chers concitoyens, admirez avec quel cynisme le Gouvernement vous ment puisque voilà ce que le même Gouvernement, représenté devant la Cour notamment par l&amp;#8217;adjoint du directeur des Affaires civiles et des grâces (DACG) au ministère de la Justice, et le chef du département des Affaires contentieuses au ministère de la Justice, donc autant vous dire que ce dossier est passé par le bureau du Garde des Sceaux lui-même, voilà ce que ce Gouvernement disais-je à soutenu devant la Cour (je graisse)&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;§ 114.  Le Gouvernement estime, s&amp;#8217;agissant des caractéristiques et pouvoirs du magistrat, que si la Cour a jugé qu&amp;#8217;un procureur ou un autre magistrat ayant la qualité de partie poursuivante ne pouvait être considéré comme un «&amp;#160;juge&amp;#160;» au sens de l&amp;#8217;article 5 § 3, &lt;strong&gt;une telle hypothèse ne correspond aucunement au juge d&amp;#8217;instruction&lt;/strong&gt;. Ce dernier est un juge du siège, totalement indépendant, qui a pour mission d&amp;#8217;instruire à charge et à décharge sans pouvoir, ni exercer des actes de poursuite, ni participer au jugement des affaires pénales qu&amp;#8217;il a instruites. En outre, le juge d&amp;#8217;instruction français surveille toutes les mesures privatives de liberté prises dans les affaires dont il a la charge et il peut y mettre fin à tout moment, qu&amp;#8217;il s&amp;#8217;agisse de garde à vue ou de détention provisoire. S&amp;#8217;il doit saisir le juge des libertés et de la détention lorsqu&amp;#8217;il envisage un placement en détention provisoire, il dispose en revanche de tout pouvoir pour remettre une personne en liberté ou la placer sous contrôle judiciaire. &lt;strong&gt;Le Gouvernement rappelle que la Cour a déjà jugé que le juge d&amp;#8217;instruction remplit les conditions posée par l&amp;#8217;article 5 § 3&lt;/strong&gt; (A.C. c. France (déc.), no 37547/97, 14 décembre 1999).&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Ce qu&amp;#8217;effectivement la Cour admet sans difficulté dans l&amp;#8217;arrêt (§128)&amp;#160;: &lt;em&gt;«&amp;#160;les juges d&amp;#8217;instructions (…) sont assurément susceptibles d&amp;#8217;être qualifiés de “ juge ou autre magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires ” au sens de l&amp;#8217;article 5 § 3 de la Convention.&amp;#160;»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Oui, chers amis, vous avez bien lu. Devant la Cour, le Gouvernement sait, références jurisprudentielles à l&amp;#8217;appui, que le juge d&amp;#8217;instruction est conforme au droit européen.  Au micro de France Inter, il vous dira exactement le contraire pour justifier sa réforme.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voilà qui établit la mauvaise foi, puisque Michèle Alliot Marie sait qu&amp;#8217;elle ment, et l&amp;#8217;opportunité politique, puisque la réalité juridique est foulée au pied pour prétendre qu&amp;#8217;une réforme est une nécessité alors qu&amp;#8217;il ne s&amp;#8217;agit que d&amp;#8217;un choix politique non assumé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En conséquence, le prix Busiris est attribué à Madame le Garde des Sceaux, au son des tambours et des vuvuzelas.&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;p&gt;Annexe&amp;#160;: le &lt;em&gt;corpus delicti&lt;/em&gt;. Les propos primés sont à la sixième minute.&lt;/p&gt;

&lt;object width=&quot;480&quot; height=&quot;384&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/video/xdokjz_michele-alliot-marie-france-inter_news&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowFullScreen&quot; value=&quot;true&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowScriptAccess&quot; value=&quot;always&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; src=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/video/xdokjz_michele-alliot-marie-france-inter_news&quot; width=&quot;480&quot; height=&quot;384&quot; allowfullscreen=&quot;true&quot; allowscriptaccess=&quot;always&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le jugement condamnant Brice Hortefeux pour injure raciale</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/12/Le-jugement-condamnant-Brice-Hortefeux-pour-injure-raciale</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:83845dc76a817f981a833c9e567eb986</guid>
    <pubDate>Sat, 12 Jun 2010 17:48:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Commentaire judiciaire</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Voici le texte, commenté par votre serviteur, du jugement rendu par la 17e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris le 4 juin 2010 condamnant Brice Hortefeux pour injure raciale, en la requalifiant d&amp;#8217;injure raciale non publique (qui n&amp;#8217;est pas un délit mais une simple contravention).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il commence tout d&amp;#8217;abord la synthèse des arguments des parties.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On apprend ainsi que l&amp;#8217;action a été lancée par le Mouvement contre le Racisme et pour l&amp;#8217;Amitié entre les Peuples (MRAP), et que se sont jointes à son action (on appelle cela &lt;em&gt;intervenir&lt;/em&gt;) les associations Soutien Ô Sans-papiers (SOS), l&amp;#8217;association AVER &amp;#8220;Centre de Recherche et d&amp;#8217;Action sur toutes les Formes de Racisme&amp;#8221; (AVER), et l&amp;#8217;association Les Indigènes de la Républiques (LIR).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La loi permet en effet aux victimes directes d&amp;#8217;une infraction de mettre elle-même en mouvement l&amp;#8217;action publique concurremment au Parquet, ainsi que, pour toute une série de délit, à des associations dont c&amp;#8217;est l&amp;#8217;objet social et qui ont au moins cinq années d&amp;#8217;ancienneté. S&amp;#8217;agissant des délits de diffamation, d&amp;#8217;injure et d&amp;#8217;incitation à la haine raciale, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=1B2B38F41B65FE453BEBB5C0C33FC905.tpdjo17v_3?idArticle=LEGIARTI000006574777&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006071154&amp;amp;dateTexte=20081221&quot;&gt;article 2-1 du Code de procédure pénale&lt;/a&gt; (CPP). La partie civile qui met en mouvement l&amp;#8217;action publique doit préalablement verser une consignation, une somme fixée par le juge saisi pour garantir le paiement d&amp;#8217;une éventuelle amende civile pour action abusive. Faute de quoi, son action est irrecevable. Art. 392-1 du CPP. Les parties civiles intervenantes, elles, n&amp;#8217;ont pas à consigner.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les demandes du MRAP&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;…Le tribunal a entendu&amp;#160;:&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le conseil du MRAP qui, développant ses conclusions écrites, a sollicité la condamnation du prévenu à payer au MRAP une somme de 20&amp;#160;000 euros à titre de dommages et intérêts, avec versement provisoire, outre la publication intégrale du dispositif du jugement à intervenir dans trois quotidiens ou périodiques de son choix aux frais de Brice Hortefeux, et une somme de 3&amp;#160;588 euros sur le fondement de l&amp;#8217;article 475-1 du code de procédure pénale,&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La position du parquet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le ministère public en ses réquisitions, d&amp;#8217;avis que l&amp;#8217;un des deux propos visés à la prévention relevait de l&amp;#8217;incrimination d&amp;#8217;injure à raison de l&amp;#8217;origine, mais que la responsabilité pénale de Brice Hortefeux ne saurait être engagée, faute que soient établis, compte tenu notamment de la valeur probante incertaine des documents vidéos dont se prévaut la partie civile et des circonstances dans lesquels l&amp;#8217;échange entre personnalités de l&amp;#8217;UMP et militants a été capté puis diffusé, l&amp;#8217;élément de publicité qui caractérise le délit et, en tout état de cause, l&amp;#8217;intention de leur auteur que les propos reprochés soient entendus au-delà du cercle restreint et amical de sympathisants liés entre eux par une communauté d&amp;#8217;intérêts,&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La position de la défense&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;la défense qui a souligné l&amp;#8217;insuffisante valeur probante des documents audiovisuels versés aux débats au soutien de la prévention, l&amp;#8217;absence de caractérisation du délit, compte tenu notamment de l&amp;#8217;aspect décousu de l&amp;#8217;échange tel qu&amp;#8217;il peut être perçu et dans lequel Brice Hortefeux n&amp;#8217;évoque à aucun moment un groupe de personnes déterminées par leur origine, l&amp;#8217;absence de toute publicité, les propos ayant été tenus entre militants d&amp;#8217;un même mouvement politique qu&amp;#8217;une caméra dissimulée a subrepticement surpris, l&amp;#8217;absence, en tout état de cause, de toute intention de publicité, eu égard au &amp;#8220;comportement trouble et déontologiquement tendancieux&amp;#8221; du cameraman, et qui s&amp;#8217;est prévalue de nombreux témoignages ou déclarations récusant toute tendance ou tentation raciste de Brice Hortefeux et faisant état de nombreuses initiatives de sa part aux fins de lutter contre toute forme de racisme ou de discrimination, pour solliciter la relaxe.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;La défense de M. Hortefeux estime que les preuves sont insuffisantes, ce qui ne mange pas de pain, tout l&amp;#8217;objet de l&amp;#8217;audience est précisément d&amp;#8217;apprécier les preuves produites&amp;#160;; qu&amp;#8217;en tout état de cause, les propos litigieux sont décousus et en somme ne voudraient rien dire, ce qui n&amp;#8217;est pas un délit&amp;#160;; que les propos n&amp;#8217;ont pas été tenus publiquement au sens de la loi de 1881 sur la presse (j&amp;#8217;attire votre attention sur ce point, car la défense va  l&amp;#8217;emporter sur cet argument), et que M. Hortefeux ne serait pas raciste comme en témoignerait ses amis et actions. Ce dernier argument est inopérant juridiquement mais peut être important pour le prévenu. La loi ne sanctionne aucune idée ou opinion, aussi abjecte fût-elle. C&amp;#8217;est &lt;em&gt;l&amp;#8217;expression&lt;/em&gt; de cette opinion qui est sanctionnée. Un raciste authentique peut échapper à la condamnation en pesant ses mots, tandis qu&amp;#8217;un anti-raciste tout aussi authentique peut malgré tout être condamné, comme l&amp;#8217;a découvert à ses dépens l&amp;#8217;humoriste Patrick Sébastien, condamné en 1995 pour un sketch où il imitait Jean-Marie Le Pen chantant un pastiche de la chanson de Patrick Bruel &amp;#8220;Casser la voix&amp;#8221;, rebaptisée &amp;#8220;casser du noir&amp;#8221;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En outre, elle soulève deux arguments de procédure que nous allons voir tout de suite.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur l&amp;#8217;exception de nullité&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;La défense excipe de la nullité de la citation directe au motif qu&amp;#8217;elle a été délivrée au ministère de l&amp;#8217;Intérieur, de l&amp;#8217;Outre-mer et des Collectivités territoriales, place Beauvau à Paris et non, comme l&amp;#8217;exigent les dispositions des articles 550 à 558 du code de procédure pénale, au domicile personnel du prévenu situé dans le Puy-de- Dôme.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;La loi de 1881 sur la liberté de la presse pose des règles de procédure très strictes qui sont autant de protection à a liberté d&amp;#8217;expression. L&amp;#8217;une d&amp;#8217;entre elle est que l&amp;#8217;auteur des propos poursuivis soit cité, c&amp;#8217;est à dire reçoive la convocation par huissier à son domicile personnel et non en un autre lieu, par exemple sur son lieu de travail. Or le MRAP a fait délivrer sa citation Place Beauvau, au ministère de l&amp;#8217;intérieur. La défense ajoute que cela créerait une ambigüité sur le point de savoir si Brice Hortefeux était cité en tant que ministre ou en tant que personne privée, ce qui nuirait à sa défense. Réponse du tribunal, qui écarte l&amp;#8217;argumentation&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;C&amp;#8217;est à juste titre cependant que la partie civile poursuivante, qui justifie au demeurant par une note en délibéré -qui n&amp;#8217;a pas été factuellement contestée- que Brice Hortefeux dispose d&amp;#8217;un logement de fonction au sein du ministère de l&amp;#8217;Intérieur, où il réside habituellement, soutient que ce dernier pouvait régulièrement être cité à cette adresse, laquelle, compte tenu des fonctions qui sont les siennes, constitue une résidence revêtant les caractères de certitude et de stabilité qui lui confèrent, durant tout le temps d&amp;#8217;exercice de ses fonctions ministérielles, la qualité de domicile, au sens de l&amp;#8217;article 556 du code de procédure pénale.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Il sera au demeurant relevé que l&amp;#8217;article 555 du même code fait obligation à l&amp;#8217;huissier de &amp;#8220;faire toutes diligences pour parvenir à la délivrance de son exploit à la personne même de son destinataire&amp;#8221;, ce qui pouvait naturellement justifier, s&amp;#8217;agissant d&amp;#8217;un ministre en fonctions, que l&amp;#8217;acte fût délivré à l&amp;#8217;adresse du lieu d&amp;#8217;exercice de la charge publique qui lui a été confiée -où il a été remis à son chef de cabinet-, le prévenu ayant d&amp;#8217;ailleurs établi le pouvoir, appelé à être remis au tribunal, autorisant son conseil à le représenter aux audiences sur papier en-tête du ministère de l&amp;#8217;Intérieur, place Beauvau à Paris, attestant ainsi la réalité de cette domiciliation.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Ça, c&amp;#8217;est un beau #FAIL, comme on dit sur Twitter. Quand on prétend que son domicile n&amp;#8217;est pas le ministère de l&amp;#8217;intérieur (ce qui est possible, on sait qu&amp;#8217;aujourd&amp;#8217;hui, le domicile réel est distinct du logement de fonction, qui n&amp;#8217;est pas forcément occupé par le titulaire de la fonction), on évite d&amp;#8217;utiliser du papier à en-tête du ministère de l&amp;#8217;intérieur pour sa correspondance privée.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Enfin, le grief allégué en défense tenant à l&amp;#8217;ambiguïté, qu&amp;#8217;aurait suscitée la délivrance de l&amp;#8217;acte au ministère de l&amp;#8217;Intérieur, sur la qualité en laquelle Brice Hortefeux était poursuivi devant le tribunal correctionnel est inopérant, cette juridiction étant dépourvue de compétence pour statuer sur des poursuites engagées contre des ministres à raison de faits commis en cette qualité dans l&amp;#8217;exercice de leurs fonctions.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Aussi, le moyen de nullité sera-t-il rejeté.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Le tribunal rappelle que la Constitution a crée la Cour de Justice de la République pour juger les ministres pour les faits commis dans l&amp;#8217;exercice de leurs fonctions. Donc le fait que M. Hortefeux soit cité devant un tribunal de droit commun lève toute ambigüité&amp;#160;: c&amp;#8217;était forcément en qualité de personne privée. L&amp;#8217;auteur approuve.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le moyen d&amp;#8217;irrecevabilité opposée à la partie civile poursuivante&amp;#160;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;La défense soulève un deuxième argument&amp;#160;: l&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=09729182EA3C35B56F7F3F1683E13FA1.tpdjo17v_3?idArticle=LEGIARTI000006419817&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070722&amp;amp;dateTexte=20090324&quot;&gt;article 48-1 al. 2 de la loi du 29 juillet 1881&lt;/a&gt; sur la presse impose aux associations anti-racistes exerçant les droits de la partie civile dans le cadre d&amp;#8217;une infraction visant un individu isolément de justifier avoir reçu l&amp;#8217;accord de ce dernier. Or, Amine, le militant UMP un peu trop auvergnat, n&amp;#8217;a pas donné son accord pour de telles poursuites.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Réponse du tribunal&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;C&amp;#8217;est vainement que la défense se prévaut des dispositions de l&amp;#8217;article 48-1, deuxième alinéa, qui subordonnent la recevabilité des associations légalement habilitées à exercer les droits reconnus à la partie civile en ce qui concerne, notamment, l&amp;#8217;infraction d&amp;#8217;injures publiques envers des personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, à la justification de l&amp;#8217;accord des personnes concernées, alors qu&amp;#8217;une telle condition n&amp;#8217;est faite que lorsque &amp;#8221; l&amp;#8217;infraction poursuivie a été commise envers des personnes considérées individuellement&amp;#8221; et non lorsque l&amp;#8217;injure alléguée est poursuivie, comme en l&amp;#8217;espèce, pour avoir été commise à l&amp;#8217;égard d&amp;#8217;un groupe de personnes à raison de leur origine.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Les arguments procéduraux étant écartés, le tribunal est valablement saisi et doit statuer sur la prévention. Place aux arguments de fond, tels qu&amp;#8217;annoncés.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la valeur probante des enregistrement audiovisuels produits au soutien des poursuites et la matérialité des propos poursuivis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;argumentation du tribunal est longue mais se passe de tout commentaire. C&amp;#8217;est le tribunal qui graisse.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Deux extraits vidéos ont été versés aux débats de la scène litigieuse, d&amp;#8217;une durée inégale, mais manifestement tous deux issus de la même source et provenant des mêmes prises de vues et de son.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le MRAP a, par ailleurs, fait constater par huissier, le 15 avril 2010, la présence sur le site internet &amp;#8220;le monde.fr&amp;#8221; de la vidéo dont la chaîne télévisée Public Sénat a revendiqué la paternité en la diffusant dans son intégralité le 11 septembre 2009, laquelle, intitulée &amp;#8220;&lt;em&gt;18h00: Hortefeux, la vidéo de Public Sénat&lt;/em&gt;&amp;#8221;, a été gravée par l&amp;#8217;huissier sur CD Rom, versée aux débats et visionnée à l&amp;#8217;audience.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;On y voit la présentatrice du journal de la chaîne Public Sénat annoncer la diffusion de ce document en ces termes&amp;#160;: &amp;#8220;&lt;em&gt;Public Sénat a été témoin de cette scène. Nos équipes l&amp;#8217;ont enregistrée &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/12/...&quot; title=&quot;...&quot;&gt;&amp;#8230;&lt;/a&gt;Nous vous proposons ce soir de voir la scène en intégralité&lt;/em&gt;&amp;#8221; avant de préciser&amp;#160;: &amp;#8221; &lt;em&gt;D&amp;#8217;après nos journalistes qui ont assisté à la scène, Brice Hortefeux vient d&amp;#8217;arriver à Seignosse sur le site du Campus de l&amp;#8217;UMP pour le cocktail qui lance la traditionnelle soirée du samedi soir&lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/12/...&quot; title=&quot;...&quot;&gt;&amp;#8230;&lt;/a&gt; Il est aux environs de 20h&lt;/em&gt;&amp;#8221; et d&amp;#8217;ajouter, en commentant les images où l&amp;#8217;on voit Brice Hortefeux deviser avec Jean-François Copé&amp;#160;: &amp;#8220;&lt;em&gt;Une discussion inaudible par notre caméra&lt;/em&gt;&amp;#8221;.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;L&amp;#8217;authenticité de ce document, il est vrai de qualité d&amp;#8217;image et de son médiocre, n&amp;#8217;est pas sérieusement contestable, compte tenu de la nature et de la qualité de la source et des précisons livrées par la chaîne Public Sénat aux téléspectateurs sur les circonstances du tournage par ses propres journalistes.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Il sera relevé, en outre, que la chaîne Public Sénat n&amp;#8217;a jamais contesté l&amp;#8217;authenticité des copies de son reportage disponibles en ligne sur plusieurs sites internet, &lt;a href=&quot;http://lemonde.fr/politique/video/2009/09/10/le-derapage-de-brice-hortefeux-a-l-universite-d-ete-de-l-ump_1238728_823448.html#ens_id=1367949&quot;&gt;parmi lesquels &amp;#8220;lemonde.fr&amp;#8221;&lt;/a&gt; -depuis lequel la version produite à l&amp;#8217;audience a été gravée par huissier, à la diligence du MRAP-, excluant ainsi l&amp;#8217;hypothèse, évoquée en défense et plus allusivement par le ministère public, d&amp;#8217;une manipulation du son ou des images qui rendrait incertaine la matérialité des propos tenus.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;La scène filmée a lieu lors de la rencontre annuelle organisée par les &amp;#8220;&lt;em&gt;Jeunes du Mouvement Populaire&lt;/em&gt;&amp;#8221;, dénommée &amp;#8220;&lt;em&gt;Le Campus de l&amp;#8217;UMP&lt;/em&gt;&amp;#8221;, le samedi 5 septembre 2009, à Seignosse dans les Landes.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Brice Hortefeux bavarde, sur le campus, avec Jean-François Copé, sans que la conversation entre les deux hommes ne soit audible. Quelques personnes s&amp;#8217;approchent de ces derniers et un jeune homme se détache d&amp;#8217;un groupe pour demander au ministre s&amp;#8217;il accepterait de poser à son côté pour une photographie.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Brice Hortefeux répond plaisamment &amp;#8220;&lt;em&gt;Non, parce que passé vingt heures, je ne suis plus payé&lt;/em&gt;&amp;#8221;, ce qui provoque cette réflexion amusée de &amp;gt;Jean-François Copé&amp;#160;: &amp;#8220;&lt;em&gt;N&amp;#8217;oubliez jamais un truc, il est Auvergnat&lt;/em&gt;&amp;#8221;, qui est suivie par l&amp;#8217;échange suivant&amp;#160;:&lt;br /&gt;
Brice Hortefeux&amp;#160;:&lt;em&gt; Je suis Auvergnat.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Jean-François Copé&amp;#160;:&lt;em&gt; Il est Auvergnat, c&amp;#8217;est un drame. C&amp;#8217;est un drame.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Brice Hortefeux&amp;#160;:&lt;em&gt; Enfin, bon, je vais faire une exception!&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le jeune homme prend alors place entre les deux hauts responsables de l&amp;#8217;UMP, tandis que son prénom, &amp;#8221; Amine&amp;#8221; , fuse à plusieurs reprises au sein du groupe, plusieurs personnes, munies d&amp;#8217;appareils photos, profitant manifestement de l&amp;#8217;instant pour prendre elles-mêmes un cliché de la scène.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;C&amp;#8217;est alors qu&amp;#8217;un des participants s&amp;#8217;exclame &amp;#8220;&lt;em&gt;Ah, ça Amine, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;intégration, ça, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;intégration&lt;/em&gt;&amp;#8221; tandis qu&amp;#8217;on entend une voix d&amp;#8217;homme féliciter le jeune homme &amp;#8220;&lt;em&gt;Oh, Amine, bravo&amp;#160;!&lt;/em&gt;&amp;#8221; et une voix de femme dire &amp;#8220;&lt;em&gt;Amine, franchement &amp;#8230;&lt;/em&gt;&amp;#8221;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le ministre, de dos à la camera, fait une remarque sur la taille du militant (&amp;#8220;&lt;em&gt;Il est beaucoup plus grand que nous en plus&lt;/em&gt;”), puis un homme précise &amp;#8220;&lt;em&gt;Lui, il parle arabe, hein&lt;/em&gt;&amp;#8221;, déclenchant quelques rires qui font dire à Jean-François Copé, blagueur, &amp;#8220;&lt;em&gt;Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés&lt;/em&gt;&amp;#8221;.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;La caméra contourne le groupe qui paraît se disloquer, une fois les photographies prises, et dorme à voir très distinctement, en un plan plus rapproché, une main de femme qui caresse affectueusement la joue du jeune hommes tandis qu&amp;#8217;une autre, qui se trouve immédiatement à côté du ministre, ce dernier à cet instant de trois quarts dos à la caméra, précise&amp;#160;: &amp;#8220;&lt;em&gt;Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière&lt;/em&gt;&amp;#8221;, à quoi Amine B… (c&amp;#8217;est le nom du militant en question) réplique&amp;#160;: &amp;#8220;&lt;em&gt;Ben oui&lt;/em&gt;&amp;#8221;, avant que Brice Hortefeux lance à la cantonade: &amp;#8220;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype alors. C&amp;#8217;est pas du tout ça&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;#8221;, déclenchant à nouveau des rires.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Passons pudiquement sur l&amp;#8217;injure à la langue française, le ministre confondant prototype et archétype.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;La même militante, qui se trouve face au ministre, celui-ci toujours de trois quarts dos à la caméra, lui dit en le regardant&amp;#160;: &amp;#8220;&lt;em&gt;C&amp;#8217;est notre&amp;#8230; c&amp;#8217;est notre petit arabe&lt;/em&gt;&amp;#8221;, ce à quoi Brice Hortefeux réplique, en regardant son interlocutrice&amp;#160;: “&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C&amp;#8217;est quand il y en a beaucoup qu&amp;#8217;il y a des problèmes&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;#8221;, avant de prendre congé du groupe par ces mots &amp;#8220;&lt;em&gt;Allez, bon, courage, hein&lt;/em&gt;&amp;#8221;.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Seuls les propos ci-dessus reproduits en caractères gras sont poursuivis.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;En dépit de la médiocre qualité de cet enregistrement, où Brice Hortefeux se trouve toujours de trois quarts dos, ignorant manifestement la caméra, l&amp;#8217;enchaînement des propos échangés, comme la teneur de ceux qui sont proférés par les différents acteurs de la scène, ne sont susceptibles de contestation ni sur leur matérialité ni sur leur imputabilité.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Le tribunal porte ici une appréciation catégorique&amp;#160;: tout argument visant à prétendre que ces propos n&amp;#8217;ont pas été réellement tenus est sans fondement, car ils ne font aucun doute dans leur teneur et dans leur contexte. Demeure une question&amp;#160;: sont-ils injurieux en raison de l&amp;#8217;origine des personnes visées&amp;#160;? Voilà le cœur de la décision, et l&amp;#8217;analyse est minutieuse.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le caractère injurieux à raison de l&amp;#8217;origine des propos poursuivis &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Il sera rappelé que l&amp;#8217;injure est définie, par l&amp;#8217;article 29 , alinéa 2, de la loi du 29 juillet 1881, comme &amp;#8220;&lt;em&gt;toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l&amp;#8217;imputation d&amp;#8217;aucun fait&lt;/em&gt;&amp;#8221; et qu&amp;#8217;elle est plus sévèrement punie lorsqu&amp;#8217;elle est commise envers une personne ou un groupe de personnes &amp;#8220;&lt;em&gt;à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée&lt;/em&gt; ou encore, dans un autre registre, à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;La vidéo diffusée par la chaîne Public Sénat établit à l&amp;#8217;évidence qu&amp;#8217;en s&amp;#8217;exclamant &amp;#8220;&lt;em&gt;Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype alors. C&amp;#8217;est pas du tout ça&lt;/em&gt;&amp;#8221;, Brice Hortefeux réplique à une militante qui venait de préciser que le jeune Amine, dont il avait été précédemment indiqué qu&amp;#8217;il parlait arabe, était catholique, mangeait du cochon et buvait de la bière.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;L&amp;#8217;emploi du mot &amp;#8220;prototype&amp;#8221; appliqué à une personne - en l&amp;#8217;espèce le jeune militant de l&amp;#8217;UMP dont le groupe qui entoure Brice Hortefeux souligne l&amp;#8217;origine arabe supposée-, déjà malheureux et incongru en lui-même [Ah, merci de relever d&amp;#8217;office - NdEolas], laisse entendre que tous les Arabes de France seraient semblables, nécessairement musulmans et qu&amp;#8217;ils se conformeraient tous aux prescriptions de l&amp;#8217;Islam, seul le jeune Amine faisant exception.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le propos peut surprendre par la généralisation à laquelle il procède et choquer, au regard du principe républicain de laïcité, par l&amp;#8217;assignation qu&amp;#8217;il opère entre un groupe de personnes défini par leur origine et telle religion ou telles pratiques religieuses déterminées, supposées constituer un élément d&amp;#8217;identification du groupe en tant que tel et, nécessairement quoique implicitement, de différenciation de ce groupe du reste de la communauté nationale.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;De nature à flatter le préjugé ou à favoriser les idées reçues, il est à tous égards contestable. Mais il ne saurait être regardé comme outrageant ou traduisant du mépris à l&amp;#8217;égard des personnes d&amp;#8217;origine arabe, auxquelles seule une pratique religieuse, de libre exercice, est imputée, le serait-elle abusivement ou inexactement.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;S&amp;#8217;agissant du second propos reproché, il n&amp;#8217;est pas douteux, en dépit des premiers éléments d&amp;#8217;explication qui ont pu être donnés tant par Brice Hortefeux que par le jeune militant de l&amp;#8217;UMP, Amine B…, le premier ayant un temps soutenu qu&amp;#8217;il évoquait les Auvergnats, le second que seuls les photographes de presse étaient visés, que la phrase &amp;#8220;&lt;em&gt;Quand il y en a un ça va. C&amp;#8217;est quand il y en a beaucoup qu&amp;#8217;il y a des problèmes&lt;/em&gt;&amp;#8221; se rapporte aux personnes d&amp;#8217;origine arabe.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;L&amp;#8217;enregistrement de Public Sénat est sans ambiguïté sur ce point&amp;#160;: l&amp;#8217;échange provoqué par l&amp;#8217;initiative du jeune Amine qui souhaite poser pour une photo aux côtés du ministre suscite depuis quelques instants les exclamations du groupe qui hèle son prénom, précise qu&amp;#8217;il parle arabe, qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;est pas comme les autres, jusqu&amp;#8217;à ce qu&amp;#8217;une militante s&amp;#8217;adressant à Brice Hortefeux lui glisse la phrase &amp;#8220;&lt;em&gt;C&amp;#8217;est notre&amp;#8230; c&amp;#8217;est notre petit arabe&lt;/em&gt;&amp;#8221;, laquelle suscite aussitôt la réplique du ministre, qui ne se rapporte à rien d&amp;#8217;autre.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;L&amp;#8217;affirmation ainsi proférée, sous une forme lapidaire qui lui confère un caractère d&amp;#8217;aphorisme, est incontestablement outrageante, sinon méprisante, pour les personnes concernées, qui -à la différence du propos précédent- ne se voient pas seulement exclusivement définies par leur origine, indépendamment de ce que postule le libre arbitre ou de ce qui fait une individualité, la singularité d&amp;#8217;un parcours, les qualités ou les défauts d&amp;#8217;un caractère, mais sont présentées comme facteur de &amp;#8220;problèmes&amp;#8221;, soit négativement, du seul fait de leur origine, laquelle révélerait une essence commune dans les limites de laquelle il conviendrait de les enfermer.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Ainsi exprimé, le propos ne se réfère à aucun fait précis, il souligne sinon une menace, du moins une difficulté ou une préoccupation d&amp;#8217;ordre général, en ne l&amp;#8217;imputant à rien d&amp;#8217;autre qu&amp;#8217;à l&amp;#8217;origine réelle ou supposée des personnes, et à leur nombre.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Il est punissable aux termes de la loi, dès lors qu&amp;#8217;il vise indistinctement un groupe de personnes non autrement identifiées que par un des éléments énoncés par l&amp;#8217;article 33, alinéas 3 ou 4, de la loi du 29 juillet 1881&amp;#160;: origine, appartenance ou non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, ou encore sexe, orientation sexuelle, handicap. Il le serait, sous cette forme (&amp;#8220;&lt;em&gt;Quand il y en a un ça va. C&amp;#8217;est quand il y en a beaucoup qu&amp;#8217;il y a des problèmes&lt;/em&gt;&amp;#8221;), pour tout autre groupe de personnes défini par un quelconque des critères, énoncés par la loi, de détermination du groupe des personnes à protéger (les juifs, les noirs, les catholiques, les femmes, les homosexuels, les non-voyants, etc.). Il l&amp;#8217;est, en l&amp;#8217;espèce, pour toutes les personnes d&amp;#8217;origine arabe,&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Je ne pense pas que cette partie du jugement appelle de commentaire. Elle est aussi claire que solidement étayée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Point suivant, où la défense va enfin remporter une victoire&amp;#160;; la question de la publicité. Le tribunal l&amp;#8217;explique fort bien lui même. Laissons-lui la parole.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le caractère public ou non public du propos en cause &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Il n&amp;#8217;est d&amp;#8217;injures publiques, aux termes de l&amp;#8217;article 23 de la loi du 29 juillet 1881, que si les propos ont été &amp;#8220;&lt;em&gt;proférés dans des lieux ou réunions publics&lt;/em&gt;&amp;#8220;et si la preuve est rapportée de l&amp;#8217;intention de leur auteur qu&amp;#8217;ils soient entendus au-delà d&amp;#8217;un cercle de personnes unies entre elles par une communauté d&amp;#8217;intérêts, laquelle est exclusive de toute publicité.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;À défaut, la loi punit les injures non publiques de peines contraventionnelles. Enfin, les propos revêtant un caractère confidentiel ne sont pas punissables.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Voilà la règle rappelée, le tribunal va à présent l&amp;#8217;appliquer aux faits.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Il sera relevé, en l&amp;#8217;espèce, que le propos reproché a été tenu lors d&amp;#8217;un échange informel de Brice Hortefeux et Jean-François Copé, au ton badin et décontracté, avec des militants, seuls invités au Campus de l&amp;#8217;UMP, lequel était toutefois ouvert à des équipes de journalistes manifestement autorisées par les organisateurs à œuvrer à leur guise pour rendre compte de ces rencontres. La scène se déroule dès lors en un lieu &amp;#8220;&lt;em&gt;privatisé&lt;/em&gt;&amp;#8221; mais ouvert à la presse.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Les images témoignent d&amp;#8217;une atmosphère manifestement à la détente, et le groupe d&amp;#8217;une quinzaine de personnes qui fait cercle autour du ministre, lorsque le jeune militant UMP sollicite d&amp;#8217;être pris en photo à ses côtés, est manifestement un groupe de connaissances&amp;#160;: plusieurs d&amp;#8217;entre elles se munissent d&amp;#8217;appareils photos pour immortaliser l&amp;#8217;événement, nombreuses sont celles qui appellent Amine par son prénom, ou évoquent tel ou tel aspect de sa personnalité.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Aucun élément résultant de ces images - seules produites au soutien des poursuites- n&amp;#8217;atteste la présence d&amp;#8217;un tiers étranger à la communauté d&amp;#8217;intérêts que constitue à cet instant ce regroupement de militants qui partagent les mêmes convictions et témoignent de leur sympathie pour le ministre, hors la caméra, que manifestement ce dernier ne voit pas, l&amp;#8217;ensemble de la scène le montrant de dos ou de trois quarts dos à l&amp;#8217;objectif.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Au demeurant, ce dernier s&amp;#8217;exprime sur le ton de la conversation et, s&amp;#8217;agissant en particulier du propos retenu comme injurieux, à une militante à laquelle il répond en se tournant vers elle. Ni le niveau de la voix, ni l&amp;#8217;attitude de Brice Hortefeux ne révèlent alors l&amp;#8217;intention d&amp;#8217;être entendu par d&amp;#8217;autres que ce cercle de proches, ce dont témoigne d&amp;#8217;ailleurs le fait que les auteurs du reportage ont dû incruster la transcription littérale du propos en bas d&amp;#8217;image pour qu&amp;#8217;il soit parfaitement compréhensible.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;En cet état, l&amp;#8217;élément de publicité qui caractérise le délit d&amp;#8217;injure publique à raison de l&amp;#8217;origine ne saurait être regardé comme établi.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Pour autant, l&amp;#8217;échange était exclusif de tout caractère confidentiel, et sa révélation dépourvue de toute immixtion fautive dans un domaine protégé, s&amp;#8217;agissant du propos d&amp;#8217;un responsable politique de premier plan, tenu lors d&amp;#8217;un échange avec des militants, dans une enceinte où des journalistes peuvent être présents.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Il sera relevé à cet égard, compte tenu des commentaires dont ce point a fait l&amp;#8217;objet à l&amp;#8217;audience, qu&amp;#8217;il ne saurait être reproché à un journaliste invité à suivre une rencontre de nature politique de faire son travail et de souhaiter informer le public de la teneur des propos échangés en une telle occasion par l&amp;#8217;un des principaux responsables d&amp;#8217;un parti avec des sympathisants, dès lors que, par leur nature ou par leur tonalité, leur relation contribue à la légitime information du public sur ce dirigeant, exempte de toute immixtion attentatoire à ses droits de personne privée.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;La meilleure défense, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;attaque, disent les mauvais stratèges. La défense de Brice Hortefeux a donc tenté de faire le procès des journalistes suivant le ministre et ayant rapporté les propos tenus. Cela dit, elle n&amp;#8217;a  pas tort&amp;#160;: tout le problème vient du fait, non pas que les propos aient été tenus, mais que les journalistes les aient rapporté. Fichue presse libre.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le prévenu ne saurait cependant, en un tel cas, être pénalement comptable de la publicité faite à un propos non destiné à être rendu public.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Là aussi, rien à redire. Il est certain que le ministre ne voulait pas que ces propos fussent rapportés au public&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Par conséquent, le délit reproché d&amp;#8217;injure publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine sera requalifié en contravention d&amp;#8217;injure non publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine, incriminée par l&amp;#8217;article R 624-5 du code pénal qui la punit de l&amp;#8217;amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le tribunal ayant qualité pour requalifier l&amp;#8217;infraction poursuivie et disposant de la compétence territoriale pour le faire, compte tenu de ce qui a été dit de la &amp;#8220;résidence&amp;#8221;, au sens de l&amp;#8217;article 522 du code de procédure pénale, de Brice Hortefeux à Paris, ce dernier sera retenu dans les liens de la prévention et condamné à la peine d&amp;#8217;amende de 750 euros.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est à dire au maximum, ce qui n&amp;#8217;est pas innocent, sans jeu de mot. D&amp;#8217;ailleurs, le tribunal a gardé un clou pour enfoncer dans le cercueil, vous allez voir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Place aux parties civiles.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur l&amp;#8217;action civile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;L&amp;#8217;article 48-1 de la loi sur la liberté de la presse réserve les droits reconnus à la partie civile, s&amp;#8217;agissant des infractions d&amp;#8217;injures envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, aux seules associations qui se proposent par leurs statuts d&amp;#8217;assister les victimes de discrimination fondée sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse&amp;#8221; régulièrement déclarée depuis au moins cinq ans à la date des faits.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le MRAP [Fondé en 1949 - NdEolas] est dès lors recevable en sa constitution de partie civile.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;C&amp;#8217;est vainement que les parties civiles intervenantes font valoir que la condition d&amp;#8217;ancienneté exigée des associations pouvant se constituer partie civile serait contraire à l&amp;#8217;article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l&amp;#8217;homme en ce qu&amp;#8217;elle limiterait leur accès au juge, alors que ce dernier se trouve au contraire facilité par la reconnaissance à certaines associations, aux côtés du ministère public et des victimes directes de l&amp;#8217;infraction, du droit de mettre en mouvement l&amp;#8217;action publique et d&amp;#8217;intervenir au procès alors même qu&amp;#8217;elles ne justifieraient d&amp;#8217;aucun préjudice personnel autre qu&amp;#8217;une atteinte à l&amp;#8217;intérêt collectif qu&amp;#8217;elles représentent, la condition d&amp;#8217;ancienneté contestée n&amp;#8217;ayant d&amp;#8217;autre objet, compte tenu de la nature de telles prérogatives, que de s&amp;#8217;assurer de la réalité et du sérieux de leur objet social.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Il en résulte que les associations &amp;#8220;&lt;em&gt;Soutien ô sans papiers&lt;/em&gt;&amp;#8221;, déclarée en préfecture le 17 octobre 2007, et &amp;#8220;&lt;em&gt;Les Indigènes de la République&lt;/em&gt;&amp;#8221;, déclarée en préfecture le 20 décembre 2005, soit moins de cinq ans avant les faits poursuivis, sont irrecevables.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;L&amp;#8217;objet social du &amp;#8220;&lt;em&gt;Centre de Recherche et d&amp;#8217;Action sur toutes les Formes de racisme&lt;/em&gt;&amp;#8221;, déclaré en préfecture le 19 juin 2000 et satisfaisant donc à la condition d&amp;#8217;ancienneté de 5 ans exigée par la loi, est insuffisamment précis et univoque (&amp;#8220;&lt;em&gt;observer, répertorier, documenter et analyser les manifestations de discrimination fondée sur l &amp;#8216;appartenance ethnique, sociale ou autre &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/12/...&quot; title=&quot;...&quot;&gt;&amp;#8230;&lt;/a&gt; ceci afin d &amp;#8216;établir les fondements d&amp;#8217;une recherche systématique sur les mécanismes en jeu et de tenter de dégager des contre-mécanismes de défense et de prévention à l&amp;#8217;intention des personnes susceptibles d&amp;#8217;être victimes de ces diverses formes de racisme&lt;/em&gt;&amp;#8221;) pour satisfaire aux prescriptions de l&amp;#8217;article 48-1 de la loi, lequel exige seulement que l&amp;#8217;association ait, notamment, pour objet statutaire d&amp;#8217;assister les victimes de discrimination, ce que ces statuts ne prévoient pas explicitement. Aussi sera-t-elle déclarée irrecevable.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Faites rédiger vos statuts par un avocat. Ça vaut les honoraires, je vous assure. Là, c&amp;#8217;est moi qui graisse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voici le dernier clou dans le cercueil dont je vous parlais. Lisez bien ce paragraphe, et demandez vous dans combien de pays démocratiques un ministre en exercice qui se verrait condamné en ces termes pour des faits commis alors qu&amp;#8217;il était déjà en fonction pourrait rester en fonction.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Compte tenu de la nature du propos en cause &lt;em&gt;qui instille l&amp;#8217;idée auprès de militants politiques que le seul fait d&amp;#8217;être &amp;#8220;&lt;/em&gt;arabe&lt;em&gt;&amp;#8221; constitue un problème tout au moins quand &amp;#8220;&lt;/em&gt;il y en a beaucoup&lt;em&gt;&amp;#8221;&lt;/em&gt;, contrevient directement à l&amp;#8217;objet social d&amp;#8217;une association telle que le MRAP, et &lt;em&gt;eu égard à l&amp;#8217;autorité susceptible de s&amp;#8217;y attacher, au vu de la qualité de responsable politique de premier plan de son auteur, par ailleurs en charge d&amp;#8217;éminentes fonctions ministérielles&lt;/em&gt;, Brice Hortefeux sera condamné à payer à la partie civile une somme de 2&amp;#160;000 euros à titre de dommages et intérêts.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&amp;#8217;effet délétère sur le lien social d&amp;#8217;un tel propos, quand il est tenu par un responsable de si haut niveau&lt;/strong&gt;, justifie qu&amp;#8217;il soit fait droit à une mesure de publication judiciaire dans les termes retenus au dispositif.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Il sera fait droit, en outre, à la demande d&amp;#8217;indemnité pour frais de procédure présentée par le MRAP.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;La messe est dite.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un petit mot car visiblement, des éléments de langage ont été distillés aux militants UMP pour rappeler sans cesse qu&amp;#8217;il a été fait appel de cette décision et de rappeler l&amp;#8217;existence de la présomption d&amp;#8217;innocence du ministre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La présomption d&amp;#8217;innocence est avant tout une règle de preuve en matière pénale&amp;#160;: ce n&amp;#8217;était pas à Brice Hortefeux de démontrer son innocence, mais au MRAP de démontrer la culpabilité de celui-là. Point. L&amp;#8217;appel de M. Hortefeux empêche ce jugement de  devenir définitif, et cette même règle de preuve s&amp;#8217;appliquera en appel, mais à ceci près que pour espérer triompher, il devra également combattre l&amp;#8217;argumentation du tribunal qui sera au cœur des débats. Ce n&amp;#8217;est pas gagné. Le meilleur terrain est celui de la publicité, mais politiquement, c&amp;#8217;est une bien piètre défense&amp;#160;: &amp;#8220;Oui, je l&amp;#8217;ai dit, mais vous n&amp;#8217;étiez pas censé l&amp;#8217;entendre&amp;#8221;. Un peu comme &amp;#8220;Oui, j&amp;#8217;ai piqué dans la caisse, mais ça ne compte pas, vous n&amp;#8217;étiez pas censé le découvrir&amp;#8221;…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=3EDFC3CBC55929F06E49DC719BC19CE6.tpdjo17v_3?idArticle=LEGIARTI000006419316&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070721&amp;amp;dateTexte=20081221&quot;&gt;article 9-1 du Code civil&lt;/a&gt; protège la réputation des personnes en invoquant la présomption d&amp;#8217;innocence, et interdit de présenter une personne faisant l&amp;#8217;objet d&amp;#8217;une enquête ou de poursuites comme étant coupable, mais seulement &lt;strong&gt;avant toute condamnation&lt;/strong&gt;. Je ne sais pas par quel perversion du raisonnement (même si c&amp;#8217;est un peu la définition du militantisme) certains en arrivent à affirmer doctement qu&amp;#8217;il serait interdit de dire qu&amp;#8217;un condamné serait coupable, la présomption d&amp;#8217;innocence devenant ainsi une présomption d&amp;#8217;erreur judiciaire, et interdirait de faire état des éléments, ici accablants, ayant mené à cette condamnation. Épargnez-vous le ridicule, l&amp;#8217;anonymat sur internet n&amp;#8217;a jamais empêché quiconque de passer pour un idiot.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Laissez-ça aux ministres.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Devine qui vient dîner ce soir ?</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/11/Devine-qui-vient-d%C3%AEner-ce-soir</link>
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    <pubDate>Fri, 11 Jun 2010 01:21:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Foutchebol</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Revoilà donc la Coupe du Monde de football, qui commence dès ce soir pour l&amp;#8217;équipe de France avec son premier adversaire, l&amp;#8217;Uruguay (prononcer ourou - gouaille), officiellement République Orientale d&amp;#8217;Uruguay. Elle tire son nom de la rivière Uruguay qui forme sa frontière occidentale avec l&amp;#8217;Argentine.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/.800px-Flag_of_Uruguay.svg_m.jpg&quot; alt=&quot;800px-Flag_of_Uruguay.svg.png&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le drapeau uruguayen ressemble quelque peu à celui de son voisin argentin, dont il partage les couleurs, bleues et blanc, couleurs des troupes indépendantistes lors des guerres contre l&amp;#8217;Espagne, et le principal symbole, le &lt;em&gt;sol de mayo&lt;/em&gt;, le soleil de mai, inspiré d&amp;#8217;une représentation du dieu Inca Inti. Les neufs bandes bleues et blanches représentent les neuf départements originaux de l&amp;#8217;Uruguay (ils sont 19 aujourd&amp;#8217;hui), et visaient à imiter le drapeau américain, autre colonie ayant accédé à l&amp;#8217;indépendance.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;Uruguay a comme particularité d&amp;#8217;avoir trois drapeaux. Outre celui-ci, le plus connu à l&amp;#8217;international, l&amp;#8217;Uruguay a également le drapeau d&amp;#8217;Artigas et le drapeau des Trente Trois.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/158px-Flag_of_Artigas.svg.png&quot; alt=&quot;158px-Flag_of_Artigas.svg.png&quot; /&gt;      &lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/158px-Flag_of_the_Treinta_y_Tres.svg.png&quot; alt=&quot;158px-Flag_of_the_Treinta_y_Tres.svg.png&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le drapeau d&amp;#8217;Artigas est ainsi dénommé en l&amp;#8217;honneur de José Gervasio Artigas (19 juin 1764- 23 septembre 1850), père de l&amp;#8217;indépendance de l&amp;#8217;Uruguay, et sert principalement aux forces armées. Le drapeau des Trente Trois, frappé de la devise du pays, &amp;#8220;La Liberté ou la Mort&amp;#8221;, rend hommage au débarquement des Trente Trois Orientaux le 19 avril 1825 sur la plage d&amp;#8217;Agraciada et qui, après la déroute d&amp;#8217;Artigas, soulevèrent la Province Orientale contre l&amp;#8217;Empire du Brésil, déclenchant la guerre argentino-brésilienne (1825-1828) qui aboutit à la fondation de l&amp;#8217;Uruguay.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les bâtiments officiels uruguayens arborent les trois drapeaux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;équipe d&amp;#8217;Uruguay de football est surnommée les &lt;em&gt;Charruas&lt;/em&gt;, du nom d&amp;#8217;un peuple indigène qui y fut massacré en 1831, ou les Célestes, du nom du bleu ciel de leur maillot. L&amp;#8217;Uruguay n&amp;#8217;est pas une petite équipe à prendre à la légère&amp;#160;: ils arborent quatre étoiles sur leur symbole, car ils ont gagné deux coupes du monde (dont la toute première en 1930 et 1950) et deux tournois olympiques en 1924 et 1928, qui faisait office de coupe du monde avant sa création officielle en 1930). &lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/Rugby/100px-Uruguay_football_association.svg.png&quot; alt=&quot;100px-Uruguay_football_association.svg.png&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;Uruguay ne s&amp;#8217;est cependant pas qualifiée facilement. Elle a fini cinquième de la zone amérique du sud, et a dû disputer un match de barrage contre le Costa Rica. La France et l&amp;#8217;Uruguay se sont affrontés cinq fois&amp;#160;: deux victoires, deux matchs nuls, une défaite.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors, comme d&amp;#8217;habitude, en trois mots comme en cent… ALLEZ LES BLEUS&amp;#160;!&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Prix Busiris pour Brice Hortefeux</title>
    <link>http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/06/10/Prix-Busiris-pour-Brice-Hortefeux</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:ba682cd570291e48cbd304db4d6a863b</guid>
    <pubDate>Thu, 10 Jun 2010 21:56:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Eolas</dc:creator>
        <category>Prix Busiris</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le ministre de l&amp;#8217;intérieur, de l&amp;#8217;outre-mer et des collectivités territoriales a visiblement eu peur que le prix n&amp;#8217;échappe à l&amp;#8217;attention de l&amp;#8217;Académie Busiris car c&amp;#8217;est en présence des médias, lors d&amp;#8217;un point presse, que Brice Hortefeux a tenu les propos primés aujourd&amp;#8217;hui, et repris intégralement sur le site du ministère.&lt;img src=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/public/portraits/.Hortefeux_s.jpg&quot; alt=&quot;Brice Hortefeux, rougissant de fierté à l&amp;#039;annonce de son prix, à moins que ce ne soit de sa condamnation pénale.&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le sujet s&amp;#8217;y prête, il est vrai, puisqu&amp;#8217;il s&amp;#8217;agit de l&amp;#8217;affaire nantaise de ce boucher aux multiples maîtresses dont une au moins conduit en niqab.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voici le &lt;em&gt;corpus delicti&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.interieur.gouv.fr/sections/le_ministre/interventions/affaire-lies-hebbadj-nantes&quot;&gt;le communiqué du ministre&lt;/a&gt;. Les flèches sont d&amp;#8217;origine. J&amp;#8217;ai anonymisé le nom de l&amp;#8217;intéressé, ce blog ayant le statut de réserve où la présomption d&amp;#8217;innocence jouit de la  protection du statut d&amp;#8217;espèce en voie de disparition.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;→ Lorsqu&amp;#8217;à la fin du mois d&amp;#8217;avril j&amp;#8217;ai été informé du comportement de Liès H., j&amp;#8217;ai immédiatement demandé au préfet de la Loire-Atlantique de saisir l&amp;#8217;autorité judiciaire pour que la vérité soit connue.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;→ Une enquête approfondie a été menée par la police judiciaire. Je tiens à en remercier le directeur général de la police nationale, Frédéric PECHENARD, et le directeur central de la police judiciaire, Christian LOTHION, ainsi que les policiers qui ont concouru à cette enquête.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Le prix Busiris n&amp;#8217;est pas là mais ceci mérite quand même que nous nous arrêtions. Nous avons un boucher nantais soupçonné d&amp;#8217;avoir plusieurs compagnes simultanément. On en induit un soupçon de fraude aux allocations familiales. Aussitôt, car ils n&amp;#8217;ont rien de plus urgents à faire, nous avons les trois plus hautes autorités policières de l&amp;#8217;État, plus celle du département de Loire-Atlantique, qui se saisissent de l&amp;#8217;affaire. Sachons-leur gré de ne pas avoir saisi dans la foulée le Conseil de Sécurité de l&amp;#8217;ONU.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;→Liès H. est désormais livré à la justice.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Je crois que ce &amp;#8220;livré&amp;#8221; se passe de tout commentaire.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;→Il est mis en examen pour différents délits&amp;#160;: travail dissimulé, aide au séjour irrégulier, fraudes aux prestations sociales, c&amp;#8217;est-à-dire fraude à l&amp;#8217;obtention indue de l&amp;#8217;allocation de parent isolé et revenu de solidarité active, fausse déclaration à la caisse d&amp;#8217;allocations familiales, escroquerie par l&amp;#8217;emploi de manœuvres frauduleuses pour tromper la caisse d&amp;#8217;allocations familiales et se faire remettre indument des prestations.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;→Il est désormais placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter le territoire français.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;→Les peines encourues sont lourdes – de l&amp;#8217;emprisonnement et de fortes amendes. La justice décidera.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Voyons cela en détail.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Travail dissimulé&amp;#160;: 3 ans de prison et 45.000 euros d&amp;#8217;amende (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=D15C443E122EE0DED1A98F1F8C5EA9E5.tpdjo09v_2?idArticle=LEGIARTI000006904833&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006072050&amp;amp;dateTexte=20100610&quot;&gt;art. L.8224-1 du Code du travail&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aide au séjour irrégulier, le délit de solidarité qui n&amp;#8217;existe pas, &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/04/13/1371-du-delit-de-solidarite-et-du-mensonge-des-politiques&quot;&gt;vous vous souvenez&amp;#160;?&lt;/a&gt; 5 ans de prison et 30.000 euros d&amp;#8217;amende (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=36E844B0CC6BE34C7420E69A8DB01509.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000006335286&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070158&amp;amp;dateTexte=20090331&quot;&gt;art. L.622-1 du CESEDA&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Fraude aux allocs&amp;#160;: 5000 euros d&amp;#8217;amende (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006741030&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006073189&amp;amp;dateTexte=20100610&amp;amp;fastPos=18&amp;amp;fastReqId=2095830880&amp;amp;oldAction=rechCodeArticle&quot;&gt;art. L.114-13 du Code de la Sécurité Sociale&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Escroquerie&amp;#160;: 5 ans de prison, 375.000 euros d&amp;#8217;amende (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=271210239359033FE8470900915CE358.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000006418192&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20090212&quot;&gt;art. 313-1 du Code pénal&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les peines se cumulant dans la limite du maximum, on aboutit donc, s&amp;#8217;il devait être reconnu coupable de tous les chefs de prévention, à un maximum de 5 ans et 375.000 euros (les peines de l&amp;#8217;escroquerie, qui sont les plus lourdes tant pour l&amp;#8217;emprisonnement que pour l&amp;#8217;amende).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Effectivement, ça peut sembler de lourdes peines, quand l&amp;#8217;injure raciale n&amp;#8217;est punie que de six mois de prison et 22.500 euros d&amp;#8217;amende. Question de perspective…&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;→Il ne s&amp;#8217;agit pas, pour moi, d&amp;#8217;un simple fait divers mais d&amp;#8217;un fait de société.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Pour moi, il ne s&amp;#8217;agit pas d&amp;#8217;un fait de société, mais d&amp;#8217;un être humain.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Au-delà de cette situation particulière, il y a aujourd&amp;#8217;hui des dérives, que l&amp;#8217;on ne peut accepter et en face desquelles l&amp;#8217;on ne doit pas fermer les yeux.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Je les bloquerai,&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Quel courage. Il va vraiment assumer seule cette responsabilité ou ouvrir le parapluie&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;je les bloquerai sous l&amp;#8217;autorité du Président de la République et du Premier ministre, en liaison avec le Garde des Sceaux, avec le Parlement.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Comprendre&amp;#160;: si ça marche, c&amp;#8217;est grâce à moi, si ça marche pas, ce sera leur faute.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais assez ri, place au prix Busiris. Voici la contradiction. Je n&amp;#8217;ai rien oté au texte, les deux affirmations contradictoires se suivent d&amp;#8217;aussi près, sans respecter les distances de sécurité. Je graisse.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;→Concrètement, &lt;strong&gt;nous n&amp;#8217;avons pas besoin de nouvelle loi&lt;/strong&gt;. Il faut d&amp;#8217;abord appliquer celles qui existent. &lt;strong&gt;Et il faut les adapter à la réalité de notre temps&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Heu, chef, comment on adapte une loi sans nouvelle loi&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vous me direz, sans doute souhaite-t-il qu&amp;#8217;on applique une loi existante à une situation à laquelle on n&amp;#8217;ose pas le faire pour des motifs obscurs&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voyez la suite, il insiste, le bougre.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut faire évoluer notre droit&lt;/strong&gt; pour pouvoir lutter plus fermement contre certains comportements – «&amp;#160;polygamie de fait&amp;#160;», perception injustifiée de prestations sociales – qui ne sont, aujourd&amp;#8217;hui, &lt;strong&gt;pas suffisamment réprimées&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Le propos est clair&amp;#160;: il s&amp;#8217;agit de modifier la définition d&amp;#8217;un délit (la polygamie) et d&amp;#8217;aggraver des peines. Cela ne peut se faire que par une loi (art. 34 de la Constitution). La suite ne fera que le confirmer.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;La définition que le code pénal fait de la polygamie n&amp;#8217;est pas adaptée à la réalité d&amp;#8217;aujourd&amp;#8217;hui&amp;#160;:&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;•  la polygamie, c&amp;#8217;est le fait de se marier civilement alors qu&amp;#8217;on est déjà marié civilement&amp;#160;;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Rien à y redire, c&amp;#8217;est la définition du Code pénal (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=2BACC3B8C0F21B5855AC7B3B4A6FDFB9.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000006418589&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;amp;dateTexte=20090212&quot;&gt;art. 433-20&lt;/a&gt;). C&amp;#8217;est après que ça se gâte.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;•  c&amp;#8217;est une définition qui a pour conséquence que personne ou presque n&amp;#8217;est juridiquement polygame en France&amp;#160;: le droit ne tient pas compte des mariages religieux ni des situations de communauté de vie et d&amp;#8217;intérêts qui constituent, en réalité, une «&amp;#160;polygamie de fait&amp;#160;», organisée pour qu&amp;#8217;un homme vive des prestations sociales perçues par ses femmes&amp;#160;;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est absolument faux sur le premier point. Votre serviteur, par exemple, n&amp;#8217;est marié que religieusement. Je n&amp;#8217;ai pas mis un orteil dans une mairie, c&amp;#8217;est un prêtre catholique qui m&amp;#8217;a marié (dans une cathédrale, cela va de soi). Et pourtant, j&amp;#8217;ai un acte de mariage visé par les autorités françaises et un beau livret de famille frappé du sceau de notre République.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est que le mariage religieux ou civil n&amp;#8217;est juridiquement qu&amp;#8217;une &lt;em&gt;forme&lt;/em&gt; de célébration. Or la forme de la célébration dudit mariage est régie par les règles du pays où il a lieu. Or le pays dans lequel je me suis marié, l&amp;#8217;Espagne, reconnaît comme valable le mariage catholique (ainsi que le juif et le musulman). Dès lors que je me suis marié conformément aux formes du droit espagnol, les autorités consulaires n&amp;#8217;ont fait aucune difficulté pour transcrire mon acte de mariage sur les registres français. J&amp;#8217;ai ainsi échappé à la visite médicale obligatoire, à la publication des bans, et j&amp;#8217;aurais aussi échappé au honteux entretien préalable avec le maire s&amp;#8217;il avait été en vigueur à l&amp;#8217;époque.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sur le second, le ministre ne fait qu&amp;#8217;énoncer une tautologie&amp;#160;: la polygamie ne peut qu&amp;#8217;être de fait puisqu&amp;#8217;elle est illégale&amp;#160;; il n&amp;#8217;y a donc pas de polygamie de droit (sauf quand on est président de la république, bien sûr).&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;•  cette «&amp;#160;polygamie de fait&amp;#160;» est pourtant une réalité&amp;#160;: 16 à 20&amp;#160;000 familles, soit jusqu&amp;#8217;à 180&amp;#160;000 personnes (enfants compris), vivraient, dans les faits, en situation de polygamie dans notre pays (d&amp;#8217;après un rapport de Commission nationale consultative des droits de l&amp;#8217;homme).&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Là, je ne puis que rejoindre le ministre pour dénoncer le scandale des enfants qui vivent en situation de polygamie. Attendez la puberté, quoi.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Je veux que, demain, nous puissions protéger les femmes et les enfants qui sont sous l&amp;#8217;emprise d&amp;#8217;individus sans scrupule imposant un système organisé de contrôle et d&amp;#8217;exploitation.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Il parle des ministres de l&amp;#8217;intérieur&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Je veux que, demain, nous puissions empêcher tout à la fois la polygamie et la perception injustifiée de prestations sociales qui y sont souvent liées.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Concrètement, pour en finir avec ces dérives, je proposerai au Président de la République et au Premier ministre des mesures d&amp;#8217;adaptation du droit.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Mais pas de loi nouvelle. J&amp;#8217;attends avec impatience de voir ce que ce sera. Un coup d&amp;#8217;État&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Décidément, le ministre est chaud bouillant, prêt pour le Busiris. Mais comme un champion cabotin, il fait durer le plaisir.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;→  Faut-il aller plus loin en adaptant aussi le droit de la nationalité&amp;#160;? [Toujours sans loi nouvelle, hein - Note d&amp;#8217;Eolas] Ce n&amp;#8217;est pas une question taboue&amp;#160;! Lorsqu&amp;#8217;un étranger acquiert la nationalité grâce à son mariage avec une Française et que, dans les années qui suivent, il vit dans une situation de polygamie de fait en abusant du système d&amp;#8217;aides sociales, est-il normal qu&amp;#8217;il conserve la nationalité française&amp;#160;?&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Heu… C&amp;#8217;est pas facile comme question. Heu… Oui&amp;#160;?&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Ma réponse est non&amp;#160;!&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Zut&amp;#160;! Presque bon&amp;#160;! Bon, le public est en effervescence, voici venu le cœur du Prix Busiris, l&amp;#8217;affirmation juridiquement aberrante&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;L&amp;#8217;acquisition de la nationalité, c&amp;#8217;est un contrat.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Première énormité.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Et comme tout contrat, il peut être rompu.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Deuxième énormité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En droit, un contrat est un accord de volonté né d&amp;#8217;une offre et d&amp;#8217;une acceptation conforme créant une ou plusieurs obligations. &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/01/13/Piq%C3%BBre-de-rappel-en-droit-des-obligations&quot;&gt;J&amp;#8217;en ai déjà parlé à ma stagiaire&lt;/a&gt;. La nationalité est un lien de droit unissant une personne à un pays qui le reconnaît comme un citoyen. Elle naît de diverses façons, &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/11/04/Qu-est-ce-qu-%C3%AAtre-fran%C3%A7ais&quot;&gt;détaillées dans cet article&lt;/a&gt;. S&amp;#8217;agissant de l&amp;#8217;acquisition par mariage, ce n&amp;#8217;est pas un contrat, c&amp;#8217;est un droit,auquel l&amp;#8217;État peut s&amp;#8217;opposer pour défaut d&amp;#8217;assimilation dans un délai d&amp;#8217;un an suivant la déclaration (&lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=5D7DD16DE88DE8B4D4E5A331BEB1B3F9.tpdjo10v_2?idArticle=LEGIARTI000006419783&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070721&amp;amp;dateTexte=20100610&quot;&gt;art. 21-2 du Code civil&lt;/a&gt;). &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2008/07/11/1030-faut-il-etre-francaise-pour-porter-la-burqa&quot;&gt;Et il ne se gêne pas pour le faire à l&amp;#8217;égard des musulmans intégristes&lt;/a&gt;. Mais une fois ce délai écoulé, c&amp;#8217;est terminé, l&amp;#8217;acquisition de la nationalité française est définitive. &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000315053&amp;amp;fastPos=1&amp;amp;fastReqId=430841501&amp;amp;categorieLien=id&amp;amp;oldAction=rechTexte&quot;&gt;Il n&amp;#8217;y a eu qu&amp;#8217;une exception&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, un contrat ne peut légalement être rompu. C&amp;#8217;est la base du droit, depuis les romains&amp;#160;: &lt;em&gt;pacta sunt servanda&lt;/em&gt;, qui en droit français estdevenu &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=80291E15EF02E54DDB47171E947707B1.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000006436298&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070721&amp;amp;dateTexte=20081221&quot;&gt;l&amp;#8217;article 1134 du Code civil&lt;/a&gt; (le texte est d&amp;#8217;origine, de 1804, et le mot convention est à prendre au sens de contrat)&amp;#160;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Elles ne peuvent être révoquées que de leur consentement mutuel, ou pour les causes que la loi autorise.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Elles doivent être exécutées de bonne foi.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Certes, la loi peut prévoir des causes de rupture de contrat (alinéa 2), mais il est faux d&amp;#8217;affirmer que tout contrat peut être rompu&amp;#160;: la rupture autorisée par la loi est l&amp;#8217;exception.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Laissons le ministre terminer ce monument de sottise.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Rejoindre notre communauté nationale, ce ne sont pas seulement des droits, c&amp;#8217;est aussi le devoir de respecter les règles fondamentales du pays d&amp;#8217;accueil.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Par exemple, &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=271210239359033FE8470900915CE358.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000006419745&amp;amp;cidTexte=LEGITEXT000006070722&amp;amp;dateTexte=20090324&quot;&gt;ne pas proférer d&amp;#8217;injure raciale&lt;/a&gt;. Non, mauvais exemple, au temps pour moi, puisque dans ce cas, on peut rester ministre de l&amp;#8217;intérieur.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;→  Ce sont des questions difficiles. Mais je n&amp;#8217;ai pas peur de les traiter.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Vu la difficulté réelle de ces questions, il sera permis d&amp;#8217;émettre des réserves sur l&amp;#8217;étendue réelle du courage du ministre.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Je n&amp;#8217;accepte pas que des fraudeurs narguent tous ceux qui travaillent, tous ceux qui paient les cotisations sociales, tous ceux qui veulent s&amp;#8217;intégrer.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Que tous ceux qui l&amp;#8217;acceptent lèvent la main.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En effet, une question difficile qui demande du courage.&lt;/p&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Ceux qui travaillent ou recherchent du travail, ceux qui paient les cotisations sociales, ceux qui veulent s&amp;#8217;intégrer doivent être défendus et respectés.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Les fraudeurs, eux, doivent être punis.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Ils doivent bien le savoir&amp;#160;: la puissance publique finit toujours par l&amp;#8217;emporter.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;


&lt;p&gt;Et ce même quand elle a tort.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La mauvaise foi du ministre se confond avec le mobile d&amp;#8217;opportunité politique, qui consiste à exploiter jusqu&amp;#8217;au trognon un fait divers mineur, en mobilisant un ministre, un préfet, et les deux plus hauts chefs de la police pour ensuite pavoiser devant les micros, en foulant au passage du pied la présomption d&amp;#8217;innocence qui fait partie des règles fondamentales du pays d&amp;#8217;accueil. J&amp;#8217;ajoute que les leçons de rectitude morale de la part d&amp;#8217;un ministre qui a été pénalement condamné moins d&amp;#8217;une semaine auparavant me font penser à des leçons de pudeur données par une prostituée, en m&amp;#8217;excusant auprès de ces dames de les comparer à un ministre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour l&amp;#8217;ensemble de ces motifs, le prix Busiris est attribué, pour la seconde fois, à Monsieur Brice Hortefeux, avec triple huées.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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