Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Les avocats en grève

Non, ce n'est pas là, l'explication de mon silence de ces derniers jours, qui est plutôt à rechercher du côté de ce billet.

Mon confrère Z'advocate reprend sur son blog (mis à jour encore plus épisodiquement que le mien...) l'historique de la grogne qui gagne le barreau.

Je soutiens ce mouvement, mais sans participation, et vais vous expliquer pourquoi.

Je soutiens, car les indemnités versées au titre de l'aide juridictionnelle sont misérables, et mettent l'avocat face au dilemme de bien défendre à fonds perdus ou de bâcler son travail pour se consacrer aux dossiers solvables. La Chancellerie sait bien que nous opterons toujours pour la première solution, d'où sa faible volonté d'augmenter le montant de ces indemnités.

Là où cela devient insultant, c'est qu'après la grande manifestation de décembre 2000, la Chancellerie s'était engagée à augmenter le montant de l'Unité de Valeur[1] de 5% par an sur 3 ans. Les promesses de l'Etat n'engagent que ceux qui y croient, et rien n'a été fait.

Il faut savoir que dans certains barreaux, comme celui de Bobigny, l'aide juridictionnelle représente l'essentiel des revenus de certains cabinets. Cette stagnation aboutit en fait à une perte de chiffre d'affaire pour des cabinets sur la corde raide. Il ne s'agit pas de payer les traites de la Jaguar, mais du loyer du cabinet.

Aujourd'hui, alors que la grogne monte, que les organisations professionnelles protestent depuis 6 ans et multiplient les interpellations solennelles, la Chancellerie vient d'accorder royalement une augmentation de 6%, soit grosso modo l'inflation sur la période 2000-2006.

Et après ça, nos élus viendront geindre sur l'absence de culture du dialogue social en France.

Donc, nos organisations professionnelles, barreau de Pontoise en tête (en 2000, la grogne était partie de Bobigny et de Lille, si je ne m'abuse), suivi par les organisations nationales (Conseil National du Barreau et Conférence des Bâtonniers) ont donc averti le Garde des Sceaux que si l'Etat ne tenait pas sa parole, les avocats entreprendraient une action collective.

Et voilà qui est fait : la Conférence des Bâtonniers appelle à une grève des activité juridictionnelle les 9 novembre[2] et 16 novembre prochains[3], certains Barreaux comme Créteil ayant déjà commencé une grève des commissions d'office.

Le 18 décembre 2006[4], une manifestation aura lieu à Paris.

Evidemment, ce mouvement a tout mon soutien. J'ai la chance de ne pas dépendre de l'AJ pour vivre, tous mes confrères n'ont pas ce privilège.

Mais je ne ferai pas la grève des activités juridictionnelles, et avec tout le respect que j'éprouve pour mes confrères voisins du Barreau de Créteil, je désapprouve leur grève des commissions d'office.

Le terme grève est d'ailleurs impropre. Nous ne sommes pas salariés de l'Etat, même quand nous travaillons à l'aide juridictionnelle. Refuser de prêter notre concours à la justice est incompatible avec notre devoir d'auxiliaire de justice, mais surtout et pire que tout, elle nuit à nos clients.

Les magistrats soutiennent ce mouvement, dans leur quasi-unanimité. Mais la grève des 9 et 16 novembre, qui se traduira par des demandes de renvoi systématiques, qui seront probablement acceptés, aggraveront l'engorgement des tribunaux qui mettront des mois à résorber le retard pris. Cela retardera l'obtention d'une décision parfois longtemps attendue par nos clients.

Et il existe des contentieux qui ne souffrent pas d'attendre et qui seront jugés en notre absence.

Quelle que soit la légitimité de ce combat, qui ici est indéniable, je ne puis passer par perte et profit, comme dommage collatéral, la salle d'audience du JLD de Créteil d'il y a quelques jours, vide de tout avocat alors qu'une dizaine d'étrangers, certains parlant à peine le Français, allaient voir leur maintien en centre de rétention renouvelé pour quinze jours. Il s'agit de la liberté de personnes : cette cause vaut plus que toutes les disputes sur la revalorisation de l'UV. La loi impose des délais très stricts qui ne permettent aucun renvoi, aucun retard dans la prise de décision. Bien sûr, nous savons tous que ces audiences, particulièrement à Créteil, sont parfois purement symboliques, et que maintien en rétention n'est pas toujours synonyme de privation de liberté (les avocats de Créteil comprendront cette phrase sybilline...). Il n'empêche : le refus d'assister aboutira nécessairement, malgré la meilleure volonté du juge, à ce que l'audience ait lieu, sans avocat. Pour ma part, je m'y refuse, quitte à passer pour un jaune.

Vous l'aurez compris, je ne risque pas d'être élu bâtonnier cette année .

Mais d'un côté nous avons un intérêt professionnel, qui rejaillit certes sur le service public de la justice auquel nous concourrons. De l'autre, nous avons l'intérêt de nos client, et parfois sa liberté, que nous avons juré de défendre. Il n'y a pas photo.

Alors, les 9 et 16 novembre, je plaiderai. Je prie mes confrères de me pardonner. J'espère toutefois que ce billet contribuera à l'information de l'opinion publique, et je pense qu'il le fera plus efficacement que si je restais coi ces deux jours là.

D'ailleurs, chers lecteurs, si vous avez des idées de formes que pourrait prendre une protestation des avocats pour être à la fois visible, voire spectaculaire (nous vivons dans une société médiatique...), sans pour autant faire obstacle à l'exercice de notre ministère, idéalement en pourrissant la vie du Garde des Sceaux, j'ai toute foi dans votre imagination. Vos suggestions sont attendues en commentaire, je les glisserai dans la boîte à idées du bâtonnier.

Notes

[1] L'indemnité est calculée par la multiplication de l'unité de valeur fixée annuellement par la loi de finance à un coefficient associé à chaque type de procédure. Histoire de rendre ça encore plus simple, une légère variation est appliquée en fonction de la taille du barreau. L'UV est d'aujourd'hui d'un peu moins de 20,84 euros HT.

[2] Date à laquelle la revalorisation de l'Aide Juridictionnelle sera examinée en commission à l'assemblée

[3] Date du vote du budget de la Justice

[4] Date anniversaire de la signature du protocole avec la Chancellerie prévoyant 15% d'augmentation sur trois ans

Commentaires

1. Le mardi 7 novembre 2006 à 17:13 par Pokra


En pensant au "pourrissement" de la vie du Garde des Sceaux, il m'est revenu ceci à l'esprit:

Plurimae leges pessima respublica.

2. Le mardi 7 novembre 2006 à 17:19 par AntoineD

Ok, le seul avocat à plaider ces jours-là, ce seront donc Maître Eolas.

Fichtre ! vous voici à découvert :)

3. Le mardi 7 novembre 2006 à 17:28 par parquet

ce seront donc Maître Eolas.

...a écrit Antoine ,qui ,comme certains ,fait des cauchemars et voit des Eolas partout...

4. Le mardi 7 novembre 2006 à 17:31 par avec son accord _Tacite_

Monsieur le GdS, Prends ça également:

Corruptissima republica plurimae leges

5. Le mardi 7 novembre 2006 à 17:51 par Alain

"si vous avez des idées de formes que pourrait prendre une protestation des avocats pour être à la fois visible, voire spectaculaire (...)"

quelques idées en l'air :

mieux que pourir le futur-ex garde des sceaux, poste qui n'a JAMAIS résisté à une election à ce que je sache, pourquoi ne pas viser le public pour qu'il fasse de la justice une vraie priorité de l'élection et donc un thème de campagne ?

par exemple quelques slogans (je vous laisse recaller les chiffres) pourraient se fonder sur les faits suivants :
le budget de la justice c'est 1% du budget
le budget de la justice c'est 3 fois moins que celui du ministère de l'élevage de patates douces
la justice coute 50 € par français et par an
un avocat vous sera comis d'office, nous le paierons un quart du smic (montant de l'AJ divisé par le nombre d'heures estimés de préparation, rencontre du client, audience etc)
50% des enquetes ne peuvent se faire faute de moyens (ADN etc)

si avec ça les citoyens ne se questionnent pas sur la qualité de la justice qu'ils veulent ...

dans l'idéal, quelques slogans bien placés et vous placez le pur et simple doublement du budget de la justice au coeur du débat présidentiel, plutot que se battre sur un point particulier qui mobilisera moins fortement ... une proposition basique comme ça, il y a plein de présidentiables démagos qui pourraient la récupérer ...
c'est paradoxalement peut être plus facile pour vous que pour des gens payés par l'état (juge etc)

désolé pour toutes les imbécilités que j'ai sorties :o

6. Le mardi 7 novembre 2006 à 17:53 par dauphinus

quo usque tandem abutere ,pascalus clementus,patientia nostra?...

7. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:02 par CV ou C'est Vil

Pascal clément/

bigbrotherawards.eu.org/s...

8. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:08 par Yakadmander

"Vos suggestions sont attendues en commentaire, je les glisserai dans la boîte à idées du bâtonnier."

Plaider en Burqa ? en survet ? en bas résilles ? en jupe flamenco à pois et caraco ?

Se convertir temporairement à l'Islam et prier 5 fois par jour à heure dite ?

Faire la manche en bande devant le tribunal ?

Organiser des Berriers devant les tribunaux et envoyer les meilleurs au festival de théatre de rue de Châlon sur Saone ?

Reprendre et étendre ces excellents documents qui trainent sur internet sur l'art et la manière de porter sa cause en justice ?

Distribuer des calendriers mentionnant les vacances judiciaires de porte à porte comme les pompiers ?

Donner des conseils pécis et argumentés sur les limites du devoir de réserve aux fonctionnaires du ministère de la justice ?

Voter Bové ?

9. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:10 par thomcoll

Mon Cher Confrère,
1ère solution : participer à la grève parce que seul un mouvement unitaire peut conduire à ce que les pouvoirs publics nous prennent au sérieux - si je comprends vos arguments, il n'en demeure pas moins que l'unité fait la force et que les questions auxquelles vous répondez, tout avocat se les pose et la seule réponse : c'est l'unité

2ème solution (car il se peut que j'ai à plaider un dossier ce jour là) commencer sa plaidoirie par un :"vous n'êtes pas sans ignorer qu'aujourd'hui...." - profiter du temps de parole pour informer le public présent et faire comprendre au(x) magistrat(s) que si vous plaidez c'est que vous n'avez pas le choix mais que vous vous associez au mouvement de grève

3ème solution : faire des banderoles géantes avec nos revendications

4ème solution : participer à des journées d'information pour informer (quel joli pléonasme) de la situation

Enfin, bref, profiter de chaque espace de parole pour informer, débattre et finalement espérer obtenir satisfaction.

Confraternellement

10. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:14 par Max_well

Menacez les de ne pas plaider les affaires d'abus de biens sociaux et compagnie :)

11. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:15 par Daviso

Si vous voulez un signe fort, pourquoi ne pas plaider tous en jean, ou blouse blanche, ou tout autre tenue qui serait à la fois incongrue et n'offenserait la dignité de personne?

L'impact visuel serait incontestable, facilement repris par les médias, et avec un porte-parole efficace, votre message serait au moins entendu par les téléspectateurs (qui votent dans pas très longtemps).

12. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:18 par Acuel

"Vos suggestions sont attendues en commentaire, je les glisserai dans la boîte à idées du bâtonnier."

- Plaider avec une pencarte "avocat en grève" peinte ou scotchée sur la robe;

- Faire irruption sur le plateau du "prime de la Star'Ac" ou de "t'empêche tout le monde de dormir" (émissions retransmises en direct) pour délivrer le message de mécontentement de votre corporation dans une case télévisuelle de grande écoute (et en plus cela aurait pour effet d'animer un peu lesdites émissions).

13. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:24 par polynice

Votre position est réfléchie (ce qui n'est guère surprenant), mais elle repose sur ce postulat que toutes les affaires qui viendront à l'audience les 9 et 16 novembre prochain seraient également urgente : ce postulat n'est pas exact.

Je pense qu'il faut distinguer entre les affaires qui souffriraient d'un renvoi et celles que n'en souffriraient pas.

En matière civile et commerciale, une audience de plaidoirie peut être facilement déplacée, notamment à l'occasion d'un mouvement de grève.

L'affaire alors n'est pas compromise, perdue : les parties attendront quelques semaines supplémentaires avant d'avoir une décision.

"Mais justement, le client n'a pas à souffrir d'un mouvement qui ne concerne que des professionnels", me répondrez-vous. Et vous aurez tort.

Il est bon que le justiciable prenne conscience des conditions déplorables dans lesquelles la justice est actuellement rendue, et dans lesquelles les avocats et les magistrats travaillent.

Cela les concerne au premier chef. Et d'ailleurs, ils comprennent parfaitement le bien fondé de ce type de manifestation.

Ensuite, les affaires urgentes, qui ne peuvent être renvoyées sans que cela nuise au client, bien évidemment, il faut les plaider ! Et d'ailleurs personne n'a appelé à sécher les audiences pénales relatives à la détention ! Et si quelqu'un l'avait fait, ce serait un imbécile.

La dernière question à régler est la suivante (et elle découle du fax de notre bâtonnier que vous avez dû recevoir il y a quelques minutes) : vous opposerez-vous au renvoi sollicité par des confrères de province, qui eux entendent suivre le mouvement de grève ?

Dans la négative, vous participerez, au nom de la confraternité, au mouvement général.

Dans l'affirmative, vous n'êtes qu'un gredin.

Un rapide coup d'oeil à mon agenda m'apprend que nous resterons dans le domaine de l'hypothèse. Quand un confrère, a fortiori de province, demande un renvoi, j'ai pour principe de ne pas m'y opposer, sauf abus de la part du confrère, ou urgence du dossier (qui serait caractérisée par la détention du client, ou l'ancienneté de l'affaire avec une perspective de renvoi à date lointaine). Donc je ne m'y serais pas opposé, les circonstances étant ce qu'elles sont (le fax du bâtonnier est arrivé pendant que je rédigeais ce billet, c'est amusant...) mais même en dehors de ces jours, ma politique reste la même. Mais mon billet, et l'hostilité au refus de plaider, provient surtout de l'audience dont je parle, devant le JLD de Créteil, ou aucun retenu n'a pu bénéficier d'un avocat alors que l'enjeu était 15 jours de maintien en rétention. Il y a là désertion, c'est aller trop loin.

Eolas

14. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:29 par La Fédédents

"Vous l'aurez compris, je ne risque pas d'être élu bâtonnier cette année ."

Confrère, j'en déduis donc qu'il suffit d'examiner la liste des candidats pour vous trouver ? Tss, tss.

OU que mon absence de cette liste renforce encore la probabilité que je ne sois pas élu.

Eolas

15. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:30 par Libr'ellule

Merci Polynice, pour la solidarité avec les confrères de Province d'une part, et pour le reste de votre billet.
En effet, le "justiciable" n'a pas conscience du travail fourni par un avocat (et de moins en moins...). Seul un mouvement de ce type peut aboutir à une réelle prise de conscience. Ainsi qu'à faire bouger le derrière du Garde des Sceaux (qu'il a l'air d'avoir fort gras d'ailleurs...). Dire que ce type se prétend avocat... L'AJ, il n'a pas dû en faire souvent...
Quant à vous Eolas, je trouve un peu facile de critiquer sans rien proposer et de se retrancher derrière les idées des autres.
Malheureusement, des prises de position de ce type vont désservir notre mouvement, et c'est fort regrettable.

Permettez moi au rebours de penser que l'audience dont bénéficie mon blogue va plus faire pour faire connaître ce mouvement qu'une ou deux demande de renvoi supplémentaire émanant de votre bien dévoué serviteur.

Eolas

16. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:35 par cotopoulo

Suggestion de protestation: aller chercher des petits stagiaires à l'université (VISIBLE), les payer plus qu'au quart ou tiers du smic, voire même les payer tout court (SPECTACULAIRE), et les sensibiliser à la cause (ET AINSI POURRIR LA VIE DU GARDE DES SCEAUX !!!)

17. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:44 par Fred., de L.

Suggestion : Démonter un McDow ?

18. Le mardi 7 novembre 2006 à 18:56 par Emilien Wild

Organiser le procès factice des différentes personnalités médiatiques coupables de ces ennuis : les médias vont adorer, les personnalités en question en rajouter une couche pour faire parler d'elles et lancer une polémique.

19. Le mardi 7 novembre 2006 à 19:16 par Deilema

Dans notre barreau, une "grève du zèle" avait été suggérée pour paralyser l'activité judiciaire.

Exemple : au pénal, je fais des demandes de dossier et d'acte à tout va, devant la chambre sociale, je m'oppose à la désignation d'un rapporteur et exige une audience collégiale etc etc

En bref, le but est d'exercer tous les droits que la procédure nous accorde mais que nous négligeons d'exercer afin d'accélérer le mouvement, dans l'intérêt de tous.

Cette solution n'a pas été retenue dans la mesure où nous entretenons de bonnes relations avec nos magistrats locaux, qui sont par ailleurs assez réceptifs à nos revendications en matière d'AJ.

Mais si vous cherchez une façon de manifester votre désapprobation autrement qu'en boycottant les audiences, pourquoi pas?

C'est précisément ce que je recherche. Nuire au client ou désorganiser les tribunaux ne me paraissent pas de bons moyens, que la fin aussi juste soit-elle ne saurait justifier.

Eolas

20. Le mardi 7 novembre 2006 à 19:49 par RF

faire un mur de codes devant la chancellerie

21. Le mardi 7 novembre 2006 à 20:01 par Delio

J'allais suggérer une grève du zèle (dans les dossiers où la détention du prévenu/accusé n'est pas en jeu) mais Deilema m'a devancé.
Les grèves SNCF auxquelles les voyageurs adhèrent ne sont pas celles où les trains n'arrivent pas mais celles où les contrôleurs rangent leurs carnets à souche et expliquent le problème. Le voyageur n'est pas lésé, il est informé et souvent adhère, mais l'effet est le même pour l'entrepreneur, il est touché là où ça fait mal, au portefeuille.
Une approche similaire doit être la meilleure façon de faire pression sans nuire au justiciable.

22. Le mardi 7 novembre 2006 à 20:13 par pengwennick

A la différence de l'auteur de la citation latine rappelée dans les commentaires et qui s'avère on ne peut plus d'actualité, l'adhésion au mouvement de grève ne saurait, lui, être tacite.
En même temps, au célèbre dilemme du prisonnier, il conviendrait d'ajouter également le dilemme de l'avocat. L'un deux,se sentant pris de velléités grévistes se retrouve rapidement devant le choix douloureux suivant: défendre l'intérêt professionnel en m'abstenant de travailler ou continuer envers et contre tout de défendre l'intérêt du client.
En vérité, ce dilemme n'existe pas. Comme il l'est rappelé plus tôt, tout est affaire (comme souvent) de circonstances. Telle situation urgente exigera l'action immmédiate. Telle autre sera on l'espère renvoyée.
L'avocat ne peut faire grève bien longtemps sans risquer de mettre son activité en péril et de ralentir plus encore les délais de jugement. Cela, le gouvernement le sait: le temps joue pour lui dans ce domaine.
Et il y a fort à parier qu'un mouvement des avocats ne recueillerait pas instinctivement le soutien de l'opinion vu l'image d'épinal attaché à la profession.
Néanmoins, cette image peut rapidement changer avec un minimum de pédagogie.
A quoi le public reconnait-il généralement l'avocat? à sa robe. Effectivement, il me semble qu'un changement ou une particularité vestimentaire en ces jours de grève serait le meilleur moyen pour fiare entendre la cause ordinale auprès des médias et, partant, de l'opinion.
Les revendications confidentielles restent le plus souvent sans effets en France.
Il est tout de même particulièrement paradoxal qu'une profession aussi bien représentée dans la classe politique (moins que sous les républiques antérieurs il est vrai mais tout de même) ne bénéficie que d'un aussi faible appui dans ses revendications sociales.
Les avocats, une fois devenus politiques, ont-ils la mémoire qui flanche? Ou n'ont-ils jamais connu les joies de l'AJ?
Notre garde des sceaux est en passe de faire regretter son prédecesseur, ce qui constitue un exploit de taille.
Il a là l'occasion de finir sur une note un peu moins catastrophique. Qu'il ne loupe pas cette dernière chance !

23. Le mardi 7 novembre 2006 à 20:30 par tokvil

pourquoi ne pas faire comme les medecins. Distinguer les urgences [ou l'absence de representation a l'audience ne permet pas d'obtenir un report] des situations ou un report est possible. C'est vrai, je le concede, que ca ne regle pas le probleme de l'engorgement des tribunaux, mais au moins, les clients les plus "vulnerables" seront epargnes.

?

24. Le mardi 7 novembre 2006 à 21:53 par Coujou

@Libr'ellule et Polynice : Les justiciables dont parle Maitre Eolas sont des étrangers en situation irrégulière (ou au moins assez délicate).

Ne pas leur venir en aide ne représenterais pas un gêne similaire à celle que la SNCF cause à un banlieusard en supprimant son TER mais bel et bien une décision lourde de conséquences.

Il faudrais mieux mesurer la portée de cette phrase : "les parties attendront quelques semaines supplémentaires avant d'avoir une décision". Si il y a bien une chose que la fréquentation de ce blog m'a apporté, c'est d'être conscient que dans un tribunal, il se joue des choses plus graves que des litiges commerciaux/maritaux/de voisinages.

25. Le mardi 7 novembre 2006 à 21:56 par Largentula

Plaider sans robe... mais sans rien à la place, ça serait médiatique ! (en esprant que cela ne nuise pas à la concentration des parties... aucun jeu de mots la dedans... ou presque...)

26. Le mardi 7 novembre 2006 à 22:01 par bertrand

Est-il possible de plaider dans un autre habit que la robe ? Un T-shirt blanc avec un slogan dessus ? Ou une robe à pois ?

27. Le mardi 7 novembre 2006 à 22:20 par Blanche

Ou tout nu ?

(Excusez-moi, c'était pour vous détendre un peu, entre deux dossiers.)

28. Le mardi 7 novembre 2006 à 22:45 par DELPHINE

Je suis entièrement d'accord avec vous, la grève ne semble pas appropriée, car elle ne gène que les justiciables et n'est pas un moyen de pression efficace.
En revanche comment faire aboutir une légitime revendication ?
Il faut des actions visibles .
Seule la Conférence des Bâtonniers appelle à la grêve, quid du Barreau de Paris et du CNB ?
Il est curieux de voir que les avocats ont toujours scrupule à défendre leurs propres intérets ...
Je précise que je suis avocate , il y a 15 ans je refusais l'AJ , mais aujourd'hui compte tenu de l'évolution de ma clientèle je suis amenée à traiter beaucoup de dossiers AJ d'ailleurs souvent tres interessants et soulevant des questions complexes....
Qui aujourd'hui accepte dans notre société de travailler à perte ?

29. Le mardi 7 novembre 2006 à 22:51 par polynice

@25 : Cher Monsieur Coujou,

Par la fréquentation de ce blog, vous avez appris qu'il se jouait parfois devant les tribunaux des choses plus graves que des petits problèmes quotidiens.

Eh bien, vous avez appris ce que j'apprends tous les jours devant les juridictions criminelles et correctionnelles de ce pays.

Le problème, c'est que la cessation d'activité juridictionnelle préconisée par la Conférence des Bâtonniers ne concernent pas uniquement le contentieux pénal ou le droit des étrangers.

Que Monsieur Eolas ait retenu ce type d'audience pour asseoir sa position, c'est son choix, mais toutes les audiences sont concernées par cet appel à la "grève".

J'ai un cabinet qui marche bien et j'accepte d'intervenir au titre de l'aide juridictionnelle : j'ai demandé mon inscription sur la liste des volontaires du barreau de paris pour faire tous les deux mois les comparutions immédiates, alors que j'aurai pu jouer le garde-chiourme en me faisant désigner Référent de l'ordre.

A chaque audience, je me tape trois à cinq dossiers, et je ne compte pas mon temps, même si je dois sortir à 22 heures

Je n'hésite pas à faire des demandes d'actes, à aller devant la Chambre de l'instruction quand cela est nécessaire, alors que ces interventions ne sont pas rémunérées dans le cadre du forfait.

Je viens de recevoir, dans une affaire criminelle une ordonnance de règlement, après 4 ans d'instruction, 7 interrogatoires de 2 heures chacun, et je ne suis toujours pas rémunéré.

Je n'ai donc de leçon à recevoir de personne, et j'estime que si j'avais un dossier, pénal, qui viendrait à l'audience les 9 ou 16 novembre, je demanderais un renvoi, par solidarité et par conviction, à condition bien sûr que ce renvoi ne lèse pas les intérêts de mon client.

Toutes les personnes qui comparaissent devant un tribunal correctionnel ne sont heureusement pas détenues.

C'est tout.

30. Le mardi 7 novembre 2006 à 23:03 par Rivan

La robe est d'usage , mais l'etat de la robe usagée ?
Si vos confreres et surtout les plus mediatiquement presentés (dont vous etes, sans flagornerie aucune) plaidiez en robe rapiécée, elimée , raccommodée, ravaudée grossierement etc , tres visiblement et le fassiez savoir et constater tout aussi mediatiquement aux grilles ou marches du palais, peut etre que ?

31. Le mardi 7 novembre 2006 à 23:37 par Clems

Cette "grève" me fait un peu penser à la grève administrative des médecins qui s'est terminée avec des menaces de sanctions de la part des caisses. Effectivement une grève c'est une cessation totale de l'activité et non une cessation partielle ou plutôt une grève perlée puisqu'elle va conduire au ralentissement des administrations judiciaires.

Deuxieme point où je vais me faire des amis, certains avocats ne critiquent pas l'AJ (surtout les jeunes) car elle leur permet d'etre sûr d'etre payés, là ou certains clients qui crevent les plafonds de ressources se permettent d'être des mauvais payeurs.

Enfin, j'espère que la compétence de l'avocat ne se mesure pas qu'à sa rémunération...

32. Le mardi 7 novembre 2006 à 23:40 par bayonne

je ne voudrais pas casser l'ambiance, mais apparement, les médias (voir même : les journalistes, diantre ! ) s'en tapent le coquillard avec un col de femur d'alligator femelle de la futur grève des avocats. a mon grand regret pour vous.

le truc qui attire les journalistes en ce moment c'est :
-une election de moyenne importance dans le pays qui autorise par la loi la torture
-le nombre de militant socialiste qui vont choisir leurs candidats
-l'armée israeliene qui se retire
-le kirghistan
-et l'onu

il faut trouver un truc qui entre dans ces grand sujet d'information, voir idealement organiser une enorme conference de presse, avec en entete sur les invitations:
- Buffet a volonté, boisson a volonté fourni par un grand restaurateur Parisien
-1 voyage au Seychelles tiré au sort parmi les journalistes present
-50 ipod a gagner
-1 ecran Plasma

une star du p0rn0 sensible a ce sujet seras aussi presente en petite tenue

la c'est sur cela vas faire la une pendant une semaine

33. Le mercredi 8 novembre 2006 à 00:02 par Le Monolecte

C'est être entre le parteau et l'enclume.
Aller plaider dans l'intérêt des clients : c'est justement sur cette conscience professionnelle que le ministère table et c'est pour cela qu'il laisse l'AJ dans l'indigence.
Ne pas aller plaider dans l'intérêt de la grève : c'est soutenir le mouvement et c'est à terme aider les futurs clients qui seront soutenus par des avocats mieux payés. Mais c'est aussi faire une croix sur les pauvres zigues qui vont comparaître ce jour-là et qui n'y sont pour rien. Les oeufs de L'omelette?

Reste à trouver une troisième voie qui rend la position du ministère intenable sans nuire aux clients du jour de grève... Le tout avec un maximum de boucan pour attirer l'attention des médias et du publique sur cette question épineuse.

Je propose donc l'instauration des plaidoiries naturistes!
Les avocats plaideront tous à poil! :-)
Ce qui soulignera la faiblesse de leurs moyens, sera médiatiquement explosif et frappera forcément les esprits! :-)

34. Le mercredi 8 novembre 2006 à 00:10 par zadvocate

Chez nious la consigne est de plaider dans tous les dossiers ou la liberté du client est en jeu, ainsi que de traiter tous les dossiers dans lesquels des enjeux vitaux existent ou des délais particuliers sont à respecter.

D'une façon plus générale, je pense que malheureusement, ce ne sont pas deux jours de grève qui feront avancer les choses.

On le voit dans d'autres secteurs, seul un mouvement dur peut faire bouger les choses. Encore faut il qu'il soit suivi sur la france entière de façon uniforme et malheureusement, la profession n'a pas cette cohésion.

35. Le mercredi 8 novembre 2006 à 00:38 par Yann

Cher maître, sauf erreur de ma part (ce qui est possible, vu mon 7/20 en maths au bac), 5 % d'augmentation par an sur 3 ans ne font pas "15% d'augmentation sur trois ans", comme vous le dites en note [4].
Logiquement, ça fait un peu plus (15,76 %, si mon calcul est bon).
Notez que 0,76 %, ça valait bien un commentaire.
(Ben oui, mais la note était fausse, j'y peux rien.)

36. Le mercredi 8 novembre 2006 à 01:07 par dadouche

C'est curieux, j'ai l'impression de lire exactement les mêmes débats que ceux qui agitent la magistrature en ce moment : accepter tout parce qu'il ne faut pas léser le justiciable ou tout refuser parce que c'est dans de meilleures conditions qu'on servira le mieux le justiciable.
Nous sommes tous des corporatistes :-)))

37. Le mercredi 8 novembre 2006 à 01:31 par bigfinger

Je suis d'accord avec Polynice, tout ne peut pas être traité de la même légerté et nos UV ne sont pas grand chose comparé à la liberté des uns ou les forclusions des autres. L'état le sait et comme vous l'avez dit en joue.

Sinon pour pourrir le fonctionnement de l'AJ j'avais l'idée de faire déposer des dossiers par tous nos cients, de manière systématique.

Le problème est que dans mon barreau (saint etienne) le bureau d'AJ tellement en sous effectif avait accumulé un tel retard que des confrères, au mois d'aout 2005, ont du prendre sur leur temps pour préter main forte aux pauvres fonctionnaire qui entre les RTT et les arrêts maladie n'arrivaient pas à joindre les deux bouts!

Mon idée à donc été refusée comme risquant de compromettre l'équilibre aujourd'hui atteint et risquant d'embarrasser à nouveau les plus dévoués d'entre nous. Un comble sans aucun doute.

38. Le mercredi 8 novembre 2006 à 01:35 par bigfinger

@coujou:

"Si il y a bien une chose que la fréquentation de ce blog m'a apporté, c'est d'être conscient que dans un tribunal, il se joue des choses plus graves que des litiges commerciaux/maritaux/de voisinages."

S'il ya bien une chose que la fréquentation des tribunaux m'a apporté, c'est d'être conscient que dans un tribunal, il se joue majoritairement des litiges commerciaux/maritaux/de voisinages.

On voit que vous n'êtes pas du barreau de Bobigny.

Eolas

39. Le mercredi 8 novembre 2006 à 08:45 par petit robert

à thomcoll :commencez plutôt par "vous n'êtes pas sans savoir",ce qui me paraît plus correct...

40. Le mercredi 8 novembre 2006 à 08:54 par Dépêche AFB


Dernier bulletin de santé: [08.36 / 08/11/2006]

Notre Garde des Sangs_froids_ se ferait des sceaux d'encre.

/Des bloggeurs seraient à l'origine de ces légers malaises./Stop./

/Dépêche_2/

Un groupe d'avocats joyeux mais déterminés se proposent de construire une citrouille géante en Codes divers devant leur ministère, celle -ci étant éclairée de l'intérieur par ceux d'entre eux qui sont de vraies lumières.

41. Le mercredi 8 novembre 2006 à 09:14 par LE PRÉTEUR

Proposition de banderole:

" AIT PRAETOR : SI NON HABEBUNT ADVOCATUM, EGO DABO. "

Et même s'il n'est pas très en forme (cf.:@Dépêche AFB),
il n'en perdra pas son latin pour autant !..

42. Le mercredi 8 novembre 2006 à 09:44 par isa

Je prend connaissance ce matin de votre billet sur cette grève, tout à fait justifiée et que je soutiens activement, pour travailler en grande partie à l'AJ.

Le problème, comme vous le souignez, est qu'un cabinet d'avocat est une entreprise, qui paye des charges lourdes (URSSAF, sécurité sociale...) et a des charges de fonctionnement incompressibles (loyer, secrétariat, ordi, papier, téléphone pour ne citer que celles-là).

L'autre problème, qui dépasse la conscience professionnelle de défendre de la même façon ceux qui n'ont pas de moyens, c'est la responsabilité professionnelle de l'avocat, qui est la même dans tous les cas...
Sans se retrancher derrière cet argument purement égoïste (sauver sa peau quand même), je pense que l'état le sait...

Ce qui est très désagréable, c'est ce sentiment d'être utilisé, mis à contribution, pour une cause en soit très juste, mais de façon perverse...

Je ne compare pas le temps que je passe sur des dossiers payants et ceux qui sont à l'AJ...
Je vais peut être le faire... même si cela ne changera pas ma façon de travailler.

43. Le mercredi 8 novembre 2006 à 09:46 par Hungarian fear

Que faire pour remonter enfin l'AJ ?

1) tous les avocats montent leur boite de prod' audiovisuelle, obtiennent du ministère de la Justice l'autorisation de filmer les débats et refourguent le tout à Endemol, trop contente de récupérer du procès pénal et des affaires de divorce bien dramatiques.
Du coup, les anciens courageux marchant à l'AJ deviennent les millionnaires du barreau, et tout le monde est content.

2) les avocats de Julien Courbet doivent être obligés d'être payés à la seule AJ pour leurs interventions musclées, idem pour "l'Arène de France", les secrétaires de la conférence qui y déploient brillamment leurs talents d'orateurs doivent revenir aux seuls petits défraiements publics qu'ils touchaient quand ils se faisaient la main aux commissions d'office. Du coup on entendra déjà un peu plus parler des problèmes de la profession.

Perspectives: sujet de l'arène de France "les avocats doivent-ils solliciter leur omission du barreau, braquer des banques pour financer leurs cabinets et ensuite solliciter leur réinscription en espérant que la Cour de cassation reviendra sur sa position?" et sujet de julien Courbet "je suis avocat, agios bancaires à floraison, pitié aidez moi Julien".

3) demander à Gérald Dahan de piéger le bon Monsieur Clément en imitant M. Nicolas Sarkozy précisant que le temps de la rupture est venu et qu'il faut tripler les AJ.

4) autoriser le sponsoring des sociétés de paris sportifs sur les seules robes des avocats, monopole compensant les charges du service d’intérêt économique général qu’est la défense des nécessiteux.

44. Le mercredi 8 novembre 2006 à 10:10 par Irène Delse

Pour interpeller nos chers médias : s'inspirer du film malien sur le procès du FMI, organiser le procès (filmé !) du gouvernement ? Mettre la vidéo sur YouTube ? Ou bien envoyer la cassette à Bernadette, pour qu'elle en parle à son mari ? (Elle aime beaucoup le cinéma, vous pourriez devenir les "Indigènes" du barreau !) En profiter pour changer la triste robe noire contre une dorée à paillettes ?

Plus sérieusement (et terre-à-terre) : dans les cas où la liberté d'une personne est en jeu ou autre enjeu brûlant, commencer la plaidoirie par un petit discours sur le problème de l'AJ ?

C'est ce qu'avaient fait les enseignants qui soutenaient leurs collègues sanctionnés par Gilles de Robien pour avoir exprimé des avis différents de ses consignes officielles sur la sacro-sainte méthode syllabique : toute réunion avec l'administration commençait par un rappel du contentieux en cours... Et le ministre semble commencer à rétro-pédaler.

45. Le mercredi 8 novembre 2006 à 10:43 par jeannot

Chère Maître, vous écrivez ceci :
"Le terme grève est d'ailleurs impropre. Nous ne sommes pas salariés de l'Etat, même quand nous travaillons à l'aide juridictionnelle."
Alors autant j'aime bien ce blogue et vous m'êtes sympathique, autant là je suis un peu choqué... Ben oui, étant fonctionnaire je me dois de vous faire savoir, que le droit de grêve ne nous est pas réservé, et que si les employés avaient un peu plus de couilles pour agir unitairement dans le privé et que les organisations syndicales se tiraient un peu moins dans les pattes, le rapport de force serait plus favorable face au patronat et la grêve aussi faisable que dans le public...
Je rappelle à toutes fins utiles, que la grêve nous coûte quand on la pratique (1/30em de salaire par jour de grêve) en conséquence de quoi, les fonctionnaires ne la font pas par plaisir ou pour faire chier le peuple, mais bien pour défendre un service public à travers des conditions de travail qui sont le plus souvent aussi des conditions de service...
Certes le plus souvent on entend parler de revendication salariale, mais comme chacun le sait, l'Etat est mauvais payeur et pour ne citer qu'un tout petit exemple, nos remboursement de frais de déplacement s'élèvent à : 53,36€ une nuitée petit dej inclus sur Paris et 38,11€ en province. Ben pour ce prix là de nos jours on trouve pas souvent un truc correct. Et on n'est pas les plus à plaindre dans mon service.

Il demeure que la grève est une cessation concertée du travail qui constitue une suspension du lien juridique entre le travailleur et celui qui le rémunère (lien contractuel ou institutionnel pour un fonctionnaire). Ici, nous ne visons pas à faire pression sur nos clients, mais sur l'Etat. Certes, il est le payeur, mais certainement pas notre client. cela revient à faire grève pour faire pression sur le banquier de nos clients solvables. Le terme "grève" est employé à tort et à travers. Les étudiants font grève, les chômeurs font grève, les retraités font grève. Je trouve le mot galvaudé.

Eolas

46. Le mercredi 8 novembre 2006 à 11:10 par Sylvestre

Comme cela a déja été dit pourquoi ne pas plaider en jean et basquet (ou autre tenue nettement moins "classe" que la robe) ? Il est probable que ce genre de procédé choque quelque peu l'assistance non ?

Ajouter a cela un début de plaidoirie rappelant le problème et vous pourriez avoir une opération de communication a moindre frais (un jean, un tee shirt et une paire de basquets) qui ne leserait pas les clients beneficiant de l'AJ.

Il y a toutefois du travail a faire pour que les gens qui ne lisent pas ce blog comprennent qu'avocat ne rime pas (toujours) avec riche...

Mais la plupart des avocats n'ont pas de jean's ou de baskets : Versace et Prada n'en font pas dans leur colelction automne hiver 2006, nous serions bien pris au dépourvu.

Eolas

47. Le mercredi 8 novembre 2006 à 11:28 par krysalia

je ne sais pas si elle est réalisable, mais j'aime beaucoup l'idée de rivan en #31 :)

48. Le mercredi 8 novembre 2006 à 11:31 par Neville

@ jeanot, commentaire 46

"Le terme grève est d'ailleurs impropre. Nous ne sommes pas salariés de l'Etat, même quand nous travaillons à l'aide juridictionnelle"

Cà veut sans doute dire ceci : faire grève, c'est à l'origine et ça devrait toujours seulement rester le fait de cesser le travail pour faire pression sur l'employeur en vue d'obtenir de lui, par ce moyen, ce qu'il refuse d'accorder sinon.

La " grève des Avocats ", en l'espèce, est envisagée pour faire pression sur l'Etat afin d'obtenir une meilleure indemnisation de l'aide juridictionnelle.

Or l'Etat n'est pas notre employeur, même quand c'est lui qui nous paie, d'ailleurs fort mal, ce qui est précisément l'objet de la présente contestation.

Mais naturellement, je me trompe peut-être dans l'intermrétation de la pensée du maître de céans, qui a peut-être voulu dire "seuls les salariés de l'Etat font grève", sait-on jamais ? ;-)

49. Le mercredi 8 novembre 2006 à 12:00 par cardabelle

Et si les citooyens justiciables-contribuables-solidaires se joignaient massivement (on peut rêver) aux avocats le 9 novembre?

50. Le mercredi 8 novembre 2006 à 13:02 par Anachorète

Un beau prétexte à dissertation: cet extrait :

"Le moindre avocat - qui se fait appeler "maître" - se complaît dans la haute opinion qu'il se fait de sa "culture générale" (le droit, ça cultive) et n'importe quel ingénieur en tuyaux d'adduction d'eau se considère comme un savant dans toute la force du terme, autant qu'un Heisenberg. Inutile de préciser qu'ils n'ont en réalité qu'une notion plus que médiocre de la pensée.

Hier. Comme c'était irritant ! Pendant deux heures j'ai dû supporter la suffisance de ces deux espèces de demi-intellectuels diplômés. D'une stupidité incroyable. Le "maître" avec ses manières de juriste, avec sa conception de la vie, son style, son allure qui puaient de loin cette malheureuse université comme un vêtement sent la naphtaline...Et le cher petit ingénieur qui proclamait la supériorité des sciences exactes, car "cher monsieur, ces flirts avec la philosphie et avec l'art ne sont pas pour un cerveau bien ordonné; avez vous entendu parler de la théorie des quantas ?". Un niveau catastrophique. Et chacun d'eux nanti et complété de sa chère moitié qui, avec une adoration de femelle, restait en extase devant son intellect. Il est triste que les universités produisent chaque année des milliers d'ânes dont chacun trouvera tôt ou tard son infaillible ânesse.

Comment faire pour que les écoles ne fabriquent pas une telle camelote, qu'elles ne polluent pas si dangereusement l'air de notre monde civilisé? Autour de moi se pressent, toujours plus nombreux, les jeunes crétins fabriqués par l'Université, dont l'intelligence naturelle a subi un vrai lessivage chimique (...) J'aime faire enrager ces nigauds disgracieux ou les noyer sous un galimatias de noms et de théories inventés au pied levé - en espérant qu'ils ne me battent pas un jour! Il est amusant de voir ces natures vulgaires condamnées exclusivement à la science considérer le reste, tout ce qui n'est pas la science, toute la vie spirituelle de la tribu humaine, comme de la blague, tout en crevant sans cesse de la peur de se laisser duper. J'excite avec délices leur méfiance paysanne envers le "littérateur", ce fourbe par excellence, et je me laisse aller de temps en temps à une mimique, à un petit mot plus que douteux ou à une plaisanterie. (...) Ou alors je les attaque à coup d'aristrocratie, de généalogie, tactique infaillible pour amener les balours au comble de la balourdise. N'empêche que ... l'aristocratie... Tout de même.... l'aristocratie... Ô aristocratie, tu es pourtant bien plus qu'une méchante plaisanterie. L'idole du vulgaire, c'est l'utilité; l'idole de l'aristocratie, c'est le plaisir. Être utile et désagréable, tel est le but de chaque robot, de chaque spécialiste. Être utile quitte à être désagréable, c'est leur rêve. Tandis que les aristocrates rêvent exactement du contraire: être agréables, quitte à être inutiles. Eh bien, quant à moi, je prétends et je note comme un des canons de ma connaissance des hommes que celui qui cherche à plaire aux humains aura plus facilement accès à eux que celui qui veut seulement être un serveur utile".

W. Gombrowicz, Journal, T. II, I.

Un beau prétexte à dissertation ou à hors sujet ?

Eolas

51. Le mercredi 8 novembre 2006 à 13:25 par Bof

« D'ailleurs, chers lecteurs, si vous avez des idées de formes que pourrait prendre une protestation des avocats pour être à la fois visible, voire spectaculaire (nous vivons dans une société médiatique...), sans pour autant faire obstacle à l'exercice de notre ministère, idéalement en pourrissant la vie du Garde des Sceaux, j'ai toute foi dans votre imagination. Vos suggestions sont attendues en commentaire, je les glisserai dans la boîte à idées du bâtonnier. »

Le mouvement des chercheurs, en son temps (déjà deux ans, avec des états-généraux et des universités d'été) a essayé de trouver ces moyens. Il n'y est pas mal parvenu (en particulier médiatiquement il y a deux ans).

Mais, résultat des courses, des promesses non tenues (budget, revalorisation de l'allocation pour les thésards, etc.) ou un pacte à l'opposé de la conclusion des états-généraux (et en tout point similaire aux orientations précédant le mouvement).

Et en plus, globalement, ça n'embête à peu près personne si les chercheurs font grève (si ce n'est, pour les enseignants-chercheurs, les étudiants qui n'y sont pas pour grand-chose... tiens, ça ne vous rappelle rien ?).

Conclusion : 0 moyen de pression = 0 résultat quand le dialogue n'est compris que comme rapport de force (et c'est le cas quand on dialogue avec un sourd).

J'espère que ce ne sera pas vrai pour les avocats et l'AJ.

52. Le mercredi 8 novembre 2006 à 13:58 par isa

Suite à vos propos au commentaire 46, il m'arrive souvent de plaider en jeans (propres et non troués !) mais pas en basquets, quoi que...
Et je vous assure que mes jeans ne viennent pas de chez VERSACE!!
Retomberait-on dans le débat sur les avocats "smicars"?...
Même si on porte la robe (ou déguisement...), je continue de croire que la forme ne doit pas laisser préjuger du fond...

Bien sûr que vos jean's ne viennent pas de chez Versace : je vous dis qu'il n'y en a pas dans la collection automne hiver 2006. Ma parole, elle va s'habiller chez Armani, celle-là...

Eolas

53. Le mercredi 8 novembre 2006 à 14:17 par JSUA (j'en suis une autre)

@cotopoulo : j'adorerais prendre un "petit"stagiaire et le payer "tout court" ; d'abord parce que j'ai du travail à lui donner, ensuite parce que cela lui permettrait de mettre du beurre dans ses épinards mais le problème c'est qu'alors c'est moi qui mangerait mes épinards sans beurre. Quand comprendrez-vous que les avocats roulant Jaguar sont une infime minorité et que pour beaucoup d'entre nous, il y aurait tout à gagner à tarifer les honoraires. Ce mois-ci, je vais encore ne pas pouvoir me payer DU TOUT ( mais ce n'est qu'un de plus dans l'année...)

54. Le mercredi 8 novembre 2006 à 15:37 par Zythom

Je dévore littéralement tous les commentaires à la recherche d'une solution applicable aux experts judiciaires: je viens d'être payé le 6 novembre 2006 pour un rapport d'expertise déposé le 15 mai 2005, et aucune des dix expertises réalisées en 2006 pour des instructions n'ont encore été rémunérées...
A quand la grève des experts judiciaires?

55. Le mercredi 8 novembre 2006 à 16:49 par billevesée

@Yakadmander: difficile de faire la manche sans la robe...
Plus sérieusement, les professeurs, il y a quelques années, avaient fait une grève "administrative", en refusant de remplir les relevés de notes et bulletins trimestriels de leurs élèves; mais j'imagine que l'équivalent ne serait pas possible pour un avocat.

56. Le mercredi 8 novembre 2006 à 17:57 par jeannot

@ Eolas et @ Neville :
Ben soit alors, et si je comprends bien, vous ne faites pas grêve, vous manifestez votre mécontentement.
Comme d'hab' je me suis un peu emporté, et comme d'hab' les mots ne veulent plus dire ce qu'ils sont censé exprimer.
J'en apprends un peu tout les jours et c'est tant mieux.

Du coup pour les idées, effectivement l'arrêt de votre travail ne semble pas la meilleur des solutions pour manifester votre mécontentement, comme l'explique Eolas (au passage, ca vient d'où ce pseudo ?).
Je suppose que l'ordre des avocats à les moyens d'une campagne médiatique de type achat d'une page (demie page) dans des quotidiens gratuits ou pas, et en faisant ça bien on peut toucher pas mal de monde...
Le tout couplé à une manière originale de plaider tous de la même manière le même jour (en convoquant les médias) ca peut faire mouche.
Jean-Basquettes / déguisé en clown / avec un masque de p clément ou de jf copé ou de t breton...

57. Le mercredi 8 novembre 2006 à 18:05 par Nemo

Je ne me souviens pas du tout d'une manisfestation des avocats/de la justice,
en l'an 2000.

Des idées:
Il faut expliquer clairement pourquoi deux jours de 'vacances' va donner des mois de
retards et avec des détails.
(pourquoi une semaine de grève de Rer à 50% de traffic fait moins de dégats?, ...)

Comment va être médiatisé ces mouvements de protestations?:
par une phrase sans images au journal Tv de 20h, juste avant la météo?,
je ne sais pas.
(j'ai surveillé la télévision pendant le débat sur les lois Dadvsis,
il semble qu'il était préférable d'en dire le moins possible, mais ce n'est qu'une impression?).

Pensez aussi à combattre les idées reçues comme quoi les avocats sont tous des nanties par ex ?
(juste la richesse du vocabulaire /de l'expression peut donner cette apriori).

Ils faut prendre vos camescopes (qui pourront se connecter apres à un PC) et filmer vous-mêmes:
filmer une marche, filmer des locaux et couloirs vides, filmer vos collègues en préparant un échange de type questions-réponses, filmer la version: sans grève, avec grève,
dire ce qui est important, ce qui ne l'est pas,etc..
On retrouvera les videos sur Internet.

Pour les procédures qui fonctionneront quand même aux dates fixées:
des énormes banderoles sur les batiments?

etc....

58. Le mercredi 8 novembre 2006 à 18:11 par Nemo

Arfe, j'ai oublié autre chose:
il faut des dessins humoristiques à coller sur des pancartes, etc..
Pendant les manifestations anti-CPE, on a vu des superbes choses.. qui résumait très bien ce que pensaient les étudiants.

59. Le mercredi 8 novembre 2006 à 20:11 par Domino

Mouais... Je suis partagé entre la compréhension de cette grève et la position de Me Eolas...

Plaider en jean ou chemises à fleurs exotiques ? Heureusement que le ridicule ne tue plus... Voyons, le but est d'être pris au sérieux, pas de faire mourir de rire l'honorable assistance ! Un tribunal n'est pas un bordel que diable...

Faire la grève ? Par principe j'y suis opposé, d'autant plus que dans ce cas, elle ne porte réellement préjudique qu'aux demandeurs de l'AJ, soit ceux qui ne peuvent (je ne compte pas ceux qui espèrent en profiter) pas payer des honoraires normaux, soit ceux qui dans leur grande majorité ont le plus besoin d'être défendu.

Mais alors comment faire comprendre cet énorme foutage de gueule de rémunération de 'lAJ ?
Couper une manche de sa robe ? (pour les avocats Parisiens, c'est moche, ca a déjà été fait et dans des circonstance autrement plus grave).

Monter un sitcom ? Réaliser un Téléfilm ? faire un clip vidéo ?

Le problème est réel mais quelle solution pour les nombreux qui vivent de l'AJ ?

Je n'ai malheureusement pas de réponse...

60. Le mercredi 8 novembre 2006 à 20:39 par Schmorgluck

Certains ont évoqué l'idée de jouer sur le costume, en faisant fi de la robe notemment. Quoique ne sachant pas très bien si le port de la robe est imposé par un réglement ou par la coutume, ni s'il s'impose dans toutes les audiences (les infos sur ce sujet sont difficiles à trouver - un petit billet sur la question, Eolas ?), j'ai développé, au fur et à mesure que ce blog me fait connaître un peu mieux la pratique du droit, la conviction que tout ce decorum au sein des audiences ne relève pas de la bête tradition, du pur folklore, ni même du maintien d'une symbolique hiératique au sein de l'institution judiciaire (du moins pas seulement sur ce dernier point). Non, j'ai vraiment l'impression que c'est une question de théâtralité, une théâtralité qui est nécessaire au bon fonctionnement de l'institution judiciaire. Les rôles sont distribués pour la séance. Tout le monde a dans sa vie à assumer différents rôles (modèles de comportements adaptés aux situations), en tant que personne, que citoyen, que professionnel. Il se trouve que dans l'institution judiciaire (et ailleurs), ces rôles s'accompagnent d'un formalisme qui les renforcent, et permettent aux acteurs de remplir leur fonction : à l'avocat, de soulever tous les points qui bénéficient à son client (quand bien même, par devers lui, il n'apprécie pas particulièrement ledit client) ; au procureur, de pointer tous les torts que l'accusé a fait à la société (quand bien même, en son fort intérieur, ledit accusé lui inspire de la pitié) ; au juge, de trancher en fonction des faits portés à sa connaissance (quand bien même il a une impression personnelle au sujet de telle ou telle partie). Chaque acteur exerçant sa fonction à travers son rôle, il peut s'y donner à fond sans s'y perdre, en une pièce de théâtre symbolique dont le formalisme vient compléter le formalisme des textes, en y mettant de l'humain sans y introduire trop de subjectivité. Il ne faut pas confondre "symbolique" et "futile".
En tout cas, c'est l'impression que j'ai sur la question. Le rituel est important. Bien sûr, c'est un avis de profane.

Donc, le fait de manifester par les costumes, dans ce domaine, je suis plutôt contre (ou alors, sans s'écarter du rituel, porter des robes en tissus plus grossiers, comme pour symboliser le dénuement - mais je ne sais pas dans quelle mesure les robes sont réglementées).

De l'agit-prop sur la voie publique me semble une voie plus opportune, et certains ont lancé des idées dans ce sens.

61. Le jeudi 9 novembre 2006 à 23:44 par Melora

Un peu de droit comparé ?

En Suisse, l'obligation du juge d'appliquer le droit comprend aussi celle, découlant directement de la Constitution, d'examiner la constitutionnalité du droit cantonal qu'il doit appliquer, par exemple lors de la fixation des indemnités allouées au défenseur d'office. Il en découle dès lors aussi l'obligation de ne pas appliquer, dans un cas d'espèce, des normes reconnues contraires à la Constitution (par exemple arbitraires), car sinon le principe de la primauté du droit constitutionnel fédéral serait violé...

En d'autres termes, le législateur fixe le montant de la rémunération mais la rétribution allouée du défenseur d'office ne saurait se limiter à une rétribution purement symbolique ... Dans un tel cas de figure, le mandataire (qui agit au nom de son client) a des voies de recours, ce qui lui évite par ailleurs d'organiser des grèves...

N'y en a-t-il aucune en France ?

Je vous évite les arrêts en allemand récents... voici un en français qui résume partiellement la situation (recours du Service de la Justice toutefois) :o)
www.fr.ch/tc/news/2006/20...

Enfin, qui se souvent encore en France de cela (?) :

Ait praetor : si non habebunt advocatum, ego dabo

62. Le vendredi 10 novembre 2006 à 06:45 par Pokra


.../ " Aux élections générales de 1948, la victoire du Parti national Afrikaner entraîne la mise en place de sa nouvelle politique qui fut appelée apartheid.

En 1952, Mandela, par ailleurs AVOCAT, monte la campagne de défiance contre le gouvernement de Daniel Malan.

En 1955, alors que le Parti National semble appelé à durer au gouvernement, Mandela participe à la rédaction de la charte de la liberté dont le programme fondamental est la lutte contre la ségrégation raciale et l'apartheid. À cette époque, MANDELA ET TAMBO SE SONT ASSOCIÉS AU SEIN DE LEUR PROPRE CABINET ET PRODIGUENT DES CONSEILS JURIDIQUES GRATUITS AUX NOIRS LES PLUS PAUVRES.

Le 5 décembre 1956, Mandela et 150 autres personnes sont arrêtés et accusés de trahison. Ils sont au bout du compte tous acquittés, grâce aux plaidoiries des AVOCATS et au LÉGALISME POINTILLEUX des tribunaux sud-africains.

Après le massacre de Sharpeville en 1960, les appels à la lutte armée sont plus pressants d'autant plus que l'ANC et le Congrès panafricain sont interdits, ses leaders emprisonnés ou assignés à résidence." /....

Source:
fr.wikipedia.org/wiki/Nel...


" Vaincre la pauvreté n'est pas un geste de charité. C'est un acte de JUSTICE. Il s'agit de protéger les droits humains fondamentaux.(Je continue ma lutte, par Nelson Mandela)"

abonnes.lemonde.fr/web/ar...

63. Le vendredi 10 novembre 2006 à 13:24 par Patrick B.

Eh bien , je dirais que LA solution, c'est une justice à deux vitesses...

Grève pour les justiciables "haut de gamme" du type élus, politiciens, capitaines d'industrie (dont l'entreprise ne dépend pas), artistes bankables, toute cette frange qu'un arrêt de la justice n'empécherait pas de vivre, qui a les moyens de payer un avocat, et qui a en plus l'influence nécessaire pour faire bouger les choses (voir Jamel avec les retraites des anciens combattants). Mais grève illimitée, sous forme de reports systématiques, donc facturables. Et activité normale pour les autres, la plèbe, les salariés de base, les patrons de PME versus l'État...

Essayez... vous verrez, la situation va se débloquer toute seule.

::

P.S.: je me suis arrété au milieu des commentaires, donc toutes mes excuses si quelqu'un a déjà répondu la même chose.


64. Le vendredi 10 novembre 2006 à 18:38 par bigfinger

W. Gombrowicz, Journal, T. II, I.


Lisez FERDYDURKE

Un chef d'oeuvre sociologique

65. Le dimanche 12 novembre 2006 à 08:48 par Nagwen

Je trouve admirable votre position ; il est certain que le justiciable n'a pas à payer les frais d'une grève. Je ne suis pas d'accord avec l'idée avancée selon certains que les avocats pourraient faire grève pour les affaires de "riches" ou les affaires civiles qui, selon eux, peuvent bien attendre 15 jours...
Il me semble qu'une telle justice à 2 vitesses est inacceptable. Et les multiples renvois au cours des audiences ralentissent encore le travail des magistrats, même dans les juridictions civiles.
Parallèlement, il est clair que l'AJ est à réformer quant à son montant et je n'ai pas encore l'imagination nécessaire pour ennuyer (je suis polie!) le Garde des Sceaux.
Il est clair que la justice aurait besoin du soutien des citoyens mais la justice fait peur et on se porte mieux quand on y a pas affaire (tout comme la prison). Les grèves de citoyens pour une vraie réforme de la justice me paraissent un rêve pieux.
Mais bon, on peut rêver...

66. Le lundi 13 novembre 2006 à 19:28 par gréviste

Votre article sonne comme une mauvaise leçon adressée aux confrères grévistes...
C'est en toute conscience, et dans le respect des intérêts de leurs clients que les avocats participent à cette grève.
J'ai plaidé le 9 novembre. Il s'agissait d'une demande de mise en liberté examinée par le tribunal en audience publique. Je n'ai pas hésité une seconde. Et je suis certain que l'immense majorité de nos confrères aurait fait la même chose. Il n'est pas possible d'imaginer le prévenu, seul, dans le box, et son avocat taisant, spectateur.
En revanche, j'ai demandé le renvoi pour toutes les autres audiences qui devaient se dérouler ce jour là. Sans remord.
Et mes clients, bénéficiaires de l'Aide juridictionnelle, ont tous compris cette démarche.
Que cette dernière entraine un engorgement accru des tribunaux: tant mieux! c'est le but de la manoeuvre!!!

Je vous rappelle enfin que tous les jours, des centaines de demandes de renvoi sont très injustement refusées aux avocats (copie du dossier non communiquée, désignation tardive, enquête lacunaire, 3 audiences à la même heure, dossier évoqué à minuit,etc... c'est pas grave!! l'avocat n'a pas à protester, il est "auxiliaire de justice"...).

Alors, pour une fois que l'avocat a le pouvoir de perturber le service public de la justice, auquel il se soumet quotidiennement en courbant le dos, et ce au nom d'une cause incontestable, révoltante, alors qu'il n'hésite pas!!!

Le justiciable n'est pas victime d'une grève aux intérêts corporatistes, il est le principal bénéficiaire, direct et indirect, de ce mouvement qui, je le répète, admet de multiples entraves.

Se distinguer de cette grève dans son principe n'est pas un honneur.

Cela n'a rien de "formidable".

Bien au contraire.

Cher Confrère,

A courber le dos quotidiennement devant la justice, on ne regarde plus que le bout de ses pieds. Souffrez que je me refuse à engorger les greffes pour assouvir votre soif de vengeance pour votre lombalgie judiciaire, et soyez assuré qu'en mettant mon blog hors ligne le 9, j'ai plus fait parler de ce mouvement que les demandes de renvoi que j'eusse pu former.

Eolas

67. Le mardi 14 novembre 2006 à 01:19 par Pascal G.

Très Cher Confrère,

Je suis de ces avocats grèvistes de CRETEIL que vous stigmatisez un peu facilement, même si je reconnais dans vos propos une droiture tout à fait respectable.

Croyez vous que nous avons voté la grève avec joie ? Croyez-vous que nous oublions notre serment ? Pensez-vous que nous sommes fiers de ne pas plaider ? Sincèrement tel n'est pas le cas.

Nous faisons simplement partie d'un Barreau ou nombre d'entre nous, et souvent les plus jeunes de nos Confrères ont droit à l'A.J. s'ils viennent à en faire la demande. Dans notre ressort 72% de la population a droit à l'aide juridictionnelle, et nous ne pouvons tout simplement plus continuer à exercer la défense dans ces conditions.

Il est vrai que le Barreau de Paris n'est pas réellement concerné par l'A.J., ni même par les intérêts de la majorité des confrères.

Il est vrai aussi que les seuls Confrères qui ont refusé les renvois les jours de grève nationale sont les Avocats parisiens, et, curieusement, ces refus ont été d'autant plus virulents que leurs clients étaient des sociétés de banque, d'assurances ou des cabinets de gestion locative soucieux de "virer" au plus vite des locataires impécunieux.

Votre bien dévoué.

Ha, les nantis parisiens et leur égoïsme... Faut-il rappeler que nous sommes 2000 à Paris, et que si un nombre d'avocat deux fois plus importants qu'à Créteil faisaient grève, cela serait imperceptible sur la tenue des audiences ? Alors ne jetez pas la pierre à vos confrère d'outre-périphérique... D'autant que pour l'exemple que vous citez in fine, je crois que mes confrères sont au courant que renvoi ou pas, l'expulsion ne pourrait être exécutée avant le 15 mars prochain, et que l'obtention d'un jugement ne les avancera guère en ces frimas d'automne. Encore une fois, je soutiens ce mouvement et cette revendication, alors même que je ne suis, Dieu merci, pas dépendant de l'AJ. Mais les audiences "35bis" ou aucun avocat n'est présent, ça ne passe pas. Vous pourrez me jouer les violons de la solidarité autant que vous voudrez, le couplet du sacrifice de quelques uns pour le bien de la majorité : des étrangers, certains parlant fort mal me français, sont livrés à eux même dans des audiences où ils sont incapables de présenter seul leur défense (ils n'ont pas accès au dossier pour soulever des nullités, ne savent pas comment solliciter une assignation à résidence, et ne comprennent rien à ce qui leur arrive). Même si un taux de remplissage opportun aboutit à des remises en liberté parfois systématiques après l'audience, il demeure. ce prétoire vide me fait honte. Alors regardez moi de travers autant que vous voudrez. Je ne fais pas ce métier pour être populaire. Je le fais pour défendre, et cette désertion pour une juste cause reste avant tout à mes yeux une désertion.

Eolas

68. Le mercredi 15 novembre 2006 à 10:52 par Pascal G.

Cher Eolas,

Il n'est pas dans mon intention de jeter l'anathème, ni sur nos Confrères parisien, en général, ni sur vous en particulier. Hélas, l'histoire de toutes les revendications de notre profession démontre que le Barreau de Paris le pluis souvent qu'une solidarité de façade avec le reste de la profession.
Bien sûr, individuellement pris, nombre de confrères parisiens manifestent une estime réellement pour le mouvement de protestation de la profession, mais, hélas, cela s'arrête le plus fréquemment à des positions de principe.
Ainsi, je vous félicite de votre action concrète qui a consisté à mettre hors ligne un blog. Voici une action forte qui ne manquera pas d'être déterminante.

Votre bien dévoué.

Cher Confrère,

L'ironie de votre propos final ne m'a pas échappé. A l'inanité de l'action proposée par nos ordres, vous m'opposez la futilité de la mienne. C'est de bonne guerre.

Permettez moi toutefois de vous informer d'un détail. Ma page blanche, informant de l'existence de cette grève et de ses raisons a reçu 18480 visites le 9 novembre. Je ne décompte pas les abonnés au fil RSS de mon blog, qui en ont été informés avec 24 heures de retard et dont j'ignore le nombre exact (plus d'un millier en tout cas). L'info a été reprise dans la blogosphère par Embruns et par l'Observatoires des Blogs francophones. Et vous ? Votre demande de renvoi, elle a été connue de combien de personnes ?

Eolas

69. Le mercredi 15 novembre 2006 à 20:00 par Gréviste

MIRACLE!

Pour information: Le bâtonnier de PARIS se rallie enfin au mouvement de grève du 16 novembre 2006, c'est à dire demain.

Cette décision est très probablement la conséquence directe de la fermeture de votre blog...

www.avocatparis.org/new/g...

Ce n'est pas notre bâtonnier, qui n'a pas plus de pouvoir que le votre, mais notre Conseil de l'Ordre qui a voté cette décision ; j'ajoute qu'il avait déjà adopté une motion de soutien au mouvement du 9 novembre dernier. Nous ne sommes pas aussi indifférents qu'on aime à le dire ultra-périph...

Eolas

70. Le mercredi 15 novembre 2006 à 21:26 par Pascal G.

Cher Eolas,

Je relis nos échanges, et même si j'apprécie notre petite joute, elle ne me satisfait pas.

Nous partageons, semble-t-il, les mêmes valeurs, et pourtant nous en venons aux mots.

Je comprends et respecte votre point de vue, mais je crains qu'hélas seule une action d'une impitoyable rigueur nous permette enfin d'obtenir satisfaction. Tout dans cette affaire démontre que les pouvoirs publics, depuis des années, usent et abusent de notre conscience, sans jamais hésiter à utiliser un double langage et faire preuve de duplicité.

J'observe par ailleurs qu'une fois encore le Barreau de Paris, vient de se joindre au mouvement... et ce alors que l'action de tous les autres Barreaux commence à porter ses fruits. Il est vrai qu'en 2000 déjà le même Barreau avait procédé de la même façon... En somme c'est la politique du "passez devant, j'vous couvre, que je puisse récolter un peu de gloire sur vos cadavres."

Je reconnais cependant bien volontiers que vous ne cautionnez pas une telle politique et vous en remercie très sincèrement.

Pascal




71. Le mardi 21 novembre 2006 à 16:08 par plaff !

Mon mari est avocat. Il y a un certain nombre de choses que je n'arrive pas à comprendre :
- En particulier, pourquoi vos rétrocessions sont-elles fixes? Je travaille dans le secteur para-médical libéral et quand je parle du système de rémunération de mon époux personne n'y croit !!
Même moi j'ai parfois du mal à y croire...

- D'autre part, pourquoi vos conventions concerannt l'AJ ne sont pas renégociées avec l'état chaque année, comme c'est je crois le cas pour d'autres professionnels ?

Alors si je résume ce que je vois de l'extérieur :

- Vous êtes embauchés en début de carrière à 1500e sur lesquels vous devez payer vos charges.

- En échange de cette rétrocession vous travaillez 50 h par semaine pour le cabinet qui vous embauche.

- Certes, vous avez accès au secrétariat dudit cabinet pour traiter vos dossiers personnels, (ce qui peut expliquer le faible salaire). Mais forcément vous n'avez pas le temps.

- La seule voie d'issue est de vous installer avec une clientèle propre (que vous n'avez pas eu la possibilité de développer...), ou alors de vous associer à une structure ancienne (qui n'a aucun intérêt à vous associer dans la mesure ou un collaborateur ne coûte pas grand chose...).

- Comme vous êtes collaborateur, vous assumez les déplacements et vous recevez quasi-systématiquement les clients "difficiles"...

Je me demande parfois s'il n'y a pas un petit peu d'arnaque là dessous et je ne suis pas persuadée que changer de vêtements pour plaider soit vraiment une action forte !
J'admire énormément votre sens des responsabilités, mais je suis persuadée que si les médecins généralistes ont obtenu gain de cause c'est parce qu'ils ont purement et simplement fermé leurs cabinets.
Les médias (et donc les politiques !) ne vous écouteront que lorsqu'ils pourront dire que votre mouvement a des conséquences graves.

Plus les années passent et plus je suis perplexe de constater que cette profession attire encore tant de jeunes.

Merci pour votre blog et votre attention.
Valérie




72. Le samedi 25 novembre 2006 à 17:36 par ravalementdefaçade

Vous pouvez toujours brûler une ou deux voitures cette méthode a fait ses preuves .
(aux alentours du palais de justice bien sûr)

73. Le lundi 11 décembre 2006 à 12:05 par praetor

Vous avez raison de souligner la difficulté à trouver un mode d'action qui ne prenne en otage ni le justiciable, ni l'avocat.

Les magistrats éprouvent la même difficulté.

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