Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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La vraie vie (rêvée) des avocats

Par Fantômette


En réponse également au billet de Gascogne. Même dans ses pires cauchemars, un magistrat ne saurait totalement appréhender la tragique vérité sur la vraie vie rêvée des avocats...

Lundi :

J’arrive vers 8h30 au Cabinet. La porte est fermée à clé, les secrétaires ne sont pas encore arrivées.

Premier réflexe de la journée : l’agenda. Je devrais écrire l’Agenda. L’AGENDA. La Bible du Cabinet. L’agenda est une drogue, l’agenda, c’est ma caféine et mon tranquillisant. C’est le garant du travail accompli et de celui qui reste à faire. Je le consulte tous les matins en arrivant, tous les soirs en repartant. Entre deux, je vais de temps en temps y refaire un petit tour.

Il faut dire que les agendas d’avocats, c’est un peu comme netvibes et autres gestionnaires de flux rss. Ils se réactualisent en permanence, comme on dit sur le web 2.0, c’est-à-dire que vous pouvez être parfaitement à jour de votre travail à 10h30 et dangereusement à la bourre à 10h45.

Tenez, par exemple, ça y est. Horreur des horreurs. Le fax termine de cracher 15 pages d’écritures adverses haineuses en vue de l’audience de demain matin. Evidemment, c’est devant le tribunal d’instance de Tatahouine-Sur-Seine, bien connu pour le peu de patience qu’il démontre quotidiennement à l’égard des avocats qui demandent des renvois.

Et cet après-midi, j’ai une correctionnelle. Or donc, coulez mes larmes, car mon client est libre, ce qui signifie que je ne passerai pas dans les premières affaires (en correctionnelle, les affaires prioritaires sont celle où les prévenus sont détenus).

Je sors donc à 17h, et à 18 heures, je reçois la petite madame Michel, qui a non seulement perdu son chat, mais aussi son travail (« je veux porter plainte, Maître ! » « vous voulez contester votre licenciement devant les Prud’hommes ? ») son mari (« je veux porter plainte, Maître ! » « vous voulez qu’on introduise une requête en divorce ? ») toutes ses économies (« je veux porter plainte, Maître ! » « vous voulez qu’on prépare un dossier de surendettement ? »), sa santé (« je veux… » « Stop ! Madame Michel, je vais vous adresser à un excellent docteur, heu, confrère, qui est plus particulièrement spécialisé dans les... heu… cas comme les vôtres »).

Mardi :

9h30, Tatahouine-sur-seine. La salle est presque pleine. Mon affaire est appelée, évidemment, je demande un renvoi.

- Je vois, Maître, que cette affaire revient déjà sur un renvoi. Ah, oui, et je remarque que sur le bulletin d’audience, j’avais pris soin de préciser « dernier renvoi ».

Je me mords la langue pour ne pas répondre ce que tout le monde sait : après le « dernier renvoi », il reste encore « l’ultime renvoi ». Et puis, le dernier des ultimes renvois. Ensuite, heu… je crois qu’il doit encore y avoir un renvoi dans l’intérêt d’une bonne administration de la Justice, et puis, le renvoi dans l’intérêt de ne pas avoir la mort par combustion spontanée de l’avocat du demandeur par excès d’énervement sur la conscience.

- Monsieur le Président, j’ai reçu ces conclusions hier matin seulement, et elles présentent de nouvelles demandes reconventionnelles. Mon client n’a pas eu le temps d’en prendre connaissance, et n’a pu approuver mes écritures en réponse (in petto : que je n’ai pas non plus eu le temps matériel de rédiger, mais je vais m’y mettre en rentrant).

- Mmmoui. La procédure est orale devant le tribunal d’instance. Vous pourriez y répondre oralement, et tant pis pour l’avocat du défendeur qui n’aura pu s’y préparer (regard sévère dans sa direction : le collaborateur dudit avocat a la bonne grâce de rougir, mais son regard clair est celui de l’avocat qui se présente devant le tribunal avec un dossier en état).

- Certes, Monsieur le Président. Toutefois, je souhaiterais pouvoir solliciter de mon client de nouvelles pièces, les arguments soulevés sont tout à fait nouveaux…

Je croise les doigts des deux mains, bien cachées dans mes grandes manches noires.

- Bon. Mme le Greffier, une date de renvoi… Affaire renvoyée au 8 avril prochain. Notez Mme le Greffier qu’il s’agit d’un ultime renvoi.

Ouf. Je sors en vitesse de la salle après un remerciement murmuré au tribunal, un rapide salut à l’avocat adverse. J’ai une petite demi-heure de voiture jusqu’à mon Cabinet, je n’arrive que vers 11 heures, à temps pour jeter un coup d’œil au courrier du jour, que les secrétaires classent dans les dossiers correspondants, et préparer quelques courriers en réponse.

"Oui, je m’occupe de votre affaire…, j’attends la réponse de l’avocat adverse…, veuillez trouver ci-joint copie des pièces que je reçois ce jour…, merci de prendre contact avec mon cabinet en vue d’un prochain rendez-vous."

L’après-midi, Patron n°1 débarque dans mon bureau, alors que j’attaque ma deuxième assignation en contentieux locatif.

- Fantômette, je te confie un nouveau dossier.

Dossier sensible, dossier urgent, dossier adressé par un Confrère/ami/connaissance, bref, recommandé à mon attention. L’idéal serait de l’avoir traité pour avant-hier.

- Tu comprends, c’est un dossier délicat, très subtil, tout à fait pour toi. Tu me montreras ton projet d’ici ce soir. Je compte sur toi.

Galvanisée par l’évidente manifestation de confiance de Patron n°1, toutes affaires cessantes, je me lance sur le dossier en question. Je dépouille l’assignation (nous sommes en défense), je sors mon code, mon legifrance, mon dictionnaire permanent, je vérifie les textes visés, les pièces versées. Je prépare un courrier pour le client pour l’interroger sur deux-trois points en suspens, et un projet d’écritures en réplique que je laisse sur le bureau de Patron N°1.

Je redescends jeter un coup d’œil à l’agenda.

Mercredi :

Le mercredi est souvent une journée un peu off en ce qui concerne les audiences. Je peux en profiter, soit pour (tenter de) remplir mon quota d’heures de formation continue, soit pour faire des démarches un peu chronophages, mais tout à fait nécessaires : aller consulter un dossier pénal pour lequel j’ai été commise d’office au tribunal, ou aller voir un client en détention.

A peine rentrée, en tout cas, je constate avec plaisir que j’ai manqué à tout le monde, car on m’attrape au vol pour me renvoyer aussi sec au tribunal.

C’est urgent, des confrères de Créteil doivent impérativement signifier des conclusions aujourd’hui. Ils sont trop loin pour se déplacer, nous allons (c’est-à-dire, je vais) les dépanner. Par confraternité. Je m’y prête de bonne grâce parce qu’il se trouve que j’ai également un dossier sur Créteil, et tôt ou tard, c’est évident, je les solliciterai pour qu’ils me rendent la pareille.

Je repars pour le tribunal de grande instance où je parviens à signifier les conclusions dans les temps. J’en profite pour passer par l’Ordre des Avocats où je « relève la toque ». La toque d’un avocat est sa boîte aux lettres personnelle auprès du Tribunal. Il s’agit très concrètement d’un casier numéroté, où se déversent quotidiennement des courriers et actes de procédure qui nous sont adressés par d’autres avocats et par le tribunal : conclusions, bulletins d’audience, convocations, retours de dossiers et évidemment, jugements.

Les bras chargés de nombreux courriers que les secrétaires pourront commencer de dépouiller dès ce soir, je rentre avec la satisfaction du devoir accompli.

A temps pour recevoir Monsieur et Madame Tropressé, qui souhaitent divorcer. Madame a traîné Monsieur jusqu’ici qui n’en voit pas l’utilité puisqu’ils sont d’accord sur tout, et qu’il sait de source sûre qu’il suffit dorénavant d’aller consulter un notaire.

Je rectifie joyeusement sa vision erronée des choses, mais il me regardera d’un air méfiant tout au long du rendez-vous.

Jeudi :

Expertise, à Paris. Pas de chance, il pleut, et pas de chance encore, c’est un rendez-vous en extérieur. En la présence d'un Expert désigné par le tribunal, nous allons vérifier la présence de fissures sur un mur d’immeuble jouxtant une importante opération de construction immobilière. J’interviens pour le syndicat des copropriétaires de l’immeuble en question.

Une quinzaine de participants, dont une bonne moitié d’avocats grelottent sous la pluie en fixant le mur gris. L’avocat du Maître de l’Ouvrage, c’est-à-dire de l’affreux promoteur immobilier qui vient fissurer l’immeuble de mes clients à coups de marteaux piqueurs, est planté à dix mètres du mur et indique à très haute voix : « Moi, en tout cas, je ne vois aucune fissure, Monsieur l’Expert ».

J’ai le nez collé sur le mur de la copropriété, je distingue très nettement les grains de sable qui composent son mortier. « Moi, Monsieur l’Expert, j’en vois, regardez la longue fissure, ici. Elle remonte jusque là. J’ai l’impression que quand j’appuie dessus l’immeuble bouge, non ? »

S’ensuit une longue dispute sur la question de savoir si l’on peut qualifier les fissures de fines ou filiformes. L’avocat du promoteur propose sournoisement de les qualifier d’invisibles, tandis que je m’interroge ouvertement sur la nécessité de les qualifier. Après tout, des fissures, ce sont des fissures.

Je rentre frigorifiée, heureusement, Patron n°2 m’a laissé une tasse de thé au chaud.

Patron n°2 adopte un tout autre style que Patron n°1 pour me confier des dossiers.

- Fantômette, tu peux venir voir une seconde ? Voilà, je voudrais avoir ton avis sur le dossier Toutseul contre Restedumonde. Je m’interroge. Peut-être n’ai-je pas abordé le dossier sous le bon angle, mais j’ai du mal à sortir de ma vision initiale. Ce dossier a besoin d’un regard neuf. Tu me diras ce que tu en penses ?

- Vous voulez juste que j’y jette un coup d’œil ? je demande, légèrement méfiante.

- On en rediscutera quand tu auras regardé ça de plus près.

Evidemment c’est un code – que je casse aussitôt - et qui signifie, oui, tu y jettes juste un coup d’œil, et puis ensuite, tu te chargeras de ce dossier. Définitivement.

Je prends le dossier à deux mains, et le regard de Patron n°2 s’illumine pendant qu’il annonce : « attends, tiens prends aussi ces deux là ». Flûte. J’avais pas vu qu’il y avait marqué Toutseul contre Restedumonde tome 1 (correspondance et procédure). Patron n°2 me tend les tomes 2 (nos pièces) et 3 (pièces adverses).

Je regagne mon bureau en ployant sous le faix.

Vendredi :

Branle bas de combat. Un de nos clients vient d’apprendre que son débiteur est en procédure collective. Le Cabinet dans son ensemble se joint pieusement à la secrétaire devant son écran pour vérifier si nous sommes dans les temps pour procéder à la déclaration de créance. Infogreffe délivre son verdict : il nous reste jusqu’à lundi. Rien de trop.

Je me dissimule habilement derrière le photocopieur, le temps pour Patron n°1 de s’approprier le dossier.

Je rejoins mon bureau et allume mon ordinateur. J’ai une bonne trentaine de messages en attente. J’ai un dossier de plaidoiries à préparer pour lundi devant la cour d’appel. J’ai des conclusions à rédiger pour jeudi. Et l’agenda peut encore se remplir d’ici ce soir.

Je m’y attaque avec énergie et y passe la matinée. Entrecoupée d’appels téléphoniques imparfaitement filtrés. Monsieur Tropressé veut savoir pourquoi il n’est toujours pas convoqué devant le juge aux affaires familiales. Mme Michel a retrouvé son chat (« Je suis bien contente pour vous, Mme Michel ! Vous avez appelé mon Confrère ? »). M. Toutseul veut savoir pourquoi c’est moi qui lui répond et pas Patron n°2. Loyalement, j’explique que je travaille sous l’étroit contrôle de Patron n°2, mais que s’il a des questions, il peut aussi bien me les poser.

La journée passe trop vite, et je rentre chez moi très fatiguée.

Je me réveille soudain en sursaut. Etait-ce un rêve ? Non. J’ai dormi tout le week-end. On est lundi.

C’est reparti.

Commentaires

1. Le lundi 18 février 2008 à 10:16 par Eolas

Je laisse un premier commentaire pour souhaiter la bienvenue à Fantômette, qui rejoint notre cabinet, rétablissant par sa seule présence la parité homme-femme et avocat-magistrat. Dadouche sera soulagée, elle n'en pouvait plus des robes sales qui traînaient et de nous entendre Gascogne et moi hurler comme des putois lors des matchs de rugby.
Fantômette est une jeune avocate, qui en est au début de son exercice professionnel. Ce qu'elle relate ici avec le talent qu'on lui connaît est la vie quotidienne d'un avocat collaborateur.
Rien de péjoratif dans ce mot, ni dans le mot de patron, dans notre profession. Un avocat qui commence dans la profession commence comme collaborateur. C'était obligatoire jusqu'en 2007 : il était interdit à un avocat de s'établir à son compte avant d'avoir fini une période transitoire de deux ans qu'on appelait "le stage", d'où la Conférence du Stage tirait son nom. Désormais, l'avocat est inscrit au grand tableau dès sa prestation de serment et peut théoriquement visser sa plaque dès le lendemain. Cela suppose d'avoir une certaine fortune personnelle car l'installation coûte très cher et les clients ne se ruent pas chez vous. Si dans certains barreaux de province, les jeunes peuvent se faire les dents et payer leurs charges en travaillant essentiellement sur commission d'office, à Paris, la politique de l'Ordre s'y oppose.
Un avocat collaborateur est un avocat qui perçoit des honoraires d'un autre avocat (ou d'une société d'avocats), qu'on appelle le "patron", du latin pater, le père, pour l'aider à traiter ses dossiers. Cette aide peut devenir une délégation quasi complète. Le collaborateur se récolte ainsi les dossiers les moins intéressants, ou les plus pourris, c'est à dire où la débâcle est probable. Il se cogne les demandes de renvoi, c'est à dire la demande faite au président de la juridiction de juger cette affaire un autre jour car pour des raisons qu'il convient d'expliquer, l'avocat ne peut plaider ce jour là (une autre audience, un rebondissement in extremis dans ce dossier, etc).
En contrepartie, le collaborateur touche des honoraires (soit un forfait, soit un pourcentage du chiffre d'affaire du cabinet), a à sa disposition les moyens du cabinet (il doit avoir un bureau, un téléphone, accès au fax, à internet, et le secrétariat doit exécuter ses consignes, pour traiter les dossiers du cabinet bien sûr, mais aussi ses dossiers personnels. Le droit de développer une clientèle personnelle est la caractéristique essentielle du contrat de collaboration (on parle d'ailleurs de collaboration libérale, le collaborateur étant soumis au statut des professions libérales). A défaut, c'est un contrat de travail. Et la différence est importante : le collaborateur paye lui-même ses charges sociales, et n'a pas d'horaires maximum. Le salarié est aux 35 heures, et ses charges sont partagées entre lui et son employeur. Le collaborateur libéral bénéficie contractuellement de cinq semaines de congés et d'un congé maternité, à condition qu'il soit une femme.
Fantômette raconte ici une semaine type d'un collaborateur, ce qui m'a fait revivre des moments cauchemardesques : j'ai connu le coup du dossier en plusieurs tomes à traiter pour avant hier, et surtout constaté cette incroyable propension des patrons à sous estimer le temps nécessaires pour traiter un dossier. Le "Tu me fais dix lignes de conclusions disant que notre adversaire a tort" indiquant généralement trois heures rien que pour absorber le dossier avant de commencer à écrire les 550 lignes qui sont nécessaires pour apporter au magistrat une réponse intelligible et juridiquement étayée.
Avis aux élèves avocats qui nous lisent. Voici ce qui vous attend. Vous avez encore le temps de réfléchir et de passer le concours des Postes.

Fantômette:
Un grand merci à vous, cher confrère, pour ce commentaire comme pour l'invitation à rejoindre votre fine équipe. Je me sens très haut perchée sur la page... mais je pense pouvoir m'y habituer.

Par contre, les garçons, on met tout de suite les choses au point. Dadouche et moi partons combattre le crime et les abus de pouvoir. Les robes sales, c'est au panier.

2. Le mardi 19 février 2008 à 12:45 par Phi

Etant élève avocat en stages, je retrouve exactement l'atmosphère des cabinets dans ce message, et je vois que l'activité des jeunes collaborateurs est partout pareil !
Ceci dit vous avez oublié un degré dans la chaîne : l'élève avocat est le dernier maillon, sous le collaborateur, et est celui qui fait parfois les renvois, relève la toque, fait les recherches de documentations, et se fait régulièrement remettre en place par Patron 1 ou 2 ou car il n'est pas du tout pratique et ne sait rien faire !

Eolas:
... et il coûte cher, désormais, vous avez oublié.

3. Le mardi 19 février 2008 à 12:57 par drenka

Tiens, voila un collaborateur que les huissiers audienciers ne persecutent pas? C'etait juste ceux de mon cabinet qui devaient refaire 4 fois le bordereau pour les significations?

Fantômette:
Pas les huissiers-audienciers du Palais de Nanterre. Ce sont des crèmes. Quand il y a un souci avec mes conclusions, non seulement ils le corrigent tout de suite et eux-mêmes, mais en plus, ils me payent un café ensuite pour me remettre des mes émotions.

4. Le mardi 19 février 2008 à 13:01 par Bravo

Bravo... Bravo ... Bravo... ce blog est un paradis... on en ressort toujours moins bete... Merci au maitre des lieux et a ses confreres. Bonne continuation ! Quel monde fascinant la justice !
Alex

5. Le mardi 19 février 2008 à 13:07 par Shylock

Bravo Fantômette, ou dois-je dire brava !
Certes, ce tableau est assez effrayant et nombreux sont qui vont réfléchir avant d'embrasser la profession. Mais une petite propension au masochisme et un brin d'abnégation doivent sans doute aider à tenir le coup, non ?
D'un autre côté, songez à vos jeunes confrères salariés des cabinets tentaculaires anglo-saxons... Je suis sûr que comparé à eux, vous devez bien avoir le temps de vous reposer, et que vous trouvez votre condition pas si mauvaise.

6. Le mardi 19 février 2008 à 13:15 par didier Schneider

et le troll detector (tm) personnalisé, il ressemble à quoi ?

Eolas:
Vous le saurez bien assez tôt.

7. Le mardi 19 février 2008 à 13:59 par FidèlePreskAvocate

Comme il est de bon ton ces jours ci de raconter sa petite –longue- journée, je m’y mets également. Loin de moi la prétention de rivaliser avec le finesse des billets de Gascogne, de Lulu ou pire encore du maître des lieux…

Pour changer un peu, la presque avocate va vous narrer ses petites journées de stagiaire, sans trop gémir, se plaindre, pleurer, tant elle est abusée comme petite esclave, tant elle est mal payée, tant elle n’arrive plus à voir ce qui se passe derrière son bureau tant les dossiers des Vrais Avocats- qu’ils considèrent comme très chiants ou compliqués- s’empilent. Petite esclave est pourtant ravie de son stage actuel qui tranche radicalement avec ses précédents stages de secrétaire améliorée.

Comme tous les jours, j’arrive avec mon nouvel apparat qui décidemment ne veut plus me quitter : mes cernes. Comme tous les jours, la secrétaire me raconte à quel point elle est épuisée et à quel point elle travaille et à quel point « on ne lui dit jamais merci ». J’ai un peu l’impression qu’on a échangé les rôles.

Comme souvent, les urgences c’est pour moi. Comme souvent aller au tribunal pour déposer des conclusions, c’est pour moi. Comme souvent, les dossiers qui traînent depuis plusieurs mois et dont on vient de s’apercevoir que l’audience de mise en état est pour demain, c’est pour moi.

Comme rarement c’était le cas dans mes autres stages, les avocats du cabinet me donnent du vrai travail à faire et me font confiance dès les premiers jours. J’étudie un dossier, je fais les recherches : « très bien, vous recevez le client aujourd’hui…seule ». Gloups… Mon premier rendez-vous client se passe bien, le Monsieur part visiblement satisfait et me dis « Merci Maître »… je n’ose pas relever, je lui souris et lui dis au revoir.

Comme ça ne m’était jamais arrivé, au bout de la troisième semaine, je dois plaider POUR DE VRAI. Là, je me dis que ça va être autre chose que les exercices de plaidoiries à l’école où je plaidais face à un copain, où on avait décidé d’être très confraternel et de tout se dire, et où se balancer des phrases assassines nous faisaient plus rire qu’autre chose…
Là, j’y suis vraiment, la juge me regarde avec un sourire complaisant et me dis allez-y je vous écoute. Je me lance. Ca se passe bien. Mes amis gloussent car pour eux le scoop ce n’est pas que j’ai plaidé mais que j’ai plaidé pour défendre un propriétaire devant le JEX qui voulait voir appliquer la mesure d’expulsion prise à l’encontre de ses locataires qui eux demandaient des délais pour partir. Bon, en tout cas, c’était ma première fois. Ca c’est fait.

Comme toujours, j’ai appris à jouer de ma qualité de stagiaire pour poser des questions qui peuvent sembler stupides. J’assiste à une expertise, la consoeur d’en face est d’une mauvaise foi patente ; certaines parties de l’appartement expertisé sont communes quant ça l’arrange et peuvent subitement devenir privées quant ça l’arrange aussi… « Euh, Monsieur l’expert, excusez moi, mais je ne comprends pas bien, comme je suis aussi là pour apprendre…il me semble que tout à l’heure cette partie était commune ?... ? Et vlan pour l’autre en face qui ne sait plus quoi dire, surtout que l’expert vient de lui dire qu’il fallait qu’elle arrête un peu… L’expert semble acquis à notre cause, on verra…
Idem, le jour où je dois déposer en urgence des conclusions et qu’il y a une queue monstre. « Euh, excusez moi, comme je suis stagiaire, je ne sais pas trop bien comment ça fonctionne, on m’a dit de déposer les conclusions à Madame MARRE-DES-DEPOTS-DERNIERE-MINUTE, je ne trouve pas la salle… ». Réponse de la greffière : « C’est pas grave, donnez, je vais les prendre ».

Par contre, je fais beaucoup moins la maligne dans le juge d’un juge d’instruction dont le simple regard me fais froid dans le dos. L’avocate que j’accompagne parle à son client qui visiblement n’avait pas compris qu’il ne fallait pas qu’il répète deux fois la même chose et qu’il fallait laisser le temps à la greffière de taper. Sous ses lunettes, la juge hurle « parlez plus fort Maître ». OK, le décor est planté. Là je suis muette comme une carpe.

Arrive le jour tant attendu, la permanence pénale. Premier constat, la première question de la coordinatrice est de savoir qui peut s’occuper du droit des étrangers. Silence. « Maître OK-JE-ME-DEVOUE ne va pas tarder lance un avocat, il les fera ». Moi qui aime bien cette matière, je ne vais donc pas pouvoir l’aborder aujourd’hui. Bon, je suis quand même contente d’être là. Ca commence bien, des policiers pénètrent dans les locaux, visiblement on leur a signalé la présence de deux jeunes « que tout le monde recherche ». Branle-bas de combat chez les avocats, il est hors de question que les flics pénètrent dans nos locaux…
Je descends au dépôt. Et bah ! Moi qui voudrait faire des permanences, je vais devoir m’habituer aux locaux exigus. Limite claustrophobe, je commence à me sentir mal…L’ambiance flics-avocats n’aident pas. On remonte. Bon, la journée est longue mais vraiment intéressante.

Je rentre au cabinet, Grand Patron me donne un dossier qui évidemment est là depuis des mois. Je m’aperçois que notre adversaire est en fait la société pour laquelle je bosse le samedi (bah oui, il faut bien se faire un peu de sous quand même). Je dis à Grand Patron que c’est la boîte pour laquelle je bosse le week-end, j’essaie de faire comprendre à Grand Patron sans l’offusquer et sans qu’il pense que c’est moi petite stagiaire qui lui rappelle certains principes, que ça me gêne un peu de traiter ce dossier. Réponse de Grand Patron : « Oh bah c’est pas grave, personne ne saura que c’est vous qui l’avez fait »…sauf moi évidemment.

Et quand y’en a plus, y’en a encore.

Et dire que je n'attends qu'une chose, faire ça tout le temps, un peu maso la stagiaire!


Eolas:
Sans vouloir vous sous-estimer, vous laisser recevoir seule des clients et vous pousser au conflit d'intérêt n'est pas la meilleure façon de vous former. Je suis parfois circonspect par la notion de la pédagogie qu'ont certains confrères.

8. Le mardi 19 février 2008 à 14:19 par JR

Y sont fous ces juristes... ^^

"Il faut dire que les agendas d’avocats, c’est un peu comme netvibes et autres gestionnaires de flux rss."
=> Ah ! Vous n'utilisez pas que tu papier alors, ils sont électroniques vos agendas, non ?
(et la déforestation, vous y pensez à l'environnement ? Hein ?)

"Tatahouine-Sur-Seine"
=> MDR, moi je suis à Kashyyyk-Sur-Saône

"après le « dernier renvoi », il reste encore « l’ultime renvoi »"
=> Et après, il y a quoi ?
L'"Omnislash-renvoi" ?
Le "Final-Battle-Time-renvoi" ?
Le "Justice-Buffer-Overflowed-renvoi" ?

"L’idéal serait de l’avoir traité pour avant-hier."
=> Un partisant de la Théorie M se cacherait-il sur ce forum ?

"S’ensuit une longue dispute sur la question de savoir si l’on peut qualifier les fissures de fines ou filiformes"
=> BIG LOL ! C'est dingue parfois, à quel point les gens peuvent être faux-culs.

J'adore ces récits, rien n'est plus pimenté que le scénario de la vie réelle... La réalité dépasse tant la fiction...

9. Le mardi 19 février 2008 à 14:21 par grumlee

Par chez nous, on dit "relever la case"...


Sinon, je crois qu'il n'y a plus à proprement parler de "concours des Postes" depuis longtemps (même si la procédure de recrutement y ressemble encore beaucoup), la Poste ne recrute plus qu'en CDI...

10. Le mardi 19 février 2008 à 14:42 par Vonric

Aaaah Fantomette n'a pas changé, toujours des situations difficiles dont elle sait tres bien sortir. Mais il est ou son copain Oeil de Lynx pour lui filer un coup de main? Elle aurait peut etre pu l'envoyer a Creteil relever le courrier ? ;-)

Fantômette:
Je l'ai largué le jour où il s'est fait tacler par Eolas dans sa rubrique Mon Amie La Presse.

11. Le mardi 19 février 2008 à 14:52 par patnprivate

Tiens, j'ai l'impression d'avoir été à la même réunion d'expertise et le même jour en plus !

@ Shylock. En ce qui concerne les avocats salariés éreintés par leurs patrons anglo-saxons (moi un patron, j'appelle ça un "associé"), je crois qu'il n'y en a quasiment plus. A ma connaissance il reste plus que 4 ou 5 gros et moyens cabinets qui ont des collaborateurs salariés à Paris. En effet, il est plus facile de faire bosser en collaborateur libéral comme un dingue qu'un salarié.

12. Le mardi 19 février 2008 à 14:59 par POC

Quand Fantômette publie un billet le 19 février à 12 h 04, Eolas le commente dès le 18 février à 10 h 16.

C'est-y là qu'on voit toute la différence entre un patron et un collaborateur ? Ou c'est-y parce qu'Eolas est dans une faille spatio-temporelle qui lui permet de profiter de journées de 40 h (au moins) pour tenir son blog, défendre ses clients, supporter une équipe de foot et une autre de rugby, etc., etc. ??? :-)

Fantômette:
Exactement. C'est uniquement le jour où l'on est effectivement capable de rendre un dossier ouvert aujourd'hui avant-hier que l'on peut envisager de visser sa plaque et s'installer à son compte. Sans cela, c'est du suicide.

13. Le mardi 19 février 2008 à 15:00 par villiv

Plutôt pas mal, cette petite tranche de vie...

Je n'ai pas vécu tout cela quand j'étais collaborateur en Droit Public (pas de demande des renvoi, pas de dossiers perso, etc etc)

Mais tout ceci, complété du premier commentaire de Eolas, m'a bien plu en tout cas,

MERCI !

14. Le mardi 19 février 2008 à 15:02 par patnprivate


@FidèlePreskAvocate. Dites, je viens de lire votre commentaire, êtes vous en train de dire que vous êtes stagiaire au sens "j'ai pas la CAPA" et que votre cabinet vous met seule en réunion client et vous envoie plaider ... en robe ?

15. Le mardi 19 février 2008 à 15:12 par Dadouche

@ Fantômette

Bienvenue dans la coloc' et vive la parité ! Voilà un début en fanfare.
Pour les robes sales, on est d'accord.
Pour le combat contre le Furet et le Masque d'Argent, alias le crime et l'abus de pouvoir, j'ai une petite idée à vous soumettre.
Pourriez-vous me contacter par mail ?

16. Le mardi 19 février 2008 à 15:14 par FidèlePreskAvocate

Réponse à patnprivate: Je n'ai pas plaidé en robe, ce qui devrait répondre à votre question. Ceci dit un ami stagiaire "j'ai pas le CAPA" a également plaidé, devant un TA, où le juge a exigé de lui qu'il porte la robe...effectivement je devrais dire élève-avocate mais FidèlePreskAvocate semblait bien décrire ma situation. Je vous rassure, mon rendez-vous client n'était pas très compliqué, il s'agissait plus d'une consultation, rien de bien méchant, j'avais réalisé les recherches relatives à ce dossier. J'étais la première surprise de savoir que j'allais le recevoir seule. Ceci dit on m'a demandé de recevoir un autre client qui d'ailleurs ne s'est pas présenté! Au moins je ne pourrais pas me plaindre de ne pas être mise en situation... Encore une fois rassurez vous, lorsque je ne maîtrise pas le sujet, je le dis.

17. Le mardi 19 février 2008 à 15:15 par dadouche (bis)

toujours @ fantômette
oups, fausse manoeuvre, l'adresse mail n'apparaît pas comme je pensais. Du coup je vous la mets en "clair" : juge.dadouche@gmail.com

18. Le mardi 19 février 2008 à 15:16 par breizhnoé

Ca me rappelle ce que m'a dit un ancien Bâtonnier, alors que j'attendais avec d'autres élèves avocat pour passer mon oral de CAPA:
"Vous savez, il est encore temps de renoncer..."
J'ai trouvé cela drole sur le moment, mais depuis que j'ai débuté mon activité, je ne saurai dire s'il plaisantait...

19. Le mardi 19 février 2008 à 15:25 par patnprivate


@FidèlePreskAvocate. Rassurez vous, votre pseudo était éclairant, mais je m'étais pris à douter devant l'énormité de la chose. Dont acte, ça ne choque peut être que moi et je suis certain que votre bon sens compense aisément votre absence de mandat de représentation.

20. Le mardi 19 février 2008 à 15:37 par Kerri

Simple question: vous faites du droit pénal, du droit de la famille, de la responsabilité contractuelle et délictuelle,... (vous manque quand même un peu de droit public :D ).
Est-ce que tous les jeunes avocats diplomés se frottent à tous ces contentieux? ou bien peut-on, des le capa en poche espérer intégrer un cabinet plus spécialisé?

je pose la question car vu d'ici (= d'une université) le droit semble plus sectorisé.

Fantômette:
Je travaille dans un cabinet généraliste. Les associés ont tous des spécialisations différentes et je suis la seule collaboratrice. Du coup, j'exerce - sous leur contrôle - dans un large éventail de disciplines. Par ailleurs, à Nanterre, les jeunes avocats sont incités à s'inscrire sur différentes listes de commissions d'office, et interviennent très régulièrement au titre de l'aide juridictionnelle. C'est surtout dans ce cadre que j'exerce au pénal, et en droit de la famille (divorce, requêtes après divorce, requêtes enfants naturels...). Il est possible de se spécialiser dès le début de son exercice professionnel, sachant que cela risque de restreindre votre champs de recherche d'une collaboration. Je ne suis pas très bien placée pour vous en parler parce qu'en ce qui me concerne, par choix, je n'ai travaillé que dans de petites structures, plutôt généralistes, et faisant beaucoup de judiciaire. Pour ma part, je suis plutôt contente de profiter d'une formation pratique assez large. La vie de mes clients n'est pas aussi sectorisée que les disciplines juridiques.

21. Le mardi 19 février 2008 à 15:53 par FidèlePreskAvocate

@patnprivate : J'imagine que vous n'êtes pas le seul à être choqué, et il y'a de quoi, j'en ai bien conscience rassurez vous, je me limite dans ce cas au strict minimum et ne joue pas les divas du barreau. Encore une fois, c'était une simple consultation, ce qui je vous le concède ne change pas grand chose au problème. En écrivant ce message je savais bien que cela devait plus faire partie d'une catégorie "pas très bien"... Difficile de dire non à Grand Patron... Il ne faut pas se le cacher, ça fait plaisir de se dire qu'on nous fait confiance... mais que faire quand Grand Patron a l'air de trouver ça tout à fait normal et que à part passer pour la stagiaire qui se la pète en voulant rappeler certains principes...position très délicate...
J'étais accompagnée d'un collaborateur le jour de ma première plaidoirie, c'est déjà ça (j'imagine qu'aucun juge ne m'aurait laissé plaidé dans le cas contraire).

22. Le mardi 19 février 2008 à 15:56 par DMA

Et vous en connaissez des avocats ou des avocats stagiaires "en reconversion" ayant donc exercé une activité professionnelle (au hasard et par exemple ingénieur) avant de reprendre leurs études?
parce que c'est mon ambition mais aujourd'hui j'ai un gros rhume et me sens faible, et ce billet, pourtant très drôle, me décourage un peu...

Eolas:
Oui, j'en connais un... (lien)

23. Le mardi 19 février 2008 à 15:58 par patnprivate


@FidèlePreskAvocate. Ne vous inquiétez pas, c'est plutôt le cabinet où vous êtes qui me fait du souci. Vous vous n'aviez pas le choix. Je suis quand même rassuré qu'un collaborateur vous ait accompagné lors de la plaidoirie. Bon courage pour la suite.

24. Le mardi 19 février 2008 à 16:10 par FidèlePreskAvocate

@patnprivate : C'est gentil de ne pas me jeter la pierre... Et encore je ne raconte pas tout. Mais mon objectif n'était pas de fustiger mon cabinet mais de décrire un peu la vie d'une stagiaire, ayant clairement à l'esprit ce qui se fait et ce qui ne se fait pas dans la profesion. Merci pour ses encouragements, je vais en avoir besoin visiblement à la lecture de ces derniers billets des professionnels de cette profession!

25. Le mardi 19 février 2008 à 16:23 par DMA

aucun rapport

26. Le mardi 19 février 2008 à 17:15 par Telramund

@Kerri
Oh oui, on peut parfaitement éviter le moindre contentieux en étant avocat. Je me rappelle, le jour de ma prestation de serment, que l'un de mes encore futur confrère, pris dans un prestigieux cabinet anglo-saxon, était hilare en robe car selon lui sa prestation serait sa seule occasion de la porter. Bizarrement, moi qui allait collaborer dans un micro-cabinet spécialisé dans le contentieux prud'homale, eh bien, je ne l'enviait pas...De fait, je ne pense pas qu'il m'enviait non plus.

27. Le mardi 19 février 2008 à 17:17 par Ed

@ Fantômette

Je vois que vous connaissez bien mon collègue juge d’instance à Tatahouine-sur-seine (rattaché au T.G.I. de Biribi-sur-mer)

C’est vrai que comme d’autres, il est un peu strict sur les renvois ; il a un peu de mal à comprendre pourquoi les fax des avocats fonctionnent autant dans la nuit qui précède les audiences du tribunal d’instance ; il grogne légèrement quand on lui dit que des pièces viennent d’être communiquées, à peine huit mois après l’assignation ; son sourcil gauche se lève furtivement lorsqu’il entend qu’une transaction est en cours, alors que cette information capitale lui avait déjà été révélée quatre audiences plus tôt ; il pouffe à peine à la vue de la pile de dossiers qu’il va mettre en délibéré à un mois ; il se demande si l’objectif LOLF de réduire de 4,1 mois à 3,9 mois le délai moyen de traitement des dossiers sera respecté ; à la réflexion, il s’en tape un peu ; il pense à l’audience de surendettement qui va suivre ; à l’audience du juge de l’exécution qu’il prendra demain vu qu’il doit remplacer au pied levé son président, appelé d’urgence à une réunion à la Cour pour une question administrative ne souffrant aucun ajournement ; aux 200 injonctions de payer qui le narguent, à l’heure où le greffe est désert et où les animaux sauvages vont au point d’eau, et qu’il va bien falloir traiter un jour ; à la tournée de maisons de retraite de la semaine prochaine ; aux courriers qu’il va falloir faire ce soir pour répondre aux curateurs privés ; il se dit qu’il aura de quoi s’occuper, les 9 et 16 mars, durant les permanences électorales.

Bref le juge d’instance est grognon, boudeur, limite maussade. Allez savoir pourquoi.

Eolas:
Allons, votre côté taciturne vous a empêché de vous mettre à jour de la carte judiciaire : Fantômette exerce au TGI de Framboisy, tout le monde le sait (je crois que le TGI de Biribi Sur Mer a été supprimé, d'ailleurs : le maire est PS).

Fantômette:
Je note, Ed, je note. En même temps, m'accorder un renvoi, c'est s'assurer de me voir revenir à l'audience du mois suivant, toujours alerte, guillerette et de bonne humeur. Avec de nouvelles demandes de renvois sous le bras, certes, mais ça fait pour ainsi dire partie de mon charme. Je trouve parfois légèrement vexant que cela ne suffise pas à emporter la décision du tribunal. J'assigne à tour de bras devant le tribunal de Tatahouine-sur-seine, certes souvent poussée en cela par les dispositions du code de procédure civile, mais également par affection pour votre collègue, eh oui. Et le sait-il seulement ? Pouvez-vous lui passer le message ? (et vérifier en passant dans quel état d'esprit il sera - mettons - jeudi après-midi en ce qui concerne les demandes de renvoi ?)

28. Le mardi 19 février 2008 à 17:33 par patnprivate


@DMA

Est ce que cette petite description du cabinet Hirsch vous interesse plus ?

pariskleber.gesica.org/fr...

29. Le mardi 19 février 2008 à 18:09 par Salomon Ibn Gabirol

Je me pose la question depuis qu'a ete annoncee la supression du stage: la conference eponyme va-t-elle changer de nom?
Si quelqu'un a des infos....

30. Le mardi 19 février 2008 à 20:36 par Jeune chercheur

Une impression ou finalement ces jursites sont des feignasse
que ce soit chez le juge, l'avocat ou même l'avovat stagiaire
point de mention du Samedi et du dimanche, un oubli ?
Un Magistrat peut il acceder au palais le dimanche ?
Les cabinets d'avocats sont il plein de stagiaire le dimanche

Dans nos labos Le dimanche on y croise tout de même du monde
-Le thesard a qui son directeur de thèse à demander les 3 premiers chapitre rédigé pour le lendemain ( étrangement le Lundi le Directeur de thèse sera en fait à Paris en train de chercher des sous et bien incapable de lire les 3 chapitres)
-Le post doc qui s'envole Lundi Matin pour une conférence aux îles feroe
-Le Post Doc et son thèsard qui doivent absolument avoir finis de tester la nouvelle machine livrer vendredi, la date limite pour finir les tests était il y a deux semaines...
-Vassily Anatolivich Oulianov, qui à fuit la russie à la chutte de l'URSS et depuis passe 160h par semaine au labo

31. Le mardi 19 février 2008 à 20:53 par étudiant

bonjour,
euh... comment dire...?
pourquoi vouloir faire un boulot qui semble si difficile?
pourquoi insister sur ce coté "pathos" de la profession ?
n'y aurait-il donc que des désavantages? evidemment non.
alors pourquoi ne pas écrire un billet qui mette en avant les joies plutôt que les peines?
ou est ce pour qu'on vous plaigne?
d'avance excusez moi pour mon arrogance...mais je trouve que mettre en avant le plaisir d'exercer plutôt que de relever systématiquement les inconvénients peut etre aussi utile et encourageant.( et surtout meilleur pour le moral)
du plaisir, du plaisir!!!(aussi)

Fantômette:
Très honnêtement, je ne crois pas avoir mis aucun pathos dans ce billet. Être avocat collaborateur, c'est un rythme d'enfer, ça oui. Je ne peux franchement pas décrire mes journées comme autre chose que des journées bien remplies. Certaines semaines sont encore bien plus chargées en audiences et rendez-vous que la semaine que je décris dans ce billet. Mais où avez-vous cru voir que cela me pesait tant que ça ? J'ai voulu faire du judiciaire plutôt que du conseil. J'ai souhaité intégrer un petit cabinet plutôt qu'un gros. Tout cela fait partie du deal. Je ne "subis" pas mon choix professionnel, du moins pour l'instant. Le jour où je changerais d'avis, je ferai autre chose et voilà tout.

32. Le mardi 19 février 2008 à 21:19 par Contra

"J’arrive vers 8h30"

Désolé, je me suis efforcé de ne pas le relever mais ... 08.30 heures ? ce n'est pas un peu tard pour une collaboratrice tenue à facturer au moins 70 heures par semaine ? :o))

33. Le mardi 19 février 2008 à 21:27 par Lulu

à Jeune chercheur;

Je suis ravie d'apprendre que je suis une feignasse.

Je m'en souviendrai la prochaine fois où je serai de permanence un week-end (1 week-end sur deux).

Je m'en souviendrai quand je me lèverai aux aurores un samedi ou un dimanche pour une première comparution ou une prolongation de garde à vue.

Tenez, je traiterai de feignasses les avocats de permanence le week-end, vous savez, ceux qui courent du commissariat jusqu'à la brigade de gendarmerie au fin fond de la cambrousse pour assurer la présence d'un conseil auprès des gardés à vue. Et qui ensuite filent au palais pour un débat JLD. Je suis certaine que ce qualificatif leur fera plaisir.

@ Etudiant;

Ah, le tempérament français, on râle, on râle, moi la première. Il faut dire que le contexte est morose: non seulement nous exerçons des métiers difficiles, mais dans des conditions matérielles très médiocres qui ne nous aident pas à voir la vie en rose.

Mais si, il y a plein de bonheurs dans nos métiers.

Quand lors d'une suspension d'audience, dans un couloir, une partie civile vient vous remercier du travail accompli.

Et quelques minutes plus tard dans le même dossier, un avocat de la défense vous remercie aussi pour la manière dont s'est déroulée l'instruction.

Quand vous êtes désigné pour instruire un dossier intéressant, que vous allez prendre le temps de découvrir comme si vous dégustiez un millefeuille (les juristes me comprendront).

La colonne des + est beaucoup plus remplie que celle des -, sinon nous irions faire autre chose.

34. Le mardi 19 février 2008 à 21:31 par étudiant

merci
heureux de vous l'entendre dire..je dois dire qu'on insiste pas assez sur la colonne des +. c'est encourageant pour un étudiant. encore merci

35. Le mardi 19 février 2008 à 21:38 par RG

@30

La description d'un labo le dimanche est criante de vérité, manque plus que le chinois et sa manie des photos de groupe.

36. Le mardi 19 février 2008 à 22:05 par Jeune chercheur

Ah tout de même c'est qu'il faut les pousser un peu pour qu'ils avouent travailler le week-end !
De toute façon rassurez moi 35h c'est bien la durée journalière du travail ?

@ 35
Oui j'ai oublier le chinois, me rapelle même en avoir croiser un Samedi à minuit

37. Le mardi 19 février 2008 à 22:07 par Eifelle

Quel dommage de ne pas savoir écrire aussi bien que les contributeurs précédents. J'aurais pu continuer la boucle avec la semaine d'un architecte expert près la cour d'appel. Quoique je doute d'en avoir le temps puisque j'ai donné demain comme dernier délais pour remettre les dires de synthèses et que comme à chaque fois en cette circonstance mon télécopieur est atteint de diarrhées aiguës et n'arrête pas de vomir des dires depuis 17 h 00. Dois-je le débrancher à 24 h00 pile ?
A+

38. Le mardi 19 février 2008 à 22:17 par motus

Sans vouloir porter atteinte à son anonymat, est-il possible de savoir si Fantomette est mariée et sinon de l'inviter à déjeuner, demain 13h00 à la buvette du Palais ?

39. Le mardi 19 février 2008 à 22:20 par raven-hs

#34@ étudiant

Lorsque j'ai fait un stage de 4 mois en cabinet d'avocat, j'ai posé la question à mon maître de stage, texto :" Quelle est le conseil que vous donneriez à un étudiant qui veut devenir avocat? ". Elle m'a répondu, sérieusement : " Faire un autre métier ".

J'ai continué à la questionner en lui disant que si elle faisait ce métier elle devait bien en tirer une satisfaction. Elle m'a expliqué que le métier d'avocat c'était beaucoup d'investissement personnel pour une rémunération pas nécessairement à la hauteur du temps passé ( elle m'a dit qu'elle serait plus tranquille en étant juriste d'entreprise à 35heures pour une rémunération pas si différente).

En réalité, selon elle, la satisfaction que lui procure ce métier c'est la grande indépendance dont elle bénéficie, la satisfaction personnelle de mener une affaire à bien, d'aider des personnes souvent dans une situation délicate, et parfois les remerciements des clients (même si elle m'a dit de ne pas trop compter dessus ;) ).

40. Le mardi 19 février 2008 à 22:22 par mytho

@ Jeune chercheur
@ Jeune chercheur (ou jeune glandeur....)

oui c'est vrai vous avez raison, ces juristes sont des feignasses....non mais vous plaisantez????? j'ai été chercheur dans un labo, et c'est vrai, quel plaisir à glander l'on peut prendre, à passer des heures sur un terme,une phrase, une expression...on se masturbe l'esprit à plaisir...et puis alors, si on fait une "c...ie" alors, pas de problème, on ne risque rien et on n'implique personne...je suis sûre que l'on vous mettrez trois jours à la place d'un juge d'instruction ou d'un avocat vous seriez surpris...non mais...naze...allez retournez dans vos bouquins à manier vos idées...heureusement qu'il y a des gens sur le terrain qui ont des "guts" pour prendre les décisions à votre place....

41. Le mardi 19 février 2008 à 22:32 par Marie Laure Fouché

@ Eifelle

Cher Expert, si on ne pouvait pas envoyer les Dires récap' au dernier moment, où irait-on ? ;-)

@ Contrat (32)

J'imagine que votre commentaire était ironique... Pour ma part j'arrive vers 9h15 le matin, et pars rarement avant 20 heures. Eh bien ça fait déjà une sacrée journée, surtout les jours où il est impossible de prendre une vraie pauses déjeuner et où je grignote mon sandwich dans le métro (joie, bonheur).

Bref des journées de dix à onze heures à réfléchir comme un forcené sur les dossiers, à courir partout en audience ou en expertise, et, n'oublions pas, à manutentionner des dossiers épais comme trois bottins chacun, ça use.

@ Etudiant (31)

Et pour finir les remarques que je faisais précédemment, la description de Fantômette est criante de vérité. Voilà comment cela se passe ; ce n'est ni négatif ni positif, c'est juste comme ça.

Maintenant, parfois on se fait plaisir à décortiquer un dossier, à aller au fond d'une argumentation juridique en se disant qu'on va démolir le dossier adverse, ce qui est fort plaisant.

Mais le stress et la fatigue de la charge de travail, c'est bien réel et cela constitue une très grande part du métier. Autant être prévenu à l'avance, non ?

42. Le mardi 19 février 2008 à 22:47 par Ed

@ Fantômette

Allons, allons, si vous avez autant d'affection pour mon collègue tatahouinien (c'est qui d'abord ce beau gosse ?) ne me faites pas croire que vous ne pouvez l'approcher qu'une fois par mois. A d'autres ! Et d'ailleurs il est si petit que ça ce tribunal, pour ne tenir qu'une audience civile par mois ?

Mais bon, allez je vais vous donner quelques tuyaux. D'abord je vous signale que vous pouvez venir au tribunal d'instance pour :
- les audiences du tribunal de police (avec un peu de chance vous pouvez approcher un beau substitut, même si ça se féminise en diable désormais),
- les procédures de surendettement (oui je sais, c'est pas très sexy, mais des pervers peuvent y trouver leur plaisir),
- les audiences de tutelle (là, je reconnais qu'on fait plutôt dans le troisième âge mais bon...),
- les conciliations pour les saisies de rémunérations (vous pouvez alternativement tenir le rôle de la méchante et de la gentille, ce qui peut valoriser votre charme naturel),
- les requêtes diverses et variées (et là, vous pouvez même les soutenir par rendez-vous dans le bureau du juge, ce qui, avouez-le, vous permet de marquer des points).

Mais si vous voulez mon avis, le top c'est encore le transport sur les lieux. Choisir une belle affaire de bornage, ou encore de troubles de voisinage ; mélanger avec un joli conflit de servitudes ; laisser frémir ; convaincre le juge de se déplacer ; bien remuer ; servir chaud. L'inconvénient est que le juge, bien que réputé solitaire, refuse de sortir sans sa greffière. Bon, il faudra l'eliminer celle-là, mais chaque chose en son temps (surtout qu'elle peut au départ être une alliée indispensable pour obtenir un rendez-vous pour les requêtes).

Et quand vous reviendrez à l'audience, vous verrez que votre juge ne refusera plus de renvoi (sauf bien sûr si c'est votre adversaire qui le demande).


@ étudiant (31)

Vous voyez, quand on veut, on peut. Et les grincheux ne sont pas toujours ceux à qui on pense...

Fantômette:
Vous m'ouvrez des perspectives, dites donc. Il ne me reste plus qu'à trouver un client surendetté, dément, procédurier, légèrement agressif, et c'est dans la poche. Je vous tiendrai informé.

43. Le mardi 19 février 2008 à 23:58 par Fieffégreffier

@ 30 Jeune chercheur
« Une impression ou finalement ces jursites sont des feignasse
que ce soit chez le juge, l'avocat ou même l'avovat stagiaire
point de mention du Samedi et du dimanche, un oubli ?
Un Magistrat peut il acceder au palais le dimanche ?
Les cabinets d'avocats sont il plein de stagiaire le dimanche »

Au tribunal de grande instance de Paris, le samedi, vous trouverez de permanence : des substituts, des juges d’instruction, des juges des enfants, des JLD, des présidents de correctionnelles et de 35 bis et leurs assesseurs, des avocats, des huissiers, des greffiers, des gendarmes, des justiciables, des travailleurs sociaux … et des touristes qui visitent la Sainte Chapelle.
Vous pourrez assister à l’audience de comparution immédiate mais il se peut que vous ratiez votre dernier métro, cette audience dépasse régulièrement les 2-3 heures du matin.
Oui malheureusement pour lui un magistrat peut accéder au palais le dimanche, c’est plus calme que le samedi : pas d’audience correctionnelle donc pas de présidents et d’assesseurs, mais bien évidemment tous les autres acteurs cités plus haut sont encore là.
Et je ne vous parle pas de ceux qui viennent le week-end pour zigouiller les fameuses « piles » qui s’entassent sur le bureau …
Je ne sais pas si les cabinets sont « plein de stagiaires le dimanche », mais lorsque je suis de permanence le week-end et que j’appelle un cabinet d’avocats, il y a bien souvent quelqu’un qui me répond. Sinon vous savez quoi, veinarde que je suis, dans mon logiciel, il y a même les numéros de téléphone portable des avocats !! Je vais me priver tiens !
Bien à vous.
Signé : une feignasse.

44. Le mercredi 20 février 2008 à 00:54 par 1bR

Bienvenue à "Fantomette" !

Cela mis à part, j'ai l'impression -au regard des quelques derniers articles-
que le site internet "maitre-eolas.fr" a pris des engagements auprès des
universités pour que les personnes attérissant en première année de droit
soient VRAIMENT sures et motivées pour rentrer dans cette voie !!!
C'est bien ca ? lol

(cela dit, très bons articles, toujours aussi agréables à lire, qui ont au moins
le mérite de décrire des choses dont les modestes étudiants en droit dont
je fais partie ne peuvent se douter au premier abord, donc un grand merci)

Cordialement,
1bR

45. Le mercredi 20 février 2008 à 02:40 par Dadouche

Moi je trouve que jeune chercheur serait une bonne occasion d'étrenner le Troll Detector de Fantômette. Mais ce que j'en dis, hein...

Fantômette:
Bien vu, collègue. Mais mon troll detector s'est un chouia enrayé.

46. Le mercredi 20 février 2008 à 07:45 par Joba

A Fantômette et FidèlePreskAvocate:
Bien que longue et connue dans le milieu, elle me fait toujours autant rire.

L'associé majoritaire d'un grand cabinet d'avocats d'affaires déambule dans son bureau climatisé de 120 m2 emmerdé par l'ennui d'une nouvelle journée de glande. Après avoir consulté ses mails de cul illustrés, le cours du CAC40 et choisi les 5 restaurants qu'il testerait la semaine suivante avec ses clients, il décide d'appeler son principal associé (lui-même plongé dans une partie de tétris en réseau).
Une fois dans le bureau, il lui dit : "Écoute, j'ai une terrible préoccupation à propos de mon épouse (l'héritière grâce à laquelle son cabinet possède ses clients).
Je me demande si le fait de lui faire l'amour est une question de travail, ou est-ce que c'est juste une question de plaisir ?
Son associé embarrassé, lui répond sans trop se mouiller :
- Franchement, je n'ai aucune idée.
- Tu as une heure pour me donner la réponse, ordonne le big boss.
L'associé court voir le manager du département M&A (qui lisait l'Équipe tranquillement dans son bureau climatisé de 60m2) et lui pose le problème :
"Une question, si mon associé se tape sa femme, à ton avis, c'est une affaire de travail ou c'est juste pour le plaisir ?
- Alors là, j'en sais rien lui répond-t-il.
- Tu as 55 minutes pour me répondre !
Le manager va voir son collaborateur senior (en pause-café).
- Si le big boss saute sa chérie, c'est du travail ou du plaisir ?
- Financièrement, cette question n'est pas chargeable, je ne peux donc pas répondre.
- T'as 45 minutes.
Celui-ci va voir son collaborateur junior.
- Si le vieux baise sa meuf, c'est du taf ou c'est juste pour le fun ?
- J'en sais rien.
- 20 minutes.
Le collaborateur junior va donc voir un de ses stagiaires en pleine période de bourre, avec cinq closings en cours, deux data room à gérer, et trois mois de boulot sur le dos, des tas de docs à rédiger, la messagerie qui fume, le téléphone qui sonne sans arrêt.
- Oh ! le stagiaire ! une question ?
- Pas maintenant, je suis blindé jusqu'au cou, j'ai pas le temps, j'ai plein de trucs à faire.
- C'est super urgent ! il faut que tu répondes.
- Vas-y ! C'est quoi ? demande le stagiaire.
- Si le Big Boss fourre sa pouf, c'est du boulot ou du plaisir ?
- Arrête, trop facile, c'est du plaisir ! affirme le stagiaire.
- Attends ! Comment tu peux savoir aussi vite ?
Le stagiaire répond indigné :
- Dans ce cabinet, si jamais c'était du boulot, c'est moi qui serait en train de me la taper !

47. Le mercredi 20 février 2008 à 10:10 par patnprivate


Parmi les feignasses : un de mes anciens co-bureau tenait le record du cabinet avec une presence de 49 heures en continu à son bureau avant un closing.

48. Le mercredi 20 février 2008 à 11:17 par Nounours

Ah... ce billet me rappelle la douce époque où le jeune collaborateur portait servilement la robe de son maître jusqu'à l'audience où il avait alors la joie de l'écouter plaider...

49. Le mercredi 20 février 2008 à 12:35 par vanille

Merci fantômette,
Je suis aussi une « jeune collaboratrice » (enfin, jusqu’à quel age on peut dire jeune ?) je me reconnais dans bon nombre de situations que tu as décrites.
Tout cela est super formateur et après quelques années à ce rythme là tu deviens du pain bénit pour tes patrons car tu es autonome /efficace /pas encore trop cher.
Bon courage !
Ps : peux-tu m’expliquer comment tu arrives à te cacher derrière le photocopieur ? moi je n’y arrive pas

Fantômette:
Cela exige pas mal de souplesse et beaucoup de détermination. Mais tout plutôt que d'écoper d'un dossier en procédure collective.

50. Le mercredi 20 février 2008 à 15:09 par BREIZHOO2

Bienvenue à la p'tite nouvelle. Un bien joli billet pour un début.
Une expertise sous la pluie.
J'en ai eu une récemment - un référé-préventif dans une ZAC en cours de construction, au milieu des pelleteuses et des grues sous un petit crachin. Ce jour là j'ai visité un immeuble étayé lourdement depuis la 2nde guerre mondiale, frappé de longue date par un arrêté de péril et qui plus est récemment incendié.
La plupart des appartements avaient été fermés par des portes anti-squat. Une porte s'est ouverte et un petit monsieur propret nous a invités à venir voir son intérieur. Nous lui avons expliqué tout doucement, un peu émus, gênés de déranger, les motifs de notre présence. Il nous a fait entrer et nous a, mine de rien, glissé un petit morceau de sa vie. Il est un peu seul et bricole dans son petit sam' suffit, oublié dans cet immeuble voué à la démolition. Je me souviens qu'il était fier de nous montrer ses placards. "J'ai tout fait moi-même". Quand il a refermé la porte le Maître d'ouvrage, l'expert, l'architecte, moi et mon Confrère on osait à peine se regarder.
Ensuite juste derrière on a visité un marchand de sommeil. Un "hôtel" miteux. Le patron a vendu à l'aménageur et part refaire fièrement sa vie au Viêtnam.Goguenard: "Là-bas les femmes elles font c'qu'on veut". Dans la cour une femme faisait chauffer sa tambouille sur un butagaz. Des toilettes donnant sur la cour et fermant à peine avec sur la porte un petit mot "Ici on paie le 5 du mois. Sinon on va voir ailleurs. Il y a d'autres hôtels dans le quartier". J'avais comme une boule dans la gorge.
C'est pourtant un bien beau projet immobilier qui va s'implanter là.
En rentrant je me disais que ce qu'il y a de magnifique dans ce métier c'est qu'il m'ancre dans la réalité aussi terrible soit-elle. Et ce que j'apprends chaque jour - je ne parle pas seulement du droit mais aussi et surtout de l'Humain - est inestimable.
Chaque jour apporte son lot de révoltes et d'enthousiasmes.





51. Le mercredi 20 février 2008 à 16:14 par BREIZHOO2

@ 49
C'est une coquetterie.
Par principe on reste toujours une "jeune" collaboratrice.
C'est quand on passe associée qu'on s'avoue enfin son âge.

52. Le mercredi 20 février 2008 à 19:58 par tschok

@ fantômette,

Sympas vos semaines.

Les dommages aux avoisinants, j'adore. Surtout les pieds dans la gadoue.

Et les expertises sur les robinets qui fuient, vous en faites?

J'ai un rapport d'expert qui vaut celui sur l'écroulement des twins du WTC pour... une fuite sous évier.

Arf!

Fantômette:
Non, je n'ai encore jamais eu l'occasion. Mais les couloirs du métro à 3 heures du matin, c'est sympa aussi. Comme BREIZH002, j'aime bien le côté "vie : mode d'emploi" des expertises. Plus que le côté "fuites d'éviers : mode d'emploi" par contre.

53. Le mercredi 20 février 2008 à 23:47 par Stéphane Boudin

@ 49 (vanille) : après ce rythme effrené en tant que collaborateur (formateur mais éreintant), c'est un vrai plaisir de passer de l'autre côté du miroir et de s'installer pour reprendre (au début, tout du moins) un rythme plus normal avec moins de code rouge (dixit Eolas)

A Fantômette : billet très évocateur comme d'habitude (je dis comme d'habitude par rapport à la teneur de vos commentaires).

Quel verve en tout cas dans la plume. Si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous devez déjà être une bien bonne avocate.

Dommage que vous soyez de l'autre côté de Paris, nous cherchions justement quelqu'un en ce moment et je vous aurais débauché avec plaisir.

54. Le jeudi 21 février 2008 à 00:40 par Tweakie

Je m'interroge sur le statut de collaborateur libéral, tel que décrit par Eolas dans le premier commentaire. Comment se fait-il que ce type de contrat, qui semble extrêmement commun dans les cabinets d'avocats, ne soit pas plus répandu dans d'autres domaines professionnels ? Est-il courant, comme je l'ai entendu dire, que les jeunes collaborateurs s'inscrivent à l'université dans l'unique but de profiter de la sécu étudiante ?

Et enfin: étant donné la charge de travail qui semble peser sur les frêles épaules des collaborateurs, le droit qui leur est laissé de développer leur propre clientèle n'est-il pas essentiellement théorique ? Corollaire, pour revenir dans le domaine du droit: cette relation patron-collaborateur pourrait-elle être qualifiée de "fausse sous-traitance" ?

Selon wikipédia, en effet:
-------
La jurisprudence établit qu'il y a délit de marchandage notamment dans les cas suivants :

* le personnel sous-traité travaille pour un seul client depuis plusieurs années ;
* le personnel sous-traité reçoit ses instructions de l'encadrement du client ; le client contrôle lui-même le suivi, définit les tâches et les lieux d'exécution ;
* le personnel exécute la totalité de sa mission dans les locaux du client, et est soumis à des horaires identiques à ceux du personnel du client ;
* le client fournit les matériaux, les pièces de rechange, met à disposition son outillage, ses véhicules, des locaux lui appartenant, ses documents, etc.
* la rémunération du sous-traitant était calculée au temps passé par son personnel.
-------

Par ailleurs, je me doute bien que les cabinets d'avocats ne se mettraient pas ainsi en porte-à-faux vis-à-vis de la loi. Alors, où est-ce que je me plante ?

55. Le jeudi 21 février 2008 à 00:55 par Stéphane Boudin

Hé-hé, vous ne faîtes pas si bien dire. C'est tout le débat sur ce statut qui a été élargi, il y a quelques années à toutes les professions libérales. Il ne concernait avant si je ne m'abuse que les seuls avocats, dentistes et kinésithérapeutes.

Pour éviter la requalification du contrat de collaboration en contrat de travail, l'avocat "patron" doit laisser les moyens et l'opportunité à l'avocat collaborateur de développer sa clientèle personnelle. Libre à ce dernier ensuite d'user de ce droit ou non.

Dans les faits, la collaboration libérale à temps plein laisse peu de temps (sauf le WE) à l'avocat collaborateur de développer sa clientèle. Il est ainsi la plupart du temps invisible pour le client de son "patron" qui ne sait parfois même pas que le collaborateur est aussi en réalité avocat (sauf quand il le voit débouler au Palais de Justice en robe pour l'assister à son audience au dernier moment à la place du "patron" qui n'a même pas pris le peine de prévenir le client).

Il y a eu quelques cas célèbres de jurisprudences où certains cabinets d'avocats se sont faits tapés sur les doigts pour ne pas avoir laissé leurs collaborateurs développer leur clientèle avec à la clef requalification des contrats de collaboration en contrat de travail avec toutes les conséquences en matière de charges patronales et sociales.

Fantômette:
Sauf erreur de ma part, sur ce sujet, le principe de confraternité s'impose y compris dans les relations patron-collaborateurs.

56. Le jeudi 21 février 2008 à 09:38 par vanille

en réponse à 55 : ça dépend des cabinets, en ce qui me concerne, il n'y a pas de difficultés avec mes patrons.
s'il y a choix à faire on va dire que c'est plutôt entre la clientèle perso et pouvoir faire la sortie de l'école...

en réponse à 54 : j'ai peur que ne fassiez une confusion.
le délit de marchandage consiste à "vendre" du personnel quand on n'est pas habilité à le faire (comme le sont les entreprises d'interim).
à titre d'exemple, c'est le risque qui pèse sur les épaules d'entreprises de services qui envoient des consultants pendant parfois très longtemps chez leurs clients.
la relation "patron collaborateur" peut parfois ressembler à du faux salariat, mais pas à du marchandage.

57. Le jeudi 21 février 2008 à 11:22 par FidèlePreskAvocate

@patnprivate et Maître eolas : Petit rendez-vous hier soir avec des amis "j'ai pas encore le CAPA", échanges d'expériences, désespoir, soulagement, (certains auront certainement eu du mal à se lever ce matin)...Un constat s'imposait au fil de la discussion :les maîtres de stage (pas tous évidemment) déléguent volontiers. Si mon récit vous a choqué, tenez vous bien car à côté de certains j'ai l'air d'une petite rigolote : que dites vous de petits presque avocats qui sont envoyés seuls aux audiences de mise en état ou encore en expertise ?

@fantômette : votre joli récit m'encourage contrairement à d'autres. Garder autant d'humour veut simplement dire que vous aimez ce métier, après tout n'est-ce pas ce qui compte le plus au delà des listes + ou - ?!

@Joba 46 : elle était bien bonne, je ne la connaissais pas!

Fantômette:
Si ce billet vous encourage, vous m'en voyez sincèrement ravie. Concernant les missions confiées par certains confrères aux élèves-avocats, puis-je me permettre de vous en confier une autre? Devenez de meilleurs avocats (je parle de déontologie : coefficient 2 non ?)

58. Le jeudi 21 février 2008 à 13:27 par tschok

@ Fantômette,

Oui, je comprends. Le com de BREIZH002 me fait penser que, justement, j'ai bossé pour un marchand de sommeil. Enfin pas un type aussi affreux que ça, mais quelqu'un qui met ses hôtels à disposition des mairies pour faire du logement social temporaire.

Ca rapporte, plus que la clientèle touristique.

Leçon de vie vous dites?

59. Le jeudi 21 février 2008 à 22:02 par Judge Dredd - Avocat provincial

A Tweakie :

Je ne sais où vous avez entendu dire que des avocats jeunes collaborateurs s'inscrivent à la fac pour bénéficier de la sécu étudiante. Cela n'a absolument aucun intérêt et en outre, c'est impossible parce que tout professionnel libéral a l'obligation de côtiser auprès de l'AMPI ou RAM (la caisse d'assurance maladie des professions libérales).

En plus, la couverture maladie des professions libérales est correcte (même si comme tout le monde, nous devons avoir une complémentaire)

Eolas:
Jusqu'à 28 ans, être inscrit dans un établissement agréé donne droit à la sécurité sociale étudiante, et cette activité étant compatible avec l'activité d'avocat (pas en termes d'horaires, en terme de capacité juridique), un jeune avocat inscrit n'a pas à cotiser à la RAM ou l'AMPI. L'INALCO tire une bonne partie de ses revenus du fait qu'elle est un établissement agréé qui propose les filières les moins chères.

60. Le vendredi 22 février 2008 à 09:59 par patnprivate


@Judge Dredd. C'est dommage d'être aussi péremptoire quand on est au courant de rien. La moitié de jeunes avocats que je connais sont inscrits à l'Inalco pour la sécu. Bon je ne suis pas convaincu par le rapport gain d'argent / temps perdu en inscription mais bon.

@FidèlePreskAvocate n°57. Pour les audiences de mise en état, on reconnait les stagiaires car ils ont un jean et des baskets. Les Présidents adorent ça.

61. Le vendredi 22 février 2008 à 11:26 par FidèlePreskAvocate

@patnprivate : même pas vrai d'abord...

62. Le samedi 23 février 2008 à 15:27 par Judge Dredd - Avocat provoncial

@patnprivate

C'est bien ce que je disais : cela n' aucun intérêt ! Les collaborateurs qui débutent paient des charges (côtisations, je devrais dire) extrêmement faibles donc pourquoi aller voir la sécu étudiante, je me demande bien pourquoi...

En tout cas, j'ai appris quelque chose, merci...

63. Le samedi 23 février 2008 à 16:14 par This Charming Man

"Les collaborateurs qui débutent paient des charges extrêmement faibles"... Bigre! Vous exercez où, aux Iles Caïman ???

64. Le samedi 23 février 2008 à 22:35 par Judge Dredd - Avocat provincial

@ This Charming Man

Les deux premières années d'exercice, les côtisations sociales sont très faibles : nul ne peut dire le contraire.

En ce qui concerne les côtisations ordinales et d'assurance, elles sont minorées...

On ne peut pas constamment prendre Paris pour exemple...

65. Le lundi 25 février 2008 à 09:21 par sherman


En pleine période de sarkophobie , parfois affligeante , j’ai cherché à sourire de plusieurs sujets actuels :
- L’abnégation des vacanciers de la neige en nombre record qui arrivent à surmonter le criant problème du pouvoir d’achat.
- L’exceptionnelle qualité des opposants de tous bords qui solutionnent les problèmes qu’ils n’auront pas à régler .
- La délocalisation fiscale de nos célébrités sportives , artistiques , tout en se proclamant très patriotes dans les médias complaisants .
- Mon admiration pour les théoriciens des banlieues qui connaissent les solutions mais ne veulent pas y habiter .
- L’exceptionnel dévouement de nos élus qui nous font craindre leur départ à chaque élection , mais se reprennent , ceci dans notre intérêt bien sur .

Au passage j’aurai quand même une pensée émue envers le malheureux smicard qui en 1981 ne pouvait acheter que 3, 7 litres d’essence avec une heure de son salaire , alors qu’aujourd’hui il peut en acheter un peu plus de 6 litres

66. Le lundi 25 février 2008 à 14:44 par Delio

@sherman :

Veuillez avoir l'obligeance de m'indiquer dans quelle contrée vous résidez. Le prix du litre d'essence semble y être particulièrement intéressant.

En effet : 8,44 (salaire horaire brut au SMIC) x 0,78 (coefficient réducteur suite au paiement des différentes charges salariales) ÷ 6 (nombre de litres que l'on peut acquérir) = 1,097 €.

J'achète !

67. Le lundi 24 mars 2008 à 19:56 par @@@

Mon patron, ce poète…

« L’appartenance à la profession d’avocat implique l’acceptation et le respect d’une certaine éthique plus exigeante que celle du commun, ce qui lui donne une allure aristocratique. »
« Il faut en retenir que les avocats doivent se conduire en homme d’honneur, mot qui rassemble toutes les autres qualités qui lui sont demandées. Tel est le sens du serment qu’ils prêtent lors de leur entrée dans la profession d’avocat.»
Raymond MARTIN « Déontologie de l’avocat », édition Litec, n°336, p 157.

***
Afin de mieux assimiler les cours de déontologie, rien de mieux que la pratique.
En quelques mois de collaboration, j’ai compris le sens qu’il fallait donner à ce mot, courtoisie...

 « Une des vertus cardinales exigées de l’avocat est la courtoisie. »
Raymond MARTIN « Déontologie de l’avocat », édition Litec, n°336, p 179.
Exemple :
- Patron n°1 à stagiaires : « Comment ça vous n’avez pas retrouvé le dossier, mais vous êtes vraiment gourdes ou quoi ?! Cherchez bordel, bougez vous le cul, et arrêtez de glousser ! Vous êtes vraiment une bande de bonnes à rien ! »

 « L’avocat doit se garder de l’outrance et des attaques contre la personne dans ses paroles et dans ses écrits. »
Raymond MARTIN « Déontologie de l’avocat », édition Litec, n°336, p 179.
Exemple :
- Patron n°1 à collaboratrice : « Si je vous revois écrire une connerie pareille, c’est ma main dans la gueule !!! »

Exemple :
- Patron n°1 à secrétaire : « Mais bordel, j’avais dit un encadré fantaisie, c’est un encadré fantaisie ça ? Vous êtes vraiment bête, mais qui m’a foutu une gourde pareille ! »

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