Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Ce que j'aime et ce que je n'aime pas

  • Ce que j'aime dans cette profession :

Les veilles d'audience qu'on a eu le temps de préparer, quand on passe en revue tout son matériel pour l'audience, jusque dans les moindres détails, comme un général qui se prépare à la bataille.

Découvrir l'argument juridique imparable qui vous donne raison.

Le client qui vous dit merci pour ce que vous avez fait même quand vous avez perdu.

La bouffée d'excitation et de peur au moment d'entrer dans le prétoire. La même en plus fort au moment de prendre la parole.

L'inattendu qui détend l'ambiance de l'audience, un prévenu drôle malgré lui, un président au trait d'esprit fin sans manquer de respect aux parties, les sourires qui effacent la fatigue des visages.

L'envie de danser et de crier de joie quand on prend connaissance d'un bon jugement.

Le coup de fil à la famille du client pour annoncer qu'il sort de prison.

Le fait qu'on ne sait JAMAIS comment une audience va se dérouler.

L'absence absolue de routine.

  • Ce à quoi je n'arrive toujours pas à me faire :

Le client qui vous manque de respect sous prétexte qu'il ne vous paie pas, parce que vous êtes commis d'office ou à l'aide juridictionnelle alors que vous vous défoncez pour lui.

Quand vous savez que vous avez raison mais que vous n'arrivez pas à en convaincre le juge.

Les week-ends passés au cabinet ou au palais, en code rouge, sans voir ma fille.

Les voix d'enfants dans le public qui s'exclament joyeusement "Papa !" aux audiences de rétention administrative quand leur père entre sous escorte.

Les voix d'enfants dans le public qui s'exclament joyeusement "Papy !" aux audiences de rétention administrative quand leur grand-père entre sous escorte.

L'horreur qui vous saute à la gorge au détour d'un dossier quand vous ne vous y attendez pas.

L'absence absolue de routine.

Commentaires

1. Le mercredi 3 octobre 2007 à 08:56 par berli

Quoi ? Le maintien des liens familiaux même dans l'adversité n'est pas pour vous plaire ?
(Mais pourquoi amener des enfants au prétoire ?)

Et rien sur ces si jolies tenues que vous nous décrivîtes plus tôt ?

2. Le mercredi 3 octobre 2007 à 08:59 par Teocali

Il n'a pas dit qu'il n'aimait pas, il a dit qu'il n'arrivait pas a s'y faire. Je doute que ce soit la même chose.
Et sinon, merci encore pour ce billet, maitre. Et bon courage.

3. Le mercredi 3 octobre 2007 à 09:10 par Oph

Chuis d'accord avec Teo.
Et indépendamment de ça, je crois surtout que le problème, c'est d'amener les enfants au prétoire, comme écrit presqu'en catimini dans la parenthèse de Berli.

Et sinon...

"La bouffée d'excitation et de peur au moment d'entrer dans le prétoire. La même en plus fort au moment de prendre la parole."

Je crois qu'on appelle ça le trac, Maître.

4. Le mercredi 3 octobre 2007 à 09:25 par Jean Louis

Merci pour vos billets. La question suivante m'est apparue ce matin : le droit opposable au logement pourra-t-il être invoqué par un détenu ? Peut-être l'avez vous déjà évoqué - je ne vous lis pas tous les jours. (Et question de pure forme sans doute, quand on sait ce qui risque d'en rester...).

5. Le mercredi 3 octobre 2007 à 09:33 par villiv

Merci EOLAS,

votre blog permet aussi de s'échapper un peu... et participe donc, pour ma part, à cette absolue absence (ou absence absolue comme vous voulez) de routine.

Thanx a lot'

PS: @ Jean Louis #4 : vous dites "quand on sait ce qui risque d'en rester...", vous parlez de la question posée ou du droit opposable au logement ?

6. Le mercredi 3 octobre 2007 à 09:38 par Ahuizotl

Bel exercice. Voyons s'il est possible de le compléter.

Ce que j'aime dans cette profession :

Le procureur qui vient vous féliciter pour votre plaidoirie et vous confie que vous l'avez fait douter.

L'assesseur qui sourit pour avoir été le seul a reconnaître une citation littéraire dans la plaidoirie.

La greffière du Juge de la Liberté et (surtout) de la détention qui ne peut réprimer un sourire quand vous entrer juste après le délibéré, parce qu'elle a dû réécrire l'ordonnance qui était pré-rédigée après qu'on a convaincu le Juge que le maintien en geoles du mis en examen, rom de surcroît, n'avait aucun sens.

La mine interdite des deux gendarmes qui escortent ledit étranger et qui vous ont raconté le dossier qu'ils connaissent sur le bout des doigts pendant toute l'après-midi.

Le petit moment qui sépare l'instant où le confrère adverse vient, sans s'en rendre compte, de se contredire à la barre, et celui où on va faire son miel de cette contradiction.

Le silence interrogatif du client qu'on vient de faire relaxer quand on lui apprend autour d'une bière qu'on n'a pas un seul instant cru à ses protestations d'innocence, mais que ça ne change rien au fait que le dossier était creux.

Le délinquant endurci qui craque à la barre et ne peut plus retenir ses larmes, ses hoquets, son visage en décomposition, parce qu'on va le séparer de sa petite fille qui vient de naître, trois mois après l'infraction en jugement, et qui parvient à ébranler le bloc de marbre vengeur qu'est habituellement le Président de la Chambre correctionnelle de la Cour d'appel au point qu'il prononce une mesure de placement sous bracelet électronique dont je n'ai toujours pas trouvé le moindre fondement dans mon Code.

Ce que je n'aime pas dans cette profession :

Le regard interrogatif des magistrats qui se tournent tous d'un seul mouvement vers le Procureur quand on leur soulève une nullité.

Le coup de fil du capitaine de police qui vous avertit que les "gars sont très remontés" après les notes sur l'état du gardé à vue qu'on a fait inscrire sur le registre.

Les commissions de discipline en maison d'arrêt :cages à poules humides et lépreuses, où tout est joué d'avance parce que c'est la parole du condamné contre celle du geolier.

La honte qui vient quand le client vous remercie d'autant plus chaleureusement que vous avez perdu, vous consolant d'avoir échoué et s'en excusant presque.

Cette question : "comment j'ai fait pu perdre cette affaire ?"

Découvrir dans le dossier du Juge d'instruction les planches photographiques saisies dans l'ordinateur du client.

Le bébé qui attrape mes doigts, mon stylo, le bout de ma feuille, en riant, pendant que le Juge pour enfants essaye désespérément de trouver une solution pour ses parents mineurs marginaux délinquants et drogués.

La colère, jusque-là retenue, qui balaient tout quand vient mon tour de parole, après une heure d'instruction parti pris par la Présidente du Tribunal correctionnel et de co-prévenu de mauvaise foi et de réquisitoire à l'emporte-pièces.

Le bénéfice du doute qui profite invariablement aux autochtones bon teint, notables ou CSP ++, et qui n'a aucun droit de citer pour les jeunes ou les bronzés.

Les honoraires de postulation du confrère, qui profite de sa position pour doubler la note d'un client qu'on avait pris à prix coutant sinon à perte, parce qu'il n'est pas éligible à l'aide juridictionnelle mais tout de même impécunieux.

Croiser par hasard avant l'audience correctionnelle le regard pas fier du mineur qu'on avait brillament relaxé six mois auparavant et qui revient pour la troisième fois depuis devant ses juges.

Le coup de téléphone à 22 heures de la mère de l'ancien toxicomane revendeur, pour lequel on s'est battu deux années durant, d'audiences correctionnelles en appel et rendez-vous chez le Juge d'application des peines, qui avait décroché, qui avait tout purgé, qui travaillait depuis huit mois dans une cantine scolaire où tout le monde l'adore, et dont la maman éplorée vous apprend qu'il vient d'être placé en garde à vue pour trafic de stupéfiant...

Le sentiment prégnant que pour faire de vieux os dans ce métier il faudra obligatoirement développer une forme de cynisme et d'indifférence, parce que ce n'est pas humain de toujours se battre en vain.

Faire le prince, le fier, l'Avocat, se payer de victoires morales en sus des 200 euros hors taxes de l'heure qui font mes honoraires, et devoir tout de même compter dans ma tête le prix des au supermarché le samedi matin en me disant qu'il est probable que la caissière smicarde connaissent des fins de mois moins difficiles...

7. Le mercredi 3 octobre 2007 à 09:45 par Myrddin

Comme quoi, on peut aimer et ne pas aimer la même chose dans son métier.

Est-ce vraiment plus souvent des hommes qui sont sous escorte, ou est-ce que quand c'est une mère les enfants ne sont pas la??

Sa c'est un billet qui peut donner envie de faire ce métier...

Merci.

8. Le mercredi 3 octobre 2007 à 10:00 par Frédéric Rolin

Vous y croyez vraiment à "l'argument juridique imparable" ? n'est ce pas celui qui risque de "ne pas arriver à convaincre le le juge alors que vous avez raison" ? ...

9. Le mercredi 3 octobre 2007 à 10:11 par bardabu

Comment peut-on être efficace sans routine?

10. Le mercredi 3 octobre 2007 à 10:16 par Loop

Dans ce que je n'aime pas j'aurais ajouté : la compta!!! ;-)

Etant civiliste je n'ai pas la même approche mais je comprends votre passion pour ce métier...

11. Le mercredi 3 octobre 2007 à 10:27 par Mani

Pareil ! (sauf que j'ai un fils)

Je rajouterai :

- J'aime la confraternité quand elle se manifeste, cette haute d'idée de soi et des autres où nous sommes égaux et précieux tout en même temps. Lorsque vous traitez l'autre comme vous même et que c'est partagé.

12. Le mercredi 3 octobre 2007 à 10:31 par Elhana

Ca ressemble à un avant-goût de retour dans la caverne, Maitre... rassurez-moi, je suis parano?

Moi qui vise commme vous de devenir pénaliste, je me dis que j'ai intérêt à brider sérieusement mon côté émotif.

13. Le mercredi 3 octobre 2007 à 10:46 par balmeyer

Ah c'est bête, j'ai les larmes aux yeux en lisant votre article... Vous continuez votre chemin de blog sans jamais faiblir, bravo, très sincérement.

14. Le mercredi 3 octobre 2007 à 10:54 par David

Quel métier tout de même passionnant ! Bon Courage Maître

15. Le mercredi 3 octobre 2007 à 11:33 par Billy Budd

J'espère que les arguments juridiques de dernière minute que vous évoquez ne vous viennent pas dans des procédures écrites et qu'en toute hypothèse, le principe de la contradiction est respecté ...

16. Le mercredi 3 octobre 2007 à 11:50 par hub

"Le client qui vous manque de respect sous prétexte qu'il ne vous paie pas".

Personnellement je fais du conseil en entreprise (pas juridique, "stratégique"). Le client me paie toujours (enfin...)

Je reste surpris, chaque fois, par le silence quasi-religieux et très respectueux qui accueille mes premières paroles sur un sujet que je ne connais pas (je n'ai pas encore eu le temps de le découvrir), sous prétexte que le client me paie très cher (re-enfin...)

La gratuité n'est pas une bonne chose...

17. Le mercredi 3 octobre 2007 à 12:00 par Elhana

notre bien aimé Maitre n'est pas bénévole, tout de même!

Il ne dispense pas ses services pour la gloire, parler de gratuité est pour le moins exagéré...

18. Le mercredi 3 octobre 2007 à 12:07 par Nadou

Merci, Maître, je prête serment le mois prochain, et vous me confirmez dans l'idée que, décidément, c'est un bien beau métier, et un vrai sacerdoce...

19. Le mercredi 3 octobre 2007 à 12:21 par hub

@Elhana : je suis bien conscient qu'Eolas est payé d'une manière ou d'une autre - heureusement ! -, mais ce qui est mauvais c'est la gratuité "vue du client", qui ouvre la porte à tous les abus. Cela dévalorise, dans tous les sens du terme, le produit ou le service aux yeux du client.

20. Le mercredi 3 octobre 2007 à 12:24 par Lucca

" Ce que j'aime dans cette profession :
- Découvrir l'argument juridique imparable qui vous donne raison.
- Le client qui vous dit merci pour ce que vous avez fait même quand vous avez perdu.
- Le fait qu'on ne sait JAMAIS comment une audience va se dérouler.

Ce à quoi je n'arrive toujours pas à me faire :
Le client qui vous manque de respect sous prétexte qu'il ne vous paie pas, parce que vous êtes commis d'office ou à l'aide juridictionnelle alors que vous vous défoncez pour lui."
Je fais particulièrement miens ceux-là.

A mon tour.
Ce que j'aime :
Les confrères plus expérimentés qui ne sont jamais avares de conseils quand on les croise sur les bancs de la défense.
Ce à quoi je n'arrive toujours pas à me faire :
La famille du client qui, à la fin de l'audience, vous traite de nul, car le client à fait l'objet d'un mandat de dépôt, alors que vous avez obtenu une (belle) relaxe partielle.

21. Le mercredi 3 octobre 2007 à 12:34 par opéra


" Le fait qu'on ne sait JAMAIS comment une audience va se dérouler."

oui, j'ai toujours pensé que l'audience est une pièce de théatre dont l'improvisation empêchait justement de tomber dans l'habitude.

Bon billet, mais quid de la routine : dans les deux catégories ?

22. Le mercredi 3 octobre 2007 à 12:50 par Gascogne

C'que j'aime pô : les avocats qui sont persuadés que le bénéfice du doute profite invariablement aux autochtones bon teint, notables ou CSP ++, et n'a aucun droit de citer pour les jeunes ou les bronzés.
Une petite généralisation hative, peut-être ?

23. Le mercredi 3 octobre 2007 à 13:13 par Dudule

Bah, soyons réaliste Gascogne. C'est quand-même plus facile d'être crédible et d'obtenir les faveurs de la cour quand on est riche, qu'on a une bonne situation, qu'on présente bien et qu'on permet à la cour de s'identifier à nous, que quand on est en haillons, chômeur, avec une casquette vissée sur la tête et qu'on dit "wesh" : disons que le second inspire moins la pitié, et que ses regrets ou protestations d'innocences font moins crédibles. L'humain fonctionne beaucoup au faciès, à l'émotif et à l'identification à autrui (moteur de l'empathie, qui est lui-même moteur d'une éventuelle magnanimité). Et les juges, quelle que soit la nature "au dessus des hommes" de la fonction qu'ils représentent, n'en restent pas moins des humains.

24. Le mercredi 3 octobre 2007 à 13:21 par AB

Gascogne (22): vous ne confondez pas avec les magistrats?

25. Le mercredi 3 octobre 2007 à 13:24 par Raph

Vous n'avez pas oublié quelque chose dans "Ce à quoi je n'arrive toujours pas à me faire" :
- Le législateur
- Le procureur (private joke)

26. Le mercredi 3 octobre 2007 à 13:30 par Zythom

Si je peux me permettre un avis d'expert judiciaire partisan:

Ce que j'aime dans votre profession:
Le respect des formes et des personnes, alors que la tension est parfois palpable entre les parties.
L'écoute active quand le sujet est strictement informatique (dans mon cas).
La compétence quand le sujet est juridique, et dans ce cas la clarté vis à vis du client, de la partie adverse et de l'expert.
La défense des enfants.

Ce que je n'aime pas:
L'arrogance de certains avocats (qui vaut peut-être pour certains experts).
Les coups tordus (dépôt d'un dire la veille du jour du dépôt du rapport avec une caisse de pièces jointes originales, invitation à manger un sandwich le midi et demande de récusation de l'expert ensuite...)
Les avocats "qui passent à la télé" et dont on doute parfois que ce soit dans l'intérêt de leur client.

27. Le mercredi 3 octobre 2007 à 13:30 par PB

@6 et Dudule,

C'est bien certain que l'huissier d'Outreau, le curé et le chauffeur de taxi, les "notables de Toulouse", le notaire de Bruay en Artois en ont bien profité du doute qui profite "invariablement aux autochtones bon teint, notables ou CSP ++" !!!

Bon c'est vrai, ils étaient innnocents....

28. Le mercredi 3 octobre 2007 à 15:01 par marco stasierra

ce que j'aime à la fac de droit:

relever la tête et se rendre compte qu'on est le dernier à la bibliothèque...
les profs qui racontent leurs experiences d'avocat
apprendre la pensée des grands sages de la cour de cass et me croire dans un systeme archaique avec dragons et princesses, puis disserter en disant que c'est bien et que ce n'est pas bien
simuler des consultations juridiques ou l'on est sur de gagner
la pause clope de 9h10
apprendre qu'un maire peut interdire dans sa commune le lancer de nain sous couvert d'atteinte à la dignité humaine...
la jolie blonde qui est en face de moi et dont j'attends désespérément qu'elle se retourne pour me demander mon cours

ce que je n'aime pas

les exemples systématiques des profs avocats sur des crimes sexuels histoire de se mettre les étudiants dans la poche en disant moi je suis décomplexé
les chargés de td qui se contredisent
le manque ahurissant de rapport avec le monde du travail
les jeunes branchés qui portent des lunettes armani
le fait d'avoir manqué la soirée où guillaume avait enfin embrassé mélanie et où ils sont tous partis à la mer dans la nuit
la blonde devant moi qui ne se retourne pas


29. Le mercredi 3 octobre 2007 à 15:44 par Ahuizotl

@ Gascogne et Dudule (23 & 24)

Ce que j'aime également :

- Les magistrats (et apparentés) qui considèrent encore que le bénéfice du doute profite à tous.

Ce que je n'aime pas :

- Ne pas en avoir suffisamment dans mes propres juridictions pénales à moi.

- Le fait que ce ne soit pas une généralisation hâtive mais un pur résultat statistique : 99 % (le 1% qui reste va à un jeune Rom qui est tombé sur une JLD fantastique ou facétieuse).

Ah ! si je vous racontais les audiences correctionnelles que nous subissons par chez moi... En réalité, vous ne me croiriez sans doute pas; comme ne me croient pas mes amis, qu'ils soient pénaliste parisien ou enseignant les droits de l'homme.

Allez ! un court exemple pour la route : Des pompiers volontaires retrouvent, un matin, certains carreaux de leur caserne brisés et des pneus de véhicules crevés. Persuadés que c'est le fait de jeunes d'une "cité" voisine, ils s'arment de manche de pioches et vont sans désemparer "ratonner" (pas d'autre qualificatif pour ça) les premiers mineurs qu'ils y encontrent. 5 gamins sur le carreaux, dont certains mineurs de moins de 15 ans.

Audience correctionnelle des pompiers : tous le village se déplace pour les soutenir en habit du dimanche et Maire en tête, le procureur requiert la relaxe (et si ! oui, oui : la relaxe). Délibéré : dispense de peine.

Et c'est pas mon anecdote la plus croquignolesque.

Bon, promis, j'arrête de me plaindre, et accessoirement de polluer le blog d'autrui. C'est juste que, parfois, j'ai l'impression d'avoir versé dans la quatrième dimension...

30. Le mercredi 3 octobre 2007 à 16:03 par Geoffrey

En tant qu'élève avocat, ce genre de billets me motive et me fait dire que, pourtant sans passion particulière pour la profession à la base, la pratique pourrait me montrer à quel point ce métier peut-être fort en émotions et en expériences humaines.

A moins biensur que je ne continue mes stages en droit des affaires dans lesquels je m'ennuie...profondément.

31. Le mercredi 3 octobre 2007 à 16:03 par Larousse

Une autre "anecdote":
un témoin voit par la fenêtre un jeune Maghrébain dans une voiture blanche rentrer dans une autre voiture et prendre la fuite.
les policiers arrêtent un grand noir (propre sur lui, inutile de dire "wesch" pour subir la discrimination) qui possède une voiture bleue.
verdict : 2 mois avec sursis (au cas où il aurait autre chose à se reprocher)
Morale: le doute profite au sursis.

32. Le mercredi 3 octobre 2007 à 17:34 par fantômette

Ce que j'aime dans ce métier :

quand j'entends mon patron, qui ne sait pas que je l'entends, dire au téléphone au client que je défendrai demain "ce sera ma collaboratrice qui sera à l'audience. J'ai toute confiance en elle, ne vous inquiétez pas. C'est même elle qui a trouvé les meilleurs arguments dans ce dossier"

- premier jour comme collaboratrice, la première personne qui m'appelle Maître (la bnp, j'appelle pour ouvrir un compte carpa)

- Le premier client qui vient de la part d'un autre ("il m'a dit de m'adresser directement à vous");

- le confrère plus âgé sur le banc des avocats de la défense, qui relit mes notes et me souffle d'autres arguments

- la secrétaire du cabinet (20 ans de boîte) qui sait les dossiers qui m'angoissent et la peur au ventre au moment de partir au palais, et qui laisse sur mon bureau un petit gateau qu'elle a fait elle-même pour quand je reviendrai.

- mon patron de stage qui m'accompagne à la prestation de serment et remet mon épitoge en place ("ça se porte à l'arrière ! Ils vous apprennent quoi au crfp ?)

- ce que je n'aime pas :

- La peur que ce métier me change;

- La petite pensée qui tourne dans la tête, longtemps après avoir perdu une affaire: un autre avocat l'aurait remporté.

-les confrères qui dans leurs plaidoiries ne cessent de parler de vous en disant "mon jeune confrère"

- le juge d'instruction qui sourit en vous disant "mais maître, vous êtes un bébé avocat !" devant votre client, et après vous avoir demandé votre âge (amis futurs confrères : refusez de répondre à cette question).

-Se faire engueuler par un Juge qui ne comprend pas qu'un collaborateur qui se voit confier un dossier en dernière minute pour le déposer n'est pas capable de lui décrire précisément les lieux d'un sinistre (quatre ans d'expertises), et plus précisément la configuration des conduits de cheminées dans lesdits lieux ("c'était pour faire un plan au Père Noël ?")

33. Le mercredi 3 octobre 2007 à 17:35 par Serge

Et l'élimination des bleus en quart de finale d'une coupe du monde, ça rentre dans quelle catégorie ?

34. Le mercredi 3 octobre 2007 à 18:16 par Toulousaine

Là, juste en ce moment, ce que j'aime c'est d'enfin avoir un vrai juge (même si délocalisé dans des conditions illégales) des libertés (oui oui des libertés enfin) et parfois de la détention au Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu.

Je plains mes confrères Nîmois... mes condoléances... (private joke)

35. Le mercredi 3 octobre 2007 à 19:17 par Elhana

@ hub

Oui c'est comme à la sécu en somme...

Mais bon, le pire c'est que si j'ai bien compris les precedents billets de Maitre Eolas, etre retribué à l'AJ revient presque à travailler pour rien?

36. Le mercredi 3 octobre 2007 à 19:24 par prdchroniques

Magnifique texte.

37. Le mercredi 3 octobre 2007 à 20:21 par Dudule

@29 : Je vous crois. J'ai moi-même constaté, autant dans le milieu judiciaire que dans d'autres milieus (notamment enseignant) une différence nette entre les professionnels très attachés aux grands principes et visiblement extrêmement consciencieux, et qui vous jurent grands dieux que tous leurs collègues ou confrères sont exactement pareil et que ce qu'on peut dire de mal sur eux n'est que cliché, et la réalité où le cliché se vérifie hélas trop souvent. Des magistrats qui tordent le droit à leur convenance, des juges d'une subjectivité totalement indiscutable, des procureurs d'une mauvaise foi voire d'une méchanceté ostensible, des enseignants à moitié fous, tantôt sadiques tantôt gâteux, des avocats véreux ou incompétents, des enseignants non-moins incompétents, des policiers ou gendarmes notoirement irrespectueux du droit voire carrément voyous, et dans bien d'autres corps de métier également, même si police/justice/éducation sont certainement les corps où les "grands principes" paraissent les plus importants...

Quand Maître Eolas nous affirme qu'il est faux de dire qu'il y a une justice à deux vitesses, je ne demande qu'à le croire mais de nombreuses anecdotes viennent le contredire... Vu le nombre de dossiers traîtés par an par la justice pénale par son ensemble, il faudrait certes beaucoup d'anecdotes avant de commencer à s'approcher d'une majorité de cas choquants... cela dit, il faudrait aussi beaucoup d'anecdotes (qui hélas, manquent) pour nous rassurer sur l'état de la Justice dans ce pays.

38. Le mercredi 3 octobre 2007 à 20:56 par Joel

@36

Oui. Ce billet, avec ses commentaires, va peut-etre aller dans mon top 1.

39. Le mercredi 3 octobre 2007 à 22:43 par seve

Je lis depuis quelques temps ce blog que j'ai découvert par un (heureux, très heureux) hasard, et je le trouve si bien écrit qu' il me touche à chaque fois, mais ce soir, il fait encore plus, sans le savoir...
Ce billet tombe à un moment clé, en pleine tempête de doute et de questionnement personnel...
Il arrive pour me convaincre, s'il en était besoin, que ce métier là est celui que je veux exercer depuis toujours (ou presque, depuis l'enfance en tout cas...), et que si je me suis éloignée de cette envie, ce n'était que de manière temporaire et guidée par les nécessités de la vie et du quotidien...

Un grand bravo pour chacun de vos billets, Maître, et un immense MERCI pour celui là en particulier...

40. Le mercredi 3 octobre 2007 à 23:04 par warelds l'ignorant

Juste histoire de me coucher moins bête, et bien que cela n'ait pas de rapport direct avec le billet de Me EOLAS, quelqu'un aurait-il l'amabilité de me donner le sens de "wesch" ?
J'avoue que mon ignorance, dans sa grande vastitude, contient ce mot-là.

41. Le mercredi 3 octobre 2007 à 23:29 par Augustissime

@PB (#27) : "C'est bien certain que l'huissier d'Outreau, le curé et le chauffeur de taxi, les "notables de Toulouse", le notaire de Bruay en Artois en ont bien profité du doute qui profite "invariablement aux autochtones bon teint, notables ou CSP ++" !!!"

Belle démonstration, vous me faites penser aux gens qui prétendent que l'école ne reproduit pas les inégalités sociales au motif qu'ils connaissent un fils d'ouvrier qui a fait l'ENA.

Mon grand-père a fumé jusque 92 ans, donc la cigarette n'est pas dangereuse pour la santé. C'est bien comme raisonnement, non ?

42. Le mercredi 3 octobre 2007 à 23:30 par Mani

N'empêche Eolas, vous êtes un sacré manipulateur d'émotion et vous devez être assez efficace en assises :p

Mais bon, je suis certain de l'honnêteté des émotions que vous exprimez ici (parce que je crois ressentir les mêmes pour de vrai), notre métier n'est pas que technique, c'est humain et il y a aussi de l'émotion.

Sinon, jeunes futurs confrère, FUYEZ ! Vous serez pauvres et tout le monde vous crachera dessus, je vous l'dis, faut s'appeler jesus pour tenir ...

43. Le mercredi 3 octobre 2007 à 23:58 par François-Noël

Franchement, chapeau.

44. Le jeudi 4 octobre 2007 à 00:00 par PB

@ 40 Augustissime

Je suis accessoirement fils d'ouvriers et (sans doute) CSP++

Me voilà donc bien placé !

J'attire seulement votre attention sur le fait qu'il n'y a pas d'un coté des "innocents" condamnés car modestes et de l'autre côté des "coupables" innocentés car "autochtones bon teint, notables ou CSP ++". Je vous accorde que s'agissant d'étrangers en situations irrégulières, par définition les "autochtones bon teint" courent des risques plus faibles...

45. Le jeudi 4 octobre 2007 à 00:22 par Xavier

Je note que la routine est dans les deux catégories...

Qui sait se contenter sera toujours heureux.

46. Le jeudi 4 octobre 2007 à 07:23 par Pantin-Lilas

Je suis tout à fait d’accord avec vous. Je complète votre liste :

Ce que j’aime dans notre profession :

 La richesse du métier (relations humaines, cultures, notions), la découverte et la recherche permanente

 Les confrères anciens, qui savent la dureté du métier, mais qui ne découragent pas les plus jeunes et aiment transmettre leur savoir

 Les magistrats qui jugent conformément au droit et non à l’équité.

 Au pénal, les magistrats qui considèrent que le doute doit profiter à la personne qu’ils jugent.

 Les procureurs de la République qui, à l’audience, se désolidarisent de leurs prédécesseurs et qui, au nom du droit, requièrent une relaxe…

 Les clients qui bénéficient de l’aide juridictionnelle et qui, alors qu’ils arrivent à peine à nourrir leurs enfants, vont, pour vous témoigner leur reconnaissance, vous rapporter un petit cadeau (un livre, un vase, une bouteille de porto…). Ça me prend à la gorge à chaque fois.

Ce à quoi je n’arrive pas à me faire :

 Les attentes interminables et inutiles (un TI qui dure 3h30 parce que le magistrat veut pas qu’on dépose notre dossier)

 Les confrères que l’on substitue et qui vous envoient au feu avec un dossier pourri sans avoir pris le soin de vous prévenir avant.

 L’utilisation consciente ou inconsciente que certains professionnels de justice (avocat, magistrat, huissier, greffier) font de leur pouvoir pour exprimer leur frustration ou leur bêtise

 Les clients qui vous disent « euh, « Madame », moi je prends un avocat gratuit (ie commis d’office ou à l’aide juridictionnelle) parce que c’est une affaire pas trop grave, mais, franchement, si ça devient compliqué, je prends un avocat payant (entendre « compétent ») sur Paris »

 Les confrères qui manquent systématiquement de diligence et qui font tant de tort à notre métier et à son image

47. Le jeudi 4 octobre 2007 à 09:28 par vanille

bon je m'y colle aussi, sachant que je suis une civiliste :

Ce que j’aime :

Penser ne pas avoir d’arguments et trouver, après de longues recherches, la jurisprudence miracle

Le pouvoir de rassurer les clients paniqués

Savoir répondre aux questions du juge que je n’avais pas anticipées, par ma connaissance du dossier

Essuyer les plâtres d’une nouvelle législation

Réussir à transiger un dossier

Plaider plaider plaider : notamment pour la montée d’adrénaline juste avant l’audience

Avoir de vrais échanges avec un magistrat sur l’interprétation d’un texte ou d’une jurisprudence

Avoir l’impression que le client est super content de moi

Les contacts avec les clients, les confrères, et les magistrats

Perdre…

L’inattendu à tout moment : comme vous !


Ce que je n’aime pas :

Attendre les conclusions du confrère pour l’audience du lendemain et ainsi rentrer trop tard pour embrasser mon boubou avant qu’il ne s’endorme

L’agressivité de certains confrères alors que nous ne sommes pas ennemis, ce sont nos clients qui sont adversaires

Les discussions de marchands de tapis avec les clients sur les honoraires

Les obligations comptables

Les clients qui font tout le contraire de ce qu’il faut, malgré vos conseils, et qui s’enfoncent

Attendre des heures et des heures avant de plaider et avoir oublié mon bouquin

Ne pas être sur la même longueur d’onde qu’un confrère et ainsi avoir des discussions qui n’avancent pas

S’apercevoir après la plaidoirie que j’ai oublié de d’insister sur tel ou tel point

Perdre un dossier qu’il n’était pas possible de gagner, mais l’avoir tellement travaillé pour limiter les dégâts que j’avais finis pas me convaincre qu’il était gagnable

Gagner une affaire !

L’inattendu à tout moment : comme vous !

48. Le jeudi 4 octobre 2007 à 11:15 par pfelelep

la question idiote à deux sous de la semaine:
"vous avez le temps de déjeuner à midi, ou c'est souvent sandwich sur le pouce?"

49. Le jeudi 4 octobre 2007 à 12:08 par parquetier

Bon, allez.
Ce que j’aime

M’attaquer à une grosse pile de courrier (procédures police et gendarmerie arrivées par courrier) remarquables par leur masse mais pas par leur complexité, et attraper chaud à en faire passer le plus possible dans la case départ.

M’attaquer à une grosse procédure bien touffue, arracher toutes les agrafes de ces */”& de policiers ou de gendarmes, en mettre partout dans le bureau, et en sortir des heures plus tard avec un dossier prêt à l’emploi, jolies chemises proprettes et pertinentes, prévenus bien identifiés, infractions bien qualifiées.

Audiencer mes beaux dossiers prêts à l’emploi à mes audiences à moi.

Requérir à l’audience dans un dossier humainement difficile, et voir sur le visage des juges, des prévenus et/ou des victimes que je ne me défonce pas pour rien.

Requérir à l’audience dans un dossier techniquement difficile, le simplifier le plus possible en collant au texte, puis regarder la tête des juges (soulagés) et celle des avocats (pas ravis).

Discuter avec un condamné après l’audience, ou avec un prévenu pendant le délibéré.

Me mettre deux semaines en réserve de la République pour régler (résumer pour l’audience) un énorme dossier de 25 tomes, avec chaussons, thé et musique à volonté.

Suivre une enquête délicate avec des enquêteurs intelligents, décortiquer et comprendre leur angle d’approche, leur faire admettre le mien et créer une synergie en vue d’un vrai bon résultat.

Préparer mon réquisitoire aux Assises jusqu’à 4 heures du mat. parce que je suis incapable de préparer un réquisitoire avant la fin des débats.

La victime de viol qui vous dit après le procès “merci pour ce que vous avez dit sur moi”

Dire au revoir aux jurés, et voir sur leur visage toutes les émotions qu’y ont imprimées les quelques jours qu’ils ont vécus avec nous.

Les collègues qui viennent vous apporter des bonbecs dans la salle de la permanence téléphonique, ou qui passent le samedi faire coucou.

Le collègue qui vous remplace sur un coup dur sans faire d’histoires

Former les auditeurs de justice (élèves de l’ENM) en stage

Expliquer le boulot à des classes de collégiens


Ce que je n’aime pas

Les piles de courrier du retour de vacances.

Soutenir à l’audience des dossiers bâclés (par lézôtres, évidemment)

La partialité ou l’agressivité d’un président d’audience

La plaidoirie de parfaite mauvaise foi, et celle qui répète trois fois la même chose

La plaidoirie genre “mon client est un pauvre type”

Les renvois sauvages pour cause de surcharge de l’audience

Le coup de fil ou l’irruption dans mon bureau de l’avocat qui me tient la jambe une heure pour savoir ce que je vais requérir contre son client, surtout celui qui tient à me dire en confidence que son client est un imbécile, et surtout qu’avant l’audience j’en sais rien et ça m’intéresse pas.

Expliquer à une victime d’abus sexuels que son affaire est prescrite

Poursuivre des pépés grabataires auteurs d’abus sexuels, parce que leur affaire n’est pas prescrite

Etre réveillé par des enquêteurs à 2 puis 4 puis 6 heures du mat.

La permanence de nuit du 31 décembre, avec des suicidés partout, et celle du beaujolais nouveau, avec des c...rds bourrés partout.

Les comptes rendus téléphoniques embrouillés des enquêteurs et ceux qui révèlent une parfaite incompétence

Les collègues qui papotent sans retenue à 2 mètres du téléphone dans la salle de la permanence téléphonique.

Le signalement d’enfant en danger faxé par l’ASE le vendredi à 17 heures (hein, Dadouche !)

Le coup de fil du policier ou celui du directeur du foyer à 22 heures qui vous annonce que le foyer où vous l’avez placé refuse de prendre en charge le mineur

Les autorisations de prélèvement d’organes

Me faire engueuler par le siège pour une comparution immédiate surnuméraire.

Les réunions pipeau à la Préfecture.

50. Le jeudi 4 octobre 2007 à 12:30 par zadvocate

Ce que je n'aime pas:

- Certains collaborateurs de "grands pénalistes" qui se la jouent alors qu'ils sont ni plus ni moins bons que d'autres beaucoup plus discrets.

- Le confrère "médiatique" (et pas toujours pour de bonnes raisons) qui snobe tout le monde lors d'une audience à la chambre de l'instruction et terrorise sa collaboratrice (la pauvre elle est devenue toute blanche quand il est arrivé), la ou un vrai cador pénaliste avec 30 ans de barre se fait discret, salue tous les confrères présents en ayant un mot gentil pour les plus jeunes (le pire étant d'apprendre le lendemain que le 1er des deux est en gav pour une affaire de blanchiment).

- les magistrats qui même à l'audience n'hésitent pas à avoir un comportement à la limite de l'insulte à l'égard d'un prévenu.

- le parquetier qui hurle au scandale quand un avocat ose plaider une nullité de procédure pourtant évidente et qui pense pouvoir s'affranchir des règles de procédure pour ensuite reprocher au prévenu la violation d'une règle de société.

- les magsitrats qui de permanence le weekend n'ont qu'une obsession: rentrer chez eux et qui du coup survolent les dossiers en regardant leur montre toutes les 5 mn.

- le temps perdu dans le couloirs à attendre son tour :)

- Entendre un confrère qui soit n'est pas un bon plaideur, soit perd le fil sous le coup de la panique, la fatigue ... On aurait envie de lui dire stop ou de l'aider :)

Ce que j'aime:

- les assises et le pénal en général: On est au coeur de l'humain même si l'on est confronté à des comportements violents.

- l'adrénaline au moment de plaider aux assises

- le client qui bien qu'ayant réglé tous les honoraires, vous amène un petit quelque chose en remerciement. Dans l'ordre, on m'a déjà proposé des oeufs venant tout droit de la ferme (sisi) mais le plus beau souvenir restera un jeune majeur sous tutelle qui pour me remercier m'a amené un café à mon cabinet. De façon totalement maladroite je l'ai refusé car je ne bois pas de café. Il est reparti contrarié mais le lendemain, il m'amenait une petite boîte de chocolat :)

- La possibilité de plaider partout en france et même sous les tropiques et d'y croiser des confrères forts sympathiques.

51. Le jeudi 4 octobre 2007 à 13:01 par Daniel Dravot

En somme, Mon Cher Confrère,
S'agissant de ce vous aimez dans la Justice, c'est sa grandeur; quant à ce que vous n'aimez pas chez elle, c'est sa petitesse.
La justice, chez nous ni ailleurs sauf erreur, ce n'est pas Thémis, la froide déesse aux yeux bandés, mais une somme de mortels capables du meilleur comme du pire...
Comme nous-mêmes, les avocats,
Et comme nos clients, les justiciables,
Comme tout sapiens sapiens pour conclure.
Votre bien dévoué.

52. Le jeudi 4 octobre 2007 à 13:31 par Hub

@eolas dans sa réponse à 19.

Horrible lapsus : "Je fais clairement comprendre au DOSSIER que je peux rendre son dossier au bureau d'aide juridictionnelle". Aïe !

(les majuscules sont de moi)

53. Le jeudi 4 octobre 2007 à 14:26 par Perdu ailleurs

Dans un autre registre mais pas si éloigné (ce que je n'aime pas), les sénateurs ont voté l'amendement ADN modifié. Poussez le petit Nicolas et ses idées d'un autre siècle et dépourvues d'humanité par la porte et il revient par la fenêtre ...
Je ne sais pas si les sénateurs, avec cet amendement qui leur évite d'attaquer de front les députés (qui auraient eu le dernier mot), pensent avoir aidé la cause des étrangers mais ce qui se met en place ressemble a une vraie usine a gaz (mais en matière d'immigration, le petit père du peuple ne s'en plaindra pas ...).
La France est officiellement un pays rétrograde ou l'humanisme n'a plus droit de cité ...

54. Le jeudi 4 octobre 2007 à 14:44 par Blue bottle

C'est quoi ce billet? On se croirait sur un forum de rencontre pour ado!

Alors moi j'aime pas:
- les racistes
- les gens méchants
- les menteurs

j'aime:
- mes copains
- la musik
- les tartes aux fraises!

A quand le ASV? Fatigué ou en manque d'inspiration le patron?

55. Le jeudi 4 octobre 2007 à 15:48 par vanille

en complément de mon commentaire 46 et de votre réponse.
euh.. bien sûr, je n'aime pas perdre et j'aime gagner !
mais j'ai écrit le contraire...
heureusement que je suis anonyme sur ce blog, car sinon, quelle publicité pour moi !
en tout cas, je ris bien en me relisant.
alors je rajoute dans ma case "j'aime pas" :
avoir besoin de 3 cafés le matin pour être réveillée parce que j'ai travaillé la veille jusqu'à pas d'heure...

56. Le jeudi 4 octobre 2007 à 16:41 par Maïpi, pas du métier (enfin, d'un autre...)

finalement en lisant les commentaires c'est comme si vous aviez "tagguer" tous les avocats (ou presque) du coin (ceux qui vous lisent quoi !)
très à la mode ce blog ;)

bonne continuation

57. Le jeudi 4 octobre 2007 à 17:36 par CJ Cregg

Un billet à la Georges Perec ou à la Sei Shônagon...

Ce que je n'aime pas :
c'est que les cadences infernales ne me permettent pas d'en dire plus sur mon blog préféré.

58. Le jeudi 4 octobre 2007 à 17:41 par Daniel Dravot

@ 50 (note EOLAS)
Mon Cher Confrère,
Accepter la justice telle qu'elle est, ce n'est pas s'en satisfaire, je suis bien d'accord avec vous: féliciter un magistrat pour une bonne décision (qui vous fasse plaisir et qui tienne au surplus juridiquement la route), c'est facile; dire à un autre que c'est un nul de chez nul qui a bâclé l'étude du dossier et qui ne maîtrise pas son sujet, ç'en est une autre...

59. Le jeudi 4 octobre 2007 à 17:46 par Larousse

Ce que j'aime:

les greffières du tribunal pour enfants qui toutes sans exception sont toujours prêtes à vous rendre service, à accéder à vos requêtes (légitimes), à sourire et à vous considérer comme part intégrante de l'oeuvre de justice

une greffière de l'instruction qui m'offre le thé quand je viens lire un dossier dans son bureau

Ce que je n'aime pas:

les greffières de l'audiencement ou des référés, que l'on dérange apparemment tout le temps, à qui on fait aussi apparemment perdre du temps et qui ne se gênent pas pour nous le dire, qui considèrent que si on n'a pas le n° RG ou le n° J, alors on a encore moins le droit de les déranger, et pour qui apparemment les avocats n'existent que pour empêcher la justice de tourner en rond...

60. Le jeudi 4 octobre 2007 à 19:12 par Marie

[Troll]

61. Le jeudi 4 octobre 2007 à 19:44 par Augustissime

@PB (#44) "J'attire seulement votre attention sur le fait qu'il n'y a pas d'un coté des "innocents" condamnés car modestes et de l'autre côté des "coupables" innocentés car "autochtones bon teint, notables ou CSP ++". Je vous accorde que s'agissant d'étrangers en situations irrégulières, par définition les "autochtones bon teint" courent des risques plus faibles..."

J'attire à mon tour votre attention sur le fait que vous ne pouvez rien déduire de quelques cas particuliers, fût-ce le vôtre.
Bien sûr qu'il y a des CSP++ en prison. Il reste que les magistrats sont très sensibles au niveau social des justiciables, comme les enseignants le sont dans leur évaluation des élèves. C'est un fait qui ne prend une signification qu'au niveau statistique, comme tous les comportements sociaux.

62. Le jeudi 4 octobre 2007 à 23:27 par rutrapio

Chers Maîtres (et vous aurez remarqué la plurialité de mon introduction),
je me permets de dépasser ici les critiques et gentilles réprimandes uniquement dûs au Maitre de maison, pour les faire passer à tous ceux et celles qui ont commenté cet article avec leurs propres "j'aime/j'aime pas".

En effet chers Maîtres, je me voyais déjà juriste d'entreprise, une idée bien ancré dans mon esprit de deuxième année de droit... Je me voyais déjà lancé sur des affaires de comptabilité et autres affaires de fusion/acquisition...

Et bien, grâce à vous chers Maîtres, me voila dans le plus grand des embarras, car je crois que vous venez de réveiller en moi un coté pénaliste qui, tranquillement, sommeillait au fond de mon être.

Alors Me Eolas, et tout ceux qui avec lui, avaient conspirés à introduire ce doute en moi par la beauté, l'émotion, la justesse et la simplicité de ce billet, que cela soit par sa rédaction originelle ou les commentaires, je vous remercie du fond du coeur, et sachez que votre profession compte désormais un jeune de plus qui rêvera cette nuit de grandes plaidoiries et de dossiers ficelés.

Rutrapio, qui a encore les idées chamboulées.

63. Le vendredi 5 octobre 2007 à 00:12 par X.

Pour répondre à l'interrogation du maître, si la grande majorité des «retenus administratif» (que j'ai horreur de cette expression) est de sexe masculin cela s'explique pour deux raisons:

Une raison objective: l'immigration non officielle tant réprouvée en ce moment et provenant de certains pays commence souvent par un homme qui espère pouvoir faire venir ensuite sa famille (et l'article 8 ne sert pas à grand chose pour eux sauf cas particulier)...

Une raison moins objective: un homme seul est plus «facilement reconductible» à la frontière (pas d'article 8, le bruit médiatique provient d'abord des familles, suivez mon regard vers une association qui «protège»les familles mais ne bouge que rarement pour certains reconduits qui risquent vraiment leur vie, ...)

Bref c'est plus facile (et j'en suis le premier désolé), l'explication vient donc de la pression mise sur les représentants de l'Etat qui regrettent tous (en silence) l'arrivée de nouveaux Etats membres dans l'Union européenne car leurs «quotas» demeurent les mêmes !

J'ai même eu connaissance d'un belge ayant fait l'objet d'un APRF (et pas pour un trouble à l'ordre public)... j'ai d'abord cru à une histoire ... belge (mais non !)... j'aurais bien aimé être présent à l'audience :)

Maintenant que j'ai ma CNI je dors tranquille (après x mois d'attente)...

64. Le vendredi 5 octobre 2007 à 08:53 par fantômette

A Rutrapio :

Bienvenu alors :-).

Mais méfiez-vous des rêves. Cette profession s'exerce les yeux bien ouvert (contrairement à ce que l'image d'épinal nous laisserait croire), et le coeur bien accroché.

Rassurez-vous pourtant, je crois encore qu'on peut être un avocat lucide et heureux.

(Mais pas tous les jours).

VBD(futur?)C

65. Le vendredi 5 octobre 2007 à 11:55 par Emmeline

"Découvrir l'argument juridique imparable qui vous donne raison".

En droit des étrangers, en voici un (OK il n'est pas juridique mais va bientôt le devenir, puisque les magistrats rendront la justice au nom de Nicolas Sarkozy) :

Hier à Sofia, M. Sarkozy a déclaré : «Chaque fois que quelqu’un est humilié, est persécuté, est opprimé, il devient automatiquement français.»

66. Le vendredi 5 octobre 2007 à 12:16 par zadvocate

Ahah, merci emmeline, je la note et je la ressors dès que je vois un représentant de la préfecture :)

67. Le vendredi 5 octobre 2007 à 22:57 par Contra

ce que j'aime pas:

...

Avoir un excellent argument, le faire valoir, ... en première instance, puis en recours et, lorsque finalement l'autorité nous donne raison, se faire sucrer les dépens lors de la fixation, au motif que le travail ne nécessitait aucun effort particulier, l'argument étant "évident" :o))

68. Le samedi 6 octobre 2007 à 13:44 par della

Ce que j'aime dans ce métier:

- Traverser le pont neuf en marchant à 2 km/h et en respirant profondément le matin très tôt ou tard le soir.

- Le confrère émérite qui remet à sa place avec élégance, fermeté et un soupçon d'humour le jeune parquetier arrogant qui ne laisse pas répondre le prévenu à ses questions.

- Mes mandants

- La voix grave et rauque de la standardiste du palais qui chante plus qu'elle ne dit "palais de justice, bonjouuuuur"

- Mettre en liberté les gens, tout le temps, quels qu'ils soient, il y a toujours une alternative préférable à la détention, plus utile, moins sale, plus digne.

- Livre votre blog

Ce que je n'aime pas:

- Les discussions d'honoraires comme celle où mes deux clients arrivent accompagnés d'une grosse brute décérébrée qui doit me faire son air méchant qui me fait rire,

- Les gens qui n'arrivent pas à cromprendre que notre profession, afin de garder son sens, ne peut souffrir l'application des principes et techniques qui régissent le commerce.

Je crois que c'est tout.

Merci Eolas pour ce très beau billet.

69. Le samedi 6 octobre 2007 à 21:24 par Schmorgluck

Je réalise, à la lecture du billet et des commentaires, que les avocats, voire les juristes en général (à tout le moins ceux exerçant dans les domaines humainement sensibles), sont exposés à deux dangers radicalement opposés, similaires à ceux auxquels sont exposés les médecins (au passage, Dudule@29 : vous avez oublié la médecine dans votre liste de professions où les "grands principes" sont particulièrement importants) : l'implication excessive, et le détachement cynique total. La première conduit à la dépression et autres troubles psychologiques, le second... je n'aime pas employer le mot "monstre" à l'égard d'un être humain, c'est un terme par trop essentialiste à mon sens, mais il dit bien ce qui en résulte sur le plan pratique, à mon avis.


Pour ce qui est des juges et de l'inégalité des prévenus selon leur couleur-vocabulaire-tenue-posture-chevelure-accent-profession-sexe-etc, je résumerais le problème à ceci : nous avons toujours des biais subconscients dans notre appréciation d'autrui, au moins en "première instance" (pour ainsi dire), et ces biais affectent la façon dont nous évaluons les personnes. Après quelques minutes de réflexion, seules trois professions me viennent à l'esprit où produire des évaluations sur des personnes est vraiment au coeur du métier : juge (bien sûr), enseignant et, dans une problématique très différente, responsable en ressources humaines.
Eh bien, dans ces trois professions, il y a les gens conscients du problème, et il y a les autres. Dans le cas des juges, cela relève du principe fondamental (à la formulation toutefois malheureuse, à mon humble avis) selon lequel "la Justice est aveugle". Je pense que les juges sont instruits de ce problème, et j'ai l'optimisme de croire que la plupart le prennent au sérieux, et essaient d'examiner attentivement leur façon de prendre les décisions au moment où ils les prennent. Ou, pour filer la métaphore entamée plus haut, de "faire appel" dans leur tête de la décision qu'ils s'apprêtent à prendre.
Encore faudrait-il qu'ils ne soient pas épuisés. L'idée d'un juge épuisé, quand on y réfléchit, est vraiment effrayante, pas seulement pour cette raison, mais notemment pour elle. Malheureusement, ce n'est pas qu'une idée, c'est une effrayante réalité de laquelle le législateur ne semble pas faire grand cas.

Enfin, au sujet de l'aide juridictionnelle et de l'irrespect de la part de clients qui n'en sont pas de leur propre poche, je dirais ceci : si j'avais là, maintenant, la nécessité de faire appel à un avocat, j'aurais probablement droit à l'aide juridictionnelle (j'ai toutefois un léger doute : RMIste, je viens de commencer un boulot, et même si je n'ai pas encore touché ma première paie je pourrais sans doute être considéré comme étant capable d'assumer un paiement étalé ou un emprunt), et il ne me viendrait pas à l'idée de me montrer irrespectueux sous prétexte que je ne paie pas de ma poche.
Ou même si je payais de ma poche, d'ailleurs. Et c'est là que je veux en venir, et je pose la question à tous les avocats alentours : n'arrive-t-il donc jamais qu'un client payant se croie autorisé à se montrer cavalier avec vous sous le prétexte que justement c'est lui qui vous paie ? Sincèrement ?

70. Le lundi 8 octobre 2007 à 16:04 par Sandrine Alves

bravo... vs avez dit en peu de mots ce qu'on ressent ds ce "qu'on aime ds cette profession" et ds "ce qu'on n'aime pas"...
Salutations d'une consoeur installée au Portugal.

71. Le mercredi 17 octobre 2007 à 17:54 par Toulousaine

Encore un truc que j'aime dans mon exercice professionnel : les pâtisseries arabes que des clients reconnaissants m'ont apporté à la fin du Ramadan ;)

72. Le vendredi 19 octobre 2007 à 17:01 par Iej

Ce que j'aime:
-un jour, j'exercerai ce métier

Ce que je n'aime pas:
-j'attends les résultats....

73. Le jeudi 1 novembre 2007 à 14:06 par violettelafleur

Scotchée par la qualité de ce blog. Je comprends pourquoi il a un tel succès ;o)

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