Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Quelques propos un peu en vrac

► Actualité

La presse l'annonce, mais pas toujours de manière claire. Peu importe, mes lecteurs auront rectifié d'eux même. Pour vous confirmer que vous aviez tout bon, voici le processus judiciaire ayant amené à la remise en liberté (provisoire) d'Yldune Lévy dans l'affaire des terroristes des caténaires invisibles ou je sais plus quoi.

— 8 janvier : le juge d'instruction Thierry Fragnoli procède à l'interrogatoire de Mlle Lévy. Son avocat, peut-on supposer, dépose peu après (le lendemain ?) une demande de mise en liberté. Il a cinq jours pour y faire droit ou l'envoyer au juge des libertés et de la détention en lui demandant de la refuser.

— Le juge transmet la demande au parquet qui donne son avis ( « Gnan ! »).

— Le mercredi 14 janvier, le juge d'instruction décide de la remise en liberté sous contrôle judiciaire, estimant que la détention n'est plus la seule façon de garantir la sauvegarde des intérêts figurant à l'article 144 du CPP . La décision est notifiée au parquet.

— Dans les quatre heures qui suivent, le parquet interjette appel et forme un « référé détention ». L'ordonnance de remise en liberté est suspendue, et le premier président de la cour d'appel ou tel conseiller qu'il désignera à cette fin a trois jours ouvrables pour examiner s'il y a lieu de suspendre la mesure jusqu'à l'audience de la chambre de l'instruction qui statuera sur le fond de la question de la liberté. Le délai expirait donc lundi.

— Aujourd'hui 16 janvier, le conseiller délégué par le premier président a examiné le référé liberté et a estimé, après avoir ouï les parties (le parquet général et l'avocat de la défense) qu'il n'y avait pas lieu de suspendre cette ordonnance, avant de renvoyer l'affaire à l'audience de vendredi prochain 23 janvier, où notre héroïne se présentera libre.

— Dernier épisode le 23 janvier, où la cour pourra soit confirmer la remise en liberté, le cas échéant en modifiant le contrôle judiciaire, ou infirmer l'ordonnance et ordonner le retour en détention en délivrant mandat de dépôt.


► Presse : qu'est-ce qu'un journaliste ?

Une de ces merveilleuses controverses hors sujet est née sous mon billet précédent sur la question de savoir si l'article que je cite est du journalisme, son auteur n'étant pas journaliste professionnel mais chercheur au CNRS.

Aliocha, gardienne du temple, fronce le nez (qu'elle a ravissant) :

un chercheur au CNRS ne se transforme pas en journaliste par le seul fait qu'il écrit dans un journal, pas plus qu'un directeur juridique ne deviendrait avocat en assistant son client devant le tribunal de commerce. Si l'on admettait votre théorie, alors n'importe quel ministre publiant une tribune dans ce même journal pour expliquer sa politique deviendrait de facto journaliste, je ne sais pas vous, mais moi ça me gêne un peu intellectuellement.

Elle a raison, mais moi aussi.

Qu'est-ce qu'un journaliste ?

Le droit n'apporte qu'une réponse… juridique. L'article L.7111-3 du Code du travail donne la définition du journaliste professionnel :

Est journaliste professionnel toute personne qui a pour activité principale, régulière et rétribuée, l'exercice de sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques ou agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources.

L'article L.7111-5 enfonce le clou dans mon cercueil :

Sont assimilés aux journalistes professionnels les collaborateurs directs de la rédaction, rédacteurs-traducteurs, sténographes-rédacteurs, rédacteurs-réviseurs, reporters-dessinateurs, reporters-photographes, à l'exclusion des agents de publicité et de tous ceux qui n'apportent, à un titre quelconque, qu'une collaboration occasionnelle.

Patrick Weil n'est donc pas journaliste. Professionnel.

Car c'est en réalité cet épithète que réglemente le code du travail avant de préciser les adaptations du code du travail au journaliste professionnel (dérogation au droit de la propriété intellectuelle lui permettant de céder forfaitairement ses œuvres futures ; clause de conscience lui permettant d'être licencié pour cause économique en cas de changement de direction du journal…). C'est ces critères qui ouvrent droit à la délivrance de la carte de presse, de son vrai nom carte d'identité professionnelle des journalistes (art. R. 7111-1 du Code du travail).

En dehors de cette activité professionnelle principale, on peut néanmoins faire du journalisme, et dès lors, être qualifié de journaliste. C'est ce que j'entendais.

Car on est journaliste quand on écrit un article destiné à publication dans la presse. Un article est :

— Une œuvre de commande. La commande précède l'œuvre. Ce peut être une initiative du rédac'chef (« Aliocha, fais moi trois feuillets sur l'affaire Madoff, pour avant-hier ! ») ou une proposition acceptée (« Chef, ça vous dirait, un article sur la tremblante du poisson rouge ? — Fonce, Coco, fais moi quatre feuillets ! »), ou une commande renouvelée tacitement (« Aliocha, je veux chaque jeudi une rubrique d'un feuillet sur “droit et charcuterie”. ») mais l'article n'est pas écrit avant cet aval de principe. Sinon, c'est une tribune, ou un éditorial. Voilà un des critères qui différencie le blog du journalisme : le blogueur est libre de son sujet.

— Dans un format imposé. Je cite une professionnelle :

Un article de presse (…) s’inscrit dans un journal et à l’intérieur d’une rubrique, ce qui impose de respecter un certain nombre de contraintes. Chaque chef de rubrique (International, politique, société etc.) dispose d’un nombre de pages déterminé, lesquelles sont divisées en plusieurs emplacements de différents formats. Ce sont les contraintes de maquette. Pour qu’un journal soit lisible en effet, il faut qu’il soit organisé, le format des articles est donc prédéterminé. Inutile d’envisager de modifier la maquette, allonger ici, raccourcir là, elle est fixe, il faut donc s’adapter. Cela suppose de sélectionner les informations car on ne pourra pas toutes les traiter puis de les hiérarchiser, autrement dit de décider quelle importance on va accorder à chacune.

La principale caractéristique de ce format étant d'être toujours trop court ce qui oblige à une douloureuse synthèse et un difficile élagage. Autre différence avec le blogueur, qui n'a aucune contrainte d'espace pour ses billets hormis la patience de ses lecteurs.

— Sur un sujet lié à l'actualité.

Entendons-nous bien. Si pour les quotidiens, c'est nécessairement l'actualité immédiate, mais cela peut aussi être l'actualité de disciplines précises. La science, ou même l'histoire peut être de l'actualité. Je ne dénierai pas à Historia le caractère d'organe de presse, mais même un dossier sur Byzance fera état des plus récents travaux en la matière.

Un chercheur au CNRS qui écrit, dans la matière qu'il connaît, un texte qu'on lui a demandé, devant tenir sur deux pages pleines, moins les illustrations et encadrés, réagissant aux chiffres publiés par le gouvernement sur cette matière ne fait pas un travail de recherche, mais de journalisme. Ça n'en fait pas un journaliste professionnel, il n'aura pas droit à la carte de presse, mais ce qu'il a fait, c'est du journalisme. Et, je maintiens, du bon.


► Excuses et regrets.

Enfin, sur le front de ce blog.

Mon activité professionnelle et l'afflux des commentaires font qu'il m'est impossible de répondre à tout le monde, ou de m'investir dans des discussions. J'en suis désolé et prie mes lecteurs de m'excuser. J'ai toujours dit et je maintiens que je ferai toujours passer ma vie privée et mon activité professionnelle avant ce blog. Et elles ne me laissent guère de temps en ce moment. J'implore votre compréhension et votre patience. Merci de continuer à vous écharper sans moi. Et si un Troll venait à pointer le bout de son vilain nez pointu, merci de me le signaler. Ma vigilance peut parfois s'en ressentir.

Commentaires

1. Le vendredi 16 janvier 2009 à 17:45 par villiv

"Aliocha, gardienne du temple, fronce le nez (qu'elle a ravissant)"

"Et si un Troll venait à pointer le bout de son vilain nez pointu, merci de me le signaler"

pourquoi autant d'histoire de nez ?

2. Le vendredi 16 janvier 2009 à 18:12 par Abadir

Mes obligations familiales et professionnelles me laissent un peu éloignées de votre blog ... mais tout le monde s'en fiche... Cruelle différence entre notre hôte et moi ! Plus sérieusement : bravo Steevy et vive la liberté ! Encore plus sérieusement : reviens Aliocha !

3. Le vendredi 16 janvier 2009 à 18:13 par Abadir

Euh, Eolas, zavez vu mon nez ?! Ben quoi, y's'repère de loin ! On sait jamais !

4. Le vendredi 16 janvier 2009 à 18:14 par Marie-Christine BLIN

@ Abadir

vous êtes plusieurs dames sous ce pseudonyme ?

5. Le vendredi 16 janvier 2009 à 18:17 par OlivierJ

Maître, si je puis me permettre, il n'est vraiment pas nécessaire que vous présentiez des excuses, car c'est déjà une belle performance que d'arriver à tenir ce blog avec votre métier et votre vie familiale. Celui qui songerait à vous reprocher une présence moindre aurait un sacré toupet.

6. Le vendredi 16 janvier 2009 à 18:24 par L Harting

A propos d'Yldune Lévy : sait-on ce qui a motivé le délai entre son incarcération et son audition par le juge d'instruction (en gros : 2 mois)? Merci d'avance.

7. Le vendredi 16 janvier 2009 à 18:31 par Matth

Tout est toujours histoire de nez : "Le nez de Cléopatre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé." (Pascal)

Pour revenir au cas de M. Weil n'est ce pas plutôt lui qui a écrit son texte puis l'a proposé au Monde? Ce qui excluerait la commande préalable et par la même sa qualité de journaliste (même si je reconnai que son article n'était pas mauvais)?

8. Le vendredi 16 janvier 2009 à 18:35 par v_atekor

Merci de continuer à vous écharper sans moi.

C'est moins drôle, mais les intervenants font du zèle.

9. Le vendredi 16 janvier 2009 à 18:38 par Matth

Mes excuses par avance pour ma faute, billet 7...

10. Le vendredi 16 janvier 2009 à 18:42 par QDI

Pas la peine de vous excuser Maître, vous nous apporter déjà beaucoup !

Je me permettrai simplement de signaler une petite faute d'orthographe :

"C'est ces critères qui ouvrent " -> "Ce sont ces critères..." non ?

Bon courage !

11. Le vendredi 16 janvier 2009 à 19:15 par Salomon Ibn Gabirol

Donc, si j'ai bien tout compris, vous faites du blogisme mais vous n'etes pas blogueur (ou bloguiste). En tout cas, pas professionel. Correct?

Sinon, je suis entierement d'accord avec vous deux. Il n'est pas journaliste, il fait, à l'occasion de cet article, du journalisme. Quand je répare moi-meme mon evier qui fuit, je ne suis pas plombier, je fais de la plomberie.

Cela dit, pour que l'activité du non-journaliste, ou du journaliste occasionel et non-professionel puisse etre qualifiée de "journalisme", il faut nécessairement que le résultat soit bon, voir tres bon. Patrick Weil ne peut pas faire de mauvais journalisme, puisqu'il n'est pas journaliste. Si son travail est bon, alors tout non-professionel qu'il soit, ce travail sera assimilé a du journalisme. Malgré ce que la presse nous offre chaque jour, il existe une presomption, sinon une attente de bon journalisme de la part des professionels.

12. Le vendredi 16 janvier 2009 à 21:42 par Fanfan

Non, non et non ! Patrick Weil ne saurait être qualifié de "journaliste", même non professionnel, au seul motif qu'il apporte une contribution à un journal. Vous vous fondez sur des critères formels liés à l'esthétique de la réception (ce en vue de quoi on écrit) en négligeant totalement l'essentiel, à savoir ce qui fonde en amont le texte de Weil : ses connaissances et son point de vue de spécialiste. Aucun journaliste n'aurait pu rédiger avec la même autorité un article aussi documenté, quel que fût par ailleurs son talent... de vulgarisateur généraliste. Rendons à la science ce qui lui appartient : Normale Sup' n'est pas le CFJ ! Mais nous sommes d'accord sur le principal : excellent texte, excellent chercheur, depuis bien longtemps...(En passant, "épithète" est un nom féminin.)

13. Le vendredi 16 janvier 2009 à 21:46 par Axonn

Sur votre absence périodique : pas grave, puisque vous avez trouvé de bons invités. C'est sympa les débats contradictoires de qualité parmi les articles d'un même blog.

Peut-être que la chasse au troll peut être simplement résolue pendant vos absence en donnant aux invités de confiance le pouvoir d'intervenir dans les commentaires de tous les billets.

14. Le vendredi 16 janvier 2009 à 22:21 par Xa'

"Le nez d'Aliocha, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé"

15. Le vendredi 16 janvier 2009 à 22:27 par Caroline

Aujourd'hui 16 janvier, le conseiller délégué par le premier président a examiné le référé liberté

Ce ne serait pas plutôt le référé détention? (je pinaille peut-être...)

16. Le vendredi 16 janvier 2009 à 22:41 par Marion Dubalais

c'est moi le troll, venez me plaquer par la taille, et je serai la plus heureuse du monde

17. Le vendredi 16 janvier 2009 à 22:48 par Christine

Vous omettez la question de la rétribution de l'auteur d'un article par le journal dans lequel cet article est publié. Le journaliste, me semble-t-il, vend un texte à un journal (en échange de salaire, pige etc...). Et en l'occurrence, ce n'est pas Le Monde qui rétribue M. Weil, mais le CNRS. L'article de M. Weil participe de ce point de vue d'une des missions qui est assignée aux chercheurs, qui est de contribuer à la "valorisation et la diffusion de la recherche" (soit, en traduction, de produire des articles destinés au grand public).

L'occasion de prendre la défense de cette vénérable - et menacée - institution qu'est le CNRS ne se présentant guère en ces temps troublés, j'en profite pour rendre hommage non pas tant au Monde que vous félicitiez dans votre précédent billet, mais bien au CNRS payé par les deniers du contribuable. Rendons à César ce qui est à César!

18. Le vendredi 16 janvier 2009 à 22:52 par Bardamu

"Excuses et regrets"

d'une part vous n'avez pas à vous excuser (ce dont d'ailleurs vous vous justifiez : famille et boulot avant bloging), vous ne semblez d'ailleurs rien regretter (on regrette d'avoir mal agi, vous avez trop d'orgueil pour ça je crois...),

d'autre part j'ai quant à moi beaucoup apprécié cette période de délégation du blogs à des collaborateurs que j'apprécie peut-être plus que vous en un sens précis : j'aime cette idée d'un blog à plusieurs voix, qui ne soit pas la tanière d'Eolas et de ses seuls amis. Que vous en soyez l'hôte est tout à fait heureux, mais je regrette que vous ayez la mauvaise habitude de bien faire sentir que c'est vous le proprio : ainsi ce billet à mon sens inconvenant sur le papier de P Weil dans le Monde - vos lectures et recommandations culturelles n'ont pas à faire l'objet d'un billet autonome auquel on aurait à réagir. C'est typiquement le genre d'épanchement égotiste qui est le moins intéressant dans les blogs - si l'on parle de soi ici c'est toujours en vue d'un sujet qui dépasse son cas personnel, pour nourrir une discussion collective.

Quoi qu'il en soit, ne voyez dans ce message nulle hostilité ni rappel à l'ordre (lequel en effet ?). Je vous apprécie énormément, non pas tant pour ce que vous êtes (ni pote ni parent) mais pour ce que vous permettez d'exister (votre impulsion est donc indéniable et nécessaire, il est bon qu'elle s'éclipse parfois).

19. Le vendredi 16 janvier 2009 à 23:45 par PAF (le chien)

@ 17 (Christine)

Vous écrivîtes entre autres :

« (...) contribuer à la "valorisation et la diffusion de la recherche" (soit, en traduction, de produire des articles destinés au grand public). »

Je dirais que la traduction est encore plus prosaïque que ça : « publier » remplit tous les critères de contribution demandés aux chercheurs.

Écrits scientifiques, il va de soit, et si possible dans le cadre de leurs recherches, pour la crédibilité et donc le financement de leurs laboratoires, sans parler de l'avancement dans leurs carrières. Mais c'est une dimension implicite de la profession, il me semble.

Le lectorat, lui, n'a que peut d'importance et est au contraire, en général, très spécialisé, ainsi que les revues dans lesquelles ils publient ;)

20. Le vendredi 16 janvier 2009 à 23:48 par Cobab

L. Harting (n° 6) : « sait-on ce qui a motivé le délai entre son incarcération et son audition par le juge d'instruction (…) ? » une histoire de tendreté je pense

21. Le samedi 17 janvier 2009 à 00:03 par Christine

@Paf le chien

Non, la "valorisation de la recherche" qui est demandée aux chercheurs réfère explicitement à une production (sous forme de publications ou de conférences) à destination du grand public.

22. Le samedi 17 janvier 2009 à 00:52 par velourine

bonsoir Maitre bonsoir tous

les états généraux de la presse les débats les propositions faites par le SNJ lèvent le voile sur la grave crise de confiance que traverse la presse aujourd'hui . si il y a quelques années j'avais une idée de ce qu'était un bon journaliste aujourd'hui je me pose la question.

je souhaite à tous un bon week end et particulièrement à vous Maitre que je ressens un peu fatigué ( vos écrits et surtout vos commentaires sont moins vifs ce qui d'ailleurs me plait davantage.)

23. Le samedi 17 janvier 2009 à 01:18 par jijin

bonjour/bonsoir,

je me demande pourquoi tout ce bavardage sur la qualité de journaliste ?

un chercheur publie dans des revues, ce qui ne fait pas de lui un journaliste. Et, un journaliste, trop souvent, rédige à partir de dépêches. Cela fait-il de lui un journaliste ?

A mon sens, ce qui qualifie le plus un journaliste, à la vue des éclaircissements d'Eolas, c'est son habitude de la collecte d'informations et ne pas les analyser lui-même en profondeur : de collecter à l'instar de l'information les analyses, correspondances et similitudes, anecdotes et rappeler au lecteur tout les points de vue, les annoter et les commenter. Avoir un avis aussi.

Le Monde Diplomatique par exemple publie assez peu de journalistes et beaucoup de maîtres de conférence. Et pour autant que de nombreux articles traitent de l'actualité, très rare sont ceux sur l'actualité quotidienne et anecdotique. Au contraire. Le Diplo, par contre, ne parait que tout les mois et ses articles remontent généralement sur plusieurs années de faits ce qui implique une absence des actualités récentes.

Nous avons besoin de journalistes analysant succinctement et rapidement. Néanmoins, ne se font-ils pas rares entre les enjoliveurs de dépêches et les partisans propagandistes... ?

24. Le samedi 17 janvier 2009 à 05:42 par Esurnir

Franchement vous n'avez pas honte de martiriser ces pauvres diptères avec cette question sur la qualité de journaliste ?

25. Le samedi 17 janvier 2009 à 08:34 par Capricialie

A bardamu,

Juste pour vous dire que le fait de faire part de ses lectures "personnelles" n'est en rien égoiste, bien au contraire ! Depuis le début maître nous fait partager ses coups de coeur et ses coups de gueule, avec un angle de vue sur les faits souvent bien éclairant. Il parle d'un article qu'il a aimé avec la même logique qu'il parle d'un procès qui l'a ému, ou d'une actualité qui le révolte...C'est le sens même d'un blog. Et de celui-là,je refuse absolument qu'on dise qu'il est orgueilleux : lui qui nous renvoie si souvent sur des blogs d'autres avocats pour des articles qu'il loue, quel intérêt y trouve-t-il ? Il y a au contraire une certaine humilité dans la démarche. Et une envie de partager son plaisir à le vue d'une belle chose, touchante ou intelligente.

26. Le samedi 17 janvier 2009 à 08:48 par jugedeTA

"Eolas: On pleure le juge d'instruction, un peu de respect ! LE CG a juste changé de nom."(in billet précédent):

Si la CEDH condamne la France ( procédure en cours devant la CEDH affaire "UFC Que choisir") au titre du droit au procès équitable pour la transmission de la note du magistrat rapporteur au CG, ce sera la fin de cette institution (nb: le CG ne pouvant matériellement refaire sur 40 à -60 affaires par audience ce que le rapporteur a fait sur 8 à 15 affaires) Il m'intéresserait dans ce cas de figure, de connâitre votre avis de ce que pourrait être le procès administratif dans cette nouvelle configuration.

27. Le samedi 17 janvier 2009 à 09:25 par GPS

« Pour que l'activité du non-journaliste, ou du journaliste occasionnel et non-professionnel puisse être qualifiée de "journalisme" », explique Salomon Ibn Gabirol (11), « il faut nécessairement que le résultat soit bon, voir très bon. Patrick Weil ne peut pas faire de mauvais journalisme, puisqu'il n'est pas journaliste. »

Nous avons donc enfin une définition consensuelle de ce qu'est un (vrai) journaliste : c'est quelqu'un dont les journaux publient de mauvais articles. Il en résulte inflexiblement que plus la rédaction d'un journal sera composée de journalistes professionnels, titulaires de la carte, pire sera le contenu de ce journal.

Cette intuition remarquable est confirmée par la vision des journaux télévisés, entièrement confectionnés par des journalistes professionnels. Quant à la radio, je réserve mon commentaire.

Cette idée recoupe celle, avancée ailleurs, de l'incompétence en quelque sorte constitutive des journalistes : un journaliste, étant le contraire d'un spécialiste, sera d'autant meilleur qu'il connaît moins ce dont il traite. Ce n'est pas entièrement faux : écrivant pour les lecteurs du journal, il en est en quelque sorte le représentant, d'où une posture volontiers affichée de « Candide ».

Mais en réalité il n'est pas indispensable d'être ignorant d'un sujet pour se mettre à la place de ceux qui le sont. Expliquer, rendre clair, mettre à la portée, ce pourrait même être cela, le journalisme. Ce que font souvent les remarquables billettistes d'ici. (Mais, oui, je sais, ils ont toute la place qu'ils veulent, il leur manque la contrainte et la hiérarchie d'une rédaction en chef. Au fait, un rédacteur en chef est-il journaliste ?)

Christine, elle (27), soulève « la question de la rétribution de l'auteur d'un article par le journal dans lequel cet article est publié ». Et elle ajoute : « En l'occurrence, ce n'est pas Le Monde qui rétribue M. Weil, mais le CNRS. »

Qu'en sait-elle ? Il ne me paraîtrait pas anormal que M. Weil fût rémunéré sous forme de pige pour son travail, à la fois copieux, et distinct de celui que rétribue le traitement que lui alloue le CNRS. Les vrais-journalistes-professionnels pourraient, à défaut d'un tel paiement, s'indigner de cette concurrence déloyale, où des bénévoles surdiplômés leur ôtent le pain de la bouche et l'espace dans la pagination.

28. Le samedi 17 janvier 2009 à 10:26 par Christine

@GPS

Je n'en sais évidemment rien, je le suppose, pour deux raisons: la première étant, comme je l'expliquais, que ce genre de travail fait partie des missions assignées au chercheur, et la seconde que je doute que P. Weil, dont j'avais le sentiment qu'il est quelqu'un de très engagé dans la dénonciation de la politique de l'immigration, se fasse payer une telle opportunité de faire valoir son analyse/opinion.

Cela pose d'ailleurs un autre problème : est-ce que M. Weil parle en tant qu'expert (auquel cas on se rapproche de la définition du journalisme tel que l'entend Maître Eolas), ou en tant que chercheur engagé (et là, on est dans l'opinion)? Il aurait été intéressant de savoir dans quelle partie du journal papier le texte a été publié (opinions, analyses, articles informatifs du journal).

29. Le samedi 17 janvier 2009 à 12:03 par aliocha

@Christine : vous touchez là un point fondamental qui fait que je ne suis toujours pas d'accord avec l'analyse d'Eolas : un chercheur au CNRS n'est pas journaliste et ne fait pas non plus de journalisme en écrivant dans un journal, il livre une opinion d'expert, ce qui est à l'opposé d'un article de presse censé être factuel et objectif. Et pour répondre à votre interrogation sur son éventuelle rémunération, non, les contributeurs extérieurs ne sont pas rémunérés, ils sont trop heureux d'obtenir une tribune d'expression, a fortiori dans un journal aussi prestigieux. Il fut un temps où je gérais une rubrique juridique dans un quotidien, mon travail consistait à écrire moi-même des articles d'actualité et à commander également des avis d'expert par exemple à des avocats ou des professeurs d'université, je leur demandais une analyse d'un point de droit en lien avec l'actualité, pas un reportage de terrain. Ils ne se sentaient pas journalistes et pour rien au monde n'auraient voulu l'être, ils n'avaient pas non plus le sentiment de faire du journalisme (à mon avis ça les aurait mortifiés qu'on leur dise ça) ils apportaient simplement leur contribution d'experts.

30. Le samedi 17 janvier 2009 à 15:05 par PAF (le chien)

@21 (Christine)

Je vois mal certains sujets de recherche pouvoir être vulgarisés à destination du grand public (mathématiques, physique théorique, etc.). Par contre leur diffusion à des pairs est indispensable pour leur validation et donc leur valorisation, ainsi que le dépôt de brevets.

Mais si vous dites que cette valorisation auprès du grand public est explicite, je ne peux que vous croire... et me poser des questions sur leur réelle « valeur ».

31. Le samedi 17 janvier 2009 à 15:36 par X.

@juge de TA

Vu les quelques affaires en stock d'ici 4-5 ans: - Le RP (ex CG) ne participera plus au "prédélibéré" ni aux SI (en Cour et au CE), - La note du rapporteur sera systématiquement communiquée aux parties et au RP, - le RP devra communiquer systématiquement le sens des conclusions (il est prévu une extension de SAGACE en ce sens)...

Sur le fond je pense que l'on y gagnera: meilleure contradiction sur le ou les points importants du dossier et non 45 pages sans intérêt réel parce que l'avocat pense que le poids fait gagner

Maintenant la période d'adaptation avec ce <CENSURE> de CE qui ne pense qu'à lui s'annonce pire que houleuse...

Sur la forme: les SI, systématiques et faisant l'objet d'une information (l'audience dans 4 semaines !, avis envoyé 1 mois avant avec OCI intégrée à cette date - 7 jours), auront lieu normalement 2 mois avant l'audience: le RP ayant 15 jours, et les parties 15 jours (ce qui l'aisse un peu de marge)... En dehors des affaires urgentes cela ne pose pas de réel problème...

C'était ma boule de cristal :) !

32. Le samedi 17 janvier 2009 à 16:18 par GPS

@ Christine

En vertu de quoi écrire un article dans Le Monde fait-il partie des « missions assignées au chercheur » ? Ah ? Pas seulement dans Le Monde ? Vous voulez dire que n'importe quel organe de presse peut à volonté se tourner vers n'importe quel chercheur en lui enjoignant, d'un ton sans réplique, de remplir gratuitement ses colonnes ?

Un chercheur a le devoir, j'imagine, de rendre compte de ses recherches et de leurs résultats auprès de ses pairs, dans des revues spécialisées. Il peut d'autre part estimer de sa responsabilité sociale de prendre part au débat public, en y exprimant son opinion, appuyée ou non sur sa compétence scientifique.

Mais il ne s'agit pas de cela. L'article de P. Weil n'est pas une tribune. C'est une commande. Le fait qu'il prenne position, et même assez nettement, ne lui ôte pas sa qualité d'article de presse : il est assez fréquent que des articles, même écrits par des professionnels encartés, soutiennent des opinions, ouvertement, sous forme d'éditorial, ou sournoisement, au moyen de procédés rhétoriques divers.

Par la commande de cet article, Patrick Weil acquiert, de façon indiscutable, la qualité de pigiste au journal Le Monde. Provisoirement, certes. C'est le lot des pigistes.

Cependant, à vous en croire, il y aurait deux sortes de pigistes au Monde : ceux qu'on paie, et ceux qu'on ne paie pas, ces derniers étant invités à se satisfaire de la gloire de paraître dans le quotidien de référence, celui-là même que je ne sais plus qui a appelé plaisamment « L'Officiel du spectacle ».

Bien entendu, ce salaire optionnel par la gloire ne vaut que pour les pigistes. Les membres permanents de la rédaction, quant à eux, qu'ils expriment une opinion ou rédigent un reportage, sont normalement payés. Nous voilà rassurés.

33. Le samedi 17 janvier 2009 à 18:01 par verbeux

Le fisc sait, lui, précisément ce qu'est un journaliste professionnel. C'est le contribuable qui déduit 7650 euros de ses revenus annuels imposables, arguant de son "activité principale, régulière et rétribuée" pour une entreprise de presse, au titre d'une activité relevant de la convention nationale des journalistes. Voilà. Même pas besoin d'une carte de presse pour faire valoir cet avantage (ce privilège?).

Eolas:
Si : cet abattement est réservé aux titulaires de la carte de presse (pourquoi Delarue la veut-il encore, à votre avis ?)

34. Le samedi 17 janvier 2009 à 20:40 par Christine

@Paf Le Chien

Pas forcément, voir par exemple des événements comme la fête de la science, pour laquelle les chercheurs sont régulièrement sollicités, ou encore l'université de tous les savoirs qui organise régulièrement des cycles de conférence (disponibles en ligne ici)

@Aliocha

Merci pour cette confirmation sur le point de la rémunération, et je vous suis sur le fait qu'un chercheur n'est pas un journaliste (il n'a pas le même statut et ne parle pas du même lieu). Je suis un peu plus dubitative sur sa qualité "d'expert"... Disons qu'il propose des analyses argumentées qui contribuent au débat.

@GPS

Je n'avais parlé de la rémunération que pour signaler que l'article de M. Weil n'était pas de ce point de vue redevable au Monde. Souffrez par ailleurs que des chercheurs participent au débat public par le biais de leur recherche, et ils le font d'ailleurs non pas gratuitement, mais avec vos sous et les miens, c'est ce qu'on appelle le service public. Si vous avez envie d'y voir des pigistes qui travaillent pour la gloire, libre à vous.

35. Le samedi 17 janvier 2009 à 22:09 par Citoyen mitoyen

Patrick Weil n'est pas un journaliste professionnel, au même titre que Me Eolas n'est qu'un avocat... mais pourtant ils font tous les deux du "journalisme citoyen". Je sais que ce terme, "citizen journalism" à l'origine, fait bondir pas mal de personnes mais c'est pourtant celui qui qualifie le mieux leur démarche.

Le rapport We Media définit le journalisme citoyen comme l'action de citoyens « jouant un rôle actif dans les processus de récupération, reportage, analyse et dissémination de l'actualité et de l'information », avant d'ajouter que « Le but de cette participation (des citoyens) est de fournir des informations indépendantes, fiables, précises, diverses et appropriées nécessaires à une démocratie. »

Je rappelle à ce titre que ce droit est donné par l'article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »

Pour les anglophones, je vous conseille de lire la page Wikipedia à ce sujet, laquelle est sourcée je vous rassure... On y apprend notamment que le journalisme citoyen est né aux Etats-Unis après que des journalistes professionnels aient eux-mêmes remis en question leur profession et leur capacité à couvrir, comme il se doit, des événements tels que les élections présidentielles américaines de 1988. Ces mêmes journalistes ont alors voulu apporter un véritable contre-poids aux pouvoirs en place (politiques et financiers) et regagner la confiance qu'ils avaient perdu de la part du grand public.

C'est, je pense, précisément la démarche de Patrick Weil lorsqu'il publie ses articles dans Le Monde, il n'est plus alors un simple chercheur mais bien un journaliste citoyen. Et c'est aussi la démarche de Me Eolas lorsqu'il commente et analyse l'actualité judiciaire, ou qu'il tire les bretelles de son amie la presse.

Internet a remplacé les imprimantes rotatives et il faut faire avec. Aussi, plutôt que défendre bec et ongles leur statut professionnel de journalistes, ceux-ci devraient au contraire méditer sur cette phrase, encore une fois issue de We Media : « Historically, journalists have been charged with informing the democracy. But their future will depend not on only how well they inform but how well they encourage and enable conversations with citizens. That is the challenge. »

36. Le dimanche 18 janvier 2009 à 00:28 par Bardamu

@ Capricialie : que vous refusiez que l'on qualifie Eolas d'orgueilleux ne m'intime aucunement. Qu'il loue les autres est une chose, qu'il n'est pas une opinion moyenne de lui-même une autre. Si l'on se mettait à critiquer les parenthèses de chacun, on irait pas loin. Allons plus loin : au fond. Non, le sens d'un blog n'est pas de "faire partager ses coups de coeur". C'est une définition que vous imposez sans la justifier. Je précise d'ailleurs que c'est une tendance (l'égotisme) inhérente aux blogs : vous ne visez donc pas juste. Mon propos est le suivant : le prix de ce blog n'est pas réductible à la subjectivité du "maître de ses lieux" comme disent les aficionados. Son prix est qu'il donne accès à ce que sans lui on ne pourrait avoir. Ce sont des analyses de droit, des points de vue informés, un espace de dialogues entre pratiquants du droit, voire entre néophytes. Eolas en lui-même ne m'intéresse pas, il le sait d'ailleurs fort bien (que sait-on de lui ? peu de choses et c'est très bien ainsi). J'ai partant une grande préférence pour cette idée de blogs à plusieurs voix, sans auteur unique assumant l'autorité (la caricature étant le ponte Assouline qui ne lit pas les réactions ni ne réagit : ceux qui y vont sont intéressés par la personnalité de cet bonhomme qui délivre ses petits jugements sur la littérature). C'est peut-être d'ailleurs pour ça qu'il y a deux types de blogueurs : ceux qui se content de lire les billets officiels et ceux qui s'amusent comme des petits fous à multiplier la discussion dans le back office, reprenant à grande vitesse la belle tradition médiévale des gloses. J'ai bien conscience que je ne m'adresse qu'à une catégorie, ne souhaitant point blesser l'autre.

37. Le dimanche 18 janvier 2009 à 00:35 par Wike

@aliocha : si la seule excuse qui empêche un chercheur du CNRS de faire du journalisme, c'est le point de vue "factuel et objectif", j'aimerais bien voir ce point de vue "factuel et objectif". L'objectivité n'est d'ailleurs ni vraiment atteignable ni vraiment souhaitable, sinon les lecteurs n'auraient pas choisi le journal.

38. Le dimanche 18 janvier 2009 à 01:22 par GPS

@Christine

Il aurait fallu le faire plus tôt, mais je viens seulement de me reporter à l'édition du journal Le Monde datée du jeudi 15 janvier 2009.

Voici comment l'article (ou plus exactement la double page) de Patrick Weil y est présenté :

« Patrick Weil, dont les recherches font autorité, a enquêté pour « Le Monde » sur la politique du gouvernement (...) »

Enquêter pour « Le Monde », ce n'est pas exprimer son opinion dans « Le Monde », ni faire profiter les lecteurs du « Monde » de son travail de chercheur.

C'est écrire un article. Spécialement. Faire le journaliste. Donc, être rémunéré pour cela. Quand Patrick Weil, ou n'importe quel chercheur du CNRS, publie un livre lié à son domaine de recherche, renonce-t-il à ses droits d'auteur ?

39. Le dimanche 18 janvier 2009 à 10:35 par aliocha

@wike : le premier président de la cour de cassation a dit il y a quelques jours : "la justice est l'asymptote de la vérité", on pourrait appliquer la formule à la presse, elle tend à l'objectivité sans jamais l'atteindre, mais l'important est l'intention ici. Un journaliste professionnel est au service de l'information, que celle-ci lui plaise ou pas, qu'il soit d'accord ou non, il doit en rendre compte. Contrairement à ce qu'on pense souvent, nous gardons nos opinions pour nous et elles ne s'expriment que très ponctuellement dans un emplacement réservé qui est celui de l'éditorial. Nous voyons bien alors ce qui est susceptible de distinguer un journaliste professionnel de tout autre professionnel s'exprimant dans un journal, dans le premier cas l'objectif est l'information, dans le second, il est potentiellement autre chose, le plus souvent ce sera l'expression d'une analyse personnelle de l'actualité. Cette analyse pourra être juste, brillante, plus nourrie qu'un article de journaliste, elle n'en demeurera pas moins emprunte de subjectivité. D'ailleurs quand on est journaliste et que l'on sollicite un expert ou qu'un expert nous appelle pour publier un article c'est bien cet état d'esprit qui préside à l'article : je veux exprimer mon analyse, livrer mon opinion, défendre ma vision de l'actualité.

40. Le dimanche 18 janvier 2009 à 11:31 par Wike

@Aliocha: la Justice, comme le Journalisme essaye de rapporter la réalité à travers son/ses filtres. Au delà de toute ces magnifiques idées qui sous-tendent le Journalisme comme celle qui sous-tendent les différents Droits, on a toujours un petit décalage qui permet à l'innocent d'être condamné, au coupable d'être innocenté, au possesseur du journal d'insuffler plus ou moins sa ligne éditoriale. Les journalistes de l'Humanité étaient ils moins "journalistes" que les autres pendant la Guerre Froide ? Ou leurs présupposés, leurs filtres ne leur permettaient pas de rendre compte de l'information tandis qu'ils en révélaient d'autres qui n'étaient pas couvertes par d'autres journaux. Le principal problème du journalisme c'est qu'il se réclame de l'objectivité, dans un monde de subjectivité. Est ce déontologiquement mauvais d'interviewer le côté adverse (talibans ou autres) si le pays est en guerre contre eux ? Est ce déontologiquement bon de parler d'un sujet qu'on ne connait absolument pas ( certains articles du Monde Informatique en deviennent "drôles" ) ? La recherche des sources, l'esprit critique et la remise des choses dans leur contexte sont pour moi le fondement du journalisme plus qu'un absolu d'objectivité impossible. On se rapproche du travail effectué au procès d'ailleurs, si je ne me trompe pas.

41. Le dimanche 18 janvier 2009 à 11:33 par DM

"et ne fait pas non plus de journalisme en écrivant dans un journal, il livre une opinion d'expert, ce qui est à l'opposé d'un article de presse censé être factuel et objectif"

Quelques petites précisions:

Un chercheur qui écrit en tant que chercheur est censé fournir un avis objectif, qu'il étaye avec des arguments factuels. La science, ce n'est ni la politique, ni le café du commerce.Dans un article de recherche, chaque argument doit être explicité, les faits mentionnés doivent être référencés (d'où les bibliographies souvent abondantes) *.

Très clairement, on n'avait pas ici un article de recherche, mais un billet d'opinion, un peu comme celui d'un éditorialiste ou chroniqueur (qui est souvent journaliste), sauf que visiblement l'auteur connaissait mieux son sujet que le chroniqueur moyen.

* Je regrette d'ailleurs qu'alors que la presse publie maintenant directement sur Internet, elle conserve cette manie de ne pas citer les documents qu'elle référence. Quand je lis dans un journal en ligne "une étude montre" j'apprécierais un lien vers les références de l'étude. Je conçois que sur papier cela prendrait trop de place, mais cette objection ne s'applique pas ici.

42. Le dimanche 18 janvier 2009 à 12:11 par aliocha

@DM et Wike : je tente ici d'essayer de définir ce qu'est le journalisme, ce qui suppose de le distinguer d'autres activités plus ou moins comparables. Je propose une définition par l'objet du métier (l'information factuelle et objective livrée au public sur un support dédié à cette activité) dès lors qu'Eolas tente de réfuter celle par la profession et que de mon côté je réfute celle par le support (tous ceux qui écrivent dans un média ne sont pas des journalistes, il y a de la pub dans les journaux pour autant la pub n'est pas du journalisme j'espère que tout le monde ici en convient y compris les polémistes les plus extrémistes). Or, j'observe que beaucoup ne peuvent s'ôter de l'esprit qu'au fond, ce qui caractérise le journalisme c'est la bêtise et l'approximation, dont acte. Je crains cependant que cela ne fasse guère avancer le débat.

43. Le dimanche 18 janvier 2009 à 12:41 par Wike

@Aliocha : Pour la collusion Politico - médiatique et la méfiance vis à vis du journalisme, il faudrait étudier le cas des journalistes féminines qui ont une facilité à devenir femme d'homme politique qui est proprement stupéfiante.

Blague à part, il faut bien une définition, même imparfaite. Celle proposée par le maître des lieux est certes incomplète mais, tant qu'à avoir une base de départ, elle ne me semble pas plus mauvaise qu'une autre. Je pense qu'il n'y a pas un journalisme mais des dizaines de journalismes différents.

44. Le dimanche 18 janvier 2009 à 15:11 par verbeux

Concernant l'abattement fiscal pour les journalistes, je maintiens : il n'est pas réservé aux titulaires de la carte de presse. Voir ici le site du Syndicat national des journalistes. Extrait : " L’allocation pour frais d'emploi n’est pas liée à la détention de la carte d’identité de journaliste professionnel, mais se fonde sur l’exercice effectif de la profession. Ainsi le précise l’instruction ministérielle du 24 juin 1999, basée sur plusieurs jugements du Conseil d’Etat. Toutefois, la carte délivrée par la CCIJP constitue un précieux sésame en cas de contrôle par l’administration fiscale."

45. Le lundi 19 janvier 2009 à 13:25 par Frédéric Lamourette

@ Aliocha, un chercheur au CNRS n'est pas journaliste et ne fait pas non plus de journalisme en écrivant dans un journal, il livre une opinion d'expert, ce qui est à l'opposé d'un article de presse censé être factuel et objectif.

Bien que je sois en partie d'accord avec vous, sur la différence entre un chercheur et un journaliste, je pense que l'objectivité est plus du côté du chercheur que du journaliste. La recherche n'est pas subjective, de même qu'elle n'est pas éloignée des faits, à défaut de quoi elle ne sert à rien du tout.

Ce qui distingue les deux est ailleurs, sans doute à chercher dans les petites lignes figurant sur une fiche de paye.

46. Le lundi 19 janvier 2009 à 15:06 par Frédéric Lamourette

Je dis la même chose que DM en fait...

47. Le mardi 20 janvier 2009 à 11:33 par aliocha

@frederic lamourette : sauf que vous savez comme moi qu'une publication dans Le Monde n'est pas une publication scientifique. J'ajoute que la science n'est que l'état des connaissances à un instant "t", lequel sera corrigé dans un avenir plus ou moins proche. Par ailleurs,je doute que la science échappe aux querelles de spécialistes défendant des points de vue opposés. Permettez-moi donc de maintenir ma distinction ;) et même, tiens, de l'illustrer : en l'espèce, un travail de journaliste aurait consisté à mettre face à face la thèse du gouvernement et celle de ce chercheur afin de permettre au lecteur de se faire une opinion et aurait enrichi l'article d'un travail sur le terrain pour interroger ceux qui vivent la situation au quotidien. Vous voyez la différence ?

48. Le mardi 20 janvier 2009 à 14:10 par Abadir

@Marie-Chrisitine BLIN # 4 : oui, y'a moi, la femme, l'épouse, la maîtresse, la maman, la fille, l'avocate, l'amie, la citoyenne, la militante.....ça fait des journées terribles ;-))

49. Le mercredi 21 janvier 2009 à 23:47 par Frédéric Lamourette

@ Aliocha, une publication dans le Monde peut, chez nous, être considérée comme une publication scientifique. Nous ne jugeons pas au support, mais au contenu.

D'accord sur la science et l'instant "t", mais n'est-ce pas équivalent pour le journalisme ? Idem pour les querelles...

Je ne comprends donc toujours pas la différence, si ce n'est que, dans votre exemple, le chercheur ferait la même chose que votre journaliste, sauf qu'il préciserait le bon et le mauvais de chaque côté, de sorte à en tirer une synthèse. Ne vouliez-vous pas dire neutralité, plutôt qu'objectivité dans votre définition ?

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