Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Dictionnaire judiciaire : compassion

Par Gascogne


Du latin cum patior, "je souffre avec".

Il ne saurait y avoir de bon jugement provenant d'un juge qui souffrirait de ce mal. Tout au plus acceptera-t-on un juge faisant montre d'empathie, phénomène plus neutre, mais pas de compassion.

A ceux qui trouvent le monde judiciaire choquant, cette entrée en matière ne va pas arranger les choses. Et pourtant...La compassion est l'antichambre du jugement de valeur. J'écarte le droit au nom des mes sentiments, et je m'appuie sur la souffrance, de la victime, ou du demandeur, pour lui donner raison, au nom d'un pseudo-soulagement que je lui apporterais, et que je m'autoriserais par là-même. Quitte à violer la loi.

Or, si la sagesse populaire occidentale nous informe que la colère est mauvaise conseillère, particulièrement pour un juge, la sagesse orientale tend à penser que tous les sentiments sont néfastes. Il n'est que de relire le tao të king pour s'en convaincre.

Pourquoi cette incursion philosophico-sentimentale dans le monde judiciaire ?

Parce que je viens d'ouvrir un album photographique. Pas n'importe lequel. Pas l'un de ceux qui pourraient atterrir dans la presse pipole...Pas même dans un magazine comme "le nouveau détective" (enfin, je ne pense pas). Je viens d'ouvrir, et quasiment de refermer aussitôt, l'album photographique des opérations d'autopsie d'un petit garçon de 18 mois. Première photo en pyjama blanc sur une table en inox. Le reste, je vous l'épargne.

Et j'ai un haut-le-coeur, même encore en écrivant ces lignes. J'ai commis l'erreur de laisser mon ordinateur allumé. Il l'est toute la journée, ceci expliquant cela. Et en même temps que mon cerveau se révulsait de ce qu'il voyait, mais que ma raison professionnelle tempérait ce vague à l'âme, ma vision latérale m'indiquait que mon pitchoun de 10 mois me regardait sur l'écran. Aucun poids des mots, mais un certain choc des photos qui m'a fait refermer très vite l'oeuvre photographique gendarmesque.

Je commence à comprendre pourquoi certains collègues préfèrent ne rien mettre dans leur bureau qui leur rappelle leur vie à l'extérieur du tribunal. Moi qui croyait naïvement que c'était pour incarner un peu plus la rigueur de notre mission.

Cela fait-il de moi un mauvais juge ? Je ne le pense pas, du moins si j'arrive à exiler ces sentiments loin de ma gestion du dossier. S'agissant d'une "simple" "recherche des causes de la mort", cela ne devrait pas être trop difficile. Mais s'il s'était agi d'un dossier de meurtre, et que je préparais l'interrogatoire du meurtrier ? Pourrais-je encore instruire à décharge ?

J'ai choisi ce métier pour tout un tas de raisons que je ne comprends pas forcément moi-même. Je me doutais que l'arrivée dans ma vie d'un braillard changerait la donne. Mais pas à ce point là.

Commentaires

1. Le mercredi 20 août 2008 à 10:53 par Kell

"Or, si la sagesse populaire occidentale nous informe que la colère est mauvaise conseillère, [...] la sagesse orientale tend à penser que tous les sentiments sont néfastes. "

Kof kof Epicurisme kof kof Stoïcisme kof kof... kof....

2. Le mercredi 20 août 2008 à 11:18 par Eolas

En fait, le Tao Të King (道德經, le Classique de la Voie et de la Vertu, Voie étant le premier mot de la première partie et vertu celui de la deuxième partie du livre) s'écrit désormais Dàodéjīng. Lao Tseu (老子) s'écrit désormais Lǎozǐ. Il s'agit de l'écriture pinyin, qui a remplacé depuis 1979 l'ancienne écriture Wade-Giles (Mao Tse Toung et Pékin sont devenus Máo Zédōng et Běijīng).

Mais qu'est-ce qu'on vous apprend à l'ENM ?

Plus sérieusement, au bout de quelques mois de pratique, j'ai eu droit à un rapport d'autopsie d'un bébé de six mois, une petite fille. Je sais encore gré à la greffière de n'avoir pas fait de photocopie des photos pour la copie du dossier que j'avais en mains.


Gascogne :
Marrant ça, je m'étais posé la question de l'écriture, me doutant d'un possible commentaire sur le sujet. Et puis je me suis dit "Ou quand la forme l'emporte sur le fond"...


3. Le mercredi 20 août 2008 à 11:24 par MedLeg Anonyme

"[...]Je me doutais que l'arrivée dans ma vie d'un braillard changerait la donne. Mais pas à ce point là.[...]"

Même type de sentiments pour les médecins légistes qui font des autopsies sur des enfants, difficile de rester dans le professionnel parfois.

4. Le mercredi 20 août 2008 à 11:44 par Jeremie

Les juges sont des personnes comme les autres. Malgré cela, l'intégrité des juges ne sera jamais remise en question s'ils ont la lucidité de se récuser lorsqu'ils n'ont plus la capacité à assurer sereinement et équitablement leur charge. Courage :)

5. Le mercredi 20 août 2008 à 13:07 par Véronique

Je n'aime pas le mot d'empathie utilisé pour ne pas dire compassion.

Cela ferait-il de moi un mauvais juge ? Je ne le pense pas.

Ne pas avoir peur du mot juste, c'est déjà, selon moi, apprivoiser et mettre à distance une charge émotionnelle.

Employer un mot comme empathie, parce que nous l'espèrons plus neutre , c'est se mentir à soi .

Le mauvais juge c'est celui qui se calfeutre avec des mots qui font illusion. Affronter les mots dans leur vérité, c'est ce qui permet le mieux une connaissance de soi, donc une meilleure maîtrise dans une pratique professionnelle.

6. Le mercredi 20 août 2008 à 14:09 par boratkehul

Monsieur le juge, je compatis :-)

Pour revenir à un ton plus adéquat (comme dirait Sheila), je n'envie pas votre fonction, à qui rien n'est pardonné, aucune erreur n'est possible...

j'imagine comment vous avez pu transposer votre fils à la place de la victime. Un conseil : faites comme moi : j'ai le logo de la CJCE en fond d'écran... le seul risque, c'est que je m'imagine en train de plaider là-bas... :-)

Bien à vous

7. Le mercredi 20 août 2008 à 14:35 par Cat

C'est un sentiment bien humain que vous éprouvé là, monsieur le juge, ça s'appelle la paternité. :)

Moi, depuis que j'ai des enfants, c'est les images de guerre avec des parents qui portent le corps de leurs petits dans les bras que je ne supporte plus. J'ai le souvenir d'un passage de 3-4 secondes a la télé d'un papa irakien portant dans ses bras son fils tué par une balle perdue (pas pour tout le monde, hélas). C'est le genre d'images qui m'aurait blasé avant (on en voit tellement souvent), et que je ne supporte plus maintenant.

8. Le mercredi 20 août 2008 à 15:38 par lila

Parfois, ce serait tellement plus facile de n'avoir aucun sentiment ... Finalement, c'est ce que pensent de nous, acteurs de la justice, la plupart des gens : les magistrats jugent sans aucune humanité et les avocats sont des salauds qui ne pensent qu'au fric, et le cas échéant, à entuber leur client !!!
En fond d'écran, j'ai des paysages paradisiaques que je change au gré de mon humeur ... ou du temps dont je dispose ... aucune photo de mon fils au Cabinet. Jamais... Selon ce que j'ai fait ou vu dans la journée, en rentrant, avant le calin, je prends une douche ...
Je crois que ces métiers rendent un peu fou et tellement durs dans un certain sens !
Mais je sais aussi qu'avec le temps, cela s'apaise. Mon fils a sept ans aujourd'hui et mes réactions sont moins épidermiques, j'ai envie de dire hormonales, qu'au début !!! Cependant, je n'ai plus jamais regardé les photos d'autopsie d'enfant ou les images de guerres ou de violence comme avant. Il m'est impossible de les voir sans transposer !!!
On ne sait pas toujours très bien ce qui nous pousse à choisir notre métier, mais "ça" en fait partie et je crois que cela nous permets de rester humains ... de ne pas devenir complétement insensibles (c'est du papier !). Vous n'êtes pas seule. Courage, ça va aller.

9. Le mercredi 20 août 2008 à 15:53 par nicolas

Bon courage pour l'examen du dossier, je crois vraiment que ça aurait été au dessus de mes forces.
Rien que le descriptif de la première photo me fait frémir.

10. Le mercredi 20 août 2008 à 15:53 par aliocha

Bonjour à tous !
Votre billet, Cher Gascogne, m'a rappelé une observation de Garapon dans "Bien juger" que je vous livre car il me semble qu'elle rejoint vos réflexions : "Pour bien juger, il faut tout entendre, mais ne rien entendre d'autre, tout voir, mais ne rien voir d'autre. Comme si une certaine mort à soi et au monde faisait partie de l'acte de juger. Sans cette rupture indispensable, pas de justice. En s'aliénant au monde symbolique de l'audience, le juge se libère de lui-même. Une automutilation des autres sens est indispensable pour aiguiser celui du jugement. La seule manière d'y accéder ce n'est pas de se retirer du monde, mais de recréer un monde neutralisé par la répétition et l'immobilité du symbole".

11. Le mercredi 20 août 2008 à 16:12 par ir 76

pour une fois d'accord avec véronique : compassion et empathie c'est la même chose avec une racine latine et une autre grecque, non ? (eolas, vous m'épaterez toujours: même le mandarin lu, parlé, écrit !).
je comprends biensûr le besoin de détachement de Gascogne. Mais l'inverse tout aussi bien: les photos de mes êtres chers sont près de moi; je réalise que je ne les regarde que lorsque l'émotion du désarroi humain me submerge. Ils m'aident alors à
retrouver courage et lucidité...Chaque être humain fait comme il peut et le juge en est un autre, comme les autres.


Gascogne :
D'un point de vue psychologique, l'empathie consiste à comprendre les émotions d'autrui, sans pour autant les ressentir.


12. Le mercredi 20 août 2008 à 19:20 par praetor

Et si on en finissait avec ces simagrées sur la prétendue neutralité nécessaire du juge ? Un juge, c'est un être humain qui ressent des émotions, qui peut être en empathie, en antipathie, en compassion ... et en dépression ! L'honnêteté intellectuelle du juge, ou son éthique, pour un terme plus neutre, c'est d'être conscient de ses ressentis, pas de les masquer ou de les étouffer. je suis magistrat depuis assez longtemps pour avoir compris que la robe ne dissimulera jamais l'homme - la femme - qui la porte !

Eolas:
Votre remarque est frappée du coin du bon sens… donc je le crains fausse. Bien sûr, je ne nierai pas l'évidente humanité du juge, Philippe Houillon le fait déjà très bien. Mais la neutralité du juge, son apparente absence d'émotion est indispensable. C'est une chose d'être bien jugé (que le droit soit appliqué, aussi bien en ce qu'il punit qu'en ce qu'il protège, avec la proportion nécessaire), mais c'en est une autre, et aussi capitale, que d'avoir le sentiment d'avoir bien été jugé.
Le meilleur jugement du monde n'aura aucun effet s'il ne donne pas au justiciable le sentiment d'avoir été entendu, écouté, même si on lui donne tort. J'ai déjà fustigé ici les débordements verbaux de présidents d'audience stressés, fatigués, usés aussi par des fonctions difficiles, qui s'autorisent des phrases humiliantes ou, pensant faire preuve d'autorité, donnent l'impression que la parole du prévenu n'a aucun poids.

Un juge doit pouvoir encaisser sans que son sourcil ne bouge les mensonges les plus éhontés, les aveux les plus répugnants, les déclarations les plus provocatrices. En tirer, bien sûr, les conséquences légales nécessaires dans sa décision. Mais écouter, impassible, ce que dit le prévenu. J'ajouterais laisser l'avocat intervenir s'il le juge utile dans l'intérêt de son client, ce qui ne va pas toujours de soi.

J'ai déjà vécu des audiences, de CI surtout, où le président secouait les prévenus à l'audience, durement même, me laissant redouter des décisions sévères. Les jugements rendus m'ont agréablement surpris par leur modération et la finesse de détermination des peines : du sur-mesure pour chaque prévenu alors que la tentation du prêt à prononcer peut être grande au delà du dixième dossier. Pourtant, le prévenu était furieux contre la justice, qu'il trouvait totalement victime de ses préjugés. Il avait le sentiment de n'avoir pas été jugé, que le juge avait sa conviction déjà établie, faite en se fondant exclusivement sur les déclarations des policiers.
Résultat, un excellent jugement, mais à l'effet pédagogique nul (malgré une remise en liberté).

Le juge dans le prétoire doit être un sphinx. Laissez éclater votre colère ou couler vos larmes quand vous serez seul.

On le fait bien nous aussi.

13. Le mercredi 20 août 2008 à 19:57 par Véronique

@ ir 76

Je pense que vous ne serez pas très longtemps d'accord avec moi.

Le mot empathie est pour moi un mot sournois, une invention de psy. Ce genre de mots tièdes qui ne ressemblent à rien, qui sont répétés à tort et à travers dans des séminaires de formation. Je déteste cette façon de travestir la vérité humaine d'une personne et de la faire mentir à elle-même.

Un juge a le droit de souffrir avec.

J'aime beaucoup le commentaire de praetor.

.

14. Le mercredi 20 août 2008 à 23:17 par Dr Troy

J'ai souvenir d'une petite fille de 8 mois violée par son père.
Et oui, à cet âge là, c'est trop petit, alors le périnée avait été défoncé et les tripes ressortaient par en bas.
Il avait éjaculé dans le tas en plus.
Et il l'avait balancé contre un mur après.

Quand on nous apporte un enfant dans cet état, on se demande s'il ne vaudrait pas mieux l'achever pour son propre bien (je vous rassure, l'enfant n'a pas survécu).

Vous savez, vous ne devriez pas vous plaindre.
Déjà parce que le garçon, vous ne le voyez qu'en photos.
Ensuite parce qu'il est mort.
Et c'est tant mieux pour lui.
Il est sans doute bien mieux là où il est que dans ce monde.

15. Le mercredi 20 août 2008 à 23:38 par Dr Troy

Après relecture de votre billet, je pense que c'est effectivement ce que je ressens : Dans la médecine, le pire, ce n'est pas la blessure de la chaire.

Le corps humain n'est rien d'autre qu'une machine de nanotechnologie après tout.

Le pire, c'est de voir les gens souffrir lorsqu'ils sont encore en vie. L'empathie fait que cette souffrance se transmet.
Quand ils sont morts, c'est plus reposant. Après tout, il ne peux rien leur arriver de pire après ça.

Ce qui vous fait souffrir, vous, je pense que c'est l'imagination de ce qui s'est produit lorsque vous contemplez la victime. L'imagination, on finit par la dompter au fil du temps. Vous vous y habituerez.
Il "suffit" de se dire qu'elle (la victime) est mieux là ou elle est.

16. Le jeudi 21 août 2008 à 00:09 par Dr Troy

@Eolas - Praetor
Cher Eolas, après lecture des commentaires, j'aurais quelques choses à ajouter. Je pense qu'il y a Quiproquo entre vous 2.

- Praetor, le garde impérial, se positionne d'un point de vue interne, celui de son ressenti
- Vous interprétez ses dires d'un point de vue externe, depuis l'apparence qu'il donne

Mais sur le fond je rejoins plutôt praetor.

Vous dîtes que "la neutralité du juge, son apparente absence d'émotion est indispensable.". Personne ne peut être neutre, aussi bien que personne ne peut-être objectif, puisque chaque Homme ne voit le monde qu'au travers de ses yeux.

Un Homme ne peut que donner une apparence de neutralité, arborer un facies marbré. Il y a certes ceux qui s'en contenteront en sachant qu'ils ont été entendus, et ceux qui auront un sentiment d'injustice en sachant que le juge a été inconsciemment influencé.

Le meilleur moyen de tendre vers l'impartialité, c'est d'être conscient de ses émotions (sans les montrer), afin d'être conscient de l'impact qu'elles ont sur notre jugement.

Qui plus est, ma position médicale me permet d'affirmer que les juges sont très loin d'être exempt de pêchers.

Je ne peux pas être précis à cause du secret médical, mais le "corps juridique" (au sens large) que vous avez qualifié de "monastique" par le passé ne se gène pas pour certaines pratiques telles que l'adultère et autres déviances.

Je peux même vous dire que la zoophilie canine n'est pas inconnue à Paris dans ce secteur. Vous seriez parfois surpris du démon que dissimule l'ange de l'apparence...

17. Le jeudi 21 août 2008 à 00:52 par PEB

Je suis du même avis que le Dr Troy.

L'émotion fait partie de la personne humaine. Le juge, les magistrats, les victimes et le prévenu (ou l'accusé) sont, dans leur humanité, consubtantiels.

Bien utilisée, elle guide le raisonnement tortueux qui mênent à l'intime conviction. Elle permet de peser la gavité de l'acte par le regard que l'on porte sur lui. Elle éclaire le chemin y menant. C'est la part intuitive de la vérité.

Ceci ne nie pas la nécessité de la rationalité du droit et de la science criminelle mais la complète.

Les magistrats et ceux qui les assistent auront à coeur cependant de garder suffisamment d'impassibilité afin de conserver à leurs charges et fonctions toute leur dignité. La majesté du prétoire qui en résultera ouvrira les oreilles aux parties et au public.
Le Siège devra être le sphynx qui "accouchera" le justiciable et expliquera à la fin la morale de l'histoire. Le Parquet exprimera, avec détermination mais une certaine retenue, le droit et le sentiment public d'horreur. Le pathos devra rester aux avocats qui brilleront de mille feux.

La procédure est là pour canaliser le flot des passions, tel un îlot de sérenité au milieu de l'océan de la misère humaine. Ainsi le bon magistrat, doit atteindre, une forme de compréhension pour les personnes, vivantes ou mortes, qui se présentent à lui.

Voilà du moins comment je vois le magistrat idéal.

Sa fonction est d'exprimer une vérité qui apaise les conflits entre ses semblables.
Dernière pensée libératrice: il n'est pas là pour peser les âmes: seul le Juge suprême le fera au dernier jour.

18. Le jeudi 21 août 2008 à 05:11 par PrometheeFeu

C'est peut êtres un désavantage du système inquisitorial. Avoir a instruire a charge et a decharge doit êtres terriblement difficile emotionellement. Je suppose que dans un certain sens, instruire a charge ou a décharge simplement (comme dans le système adversarial) doit êtres reposant par comparaison. Pourquoi pas un système hybride avec deux juges d'instructions qui instruisent un a charge et l'autre a décharge? Cela leur permettrai de rentrer dans le rôle approprie puis de se retrouver et de décider d'un commun accord si il doit y avoir mise en examen, non-lieu etc... D'un autre cote, il faudrait peut êtres déjà allouer assez de crédits a la justice pour un seul juge d'instruction avant d'en avoir deux.

Eolas:
La loi prévoit qu'on en aura bientôt 3 : donc votre idée devient un qui instruit à charge, un à décharge… et le troisième… à recharge, je suppose ?

19. Le jeudi 21 août 2008 à 07:20 par Praetor

Merci à Dr Troy d'avoir précisé mon propos ... effectivement Me Eolas, le juge doit rester impassible dans l'apparence de son attitude -à l'audience s'entend- mais il doit surtout être à l'écoute de ses ressentis, dans une position d'"observateur bienveillant" de lui- même, et ce, pas seulement à l'égard de ses émotions, mais aussi et surtout, à l'encontre de ses déterminismes, de ses appartenances, de ses convictions, de ses a prioris, dont il est pétri comme tout être humains. la difficulté de son office est de maintenir la juste tension - ou distance- entre ses affects, qui sont incontournables et doivent être assumés en conscience dans le for intérieur, et son "jeu de scène" sur le théatre procédural ....

20. Le jeudi 21 août 2008 à 09:30 par Pax Romana

@ Gascogne sous 11 :
« D'un point de vue psychologique, l'empathie consiste à comprendre les émotions d'autrui, sans pour autant les ressentir. »

Navré de vous contredire, mais l'empathie consiste précisément en la capacité à ressentir les émotions d'autrui.

Cf. dictionnaire de l'Académie :
EMPATHIE n. f. XXe siècle. Composé du préfixe grec em-, de en, « dans », et de -pathie, d'après sympathie.
Capacité de s'identifier à autrui, d'éprouver ce qu'il éprouve.

21. Le jeudi 21 août 2008 à 09:50 par aliocha

@Gascogne et Pax Romana : Je crois que vous avez tous les deux raisons, vous Pax romana sur l'étymologie qui aboutit à en faire des synonymes, Gascogne sur l'usage médical de chacun de ces termes. Extrait d'un dictionnaire des maladies mentales qui résume les différentes explications que j'ai pu trouver :

"Compassion
(...)

Il faut également distinguer la compassion de l'empathie. L'empathie est une attitude qui rend capable de saisir ce qu'une personne vit émotionnellement, tel qu'elle le vit. C'est en quelque sorte la capacité de se mettre à sa place pour la comprendre "de l'intérieur".
Lorsque nous sommes empathiques, nous choisissons volontairement d'essayer de voir et de ressentir la situation comme l'autre; nous adoptons volontairement son point de vue, incluant les réactions émotives qui en font partie. Mais nous restons toujours conscients qu'il s'agit de l'expérience de l'autre. Contrairement à ce qui se passe dans la compassion, dans l'empathie nous ne sommes pas nécessairement touchés (même si nous pouvons l'être).
Pour être capable de compassion, il faut savoir être empathique. C'est en effet parce que nous saisissons ce que vit l'autre que nous sommes amenés à être touchés. Si nous n'en avions aucune représentation, il nous serait impossible d'être émus".

22. Le jeudi 21 août 2008 à 12:18 par Tinkerbell

Effectivement, avoir un braillard change complètement la donne. Mais si au début, on craint que cela ne soit un handicap dans l'exercice de notre métier, au fur et à mesure, on s'aperçoit que ça nous enrichit.
Avant, on pensait avoir des opinions bien tranchées, ou presque, sur ce qui est et ce qui n'est pas, sur ce qui se fait et ne se fait pas. Après, on remet toujours tout en question car un enfant, ça nous fait comprendre le mot "incertitude".
Dès lors, on ne peut s'empêcher d'être plus durement touché lorsque l'on voit des photos d'autopsie d'un enfant ?
Mais on écoute aussi plus attentivement cette mère qui vous explique qu'elle était épuisée lorsqu'elle a "secoué" son enfant car cela faisait des heures qu'il pleurait et qu'elle se sentait perdue, ne comprenant pas ce qu'il voulait.
Surtout lorsque la veille, on a pas pu s'empêcher de penser "Mais qu'est-ce que tu veux nom de nom !" à l'attention de bout'chou qui s'accrochait en pleurant à notre jupe pendant que le plat cramait dans le four.
On prend plus de recul lorsqu'un enfant accuse ou raconte ce qu'il a vu.
Surtout lorsque la veille, notre bout'chou nous a regardé droit dans les yeux en disant : "je te jure, j'ai pas mangé de chocolat" alors qu'il en avait tout autour de la bouche.

23. Le jeudi 21 août 2008 à 15:31 par anne l

Empathie ou non... Débat très ancien qui est redevenu plus actuel avec la "montée en puissance" des victimes dans le procès pénal.
Le juge est à l'évidence une femme et un homme qui a ses propres sentiments et ses émotions mais il me semble essentiel, pour les parties eux-mêmes, qu'il évite de les exprimer pour que les justiciables aient la certitude d'être jugés non sur des émotions mais sur des faits. Entrer en empathie est de ce point de vue gênant car le risque est réel que la décision soit considérée comme douce ou sévère en raison non des faits mais de l'émotion que ces faits auraient provoqué chez le juge ("j'ai réussi à l'émouvoir...").
Rendre une justice en fonction de son émotion, c'est perdre pour partie sa lucidité mais également, pour les justiciables, se persuader que la décision est rendue sur ce critère. Pour cette raison, je suis toujours inquiet de voir, dans des cabinets de juges d'instruction ou de juge des enfants, les photos des enfants du magistrat car elles peuvent laisser craindre qu'au moment de prendre sa décision, le magistrat aura une réelle difficulté à s'abstraire de sa situation personnelle, à ne pas pas faire un quelconque "transfert"... Même si ce n'est pas le cas, justiciables et avocats peuvent (logiquement) l'imaginer. Bien que cela paraisse difficile, il me semble que le magistrat doit tenter de se mettre dans une "bulle" lorsqu'il juge, être le plus "rationnel" possible -ce qui lui permettra, ensuite, de motiver -et de "restituer"- sa décision plus aisément.
De même, il me semble très maladroit qu'un magistrat évoque sa propre situation dans le dialogue qui s'instaure avec le justiciable (au pénal comme un civil -du type "je connais bien les difficultés que vous rencontrez avec votre adolescent, j'en ai moi-même deux", je sais ce que c'est qu'avoir des ennuis avec sa banque", "avoir été victime d'un vol de voiture, je sais ce que cela peut avoir comme conséquences", etc...") ou, plus gravement, "dialogue" avec le justiciable qui peut l'interpeler en lui demandant s'il a des enfants, une épouse, un compte bancaire, une voiture, etc...
Mais il n'est pas simple de garde la "bonne distance" entre une froideur qui peut être considérée comme de l'indifférence et une chaleur perçue comme de la connivence.

24. Le jeudi 21 août 2008 à 18:08 par tschok

Bonjour Gascogne,

Vous avez raison de cultiver vos neurones miroirs, il font partie de votre cerveau et, à ce titre, ont un rôle à jouer au sein d'un ensemble dont l'objectif est de produire de la Raison.

Je ne vous conseillerais donc pas la trépanation car je pense que vous y perdriez non pas seulement en compassion ou empathie ou tout ce qu'on veut, mais en Raison.

Pour les photos de rapport d'autopsie d'enfant, je suis en empathie avec vous, ayant été placé dans la même situation, sauf que c'était un document papier que j'ai eu le temps de fermer. Tout juste à temps.

Sinon, instruire à décharge contre un coupable ne lui fait pas grief. Mais instruire à charge contre un innocent est plus problématique.

Mais les neurones miroirs ne sont plus impliqués dans l'opération.

25. Le jeudi 21 août 2008 à 18:55 par PrometheeFeu

@Eolas:
Le législateur est plus ambitieux que moi, j'avais pense a un troisième qui jouerai l'arbitre entre monsieur a charge et monsieur a décharge, mais je m'était dit que 3 ça commençait a faire beaucoup de juges sur le même dossier. (sans compter tout les autres pas d'instruction) Je ne sais pas quels sont les provisions de la loi, mais pendant mon petit détour en psychologie sociale (ah le bonheur des universitaires américaines dans lesquelles un économiste peu aller faire un détour en science, math, histoire et même psychologie si il le veut) j'ai appris que mettre 3 personnes dans une salle close avec interdiction de communiquer avec l'extérieur (même si métaphoriquement seulement) c'est une recette pour faire beaucoup de conneries. (En étant convaincu du bien-fonde de l'action) Obliger les différents acteurs de la pièce a prendre des rôles et des positions différentes peut réduire la possibilité de "group-think."

26. Le vendredi 22 août 2008 à 08:24 par noisette

Bonjour Gascogne,


juste pour vous dire qu'il est heureux,si je puis dire, que vous réagissiez fortement (à votre manière) à de telles sollicitations, si fortement. Cela doit vous rassurer sur votre compte.
Ne vous empêchez pas de ressentir, sauf éventuellement pour vous protéger, avec parcimonie toutefois.
Bien entendu, tenez compte de ce ressenti dans vos interprétations et jugements, autant que possible.
Je suis assez proche de la position de Praetor, finalement.


En revanche, n'étant pas juriste et loin s'en faut, je tique un peu sur un point: il me semble à moi que la dose de folie, d'inhumanité, de perversité, de cruauté etc compte dans l'appréciation qu'on doit avoir d'un crime et de son auteur. Qu'il n'y a pas que le résultat qui compte, le déroulement compte aussi. Et que pour juger de l'ignominie d'un crime, il faut au préalable l'avoir perçue, ressentie et s'en être indigné, s'en trouver révolté ... pour mieux ensuite en tenir compte tout à la fois à charge (la gravité de ce qui est reproché) et à "décharge" (pour contrebalancer le mouvement naturel je pense qui consiste à vouloir écrabouiller le criminel quans le crime est sordide).


Bon courage à vous.


27. Le vendredi 22 août 2008 à 11:38 par PEB

C'est le drame de l'émotion et le la raison: qui guide l'autre?

28. Le dimanche 24 août 2008 à 15:47 par bardabu

Heureusement qu'il existe des textes sur lesquels reporter son esprit. Le juge ne produit pas "son" jugement, qui est par essence subjectif, mais retire de ces textes le jugement de la loi. Il est un instrument de la raison judiciaire mais n'en est pas le principe. Et s'il existe une cour d'appel et de cassation, c'est pour utiliser des outils plus précis.

De même un médecin n'est ni un guérisseur, ni un sauveur, sinon il serait nommé tel, mais il est le garant d'un savoir médical à un instant t. Si la médecine est capable de guérir, le médecin sera l'instrument qui en produira les bienfaits.

29. Le lundi 25 août 2008 à 13:39 par Zythom

Bravo.

30. Le mardi 26 août 2008 à 15:31 par riba

bon je sais pas trop quoi dire ou écrire en fait je travaille sur un sujet de mémoire qui porte sur les sentiments de juge en matière pénale cet article m'a beaucoup aider ainsi que les commentaires mais personnellement je penses qu'il n'y a pas vraiment une grande différence entre empathie et compassion surtout en ce qui concerne le métier d'un juge qui doit dans tous les cas être neutre et impartial!voila et bravo a tous

31. Le mercredi 27 août 2008 à 14:30 par isabeau

Gascogne, en robe de magistrat avec un chapeau et des bottes de mousquetaire poursuit une rapière à la main un Troll qui s'enfuit effrayé ; Un texte 'Commentaire modéré par troll détector(tm)' surplombe l'image.

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