Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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La faute du père est-elle la faute du journaliste ?

Billet écrit à quatre mains par Eolas et Aliocha, journaliste et juriste


— Le bonjour cher Maître…

— Ah, ma chère lectrice, quel plais… Mais… Mais ? Vous n'êtes pas ma chère lectrice habituelle ?

— Non, c'est moi, Aliocha. Votre lectrice habituelle est indisposée, ainsi que les molosses qui gardent votre jardin, d'ailleurs ; et aujourd'hui, vous aurez une contradictrice un peu plus mordante. Cela changera vos lecteurs de vos roucoulements.

— Hé bien, prenez place dans mon salon et dites-moi ce qui me vaut cette visite. Une tasse de thé ?

— Un verre de vin plutôt. Sympa, les murs fuschias. C'est Valérie Damidot ?

— Non, Dadouche et Fantômette. De quoi allons nous parler ?

— De Ferrari.

— Je ne vous savais pas versée dans la mécanique italienne.

— J'ai de nombreux talents que vous ignorez, mais en l'occurrence, je pensais à Laurence Ferrari.

— La nouvelle titulaire du très envié poste de présentateur du journal de 20 heures sur TF1.

— Celle-là même. Figurez-vous que ma consœur a décidé de donner du travail à une de vos consoeurs.

— Vous m'en voyez ravi pour ma consœur. Contre qui ?

— Contre un de mes confrères.

— On ne pourra donc vous accuser de corporatisme. Pour quel motif ?

— Atteinte à sa vie privée par Lyon Mag, qui a publié une interview de son père, dans laquelle il parle de sa fille et évoque certains détails douloureux de son enfance.

— Je vous avoue que je n'ai pas lu cet article.

— Moi non, plus, mais qu'importe : c'est sur le principe plus que sur le contenu que je suis contrariée.

— Et qu'est-ce qui vous chiffonne ?

— Ce qui me chiffonne ? Qu'elle s'en prenne au journal alors que celui-ci n'a fait que reproduire les propos de son père.

— Votre sens de l'équité serait plus satisfait si elle faisait un procès à son seul père, ou à son père ET au journal ?

— Mon sens de l'équité serait satisfait si elle s'abstenait de faire un procès au journal. Le reste la regarde exclusivement. Vous voyez qu'on peut être journaliste et avoir le sens du respect de la vie privée.

— Pour ma part, je suis plutôt un tenant de la théorie des rotatives intelligentes.

— Bah, il faut de l'intelligence en tout, mais qu'entendez-vous exactement par rotative intelligente ?

— Un organe de presse n'est pas un simple mégaphone, qui ne ferait que répéter des propos en les amplifiant, substituant à l'oreille du journaliste les milliers d'oreilles de son lectorat. Le journaliste, et au-dessus de lui son rédacteur en chef, relit ce qui doit être publié et l'approuve. Au besoin, il retire des passages, que ce soit pour des problèmes de place, d'intérêt du propos… ou de sa licéité. Dès lors qu'il y a eu exercice libre d'un choix du contenu de l'article (ce qu'on appelle liberté de la presse), l'organe de presse engage sa responsabilité sur le contenu de ce choix.
Le fait que ce soit le père de la journaliste qui fasse cette révélation portant atteinte à l'intimité de sa vie privée ne prive pas le magazine de sa liberté de ne pas reprendre cette révélation afin d'éviter que l'indiscrétion faite à un journaliste devienne une indiscrétion faite au public. D'où mon expression de rotative intelligente, rappel de la théorie des baïonnettes intelligentes qui n'exonère pas de sa responsabilité un militaire qui obéit à un ordre manifestement illégal. La faute du père n'exonère pas Lyon Mag de sa propre faute. Ce d'autant que des deux fautes commises, c'est celle de Lyon Mag qui a causé l'essentiel du dommage.
Au reste, vous n'êtes pas sans savoir, en tant que juriste et journaliste, qu'en matière de presse, la responsabilité pénale pèse au premier chef non pas sur celui qui a tenu les propos (l'auteur) mais sur celui qui les a publié (le directeur de publication). Ce qui vaut au pénal vaut aussi au civil.

— Vous vous emballez mon Cher Maître. Que la presse soit responsable de son contenu, c'est incontestable et d'ailleurs les tribunaux nous le rappellent régulièrement. La justice pèse sur nos têtes comme une épée de Damoclès, nous le savons tous et tremblons en écrivant chaque mot à l'idée qu'un esprit chagrin pourrait venir nous assigner. Et quand on nous assigne, c'est le journaliste, son chef de service, le rédacteur en chef et le directeur de la rédaction, pour être sûr de n'oublier personne. On ne nous fait pas de cadeau.
Soit dit en passant, les gens préfèrent souvent appeler la direction pour demander, voire exiger notre licenciement, c'est plus simple et moins coûteux. Voyez, l'impunité des journalistes est un préjugé tristement erroné, comme nombre de préjugés d'ailleurs.
Mais déjà vous parlez de faute, et du père et du journal. L'avocat que vous êtes sait bien que ce n'est pas parce que quelqu'un allègue d'un préjudice qu'il a forcément raison. Laurence Ferrari se dit blessée, soit. Elle invoque une atteinte à sa vie privée, c'est entendu. Mais voyons cela de plus près. La journaliste a l'honneur d'être choisie pour présenter le journal de 20 heures sur une grande chaîne. Elle donne donc des interviews ici et là, toutes plus lisses les unes que les autres.
Sachez en effet que les personnalités n'hésitent plus à décider des questions qu'il faut leur poser à la place des journalistes et exigent souvent de relire les interviews avant parution. Vous osez refuser ? On vous menace d'aller s'épancher auprès de la concurrence. C’est ainsi que le journalisme se confond avec la communication au détriment du lecteur qui croit lire une discussion sincère reproduite fidèlement alors que ce n'est que du marketing téléguidé.
Sachant cela, que fait Lyon Mag ? Il décide d’offrir à ses lecteurs autre chose qu’un portrait lisse et marketing de la l’intéressée, en d’autres termes de faire un vrai travail de journalisme. Et pour cela, il se tourne vers l'entourage. Ô bonheur, le père accepte de parler.
Et le père raconte, la personnalité de sa fille, ses ambitions, ses rêves, ses douleurs, son enfance. Au chapitre des douleurs, lui, le père, il évoque le point qui fait débat. Vous voulez comprendre ma fille dit-il au public, alors sachez cela. Et le journal publie, pas un bruit de couloir, pas des propos infamants, pas des rumeurs, non. Un portrait paternel, livré en connaissance de cause, sans intention malveillante mais avec celle d'informer. Où est la faute ? Quel est le journaliste le plus fautif, celui qui ment en faisant passer pour objectif un article revu, corrigé et censuré ou celui qui propose une vraie information ?

— Vous cherchez la faute ? Permettez que je vous souffle : article 9 du Code civil. « Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée : ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé. »
Toute atteinte à la vie privée est une faute en soi. C'est la loi qui le dit, ce n'est pas moi.
J'ajoute, pour répondre à votre argumentation, que présenter un JT n'est pas un honneur mais un travail, fût-il fort recherché, le poste ne se libérant qu'une fois tous les 25 ans ; que si la communication maîtrisée des people vous irrite, vous n'êtes pas obligés (vous les journalistes, pas vous Aliocha) de leur prêter votre chambre d'écho, et qu'enfin le fait d'être journaliste avec un large public ne vous dépouille pas de votre droit à une vie privée.
Du reste, chère Aliocha, à partir de combien de lecteurs trouverez-vous justifié qu'on aille tirer les vers du nez à vos proches pour pouvoir étaler sur la place publique vous douleurs d’enfance ?

— La loi donc qualifie de faute toute atteinte à la vie privée, dont acte. Dans ce cas, poursuivez la citation de l'article, je suis impatiente de connaître la définition que donne la loi de la vie privée.

— La loi s'arrête là, faisant, pour une fois, sienne l'aphorisme de Portalis[1], et laissant au juge le soin de délimiter ces contours. Tâche dont il s'est fort bien acquitté.
Est privé tout ce que la personne a décidé de ne pas révéler ou qui n'est pas directement lié à sa vie publique, c'est à dire sa profession, son activité politique ou syndicale, ses responsabilités dans tel organisme ou son engagement public pour telle ou telle cause. Ainsi l'état de santé, la situation de fortune, les relations sentimentales et familiales, les convictions religieuses, la maternité, même le numéro de sécurité sociale [2] !
L'enfance d'une personne fait également partie de sa vie privée, ne serait-ce que parce qu'à l'époque de ces événements, elle était mineure. J'ajoute que la jurisprudence va très loin puisqu'elle admet que la reprise sans autorisation de révélations faites par le passé par une personne peut constituer une atteinte à sa vie privée.

— Ah ! Donc c'est le juge qui apprécie au cas par cas. La loi trouverait-elle que la notion est trop difficile à définir ? Qu'elle dépend essentiellement des circonstances de chaque affaire, et notamment des rapports entretenus par la personne concernée avec la presse, de son degré de célébrité, de l’information concernée, de la manière dont l’information a été obtenue, de la façon dont elle est présentée ? Ne peut-on imaginer que tout récit de vie privée ne soit pas forcément constitutif d'une atteinte à la vie privée ?
Et tant qu'on y est, je me pose une autre question : pourquoi réclamer 40 000 euros de dommages intérêts ? Le mal, si mal il y a, a été fait, une demande de sanction symbolique aurait plaidé en faveur de la sincérité de la démarche non ?

— Bien sûr que le juge apprécie au cas par cas. Cela fait deux siècles qu'il apprécie l'existence de la faute, du lien de causalité et estime le préjudice au cas par cas ! Non que la faute soit trop difficile à définir (encore que tel soit le cas), mais pour les raisons si bien exprimées par Portalis. J'ajoute que la procédure précédant la décision du juge permet à chaque partie, révélateur comme sujet de la révélation, d'exposer en quoi, selon elle, il y a ou non atteinte à la vie privée, le juge tranchant entre les points de vue qui lui sont soumis. Il demeure, et vous le savez fort bien, que chaque décision forme la brique d'un édifice qui à la longue devient fort cohérent (et en l'occurrence, on a 38 années de jurisprudence à se mettre sous la dent).
Et en l'espèce, je ne vois pas par quel tour de souplesse dorsale on peut affirmer sans rire qu'une tragédie familiale remontant à l'enfance ne ressortirait pas de la vie privée d'une femme de 42 ans, sous prétexte qu'elle a été nommée à un poste fort exposé, tant au regard du public qu'aux jalousies de ceux qui n'y sont pas.
Enfin, pour l'estimation de son préjudice, qui suis-je pour juger du prix de sa douleur ? Mais reconnaissons que demander un euro en justice n'est pas très dissuasif pour prévenir et décourager d'autres révélations à l'avenir, surtout quand le révélateur a quant à lui un intérêt financier à cette révélation. Face à une telle demande, Lyon Mag se contenterait d'acquiescer, en envoyant un chèque d'un euro à la dame, avant de commander un deuxième tirage du numéro épuisé. En la matière, de pureté des intentions il n'y a ni d'un côté ni de l'autre.

— Il n’y a nulle souplesse dorsale à considérer que certains éléments du passé d’une personne publique peut utilement éclairer les lecteurs. Vous savez comme moi que dans ce genre d’affaires, la cour européenne des droits de l'homme met en balance les intérêts en présence pour déterminer si l'atteinte à la vie privée, ou encore au secret des affaires ou à tout autre droit ne se justifie pas au regard de la liberté d'expression, ce qui s'apprécie notamment au vu de l'intérêt de l'information. C'est ainsi qu'elle a pu considérer que la publication de la déclaration d'impôt d'un patron de groupe automobile dans un journal satyrique était justifiée puisqu'elle montrait que ledit patron s'était augmenté au moment même où il procédait à des licenciements.

— L'affaire Fressoz et Roire c. France. Mais il ne vous a pas échappé qu'il existait un lien entre les faits révélés et la vie publique de l'intéressé. La cour de cassation applique d'ailleurs cette règle puisque dans son arrêt Schuller (civ 1e, 12 juillet 2005, au bulletin n°330), elle distingue dans le même article certains faits dont la révélation était justifiée au regard de la nécessité d'informer le public (titres de personne publique, sa fuite à Saint-Domingue et ses activités dans la société locale) d'autres dont la révélation ne se justifiait pas (divulgation de leurs conversations avec leur entourage, la scrutation des sentiments existant entre eux et vis-à-vis de leurs enfants, les tensions ayant opposé l'intéressé à son fils et les motifs ayant pu inciter le second à dénoncer la retraite du premier). Or ce lien fait cruellement défaut ici.

— Il fait défaut à Vos yeux. Mais ne peut-on considérer que le public a le droit d'être informé de la personnalité de la journaliste qui va faire le 20h sur une grande chaîne et que cette personnalité, son père est bien placé pour l’éclairer ? Par ailleurs, le juge ne manquera pas d'apprécier le fait qu'il ne s'agit pas d'un article de la presse people nourri de bruits et de rumeurs, mais une interview du père, présentée avec sobriété.
N'oublions pas qu'on reproche aujourd'hui à la presse de s'être tue sur l'existence de la fille de Mitterrand. Elle aurait pu à l'époque révéler son existence, elle a préféré s'auto-censurer. Cela aussi relevait de la vie privée, mais la nature de la personne concernée et surtout ses fonctions de président aurait justifié la révélation au nom précisément du droit à l'information. C'est donc qu'il existe des atteintes à la vie privée qui sont non seulement admissibles mais considérées comme nécessaires.

— Absolument, mais ce qui justifiait la révélation de l'existence de la fille naturelle de Mitterrand est que cette existence a eu un impact sur les décisions prises par son père en tant que président, à savoir placer illégalement des personnalités sur écoute et faire supporter au budget de l'État des dépenses liées à l'entretien et l'éducation de cette jeune fille promise à un si brillant avenir littéraire. Si feu le président Mitterrand n'avait pas commis ces actes graves et illégaux, la révélation de cette paternité aurait relevé du strict cadre de sa vie privée. Vous voyez ? Il y a un lien entre les faits et la vie publique, qui légitime l'information.

— Toujours est-il qu'elle était justifiée. Et que dans bien des affaires, le juge, en particulier le juge européen des droits de l'homme, a considéré que la liberté d'expression primait sur toute autre chose. Parce que le juge, sait bien que la liberté d'information est un pilier de la démocratie. Il sait aussi, ce juge, que le journaliste par nature dérange et qu'il dérange souvent des gens puissants, il doit donc être protégé. C'est aussi pour cela que la loi française accorde un statut particulier à la presse dans la loi de 1881. Vous voyez que finalement, l'affaire est moins simple qu'il y parait. Ce qui montre toute la difficulté de l'exercice journalistique, car la frontière entre le permis et ce qui ne l'est pas est plus ténue et plus mouvante qu’elle n’apparaît au premier abord.

— Le juge européen n'a jamais dit que la liberté d'expression primait sur toute autre chose, et il aurait du mal, puisque l'article 10 de la CESDH qui la protège précise bien que « l’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire. » Cela fait beaucoup de choses qui priment.
Notez les mots « responsabilité » et « droits d'autrui» ; parmi ces droits se trouvent celui au respect de sa vie privée… vie privée qui d'ailleurs est expressément protégée par l'article 8 de la même déclaration. D'autant plus que la nécessité d'informer le public est aussi invoquée pour publier à la Une la photo de telle starlette les fesses à l'air. Elle a bon dos, la nécessité d'informer (et la starlette aussi, d'ailleurs, mais passons).

— D'accord, j'ai parlé trop vite, disons donc que le juge dans les affaires qu'il examine peut considérer que la liberté d'expression prime sur le droit qu'on lui oppose. Et il l'a fait. A plusieurs reprises.

— Oui. Et les critères qu'il applique sont connus. Il s'agit de l'intérêt légitime pour le public de cette révélation. Étant entendu que l'intérêt du public n'est pas l'intérêt morbide du badaud mais celui du citoyen qui doit être informé pour se forger une opinion sur les faits relatifs à la vie de Cité. Je doute encore de l'intérêt pour le citoyen de savoir que telle présentatrice télé a subi une tragédie quand elle était enfant, ce qui visiblement ne l'a pas empêché de mener une brillante carrière la menant au pinacle.

— Je vous rappelle que présenter le 20 heures est un poste impliquant des responsabilités très lourdes, nous sommes loin de la météo ou de question pour un champion. Le présentateur du 20 heures décide du contenu de son journal, il est aussi garant du respect de la déontologie de l’information. Souvenez-vous qu’on a vu à plusieurs reprises des présentateurs en fâcheuse posture pour des raisons éthiques. Ce même présentateur, que je préfère appeler d’ailleurs journaliste, est amené à réaliser des interviews d'hommes politiques, et en particulier du Président de la République. Ceci, devant des millions de téléspectateurs. L'impact de ce poste sur l'opinion publique est énorme. Je ne trouve pas choquant que la contrepartie d’un tel pouvoir réside dans une certaine transparence et impose la sincérité. Quant à l'épreuve qui nous occupe, elle l'a surmontée en effet, ce qui ne fait que renforcer mes interrogations : pourquoi s'offusquer d’un récit qui n'a rien de négatif, bien au contraire ?

— Ah, mais si les faits révélés remettent en cause les exigences déontologiques, voilà un intérêt légitime. Sinon, la vie privée d'un homme public reste privée. En l'espèce, ce qui a de quoi mécontenter l'intéressée est que ce récit d'une souffrance intime entraîne des regards de commisération. Tout le monde n'apprécie pas l'apitoiement. Des gens moins aimables insinueront qu'elle n'est du coup pas assez solide pour ce poste. D'autres enfin qui voudront lui faire du mal sauront désormais où taper. Révéler un fait “positif” peut avoir des conséquences négatives.

— Vous extrapolez Maître. J’ajoute que si nous devons nous assurer avant d’écrire un article, non seulement que nous ne commettons aucune infraction pénale, ce qui est légitime, mais que nous n’allons contrarier personne, alors nous n’écrirons plus rien. Il me semble que vous-mêmes résistez vaillamment à ce type de chantage. La presse dont le métier est d’informer ne devrait-elle pas se voir reconnaître au moins la même liberté ? Laissons donc la justice trancher en espérant que sa décision, quel qu'en soit le sens, n'aboutisse pas à réduire la liberté de la presse.

— Certes, il y aurait encore tant à dire, mais j'entends du bruit dans le parc du château. Voici la foule des lecteurs qui vient se joindre à notre discussion. Finissons nos verres de cet excellent nectar tout droit issu de la réserve personnelle de Gascogne, et allons nous joindre à eux, le temps pour moi de passer au chenil pour détacher Troll Detector™ en lui priant d'attaquer à vue toute mention expresse au fait révélé par Lyon Mag : il ne présente aucun intérêt pour notre discussion, et nous pouvons nous contenter de mentions allusives.

Notes

[1] « Nous n'avons pas cru devoir simplifier les lois au point de laisser les citoyens sans règle et sans garantie sur leurs grands intérêts. Nous nous sommes également préservés de la dangereuse ambition de vouloir tout régler et tout prévoir. Un code, quelque complet qu'il puisse paraître, n'est pas plutôt achevé que mille questions inattendues viennent s'offrir au juge. Une foule de choses sont donc nécessairement abandonnées à l'empire de l'usage, à la discussion des hommes instruits, à l'arbitrage des juges. L'office de la loi est de fixer, par de grandes vues, les maximes générales du droit; d'établir des principes féconds en conséquences, et non de descendre dans le détail des questions qui peuvent naître sur chaque matière. C'est au magistrat et au jurisconsulte, pénétrés de l'esprit général des lois, à diriger l'application. «De là, chez toutes les nations policées, on voit toujours se former, à côté du sanctuaire des lois et sous la surveillance du législateur, un dépôt de maximes, de décisions et de doctrines, qui s'épure journellement par la pratique et par le choc des débats judiciaires, qui s'accroît sans cesse de toutes les connaissances acquises, et qui a constamment été regardé comme le vrai supplément de la législation. » Portalis, Discours au projet de Code civil, 1802.

[2] civ 1re, 9 décembre 2003, au bulletin, n°254

Commentaires

1. Le vendredi 29 août 2008 à 17:21 par Trolldétector

Waf !

2. Le vendredi 29 août 2008 à 17:45 par Nicolas

À l'évidence, la protection de la vie privée est complètement anachronique. Elle n'est est que plus précieuse.

3. Le vendredi 29 août 2008 à 17:47 par boratkehul

Si j'en crois votre ami Phillippe BILGER qui a fait un billet dessus joliment intitulé "ferrari en piste", l'intention du mensuel est de casser l'image de la nouvelle égérie du journal de TF1...

Je crois qu'on peut parler d'intention dolosive, non ?

comme dirait un ami que j'exhume: "c'est un scandale" :-)
bien à vous.

Eolas:
Vous devriez savoir que sur ce blog, on fait l'économie de Marchais.

4. Le vendredi 29 août 2008 à 17:51 par Christophe Barbier

Assurément un commentaire enrichissant, mais doit-on pour autant céder à la facilité dès lors qu'il s'agit de la liberté d'information de nos concitoyens? La réponse est sans doute à double tranchant.

Eolas:
D'une part, je ne vois pas où est la facilité, ni ne sais ce qu'est la “liberté d'information”. D'autre part, votre adresse IP est située en Angleterre, ce qui me fait grandement douter de la réalité de votre identité affirmée, doute dont je fais part à mes lecteurs.

5. Le vendredi 29 août 2008 à 17:53 par MFMS

Eh bien Maître, cette lectrice est bien moins cruche* que celle avec laquelle vous conversez habituellement.

En somme, et pour tenter la folie de vous synthétiser tous deux en une seule phrase: l'intérêt légitime à la révélation d'une telle information existe peut être, mais il n'a pas encore été établi.



* quel machisme primaire. Entendez par cruche: demoiselle dotée d'une sensibilité à fleur de peau.

6. Le vendredi 29 août 2008 à 18:05 par Poil de lama

Quel talent! (Sans ironie: beau travail)

Si je comprends bien, Mme Ferrari a raison, ou elle a tort, et Lyon Mag a raison, ou tort, mais c'est au juge d'en décider, et c'est seulement dans l'hypothèse où la justice ne donnerait pas raison à Mme Ferrari (après appel, voire cassation) que vous consentiriez à nous dire de quoi il retourne. Fort bien, nous reviendrons dans quatre ans... à moins que Google ne nous renseigne dans quinze secondes.

Juste une question, cher maître: si le fait révélé ne présente aucun intérêt pour la discussion, pourquoi avoir nommément cité Mme Ferrari? N'eussiez vous pu, tant que vous y étiez, argumenter de façon aussi brillante en parlant d'une Mme F***, voire d'un M. X? Car dans ce cas, il eût été un peu plus difficile aux sales curieux que sont vos lecteurs d'aller se renseigner sur le premier moteur de recherche venu.

De là à penser que vous les y incitez sournoisement, il y a un pas que personnellement je me garderai bien de franchir -- mais je crains que d'autres ne le fassent pour moi.

Cela dit, encore bravo.

Eolas:
La qualité de présentatrice du 20 heures de Mme F. la rend je le crains aisément identifiable. Quant à la nature de cette révélation ,elle est hélas de notoriété publique. Au moins ai-je la satisfaction de n'y point participer.
Quant à la nature ou non privée du secret, je suis convaincu que le juge penchera pour sa nature privée, mais cela n'ôte rien au pouvoir souverain du juge saisi. Paris, Lyon, Nanterre ?

7. Le vendredi 29 août 2008 à 18:12 par aliocha

@Christophe Barbier : Vous ici, quel honneur ! A quelle facilité songez-vous ? Celle de condamner par principe toute évocation de la vie privée fut-elle justifiée par la volonté de casser l'info-marketing et réalisée avec prudence, décence et correction, ou celle au contraire de justifier n'importe quelle parution par un sacro-saint droit à l'information ? Il me semble que l'intérêt de cette affaire est de se situer à la lisière justement du respect de la vie privée et du droit à l'information d'un point de vue juridique. Et d'un point de vue journalistique, peut-on reprocher à Lyon Mag d'avoir voulu s'extraire des niaiseries habituelles que l'on peut écrire sur une jeune, jolie et brillante jeune femme ? Autant les rumeurs de liaison, dès lors qu'elles ne sont pas démontrées me paraissent déplacées et je ne prendrais pas fait et cause pour leurs auteurs, autant j'ai du mal à comprendre où se situe la faute journalistique dans la publication de ce portrait paternel.

8. Le vendredi 29 août 2008 à 18:19 par mauhiz

Je conçois mal qu'on puisse être écoutée, crue, vue, fantasmée par des millions de gens chaque jour et qu'en même temps on soit chatouilleuse sur son enfance. Quand bien même cette enfance serait douloureuse, cela ne ferait qu'augmenter le prestige de ladite présentatrice.
Elle savait pertinemment que ce poste l'exposerait à voir déterré son passé, et n'a pas pris la moindre précaution à ce sujet, comme par exemple suggérer préventivement à papa de la boucler.

A mon humble avis de fidèle lecteur, c'est un prétexte pour récupérer des dommages/intérêts sur ce qu'elle aurait révélé bientôt contre généreuse rétribution, et elle a été doublée par la conspiration formée par son aïeul et Lyon Mag.

9. Le vendredi 29 août 2008 à 18:22 par indi

excellent billet avant le WE

Je ne vois pas où est l'intérêt légitime pour le public de cette révélation. Le fait que cette révélation vienne du père ne change rien.

Est ce que l'on demande au journaliste de Lyon Mag si il a eu des blessures de la vie ?

Est ce que cela à le moindre intérêt sur son métier de journaliste

10. Le vendredi 29 août 2008 à 18:31 par Olivier P.

Bravo Aliocha. Vous avez amené le cher Maître (des lieux) à mettre de l'eau dans son vin (juridique) et à concéder que "si les faits révélés remettent en cause les exigences déontologiques", il y a un intérêt légitime à publier. Et, plus généralement, que "l'intérêt légitime du public doit être pris en considération".

Mes félicitations, car c'est une position plus subtile, donc plus ouverte, que le "toute atteinte à la vie privée est une faute en soi" initialement asséné par notre Maître à tous. Votre acharnement n'a pas été vain, bravo encore.

Eolas:
Le vin de Gascogne est traître, le bougre.

11. Le vendredi 29 août 2008 à 18:33 par Kell

Juste une petite question : Le fait que la tragédie révélée par Lyon Mag concerne tout autant le père que la fille ne justifie pas le fait que si le père décide de révéler un évènement qui le concerne tout autant que sa fille le sortant de la vie privée, de la vie privée du père ? (Après je n'ai pas lu l'article de Lyon Mag, je connais la tragédie par l'intermédiaire de M Bilger, et je ne sais donc pas comment c'est présenté par le père, et ça peu jouer)

En somme : Quand un détail privé concerne également deux personnes, faut-il l'accord des deux parties concernées pour le révéler ?

Eolas:
Si le sujet de l'interview était la vie et l'œuvre de Gratien Ferrari, 73 ans, certes. Mais son sujet est bien l'enfance de Laurence Ferrari. La révélation concerne d'ailleurs « la mère de Laurence Ferrari » et non « l'épouse de Gratien Ferrari ».

12. Le vendredi 29 août 2008 à 18:34 par Baron d'Ohlmann

Je proposerais à l'avenir une chose à Maitre Eolas : qu'il indique le nom de l'interlocuteur en début de ligne. Cela rendra ce genre d'échange bien plus lisible je trouve.

13. Le vendredi 29 août 2008 à 18:45 par Kell

@mauhiz en 8 "Je conçois mal qu'on puisse être écoutée, crue, vue, fantasmée par des millions de gens chaque jour et qu'en même temps on soit chatouilleuse sur son enfance. Quand bien même cette enfance serait douloureuse, cela ne ferait qu'augmenter le prestige de ladite présentatrice.
Elle savait pertinemment que ce poste l'exposerait à voir déterré son passé, et n'a pas pris la moindre précaution à ce sujet, comme par exemple suggérer préventivement à papa de la boucler."

Je suis choqué par vos propos. Etre vu, écouté, par des millions de gens chaque jour est son travail. Rien de plus. Tout comme un acteur de cinéma. Il est EVIDENT, que des personnes vues tout les jours par des millions dans le cadre de leur travail, peuvent vouloir que des millions ne soient pas non plus mélées à leur vie privée.

C'est le principe même de vie privée opposé à la vie publique. Les personnes ayant une vie publique très publique ont le droit et souvent désirent avoir une vie privée très privée. Elle a le droit d'être chatouilleuse sur son enfance, parce que c'est carrément en dehors de sa vie publique au journal du 20h.

Et finalement, je suis estomaqué par votre insinuation comme quoi Mme Ferrari puisse être contente de voir sa tragédie familiale rappelée et exposée... Elle n'a peut être pas du tout envie que son prestige de présentatrice puisse augmenter a coup de douloureuse révélations... tout le monde n'est pas fait du même bois que les starlettes et staricoles de la StarAc ou de Secret Story...

Et j'aimerais bien vous y voir vous, d'aller voir votre père et lui dire : "Papa, je suis nommée au 20h, si on te pose une question sur le sujet de la tragédie qu'on a vécu il y a 30 ans, et que j'ai depuis tenté d'oublier et d'effacer de mon esprit, tu me fera le plaisir de ne pas en parler, merci mon papa adoré." L'on parle d'un sujet que Laurence Ferrari n'avait pas envie de voir abordé, elle n'allait pas en parler à son père par précaution tout de même ? C'est bien parce qu'elle ne voulait pas en parler qu'elle n'est pas contente que tout le monde en parle.

14. Le vendredi 29 août 2008 à 18:47 par sea34101

Bonsoir,

Merci pour ce (très long et) très complet billet. Quand je lis: "J'ajoute que la jurisprudence va très loin puisqu'elle admet que la reprise sans autorisation de révélations faites par le passé par une personne peut constituer une atteinte à sa vie privée."

Une question me vient: si Laurence Ferrari gagne son procès, pourra-t-elle attaquer les journaux ayant repris cette information?

15. Le vendredi 29 août 2008 à 18:57 par Marc

Je suis en train de lire la biographie du Général de Gaulle, écrite par Eric Roussel.
Dans un travail précis, scientifique, M. Roussel nous dresse un portrait intime du "Connétable", croisant systématiquement ses sources, indiquant son interprétation sur la crédibilité de tel ou tel évènement.
Je vous invite à lire cette excellente biographie, mais revenons au sujet de cette note.

Eric Roussel tombe-t-il sous le coup de la loi en nous révélant des faits que le Général (du propre aveux de l'auteur) n'aurait pas souhaité voir publier?

Plus généralement, la loi considère-t'elle que le travail de l'historien justifie toute les indiscrétions?

Bien à Vous

16. Le vendredi 29 août 2008 à 19:02 par MFMS

@14: La présente assignation ne concerne, semble-t'il, que Lyon Mag (journal qui s'est également distingué pour avoir publié des propos douteux d'un humoriste connu, soit dit en passant), il faut distinguer deux hypothèses à partir de votre postulat (le gain de son procès):

1. Les organes de presse qui ont repris l'information à ce jour ne risqueront rien. En effet, l'indemnité qui serait accordé à Mme F. est censée réparer son préjudice. Celui-ci étant effacé par la condamnation et l'allocation de dommages intérêt, elle ne peut plus s'en prévaloir à nouveau;

2. Les organes de presse qui reprendraient l'information après condamnation pourrait être eux aussi condamnés. Le renouvellement de la révélation créerait en effet un nouveau préjudice, très semblable au précédent, mais néanmoins réparable.

17. Le vendredi 29 août 2008 à 19:08 par Yves D

Bravo EOLAS et ALIOCHA pour cet article à 4 mains, un peu long mais agréable à lire, et surtout complet (car, comme l'indique Olivier P. en #10), on a enfin pu voir Me EOLAS nuancer ses propos après être parti sur un "dura lex, sed lex" ;-)

Mais en le lisant, une question m'est venue :

Quid des "biographies (non) autorisées", ouvrages dont certains auteurs se sont fait une "spécialité".

Tombent-elles aussi systématiquement sous le coup de l'Article 9 du CC (sauf à réussir à prouver qu'il y avait un intérêt pour le "peuple" d'apprendre "tout" sur la vie d'untel/unetelle) ?

18. Le vendredi 29 août 2008 à 19:20 par Yves D

Ca devient vite compliqué cette histoire finalement :

Lyon Mag a reproduit, dans un des blogs qu'il héberge, l'intégralité d'un billet issu du Blog de Philippe BILGER (celui du 28/08), commettant ainsi un délit de contrefaçon.

Ce que n'a pas manqué de faire remarquer Me EOLAS dans un commentaire au billet de LyonMag (celui où ils reprennent le billet de Ph BILGER) ...

D'un autre coté, dans son billet, Philippe BILGER reprenait l'info exclusive que Lyon Mag avait publié en juillet, et qui avait suscité l'action en justice de L. FERRARI ...
Il publiait donc lui aussi cette info sur la vie privée de la journaliste ...

Tous coupables ?!?

19. Le vendredi 29 août 2008 à 19:24 par Gathar

Il y a un point qui me turlupine, lié à la diffusion de la feuille d'impôts d'un patron. Si j'ai bien compris, la diffusion de l'impôt (et donc de l'état de fortune) est illicite, mais comme, en l'occurrence, cette diffusion avait comme objectif de diffuser surtout le salaire, ça a été considéré comme un mal nécessaire ?

Le salaire, lui, fait-il partie de la sphère privée ou publique, en tant qu'élément de la profession ? Et un comptable qui dévoilerait le salaire d'un membre de son entreprise serait-il attaquable en justice ?

20. Le vendredi 29 août 2008 à 19:25 par mauhiz

@Kell : votre position est tenable, mais je n'y crois guère, et c'est à mon avis faire injure à l'intelligence de Mme Ferrari que de la croire incapable de prevoir ce genre de desagrements. Mon enfance a pas ete trop douloureuse, heureusement pour moi, mais si il y avait des details susceptibles d'interesser le monde et que je ne veuille pas les ebruiter je m'arrangerai pour les enfermer a double tour dans la boite a secrets avant qu'il ne soit trop tard.

Je n'excuse pas les actes du journaliste et du papa bavard, loin s'en faut. J'aurais fait un proces à sa place aussi. Mais je ne peux me resoudre a croire que, si les relations avec son pere sont toujours cordiales, elle n'aie pu prevenir les faits.

note : je n'ai pas lu l'article et ne le lirai pas. Mais comme disait Me Eolas, c'est irrelevant.

21. Le vendredi 29 août 2008 à 19:28 par Dini

La jurisprudence est assez nourrie concernant la reprise ultérieure et non autorisée d'informations révélées dans le passé par la personne en cause, et n'édicte en tout cas pas de principe général d'interdiction en pareil cas.

Je ne résiste pas au plaisir de citer une décision du TGI Paris que j'ai trouvée lors d'une recherche à ce propos (17e ch., 5 avril 2006, RG 05/05137, permettez-moi de taire le nom du demandeur). Le point en débat était de savoir si le magazine l'Expansion avait pu faire figurer un animateur de télévision dans son article sur les réseaux gay.

"En revanche, est versé aux débats le texte d'une interview que XXX a accordée au magazine Têtu, en avril 2000 ... publiée avec une accroche en page de couverture 'XXX tout nu' et sous le titre 'je pense être un privilégié du sexe'.

Le demandeur s'est alors volontairement soumis à de nombreuses questions sur sa vie privée ou sa sexualité, lesquelles lui étaient posées de façon direct et insistante, l'interview commençant par ces mots:

'Bonjour, si vous deviez choisir la huitième merveille du monde, ce serait: votre bite? un gingko biloba dont vous n'êtes pas peu fier? vous ne pouvez pas choisir? la robe en soie sauvage? Amélie Mauresmo?' et le demandeur de répondre 'pas ma bite'

...

L'information qui relevait [du respect de la vie privée] s'est trouvée, de son propre chef, exposée au débat public dans les limites du fait divulgué."

L'austérité du raisonnement juridique...

22. Le vendredi 29 août 2008 à 19:33 par ramses

Je connaissais le piano à quatre mains, mais pas encore le billet écrit à quatre mains...

A moins que vous ne soyez tous les deux ambidextres, que font les mains vacantes pendant ce périlleux exercice ?

Ceci dit, à Maranello, on sait depuis toujours qu'il faut s'y mettre à plusieurs pour voir ce qu'une Ferrari a sous le capot.

En termes de tennis, je dirais "avantage Eolas", mais j'attends le tie break.

23. Le vendredi 29 août 2008 à 19:34 par Bertrand Lemaire

@16
Effectivement, toute reprise de l'information causerait un nouveau préjudice. Je constate d'ailleurs une faiblesse du Maître de Ces Lieux en réponse au commentaire 11.
Je ne peux que confirmer les propos de ma consoeur sur le soucis de certains de ne voir que des interviews très lisses. C'est pourquoi j'apprécie de plus en plus le fait d'enregistrer les interviews, surtout en vidéo pour le web. Il arrive que l'interviewé se lâche plus qu'il n'aurait dû mais il lui est impossible de dire "je ne l'ai pas dit". J'ai cependant la "chance" d'être en presse professionnelle et j'ai assez peu d'ennuis de ce côté, pouvant toujours refuser une modification demandée lorsque j'ai enregistré.
Sur le cas d'espèce, je suis comme le Maître De Ces Lieux et je doute de la pertinence de la révélation sur l'appréciation de la qualité professionnelle de la dame dont il est question. Je suis donc près à parier que LyonMag sera condamné.
D'après 20minutes, la dame avait d'ailleurs prévenu qu'elle ne laisserait rien passer, au contraire de beaucoup de peoples pour qui le scandale est un moyen d'exister.
Ceci dit, je n'ai pas trouvé l'information sur le texte exact de la plainte. J'aurais été intéressé de savoir si la négation d'une aventure avec un très haut personnage de l'état était également visée. Et de savoir contre qui exactement la plainte avait été déposée.
En effet, si un journaliste fait une bourde, il est certes coupable, mais ceux qui ont laissé passer le sont aussi : chef de rubrique, rédacteur en chef... dont le rôle consiste notamment à contrôler le support.
C'est ce point très précis qui, dans l'affaire Siné, m'a fait bondir : si Siné était coupable (ce dont je doute fort), alors le premier devoir de Val était de s'auto-licencier.

24. Le vendredi 29 août 2008 à 19:34 par facs

est-ce qu'un article avec M. F évoquant SA réaction suite à vous savez quoi, sans faire de lien explicite avec Mme L. F. pouvait être l'objet d'une même plainte?

25. Le vendredi 29 août 2008 à 19:51 par Véronique

"Ce même présentateur, que je préfère appeler d’ailleurs journaliste, est amené à réaliser des interviews d'hommes politiques, et en particulier du Président de la République. Ceci, devant des millions de téléspectateurs. L'impact de ce poste sur l'opinion publique est énorme. Je ne trouve pas choquant que la contrepartie d’un tel pouvoir réside dans une certaine transparence et impose la sincérité. "

Je ne suis pas d'accord avec cette position d'aliocha.

Considérer le présentateur du 20 heures comme le représentant d'un 'un pouvoir, donc comme le produit d'une sorte de légitimité et d'autorité vis à vis du public ou de l'opinion, me paraît hasardeux.

Un journaliste n'est pas un élu, ni qui que ce soit disposant d'un pouvoir sur autrui. Par conséquent, il ne doit rien à son public. Et rien ne le contraint à la transparence.

La seule obligation à laquelle il est tenu, est, à mon sens, d'ordre professionnel vis à vis du média qu'il l'emploie. Et ses obligations morales ou déontologiques se situent entre lui et lui. Dans l'idée qu'il se fait de son métier et de la façon de l'exercer.

26. Le vendredi 29 août 2008 à 20:19 par aliocha

@boratkehul 3 & Indi : Je ne crois pas que l'intention soit dolosive, votre commentaire rejoint la question d'Indi sur l'intérêt de l'information dans la mesure où il faut se placer du coté du journaliste pour comprendre.

Essayons. Vous êtes journaliste, autrement dit, votre métier consiste à chercher de l'information. Vous apprenez que Laurence Ferrari vient d'être nommée à TF1. Là-dessus vous lisez plusieurs interviews de l'intéressée racontant à Elle, L'Express, Télé 7 jours ce qu'elle pense de sa nomination, ses ambitions, la manière dont elle voit le journal idéal etc....Comme vous êtes journaliste, vous connaissez bien la mécanique et vous vous dîtes :" tout cela est bien beau mais un peu langue de bois. Après tout, que savons-nous sur cette femme, sur ce qu'elle est vraiment ? En tant que professionnelle des médias, elle sait parler aux journalistes et donc son discours est si léché, si maîtrisé qu'il en devient presque factice. Que faire pour en savoir plus sur sa personnalité ?"

Eh oui, c'est curieux un journaliste, et pour nous ce n'est pas un vilain défaut, plutôt une exigence professionnelle de base. Bref, vous cherchez dans son entourage quelqu'un qui pourrait vous parler d'elle. Sans penser à mal, pas pour recueillir des ragots, juste pour avoir un autre regard. Bingo ! Le père accepte et il parle sans tabous, raconte le bon et le moins bon, souligne au passage que sa fille n'a pas réussi avec ses fesses, que les rumeurs d'une liaison avec un homme politique plus que puissant sont erronées. Il raconte aussi plein d'autres choses, dont son enfance. Et là, à la fin de la conversation, vous vous dîtes : "j'ai un très bon papier". La source est légitime (le père, pas une consoeur jalouse ou un petit copain éconduit), le portrait lui rend justice puisqu'il dément au passage d'affreuses rumeurs ainsi que la traditionnelle idée selon laquelle une jolie femme ne réussit pas forcément grâce à ses compétences professionnelles, il est équilibré dans la mesure où il ne la présente pas comme une divinité mais comme une femme qui a vécu des épreuves, les a surmontées et a réussi grâce à un travail acharné. Parfait, que pourrait-on me reprocher ? Je casse le personnage factice pas pour nuire, mais pour substituer à l'image de papier glacée celle d'une vraie femme. Et au vu de tout ce qui a été écrit, je dresse un portrait plus proche de la réalité, grâce notamment à des informations sur son enfance. Ces informations n'ont peut-être pas d'intérêt en elles-mêmes pour apprécier ses qualités de journaliste, elles en ont dans la mesure où elles participent à la réalisation d'un portrait plus proche de la réalité que ce qui a été écrit ou dit jusque là.

Voilà à mon sens ce qui s'est passé. Voilà en tout cas ce qui se passe dans la tête d'un journaliste. A de rares exceptions près, nous ne sommes pas des charognards, juste des gens dont le métier consiste à être curieux. Cette curiosité peut déplaire, déranger, elle dépasse parfois les bornes, mais vous avez vu que ces bornes étaient bien incertaines et bien mouvantes. A vous de juger.

27. Le vendredi 29 août 2008 à 20:45 par Augustissime

Femme qui dans un journal satyrique travaille nymphomane doit être. (proverbe chinois)

28. Le vendredi 29 août 2008 à 21:00 par Serein

@15 : La loi fixe les indiscrétions possibles de l'historien grâce aux délais d'ouverture des archives. Les délais légaux permettent généralement d'être indiscrets certes, mais sans que cela ait trop de conséquences dans la vie des descendants des gens sur lesquels on travaille. Je n'ai pas lu la biographie de De Gaulle que vous citez, mais on atteint là les limites de l'histoire-journalisme, telle que la pratique Eric Rousseil comme Assouline ou d'autres : leur travail peut être bon, voire excellent, mais quand ils s'attaquent à des personnages trop contemporains, il y a deux soucis :
1/ D'une part ils sont tentés (et succombent) de donner une grande place aux témoignages des proches, puisque ceux-ci sont encore accessibles. Or d'expérience d'historienne, les sources trop proches d'un sujet sont les moins fiables, les plus biaisées dans leurs vues.
2/ Ils sont d'autant plus tentés de faire parler les proches que les sources plus "institutionnelles", plus publiques, sont encore interdites de consultation. Mesure de protection de la mémoire des gens, mesure de protection des conséquences possibles de ce qui peut être contenu dans les archives. Manière aussi, pour l'historien, de prendre le temps d'avoir du recul pour pouvoir analyser dans son ensemble la vie de quelqu'un.

Maître Eolas, pardonnez moi d'avoir squatté votre blog comme ça, mais je pensais que vous auriez répondu à ce commentaire avant moi. ;-)

29. Le vendredi 29 août 2008 à 21:31 par Marc

@ 28 Merci!

30. Le vendredi 29 août 2008 à 22:15 par aliocha

@Yves D : Au nom de quoi une biographie devrait-elle être autorisée ? Après la censure de la presse voici que surgit la censure de l'édition ? Il ne me semble pas que l'édition obéisse à un régime d'autorisation mais plutôt comme la presse à un régime de sanction, non ?

31. Le vendredi 29 août 2008 à 22:33 par gene69

question bête

Peut-on demander l'application de l'article 9 du Code civil pour faire saisir le prochain jouet de l'administration qu'on nomme déjà EDVIGE?

32. Le vendredi 29 août 2008 à 23:35 par Mister Cham

Très bon post, des commentaires enrichissant parfaitement le débat. Décidément passer du temps en ces lieux est délicieux.
Ma bien maigre contribution se limitera ici à une question ;-)
Imaginons la nomination de L.F au 20h à l'époque de Mourousi et Augry. Aurait-on eu un tel engouement médiatique autour de l'affectation ? Sans doute que non !
Aujourd'hui, tout ce qui touche à la télévision entraine un raz de marée. De l'élimination d'une esthéticienne à un concours de chant à la mise au placard d'un directeur de la rédaction. Voilà qui dépasse la raison, la folie "people" tend vers le ridicule et amène inévitablement à des dérapages.
Si dérapage il y a (chacun semble avoir son point de vue ici) il est en grande partie le fruit du jeu auquel s'est prêtée Mme F en accordant des interviews à tout va. Comme l'explique si bien Aliocha, devant l'avalanche d'articles et autres entretiens radio ou TV, difficile pour qui veut aborder le cas "L.F" de tirer son épingle du jeu et trouver un angle original.
Jusque là la nouvelle star du 20h de TF1 avait parfaitement maitrisé sa communication en grande pro qu'elle est. Elle s'est fait surprendre par une personne terriblement proche et, de fait, si sa revendication semble légitime (cf les articles cités par Maitre Eolas) elle peut paraitre pour le moins osée, décalée, non ?
Aussi, en tant qu'ancien journaliste, cette affaire m'inquiète deux fois : pour la liberté de la presse qui semble toujours plus fragilisée ces derniers temps, mais aussi en raison de cette fâcheuse tendance à "pipoliser" tout évènement. Aussi un bon verdict dans cette affaire serait de condamner Lyon-Mag au franc symbolique ;-)

33. Le vendredi 29 août 2008 à 23:42 par ramses

@ aliocha 26

Vous reprenez la main, d'une courte tête... Mais ce que vous décrivez ressort, me semble t'il, de l'univers people...

Laurence Ferrari était-elle une people avant même d'avoir pris le job ?

Lyon Mag aurait-il publié cette interview de son père si elle avait refusé le job ?

Je ne suis pas si sûr que vous que ce papier améliore son image (mais je serais incapable de dire si il la dessert).

Et pensez-vous que ce soit tellement important pour le téléspectateur ?

Et ne pensez-vous pas que Lyon Mag aurait dû lui demander l'autorisation de publier ?



34. Le vendredi 29 août 2008 à 23:52 par ramses

@ Augustissime 27

"Femme qui dans un journal satyrique travaille nymphomane doit être. (proverbe chinois)"

Ne seraient-ce pas plutôt "Les contes des mille et une nuits" ?

35. Le vendredi 29 août 2008 à 23:54 par ramon

Une deuxième couche , puisque le message 27 n'a pas suffi.

Le journal "satyrique" auquel vous faites allusion serait-il rédigé par des satyres ?

36. Le vendredi 29 août 2008 à 23:55 par oui mais non

@ Marc (15)

Si je me souviens bien de mes cours de droit de 1ere année, le droit à la vie privée s'éteint à la mort de la personne concernée. En effet, seul la personne visée par la violation au droit à la vie privée peut se prévaloir d'un préjudice. Cela exclu les proches, la famille etc.

En conséquence, les historiens (ou journalistes, biographes et autres) peuvent détailler toute la vie privée d'une personne une fois qu'elle est décédée. Il me semble que c'est ce qui s'est passé dans une affaire où des détails privés sur la vie de Mitterrand avaient été dévoilés par son médecin personnel après sa mort.

37. Le samedi 30 août 2008 à 00:01 par Augustissime

Sur la forme :
- Pas de majuscule à "président de la République", sauf si on lui écrit.
- Un journal satyrique est un journal dans lequel des hommes ivres courent après toutes les aliochas qui passent pour leur faire subir les derniers outrages. Le Canard Enchaîné est un journal satirique, c'est un peu moins animé.

Sur le fond :
Aliocha finit par défendre les journalistes avec encore plus d'obstination qu'Eolas défend les magistrats. Franchement, l'enfance de la présentatrice d'un journal, il faut vraiment s'accrocher pour affirmer que c'est de l'information plutôt que de la curiosité people. Et enquêter sur la couleur de ses culottes, cela relèverait du journalisme d'investigation ou bien du grand reportage ?

En complément :
Avocats du lieu, vous pouvez proposer vos services à L. Ferrari pour poursuivre un avocat général près la cour d'appel qui a scandaleusement reproduit l'information évoquée sur son blog. Il y a quelques sous et pas mal de publicité à se faire.

38. Le samedi 30 août 2008 à 00:22 par ramses

Quelqu'un peut-il me dire ce que l'honorable Philippe Bilger est allé faire dans cette galère ?

39. Le samedi 30 août 2008 à 00:24 par aliocha

@Augustissime : Vous êtes odieux mais vous me faites rire, ce qui fait que vous êtes pardonné. Au temps pour moi, il fallait donc lire satirique bien sûr. Entre nous, j'ai mis du temps à saisir le sens profond de votre étonnant proverbe chinois ;)
@Mister Cham : vous effleurez un sujet intéressant : la pipolisation des journalistes.......
@Ramses : demandez-vous si vous avez envie de lire un journal "autorisé" dans lequel tous les articles auront été préalablement contrôlés par toutes les personnes qui pourraient s'en trouver dérangées.

40. Le samedi 30 août 2008 à 00:36 par Numéro 6

Je dois dire que j'ai grand mal à saisir l'intérêt propre de ce billet, si ce n'est pour la prose toujours aussi impeccable d'Eolas, tant les positions d'Aliocha me semble de mauvaises foi.

En quoi le fait d'être une personnalité publique, fusse à un poste d'importance, donne droit à la plèbe de connaitre les détails de votre intimité ?

Avoir vécu un drame familiale explique-t-il forcément un certain type de comportement ? Cela a-t-il nécessairement un impact sur votre travail ? C'est du journalisme que vous voulez faire ou bien de la psychanalyse ?

Vous accepteriez vous, que votre employeur puisse prendre connaissance de tout les évènements marquant de votre existence, ce afin d'être à même de juger au mieux si selon son diplôme de psy du café du commerce vous avez le bon profil pour le poste ?
Et que par la même occasion tout vos collègues soient également informés quant au sujet de votre vie, car vous comprenez, il faut savoir avec qui on travaille pour qu'il y ait une saine ambiance...

"Je vous rappelle que présenter le 20 heures est un poste impliquant des responsabilités très lourdes"

certes, et quid des autres postes à responsabilités alors ? Devons nous aussi connaitre l'enfance d'un chirurgien ou d'un juge pour s'assurer qu'il est à même d'exercer ? Parce que bon les concours de médecine ou de l'ENM c'est bien gentil mais l'on est jamais trop prudent, hein.

Le fait rapporté par LyonMag est une non information quant au travail même de l'intéressée, par contre il ne faisait aucun doute que ça allait rassasié la curiosité malsaine des lecteurs....et donc de faire un bon coup en terme de publication.

La vie privé tant qu'elle n'influe pas sur les affaires publiques comme le souligne Eolas avec l'affaire Mazzarine, doit rester privée, point barre.
En quoi par exemple, savoir que tel homme politique à une liaison extra-conjugale regarde ses électeurs, ils ne l'ont pas élu sur un programme de fidélité à son épouse si ?

Par ailleurs, Aliocha vous me semblez bien résignée quant à votre vénérable profession...

Et si au lieu de chercher à résister par tout les moyens pour pouvoir exercer votre métier sans céder aux pressions diverses, vous rentrez gentiment dans le rang parce qu'il faut bien payez les factures et se nourrir, au final vous êtes vous aussi coupable vu que vous participez au système; se contenter de dénoncez les autres qui seraient vilains c'est un peu trop facile quand on reste soi même tranquillement à sa place, bien au chaud.



41. Le samedi 30 août 2008 à 01:01 par ramses

@ aliocha

"demandez-vous si vous avez envie de lire un journal "autorisé" dans lequel tous les articles auront été préalablement contrôlés par toutes les personnes qui pourraient s'en trouver dérangées."

Je ne comprends pas le sens de votre remarque... Je ne pense pas que le fait d'avoir des informations sur l'enfance d'une journaliste modifie mon point de vue sur ce qu'elle a à me dire sur le plan journalistique...

42. Le samedi 30 août 2008 à 01:56 par JBL

L'étalement de vie privée est de plus en plus prisé des "journalistes", plutôt que l'investigation et l'analyse de faits, qui pourraient offrir matière au progrès de notre société.
Que les "journaux" qui en font exclusivement leur beurre soient les plus profitables et aient la plus grande audience n'est guère rassurant. Et si un jour leurs lecteurs, majoritaires, parvenaient à faire pression en vue d'un moindre respect de la vie privée? Évidemment, loin de moi l'idée que des industriels de ces media fassent pression eux-mêmes en vue d'une loi en leur faveur. Cela ne saurait arriver dans notre démocratie.

43. Le samedi 30 août 2008 à 02:40 par Djay

Bonsoir
Tout d'abord, bravo pour ce blog, tant pour ses billets que pour les échanges que l'on découvre au fil des commentaires. Je l'ai découvert il y a peu mais je suis maintenant un lecteur assidu.

Pour revenir au sujet du moment, quand la sphère privée touche la sphère publique, il y a toujours matière pour un journaliste à chercher de l'information. Mais justifier la publication de ses découvertes par "on reproche aujourd'hui à la presse de s'être tue(..)" me semble un peu facile non?
Il y a pour moi une différence importante et la qualité du journaliste (on peut parler de compétence, professionnalisme...) est justement de choisir ses révélations.
Bien sur je ne suis pas intéressé par la lecture d'un journal "autorisé" mais je ne le suis pas plus par un autre en mal de sensationnalisme ou de voyeurisme.
J'ai eu le plaisir aliocha de lire plusieurs de vos commentaires défendants le métier de Journaliste (la majuscule est volontaire) et je me demande si une partie du problème n'est pas dans le choix de l'information à publier...

Et je trouve qu'un traumatisme ancien (d'enfance même dans l'exemple qui nous occupe) n'est pas à même de m'éclairer sur la ligne éditoriale que va suivre le 20 heure de telle chaîne de télévision.

Je rejoindrai le maitre des lieux dans la nécessité de l'existence d' "un lien entre les faits révélés et la vie publique de l'intéressé" pour justifier la publication de l'information, mais je souhaiterai (utopie quand tu nous tient) que ce soit le journaliste (et ses responsables de publication) qui soient le garde fou et non le juge.

44. Le samedi 30 août 2008 à 09:07 par GPS

Le journaliste qui anime et présente le journal télévisé le plus vu de France, celui de la grosse chaîne, doit-il avoir en quelque sorte un statut particulier ? Des responsabilités particulières ? Doit-on attendre de lui (ou d'elle) plus que d'un autre intégrité et respect sourcilleux de la déontologie ?

Et, si c'est le cas, comment cela se manifeste-t-il ?

Le débat juridico-journalistique de ce jour est captivant, mais il néglige de rappeler que Mme Laurence F. succède à son prédécesseur. Lequel, outre la fausse exclusivité de l'interview d'un dictateur tropical et une condamnation pour s'être laissé corrompre par le gendre d'un homme politique, n'a cessé d'étaler de manière gênante et envahissante sa vie privée, sa personne, ses bonheurs et ses drames, et avant tout son extravagant narcissisme.

Les conséquences ? Non pas nulles, mais inverses : le soutien de la direction de sa chaîne et l'amour du public, puisque ni l'une, ni l'autre ne l'ont aucunement sanctionné, mais au contraire soutenu et encouragé.

Il me semble que les poursuites engagées par Mme Laurence F. doivent se comprendre aussi en fonction de ce passé. Il est possible qu'elle veuille signaler ainsi qu'elle entend mettre fin au gonflement public et tapageur d'ego que son prédécesseur a attaché à la fonction. On peut aussi espérer qu'elle étendra cette rupture à la morale professionnelle et au souci d'informer.

Puisse cette considération avoir inspiré Mme Laurence F., même si elle ne mène ici qu'une plus subtile bataille d'image. Et puisse, plus tard, le juge en tenir compte dans son examen des faits.

45. Le samedi 30 août 2008 à 09:15 par Hyo

Bête question sur un point de détail : autant pour les écoutes ça me paraît incontestable, autant je ne vois pas en quoi "faire supporter au budget de l'État des dépenses liées à l'entretien et l'éducation de cette jeune fille promise à un si brillant avenir littéraire" constituait de la part de Mitterrand un acte illégal. Après tout, tous les présidents de la République ont fait bénéficier leur famille proche de la cuisine de l'Elysée, enfants compris (c'est en tout cas le cas du locataire actuel des lieux, et je pense que si c'était illégal bien du monde aurait hurlé au loup depuis plus d'un an). Mlle Pingeot n'était certes pas née de Mme Mitterrand, mais la loi ne fait plus (heureusement) de distinction entre filiation légitime et adultérine...

46. Le samedi 30 août 2008 à 09:58 par Véronique

@ Augustissime

" Avocats du lieu, vous pouvez proposer vos services à L. Ferrari pour poursuivre un avocat général près la cour d'appel qui a scandaleusement reproduit l'information évoquée sur son blog. Il y a quelques sous et pas mal de publicité à se faire."

La trame essentielle du billet de l'avocat général près de la cour d'appel est la dénonciation de la grossierté médiatique. Selon le directeur de Lyon Mag l'information évoquée est justifiée, car elle constitue à ses yeux un contrepoids à l'image lisse et clean véhiculée par les médias au sujet de Laurence Ferrari.

Le propos de Philippe Bilger est d'exprimer sa réprobation et son désaccord total avec la justification apportée par Lyon Mag.


47. Le samedi 30 août 2008 à 10:14 par Muscardin

@ Dieu un et indivisible bien qu'en fait il soit 3. :

à vous lire, je comprends pourquoi les églises sont désertes. Veuillez déserter à présent vous aussi.

Eolas:
Panneau : Don't Feed The Troll


@ Aliocha et sur le fond de l'article : J'ai toujours eu du mal à comprendre pourquoi il fallait entrer dans la vie privée des gens pour les "comprendre". Et dans le cas présent, je me contrefous de savoir si mme Ferrari est une personne travailleuse acharnée qui surmonte des épreuves ou bien une pistonnée de première, ce à partir du moment où elle fait un travail convenable.

J'aurais préféré de la part de Lyon Mag une enquête approfondie sur la gestion de la ville d'Aix les Bains pendant que Gratien Ferrari était au pouvoir par exemple...

J'ajouterais pour finir sur une note d'humour que présenter le journal de TF1 engage mal d'un bon boulot de journaliste. :p

48. Le samedi 30 août 2008 à 10:44 par aliocha

@ramses : "Et ne pensez-vous pas que Lyon Mag aurait dû lui demander l'autorisation de publier ?" c'est à cette question que je répondais mon Cher.
@muscardin : @ Aliocha et sur le fond de l'article : J'ai toujours eu du mal à comprendre pourquoi il fallait entrer dans la vie privée des gens pour les "comprendre". Et dans le cas présent, je me contrefous de savoir si mme Ferrari est une personne travailleuse acharnée qui surmonte des épreuves ou bien une pistonnée de première, ce à partir du moment où elle fait un travail convenable.

Voyez ma réponse 26, cela a de l'intérêt à partir du moment ou d'autres choses toutes aussi peu intéressantes mais en plus pas franchement objectives ont été écrites précédemment.

"J'aurais préféré de la part de Lyon Mag une enquête approfondie sur la gestion de la ville d'Aix les Bains pendant que Gratien Ferrari était au pouvoir par exemple..." L'un n'exclut pas l'autre me semble-t-il. Les journaux traitent de plein de sujets différents, des graves, des légers, de la politique, de l'économie, des médias. Disons que l'information sur ce type de sujet ne vous intéresse pas, pour tout vous dire moi non plus. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas s'inquiéter d'une éventuelle condamnation judiciaire en l'espèce. Car elle pourrait aboutir à réduire encore la liberté de la presse et à vous priver des enquêtes qui, elles, vous intéressent.
@hyo : De Gaulle m'a-t-on dit payait de sa poche le goûter de ses petits-enfants quand ils venaient à l'Elysée. Autre temps, autres moeurs. J'ajoute que moi, c'est le mensonge qui me dérange autant que les écoutes, mais vous me direz ce Président là me semblait avoir une difficulté certaine avec la vérité.
@JBL : "L'étalement de vie privée est de plus en plus prisé des "journalistes", plutôt que l'investigation et l'analyse de faits, qui pourraient offrir matière au progrès de notre société". Je pense surtout que ces articles donnent lieu à des procès et font donc plus de bruit que les autres. Hors presse people, les questions de vie privée ne sont traitées que de manière exceptionnelle.


49. Le samedi 30 août 2008 à 10:45 par aliocha

@ramses : "Et ne pensez-vous pas que Lyon Mag aurait dû lui demander l'autorisation de publier ?" c'est à cette question que je répondais mon Cher.
@muscardin : @ Aliocha et sur le fond de l'article : J'ai toujours eu du mal à comprendre pourquoi il fallait entrer dans la vie privée des gens pour les "comprendre". Et dans le cas présent, je me contrefous de savoir si mme Ferrari est une personne travailleuse acharnée qui surmonte des épreuves ou bien une pistonnée de première, ce à partir du moment où elle fait un travail convenable.

Voyez ma réponse 26, cela a de l'intérêt à partir du moment ou d'autres choses toutes aussi peu intéressantes mais en plus pas franchement objectives ont été écrites précédemment.

"J'aurais préféré de la part de Lyon Mag une enquête approfondie sur la gestion de la ville d'Aix les Bains pendant que Gratien Ferrari était au pouvoir par exemple..." L'un n'exclut pas l'autre me semble-t-il. Les journaux traitent de plein de sujets différents, des graves, des légers, de la politique, de l'économie, des médias. Disons que l'information sur ce type de sujet ne vous intéresse pas, pour tout vous dire moi non plus. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas s'inquiéter d'une éventuelle condamnation judiciaire en l'espèce. Car elle pourrait aboutir à réduire encore la liberté de la presse et à vous priver des enquêtes qui, elles, vous intéressent.
@hyo : De Gaulle m'a-t-on dit payait de sa poche le goûter de ses petits-enfants quand ils venaient à l'Elysée. Autre temps, autres moeurs. J'ajoute que moi, c'est le mensonge qui me dérange autant que les écoutes, mais vous me direz ce Président là me semblait avoir une difficulté certaine avec la vérité.
@JBL : "L'étalement de vie privée est de plus en plus prisé des "journalistes", plutôt que l'investigation et l'analyse de faits, qui pourraient offrir matière au progrès de notre société". Je pense surtout que ces articles donnent lieu à des procès et font donc plus de bruit que les autres. Hors presse people, les questions de vie privée ne sont traitées que de manière exceptionnelle.


50. Le samedi 30 août 2008 à 11:13 par Buse

@aliocha : "Hors presse people, les questions de vie privée ne sont traitées que de manière exceptionnelle."

Permettez moi d'en douter : nombreux journaux "sérieux" (pour ne parler que de la presse écrite) ont mentionné, analysé, décortiqué pendant des semaines les déboires et rebondissements des sentiments d'un président de la république ou d'une nageuse déchue...

C'est, à mon sens, le puissant symptome du malaise d'une profession, qui, voyant sa légitimité (cf. les accusations de collusion avec le pouvoir, qu'il soit politique ou économique)voire son modèle économique menacés, se retrouve contrainte de répondre à une demande du public pour continuer à vendre, donc à exister.

On sent que le débat anime les rédactions, et que certains tentent des expériences de renouvellement du modèle, par exemple XXI, ou médiapart. C'est vivifiant et rassurant.

51. Le samedi 30 août 2008 à 11:27 par gwynplain

@Véronique (25) : "Considérer le présentateur du 20 heures comme le représentant d'un pouvoir, donc comme le produit d'une sorte de légitimité et d'autorité vis à vis du public ou de l'opinion, me paraît hasardeux.

Un journaliste n'est pas un élu, ni qui que ce soit disposant d'un pouvoir sur autrui. Par conséquent, il ne doit rien à son public. Et rien ne le contraint à la transparence."

Voulez-vous dire par là que seuls les élus disposent d'un pouvoir sur l'opinion ? N'existe-t-il que la légitimité des urnes ?
Il me semble que la journaliste amenée a présenter le 20h le plus suivi du pays dispose quand même d'un certain pouvoir, mettons d'une certaine influence sur l'opinion, quand elle choisi quelles informations sont dignes de l'intérêt du public et lesquelles ne le sont pas (l'information étant le choix de mettre en lumière certains faits parmi d'autres, de les hiérarchiser selon leur importance, et d'en laisser le plus grand nombre - les moins dignes d'intérêts - dans l'ombre). Et ne peut-on lui reconnaître la légitimité de son parcours professionnel, l'autorité de son savoir-faire, de son expérience ?
Enfin ne pensez-vous pas qu'un journaliste doit à son public honnêteté et rigueur dans la délivrance de l'information. Si rien ne le contraint à un minimum de transparence, alors il n'y aurait rien de choquant à bidonner une interview de F. C. (je ne mets que les initiales pour ne pas porter atteinte à la dignité de P.P.D.A.).
Je ne dis pas qu'il faille tout savoir de la vie privée de la journaliste qui présente le 20h pour savoir si oui ou non elle fait du bon boulot, je dis juste qu'elle dispose d'une certaine influence sur l'opinion, et que la contrepartie de cette influence comme le dis bien aliocha, "réside dans une certaine transparence et impose la sincérité".

52. Le samedi 30 août 2008 à 11:29 par Muscardin

Non, une condamnation judiciaire en l'espèce ne me semble pas grave.

Il me semble qu'une simple demande d'autorisation de la part du journaliste lui aurait évité ce déboire, sans pour autant entacher le reste de son article.

Vous dites que la pipolisation est un phénomène rare. Permettez-moi d'en douter. Je trouve qu'elle est au contraire généralisée à tous les médias papier en dehors, peut-être, de la presse spécialisée du style les échos, et des grands quotidiens nationaux, et encore.

On la trouve débordante des kiosques, et occupe une bonne part des quotidiens régionaux...

Personnellement elle me gonfle, mais je m'interroge sur le mal qu'elle pointe : La presse actuelle ne fait que survivre et ce grâce à la pipolisation. (Une "une" sur Carla Bruni c'est combien d'exemplaires assurés ?)

Le modèle économique de la presse est en danger, c'est sur. Et c'est plus ça qui me fait peur pour la liberté de la presse qu'un procès sur l'enfance de Mme Ferrari

53. Le samedi 30 août 2008 à 11:37 par Augustissime

@Véronique
"La trame essentielle du billet de l'avocat général près de la cour d'appel est la dénonciation de la grossierté médiatique. Selon le directeur de Lyon Mag l'information évoquée est justifiée, car elle constitue à ses yeux un contrepoids à l'image lisse et clean véhiculée par les médias au sujet de Laurence Ferrari."

En voilà une bien mauvaise défense. Que Monsieur Bilger approuve ou désapprouve le directeur de Lyon Mag, il ne doit pas reprendre sur son blog les informations de ce dernier, se rendant ainsi coupable de la même atteinte à la vie privée de L. Ferrari.

54. Le samedi 30 août 2008 à 11:40 par xavier

Ce billet devrait être étudié dans les écoles de journalisme. Parce qu'il pose la question de ce qu'est une information - et de ce qui n'en est pas une.

Dès lors que Mme Ferrari consent à donner des interviews pour parler d'elle-même, il me semble légitime, voire salutaire d'aller chercher un autre point de vue. Ca s'appelle mettre les faits en perspective. Si cette démarche dérange, autant remplacer tous les journalistes par des attachés de presse (ce qui ne changera pas grand chose dans certains cas, il est vrai).

Après, il n'est pas interdit pour un journaliste d'être humain - d'autant plus quand cette "humanité" est encadrée par la loi, vous me direz. Quand ils ont publié l'interview, les journalistes de Lyon Mag savaient qu'ils faisaient un scoop et que le fait mis en cause était jusqu'ici secret. Compte tenu même de la nature du fait, Lyon Mag ne pouvait pas ne pas savoir qu'il allait sans doute bouleverser Mme (ou Mlle ?) Ferrari - et qui ne le serait pas à sa place ? - et que par ailleurs cette dernière n'hésite jamais à lancer des poursuites lorsqu'elle considère que sa vie privée a été exposée contre son gré.
Lyon Mag savait donc qu'il jouait avec le feu, qu'il allait probablement s'y brûler et que le tout générerait énormément de publicité.
Aurait-il fallu demander la permission à L. Ferrari pour ce fait en particulier ? Peu importe. Il m'aurait semblé plus judicieux d'utiliser une périphrase. Dire que son enfance a été marquée par un "événement important" ou quelque chose comme ça. Ainsi, on aurait pu être bon des deux côtés. Les gens savent que le sourire lisse de la présentatrice cache des choses, et l'intimité de cette dernière est respectée.
Un journal (qui fait son travail) se trouve tous les jours confronté à ce genre de choix. Parfois, on fait le bon choix, parfois le mauvais. Un scoop, c'est aussi ça qui permet à un journal de vivre.
Et il est toujours facile de critiquer un choix a posteriori, même si en l'occurrence, je ne ferai pas l'injure aux dirigeant de Lyon Mag de ne pas savoir ce qu'ils faisaient.

55. Le samedi 30 août 2008 à 11:49 par aliocha

@muscardin : En effet, la question du modèle économique de la presse en danger est le coeur du problème, car il interroge son positionnement, son indépendance et sa qualité, en plus bien sûr de sa survie. Précisément, il est, à mon sens, étroitement lié à l'affaire qui nous occupe. Car la fragilité économique du secteur contribue à déséquilibrer le rapport de force entre d'une part le pouvoir politique et économique, et d'autre part, les médias. Plus on va mal financièrement et moins on a le pouvoir d'affirmer nos règles professionnelles et de les faire respecter. Savez-vous que le rôle d'un directeur de la rédaction consiste essentiellement à gérer la multitude des lecteurs influents qui sont mécontents ? ceux qui ne sont pas dans le journal et voudraient y être, ceux qui y sont et ne sont pas satisfaits de ce qu'on a écrit sur eux, etc. Les pressions sont puissantes, multiples, parfois ridicules, d'autres fois embarrassantes. Quand on va bien économiquement, ces pressions font sourire, elles sont consubstantielles au métier, ce sont même des sortes d'hommages à notre travail. Mais quand on va mal et qu'on craint pour son avenir, alors on est tenté de sombrer dans la langue de bois ou le marketing pour éviter les ennuis. Le rapport de force entre la presse et tous ceux qui sont peu ou prou éligibles à voir leur nom dans le journal est le suivant : nous voulons informer, il font tout pour que nous communiquions, en d'autres termes pour que nous disions exclusivement ce qui leur convient. Faire un journal, c'est mener ce combat de manière permanente. Aujourd'hui en raison de la crise économique, le front du journalisme recule au bénéfice de la communication et du marketing. Pour parler clair, la presse se déculotte. Que la justice donne raison à Laurence Ferrari dans cette affaire ne me dérange pas, à condition qu'on ne puisse pas tirer de la décision un quelconque message indiquant que nous devons solliciter une autorisation avant de parler de quoi que ce soit. Car dans cette hypothèse, le juge contribuerait sans le savoir à faire encore reculer le front du journalisme face au marketing. C'est pour cela que cette affaire m'intéresse et non pas en effet en raison du fond qui ne présente absolument aucun intérêt.

56. Le samedi 30 août 2008 à 12:05 par Hub

@aliocha : vous qui êtes un peu la Laurence F. de ces lieux, où vous disposez d'une notoriété certaine, que diriez vous si, par exemple, Eolas y révélait votre véritable identité ? Sans vous prévenir bien sûr, et juste afin que nous - lecteurs - sachions à quel point vous êtes légitime pour parler de la presse et du droit.

57. Le samedi 30 août 2008 à 12:23 par chantal

Comme le monde est mesquin.

58. Le samedi 30 août 2008 à 12:30 par Olivier

Je soumets au maître des lieux et à tous ses sagaces commentateurs un petit cas pratique qui m'est venu comme ça et dont je me demande s'il changerait quoi que ce soit à l'affaire.

Prenons donc l'exemple d'Aurore De Dion-Bouton, jeune journaliste au physique remarquable et aux qualités professionnelles certaines qui, à la suite d'une série de reportages saisissants sur l'état de corruption des élites chinoises, réalisés au péril de sa vie au printemps 2009, est bombardée présentatrice du JT de France2 dont l'audience approche le zéro absolu face à sa grande concurrente.

Interview n°1 :
- Jounaliste lambda : Aurore De Dion-Bouton, vous allez bientôt présenter l'actualité du monde à des millions de Français mais le grand public vous connaît mal encore. Vous allez aussi accéder à un niveau de notoriété qui vous permettra de mener une vie pour laquelle, personnellement, je tuerais père et mère si je puis dire, ha ha ha. Pouvez-vous nous présenter en quelques mots la femme qui se cache derrière la professionnelle ?
- Aurore De Dion-Bouton : Oh vous savez il y a peu à dire ; je suis comme tout le monde, comme les millions de Français qui me regarderont bientôt. J'ai eu une enfance heureuse et tranquille, j'ai été élevée dans le respect des valeurs, j'ai fait de bonnes études, etc.

Interview n°2 (sur le plateau d'une petite chaîne de la TNT plafonnant à 0,054 % de part de marché) :
- Donc, M. De Dion Bouton, vous soutenez que votre fille n'a pas eu l'enfance si facile et privilégiée que certains envieux ont décrite ?
- Oui oui, en effet, c'est le cas, et c'est dommage car la vérité serait encore plus, comment dire, une raison supplémentaire de l'admirer, n'est-ce pas ? Donc oui, à l'âge de 8 ans, en raison d'une maladie génétique rare, les cheveux d'Aurore sont devenus complètement verts fluo et cela l'a profondément traumatisée pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'un médecin propose un traitement expérimental très lourd pour lui implanter une chevelure artificielle synthétique mais parfaite. N'est-elle pas belle aujourd'hui ? Et quel courage, quelle volonté elle a eu. Une fille formidable.

Bon, c'est un peu tiré par les cheveux, mais vous voyez le topo ? Je précise que je n'ai pas voulu être manichéen dans ce cas pratique, même si c'est un peu humoristique ; j'espère que cela se lit ainsi. En tout cas, je ne suis pas juriste mais simplement passionné par les analyses de maître Eolas. En l'occurence, ce qu'il dit du "cas Ferrari" m'a convaincu mais je me demande si cela fait une différence au cas où :
- dans un premier temps, c'est l'intéressée elle-même (ici, "mon" Aurore) qui évoque spontanément son enfance pour en donner une image non conforme à la vérité mais a priori apte à bâtir une image médiatique d'elle "maximisant" sa popularité ;
- dans un deuxième temps, l'intervention du père que j'ai inventé me semble tomber dans les mêmes ornières condamnables que celles analysées par maître Eolas, et pourtant en l'occurence il ne fait que rétablir une vérité là où Aurore avait fabriqué un mensonge (mais on a le droit de mentir aux medias, non ?) ;
- et pourtant, d'un point de vue moral (je sais, ça n'a rien à faire avec le droit, mais bon :-), personnellement je trouve "normal" que de nos jours certains personnages publiques soient obligés de se construire des masques quand on voit certaines furies journalistiques ;
- enfin, il me paraît plus que difficile de généraliser, puisqu'il y a masque et masque, journalistes et journalistes, etc.

Bref, vive l'aphorisme de Portalis :-).

59. Le samedi 30 août 2008 à 12:32 par Véronique

@ gwynplain

Sur la question soulevée dans le billet, d'un point de vue juridique, je suis beaucoup plus convaincue par l'argumentation développée par Eolas - il faut que les faits révélés aient un lien avec la vie publique de l'intéressé -, que par l'argumentation d'Aliocha - 1) l'invocation de la liberté d'expression, 2) le journaliste du 20 h, parce qu'il exercerait un pouvoir d'influence, devrait être transparent.

Sur le 2, je conteste cette idée qui consiste à dire que les téléspectateurs du 20 h de TF1 seraient représentatifs de la société française. C'est un travers courant des médias que d'assimiler leurs lecteurs ou leurs téléspectateurs aux Français. Ils ne sont que des téléspectateurs qui, à 20 heures, regardent un journal télévisé.

Je ne vois vraiment pas ce qui peut légitimer à penser le journaliste comme légitimé par un pouvoir, qu'Aliocha définit presque institutionnalisé:

" L'impact de ce poste sur l'opinion publique est énorme. Je ne trouve pas choquant que la contrepartie d’un tel pouvoir réside dans une certaine transparence et impose la sincérité. " (Aliocha)

Le référendum de la constitution européenne, par exemple, a démontré le peu d'efficience et d'influence de la classe médiatique, en général, en direction de la société.

" N'existe-t-il que la légitimité des urnes ? "

Je ne le pense pas. Mais je ne sais pas répondre exactement à cette question. En tous les cas, parler de légitimité pour un journaliste ou pour un média m'apparaît erroné.

D'autre part, suite à l'explication juridique apportée par Eolas, je ne comprends pas pourquoi les médias, au moment de la campagne présidentielle, n'ont pas mentionné la réalité du couple Hollande-Royal.

Là, il me semble que le droit à l'information que défend Aliocha trouvait sa justification pour faire part d'éléments d'ordre privé. Leur relation privée ayant à voir, dans la campagne électorale, avec leur vie publique.

Pourquoi les médias n'ont-ils pas diffusé l'information ? Je ne dis pas qu’elle était essentielle, mais je pense qu’elle avait son importance. De toute façon, d’un point de vue de transparence et de sincérité , chères à Aliocha, une information comme celle de la réalité du couple Hollande-Royal, m’apparaît 10 000 fois plus nécessaire et justifiée à donner que l’enfance d'un journaliste du 20 h.

60. Le samedi 30 août 2008 à 13:17 par Véronique

@ Augustissime

" Que Monsieur Bilger approuve ou désapprouve le directeur de Lyon Mag, il ne doit pas reprendre sur son blog les informations de ce dernier, se rendant ainsi coupable de la même atteinte à la vie privée de L. Ferrari. "

M. Bilger a la liberté d'exprimer son désaccord et sa réprobation quant à la diffusion de Lyon Mag d'une information, dont il désapprouve le contenu.

Pour pouvoir exprimer son point de vue, M. Bilger transmet à ses lecteurs les éléments qui constituent la base de son analyse. Il ne reprend pas l' information avec l'objectif de la diffuser auprès de ses lecteurs, mais pour expliquer et argumenter son point de vue.

Il ne porte pas atteinte à la vie privée de L F. La motivation de son billet n'est pas l'information diffusée par Lyon Mag. Philippe Bilger discute et conteste la justification apportée par le directeur de Lyon Mag.

Par ailleurs, son analyse de fond porte sur la question de la transparence à tout prix, et du droit précieux de tout à chacun au secret.

61. Le samedi 30 août 2008 à 13:20 par Pauvre pêcheur

La faute du journaliste est-elle la faute du père ?
Non, il a dû subir sa fille pendant plusieurs années. ;-)

Je suis d'accord avec l'idée que "Si feu le président Mitterrand n'avait pas commis ces actes graves et illégaux, la révélation de cette paternité aurait relevé du strict cadre de sa vie privée. " Mais cette révélation et ses conséquences (que Mitterrand avait une fille cachée / que les journalistes savaient mais n'avait rien dit / que certains pour maintenir ce secret avait violé l'intimité de très nombreuses personnes ...) a été un électrochoc pour beaucoup de gens. A mon avis, la prochaine fois il ne faudra pas un jour avant que tout le monde n'ait l'information. Voir l'affaire du SMS de Nicolas S.

Eolas:
Vous voulez dire que désormais, plutôt que de nous cacher des informations, ils se dépêcheront de nous en révéler de fausses ? Bigre, je ne suis pas sûr d'avoir gagné au change, dans ce cas.

62. Le samedi 30 août 2008 à 14:50 par El Re

L'audience de TF1 s'amenuise, vieillit et se ringardise petit à petit, devant la multitudes de chaînes de télévision nouvelles et internet, où il n'y a d'ailleurs pas de "journal" diffusé à heure fixe mais des programmes que l'on regarde quand on le souhaite. Tant mieux si cela restreint le pouvoir exorbitant de certaines chaînes de télévision qui avaient, dans bien des cas, la possibilité de faire (ou influencer) l'opinion publique.

63. Le samedi 30 août 2008 à 14:58 par guignol

La façon de mourir est importante.
Sur l'échafaud,
d'un cancer,
sur un champ de bataille,
du sida,ou d'un infarctus ........................

L'image vous dis je.
La honte ou la gloire.

Révéler l'information tirée d'une interview est le devoir de la presse, comme il est de son devoir de faire connaitre les dessous (si je puis me permettre) d'une place si convoitée que le fauteuil de Patrick.
Informer des millions de personnes est une activité à haute responsabilité.








64. Le samedi 30 août 2008 à 15:01 par Augustissime

@Véronique
"Il ne reprend pas l' information avec l'objectif de la diffuser auprès de ses lecteurs, mais pour expliquer et argumenter son point de vue."

Mais enfin, Véronique, peu importe l'intention de Monsieur Bilger : les faits sont là. Sans Monsieur Bilger, j'aurais ignoré toute ma vie ce qui avait marqué l'enfance de Madame Ferrari. Son attitude est indigne d'un magistrat.

Pouvez-vous comprendre qu'il ne suffit pas de marquer sa désapprobation pour reprendre les pires rumeurs ou les informations les plus indiscrètes ?

65. Le samedi 30 août 2008 à 15:01 par jean cent peur

Maitre Eolas cachant une batte de baseball derrière son dos se trouve a coté d'un troll assommé, portant une longue bosse sur le sommet du cuir chevelu. Un texte “Commentaire modéré par troll détector™” surplombe l'image.

66. Le samedi 30 août 2008 à 15:23 par ramses

@ Véronique 59 et 60

Je partage votre analyse et j'essaie de trouver une réponse à votre questionnement sur la non-révélation des "difficultés" du couple Royal/Hollande pendant la campagne électorale.

Les journalistes ne s'y sont pas hasardés, car ils savaient qu'il s'agissait d'une atteinte à la vie privée, les exposant à un procès en diffamation.

Dans le cas de Laurence Ferrari, Lyon Mag a franchi le pas, car il s'agissait d'une révélation indirecte, en l'occurence du père. Ils ont supputé sur le fait qu'ils ne seraient pas poursuivis pour cette raison.

En somme, courageux, mais pas toujours téméraires...

Après une lecture attentive du billet de Philippe Bilger, j'en arrive à la même conclusion que vous, il défend le concept de vie privée et n'est pas tendre pour Lyon Mag... Une préfiguration du verdict ? Je pense donc, à la réflexion, qu'il a eu raison de donner son point de vue.

Tous comptes faits, je me demande maintenant ce qu'Aliocha est venue faire dans cette galère, car je vois de moins en moins de justifications à sa défense de cette presse là, une presse de caniveau que ne cautionne sûrement pas Aliocha, telle que je pense la connaître et que j'apprécie énormément.

Il me paraît au surplus hasardeux de vouloir compenser une perte de lectorat par un glissement progressif vers les révélations des tabloïds britanniques... Plus dure sera la chute :)

67. Le samedi 30 août 2008 à 15:24 par Fantômette

Salut aliocha, et bienvenue tout en haut de la page ;-)

Pour autant, naturellement, n'espérez pas que je renoncerai à venir vous chicaner sur les droits et les devoirs qui vous incombent, à vous et vos confrères. Rappelez-vous que l'exigence que l'on montre à l'endroit d'une personne ou d'une profession est à la hauteur de l'estime dans laquelle on la tient et de l'importance qu'on lui reconnait.

Si je vous ai bien compris, sans forcément nier que l'affaire en question relève peut-être d'une violation de la vie privée, vous craignez surtout les effets d'un développement excessif d'une jurisprudence trop protectrice de celle-ci. Le résultat en serait que les journalistes se verraient renvoyés, dès lors qu'ils investiguent sur des personnes physiques, au seul discours que celles-ci veulent bien tenir.

Les bêtes chambres d'écho de leurs conseillers en communication, quoi.

Tout de même, il me semble que la jurisprudence laisse aux journalistes une marge de manoeuvre, qui n'est pas si étroite que cela.

La protection accrodée aux droits de la personnalité en général par la jurisprudence s'est rafinée au fil du temps, au fur et à mesure que cette jurisprudence élaborait - dans les textes comme dans leur silence - son édifice juridique.

- La protection de la vie privée peut céder le pas aux exigences de l'information. C'est le cas pour toutes les vies privées, et pas uniquement celle des personnes publiques. Quand un Vouzemoi se retrouve, le plus souvent bien malgré lui, au coeur d'une actualité brûlante, le respect à sa vie privée et son droit à l'image va en être très affecté. Non sans raison, bien sûr.

- C'est encore plus vrai pour les personnes publiques. Ce que la CA de Paris exprime en ces termes : "les limites de la protection de la vie privée, lorsqu'elles s'appliquent au profit d'une personne que sa naissance ou encore les fonctions ou la profession qu'elle a accepté d'exercer exposent à la notoriété et donc à la curiosité du public, ne peuvent s'apprécier aussi strictement que lorsqu'il s'agit d'un citoyen anonyme éloigné des médias par son mode de vie" (CA Paris 13 mars 1986).

Le droit à l'information ne se heurte pas précisément à un mur dès lors qu'il bute sur la vie privée d'une personne ayant quelque notoriété. Il y a réellement deux modalités d'appréciation de ce qui relève de la protection de la vie privée selon que l'on est, non pas "puissant ou misérable" comme le dit la fable, mais médiatique ou anonyme.

Ce que n'imposait pas la rédaction de l'article 9, qui dit bien que "CHACUN" a droit au respect de sa vie privée, et ne pose donc - par principe - aucune distinction entre Mme Ferrari et Mme Volvo.

Toute une série de faits ont pu concrètement être exclus du champ d'application de l'art. 9 c. civ : des accouchements et des baptêmes, côté pile. Des conflits familiaux dans le cadre d'une succession difficile ou d'un mariage désapprouvé, l'agression physique de l'épouse d'une star des média, des divorces, côté face. La jurisprudence a pu retenir qu'il s'agissait là "d'actualité que le journaliste portait légitimement à la connaissance du public" ou d'un "fait divers d'actualité constituant un sujet légitime d'information du public."

Souvent, ces décisions font expressément référence à la nécessité d'éviter des atteintes excessives à la liberté de la presse.

Il existe, certes, un droit au respect de sa vie privée. Ce droit est nécessaire, et on ne peut le définir trop restrictivement. Il faut rappeler qu'il n'est pas menacé par les seuls journalistes. Il peut être menacé par d'autres personnes publiques (par exemple l'Etat) et privées (par exemple votre employeur).

On a, en France, un beau concept juridique, quoique d'un maniement assez délicat, qui est celui de l'abus de droit. La doctrine en discerne une application implicite dans un certain nombre de décisions.

Je crois que je préfèrerais voir la jurisprudence utiliser explicitement cette notion, qui a le mérite de renvoyer les parties à leur propre comportement et à leur éventuelle mauvaise foi, plutôt que de lancer violemment liberté de la presse et droit à la vie privée l'un contre l'autre et de voir lequel survit à l'impact.

PS : J'ai un plan B à vous proposer, quand vous vous retrouvez avec un discours tout calibré et la bouche pleine d'échardes à force d'ingurgiter de la langue de bois. Vous partez du principe qu'il n'y a rien à en tirer, et que ce type de discours est par définition inintéressant. Ne renoncez pas si vite.

Faites comme moi quand je vous énerve : repérez les contradictions internes, les manques de précision, les concepts flous, exigez des définitions, et attendez de coincer vos interlocuteurs quand ils resteront coi et forcés d'avouer qu'eux-mêmes ne comprennent plus ce qu'ils voulaient dire.

68. Le samedi 30 août 2008 à 15:33 par Bob

Par rapport à la réponse de notre hote Eolas au commentaire #11 qui explique:
"Si le sujet de l'interview était la vie et l'œuvre de Gratien Ferrari, 73 ans, certes. Mais son sujet est bien l'enfance de Laurence Ferrari. La révélation concerne d'ailleurs « la mère de Laurence Ferrari » et non « l'épouse de Gratien Ferrari ». "

La vie d'une personne n'est-elle pas liée directement à la vie de sa famille ?

En parallèle : "L'enfance d'une personne fait également partie de sa vie privée, ne serait-ce que parce qu'à l'époque de ces événements, elle était mineure. J'ajoute que la jurisprudence va très loin puisqu'elle admet que la reprise sans autorisation de révélations faites par le passé par une personne peut constituer une atteinte à sa vie privée."

L'enfance d'une personne "n'appartient-elle" donc pas non plus en partie à ses parents ? Je n'ai point lu la tournure des propos du père, mais avoir vécu l'effet d'une souffrance sur son enfant n'est-elle pas également aussi de la "propriété" de celui qui a accompagné une personne à travers cette souffrance ?

69. Le samedi 30 août 2008 à 15:53 par jean cent peur

Maitre Eolas cachant une batte de baseball derrière son dos se trouve a coté d'un troll assommé, portant une longue bosse sur le sommet du cuir chevelu. Un texte “Commentaire modéré par troll détector™” surplombe l'image.

70. Le samedi 30 août 2008 à 16:03 par Véronique

@ Augustissime

" j'aurais ignoré toute ma vie ce qui avait marqué l'enfance de Madame Ferrari. Son attitude est indigne d'un magistrat."

Alors comme ça, votre seule source d'informations est le blog de M. Bilger !

Rue 89, le 21-08 (dont vous avez entendu parler ici pour une autre information) : www.rue89.com/2008/08/21/...

Le Monde, le 25-08 mobile.lemonde.fr/actuali...

20 minutes, le 27-08: www.20minutes.fr/article/...

Libération le 27-07: www.liberation.fr/actuali...

Tous ces articles diffusent l'information que vous auriez ignorée sans le billet de Philippe Bilger.

Dites-vous, qu'au moins, en ne vous informant de la marche du monde qu'auprès de Philippe Bilger, grâce à lui, vous avez pu bénéficier d'une mise en perspective de cette information autrement plus travaillée que les lecteurs du commun des médias !

Encore une fois, le sujet de la note de PB n'est pas l'information diffusée par Lyon Mag. Mais la grossierté de la justification apportée par le directeur du magazine, et une défense d'un fondamental aux yeux de Philippe Bilger: le droit au secret.

71. Le samedi 30 août 2008 à 16:32 par Placid

Aliocha, vous soutenez que l'atteinte à la vie privée de cette mystérieuse présentatrice, serait justifiée par sa qualité de personne publique. Alors, parce que le juriste est borné et tatillon, je ne ferais que citer l'arrêt Prince Albert de Monaco contre Paris Match (cassciv 1ere, 27/02/07) "toute personne, quel que soit son rang, sa naissance, sa fortune, ses fonctions présentes ou à venir a droit au respect de sa vie privée".
Ici, la Cour de cassation, jugeait que la qualité de souverain régnant ne justifiait pas l'étalage sur la place publique du lien de filiation existant entre lui et son fils illégitime, bien que ce dernier aurait put potentiellement être appelé à régner sur le rocher. Que dire, de l'enfance d'une présentatrice télé ?

J'irais donc dans le sens de maître Eolas. L'unique critère retenu par les juges pour faire prévaloir la liberté d'information sur la vie privée est celui du "débat d'intérêt général". Or les informations apportées par cette interview n'apporte aucun argument, à aucun débat.

En conclusion, même si certaines personnes publiques s'attachent à contrôler leur image, ce qui revient à mentir aux lecteurs et au journalistes, cette image leur appartient juridiquement, et l'intégrité de leur vie privée ne leur échappe que lorsqu'elle a une incidence sur la société française (les tumultes de Mitterrand, partaient de sa vie privée, pour toucher des agissements répréhensiblent pénalement, ce qui n'est pas rien).

72. Le samedi 30 août 2008 à 16:35 par Véronique

@ ramses

" Les journalistes ne s'y sont pas hasardés, car ils savaient qu'il s'agissait d'une atteinte à la vie privée, les exposant à un procès en diffamation."

A priori, je ne pense pas.

Car si je m'appuie sur les éléments exposés par Eolas dans la note:

" — L'affaire Fressoz et Roire c. France. Mais il ne vous a pas échappé qu'il existait un lien entre les faits révélés et la vie publique de l'intéressé. La cour de cassation applique d'ailleurs cette règle puisque dans son arrêt Schuller (civ 1e, 12 juillet 2005, au bulletin n°330), elle distingue dans le même article certains faits dont la révélation était justifiée au regard de la nécessité d'informer le public... "

François Hollande étant secrétaire national du PS, sa compagne étant la candidate du PS, informer de la réalité de leur couple pendant la campagne électorale a, selon moi, un lien étroit avec leur activité publique.

Dans son billet, Philippe Bilger ne dit pas que l'article de Lyon Mag est représentatif de la presse caniveau. Ce qui provoque sa réprobation, c'est d'une part, l'atteinte au droit au secret et au silence sur soi. Et d'autre part, la motivation de l'information qui n'a que comme objectif que de "délisser" l'image de L.F. Quitte à atteindre, pour réaliser cet objectif une intimité de la souffrance, que la principale intéressée a toujours souhaité taire.

73. Le samedi 30 août 2008 à 16:57 par pigeon

Maitre Eolas cachant une batte de baseball derrière son dos se trouve a coté d'un troll assommé, portant une longue bosse sur le sommet du cuir chevelu. Un texte “Commentaire modéré par troll détector™” surplombe l'image.

74. Le samedi 30 août 2008 à 16:59 par ramses

@ Véronique 72

"François Hollande étant secrétaire national du PS, sa compagne étant la candidate du PS, informer de la réalité de leur couple pendant la campagne électorale a, selon moi, un lien étroit avec leur activité publique."

Vous n'expliquez pas pourquoi la Presse ne l'a pas révélé... Moi, je donne une piste...

"Dans son billet, Philippe Bilger ne dit pas que l'article de Lyon Mag est représentatif de la presse caniveau."

Je n'ai jamais prétendu que Philippe Bilger aurait dit celà. L'appréciation "presse de caniveau" n'engage que moi.

75. Le samedi 30 août 2008 à 17:03 par PrometheeFeu

Une question qui semble liée a cette affaire:
La vie privée n'est jamais entièrement privée. (Tout du moins très rarement) Un évènement privé concernera souvent plusieurs personnes. Quand c'est le cas, quels sont les droits des différents acteurs de l'évènement en question si certains veulent le garder priver et d'autres le rendre publique. Supposons que Mademoiselle Discrète et Monsieur Bavard passent une nuit de folie. (Un évènement qui relève clairement de la vie privée) Monsieur Bavard a-t-il le droit d'aller raconter a tout le monde qu'il a culbuté Mademoiselle Discrète vu qu'il s'agit de sa vie privée? Deuxième hypothèse, l'hétérosexualité de Monsieur Bavard est connue de tous et la seule personne de sexe féminin dans un rayon de 1000 KM est Mademoiselle Discrète. Monsieur Bavard a-t-il le droit de dire qu'il a passe une nuit de folie puisqu'il est facile de deviner que Mademoiselle Discrète est l'heureuse élue. Imaginons que Mademoiselle Discrète n'a laisse aucune instructions a Monsieur Bavard ou même qu'elle lui a interdit d'en parler...
Je ne cherche pas a obtenir une consultation vu que je n'habite même pas en France et donc n'ai pas l'habitude ces derniers temps de rendre des juges français (Ou autres d'ailleurs) compétents.

76. Le samedi 30 août 2008 à 17:46 par Véronique

@ ramsès

" Vous n'expliquez pas pourquoi la Presse ne l'a pas révélé... Moi, je donne une piste..."

Mais, c'est parce que je n'en sais rien !

Je pense juste que pour l'information Hollande-Royal , la crainte des médias d'être assignés pour atteinte à la vie privée ne me paraît pas aller de soi.

Mon hypothèse:

1 - . Il y a une tradition dans les médias français de taire la vie privée des politiques. Du moins, en public.
2 - Il y a entre les médias traditionnels et les politiques, les pouvoirs en général, une sorte de connivence et de proximité.
3 - Informer de la réalité du couple Hollande-Royal, c’était informer d’entrée de l’aspect pour le moins éclaté du PS et des luttes dans le parti. Bref, du manque total d’unité du PS dans cette campagne. Immanquablement, informer de la relation Hollande-Royal , c’était braquer les projecteurs sur les oppositions à l’intérieur du PS.

Ce qui me dérange c’est que la défense de liberté de l’information, la transparence et la sincérité soient invoquées pour justifier la diffusion d’une information comme celle de Lyon Mag. Alors que les médias, dans l'exemple Hollande-Royal, ont tu ce que tous savaient, et qui, selon moi, au moment de la campagne électorale, était pour le coup une information nécessaire à donner.

77. Le samedi 30 août 2008 à 18:11 par Le Chevalier Bayard

"Absence de père", manque de repère mais droit au respect à la vie privée.

La liberté d'expression peut-elle servir de repaire à "l'impair journalistique" ?

Sous l'effet de l'internationallisation et de la constitutionnalisation de leurs sources, du renouveau de la réflexion et des mutations technologiques, un rééquilibrage s'est effectivement construit comme le rappelle plus prosaïquement le maître des lieux (on a 38 années de jurisprudence à se mettre sous la dent).

Pour autant, la causalité, trait d'union entre un tort et un fait générateur, pâtit de son abstraction, spécialement, chaque fois que le droit au respect de la vie privée est vu comme un droit d'exception et se heurte à notre tradition politique et juridique française de considérer la liberté d'expression comme le principe.

Certes, si dans son discours de 1802 au projet de code civil, Portalis, rappelle de façon lumineuse et prophètique le rôle de la loi et l'office du juge, il est des situations ou la causalité est à géométrie variable ...Ce qui fait dire à un auteur (Didier R. Martin) :

" La causalité c'est l'arlésienne du droit de la responsabilité civile. Nul ne la vue, ne la voit ni ne la verra : elle échappe à l'empire des sens. Ethérée, impalpable, incorporelle, elle relève de l'ordre de l'idée et ne s'offre qu'à l'emprise du sens. La raison seule en décide, éclairée par l'expérience et, souvent tiraillée par le doute. Bref, trancher de la causalité participe d'un crédo, d'un acte de foi, d'une pure conviction."

78. Le samedi 30 août 2008 à 19:39 par Augustissime

@Véronique
L'information peut être reprise par la moitié de l'univers, celui qui la reprend à nouveau commet la même faute. Le fait que tous vos voisins soient des voleurs ne vous autorise pas à voler à votre tour.

79. Le samedi 30 août 2008 à 20:48 par Véronique

@ Augustissime

" En effet, c'est ce même site qui nous apprend que Laurence Ferrari a décidé d'assigner Lyon Mag pour violation de sa vie privée.
Cette nouvelle, à elle seule, ne constituerait pas une information bouleversante, même si elle concerne la nouvelle et brillante présentatrice du journal de TF1. Ce n'est pas non plus le fait que Laurence Ferrari réclame 40 000 euros de dommages intérêts qui surprend. On aurait préféré un euro mais son avocate a du lui déconseiller cette modestie peu judiciaire !
Ce qui frappe, c'est la nature même du préjudice qui a été gravement causé à Laurence Ferrari (...)

Voici donc l'introduction du propos de Philippe Bilger.

www.philippebilger.com/bl...

Sur quelles bases juridiques assignez-vous Philippe Bilger pour atteinte à la vie privée ?

Comme vous déclarez que Philippe Bilger a commis une faute et a donc, selon vous, causé un préjudice à Laurence Ferrari, comment motivez-vous sa condamnation ?

Par ailleurs, la sens du billet de PB - sa justification, sa logique et sa vocation - n'est pas de reprendre pas une information, ni de produire une information. Son propos est d'exprimer librement une opinion.

" Ce qui frappe, c'est la nature même du préjudice qui a été gravement causé à Laurence Ferrari. "

Comment peut-il exprimer son opinion, dans le cas présent sa réprobation, en occultant " la nature même du préjudice " qui, selon son point de vue, "a été gravement causé à Laurence Ferrari." ?

En quoi la liberté d'expression et d’opinion de Philippe Bilger peut-elle être limitée et contrainte par l'information diffusée par Lyon Mag ?

80. Le samedi 30 août 2008 à 21:00 par PrometheeFeu

Un petit hors sujet pour le maitre des lieux:
J'ai appris l'existence de votre blog il y a malheureusement moins de 4 ans c'est pourquoi a mes temps perdus (Que je doit ces jours-ci a l'estimable Department of Homeland Security, United States Citizenship and Immigration Services) je lit vos anciens billets qui sont fort instructifs et distrayants. J'ai appris entre autres que la présomption d'innocence n'a rien a voir avec l'idée que je m'en faisait. Malheureusement, après avoir démontré mon ignorance sur ce sujet, vous n'avez pas éclairé ma lanterne. Si vous pouviez (une fois le code rouge passe) nous pondre un billet expliquant pour des novices ce qu'est exactement la présomption d'innocence, je vous en serait gré. Si vous décidiez de nous pondre aussi un billet sur les appels qui sont parfois suspensifs et parfois pas, vous satisferiez ma curiosité encore une fois.

PS: Desole pour le manque d'accents, les claviers de portables QWERTY ne s'y prêtent pas.

81. Le samedi 30 août 2008 à 21:21 par salah

@ Augustissime répondant à Véronique : « Sans Monsieur Bilger, j'aurais ignoré toute ma vie ‎ce qui avait marqué l'enfance de Madame Ferrari .» ‎

Et moi , sans le scoop d’Augustissime (37) j’aurais ignoré que Madame Ferrari porte des culottes ‎en couleur voire pire , qu’elle porte des culottes tout simplement.‎

82. Le samedi 30 août 2008 à 23:32 par Yves D

@Veronique (#79)

Je n'ai pas l'habitude de prendre la défense d'Augustissime (avec un A majuscule, si, si), mais comme j'avais été le premier sur ces commentaires à indiquer ce point (Cf. mon com #18) :

On peut lire, dans le blog de Ph BILGER, la nature exacte de "la blessure d'enfance" que L.F. voulait cacher.
Contrairement au billet à 4 main d'ELAS et d'ALIOCHA (comme quoi il n'est pas nécessaire de préciser la nature exacte de cette blessure pour faire un très bon billet dessus).

C'est sur ce point, et ce point seulement, que Ph BILGER est assignable en justice, de la même façon que tout "média" qui publierait à nouveau cette info en détail.

83. Le samedi 30 août 2008 à 23:40 par gwynplain

@véronique : "Je conteste cette idée qui consiste à dire que les téléspectateurs du 20 h de TF1 seraient représentatifs de la société française. (...) Ils ne sont que des téléspectateurs qui, à 20 heures, regardent un journal télévisé."

Certes, je ne suis pas loin d'être d'accord avec vous, tant je suis agacé par ces sondages qui, sur un échantillon "représentatif" de 1000 personnes (qui ont bien voulu répondre au sondage), se permette de conclure que 55% des français préfèrent la crème au chocolat plutôt que le flan à la vanille. Cependant, attention aussi à la position qui veut qu'ils ne soient "QUE des téléspectateurs qui, à 20 heures, regardent un journal télévisé." Ils sont la majorité des téléspectateurs à regarder ce journal à cette heure-là, ce n'est pas pour rien que les personnalités ayant un message à faire passer préfère généralement celui-là plutôt que celui du service public. Attention à ne pas non plus minimiser son importance parce que (et là j'extrapole, mais je pense ne pas me tromper) ce n'est pas le genre d'information qui vous sied le mieux.

Je pense effectivement que l'influence de ce journal sur l'opinion n'est pas négligeable. Quant à l'argument du référendum, j'ai tendance à croire que, justement, c'est à cause du pouvoir des médias que le oui s'est pris un retour de bâton, par simple esprit de contradiction (les électeurs sont de grands enfants), alors qu'un des termes d'une alternative était perçu comme sur-représenté par rapport à l'autre.

@fantomette : "Le droit à l'information ne se heurte pas précisément à un mur dès lors qu'il bute sur la vie privée d'une personne ayant quelque notoriété. Il y a réellement deux modalités d'appréciation de ce qui relève de la protection de la vie privée selon que l'on est, non pas "puissant ou misérable" comme le dit la fable, mais médiatique ou anonyme.

Ce que n'imposait pas la rédaction de l'article 9, qui dit bien que "CHACUN" a droit au respect de sa vie privée, et ne pose donc - par principe - aucune distinction entre Mme Ferrari et Mme Volvo."

Entendez-vous par-là qu'il existe une justice à deux vitesses ? ;-)

84. Le samedi 30 août 2008 à 23:44 par Yves D

@Veronique (toujours #79)

Aller, pour l'exercie de style, vous trouverez ci-dessous une "courte citation" du blog de Ph BILGER, légèrement réécrit par moi-même, juste pour montrer qu'il n'était absolument pas nécessaire de révéler la nature exacte du passé de L.F. !
Tel que modifié, le billet devenait non assignable.
Tel qu'écrit par Ph BILGER, il l'est (au moins théroriquement).


"Ce qui frappe, c'est la nature même du préjudice qui a été gravement causé à Laurence Ferrari. Le père de celle-ci, Gratien Ferrari, dans une interview à Lyon Mag, entre autres considérations, fait une révélation sur un évènement douloureux du passé qui avait alors perturbé sa fille. Laurence Ferrari ne s'était jamais exprimée sur ce sujet et évidemment avait toujours caché cette détresse intime.

Sans contester la véracité de cette impudique annonce faite par son père, elle décide d'assigner la publication qui a recueilli l'infamie. Car tout de même, on peut être un partisan farouche de la liberté d'expression et estimer pourtant qu'il y a des secrets ne relevant ni de la carrière ni d'une trajectoire personnelle qui l'expliquerait, et qui ne devraient jamais être divulgués."

85. Le samedi 30 août 2008 à 23:52 par Yves D

Même si c'est un peu Hors Sujet, merci à "GPS (#44)" de nous rappeler que le prédécesseur de L.F. était bien loin du "grand journaliste intègre" que les derniers portraits réalisés voulaient nous faire croire.
Je fais moi aussi parti de ceux qui n'ont pas oublié l'intervies "en direct" bidonnée de Fidel avec PPDA.

Attention, je ne veux pas dire pour autant que PPDA était un nul, mais simplement qu'il ne méritait pas tous les panégyriques qu'on a pu entendre ou lire lors de l'annonce de son départ.

86. Le dimanche 31 août 2008 à 09:20 par Véronique

@ Yves D

" On peut lire, dans le blog de Ph BILGER, la nature exacte de "la blessure d'enfance" que L.F. voulait cacher.
Contrairement au billet à 4 mains d'EOLAS et d'ALIOCHA (comme quoi il n'est pas nécessaire de préciser la nature exacte de cette blessure pour faire un très bon billet dessus). "

" Quant à la nature de cette révélation ,elle est hélas de notoriété publique. " Eolas répondant à Poil de lama (post 6)

Quand Laurence Ferrari prend la décision d'assigner Lyon Mag, son choix a pour corollaire immédiat de placer l'information divulguée par Lyon Mag dans le débat public.

Les articles de presse que j'ai mentionnés à l'attention d'Augustissime (post 70) informent de la plainte de LF. C'est sur la base de cette information, publiée par deux de ces médias, que Philippe Bilger écrit son billet. Le note de PB n'est qu'une conséquence, parmi d'autres, de la révélation de Lyon Mag à l'origine de la plainte de LF.

Le billet n'est pas la cause de son préjudice, il n'en constitue qu'une conséquence, une forme, du débat public , au même titre que les publications qui informent de la plainte de LF.

Dans l'hypothèse où Laurence Ferrari poursuivrait les organes de presse ou les publications qui font mention de sa plainte, soit pour informer de sa plainte, soit pour commenter l’objet de sa plainte, je rejoindrais alors Aliocha, quand elle fait valoir la liberté d'expression et d'opinion, ainsi que la liberté de la presse.

Par ailleurs, Eolas et Aliocha choisissent de ne pas faire mention de la nature exacte de l'information publiée par Lyon Mag.

Mais Eolas dans sa réponse à Poil de lama, pour justifier son choix, n'invoque pas un recours au droit. Mais une motivation d'ordre personnel et intellectuel:

" Au moins ai-je la satisfaction de n'y point participer. " (Eolas)

Philippe Bilger a fait un choix intellectuel différent. Le fond du billet de PB n'a rien à voir avec celui d'Eolas et d'Aliocha. Eolas se positionne du point de vue du juriste. Philippe Bilger de celui du moraliste. Les objets intellectuels des notes sont très différents l'un de l'autre. Je ne pense pas qu'ils soient comparables.







87. Le dimanche 31 août 2008 à 12:07 par aliocha

Bonjour Fantômette,
Merci pour cet éclairage jurisprudentiel qui montre bien que le journaliste n'est pas toujours fautif et surtout que la liberté de la presse suscite l'attention du juge. Je n'entendais pas souligner autre chose et loin de moi l'idée d'exiger un blanc-seing total ou je ne sais quel statut d'exception qui nous rendrait intouchables. Comme je l'ai déjà dit, cette affaire me paraît se situer à la lisière du condamnable, c'est ce qui m'intéresse. Le journal n'est pas une publication people, l'interview n'est pas celle d'un petit copain éconduit vidant sa bile, l'article est équilibré au sens où il ne s'agit ni d'un réquisitoire ni d'un portrait publicitaire, les informations délivrées n'ont rien d'insultant. J'ajoute, puisqu'il me semble que la jurisprudence y est sensible, que ces informations n'ont pas été obtenues par un procédé déloyal. En outre, Lyon Mag peut raisonnablement soutenir qu'il était fondé à considérer que le père s'exprimait avec l'assentiment de sa fille. Il aurait pu vérifier me direz-vous ? grave question pour un organe de presse, car vérifier c'est s'exposer à ce que la personne concernée nous dise : je veux relire avant, ou bien, ne publiez pas, ou encore ne publiez pas demain ça me dérange ou bien ajoutez que j'ai eu le bac avec mention très bien, que ma prof de danse m'avait prédit que je deviendrait danseuse étoile et autre demande fantaisiste du même genre (vous n'imaginez pas ce que la vanité peut pousser certains à faire). Bref, cela nous ramène à l'éternelle mainmise que les gens tentent d'opérer sur la presse en estimant que si on écrit sur eux, ils ont un droit de regard a priori autrement dit de censure. Ce qui est faux, ils n'ont que le droit de nous attaquer ensuite. Et nous avons l'obligation professionnelle de résister à ce genre de pression. Imaginez que les articles politiques soient relus et corrigés par les service presse des intéressés avant parution, que les articles économiques sur le secteur de l'automobile par exemple soient soumis à l'agrément des constructeurs, le parti socialiste serait un modèle d'union et d'harmonie, quant au secteur automobile, il n'aurait jamais été aussi florissant, circulez, y'a rien à voir !
Sur la notion d'abus de droit, je vous rejoins, mais n'est-elle pas déjà implicitement contenue dans les décisions qui analysent l'intérêt de l'information, la manière dont elle a été obtenue puis restituée au lecteur ?
Quant à la langue de droit, rassurez-vous, elle ne m'aura pas. Je commence toujours une interview avec une curiosité sincère et bienveillante, parce que pour moi les relations humaines sont présumées sincères et de bonne foi, mais ensuite, malheur à celui qui me prend pour une gourde. Je n'ai pas la réputation d'être tendre ;)

88. Le dimanche 31 août 2008 à 13:21 par Pauvre pêcheur

@eolas-61
J'ai peur que nous n'ayons pas le choix.

Ceci dit, pourquoi poser comme à priori que ces informations seront fausses, et il me semble qu'une fois révélée l'existence de la fille de Mitterrand les écoutes de l'Elysée n'avaient plus aucune raison d'avoir lieu.

89. Le dimanche 31 août 2008 à 13:34 par Fantômette

@ Aliocha

oh le joli lapsus ! Langue de droit ou langue de bois ?

90. Le dimanche 31 août 2008 à 15:14 par f3etoiles

#80 : Bien que ce texte soit certainement moins autorisé que celui que Maitre Eolas pourrait écrire, il vous intéressera peut-être : fr.wikipedia.org/wiki/Pr%...

91. Le dimanche 31 août 2008 à 15:44 par aliocha

@Fantômette : Fichtre ! Entre la "presse satyrique" et la "langue de droit", il va falloir que je songe à remplacer le vin par le thé ;) Sinon, puisque vous ne discutez aucun autre point, j'en déduis que nous sommes d'accord......

92. Le dimanche 31 août 2008 à 15:48 par Fantômette

@ gwynplain

Je constate le plus souvent que la Justice n'a qu'une seule vitesse : la première. (Etant en outre précisé que mon exercice professionnel, hélas pour les ursaff, ne me prédispose pas pour le moment à compter parmi ma clientèle ceux qui seraient susceptibles de lui faire passer la seconde).

Plus sérieusement, non pas deux vitesses, non. Mais, sur cette question précise, un double standard d'appréciation, c'est certain. On peut le critiquer sur le fondement du principe d'égalité de tous devant la loi. Ou l'approuver si l'on rappelle qu'à situation différente, traitement différent.

Eolas:
Hélas, chère consœur, au risque de briser quelques illusions, il y a bien une seconde. Elle n'est pas souvent enclenchée ce qui fait qu'on peut douter de son existence. Jusqu'au jour où on la voit. Où on voit un hélicoptère aller chercher un procureur dans l'Himalaya pour empêcher l'ouverture d'une information indésirable. Où on voit un JAF venir divorcer à domicile et hors de son ressort. Où on voit un procureur général faire revenir une greffière à deux heures du matin pour faire libérer promptement un mis en examen pour crime dont on sait que sa première destination une fois libéré sera un aéroport international. Où on lit héberlué un juge d'instruction écrire à une partie de bien vouloir prendre contact avec son greffe pour fixer une date d'interrogatoire qui lui conviendra. Ce jour, on perd un peu de son respect global pour l'institution judiciaire, et on commence à avoir de l'estime pour les individus qui en font partie qui résistent aux pressions.

93. Le dimanche 31 août 2008 à 15:49 par ramses

@ aliocha 91

Chère Aliocha, vous écrivez :

"Sinon, puisque vous ne discutez aucun autre point, j'en déduis que nous sommes d'accord......"

Vous savez que vous auriez aussi fait une excellente Avocate ? :)

94. Le dimanche 31 août 2008 à 16:20 par Fantômette

@ aliocha

D'accord sur quoi ? Sur le caractère "à la limite du condamnable" de l'espèce ? Non, je ne le pense pas si limite, à cause notamment de l'ancienneté des faits révélés.

Je n'ai fait qu'une brève recherche sur la question, à la vérité, mais les brèches ouvertes par la jurisprudence dans l'article 9, m'ont souvent semblé tourner autour de l'idée d'actualité, de fait divers d'actualité. Ce ne sera certainement pas le cas en l'espèce.

Cet évènement de sa vie passée est sans rapport avec ce qui fait son actualité (son arrivée au 20h), il est lointain, et de toute évidence, le simple fait qu'il n'avait jamais été révélé jusqu'à présent suffit à laisser supposer qu'elle avait volontairement tenue cette information cachée.

Je suis d'accord avec vous quand vous dites que Lyon Mag est un journal sérieux (je vous crois sur parole, plus exactement), que le journaliste n'a pas commis de faute professionnelle, qu'il était de bonne foi, et qu'il n'est entré nulle malice ni dans son procédé, ni même dans la publication qu'il a faite de l'information.

Malheureusement, en l'état actuel de la jurisprudence, ces éléments là, s'ils sont à l'honneur du journaliste et de sa rédaction, ne me semblent pas pertinents pour l'analyse du problème de droit.

Sur l'abus de droit, oui, la doctrine lit l'influence implicite de ce concept dans la jurisprudence. Je me demande (mais je ne suis pas experte en droit de la presse) s'il n'y aurait pas plus de cohérence à l'y mettre explicitement.

Cependant, si vous souhaitiez plaider la cause de votre confrère sur ce point de droit, il vous faudrait non pas démontrer l'absence d'abus de droit de sa part, mais l'existence d'un abus du droit à la vie privée de la demanderesse.

Et, au vu de ce que je connais de l'affaire, cela me paraît loin d'être évident.

95. Le dimanche 31 août 2008 à 17:58 par Fantômette

@ Eolas, cher confrère,

Les illusions brisées ne disparaissent jamais sans laisser quelque trace. Une attentive lucidité. Une détermination renouvelée. Non ?

Ne ménagez pas les miennes.

96. Le dimanche 31 août 2008 à 18:12 par aliocha

@eolas 92 : Les journalistes qui ont révélé ces tristes affaires auraient-ils donc violé la raison d'Etat, la vie privée et le secret de l'instruction ?
@Fantômette : Il me suffit de penser que l'affaire est plaidable. D'ailleurs, plus j'y pense, plus en conscience je me dis que j'en aurais peut-être voulu à mon père mais certainement pas au journal. Nous parlons d'un homme politique rompu aux relations presse, pas d'un gentil retraité piégé par un journaliste sans foi ni loi. Au fond, ce procès s'inscrit, à mon sens, et je souligne que ce n'est qu'un avis, dans une stratégie judiciaire destinée à décourager les journalistes de publier quoique ce soit d'autre qu'une information préalablement validée. LF a raison d'essayer, c'est de bonne guerre, mais je regretterais que la justice fasse droit à la demande.

97. Le dimanche 31 août 2008 à 20:25 par Gathar

Une question que je me pose : Si (et je dis bien "si", je n'ai aucunement vérifié en quoi que ce soit, et la vie, publique ou privée, de LF m'indiffère totalement, je veux parler de généralité) lors d'autres entrevues, voulues et gérée par elle, une personne a d'elle-même parlé d'éléments de sa vie privée, afin de se construire une image, n'a-t-elle pas d'elle même placée cette vie privée dans l'espace publique ?

Et dans ce cas, un journaliste qui citerait un élément nouveau mais du même ordre que les autres, et permettant de modifier l'image ainsi construite, viole-t-il vraiment la vie privée, ou bien rétabli-t-il une image publique erronée/falsifiée ?

Je suis pour le plus profond respect de la vie privée de ceux voulant la voir respectée, mais n'ai que peu de sympathie pour ceux voulant utiliser leur vie privée comme un outil de communication qu'eux seuls maîtriseraient.

98. Le dimanche 31 août 2008 à 20:30 par aliocha

@Gathar : Je laisse Eolas vous répondre sur le terrain juridique. Disons, sans citer personne, que quand on convoque la presse pour lui montrer à quel point on est heureux en ménage puis qu'on l'attaque lorsque celle-ci se permet de montrer qu'on n'est plus si heureux que cela quelques mois plus tard, on est, me semble-t-il, mal fondé à s'en plaindre. Mais de procès sur cette affaire, il n'y en aura pas car comme je l'indiquais dans le billet, il arrive qu'un journaliste qui dérange soit purement et simplement remercié. Voir à ce sujet : "L'expulsion" par Alain Genestar, Grasset 2008.

99. Le dimanche 31 août 2008 à 21:30 par Yves D

@ Véronique (#86)

Hum, vous avez beau écrire , mais j'ai l'impression qu'au contraire vous confirmez ma thèse : On (enfin L.F.) peut assigner Ph. BILGER car il a lui aussi médiatisé une information relevant du droit à la vie privée.

En effet, dans vos explications sur l'intention de Ph BILGER, vous vous placez déjà en "avocat de la défense", donc une fois que l'assignation de Ph BILGER l'aurait menée devant un tribunal.

Moi je me plaçait pas sur ce plan là (et je ne cherchais pas non plus à accabler Ph BILGER).
Je me plaçais sur le plan des faits : Ph BILGER a fait le choix rédactionnel de publier le détail de l'information.
J'ai déjà montré (Cf. #84) qu'il pouvait rédiger un billet tout autant percutant sans faire cette révélation détaillée, préservant ainsi la vie privée de L.F.

Et ce n'est pas parce que d'autres organes de presse ou blogs l'ont eux aussi détaillé, à la suite de Lyon Mag, que Ph BILGER devient vierge de toute faute.

Pour celà, je vous conseille de relire les billets sur l'affaire ayant révélé qu'une certaine "Kellay Mignone" aurait fricoté à nouveau avec un certain "O. MartiniVodka".
Voir ici : www.maitre-eolas.fr/?q=ma...

100. Le dimanche 31 août 2008 à 21:32 par Yves D

Juste pour le plaisir du com N°100 ...
Et pour m'excuser des fautes ("je me plaçaiS ...", et les autres) du com précédent ... faut vraiment que je me relise avant de cliquer sur "envoyer" ...

101. Le dimanche 31 août 2008 à 21:35 par Le Chevalier Bayard

@ 97 Gathar

Si vous posez la question de savoir si la révélation antérieure expressément consentie de l'intéressé est reprise par un tiers sans l'autorisation de la personne concernée, la jurisprudence qui semble aujourd'hui bien fixée, admet que les informations ainsi dévoilées ne sont pas de nature à en justifier la publication par le tiers sans l'accord de l'intéressé.

Autrement dit, lors même qu'une personne a expressément donné son consentement à un tiers il faut pour un autre, à nouveau, l'accord de la personne concernée pour publier.

102. Le dimanche 31 août 2008 à 21:57 par PEB

Lyon Mag n'aurait-il pas dû demander à l'intéressée de revoir avec elle les propos de son père?
Non seulement, le magazine aurait évité de se faire tirer les oreilles mais, ç'aurait été, pour le journaliste, l'occasion de recouper ses sources.

Les parents ne sont pas une source fiable en soi. La fille a sans doute sa version des faits et un ressenti particulier.

Pour les princes des monarchies héréditaires, la description de leurs amours sont par nature d'intérêt public car il en va de la continuité dynastique, de la sûreté de l'Etat et de la dignité du Trône.
Nos rois n'avaeint aucune vie privée: leur lever, leur souper, leurs maladies jusqu'aux furoncles de leurs royal postérieur étaient une affaire publique. L'Autrichienne l'a appris à ses dépens lorsque Paris ouïssait toutes les plus folles rumeurs sur les soirées à Trianon.
La presse britannique est très libre d'évoquer les frasques des Windsor. C'est en réalité faire preuve de salubrité publique en exigeant de ces Altesses un peu de retenue. Les Grimaldi me font un peu rigoler en brandissant l'article 9. (Ca m'étonne d'ailleurs qu'aucun journaliste n'ait évoqué l'importance nationale de la paternité du souverain, fût-ce d'un batard: l'accomplissement de cette possiblité permet de s'assurer que la monarchie pourrait perdurer sur le Rocher. Une excellente nouvelle en somme.)

103. Le dimanche 31 août 2008 à 23:19 par aliocha

@PEB : Non, Lyon Mag n'avait pas à faire cela. Et si nous faisions ce genre de choses, il n'y aurait rien d'autre dans vos journaux qu'un tissu d'âneries et d'auto-promotion. Il y a quelques temps de cela, le président fraîchement élu d'un ordre professionnel que je venais d'interviewer m'a demandé de préciser qu'il avait été élu à l'unanimité. Forcément, il était le seul candidat, ce que j'ai précisé et qui ne lui a pas plu. Je n'ai fait que mon travail, de l'information, pas de la pub. Quand je rédige des portraits, j'ai immédiatement une dizaine de mails et de coups de fils de gens qui soit contestent mon choix, soit me demandent plus ou moins gentiment quand je vais aussi faire leur portrait. Quand je cite un professionnel dans un article qui n'est pas d'accord avec ses confrères sur un sujet polémique, je reçois des mails d'insulte. J'ai même eu droit récemment à une lettre anonyme. Et croyez-moi, il n'y a pas de journaliste plus prudente et plus mesurée que moi. C'est simplement cela, la presse. Les lecteurs n'imaginent pas un instant les comportements ridicules, agressifs, voire menaçants auxquels nous sommes régulièrement confrontés et il est vrai qu'on le raconte peu. Mais cela peut vous permettre de comprendre pourquoi on ne fait pas relire un article, pourquoi on ne prévient pas ceux sur qui on écrit, pourquoi on refuse de se prêter à une censure a priori alors que le régime français de la presse est un régime de sanction a posteriori. On publie ce qu'on veut, à charge pour nous d'en répondre ENSUITE, mais seulement ensuite, en cas de faute. Si vous avez l'opportunité de lire l'interview dont nous parlons ici, je suis certaine que vous serez surpris qu'elle ait donné lieu à une action en justice. Tant que j'y pense, vous croyez qu'il y aurait beaucoup d'articles intéressants sur le blog d'Eolas si ce-dernier demandait l'autorisation du gouvernement avant de critiquer une loi ou de dénoncer les aberrations du droit des étrangers ?

104. Le lundi 1 septembre 2008 à 00:08 par Alceste

Rhalala... ces juges qui n'ont toujours pas compris que "les gens ont le droit de savoir".

105. Le lundi 1 septembre 2008 à 01:58 par Remy

Une rapide et honteuse recherche en ligne sur la nature du drame évoqué me montre que la quasi totalité des grands titres de presse - leur version numérique au moins - dévoilent noir sur blanc le drame jusqu'ici tenu secret (bien malheureusement pour Mme Ferrari car il faut franchement etre tordu pour y voir autre chose qu'une atteinte a la vie privée).

Alors tous ces journaux, auxquels s'ajoute aussi le blog de M. Bilger, se mettent-ils hors la loi ou prennent-ils le risque d'etre poursuivis exactement au meme titre que Lyon Mag? Si en effet le respect de la vie privée est ici bafoué, ces titres ne devraient-ils pas avoir l'obligation de passer ce fait sous silence? Mme Ferrari peut-elle les poursuivre de la meme maniere qu'elle poursuit Lyon Mag ou peuvent-ils, tant qu'aucun jugement n'a été rendu, s'en donner a coeur joie?

Cordialement.

106. Le lundi 1 septembre 2008 à 08:38 par Véronique

@ Yves D (post 99)

Je ne me place comme "un avocat de la défense" de Philippe Bilger. Quand j'écris un commentaire, j'exprime et j'engage librement ma vision personnelle et ma position intellectuelle au sujet d'une question. Comme PB le fait dans ses billets.

Je fais une distinction de nature entre l'information publiée par Lyon Mag et l’information - la plainte de LF - publiée par les médias.

J'établis une troisième distinction pour ce qui concerne le billet de PB. Une quatrième pour le billet d'Eolas et d'Aliocha.

Ma position:

Quand une information, dont la publication a eu pour conséquence d'entraîner une plainte, je pense que l'action en justice est alors portée dans le débat public. Cette action en justice a un statut d'information. La liberté d'expression et d'opinion que me garantit la loi m'autorise à émettre un avis, un commentaire, un point de vue, une analyse au sujet de cette action en justice.

C'est qu'a écrit Philippe Bilger dans son billet. A titre personnel, je partage son point de vue et la forme qu'il a donnée à l'expression de son opinion.

Réécrire la note de PB, ou la modifier ou masquer un aspect ou un autre du billet est, selon moi, attentatoire à sa liberté d'expression.

La littérature, le cinéma, les sciences humaines, etc. sont toujours le produit d'un choix artistique, intellectuel ou éditorial. Ce choix et ce parti pris ne sont pas fractionnables et doivent pouvoir s'exprimer d'une façon entière. Sauf quand ils se heurtent à ce que la loi, quand elle limite la liberté d'expression, interdit formellement. Par exemple, l'incitation à la haine raciale.

Pour exposer sa vision au sujet de la plainte de LF, PB a considéré que la nécessité et le sens intellectuel qu’il souhaitait donner à de son propos impliquaient pour lui de faire référence ouvertement à l'objet de la plainte de LF.

" On ne masque pas ce qu'on a à dire : on le dit." écrit-il dans son dernier billet.
www.philippebilger.com/

Employez-vous à masquer un ouvrage historique, philosophique, biographique, reprenez l'article du Monde qui mentionne le contenu de la plainte de LF pour y substituer des contorsions de forme. Vous écrirez alors un autre livre et un autre article.

En matière artistique, littéraire ou intellectuelle, la forme ne se sépare pas du fond. Et quand nous les séparons pour les lisser et ainsi les modifier, nous devenons des censeurs. Cela ne s'appelle plus de l'information, de la littérature ou de la recherche, ni de l’expression, ni de l'opinion.


107. Le lundi 1 septembre 2008 à 10:54 par Yves D

@ Véronique (#106)

Rhâlala, vous le faites exprès ou quoi ?

Ce que je veux dire, c'est que justement, précisément, Ph BILGER a fait le CHOIX de "faire référence ouvertement à l'objet de la plainte de LF".
Il aurait pu faire le choix contraire, celà n'aurait pas enlevé grand chose à l'intérêt de son billet puisqu'il NE PORTAIT PAS sur le détail de ce que LF ne voulait pas voir publié.

De même, l'ensemble de vos arguments, dont je ne nie pas la pertinence, pourraient être repris mots pour mots par un avocat qui devrait défendre Ph BILGER si celui-ci était assigné par LF pour atteinte à sa vie privée. C'est pour ça que j'écrit, entre guillemets, que vous vous placez en "avocat de la défense" ...

Il n'empêche qu'en faisant ce choix du détail, Ph BILGER a lui aussi contribué à médiatiser une information couverte par l'Article 9 du CC.
Certains lecteurs ici ont même indiqué avoir appris le détail de cette affaire en lisant le blog de Ph BILGER.

Sur ce simple fait, et comme EOLAS l'avait déjà expliqué lors de billets précédents (voir les affaire "Fuzz" et autres (lien dans mon com précédent), LF pourrait assigner Ph BILGER.

Maintenant, il n'est pas sûr qu'elle le fasse, et quand bien même elle le ferait, un bon défenseur permettrait peut-être l'acquitement de Ph BILGER ...

Il n'empêche que Ph BILGER aurait pu faire un autre choix qui, pour citer EOLAS (voir au Com #6) : "Quant à la nature de cette révélation ,elle est hélas de notoriété publique. Au moins ai-je la satisfaction de n'y point participer."

@Rémy (#105)

En lisant ce commentaire, vous avez en partie des réponses à vos question.

108. Le lundi 1 septembre 2008 à 11:32 par Mussipont

@Yves D : "un bon défenseur permettrait peut-être l'acquitement de Ph BILGER ..."

N'exagérons pas, les faits concernés ne conduiront tout de même pas M. Bilger devant un jury d'assises, une relaxe lui suffira...

109. Le lundi 1 septembre 2008 à 11:35 par aliocha

@mussipont : Tiens, je me demandais où vous étiez passé ? Vous avez vu que Bilger félicite Rachida Dati pour ses leçons de morale dans les prisons ? Quelque chose me dit que vous n'allez pas le suivre sur ce coups-là ;)

110. Le lundi 1 septembre 2008 à 11:44 par Mussipont

@aliocha : bonjour à vous, j'ai lu votre billet (quel honneur!) à 4 mains et les commentaires, mais bon, le sujet de la vie privée des people(s?) ne m'intéressant guère (pour tout vous dire, je croiserai Mme Ferrari dans la rue je ne la reconnaîtrai pas, je passe vraiment très peu de temps à regarder TF1 et pour ainsi jamais les JTs), je n'ai rien touver d'intéressant à dire avant ce commentaire 108 dont je ne suis pas peu fier. ;)

Je vais aller lire le billet de M. Bilger et lui dire mon fait!

111. Le lundi 1 septembre 2008 à 11:49 par PEB

@alliocha:

Quand il s'agit de la vie publique, la plus grande licence existe. On peut dire tout ce qu'on pense de tel ou tel professionnel de la profession sous réserve de l'injure et de la diffamation (loi de 1881). Demander le point de vue du mis en cause permet d'avoir un autre son de cloche mais on n'est pas censé aller le répéter tel quel.

Dans ce cas d'espèce, les maillots et enfances d'une journaliste sont plus problématiques en raison du code Civil. En toute rigueur, elle seule pouvait décider de ce qui était publiable. Le contact avant la publication pourrait valoir une sorte de "rescrit" relatif à la vie privée. De plus, en ce qui concerne l'intime, il vaut mieux éviter de blesser les personnes.

112. Le lundi 1 septembre 2008 à 11:57 par henriparisien

@Aliocha, vous ne pouvez pas vous réfugier derrière la « qualité » du Lyon-Mag pour nier le préjudice causé à la Mme Ferrari.

Les autres « informations » que vous rapportez de l’article, ne sont que des démenties de rumeurs que pour ma part je ne connaissais pas et qui ne peuvent avoir comme effet que de les renforcer.

Comme le souligne Blier, la justification de l’interview : « casser l’image trop lisse » est ignoble. Derrière l’image, il y a la personne.

Enfin, une fois le mal fait, si Mme Ferrari, n’assigne pas Lyon-Mag, cela ne serait-il pas perçus par des publications à la réputation bien plus douteuse comme une autorisation de rependre et d’amplifier ses « révélations » ?

113. Le lundi 1 septembre 2008 à 12:05 par Véronique

@ Yves D

" Il aurait pu faire le choix contraire, celà n'aurait pas enlevé grand chose à l'intérêt de son billet puisqu'il NE PORTAIT PAS sur le détail de ce que LF ne voulait pas voir publié."

Non.

En opérant un autre choix, PB écrivait un billet DIFFERENT, dénaturé dans la signification qui voulait donner à son analyse. Le contraindre à masquer, c'est se transformer en auxiliaire de la police de la pensée.

Vous avez parfaitement le droit de préférer l'option d'Eolas à celle de PB.

Je pense d'une part, qu’intellectuellement Eolas a considéré que sa démonstration pouvait faire l'économie de se référer explicitement au contenu de l'info de Lyon Mag. D'autre part, j’incline à penser que des considérations d'ordre personnel, qui ont à voir avec des options plus fondamentales qui lui sont chères, ont entériné ce choix.

Quant à moi, je ne préfère rien. Je respecte dans les deux cas la position adoptée par chacun.

Ce qui m'intéresse dans le billet de PB, ce sont les perspectives générales et éthiques qui y sont développées: le droit, pour moi absolu, au secret de l'intimité, et le rejet d'un journalisme qui se croit autorisé, pour casser une image, à transgresser ce droit. Le billet de PB m'a renforcée dans ma conviction. Si PB avait atténué ou masqué un élément nécessaire à l’expression de la ligne directrice de son propos, je ne suis pas du tout sûre que sa note aurait eu le même effet sur ma réflexion

Ce qui m'intéresse dans le billet d'Eolas, c'est la question juridique qui est posée par la plainte de LF. Ce que dit la loi, ce que disent les juges, et en fonction de quelles bases ils prennent leur décision. Qu’est ce que la vie privée en termes de droit ? Qu’est ce que la loi protège ? Pourquoi le protège-t-elle ?

ps: pour l'avocat de la défense de Philippe Bilger, croyez-moi, je ne veux pas être d’un ridicule achevé qui consisterait à me sentir de taille à " défendre " un avocat général de la Cour d'assises de Paris, alors que mes connaissances en droit se limitent à peu près à la lecture régulière de ce blog depuis...6 mois.

114. Le lundi 1 septembre 2008 à 12:07 par aliocha

@Ah ça, Mussipont, vous m'avez bluffée en effet ! Comme vous je ne m'intéresse pas aux people, je dirais même que j'y suis profondément allergique, mais vous aurez compris que cette affaire n'est qu'un prétexte pour aborder de vraies questions de fond.
@PEB : Bien sûr, je suis entièrement d'accord avec vous. Liberté pour la vie publique, prudence et réserve pour la vie privée. Mais pas interdiction absolue puisque certaines affaires montrent que cette évocation peut être justifiée. J'irais même plus loin, quelque soit le sujet, public ou privé, il me semble qu'un journaliste doit s'abstenir de blesser ou de mettre quelqu'un en difficultés inutilement. C'est une préoccupation que j'ai constamment à l'esprit lorsque je rédige un article, et entre nous, ce n'est pas simple, car il faut éviter de tomber dans le travers inverse qui est celui de l'auto-censure. Si vous lisez l'interview dont on parle, vous verrez que le caractère choquant de l'article est plus que discutable.

115. Le lundi 1 septembre 2008 à 14:21 par Yves D

@ Mussipont (#108)

Merci, en écrivant "acquitement", quelque chose me disait que ça ne correspondait pas au mot adéquat ... mais je ne retrouvais pas le mot "relaxe".
En une phrase, vous avez bien résumé la différence entre ces 2 termes. Bravo.

@ Véronique (promis, après je laisse tomber ;-)

Vous écrivez : "Si PB avait atténué ou masqué un élément nécessaire à l’expression de la ligne directrice de son propos, je ne suis pas du tout sûre que sa note aurait eu le même effet sur ma réflexion".
Est-ce que cela voudrait dire que c'est de connaitre le détail de ce que LF voulait taire qui vous a le plus touché, et a "eu un effet" sur votre "réflexion" ?

Bien sûr que si on modifie le billet de Ph BILGER, alors ce n'est plus le même billet ! Cette lapalissade est vraie pour toute oeuvre écrite !
Mais encore une fois, mon propos n'est pas de dénigrer le choix fait par Ph BILGER de reprendre in-extenso le "scoop" de LyonMag ...

Mon propos était juste de répondre à la discussion initiée avec votre Com #46, où il semblait que vous indiquiez que Ph BILGER ne pouvait être inquiété par la justice (si LF portait plainte sous couvert de l'Article 9 du CC).
Maintenant, on aura compris que vous partagez l'avis de Ph BILGER (et dans une certaine mesure, celle d'EOLAS aussi) ... ce qui est tout à fait respectable, mais ce qui, à mon avis, ne devrait pas vous aveugler quand à "l'assignabilité" de son billet vis à vis de l'article 9 du CC.
Voila, c'est tout !

116. Le lundi 1 septembre 2008 à 14:32 par aliocha

@henri parisien : Je ne me réfugie pas, j'attire l'attention sur le fait que nous avons affaire à une publication de qualité qui tente, comme Marianne ou le Canard Enchainé, de faire de la presse et non pas de la pub déguisée. Et je souligne que nous ne sommes pas dans la catégorie de la presse à scandale.

Le fait qu'un démenti ait notamment pour effet mécanique de diffuser l'information que l'on souhaitait contester est connu. Faut-il pour autant laisser prospérer un mensonge ? En l'espèce, ce qui diffuse l'information, c'est l'action judiciaire. C'est un risque que les people et leurs avocats intègrent dans la stratégie judiciaire.

Quant aux précisions du directeur du journal, elles n'ont rien d'ignobles. Les avez vous lues ? Sinon, voici l'extrait incriminé :

"Interview sobre, intime certes, mais sans déballage. Le regard d’un père sur sa fille à la fois admiratif mais aussi réaliste car cet homme de 73 ans, n’est pas dupe du système. Bref au final, c’est un témoignage vivant et pertinent sur la personnalité de Laurence Ferrari. D’autant plus que dans les interviews qu’elle a accordées aux médias pour faire la promotion de son arrivée au “JT”, elle donne une image d’elle-même très “clean”, très lisse, très convenue au fond. Bien entendu toute cette littérature a été lue, relue et censurée par l’intéressée. Du coup, c’est très cadré et surtout très plat car elle enfile les banalités pour se vendre toujours sous le meilleur angle. Une jeune femme fraîche, travailleuse, optimiste... Un peu caricaturale mais c’est la loi du genre, malheureusement.

Reste à savoir si tous les médias doivent se plier à cette règle imposée par toutes les grandes stars du système médiatique qui maîtrisent et contrôlent tout ce qu’on publie sur eux". (Fin de citation).

C'est la dernière phrase qui est importante car c'est là que se situe le coeur du sujet d'un point de vue journalistique. "Clean" en langage journalistique signifie censuré, enjolivé. Vouloir casser un portrait trop clean ne signifie pas qu'on entend salir quelqu'un mais qu'on veut écrire quelque chose de plus fidèle à la réalité, de moins marketing.
Vous pouvez lire la réponse qui a heurté Philippe Bilger en intégralité sur le blog de Philippe Brunet-Lecomte, directeur de Lyon Mag. Et si par hasard vous tombez sur l'interview, lisez-la, je gage que vous ne la trouverez pas du tout ignoble. Je conçois que les raisonnements théoriques que j'ai soutenus face à Eolas ne vous suffisent pas, mais dans ce cas, je vous invite à vous faire votre opinion "sur pièces".

117. Le lundi 1 septembre 2008 à 15:31 par Neville

Quelques remarques décousues quant à cette journaliste nouvellement en charge du 20h de TF1 :
son prédécesseur lui même a subi un drame familial, dont il avait lui-même tenu informé le public. Et il a, sauf erreur, été par ailleurs condamné pour complicité dans une affaire correctionnelle de corruption politique. Je ne tiens pas la première info pour pertinente quant à l'appréciation que je me fais de ce journaliste, la seconde, si (pour apprécier le degré de collusion entre médias et hommes politiques, notamment).

à propos de l'incidence non du drame qu'a connu LF durant son enfance en tant que tel, mais du fait qu'elle ait au contraire, dans une interview, prétendu avoir vécu une enfance heureuse : nous sommes donc en présence d'une personne qui, sciemment (pour de bonnes ou de mauvaises raisons, peu importe) a menti lors d'une interview. Le fait que cette personne soit elle-même intervieweuse dans un média à forte audience me semble justifier qu'on rectifie le mensonge qu'elle a dit. On sait ainsi le peu de cas qu'elle peut donner aux interviews !

Enfin, il me semble que c'est LF elle-même qui a annoncé la rupture de son couple, l'an dernier. Il est vrai le jour même où l'on parlait de la rupture d'un autre couple, plus célèbre. La coincidence m'avait semblé signifier une volonté de le dire, mais en espérant passer inaperçue face à l'autre "nouvelle" de ce jour-là.

LF peut donc elle-même donner des "informations" relatives à sa vie privée, quand elle le veut. Or manifestement concernant le drame de son enfance, elle ne l'a pas voulu.

Enfin, dernière réflexion : le droit de la presse français considère que c'est le média qui relaie une information illicite qui est responsable en premier lieu, et l'auteur des propos litigieux son complice. Cette position me semble moralement intenable, cf. le cas de Ph. BILGER, qui, parce qu'il a relayé une information pour se scandaliser de sa révélation, risquerait selon certain des poursuites ! Mais c'est là une position de citoyen, non de juriste.

118. Le lundi 1 septembre 2008 à 15:51 par Véronique

@ Yves D

"Est-ce que cela voudrait dire que c'est de connaître le détail de ce que LF voulait taire qui vous a le plus touché, et a "eu un effet" sur votre "réflexion" ?

Si la question doit se comprendre ainsi:

Est-ce le billet de PB qui vous a appris ce que LF voulait cacher ?

Ma réponse est non.

Eolas a écrit une note ( www.maitre-eolas.fr/2008/... ), où il analyse une information publiée par un journaliste de rue 89. Outre la référence au Code civil qui est à l’origine du billet d’Eolas, cet article mentionne ce que LF souhaitait taire.

Pour pouvoir écrire mon commentaire sur le billet d'Eolas, j'ai pris connaissance de cet article mis en lien dans le billet.

"Est-ce que cela voudrait dire que c'est de connaître le détail de ce que LF voulait taire qui vous a le plus touché, et a "eu un effet" sur votre "réflexion" ?"

Non, c'est cela:

"Car tout de même, on peut être un partisan farouche de la liberté d'expression et estimer pourtant qu'il y a des secrets ne relevant ni de la carrière ni d'une trajectoire personnelle qui l'expliquerait, et qui ne devraient jamais être divulgués. Ils ont en effet un lien si fort, si mystérieux, si impalpable avec l'être qui les abrite comme un trésor ou comme une souffrance qu'ils n'appartiennent qu'à lui et sont étrangers par essence à la grossièreté médiatique. "

Je suis un farouche partisan de la liberté d'expression. Mais aussi un farouche défenseur du droit à l'intimité privée. Je suis également opposée au dogme et à la religion de la transparence. Pas simple.

L'analyse de PB m'a permis de mettre en balance tous ces éléments. Maintenant, quant à la mention claire du contenu de l'interview réalisé par Lyon Mag, je pense que le niveau de réflexion auquel nous conduit le billet de PB, qui nous renvoie à des questions de fond, mais également à notre propre intimité, ne peut pas se contenter d’être rédigé ainsi :

" Ce qui frappe, c'est la nature même du préjudice qui a été gravement causé à Laurence Ferrari. Le père de celle-ci, Gratien Ferrari, dans une interview à Lyon Mag, entre autres considérations, fait une révélation sur un évènement douloureux du passé qui avait alors perturbé sa fille. Laurence Ferrari ne s'était jamais exprimée sur ce sujet et évidemment avait toujours caché cette détresse intime." (vous, masquant le texte de PB - post 84).

L’événement douloureux du passé est UN. Il n'est ni indifférencié, ni interchangeable. De plus, les questions fondamentales posées dans le texte de PB croisent l'intimité et le passé du lecteur. Je pense que ce sont la connexion et l'interférence entre le billet, la nature de l'épisode mentionné et la lecture que chacun en fait, qui nous permettent d'approfondir notre propre réflexion, d'affermir ou de fragiliser notre conviction antérieure à la lecture du billet.


119. Le lundi 1 septembre 2008 à 18:01 par Yves D

@ Véronique (mais sans parler de Ph B, puisque j'avais dit que j'arrêtais)

J'avais bien lu le billet d'EOLAS que vous indiquez, mais pas l'article de Rue89 dont il fait mention. C'est chose faite maintenant.
J'en retiens cependant qu'un "paparazzi" indique selon lui que : "Les stars de la télé attaquent beaucoup, leur indignation est soluble dans des espèces sonnantes et trébuchantes" ;
Et qu'en parallèle, dans la copie de l'assignation de l'avocat de LF, à titre subsidiaire, il ne reste que la demande de paiement de dommages et intérêts (40000 €) et de dépens (et article 700) ...

J'y ai découvert aussi qu'au delà du texte de l'interview, c'est la publication de photos de jeunesse de LF qui motive fortement l'assignation de LyonMag. Cela occupe d'ailleur plusieurs pages de cette assignation.
Alors que cette assignation ne cite la révélation ("réelle ou supposée") d'un épisode douloureux de l'enfance de LF que sur un paragraphe ... sans d'ailleurs donner le détail de ces "épisodes douloureux [...] touchant ainsi aux sentiments les plus intimes et les plus personnels de la demanderesse" (sic) ... Comme quoi ...

Enfin, ma question voilée envers vous ("Est-ce que cela voudrait dire que ...") était bien à comprendre dans le sens que vous lui donnez dans votre dernier paragraphe : je me demandais en effet si vous même n'aviez pas connu un tel épisode douloureux.
Si tel est le cas, il est évident que la révélation détaillée de cet épisode est "nécessaire" pour que (ne le prennez pas mal) vous vous sentiez encore plus concernée.

120. Le lundi 1 septembre 2008 à 19:23 par PEB

@alliocha: J'ai bien compris. Cependant, la délicatesse aurait voulu de contacter LF:
- Nous allons publier un article concernant votre enfance. On évoque tels et tels évènements. Qu'est-ce que vous en pensez?
- Il y a un épisode qui est particulièrement intime et douleureux. Je ne souffrirais pas de le voir étaler sur la place publique.
- Très bien. Mais votre portrait perdra en humanité. Nous avions le souci de montrer comment vous avez su mener une brillante carrière malgré les blessures indicibles de votre jeunesse. C'est dommage mais nous vous laisserons votre jardin secret.

121. Le lundi 1 septembre 2008 à 20:19 par aliocha

@PEB : Dans un monde rêvé, oui. Entre gens de bonne compagnie, bien sûr. Mais croyez-moi, les choses ne se passent malheureusement pas ainsi. C'est toute l'interview qui risquait d'aller au panier. Je conçois que cela puisse choquer de l'extérieur, mais on ne peut pas laisser les gens faire la loi dans un journal, décider de ce qu'on a le droit de dire, quand et comment. Et non seulement on ne le peut pas, mais on le doit pas. C'est un univers de rapports de force permanents et souvent brutaux car la communication est devenue un enjeu capital. Du coup, si on perd les rênes, on est foutus.
Le problème, c'est que tous ces chantages, toutes ces pressions, les lecteurs les ignorent. Quand on cède, quand on écrit des articles de complaisance, quand on n'ose pas dire la vérité ou qu'on vous sert de la com', vous ne le voyez pas, ou pas toujours. Cela alimente tout au plus un sentiment généralisé de perte de confiance. Intuitivement vous sentez qu'on vous sert de la bouillie, alors vous délaissez la presse mais sans savoir toujours très bien pourquoi au fond. Et puis quand un titre essaie de bien faire son travail et prend des risques, alors là tout le monde crie au charognard. Permettez-moi de vous donner un petit tuyau, quand vous entendez un puissant s'indigner contre un journal (hors presse people) c'est très souvent parce que le journal en question a bien fait son travail ;) Car pour reprendre l'excellente expression du procuerur de Montgolfier, nous avons "le devoir de déplaire".

122. Le mardi 2 septembre 2008 à 16:21 par Hub

@aliocha : vous n'avez pas répondu à ma question en #56, ce que je regrette parce que je la trouvais intéressante. Ce n'est pas votre avis ? Ce n'était pas que de la provoc', vos avis m'intéressent en général, et ceux développés dans ce billets et ses commentaires en particulier...

123. Le mardi 2 septembre 2008 à 17:52 par aliocha

@Hub : Exact, je n'ai pas répondu parce que votre question est hors sujet. Cela dit sans vouloir vous offenser. Puisque vous insistez :
vous posez un problème de révélation de l'identité d'un contributeur occasionnel sur un blog quand nous discutons de l'étendue et des limites de la liberté de la presse.
Je suis moins allergique qu'Eolas aux raisonnements par analogie, mais franchement, celui-ci ne tient pas.

124. Le mardi 2 septembre 2008 à 18:13 par Hub

@aliocha : je ne suis que modérément convaincu par votre réponse mais vous suis reconnaissant d'avoir pris la peine d'y réfléchir et de la rédiger.

125. Le mardi 2 septembre 2008 à 18:42 par DM

@Aliocha: Personnellement, je ne doute nullement qu'une partie non négligeable des journalistes servent de la bouillie, notamment par la reprise sans discussion ni analyse d'arguments de lobbies ou de personnalités influentes, quand il ne s'agit pas de copier/coller de communiqués de presse.

La logique est simple, il suffit d'analyser le problème sous l'angle économique et d'oublier une seconde l'aimable bavardage sur la déontologie de la presse que l'on entend souvent. Reprendre des idées pré-mâchées et qui semblent aller dans le sens du vent, ce n'est ni fatiguant ni risqué. Enquêter, c'est fatiguant et coûteux. Contredire un puissant (un industriel, un politique...), c'est risquer des mesures de rétorsion.

Je pourrais citer des exemples, comme cette personne de ma connaissance, interviewée en alternance avec un député, à qui on a fermé le micro quand il avait voulu pointer une erreur de fait dans le propos du député.

Une pigiste pour qui j'éprouve quelque sympathie, et à qui je faisais remarquer que son projet d'article était plutôt suiviste (sujet monté en épingle par une entreprise avide de publicité et largement repris) et à qui je proposais des sujets plus importants et originaux m'a dit qu'elle était bien d'accord... mais que le sujet "bateau" était plus simple à faire passer, et qu'il faut bien vivre...

Bourdieu, dans _Sur la télévision_, explique comment la presse actuelle et notamment la télévision est structurellement amenée à faire de la bouillie.

126. Le mercredi 3 septembre 2008 à 07:52 par clement

Si on peut comprendre la réaction de Laurence Ferrari, il y a deux arguments pour la bonne foi du journaliste: l'évènement en question ne concerne pas l'enfance de Laurence Ferrari, mais sa jeunesse: elle avait 23 ans à l'époque, rien à voir avec les conséquences pour un petit enfant. De plus, je ne suis pas certain qu'il n'ait pas un caractère "public", comme tout acte d'état civil.

127. Le mercredi 3 septembre 2008 à 19:59 par tschok

En fait Aliocha, je ne suis pas loin de partager votre avis.

Vous avez juridiquement tort dans ce dialogue avec Eolas. Vous le savez. Plus exactement, il est extrêmement facile de vous donner juridiquement tort, de façon très esthétique qui plus est (par une belle décision de justice proclamant un beau principe).

Mais ce qui change dans une société de l'information, c'est que la divulgation organisée d'une information implique une mise en scène (ce blog lui-même est une mise en scène et, précisément en ce moment même, où j'écris ces lignes, j'ai cru comprendre qu'il y avait une imposture traitée comme telle - légitimement - par Eolas. Or l'imposture est un thème typiquement théâtral).

Bref, nécessité d'une mise en scène.

A partir de là, nécessité de maîtriser l'information.

C'est à dire, nécessité d'assurer la "bonne fin" de la mise en scène.

C'est une vieille expression, "bonne fin".

Une information qui ne va pas aller dans le sens de cette mise en scène devient attaquable. Ce n'est pas une opinion, c'est un état de fait.

Mais le plus extraordinaire dans l'histoire est qu'on va maintenant demander au juge d'assurer la "bonne fin" de la mise en scène en condamnant la divulgation d'informations qui la gênent, au nom de la protection de la vie privée.

Il n'est pas question de favoriser le mensonge, comprenons nous bien.

Il est question de n'accepter dans la sphère publique qu'une certaine façon de voir la vérité: uniquement celle qui a été voulue par l'auteur de la mise en scène.

D'une certain point de vue, c'est une négation du public et de la critique.

Seule la façon de voir voulue par Madame Ferrari et les gens qui s'occupent de sa com a droit de cité. Le reste doit être combattu.

Et le pire, c'est qu'on peut ne rien en avoir à foutre de ce dont il est question.

On est là à s'interroger sur des libertés publiques parce que des gens qui ont misé sur Madame X qui est devenue un produit, veulent que ce produit conserve son image de marque.

L'information alternative (celle qui n'est pas voulue par les auteurs de la mise en scène) devient la "contrefaçon" de l'information initialement voulue par ces auteurs.

Qu'une vérité officielle suppose une vérité officieuse, on le savait.

Maintenant on en arrive au stade où Eolas est capable de vous démontrer en droit que la vérité officieuse, la vérité alternative, est mal fondée en droit.

Contrefaisant. Créant nécessairement un préjudice.

Je trouve ça beau. :)

128. Le mercredi 3 septembre 2008 à 21:08 par aliocha

Ah ! Tschok, vous commentez ici comme Arthus Bertrand photographie : Vu du ciel. Ce qui a le mérite évident de donner de la hauteur au débat. Venez donc vous poser à côté de moi, gentil Albatros, et devisons aimablement. Je suis entièrement d'accord avec vous et je trouve même que vous avez magistralement résumé les enjeux du débat. A cette réserve près que vous me contrariez quand vous me dîtes que j'ai juridiquement tort. Certes, Eolas est incontestablement plus fort que moi, néanmoins, il me semblait avoir réussi à créer le doute, à montrer que tout cela n'était pas si simple, que la situation devait s'apprécier au vu d'un grand nombre d'éléments (comportement de l'intéressée avec les medias, nature et présentation de l'article incriminé, sujet interviewé etc) et que la faute du journal était loin d'être certaine. Y compris juridiquement parlant. Par ailleurs, contrairement à vous, je ne trouve pas forcément beau le fait que le droit soit susceptible de conforter une stratégie de communication au détriment de la liberté d'expression, mais ce ne serait pas la première fois malheureusement qu'une application rigoureuse des textes aboutirait à une situation contestable au regard de l'idée que l'on se fait du juste. Sinon, pour le reste , nous sommes d'accord. Prions pour que le juge nous entende ;)

129. Le mercredi 3 septembre 2008 à 23:14 par tschok

@ Aliocha,

Bon, admettons.

Vous n'avez pas juridiquement tort, mais cela reste à démontrer (je vais vous dire le contraire dans 3 secondes).

Or, n'est plus à démontrer votre faculté à créer le doute.

A ce sujet, je dois vous confesser que je suis un être binaire et bourré de certitudes, dixit Gascogne, qui est notre maître à tous.

Créer le doute dans mon esprit est donc l'équivalent d'une médaille d'or au jeux olympiques du raisonnement caricatural... ce qui ne serait rien si vous n'aviez pas raison (car vous avez raison, mais j'y reviendrais plus tard).

Et cela me fait m'interroger sur mes propres facultés à admettre le doute: que vous ayez raison, je l'admets d'emblée (je suis faible).

Mais le pire est que vous arrivez à me faire douter, alors qu'il ne fait aucun doute que vous avez tort.

Ressentir du doute en face de quelqu'un qui a raison, c'est la moindre des choses. C'est une forme de politesse que l'intelligence déficiente de l'un fait à l'intelligence vive de l'autre.

Mais ressentir du doute en face de quelqu'un qui a tort, c'est une autre paire de manches. C'est construit, comme doute.

Je suis navré d'avoir à vous le dire, mais vous avez juridiquement tort. Je le maintiens.

Et pourtant, au bout du compte, vous avez raison: il est plus important, au delà de tout, qu'une information alternative existe. C'est là que vous avez raison.

Ce n'est pas à ranger dans les prémisses, c'est la conclusion: il faut qu'une information alternative existe. Dans votre dialogue avec Eolas, vous partez de çela. A mon sens, c'est une erreur dans la mesure où c'est incompréhensible pour un juriste. Et Eolas vous renvoie systématiquement dans vos buts.

Une conclusion, c'est toujours dur à amener.

Par exemple, allez expliquer, alors qu'il est patent, qu'il est même constant, que les Etats Unis ont déclaré la guerre à un pays pour trois buts de guerres qui se sont tous révélés fallacieux, erronés, et hors d'atteinte, que cette guerre se poursuive encore.

Et une guerre, ce n'est pas rien.

D'ailleurs, on commence nous même à le mesurer. Avec la même nécessité que les Américains de maintenir une ligne de pensée unique: le truc qui va dans le bon sens, quoi.

Attention, hein: pas dictature. Si vous voulez faire un film rebelle, vous pourrez. Mais la masse doit aller dans le bon sens.

Alors, je n'ai pas le sentiment que la justice, c'est à dire les juges, aient des idées très nettes sur ce genre de questions.

C'est pourquoi, bien que vous ayez fondamentalement raison du point de vue de la liberté, c'est à dire le point de vue le plus important, car il conditionne tous les autres, je vous prédis quelques difficultés à défendre votre thèse, si vous étiez le défenseur de Lyon Mag.

Mais je pressens une façon de s'en sortir: la philosophie + l'histoire.

Chuis nul en philo: j'ai pas le code.

Informer, c'est un mot codé. Il se rapporte à un parcours de la pensée humaine, retracé par la philo depuis les Grecs. Dans ce parcours, codifié de façon précise, il y a des formes de raisonnements qui pourraient plaire au juge bien plus que l'affirmation d'un droit d'informer.

Votre dialogue avec Eolas se rapporte en fait à un échange sur le blog de diner's room, où il était question d'un simple dispositif de mise en balance, typiquement anglo saxon et, à la marge, français au sens du contrôle de proportionnalité. A ce jeu là, vous êtes perdante actuellement, car les formes de pouvoirs que nous connaissons sont hors de proportion.

Je viens d'écouter des types sur France culture qui débattaient des fichiers de police et du fait qu'ils étaient de facto comme de jure admis.

Finalement, on en est arrivé à cette idée qu'on doit tout pouvoir savoir, du moment que ceux qui utilisent les fichiers promettent de ne pas mal faire. Et comme ces types ne sont pas des nazis, ben, on risque rien. Voilà ce qui est dit. Pas plus compliqué que ça. Et ça passe comme une lettre à la poste. En plus c'est pour notre sécurité. Donc on est d'accord, tous les sondages vous le diront.

Il s'agit bien évidemment d'une faute philosophique de grande ampleur: c'est un raisonnement "hors" de toute proportion, uniquement fondé sur les intentions, prétendument bonnes de l'utilisateur du fichier et par définition mauvaise de "l'ennemi" (ennemi= de plus en plus de gens, plus seulement les criminels sexuels, les tueurs en série, les terroristes comme promis au début).

C'est à dire typiquement une connerie: n'importe quel philosophe du XVIII ième siècle vous dirais "mais vous êtes cons au point d'y croire?".

On le sait tous que c'est un raisonnement de naze.

Pour cette faute, il faut un coupable: le journaliste. A lui, très précisément, on tiendra un discours inverse, pétri de vertus sur la protection de la vie privée et les droits de l'homme, comme si ses fautes nous donnaient l'occasion de nous racheter une conscience politique.

Ma crainte: Lyon Mag va s'en prendre plein la gueule, pour avoir révélé trois fois rien, alors qu'il est donné aussi bien à la puissance publique qu'à des groupes privés tous les moyens de connaitre le diamètre de notre trou du cul (on se demande pourquoi ça les intéresse) et même plus.

Mais, ne pensez pas que vous pourrez impressionner un juge avec une liberté, même philosophique. Cela ne suffira pas.

En plus du droit, le juge français a besoin d'histoire, perçue et pensée comme le ciment qui permet d'allier la philosophie aux faits réels et actuels et d'en tirer une conduite à tenir.

C'est là que l'insigne imbécile que je suis voit une clé, et mieux même, l'idée d'une défense: philo + histoire (et droit, of course).

Or, il se trouve qu'une histoire, nous en avons une et qu'elle est particulièrement riche en matière de presse.

Donc, si je devais défendre votre ligne de pensée, je commencerais par faire un travail d'archive.

J'irais voir dans l'histoire.

Et en plus, compte tenu de la richesse de notre histoire, je me paierais le luxe de me limiter à notre histoire récente, juste à la limite de l'actualité.

Arf! Je regrette de ne pas avoir trois vies:historien, philosophe et... journaliste.




130. Le jeudi 4 septembre 2008 à 09:58 par aliocha

@Tschok : Donc si je vous suis bien, (on est encore monté plus haut, souvenez-vous d'Icare, tout ceci pourrait mal finir ;) ) bref, de là où nous sommes, j'ai juridiquement tort et philosophiquement raison. Je m'en tiens à mes réserves précédentes, la jurisprudence est si subtile, là comme ailleurs, qu'il n'est pas impossible que la vérité juridique rejoigne la vérité philosophique. Mais je vous concède que, les années passant, la journaliste chez moi a dévoré la juriste. C'était prévisible. J'ai toujours été du côté d'Antigone. Pire, en DEA de philosophie du droit, j'avais choisi d'expliquer dans mon mémoire en quoi la Légende du grand inquisiteur (Les Frères Karamazov) pouvait être analysée comme un conflit entre le droit naturel et le droit positif. Souvenez-vous, l'athée, le rationnaliste Ivan raconte à son jeune frère séminariste Aliocha (eh oui, même mon pseudo, que voulez-vous, je suis irrécupérable) une légende selon laquelle le Christ serait réapparu dans l'Espagne inquisitoriale. L'inquisiteur l'aperçoit dans la foule venue assister à un bûcher d'hérétiques et le fait emprisonner. A la nuit tombée, il le rejoint dans sa cellule et lors d'un monologue hallucinant qui durera jusqu'au matin, il explique au Christ que sa liberté n'est pas la bonne, que les hommes n'en ont que faire, qu'elle n'est que souffrance pour eux. Car tout ce qu'ils veulent, c'est manger. Alors lui l'inquisiteur à choisi de porter le poids de leurs fautes, de leur ôter cette si douloureuse liberté et de leur donner du pain. Quand j'ai soutenu mon mémoire, j'ai découvert que ce Christ libre, flamboyant, magnifique ne suscitait chez mes professeurs de droit que méfiance et désapprobation. Ils s'étaient rangés naturellement du côté du grand inquisiteur, du légiste, de l'ordre, de la société, cet ordre fut-il contestable au regard d'un référent supérieur, qu'on le nomme Dieu, ou ordre naturel des choses. Douze ans après, je suis toujours du côté de cet image d'homme libre que d'aucuns qualifieront d'anarchiste, mais j'ai acquis la conviction que le monde était un équilibre subtil, parfois vacillant entre des forces contraires. Dans ces conditions, il ne me paraît pas inutile de faire de temps en temps contrepoids en plaidant pour la liberté face à l'ordre ;) Et je souris en songeant que cet inquisiteur qui séduisait tant mes professeurs de droit a été analysé par certains exégètes de l'oeuvre comme une prémonition du communisme....La tentation totalitaire sommeillerait-elle au fond de chaque juriste ?

131. Le jeudi 4 septembre 2008 à 10:40 par DM

@aliocha: Je ne veux pas interrompre vos envolées lyriques, mais un point me chiffonne dans la partie du dialogue qui vous est attribuée.

Vous dites que l'impunité des journalistes est une illusion et que de nos jours les gens téléphonent directement au rédacteur en chef pour demander le limogeage du fautif.

Les gens... puissants, vous voulez dire.

Je ne doute nullement que les personnes puissantes (personnalités politiques, industriels, etc.) n'arrivent à museler la presse.

Par contre, permettez-moi de croire en l'impunité des journalistes quand il s'agit de mal agir à l'encontre de gens qui n'ont ni l'influence, ni le temps et les moyens financiers de se défendre.

132. Le jeudi 4 septembre 2008 à 13:39 par tschok

@ Aliocha: euh... j'ai presque honte de vous le dire, mais j'ai pas lu Les Frères Karamazov (si on fait le compte de mes ignorances, je crois que j'aurais du mal à colmater les trous et, tel le capitaine lors d'un naufrage, il faudra que j'ordonne l'abandon du navire).

Mais c'est une légende intéressante. Je suppose que vous l'avez décortiquée jusqu'à sa dernière fibre.

Je comprends bien l'idée d'équilibre.

Personnellement, j'ai suivi un parcours différent, mais proche: au début je pensais que toute liberté dérivait nécessairement de l'individu et que la restriction à la liberté ne pouvait se concevoir que sur un plan transversal, entre individus (la liberté des "uns" s'arrête où commence celles des "autres"). Le contrat, quoi.

Dans ce schéma, les institutions n'étaient que la forme juridique d'un pouvoir pas nature illégitime qu'on supporte par habitude, renoncement ou soumission.

En prenant de l'âge, je me suis rendu compte que les institutions étaient une forme d'organisation collective permettant sous certaines conditions de donner aux libertés individuelles leur véritable ampleur.

Parmi ces conditions, il y en a deux qui sont absolument nécessaires, mais chacune insuffisante: il faut que les institutions soient composées de gens vertueux. Mais, même les gens vertueux faisant des bêtises, il faut encore que le pouvoir arrête le pouvoir. Vertu des hommes+contre pouvoirs= cet équilibre dont vous parlez.

Si vous regardez notre système de gouvernement et d'administration, vous constaterez que nous misons l'essentiel sur la vertu, alors que les contre pouvoirs, c'est pas vraiment notre truc.

En matière de justice par exemple, il est posé en principe que le juge doit être vertueux et il a longtemps été considéré que si cette condition était remplie, et du moment que la loi fut bonne, alors la justice serait parfaite.

Il n'était donc pas prévu de donner à la défense les prérogatives d'un contre pouvoir perçu au mieux comme inutile, et au pire comme perturbateur.

L'avocat se devait seulement d'être vertueux, lui-aussi, et sa principale vertu était d'être éloquent.

Aujourd'hui on en n'est plus là, heureusement: nous sommes bien plus sensibles à l'utilité des contre pouvoirs et à leur rôle dans l'architecture qui nous permet d'atteindre l'équilibre, au point que les contre pouvoirs ont été institutionalisés (pour certains d'entre eux au moins) ce qui est une sorte de paradoxe.

Il est d'ailleurs remarquable de constater que les contre pouvoirs qui n'ont pas été institutionnalisés demandent à l'être, comme les journalistes qui demandent que leur soient reconnu le "droit" de ne pas révéler leur source.

Alors voilà, le libéral individualiste que j'étais est devenu plus institutionnaliste.

C'est la raison pour laquelle, avec vos profs de droit, je considère ce Christ libre d'un œil suspicieux et si j'étais à la place de cet Inquisiteur, je me dépêcherais d'aller le reclouer sur sa croix.

Non c'est pas vrai , je vous provoque :)

133. Le jeudi 4 septembre 2008 à 14:16 par aliocha

@DM : Si vous voulez me faire dire que, là comme ailleurs, les puissants obtiennent plus facilement ce qu'ils veulent que les autres, je ne peux malhreusement qu'aquiescer. Mais il ne faudrait pas aboutir à la conclusion que, du coup, c'est bien fait pour nous quand un politique arrive à avoir notre peau. Je tiens à la distinction entre ce qui relève de la faute punissable et ce qui relève de l'exercice normal de notre métier mais qui, parce que ça dérange, nous fait encourir critiques et menaces de procès. Dans les deux cas, l'accusation est la même : bah ces journalistes, tous des imbéciles et des charognards. Ce qui crée une regrettable confusion.
@Tschok : Vous êtes pardonné, si vous saviez l'étendue de ce que moi-même je n'ai pas lu ;) Cela étant, même si vous répugnez à lire les quelque 800 pages du roman, jetez un coup d'oeil au chapitre de la légende, il est relativement autonome du reste et il suffit pour le comprendre de savoir que celui qui raconte est athée et que son auditeur s'apprête à devenir moine. Vous qui me paraissez adeptes des grands vertiges intellectuels, vous devriez aimer.
Pour le reste, je ne jette pas Montesquieu aux orties, pas plus qu'Hegel et les autres, je conçois que la liberté suppose l'organisation, mais je pense simplement que cet équilibre est mouvant, se recrée en permanence. Et qu'il est parfois structurellement à repenser, comme dans l'exemple que vous citez sur les journalistes. Au fond, nous sommes à peu près d'accord. Quant à recrucifier le Christ, là c'est Kazantzakis. Dans la légende, l'inquisiteur le relâche, ce qui n'est pas le moindre des passionnants mystères du récit ;)

134. Le jeudi 4 septembre 2008 à 15:51 par tschok

@ Aliocha,

C'était un bon gars finalement.

135. Le jeudi 4 septembre 2008 à 15:57 par DM

@Aliocha: Le "tous des charognards" me semble participer d'un point de vue erroné, à savoir qu'il s'agit d'un problème individuel des journalistes concernés (même si effectivement j'ai parfois été assez défavorablement impressionné par le niveau de culture et de sérieux individuel de certains de vos collègues). Mon opinion est qu'il s'agit plutôt d'un problème général du milieu journalistique et de son fonctionnement - suivisme, course à l'audience, structure financière etc.

136. Le jeudi 4 septembre 2008 à 16:57 par ramses

@ Aliocha 135

Je suis impressionné par l'"altitude" des propos échangés avec Tschok... Ce débat est passionnant et je vous en remercie tous les deux.

Puisque vous évoquez le terme de "charognards" à propos de la Presse, j'aimerais avoir votre avis sur le "choc" des photos du dernier Paris-Match, présentant des talibans revêtus des uniformes de nos soldats morts au combat...

Personnellement, je les estime indécentes et abjectes. Elles deshonorent le photographe qui les a shootées, et plus encore le rédacteur en chef qui les a fait paraître.

Je comprends la réaction du père de l'un des soldats disparus et compatis à sa douleur.

Aux Etats-Unis, jamais de telles photos n'auraient été publiées.

Et je suis en plus très surpris qu'un journaliste puisse s'entretenir tranquillement avec des terroristes déguisés et que les Forces spéciales déployées en Afghanistan autorisent une telle mascarade.

137. Le jeudi 4 septembre 2008 à 17:48 par aliocha

@Ramses : Ah ! Je l'attendais celle-là et je ne suis pas surprise qu'elle vienne de vous Ramses. Figurez-vous qu'en buvant mon café ce matin, les yeux mi-clos et l'esprit embrumé, j'entends sur ma chaine favorite (i-télé, je vous recommande Laurent Bazin, il a vraiment à mon sens le juste ton) bref, j'entends cette nouvelle et songeant à notre petite communauté, je me dis : c'est reparti pour un tour. Encore des journalistes critiqués. Bon sang de bonsoir, ça ne va donc jamais s'arrêter ?
Que ces photos soient atroces pour les familles des soldats concernés, c'est indéniable. Qu'elles posent un problème éthique, c'est possible, je ne sais pas grand chose du dossier pour l'instant. A première vue, on peut se demander en effet s'il est judicieux de montrer des photos dont l'objet semble être de faire pression sur l'opinion pour inciter nos gouvernants à retirer nos soldats. Je serais tentée de répondre oui il faut publier, à partir du moment où on explique dans l'article les circonstances et où on donne des clefs de compréhension aux lecteurs. Mais il est vrai que je suis toujours du côté de la vérité même si elle fait mal, de l'information, même si elle dérange. D'ailleurs, le père que vous citez ajoute que cette publication aura au moins le mérite de montrer aux français qui sont les talibans. Vous oubliez ce point un peu vite. Comme je n'ai pas encore lu l'article, je ne peux pas en dire plus. Soyez sûrs que Match s'est posé toutes ces questions. Il faut arrêter de prendre les directeurs de rédaction pour des imbéciles. Quand un sujet est aussi grave, je vous assure qu'ils réfléchissent. Par ailleurs, n'oubliez pas quand vous citez les Etats-Unis qu'on reproche aujourd'hui à la presse américaine de n'avoir pas dit la vérité sur la guerre en Irak. Je me méfie donc des pressions en tant de guerre sur les journalistes au nom de l'objectif louable de ne pas effrayer ou décourager les citoyens. On peut aussi se demander comment cette rencontre a été organisée. Mais entre nous, vous ne croyez pas qu'il faut un sacré cran pour interviewer un bande de types armés de Famas en plein milieu de nulle part ? En l'état, je préviens que je tirerai à vue et sans sommation sur le premier qui me parlera de sensationnel et d'augmentation des ventes. Un peu de respect pour les gens qui risquent leur peau afin de ramener de l'information. Je rappelle à toutes fins que 87 journalistes ont été tués en 2007 dans le monde.

138. Le jeudi 4 septembre 2008 à 20:44 par DM

"Mais entre nous, vous ne croyez pas qu'il faut un sacré cran pour interviewer un bande de types armés de Famas en plein milieu de nulle part ? En l'état, je préviens que je tirerai à vue et sans sommation sur le premier qui me parlera de sensationnel et d'augmentation des ventes. Un peu de respect pour les gens qui risquent leur peau afin de ramener de l'information."

Chère Aliocha,

Il y a deux catégories de personnes impliquées:
- les journalistes de terrain, souvent sous-payés, qui peuvent risquer plus ou moins gros
- les décideurs (rédacteur en chef, directeur de la publication, propriétaire du journal) qui sont ceux qui bénéficient du sensationnel et de l'éventuelle augmentation des ventes.

Il n'y a aucune contradiction à critiquer ces derniers tout en reconnaissant le courage des premiers.

139. Le jeudi 4 septembre 2008 à 21:24 par aliocha

@DM : En effet, mais si vous, vous le savez, ce n'est pas le cas de tout le monde. Je voulais anticiper ce genre d'amalgame. J'ajoute que ces reportages de guerre se vendent mal depuis des années donc si pour une fois un journal en achète un, (je n'ai pas vérifié si c'était un reporter de Match ou un free lance) tant mieux. Vous savez aussi bien que moi qu'on gagne mieux sa vie allongé dans la luzerne une bière dans une main, le téléobjectif dans l'autre en attendant de shooter les fesses d'une star, qu'en risquant sa peau au milieu d'une guerre. Puisque vous parliez un peu plus haut, fort justement, de problème structurel de la presse, à mon sens, tout ce qui concourt à publier de vrais articles doit être encouragé. Et je vais lire Bourdieu, il me semble que c'est déjà vous qui m'en aviez parlé avant les vacances, non ?

140. Le jeudi 4 septembre 2008 à 23:34 par ramses

@ Aliocha

On en sait un peu plus sur cette "interview" des talibans :

www.parismatch.com/parism...

afp.google.com/article/AL...

La vidéo de Véronique de Viguerie est peu crédible. On ne peut se rendre ainsi dans une vallée reculée d'Afghanistan, contrôlée par les Forces de la coalition, pour interroger des terroristes déguisés en soldats français, sans un sauf-conduit officiel.

Mon opinion est qu'on cherche à se dégager rapidement de ce guépier qu'est devenu l'Afghanistan pour les troupes françaises (j'avais déjà dressé l"oreille quand Bernard Kouchner avait annoncé il y a quelques jours "que l'on ne pouvait gagner militairement une telle guerre"). Ca m'a rappelé étrangement les "accords d'Evian" et le retrait des troupes françaises d'Algérie.

Un remake du "Bon, la Brute et le Truand", où chacun joue son rôle, celui de l'Armée étant, comme d'habitude, de se sacrifier sur l'autel des exigences économiques et populaires.

Les Français ne s'étaient pas rendu compte que l'on était en guerre en Afghanistan... 10 morts lui en ont fait prendre conscience. Le Président, quand à lui, joue sa petite partition solo "comment pourrait-on donner raison aux terroristes ?", tandis qu'on creuse en sous-sol... Bien joué, il ne manquait plus que le valeureux journaliste et la photographe courageuse pour tirer le rideau !

Quand vous parlez des journalistes qui risquent leur peau pour informer (je pense à Marion Loizeau, qui a enquêté en Géorgie pour "Envoyé Spécial" de ce soir), ne faites pas un amalgame avec cette opération bidonnée, dont les ficelles sont tellement grosses qu'elles en deviennent ridicules.

Si il est démontré que les soldats du 8ème RPIMA ont été envoyés au casse-pipes en connaissance de cause, l'affaire prendra une autre dimension... W8&C !

141. Le vendredi 5 septembre 2008 à 09:08 par aliocha

@ramses : Contre la théorie du complot, je ne peux rien.

142. Le vendredi 5 septembre 2008 à 09:45 par Fantômette

@ tschok et aliocha

Intéressant.

En termes plus juridiques, on pourrait tenter de lire ces conflits comme des conflits opposant "droits" et "libertés".

Si je définis la liberté, avec Jean Carbonnier, comme "la possibilité reconnue à la personne de faire ce qui lui plaît, le pouvoir d’agir selon sa propre détermination", c'est vague, et c'est flou. Et c'est très bien. La liberté est indéterminée, indéfinie et mouvante. La liberté d'aller et venir, la liberté d'expression, la liberté de conscience...

S'il en allait autrement, si l'on cherchait à définir les libertés, liberté après liberté, on ne pourrait pas faire autrement que de leur donner une direction et probablement une limite. Donc on ne les définit pas. On ne les borne pas.

Mais du coup on les protège mal.

Et de temps à autre - assez fréquemment en fait - une liberté se retrouve nez à nez avec un droit. Pire, un droit subjectif.

Le droit subjectif, ça c'est autre chose. C’est du solide et du rudement bien délimité.

Quand en plus c’est du droit de la personnalité, c’est le pompon. Ces droits-là ont été taillés dans l’adversité. Ils sont souvent nés dans les prétoires, pour avoir été bafoués avant même d’avoir été articulés. Par exemple, le droit à la vie privée.

Ce sont des droits revendicatifs, négatifs. Ils attaquent en justice, parce que c'est comme ça qu'ils sont apparus, en montrant les dents.

Mon droit, c’est ce que je peux imposer à un tiers. Ma liberté, non. Puisque la liberté s’arrête là où commence celle des autre, ou pour dire mieux, « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui».

La liberté le cède face au droit.

Je ne sais pas si la presse tente de s’institutionnaliser. Par contre elle tente parfois de se faire le héraut d’un droit qui ressemble fort à un droit subjectif, qui serait le droit de savoir. Il est vrai qu’un droit subjectif sera toujours plus à même de lutter contre un autre droit subjectif.

Cependant je ne pense pas que la presse pourra faire naître un droit qui serait celui d’autrui (le lecteur de journaux) mais dont la protection lui reviendrait à elle. Nul ne plaide par procureur.

Sauf quand le procureur, c'est l'Etat.

C'est ce qui se passe avec le "droit à la sécurité", droit subjectif d'entre les droits subjectifs, que dis-je, matrice de tous les droits subjectifs, si j'en crois le discours ambiant, ceci malgré le silence textuel d'où il est tiré. C'est celui-là qui justifie les dérives sécuritaires dont vous parlez, tschok. Rassemblez votre courage, il en justifiera probablement bien d'autres.

143. Le vendredi 5 septembre 2008 à 10:14 par aliocha

@Fantômette : Alors là Fantômette, vous m'épatez ! Depuis le temps que quelque chose m'embarrassait avec ces notions de liberté d'expression et de droit à l'information, j'y vois grâce à vous beaucoup plus clair. Schématiquement donc, voici notre pauvre journaliste qui porte sa liberté d'expression en bannière mais se retrouve entouré de droits agressifs bien décidés à lui disputer l'étendue de son terrain ? Cela résume tout la fois la situation juridique et la réalité du métier. Quant au droit de savoir ou droit à l'information, je vous rejoins dans votre analyse. Mais le droit d'informer ? ça ne marcherait pas ça ?

144. Le vendredi 5 septembre 2008 à 14:53 par ramses

@ Aliocha 141 et 143

Le droit d'informer ? Il me semble que la Presse n'en est pas privée, y compris dans des domaines qui ne ressortent pas de l'information, mais de l'intrusion dans la vie intime, la dernière en date étant la paternité de l'enfant à naître de Rachida Dati...

En ce qui concerne l'"interview" des talibans dans Paris-Match, je maintiens qu'elle ne serait jamais passée sans un "feu vert" en haut lieu. Alain Généstar en avait d'ailleurs fait les frais en d'autres circonstances. Là, on va beaucoup plus loin, on offre une tribune aux terroristes, qui menacent la France de représailles si elle ne retire pas ses troupes !

On y verra plus clair après le débat du 22 septembre à l'Assemblée Nationale, mais on voudrait préparer l'opinion à un retrait que l'on ne s'y prendrait pas autrement.

145. Le vendredi 5 septembre 2008 à 15:14 par Fantômette

@ aliocha

Je ne vis que pour vous épater. Ma journée s'en trouve donc particulièrement ensoleillée, et de là d'où je vous parle, elle en a bien besoin.

J'indique tout de suite qu'il ne s'agit ici que de divagations personnelles, que je développe ici pour le seul - mais authentique - plaisir de les formuler mieux que dans mon for intérieur.

Un droit doit être agressif, c'est dans son adn.

Je le formule de manière un peu abstraite, mais c'est juridiquement très concret et très réel.

Moi, Fantômette, je me vois accorder par l'article 9 un droit au respect de la vie privée. Bon ben très bien. Je vis tranquillement dans mon coin, je n'embête quasiment personne de la journée, sauf les confrères qui me contredisent et les juges qui me donnent tort, mais la plupart ne m'en tiennent pas rigueur.

C'est donc un droit dormant. Tant qu'il n'est pas bafoué. Le jour où il l'est, il est redoutablement puissant, et bien armé.

C'est en cela que je dis que ce type de droit est défensif et agressif. Il ne faut pas s'attendre à autre chose de sa part.

Pour ma liberté, par exemple, ma liberté d'aller et venir ou ma liberté d'expression, c'est différent. C'est une liberté qui se réalise chaque jour, qui s'exerce à tout moment de la journée.

Liberté contre Liberté, le conflit se résoud sous le regard attentif de l'article 1382. Je suis libre, mais je réponds des faits par la faute desquels je cause à autrui un dommage.

Fair enough. Liberté = responsabilité.

Check.

On a vu que le combat n'était plus le même quand il s'agit de lutter contre un droit subjectif.

Donc, soit il faut tenter de le contrer avec un autre droit identiquement agressif, soit il faut tenter de construire une meilleure protection des libertés.

Est-ce que le droit d'informer marcherait ?

Je ne sais pas, je n'en suis pas sûre. Je vois au moins un souci auquel il faut s'attendre : il s'agirait d'un droit "catégoriel", si vous voyez ce que je veux dire. Ça en fait d'emblée un objet juridique chimérique. Hybride, quoi. Entre le droit subjectif et la liberté collective...

Plus j'y songe, et plus j'en reviens à ce que je disais préalablement : la notion idéale, en défense des droits de la presse, c'est l'abus de droit.

C'est une idée assez pertinente, en plus, je trouve, l'idée que l'on peut abuser d'un droit. Une idée risquée, mais pertinente.

Il n'y a pas besoin d'avoir exercé 40 ans la profession d'avocat pour se remémorer, à ce titre, quelques dossiers dans lesquels, dirons-nous pour rester évasif, nos clients ont parfois surtout tort d'avoir raison.

146. Le vendredi 5 septembre 2008 à 15:25 par raven-hs

@ Aliocha :

La protection de la liberté d'expression est reconnu par l'article 10 de la Convention EDH. Les juges de Strasbourg ont compris l'importance de la presse, qualifiant les journalistes de " chiens de garde de la démocratie " ( ça en jette, non ? ).

Concernant le droit d'informer :
Le principe est la liberté d'expression, ce n'est que par exception que cette liberté peut être limitée. Or, il ne suffit pas que le législateur vote une loi en disant que ce sera une exception à la liberté d'expression pour limiter cette dernière.

Il faut remplir 3 conditions :
1°) la limitation doit être prévue par la loi.
2°) la limitation doit viser un des buts reconnus comme légitimes par l'article 10 paragraphe 2 de la CEDH ( ex : sécurité nationale, protection de la santé ou de la moralité , etc )
3°) la limitation doit être "nécessaire dans une société démocratique ".

Si c'est 3 conditions sont remplis la limitation est valable sinon c'est une violation de la liberté d'expression. Dès lors, il est loisible de constater que la liberté d'expression limite elle aussi la portée des droits subjectifs.
Par exemple, les informations d'ordre patrimoniales sont protégés par le droit au respect de la vie privée ( c'est un droit subjectif ). Pourtant les juges ont déjà eu l'occasion de préciser qu'il est possible de publier le salaire et le patrimoine d'un président d'une importante société commerciale car cela participe d'un débat d'întérêt général et que cette limitation n'est pas nécessaire dans une société démocratique. C'est pourquoi en réalité la liberté n'est pas limitée par les droits subjectifs, le juge opère simplement un contrôle de proportionnalité entre la liberté et le droit subjectif en cause en appliquant les 3 critères déjàs cités.


Le droit d'informer n'est pas reconnu en tant que tel mais il apparait dans l'appréciation du critère du "nécessaire dans une société démocratique ".
EN effet, si l'information relève d'un débat d'întérêt général, elle ne peut être limitée ( sauf le cas d'atteinte à la dignité de la personne humaine ), pour assurer la fonction de " chiens de garde de la démocratie "des journalistes.

Par exemple dans l'arrêt CEDH 7 juin 2007 concernant l'ouvrage " Les oreilles du Président " au sujet de l'affaire des " écoutes de l'Elysée " . Deux journalistes avaient été condamnés par les juridictions françaises pour violation du secret de l'instruction. Or, la Cour précise que " le public avait un întérêt légitime à être informé et à s'informer sur ce procès et, notamment sur les faits rélatés par l'ouvrage ". La cour en conclu que la limitation de la liberté d'expression n'était pas "nécessaire dans une société démocratique" et condamne la France pour violation de l'article 10 à l'unanimité.

147. Le lundi 8 septembre 2008 à 13:03 par aliocha

@raven hs : merci pour ce rappel des fondamentaux qui rappelle au passage que l'Europe a une vision plus exigeante de la liberté de la presse que la France ;)
@fantômette il me semble de mémoire que l'abus de droit intervient faute de mieux, n'est-il pas né dans une affaire où il était difficile de reprocher à quelqu'un autre chose que d'avoir utilisé son droit de propriété dans le but de nuire à son voisin ? Je crains donc qu'il soit écarté dans les dossiers de vie privée, de secret des affaires, secret de l'instruction etc....

148. Le lundi 8 septembre 2008 à 23:11 par Fantômette

Quelle jus naturaliste vous faites !

L'abus de droit, créé "faute de ne pouvoir reprocher autre chose" à un funeste voisin que d'avoir exercé son droit le plus strict... Brrrr

Ce n'est pas tout à fait faux à vrai dire. Mais cela peut être nuancé. Je préfère le qualifier de principe général de bonne foi, à mettre un peu sur le même plan que "nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude", et "la fraude corrompt tout".

Oui, l'abus de droit est né sous l'article 544 du code civil et le droit de propriété s'est ainsi retrouvé, comme de juste, le premier borné par ce discret et exigeant principe. Mais il n'est pas resté le seul, loin de là. La plupart des droits subjectifs se sont, plus ou moins explicitement, vu appliquer le même principe de juste mesure : droit de grève, droit d'agir en justice, droit de résilier unilatéralement un contrat à durée indéterminée... Le droit de réponse aussi, d'ailleurs, tenez ça devrait vous intéresser.

Je trouve cet intéressant arrêt de la cour de Paris (qui date de mai 68...) et qui, refusa l'insertion du droit de réponse réclamé, considérant apparemment que celui qui le réclamait semblait - au final - plus soucieux d'assurer sa publicité personnelle que de répondre au journaliste. Cette jurisprudence date un peu, mais elle fut reprise ultérieurement à plusieurs reprises.

Dans ces décisions, les juridictions vérifient si la finalité du droit de réponse invoqué est consistente avec la finalité que lui donne - implicitement - la loi. Dans une décision de 94, le tgi de Paris semble indiquer que la finalité de ce droit n'est pas d'offrir une libre tribune à quiconque a été cité, ou critiqué, dans les colonnes d'un journal.

Il existe un vieux débat doctrinal sur la théorie générale de l'abus de droit.

D'un côté, le doyen Josserand, qui en avait une conception téléologique. Pour lui, chaque droit subjectif poursuivait un but, servait une fonction, voire une fonction sociale. Abusait de son droit la personne qui l'utilisait dans un but différent de celui qui lui était assigné initialement.

Il définissait l'abus de droit comme "un acte contraire au but de l'institution, à son esprit et à sa finalité".

Typiquement, il aurait sauté sur ces jurisprudences relatives au droit de réponse pour en faire l'éclatante démonstration de son excellente théorie. Le droit de réponse, tel que fixé par le législateur de 1881, sert une finalité. Pour dire vite, il s'agit de protéger les droits de la personnalité, et d'offrir une sorte de réparation en nature à qui pourrait se plaindre d'avoir vu bafoué ses droits. Si celui qui prétend l'invoquer cherche à publier un article qui n'a, pour finir, que peu de rapport avec l'article initial, il détourne l'institution du droit de réponse de sa finalité. Il commet donc un abus de droit.

De l'autre côté, le doyen Ripert, qui mettait l'accent sur l'intention ou l'état d'esprit de celui qui usait abusivement de ses droits. N'abusait d'un droit que la personne qui l'utilisait dans l'intention de nuire. Intéressant aussi, mais plus difficile à mettre en oeuvre, au regard de la nécessité d'apporter la preuve de la mauvaise foi, ou de l'intention de nuire.

Il doit y avoir pléthore de thèses qui tentent d'élaborer une théorie générale de l'abus de droit. Le débat doctrinal a du évoluer, mais j'ignore où il en est à ce jour.

Attention, vous faites erreur, me semble t-il, pour ce qui est du secret de l'instruction. Je ne pense pas que l'on puisse dire qu'il s'agisse là d'un droit subjectif. Il ne s'impose d'ailleurs pas à tout le monde.

149. Le mardi 9 septembre 2008 à 09:25 par aliocha

@Fantômette : au temps pour moi, la rentrée est un peu agitée, je lis trop vite. Je pensais que vous vouliez apprécier l'exercice de la liberté d'expression à l'aune de l'abus de droit, alors que vous proposez à la presse de l'opposer à ses détracteurs. Effectivement, dans ce cas, je comprends mieux, je retire en effet l'exemple du secret de l'instruction et j'admets que tous les droits sont susceptibles de donner lieu à un abus dans leur exercice. En particulier ici si le droit au respect de la vie privée devait être utilisé dans le cadre d'une stratégie dissuasive vis à vis de la presse.

150. Le mardi 9 septembre 2008 à 10:58 par Serpico

"Billet écrit à quatre mains par Eolas et Aliocha, journaliste et juriste"

Vous êtes tous les deux ambidextres ?
Vos effets de manche doivent être redoutables.

151. Le mardi 9 septembre 2008 à 11:34 par aliocha

@serpico : Vous je ne sais pas, mais moi je tape avec les deux mains et tous les doigts, si, si, et Eolas aussi, ce qui fait bien 4 mains. Le compte est bon ! Eolas aurait pu aussi écrire billet à 20 doigts, c'est encore plus impressionnant mais peut-être moins parlant ;)

152. Le mardi 9 septembre 2008 à 12:33 par tschok

@ Fantômette et Aliocha,

Intéressant.

:)

(sans blague Fantômette, j'adore votre économie de moyens)

Juste quelques remarques:

Fantômette, vous dites: "Le droit subjectif, ça c'est autre chose. C’est du solide et du rudement bien délimité."

Dans sa définition classique, oui. Mais je ne suis pas certain qu'au regard des évolutions actuelles du droit, et notamment la dégradation des droits subjectifs, on puisse longtemps maintenir cette affirmation avec autant de vigueur.

Guy Carcassonne, qu'on a eu l'occasion d'entendre aux journées de Pétrarque cet été, et qui avaient pour thème "l'Etat de droit est il une illusion?", a décrit dans un long discours qui a soulevé l'enthousiasme des auditeurs une déconstruction des droits subjectifs à la fois par le haut et par le bas.

Par le haut: c'est la contamination des droits subjectifs classiques, tels que pensés par le Code civil, par linstrumentalisation des grands principes issus du droit naturel à des fins démagogiques.

En somme, un "droit à" devient un "droit de". Par exemple, le "droit au logement" (énoncé du principe que tout homme mérite un toit sur la tête parce qu'il est un homme) devient un "droit opposable au logement" (j'ai le droit de réclamer un logement et je peux opposer ce droit à... un bailleur? Une commune? un département? Mon voisin? Le café du coin? Bon, c'est vrai, c'est pas encore tout à fait au point, mais la démagogie se satisfait fort bien des approximations).

Par le bas: c'est l'approche victimaire.

Tout droit subjectif n'est plus, comme jadis la conjugaison d'un droit objectif contenu dans le droit positif, qui lui-même se veut la prolongation des droits naturels, qui eux mêmes nous viennent des Lumières (entre autres), mais l'exercice d'une faculté offerte à celui est est victime de quelque chose de réclamer réparation de l'offense subie.

Sous entendu: pour avoir un droit, il faut avoir un préjudice (ce qui est vrai, mais n'épuise en rien le droit).

Dans cette pensée, le droit des gens tient tout entier dans le droit à réparation. Pour être citoyen, il faut souffrir. N'a pas de droit celui qui ne souffre de rien.

Ainsi, dans l'affaire Wizzgo, vous même disiez: je ne souffre en rien de l'ordonnance de référé qui ne me prive que d'une simple faculté de faire appel aux services de Wizzgo, ce dont je peux très bien me passer, sans percevoir que l'ordonnance vous prive en réalité du choix de faire appel à ses services, c'est à dire d'une parcelle de la liberté, celle de choisir.

Exactement ce que veux M6, donc: le client captif et heureux de l'être.

(Vous voyez, on a tous intégré la dimension "préjudicielle" du droit nouveau de notre société moderne, y-compris dans la perception de notre propre liberté).

Même remarque pour les fichiers de police: tant qu'on n'en souffre pas directement, pourquoi s'en plaindre? Sur quel moyen de droit concret fonder une action en justice? Surtout qu'ils sont utiles à notre sécurité (nécessaires?).

Mais? Et le droit de ne pas y figurer?

N'est ce pas la plus élémentaire des libertés pour celui qui n'a commis aucun délit?

Eh ben non. C'est fini ça.

Maintenant on est plus sur le critère des faits commis, mais sur celui de la dangerosité. Et on est tous des dangers en puissance.

En conclusion Fantômette, je dirais que je ne partage absolument "plus" votre point de vue sur les droits subjectifs.

Ce n'est plus du solide, c'est du mouvant, comme les sables où iront se perdre nos libertés.

Vous voyez dans les droits subjectifs la force contraire à la liberté et dont la mise en balance produit la citoyenneté, sous le contrôle serein du juge.

Moi j'y vois l'instrument qui sert à verrouiller la liberté de telle sorte qu'elle perde toute utilité pour celui qui en est privé:en contrepartie de ce sacrifice, indolore, on lui octroie un "droit opposable", nouvelle forme bâtarde de notre défunt droit subjectif.

En résumé, le SDF continue à coucher dehors, mais il a un droit opposable au logement, ce qui justifie qu'on le vire sans état d'âme de l'église qu'il occupe en lui disant qu'il n'a plus la liberté de protester.


@ Aliocha,

En France, le "droit d'informer" est un ovni dans notre culture politique et juridique.

Ce que les hommes politiques et les juges reconnaissent volontiers aux journalistes ,c'est le "devoir" d'informer, ce qui est très différent.

La transformation d'un droit en obligation permet de se mettre à la place du créancier. C'est très simple, ça marche et ça permet le contrôle.

Si le droit d'informer se retrouve quasi texto dans la jurisprudence européenne, le juge français est beaucoup plus prudent sur le sujet.

Ainsi, la CEDH vous dira, sans tousser, qu'à la fonction de la presse qui consiste à diffuser de l'information s'ajoute le droit, pour le public, d'en recevoir et que s'il en allait autrement, la presse ne pourrait jouer son rôle indispensable de chien de garde.

Elle définit une relation entre un émetteur et un récepteur qui est bien l'élaboration d'un droit associé à une fonction.

A ma connaissance, le juge français n'en est pas là et s'en tient à une conception "ordre public" de l'information: informer, oui, faire du désordre, non.

Entre les deux conceptions, on peut dire qu'il existe plus que des années lumières, il existe un changement de dimension.

Il parle de quoi, votre papier?

153. Le mardi 9 septembre 2008 à 13:03 par aliocha

@Tschok : Fichtre vous en savez plus que mon manuel de droit de la presse, que je trouve depuis longtemps trop succint d'ailleurs. Voilà une spécialité sur laquelle on trouve peu d'écrits à ma connaissance, ce qui est fort dommage. J'aime cette notion de "devoir d'informer" et m'en vais la creuser, car elle pourrait bien résoudre plus de difficultés que le seul problème judiciaire. Dites-moi, c'est quoi les Journées de Pétrarque ? Cela me parait tout à fait passionnant mais je n'en ai jamais entendu parler ?
Mon papier parlait de la crise des subprime, le monde financier est devenu fou mon cher, et je crains que nulle autorité, nul juge, nul politique ne soit plus en mesure de le contrôler, mais c'est une autre histoire ;)

154. Le mardi 9 septembre 2008 à 15:35 par Fantômette

@ tschok

Vous tombez bien car une question m'est venue, figurez-vous, dans ma voiture ce matin à propos de votre discussion avec aliocha (alors que je me rendais à une audience in a far far away juridiction).

OK, la vérité alternative doit exister. Mais doit-elle pour autant être licite ? Ou, plus précisément, au nom de quoi doit-elle - ou devrait-elle - être licite ?

Je repars, toujours en audience et toujours en voiture (les trajets m'inspirent)

155. Le mardi 9 septembre 2008 à 22:37 par Fantômette

@ tschok

Je prends un peu le temps de répondre plus précisément à votre dernier commentaire.

Tout d'abord, merci pour le compliment, que ma lucidité plus que ma modestie m'incite à relativiser, tant j'ai du mal à croire que le terme "économie de moyens" soit le premier à venir à l'esprit à la lecture de l'un de mes commentaires.

:-)

En fait, mon propos visait surtout à (tenter de) distinguer entre droits et libertés. Parce que je crois que la jurisprudence - et peut-être aussi la doctrine - ne formalisent pas assez cette distinction.

Je vous suis, tout naturellement - vous et Carcassonne - sur le brouillage "de lege lata" de la notion de droit subjectif. Leur multiplication, leur démultiplication, a produit et amplifié ce brouillage.

Ces droits tombent comme une pluie de fléchettes sur certains espaces, qui sont des espaces de liberté, et l'espace du dialogue public en est criblé, pour rester sur la thématique du billet. Le droit à l'image, le droit à la vie privée, le droit à la présomption d'innocence, le droit de réponse, les droits relatifs à la protection des données personnelles... je suppose que j'en oublie.

Ils s'entremêlent, se recoupent, se confondent parfois, ce qui entraine naturellement le brouillage de leur définition.

Par exemple, entre droit privé et droit à l'image (article 9 ? Article 1382 ?) . Entre droit privée et droit à la protection des données principales (article 9 ? Loi Informatique et Liberté ?). La jurisprudence tranche, bien sûr, mais comment se détermine t-elle ? Quels sont ses critères ?

La doctrine peine à la suivre et à bâtir une théorie générale qui nous aiderait nous - avocats - à prévoir le Droit, et nous - sujets de droit - à nous situer.

L'avantage du droit, c'est qu'il donne du pouvoir, du pouvoir sur autrui, c'est-à-dire sur la liberté d'autrui. C'est également son inconvénient.

Initialement, les "droits à" donnaient du pouvoir contre le Pouvoir. Tous les droits de l'homme et toute la philosophie des Lumières nous l'ont dit, et répété, et martelé. Dans une lecture rigoureuse de la théorie de Josserand, à chaque fois que l'on invoque un droit de l'homme contre qui que ce soit d'autre que l'Etat, on le détourne de sa finalité, et donc, on en fait un usage abusif.

Dans un étrange revirement, nos droits se sont retournés contre nous.

D'où l'idée de construire un peu plus sérieusement une vraie théorie de l'abus de droit, qui viendrait poser une contrainte sur leur développement, sans sortir de leur logique. J'y vois un gage d'efficacité.

Je vois effectivement dans les droits subjectifs une force contraire aux libertés, et dont l'exercice produit la citoyenneté. De lege ferenda.

Je vous rejoins sur l'idée d'un recul progressif des libertés. Un recul , ou une perte de sens (le premier pouvant être la cause du second).

Vous savez, on pourrait relire sous cet angle la discussion qui s'est tenue récemment sur la notion de vide juridique. Tout de passe comme si la notion même de liberté n'avait plus aucun sens. Soit "on a le droit" (défini et posé par un texte juridique), soit "on n'a pas le droit". Il n'y a presque plus d'espace imaginable entre le droit et l'interdiction.

Selon l'expression d'Augustissime, en l'absence de loi, un comportement n'est "autorisé" que "par défaut". C'est assez dire qu'il s'agit d'une autorisation littéralement "hors la loi". Si je n'ai pas le droit, c'est qu'il n'y a pas de droit. Or s'il n'y a pas de droit, il n'y a rien. C'est vide.

On va avoir une bataille de métaphores en fait, parce que dans le fond, je pense que nos positions se rapprochent (étant précisé que vous êtes le pessimiste, je suis l'optimiste).

Pour moi, les libertés s'effacent par leur enfoncement permanent par trop de droits exercés par trop de personnes. Ou disons que nos espaces de liberté se remplissent de droits dont certains n'en sont pas réellement, soit qu'ils n'existent pas (le droit à la sécurité), soit qu'ils ne puissent s'exercer contre personne (les droits opposables). Donc je pense toujours aux droits comme à quelque chose de solide et contondant, disons. J'ai du mal à l'envisager mouvant et sableux, à cause des effets qu'il produit - notamment sur les libertés - et qui sont tout sauf indéterminés.

En contrepartie de quoi j'imagine les libertés comme quelque chose d'éminemment volatile, donc fragile, mais également insaisissable, et prompt à se glisser dans les interstices. Raison de mon optimisme, malgré tout.

156. Le mercredi 10 septembre 2008 à 02:01 par ramses

On parle de plus en plus de droits à ceci ou cela, mais jamais de devoirs...

Ne pensez-vous pas qu'il serait temps de codifier aussi les devoirs ?

Les devoirs ne sont-ils pas, dans une certaine mesure, une contrepartie des droits ?

J'ai le sentiment que de plus en plus de gens connaissent leurs droits et de moins en moins leurs devoirs...

Eolas:
Vous êtes passé à deux doigts de Café du Commerce Detector™. Les devoirs ne sont PAS une contrepartie des droits. Ça, c'est un discours de personne allergique à la liberté des autres. Un droit n'a pas de contrepartie. La seule déclaration des droits de l'homme qui prévoit une contrepartie à chacun des droits qu'elle énonce était celle de l'ex-URSS. Vous l'aurez deviné, la contrepartie vide le droit de sa substance et permet in fine à l'État de faire ce qu'il veut en prétendant respecter les droits de l'homme. Ainsi, quelle serait le devoir contrepartie du droit à la vie ? De bien vouloir mourir avant de devenir une charge pour la sécu ? Ou de ne pas porter atteinte à celle des autres ? Mais dans ce cas, cela veut dire que si on tue, on perd son droit à la vie : on peut être condamné à mort. Et voici la peine de mort justifiée par le droit à la vie ! Et la liberté, quelle est sa contrepartie ? De ne pas faire ce qui est interdit ? Mais alors la liberté consiste à faire que ce qui est autorisé. Ou tenz, plutôt que donner des leçons, donnez l'exemple. Faites nous un projet de liste des devoirs. Ça va être éclairant.

157. Le mercredi 10 septembre 2008 à 13:42 par tschok

Bonjour Fantômette,

J'espère que votre audience s'est bien passée. Mais je regrette - pardonnez moi - qu'elle ne fût pas plus longue, car j'étais encore en train de réfléchir à votre précédent commentaire lorsque vous avez conçu le suivant.

Vous me faites endosser le rôle du pessimiste comme un costume qui a été taillé pour un autre, ce que j'accepte par convention.

Initialement, comme vous le savez, il était intellectuellement assez simple de distinguer la liberté du droit, la première se situant dans le champ de la philosophie, le second dans le champ des sciences sociales.

Ainsi, on pouvait facilement distinguer :

La liberté, en tant que concept philosophique qui peut occasionnellement avoir des résurgences dans le domaine juridique dès lors que la liberté dont on parle est formulée de façon suffisamment précise pour donner lieu à une application concrète en droit.

Du droit, qui est quant à lui est un concept borné: c'est l'énoncé d'un principe intelligible et obligatoire donnant lieu à une conduite à tenir, quelque soit la nature du droit dont on parle.

La vocation du droit étant de produire un effet dans le monde réel, cet effet ne peut être provoqué que par une action de l'homme. Il est par conséquent assez simple de dire que le droit nait de la nécessité d'une action dirigée de l'homme sur le monde, d'où conduite à tenir (action dirigée = action subordonnée et coordonnée).

Cette dichotomie essentielle entre droit et liberté permettait à la fois de concevoir des libertés se concrétisaient en droits protecteurs et en même temps de concevoir la liberté comme un espace "par défaut" où le droit serait absent en raison de l'absence de nécessité de définir des conduites à tenir.

Proche de la notion de vide juridique, cet espace par défaut peut très rapidement "se remplir" de droit dès qu'il est nécessaire de définir une conduite à tenir, ou en d'autres termes un comportement obligatoire.

Ainsi par exemple, jusqu'il y a peu, je pouvais fumer dans un café, rien ne le réglementait particulièrement. J'étais libre par défaut. Puis une réglementation s'est élaborée en définissant des conduites à tenir évoluant progressivement vers une interdiction pure et simple. Je ne suis plus libre. Mais le non fumeur, lui, a une perception inverse: avant il était soumis à une nuisance, aujourd'hui il en est libéré.

Du côté des droits protecteurs, qui sont l'expression juridique d'une liberté, je crois qu'il est inutile que je vous fasse l'article. Je me contenterais de constater que l'idée de tirer d'un concept philosophie suffisamment précis un droit protecteur applicable s'est montré très efficace.

Cette dichotomie liberté-philosophie/droit-conduite à tenir est toujours opérationnelle, intellectuellement. Rien ne l'invalide.

Mais elle cesse d'avoir une application réelle lorsque, par exemple :

- Les hommes s'éloignent de la philosophie: si l'une des préoccupations essentielles des hommes n'est plus d'être sages, mais de se faire la guerre, gagner de l'argent, produire des biens matériels et les consommer, soigner leur apparence, se divertir, etc le système décrit plus haut perd son fondement.

- En raison de l'augmentation du nombre d'hommes et de la complexification des rapports sociaux, il est nécessaire de multiplier les conduites à tenir (inflation législative) pour éviter les conflits.

- Ou lorsque les hommes renoncent à exercer une action dirigée sur le monde: ils peuvent préférer exercer une action anarchique dans le désir de porter le désordre, ou une action à leur seul profit, sans égard pour les conséquences.

Etc.

En fait, il y a plein de raisons qui peuvent provoquer la crise de notre beau système à produire-du-droit-à-partir-de-la-philosophie-tout-en-restant-dans-le -concret.

Mais, et c'est là que je suis beaucoup plus optimiste que vous ne le pensez: le système marche. C'est nous qui avons l'impression qu'il ne marche plus.

En réalité, il se perfectionne en permanence.

La preuve: le sentiment qu'il y a une sorte de dilution du droit, de brouillage, d'absorption des libertés par des droits subjectifs de pacotille, etc a été identifié par les praticiens qui mettent aussitôt en place des contremesures.

Et vous voyez ainsi tout un peuple de juristes qui interviennent à des degrés divers, les uns ouvrant un blog, comme Eolas, les autres tenant des conférences, comme Carcassonne, ou écrivant des bouquins, ou intervenant au degré plus particulier de l'action: les magistrats, les avocats entre autres comprennent ce qui se passe et en tirent les conséquences dans leurs actes.

Car ce n'est pas une lubie: il y a bien une dégradation de l'idée même du droit qui est ressentie et constatée par le plus grand nombre des juristes et qui est largement perçue parmi les non juristes.

Ce n'est pas être pessimiste que de le constater, c'est juste de la lucidité.

L'avenir nous dira si les contremesures qui se mettent en place parviendront à rétablir le droit dans son véritable rôle et le replacer dans sa profondeur philosophique.

Personnellement je suis très confiant pour une raison très simple que je m'empresse de vous donner: je suis étonné par la capacité d'analyse COLLECTIVE des gens et je n'imagine pas un seul instant qu'avec un tel niveau on puisse échouer.

S'il y a bien un phénomène qui me semble nouveau, c'est celui là et je crois qu'il est inutile que j'insiste sur le rôle extraordinaire d'internet dans cette transformation.

Avant, j'aurais été le premier à vous dire qu'individuellement on est ce qu'on est, mais collectivement on est con, sans aucun doute. Aujourd'hui j'ai changé d'avis et j'aurais même tendance à penser le contraire.

Voilà, je me suis beaucoup éloigné de notre sujet de départ pour en arriver à une conclusion toute simple: une crise conceptuelle n'est pas une crise organique.

158. Le mercredi 10 septembre 2008 à 15:49 par ramses

Droits et devoirs (commentaire 156)

Tout d'abord, un grand merci de n'avoir pas considéré ces propos comme une réflexion de "Café du commerce". C'est en effet un sujet qui mérite, à mon avis, d'être approfondi.

Loin de moi l'idée de vouloir "donner des leçons", je souhaitais seulement proposer une réflexion.

J'aimerais vous rappeler, tout d'abord, la Déclaration Américaine des Droits
et Devoirs de l'Homme (Adoptée à la Neuvième Conférence Internationale Américaine de
Bogota en 1948) :

www.cidh.org/Basicos/Fren...

Les droits et les devoirs y font l'objet de deux chapitres distincts.

Je ne pense pas que l'on puisse les considérer comme "un discours de personnes allergiques à la liberté des autres".

J'aimerais aussi vous faire partager l'excellente réflexion de "l'Insomniaque" (Jean-Nicolas Lacoste) au sujet de la Liberté :

jean-nicolaslacoste.com/2...

"...Ainsi, la liberté ne peut être définie que par référence à la construction de chacun par lui-même avec l’aide des autres. Elle est sans rapport avec le caprice, c’est-à-dire la possibilité de faire n’importe quoi simplement parce qu’on en a envie..."

Enfin, une contribution de BudhaLine (Les droits découlent des devoirs) :

www.buddhaline.net/spip.p...

"...En conséquence on constate que le Buddha prônait le respect aussi bien des devoirs que des droits, en un binôme indissociable, les uns ne pouvant pas aller sans les autres. Mais on remarque également que dans le Dhamma les devoirs priment les droits, non pas que ces derniers aient moins d’importance intrinsèque que les premiers, mais simplement parce que les droits ne découlent, logiquement, socialement et spirituellement, que du respect et de l’accomplissement des devoirs..."

Tout ceci sans aucun esprit polémiste, cher Maître.



Eolas:
Ah, mais qu'on puisse l'écrire, fort bien. Mais juriste je suis. Concrètement, ça donne quoi ? Quelle sanction encourt un citoyen qui violerait l'article XXIX ? « Toute personne a le devoir d'entretenir avec ses semblables des relations permettant à chacun, comme à tous, de former et développer intégra­lement sa personnalité. » J'estime que tel commentateur déplaisant n'entretient pas avec moi des relations permettant à chacun comme à tous de former et développer intégralement sa personnalité. Il manque à ses devoirs fondamentaux. Je peux l'abattre ? Porter plainte pour obtenir sa condamnation sous astreinte à entretenir avec moi des relations permettant à chacun, comme à tous, de former et développer intégra­lement sa personnalité ?

« la liberté ne peut être définie que par référence à la construction de chacun par lui-même avec l’aide des autres.» Non. Ce n'est pas une définition, c'est une limitation. Vous voulez être chrétien ? Mais qu'est ce qui me prouve que le christianisme permet la construction de chacun avec l'aide des autres, hein ? C'est quoi ces réunions entre chrétiens, le dimanche ? C'est de l'égoïsme, du repli sur soi. Interdit. Et la liberté de la presse ? Ce journal ne peut imprimer que des articles permettant la construction de chacun avec l'aide des autres. Cet article hostile au président ne remplit pas cette condition, la liberté de la presse lui est inapplicable. Vous voyez comme c'est facile ?

159. Le mercredi 10 septembre 2008 à 17:59 par ramses

Je conçois qu'il soit difficile d'aborder les "devoirs" dans un blog consacré au droit.

Ma réflexion se situe sans doute dans un monde idéal, où les actes de chacun seraient déterminés par le devoir de ne pas nuire aux droits des autres...

C'est sûrement une démarche plus philosophique que juridique, voire un essai de mise en pratique de convictions religieuses...

Ceci dit, si la Société rappelait plus souvent aux devoirs de chacun, je pense que la Justice aurait moins d'occasions d'appliquer le Droit. Ne serait-ce pas un moyen de faire reculer la délinquence ? Ou tout simplement l'apprentissage du "mieux vivre ensemble" ?

Il me semble que nous vivons dans l'ère de la contestation permanente et que ce n'est pas un facteur de Paix.

Il ne s'agit pas d'abolir les libertés que vous citez, mais de rendre les gens plus responsables de leurs faits et gestes... Vaste programme !

160. Le mercredi 10 septembre 2008 à 18:06 par tschok

@ Aliocha,

(Je suis le fil en pointillé, comme d'hab quoi)

Mais dites moi, votre article a l'air passionnant!

Oserais-je vous demander de pouvoir le lire, d'une façon où d'une autre (le titre du journal qui le publie ou sa copie en mail, à votre convenance, me ferait le plus grand plaisir)?

Je vous propose cette adresse mail: tschoky@hotmail.com.

Si vous en souhaitez une autre, je peux la laisser sur le mail de ce blog.

PS: les journées de Pétrarque sont des rencontres thématiques avec entre intellos en présence du public et diffusées sur France Culture, en été.

Je crois qu'elles peuvent encore être podcastées.

161. Le mercredi 10 septembre 2008 à 18:25 par aliocha

@Tschok : Et tomber ainsi le masque ? N'être plus que moi-même ? Quitter mon beau déguisement de passionaria de la presse ? Abandonner mon pseudo pour l'architecture bien ordinaire d'une identité officielle ? Eteindre la scène, ranger les costumes, ôter le maquillage, allons, Tschok, comme ce serait triste. N'avez-vous jamais observé les comédiens à la sortie du théâtre ? Habillés comme vous et moi, arrachés aux projecteurs et surtout à leur rôle, ils ne sont plus rien qu'êtres ordinaires. Ce sont tous ces sacrifices que vous exigez de moi en demandant à me lire. Comprenez que je ne puisse vous satisfaire. En revanche, si la crise des subprime, ici parfaitement hors sujet, vous intéresse, nous pourrons en parler ailleurs et par exemple là où vous me l'indiquez ;)

162. Le mercredi 10 septembre 2008 à 19:48 par Fantômette

Bonsoir tschok,

Je vous retire avec plaisir l'étiquette de pessimiste que je vous ai sûrement trop vite accolée.

Et vive votre optimisme lucide et rigoureux.

163. Le jeudi 11 septembre 2008 à 19:14 par tschok

@ Aliocha,

Sniff... :(

Bon ben d'accord alors, mais sniff quand même.

@ Fantômette,

Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!

164. Le jeudi 11 septembre 2008 à 19:20 par aliocha

@tschok : Ah non ! Je vous interdis d'être triste, j'ai horreur de faire de la peine. Allez donc voir le rapport de René Ricol sur les subprime remis au Président la semaine dernière, c'est ce qu'on a écrit à mon avis de plus sensé sur cette affaire, en France tout du moins. Et dès que j'ai un instant de libre, on en discute ;)

165. Le jeudi 11 septembre 2008 à 19:53 par tschok

Ah! Enfin une saine lecture à me mettre sous la dent!

Je vais donc croquer du Ricol faute d'Aliocha.

Argn!

www.latribune.fr/v6/pdf/r...

166 pages quand même le bestiau...

166. Le jeudi 11 septembre 2008 à 20:07 par aliocha

@tschok : Bah, ne vous inquiétez pas, si vous ôtez le sommaire, le fac simile de la lettre de mission, la liste des membres directs, indirects, associés, les remerciements, la liste des personnalités hautement qualifiées qui ont été passées sur le grill, les pages de titre, les blancs de présentation et autres fioritures indispensables mais dénuées d'intérêt, la substantifique moëlle de la chose se réduit à une dizaine de pages de synthèse, une quarantaine de développement, et une vingtaine de propositions. Mais chut, ne le répétez pas, j'éblouis depuis des années mes rédacteurs en chef en lisant ce genre de choses en 30 minutes top chrono et en synthétisant en moins d'une heure. De l'intérêt d'avoir été formée dans une fac de droit à dévorer des tonnes de papier en un temps record....

167. Le jeudi 11 septembre 2008 à 20:53 par tschok

Je vais lire ça.

Mais je ne garantis pas les 30 mn top chrono à cette heure ci.

L'abstraction monétaire me passionne, je crois qu'on est en plein dedans, non?

Non, surtout ne répondez rien: je lis d'abord on cause après. Quand not busy.

168. Le mardi 16 septembre 2008 à 12:07 par LIOVA

Bas les masques ! il n'y a pas si longtemps, seul DIEU (pour ceux qui y croyait) avait le pouvoir de montrer son image et de s'adresser à la multitude !
Aujourd'hui, la télé donne ce pouvoir à toutes les femelles et mâles dominants prêts à tout pour accéder à ce pouvoir éxhorbitant sur leurs semblables !
Dans l'histoire de l'humanité, au pouvoir obtenu par la violence barbare a succédé le pouvoir obtenu par l'accumulation du capital consolidé et pérénisé par le droit de propriété (dont l'origine est aussi bien souvent issue de l'accaparation par la violence et la barbarie).
Depuis la découverte et le développement de la technologie des médias, nous avons le pouvoir médiatique de tous ceux qui causent dans le poste ou la télé .
Ce pouvoir médiatique qui apporte de manière directe ou indirecte : pouvoir, notoriété , et argent .
Si la démocratie c'est avant tout l'équilibre des pouvoirs, quel est le contrepouvoir du téléspectateur face à la centaine de journalistes, animateurs en tout genre, et soi-disants artistes que l'on voit se répandre partout et pas seulement à la télévision (radio, magazines...) ?
Cette centaine d'hommes et de femmes dont l'égo surdimentionné selon l'expression consacrée n'hésitent pas de surcroit à "se recevoir" afin de parler d'eux , afin que la masse n'ignore rien de leur goût, de leur enfance, de leur régime...
Et Ce sont ces gens là qui osent faire des procès quand ils estiment qu'il est porté atteinte à leur vie "privée" !!!!!
L'homme ou la femme politique passe par la sélection du parti en démocratie, puis par l'election .
C'est loin d'être parfait, mais c'est l'electeur qui choisit le mâle ou la femelle dominante qui va gouverner et c'est ce même électeur qui va pouvoir le chasser à l'élection suivante!
A mon humble avis, tout homme ou femme accedant au médias devrait être soumis(e) à des règles déontologiques trés rigoureuses ce qui ne me semblent pas possible!
Il ne reste donc qu'une seule solution : la seule limite à ne pas dépasser pour ces gens là devraient être la diffamation c'est à dire la révélation de fausses informations sur leur personne !
Pour le reste, on a jamais obligé personne à devenir le débiteur d'eau tiede du 20H!

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