Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Où l'on reparle des banlieues

Je reviens sur ce thème qui reste d'actualité, pour faire un petit point vu du prétoire. Les hommes politiques de la majorité ou de l'opposition ont déjà tous trouvé l'origine du mal (ce serait donc les discriminations et les parents démissionnaires) et vont le résoudre en deux lois et trois décrets, comme ils ont résolu le problème du... de... heu... Zut, j'ai un trou.

Je suis assez pessimiste, et il y a lieu de l'être, tant face à cette explosion de violence difficilement contenue, les réponses restent caricaturales, entre répression accrue et expulsion d'un côté, et commisération intéressée de l'autre.

Je n'aurai pas la prétention de poser le bon diagnostic. Je vous propose simplement les réflexions d'un poilu du droit dans sa tranchée, de ce qu'on voit au front, à travers les quelques cas que j'ai vu juger ou ceux que j'ai défendus sur plusieurs années, étant clairement entendu que cet échantillon est trop réduit pour permettre la certitude scientifique.Tout point de vue différent sera le fort bienvenu.

  • Qu'est ce qui pousse un "jeune de banlieue" dans la délinquance ?

Écartons d'entrée de jeu des mauvaises réponses :

- l'influence de l'islam. Le raisonnement est simpliste : une grande majorité des délinquants, incendiaires ou classiques, sont musulmans, le problème est donc l'islam.

Je ne vois aucune corrélation. Oui, la plupart d'entre eux sont musulmans, d'origine africaine. Mais croyez vous vraiment qu'ils soient dévots ? Qu'ils respectent les cinq piliers de l'islam ? Croyez vous qu'on les voit à la mosquée le vendredi, qu'ils font leur cinq prières quotidiennes, et économisent pour le pèlerinage à la Mecque ? Là, on navigue sur les fantasmes.

La plupart d'entre eux revendiquent leur islamitude pour se donner un côté "rebelle", pour revendiquer une identité à part. Ils portent leur foi comme les punks portent une chaîne autour du cou. De là leur colère lors de l'affaire de la grenade lacrymogène ayant explosé dans une mosquée (que probablement ils ne fréquentaient jamais). Et s'ils jeûnent pendant le ramadan, c'est parce que leur maman ne fait pas à manger.

Il y a des jeunes musulmans très dévots, mais ceux là ne brûlent pas des poubelles. Quand ils versent dans la criminalité, on les voit dans les couloirs de la section anti-terroriste.

- La démission des parents. Elle est parfois réelle au point d'en être effrayante, mais elle n'est pas systématique. J'ai vu des délinquants, mineurs ou majeurs dont la mère était au contraire très, sans doute trop présente, au point d'en être étouffante. C'est elle qui prend rendez vous, elle vient avec son fils, elle règle les honoraires (elle n'a pas que des défauts non plus) et si elle pouvait aller en prison à la place de son fils, ce serait sans hésiter. Il faut alors être ferme : le client est son fils, même si c'est elle qui paye, et pendant le rendez vous elle attend hors du bureau. C'est ainsi que j'entends souvent pour la première fois la voix de mon client et que je le force à prendre en main sa défense.

Quand il y a incarcération, c'est elle qui en souffre le plus, et elle est une habituée des parloirs famille. Je me souviens d'une affaire où j'ai eu une mère en larmes qui me téléphonait deux fois par semaine pour me supplier de faire sortir son fils, et qui a sombré en dépression après quelques semaines d'incarcération, tandis que ce dernier était incroyablement détendu et souriant en maison d'arrêt.

Je vous laisse deviner quelle efficacité aurait la suppression des allocations familiales dans ces familles.

- La discrimination à l'embauche. Là, on nage en plein délire. Le problème de ceux qu'on voit dans les prétoires n'est pas tant que leur CV commence par un nom étranger, mais c'est qu'après le nom, la page est blanche. Les bacs généraux sont absents. Les plus intégrés dans le système scolaire sont en apprentissage (leur maître étant parfois la victime) ou en bac professionnel. Le BTS est le summum de l'ambition, et est plus un rêve dont ils se bercent, puisqu'ils ne se donneront jamais les moyens de réussir (un BTS, il faut bosser pour le décrocher). L'école est un lieu d'ennui, dont beaucoup sortent avant même l'âge légal. Ce n'est pas du travail qu'ils veulent, c'est de l'argent. Et le bizness est un moyen facile et rapide. Entendons nous bien : la discrimination à l'embauche existe. Mais les noirs et les arabes écartés du fait d'un nom qui n'est pas NF ne sombrent pas dans la délinquance destructrice.

Deux exemples concrets :

un prévenu, interrogé sur sa situation professionnelle se disait en formation de "conducteur offset en imprimerie", sans être capable d'expliquer en quoi ça consiste. Avant l'audience, l'APCARS (association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale) fait une enquête de personnalité où ils vérifient les déclarations des prévenus (je leur tire d'ailleurs mon chapeau pour la qualité du travail effectué en un temps très réduit). L'enquêteur de personnalité a ainsi appris que ladite formation était terminée depuis plus d'un an et qu'il était censé suivre une formation pour passer le permis de conduire (financée sur fonds publics, oui). Le prévenu n'était pas au courant. Pourquoi ? Parce qu'il était suivi dans le cadre d'une mise à l'épreuve prononcée alors qu'il était mineur. C'est le travailleur social en charge de son dossier qui lui trouvait ces formations, payées par le Conseil Général. Et le prévenu se laissait porter sans se poser de question.

Un prévenu, 23 ans, sans aucun diplôme, avait mis au point avec quelques copains, un minitel et une bonne dose de tchatche une escroquerie lui permettant d'activer de faux abonnements à un service de téléphonie mobile. Ils revendait les puces activées, qui se retrouvaient à l'étranger, option "Monde" activée, et avant d'être désactivées par l'opérateur, laissait chacune une ardoise de plusieurs milliers d'euros. Bénéfice estimé : 30.000 euros (accessoirement sans doute 1% du préjudice causé). Vous croyez que c'est en lui proposant un emploi d'agent d'ambiance que vous allez le motiver ?

Le seul travail honnête que j'ai vu envisager, c'est... chanteur de rap. Même sportif de haut niveau, ça ne les fait pas rêver, il faut trop bosser et commencer tôt.

- La susceptibilité aux mots "Karcher" et "racaille". Là encore, l'erreur d'analyse est patente. Pour que l'outrage fasse un quelconque effet, il doit comporter une allusion à la pratique de la prostitution par la mère de l'intéressé, la pratique passive de la sodomie par ce dernier et le caractère douteux de sa filiation paternelle, de préférence cumulativement. Les policiers victimes d'outrage peuvent en témoigner. De même que des propos d'apaisement mous du style "je comprends votre colère mais vous l'exprimez mal" auraient été totalement inutiles. On ne communique pas avec quelqu'un qui s'y refuse.

- la panne de l'ascenseur social. L'ascenseur social est un mensonge. Comme les ascenseurs des cités, il est cassé parce que les jeunes qui s'ennuient s'amusent à sauter dedans jusqu'à ce qu'il se coince. Il n'y a pas d'ascenseur social. C'est en fait un escalier : il faut grimper marche après marche et c'est pas facile. Mais utiliser cette image où il suffit d'appuyer sur un bouton et d'attendre, c'est une escroquerie de communiquant. Mais cela dit je doute que cette métaphore les atteigne.

- la polygamie : sans doute la palme du n'importe quoi. Comme le rappelle à raison Patrick Devedjian, elle est archi-minoritaire, principalement le fait de familles maliennes, et rien ne permet d'affirmer que la délinquance y soit plus importante, et je crois que la fréquentation des prétoires tend à démentir ce cliché (mais je reconnais ne pas avoir de chiffres). La polygamie n'est pas reconnue en France et est depuis douze ans (les lois Pasqua) un obstacle rédhibitoire à toute régularisation et au regroupement familial. La promiscuité de logement trop petits n'est pas l'apanage des familles à plusieurs épouses. Pour trouver un appartement pour 10 personnes à Paris, il faut être ministre de l'économie.

  • Bon, alors, c'est quoi le problème ?

Avant tout, les généralisations. Même s'il y a phénomène de bandes, ce sont des individus en quête de reconnaissance personnelle. Et les solutions ne viendront que du cas par cas. La collectivisation des problèmes est aussi funeste que celle de l'économie.

Ensuite, l'échec total de l'assimilation, mais je me garderai bien de pointer du doigt telle ou telle cause, j'en serais incapable.

La perception des délinquants les plus violents et difficilement réinsérables est une vision de chef de gang. Il y a une bande rivale, la France. Son chef, c'est Sarkozy, parce que c'est celui qu'on voit le plus à la télé. Mais ne nous y trompons pas : si c'était pas lui ce serait un autre. La violence n'avait pas disparu des banlieues lorsque que Nicolas Sarkozy était au purgatoire (1995-1997) ou dans l'opposition (1997-2002). La volonté de le pointer du doigt n'est pas dépourvue d'arrières-pensées politiques. Mon propos n'est pas d'entamer la campagne présidentielle de 2007, laissons le bouillonnant ministre de côté.

Donc c'est lui le chef de bande rivale. Quand ses hommes viennent sur ton territoire, il faut le défendre. D'où le caillassage des pompiers, qui a tant surpris. Bien sûr qu'ils font la différence entre les policiers et les pompiers. Mais ils s'en foutent : ce sont des membres de la bande rivale, s'ils viennent, tu contre-attaques. Éventuellement, pour rappeler qui est le chef, tu leur tends une embuscade : un feu de poubelle, et tu caillasses.

  • Alors, où est la solution ?

Que j'aimerais la connaître !

Je suis terriblement pessimiste, parce que je vois que chaque solution proposée est totalement à côté de la plaque sans pour autant avoir la moindre idée de ce qui pourrait marcher.

Là encore, ce que je constate, c'est que la délinquance ne concerne massivement que les plus jeunes (mineurs et jeunes majeurs). Après 25 ans, la plupart ne fréquentent plus les prétoires. Généralement, c'est la naissance d'un enfant qui les range définitivement. Et ils deviennent d'ailleurs généralement (oui, je fais des généralités) des pères tendres et dévoués, et du coup n'importe quel travail leur convient car ils ont charge d'âme. D'autres sombrent dans la grosse délinquance ou la marginalité, mais c'est une minorité. Et ce n'est certainement pas nouveau. Shakespeare disait dans son Conte d'Hiver :

I would there were no age between sixteen and three-and-twenty, or that youth would sleep out the rest; for there is nothing in the between but getting wenches with child, wronging the ancientry, stealing, fighting.

Je voudrais qu'il n'y ait point d'âge entre seize et vingt-et-trois ans, ou que la jeunesse le passât à dormir, car il n'est rien entre les deux qu'engrosser les jeunes filles, maltraiter les anciens, voler et se battre.

Le problème ne semble pas d'aujourd'hui.

Commentaires

1. Le lundi 28 novembre 2005 à 22:38 par Phersu

"Généralement, c'est la naissance d'un enfant qui les range définitivement."

Donc il faut un programme pro-teenage pregnancies.


Quoique... la jolie citation (d'ailleurs reprise aussi dans l'interprétation du nihilisme par Anthony Burgess) semble montrer que ce ne serait pas une solution.

2. Le lundi 28 novembre 2005 à 22:44 par Fred

Je suis assez d'accord avec vous.
J'aimerai juste ajouter 2 ou 3 points qui n'ont pas valeur de démonstration, mais bon, j'ai rien de mieux dans ma besace:

contrairement à ce qui a pu être dit, les personnes responsables des émeutes ne sont pas spécialement des étrangers, pas spécialement des gens en panne d'ascenseur social ou autre, pas spécialement des délinquants avec cellule à l'année dans un commissariat. C'est des jeunes lambda.

La question de l'assimilation islam = délinquance est en effet une rétorique vide de sens. Un exemple (extrême) intéresssant est celui de ces jeunes "islamiques" arrêté en Afghanistan ou en Irak après être sortis de certaine de nos banlieux. Le seul point commun que l'on peut leur trouver n'est pas d'être croyants, mais paumés et donc vulnérables et influençables.

Autre chose un exemple personnel. J'habite en banlieu nord près d'une cité dite difficile justement. Le soir je rentre en bus et souvent tard, cad près de minuit.

Il n'est pas rare que je croise des jeunes gens d'environ 10 ans seuls ou en bande. Que fait t'on à 10 ans et à une telle heure dehors je l'ignore. Mais à mon avis ces jeunes sont en danger. Non pas qu'ils seront forcément délinquants, mais en danger tout simplement.
Alors lorsque j'entends des âmes bien pensantes raconter des histoires de Stroumpf à lunette au son des libertés fondamentales lorsqu'un maire parle d'instaurer un couvre feu qu'ils me disent ce qu'ils proposent de mieux. Je veux dire par là de concret, parce que les : il faut instaurer un dialogue... Quel est le rapport?

"Alors, où est la solution ?
Que j'aimerais la connaître !
"

Oui moi aussi, peut être un bon début serai de renvoyer aux poubelles de l'histoire les approches purement idéologiques. Cessons aussi d'attendre tout de l'état. Ce n'est pas à l'état d'élever nos enfants.

Dans ma boîte (l'informatique) je trouve pas mal d'immigrés ou de fils d'immigrés. Ils ont tous un point commun: l'envie de réussir. Certains sont brillants, d'autres moins. Ben finallement ils ressemblent à tout le monde. Et croyez moi ils ont plus envi que l'on parle d'eux pour leurs compétences professionnelles que par leur appartenance à telle communauté.

Pour finir une remarque que me faisait une amie enseignante: Ils sont violents? Mais pas du tout. La violence est juste leur univers.

Je crois que c'est une autre façon de parler d'absence de repères.

Est-ce qu'au lieu de parler d'égalité qui ne signifie pas grand chose ne faudrai t'il pas parler d'équité?

3. Le lundi 28 novembre 2005 à 23:18 par guerby

Légaliser la vente du cannabis pour commencer ? Quelle proportion de ces "jeunes de banlieue" rentre dans un système économique souterrain et en conflit avec la police / société sur ce seul problème ? Combien de taxes et dépenses de police et justice sont perdues dans cette grande hypocrisie (vs tabac, alcool, anti-depresseurs) ?

Sans doute pas une solution ultime, mais il faut bien commencer quelque part.

Laurent (je précise : je ne suis pas consommateur).


Désolé, je crois que là encore c'est une fausse solution. D'abord, je n'aime pas trop le "laissons les fumer pour qu'ils nous foutent la paix" que sous-tend cette proposition. L'économie souterraine nait de l'interdiction ou de la restriction. La hausse des prix du tabac a créé un marché rentable de trafic de cigarettes. L'essence sera peut être le prochain marché noir. La Prohibition a créé le trafic d'alcool. Légalisez le cannabis, et les trafiquants d'aujourd'hui n'ouvriront pas de cofee shop mais se rabattront sur les autres produits prohibés. S'agissant du cannabis, je suis plutôt pour l'ouverture du marché, mais je ne crois pas que ce soit une quelconque solution à la délinquance violente.

Eolas

4. Le lundi 28 novembre 2005 à 23:20 par Pangloss

Une belle note, avec des vrais morceaux de vécu dedans.
Ca change des discours des gens qui sont dans leur bureau ou chez eux, mais pas ailleurs...

5. Le lundi 28 novembre 2005 à 23:31 par Patrick

Obligatoire, un mot qu'on ne veut pas entendre
Deux mesures qui pourraient être bonnes, mais qui ne le seront pas :
1/ Service civil ou civique
2/CV anonyme
C'est bien si tout le monde le fait.
Le service civil ou civique cela permet de brasser les populations, les cultures, de faire sauter les préjugés. C'est sûr, mais à condition que tout le monde le fasse.
Le CV anonyme pour au moins avoir droit à un entretien. C'est la même chose. On ne veut pas le rendre obligatoire non plus. Bon, il est bien évident que Jean de La Tour MonCul, habitant Neuilly enverra un CV normal et que Ahmed XXX lui, s'essaiera, sans succès au CV anonyme.
Résultat, encore pire qu'avant.
Messieurs les Politiques, arrêtez de penser aux élections.
Obligatoire, c'est une réponse…


Le service civil obligatoire... Mouais. J'ai fait le service militaire oligatoire en son temps. Oui, il y a un brassage des classes sociales. Pour moi, ç'a été une douche froide : j'étais en fac de droit et je fréquentais des illéttrés. Mais je me souviens des trafics de shit dans les chambrées, des bouteilels d'alcool qui circulent, des ivresses à la limite du coma, des bagarres, des heures passées dans u ntrou à surveilléer l'orée d'un bois d'où rien n'est jamais sorti avant de canarder en l'air quelques dizaines de balles à blanc parce que c'était trop de paperasses de les restituer pour les réintégrer au stock. Tout ça pour une solde tellement ridicule que ce "service" tient plus des travaux forcés que de la formation civique. Je suis opposé à tout service obligatoire, sauf les TIG, mais là il s'agit d'une peine qui permet d'éviter la prison. Je suis contre le principe de forcer des individus à mettre leur force de travail contre leur gré au service de la collectivité. C'est abject.

Eolas

6. Le mardi 29 novembre 2005 à 00:11 par Udd

Très beau billet, merci.
Pour ce qui est d'une solution, je ne vois qu'une prise de conscience individuelle de chacun.
La solution, on peut la chercher longtemps, elle n'est pas extrinsèque.

7. Le mardi 29 novembre 2005 à 00:17 par jahrynx

guerby : une idée intérressante mais je nous sent très mal partis pour y arriver. Premièrement, ca m'étonnerait que Sarkozy, même s'il se réclame de la politique de rupture, ne soit près à aller dans ce sens. On ne peut pas dire pendant des années que le shit ruine la vie des gens, entraine la dépendance jusqu'a la fin du monde (et tout et tout) et aller expliquer au peuple d'un seul coup que c'est une solution pour régler les soucis. Ensuite, il y a un autre problème : le cannabis et cette économie souterraine dont on nous parle constitue une importante rentrée d'argent dans les banlieues, on ne peut pas la supprimer du jour au lendemain sans craindre le pire (lire à se sujet l'encadré de la p.3 du Canard enchainé n°4437 du 09/11/2005 ayant pour titre " Une note des RG sur les mérites des traffics")


Notre futur président propose de faire de la simple consommation une amende de la 5e classe, soit jusqu'à 1500 euros, 3000 en cas de récidive, et pas de prison possible.

Eolas

8. Le mardi 29 novembre 2005 à 00:34 par Fred

@Patrick

L'idée du CV anonyme semble revenir à la surface après son enterrement en grande pompe juste avant le référendum.

Il paraît que Villepin va faire des propositions en ce sens cette semaine.

Bon, c'est pas encore dans les bacs ceci dit.

Par contre pourquoi croire que le CV anonyme est juste un truc pour les mohamed et autres moussah. Il y a bien d'autre discrimination comme l'âge par exemple.


Maintenant c'est bien gentil d'instaurer un coûteux et complexe service civil (on y met quoi la dedans?), mais de mon temps il y avait un truc bien plus simple qui m'avait vraiment intéressé: le cours d'instruction civique. Je me souviens d'être allé "interviewer" jadis des pharmaciens et des employés de banque pour faire un exposé devant la classe. J'en suis pas mort, ça m'a pas mal intéressé et j'ai appris une foultitude de choses qui me servent encore.

Serai-ce vraiment un "on veut tuer le service public" que de demander à des gens de la société civile de parler de leur métier devant une classe? Par exemple Maître Eolas que diriez vous de bloguer en live devant une vingtaine de jeunes pour leur expliquer c'est quoi une constitution, comment fonctionne un tribunal ou que sais-je de votre domaine.

Parce que bon, la vision sans recul ni nuances de mes petits neveux sur le monde de l'entreprise et la vie en général...


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@jahrynx

"constitue une importante rentrée d'argent dans les banlieues, on ne peut pas la supprimer du jour au lendemain sans craindre le pire "

Du jour au lendemain? Vraiment? Vous faites comment?
C'est le problème du Canard: pétillant, mais plus mousseux que champagne.


Par exemple Maître Eolas que diriez vous de bloguer en live devant une vingtaine de jeunes pour leur expliquer c'est quoi une constitution, comment fonctionne un tribunal ou que sais-je de votre domaine.
Et qu'est ce qui vous dit que ce n'est pas déjà le cas ?

Eolas

9. Le mardi 29 novembre 2005 à 01:01 par Gerard

Il semble que les faits tels qu'ils apparaissent actuellement indiquent que votre analyse, basée sur les usagers de la justice, est (et ne peut etre) qu'hors sujet concernant les 'émeutes', quelle que soit son intéret par ailleurs :

www.lemonde.fr/web/articl...


Article très intéressant, mais qui me laisse dubitatif sur les conclusions à en tirer. A mon avis, cette sur-représentation des inconnus des services de police est due à leur inexpérience : leurs aînés vétérans savent quand il faut prendre la fuite, et par où passer pour échapper aux forces de l'ordre. Dans la confusion d'une charge, il est difficiel de choisir sa cible. Et ajoutons à cela que le sentiment d'impunité des mineurs qui croient que rien ne peut leur arriver avant leurs 18 ans les rend plus téméraires.

Eolas

10. Le mardi 29 novembre 2005 à 01:07 par Obsidian

Juste un petit détail : On écrit ascenSeur et pas ascenCeur.
Merci pour tout.


Corrigé, merci.

Eolas

11. Le mardi 29 novembre 2005 à 07:28 par Verel

Dans West Side Story, qui est bien une histoire de jeunes de banlieues issus de l'immigration, le héros, confronté au risque d'un affrontement avec la bande rivale, va chercher de l'aide auprès de son frère ainé, ancien chef de la bande.
Ce dernier est occupé à décharger un camion de légume. Il a basculé dans un autre monde (je ne sais plus s'il a un gosse) et refuse.

Et rappelez vous la "guerre des boutons"....

Ma femme me signalait la semaine dernière la cas d'un gamin de 10 ans dans le centre social où elle travaille, en permanence dehors. Sa mère ne s'occupe guère de lui mais quand il est parti en classe verte , c'était un drame pendant 2 semaines parce qu'il lui manquait! Elle lui pardonne tout parce que c'est un garçon (il faudrait voir que ses soeurs se comportent de la même manière.)

Au bled, laisser jouer un enfant dehors ne pose guère de problèmes: il y retrouve ses cousins et ceux de ses voisins: la réalité est qu'il est malgrè tout relativement sous contrôle ce qui n'est plus le cas dans nos grandes villes

Ces deux comportements: idéalisation des garçons à qui on passe tout, et laissez aller en permanence dans la rue me paraissent effectivement mettre ces jeunes en danger
mais ce n'est pas facile à changer!

12. Le mardi 29 novembre 2005 à 09:41 par Asphodèle

Je trouve votre analyse décevante. Nous sommes dans une situation préoccupante en matière de traitement des "minorités visibles" , et je vous invite à prendre connaissance du Rapport de Roger FAUROUX, remis au premier ministre en janvier dernier.

D'accord, pour s'élever, il faut bosser, mais il faut également des perspectives: la France n'a pas réussi à créer une petite bourgeoisie d'origine immigrée, elle n'a pas réussi à donner aux enfants d'immigrés le sentiment qu'en travaillant, ils y arriveraient.

Avocate dans un barreau de prvince, je suis d'origine immigrée. Nous sommes deux avocats appartenant à une minorité visible. Sur 500 environ. Pourtant, sur les bancs de la fac, nous étions beaucoup plus nombreux. Et mes camarades, qui avaient réussi à aller jusqu'à une quatrième ou cinquième année de droit, n'étaient pas spécialement des fainéants attendant que le fric tombe tout seul.


Evidemment, la population des prétoires est différente, mais c'est le cas qu'elle soit d'origine immigrée ou non.

Je ne pense pas effectivement que la discrimination à l'embauche soit la raison des émeutes, mais c'est l'absence de perspectives qu'elle induit qui a généré ce mouvement, de manière plus ou moins inconsciente d'ailleurs.

Quant aux propos de Nicolas Sarkozy, ils ne sont tout simplement pas dignes d'un ministre de la République.

13. Le mardi 29 novembre 2005 à 09:42 par Fred2

( je ne suis pas le Fred qui a posté plus haut)

Parler des meres possessives, c'est un autre cliché. Les meres juives aussi sont possessives ! leurs fils ne mettent pas pour autant le feu au bagnoles.

Je pense que plus simplement ces parents sont epuisés par la vie , le travail. Ils sont obligés de travailler tous les deux , avoir 2 h de transport par jour, ...
Quand ils rentrent chez eux, ils sont tellement epuisés que tout ce qu'ils peuvent faire c'est regarder la tv meme si c'est completement nul !
Pendant ce temps là, leur enfants vont a l'ecole du coin, sont en pleine forme, debordent d'energie , n'on aucune envie de rester enfermés dans un F3 a 5 ou 6...

on voit la suite.


Je ne ressasse pas des clichés, je parle d'exemples concrets. Et si vous croyez que les mères en question travaillent toutes et n'ont plus que la force de regarder la télé décérébrante... Vous parliez de clichés ? Vous avez une vision de classes moyennes, les deux parents au travail. Beaucoup de mère immigrées ne travaillent pas (elles ne le peuvent pas, le regroupement familial ne leur donne pas ce droit) et sont accaparées à plein temps par les jeunes enfants, les ainés étant livrés à eux même ou chargés de veiller sur leurs frères et soeurs.

Eolas

14. Le mardi 29 novembre 2005 à 09:59 par GroM

Ma femme, qui travaille dans un lycée professionnel des Yvelines, a une analyse de la situation qui me rappelle férocement la vôtre. Comme quoi, entre poilus, on se comprend. Je partage votre inquiétude pour deux raisons:

- l'explication, à droite, consiste à dire, en contradiction flagrante avec les statistiques sur les prévenus, que les émeutes sont le fait de jeunes criminels endurcis au trafic des banlieues, et à réprimer davantage. Ce durcissement (état d'urgence, lutte contre la violence en groupe promise par Sarkozy ...) n'est susceptible à mon avis que rajouter de l'huile sur le feu en faisant passer aux émeutiers l'idée qu'ils ne sont pas comme les autres, puisqu'on a besoin de lois spéciales. Je ne prétends pas qu'il faut faire de l'angélisme, et il est manifestement nécessaire de réprimer. Mais il me semble indispensable de le faire dans le cadre du droit commun, pour montrer justement que la loi est la même pour tous, et surtout pour ne pas accréditer l'idée que nous sommes au bord de la guerre civile.

- l'explication, à gauche, consiste à dire que les émeutiers sont des victimes de discriminations raciale et surtout sociale. On "politise" donc fondamentalement une crise qui n'est que proto-politique, et encore. Les émeutiers n'ont pas de revendication claire. Ils ne sont pas organisés pour faire part de cette absence de revendications. Leur apporter une réponse purement politique est donc condamné à l'échec.

Donc, en résumé, on a un phénomène très complexe qui est appréhendé par des outils simplistes. J'y vois un réflexe pavlovien de la classe politique, qui essaye de mettre sur une crise qu'elle ne comprend pas des outils qu'elle comprend. Cela ne m'incite pas non plus à l'optimisme, et je pense donc que pour les 10 ans qui viennent, nous aurons à faire face à des explosions sporadiques de ce type. Ni guerre civile, ni paix civile. La confusion.

15. Le mardi 29 novembre 2005 à 10:03 par âne

"Pour que l'outrage fasse un quelconque effet, il doit comporter une allusion à la pratique de la prostitution par la mère de l'intéressé, la pratique passive de la sodomie par ce dernier et le caractère douteux de sa filiation paternelle, de préférence cumulativement."

Je me suis bien marré !

Dans le point "La démission des parents", n'y-a-t-il pas une contradiction dans votre propos entre "Elle est parfois réelle au point d'en être effrayante[, mais elle n'est pas systématique]" et la conclusion de votre point "Je vous laisse déviner quelle efficacité aurait la suppression des allocations familiales [dans ces familles]."

La suppression des allocations familiales ne serait-elle pas une bonne chose dans ces familles ou la démission est réelle au point d'en être effrayante ?


Je parlais de leur suppression dans les familles trop présentes. Mais je doute que ce soit là une solution à quelque problème que ce soit. Condamner une famille à la pauvreté et à la précarité n'est pas la voie vers la probité et la réconciliation avec la République.

Eolas

16. Le mardi 29 novembre 2005 à 10:03 par Evoweb

"Généralement, c'est la naissance d'un enfant qui les range définitivement."

Ces deux étapes se retrouvent dans toutes les cultures qui ont été étudiées, et s'expliquent assez facilement. Les scientifiques parlent de "Young Male Syndrome" (YMS) pour les troubles sociaux (violence, etc.) provoqués par les jeunes hommes lors de leur phase la plus chaude de la compétition sexuelle. En simplifié/caricaturé le but est d'abord d'acquérir le maximum de ressources pour obtenir la femme la "mieux" et offrir les plus grandes chances à ses futurs enfants. Ensuite, une fois que les enfants sont là, la stabilité et la sécurité deviennent des critères essentiels pour leur survie et leur développement, et le comportement change "naturellement". Bien sûr, c'est beaucoup plus complexe que ce résumé rapide pourrait le faire croire : de nombreuses contraintes environnementales sont à prendre en considération.

A noter que l'influence du YMS ne se retrouve pas qu'au niveau individuel, mais qu'il est aussi très fortement lié aux conflits collectifs (coalitionnels) : on peut assez bien prédire les lieux d'explosion des guerres et émeutes à partir de la simple analyse de la pyramide des âges (Ratio de Mesquida : www.evopsy.org/article115... ).

17. Le mardi 29 novembre 2005 à 10:20 par all

[quote=Grom]Ma femme, qui travaille dans un lycée professionnel des Yvelines, a une analyse de la situation qui me rappelle férocement la vôtre. Comme quoi, entre poilus, on se comprend.[/quote]

Grom... Grom ... Ta femme est une vraie brune ou on t'as trompé sur l'état-civil

18. Le mardi 29 novembre 2005 à 10:24 par ylyad

@ Asphodèle, si je vous rejoins sur l'absence de perspectives, j'émettrai des réserves sur la non-création d'une petite bourgeoisie d'origine immigrée: d'une part, vous êtes vous-même une preuve du contraire (d'après ce que vous dites) et il y en existe beaucoup d'autres (cf. commentaire du premier Fred par exemple), certes éparpillés un peu partout, certes pas encore assez nombreux, mais là et bien là, d'autre part, la politique socio-économique conduite en France depuis trente ans fait tout pour détruire la petite bourgeoisie en général.

19. Le mardi 29 novembre 2005 à 10:47 par herve

Bonjour,

Je n'ai pas a verve de nombre d'intervenants, je me contenterais d'une toute petite remarque, tout le monde s'accorde à dire que la classe politique n'a aucune réponse sérieuse, mais personne ne supute que la dite classe politique est incapable de faire son travail (et donc est incompétente) et personne ne semble penser qu'il faille en changer ... totalement.

Peut -être manque-je de claivoyance alors que tout est déja écrit entre les lignes, mais comme cela va mieux en le disant...

Le problème étant posé : comment voir l'émergence d'une classe politique compétente, travailleuse, sérieuse, (je sais que dans l'état actuel des choses cela semble impensable) alors que le 3eme age s'accroche à sa rente ?

Non : 'en brulant des voitures' n'est pas une réponse et il est 'inhumain' de bruler des ministres. A situation désespérée, actions deséspérés.

20. Le mardi 29 novembre 2005 à 11:06 par zelda

Dans le cours de la vie de ces jeunes hommes, cela aiderait peut-être de créer des établissements de formation pour jeunes (ou moins jeunes) adultes, où l'on puisse suivre de vraies études, et pas juste des stages plus ou moins utiles.

21. Le mardi 29 novembre 2005 à 11:38 par pookicat

L'histoire se répète, et en temps de crise on cherche forcément des boucs-émissaires.

Concernant le CV anonyme, ça me paraît complètement utopique, à moins de n'indiquer que les diplômes, et aucun des établissements scolaires fréquentés.

Et pour les formations après le lycée autres que les universités, c'est l'année de terminale principalement (et donc le lycée d'origine) qui conditionne l'accès à bon nombre de cursus supérieurs.

J'apprécie l'université dans la mesure où elle ne fait pas de discrimination à l'entrée, et qu'il faut se prendre en charge si on veut y arriver. J'apprécie un peu moins qu'elle s'obstinne à former des gens vers des diplômes pour lesquelle sil n'existe que très peu de débouchés. Les études ont pour but d'obtenir un travail, si possible dans un domaine qu'on apprécie, mais difficile de savoir ce que sera le travail, sachant que nombre de cursus sont quasi dépourvus de pratique (champions du monde ... de la théorie).

pour en revenir au sujet du billet, efefctivement, en banlieue, c'est la débrouille qui prévaut. pour certains c'est se lever très tôt et faire les marchés , pour d'autres, ce sont des combines qui peuvent s'avérer plus ou moins légales.

Stigmatiser l'opinion par un discours répressif et ouvertement sécuritaire n'est pas forcément la meilleure solution, mais ça réconforte l'électorat.

je rejoins aussi un peu l'avis d'herve concernant la politique.
j'ai du mal à croire que des personnes ayant suivi la même formation (aussi prestigieuse soit-elle) à peu près au même moment puissent avoir des points de voir vraiment novateurs ou différents.

mais là aussi, il y a de la discrimination à l'embauche ...



22. Le mardi 29 novembre 2005 à 11:45 par Fred2

pookicat> J'apprécie l'université dans la mesure où elle ne fait pas de discrimination à l'entrée,

la belle affaire! le tri se fera a la fin de la 1ere annee ! Et il sera brutal.
On fait perdre un an a tout le monde.

mais on est hors sujet ... Mes excuse, Maître.


23. Le mardi 29 novembre 2005 à 11:49 par Dyonis

Bonjour,

Merci pour ce point de vue qui change des habituels donneurs de leçons de tous bords.

Pour avoir, en 1984, effectué ma 4eme dans le college juste en face de la cité Balzac à Vitry sur Seine (vous savez, la cité ou une jeune fille à été brulée vive il y a quelques années), j'ai pu également constater le manque d'intéret pour les études.

Les élèves présents n'étaient pas plus mauvais que ceux du collège de banlieue "normale" d'ou je venais, mais pour eux faire des études voulait dire faire un BEP.

Certains étaient meilleurs que moi (je suis maintenant ingénieur) mais pas un ne parlait de passer le bac, la voie BEP-CAP était la seule existante, comme si ils ignoraient l'existance du lycée.

J'ai poursuivi ma scolarité dans un collège-lycée situé dans la même ville, mais composé majoritairement de membres de la classe moyenne et la pas de soucis: objectif bac pour presque tout le monde.

Pour revenir à l'époque actuelle il me semble que la télévision joue un role non négligeable dans ces problèmes de banlieue.
En abreuvant le peuple de télé-réalité et de jeux débiles, elle donne le sentiment que le succes et l'argent peuvent (doivent) s'obtenir rapidement et sans efforts.
Sentiment auquel semblent adhérer de plus en plus de gens , et pas seulement les casseurs de banlieue (le syndrome du tout, tout de suite).

Sans parler du journal de 20H00 qui me semble être une entreprise de débilisation et d'infentilisation de ses spectateurs (je me trompe peut-être mais c'est comme ca que je le ressens).

Je ne dis pas que la télé est la cause de tout, mais changer de message et faire comprendre que dans la vie l'on obtient rien sans efforts ne pourrait pas être négatif.

D.

24. Le mardi 29 novembre 2005 à 11:49 par Sylvie

Ouh là ! Maître, que se passe t-il ?
Votre blog qui me fait une bouffée d'air frais au point que je me demande parfois s'il n'est pas mêlé de gaz hilarant sent le souffre ce matin. Ca tombe mal, moi qui sort d'un reportage sur les gens du voyage à qui des députés ont essayé de coller (en douce, de nuit ) alors que leur caravanne n'est pas reconnue officiellement comme habitation, une …taxe d'habitation. Et comme leur taxe d'habitation ne s'applique pas à une habitation, ils n'auraient pas les droits qui vont avec (l'habitation) : allocation logement, taux de crédit d'achat moins élevé, obligation pour les assurances d'assurer (trop de dégâts de grêle l'hiver, les assureurs rechignent). Bref, les gens du voyage veulent bien payer ( 75 euros le m2) , mais les caravannes n'étant pas contruites par leurs utilisateurs il faut en passer par le marché : les Sam'suffit qui roulent sont standard : 7mX2,50. Faites le calcul. Il vaut mieux avoir un logement à Paris, qu'ils ne demandent d'ailleurs pas puisque par définition, ils veulent voyager. Eh bien qu'ils voyagent ! Ah oui, mais non, enfin, pas n'importe comment : certes, ils n'ont plus depuis 1969 le livret anthropométrique avec empreinte digitale à faire viser tous les trois mois au commissariat, et qui a été si pratique pour les recenser entre 1942 et 1944. Mais ils dépendent des règlementations spécifiques des Sans Domicile Fixe. Normal. C'est pas simple.
J'arrête là, parce que si je ne veux pas que le secretaire de rédaction me mette la pression bientôt en me réclamant 12000 signes sur le sujet, il faut que je m'y mette.
Tout ça pour dire, Cher Maître, que les "solutions" trouvées en ce moment, à mon humble avis, sont aussi ubuesques que mon petit récit de départ. On pense géographie (banlieues, quartiers) alors qu'on devrait penser droits. Il y a quelques années, déléguée de parents d'élèves en élémentaire, j'ai entendu un instit. dire de sa classe de CP "je sais déjà lesquels ne sauront pas lire à la fin de l'année", je me suis alors fait un ami en insinuant sournoisement que l'échec de ces enfants de 6 ans serait le sien.
Arrêtons de penser que c'est foutu d'avance. Et ca me rassure beaucoup qu'il y ait des gens comme vous qui fassent respecter les droits de ceux qui pensent "qu'ils n'en ont plus aucun alors à quoi bon".
Si çà interesse, et si j'ai le temps ( 12 000 signes, faut que j'my mette ) je vous fais le récit d'une journée ordinaire (et pas forcément sur le mode misère de malheur) vue de chez moi.


25. Le mardi 29 novembre 2005 à 13:53 par YR

Merci pour ce billet. Un témoignage de qualité rédigé avec un style toujours aussi agréable.

Un début de solution pour avoir de nouvelles idées et une meilleure compréhension des phénomènes sociaux en jeu de la part des élus consisterait peut-être à renouveller la classe politique, à tous les niveaux de représentation.

Pour cela, quelques règles simples dans la pratique politique :
- non cumul des mandats,
- non renouvellement des mandats,
- remise en cause du bipartisme (avec un peu de proportionnelle, éternel débat !)
- reconnaissance d'un réel statut de l'élu, permettant de faire entrer toutes les catégories professionnelles dans les instances représentatives.

De quoi remettre en cause les carrières politiques et l'émergence de ce terme barbare de "société civile". Difficile par contre de lutter contre le népotisme et les "héritages" de mandats locaux. Mais avec un renouvellement limité, cela va dans le bon sens.

De même dans les associations et les syndicats, histoire de revigorer un peu notre pauvre démocratie représentative.

YR

PS :
Je suggèrerais aussi la suppression de la parité si je ne craignais pas d'être mal compris (discrimination positive inutile si les précédentes règles sont appliquées et porte ouverte aux revendications communautaristes. En effet, on a légiféré quant au critère de sexe des représentants élus, on peut encore jouer sur la sexualité, l'appartenance religieuse, la couleur de peau, l'âge, le handicap, etc.)

26. Le mardi 29 novembre 2005 à 14:40 par Asphodèle

@YR

Le problème, c'est que pour faire passer ce genre de mesures, il faut un vote de nos chers représenants à l'Assemblée et au Sénat, qui la plupart du temps cumulent les mandats, les enchaînent et s'en portent très bien, merci pour eux !

27. Le mardi 29 novembre 2005 à 15:05 par Guignolito

C'est un problème d'auto-référence : les parlementaires ne devraient pas avoir le droit de passer des lois les concernant eux-mêmes.

De même qu'on ne peut être juge et partie. Que les dirigeants d'entreprise n'ont pas le droit de spéculer sur leurs propres actions (délit d'initié). Etc...

28. Le mardi 29 novembre 2005 à 15:10 par Badre

Le problème vient du fait que l’écrasante majorité des immigres venus d’Afrique étaient des personnes sans qualification. Je ne vous apprends rien en vous disant que les cadres font des cadres et les ouvriers des ouvriers. C’est très caricatural et il y a heureusement beaucoup de contre-exemples. Mais quand je regarde l’origine sociale des étudiants en grandes écoles, je suis assez frappé par la reproduction des élites. Les parents qui ont un certain niveau social poussent plus leurs enfants à faire des études et leur communiquent une forte ambition. Ils les dirigent vers les meilleures formations, etc… J’ai par exemple découvert l’existence des classes préparatoires seulement en terminale. Et je n’ai su qu’une fois en classe prépa que classe prépa=math sup. J’ai pris peur en apprenant que je faisais math sup., mais ça ne m’a pas empêche d’être dans le top 5 (et oui, la foule en délire m’acclame : P). Mes camarades de classes connaissaient déjà toutes les écoles qu’ils voulaient intégrer, je découvraient les noms.
Ce phénomène que l’on retrouve dans le monde entier, a été exacerbé par la couleur de peau et les différences culturelles. Et là, c’est le serpent qui se mord la queue. On s’enfonce encore plus, on se replie sur soi, et on grandit dans ces fameuses banlieues qui nous anesthésient complètement. On se décourage vite devant des discriminations bien réelles. Mais il n’y a pas 36 solutions, on est condamné à en faire deux fois plus pour réussir et épargner les mêmes « galères »aux suivants (toi le lecteur futé, as-tu deviné que je suis un fils d’immigrés ?). Au lieu de ça, On ne réagit pas de la bonne façon, on voit des discriminations partout et nous ne nous remettons pas en question. Et que laisse-t-on aux suivants ? Des cités ou règne la loi du plus fort (souvent le plus méchant) et la violence, au point d’être parfois les théâtres d’actes les plus abjectes. On ne leur laisse aucune envie de réussir, alors qu’ils auraient même plutôt besoin d’avoir la « rage ». Beaucoup veulent tout, tout de suite et sans aucun effort. Comme l’a bien dit un rappeur (Rohff pour les inities) : ce n’est plus la faim qui les motive, mais la gourmandise. L’état peut nous faciliter la tâche, mais c’est à 80% de notre ressort. Pendant ce temps, certains stimulent encore plus les sentiments racistes, juste au cas où on n’aurait pas assez de handicaps. Quand Mme Dupont se fait agresser par Paul, elle se souviendra d’avoir été agressée par un délinquant. Si c’est Samir, elle se souviendra d’un arabe. Souvenir qui sera bien entretenu par nos medias (ça n’a aucun intérêt les jeunes qui se battent pour s’en sortir) et certains politiques.

p.s. : je ne voulais écrire que dix lignes au début.

29. Le mardi 29 novembre 2005 à 15:21 par ToTheEnd

Purée! Pour un début de semaine, ça déchire grave comme on dirait dans certains quartiers.

Je trouve ce billet fort à propos et qui plus est, tout a fait en ligne avec un besoin d'analyse qui repose sur des faits et pas sur des "je pense que..." qui ne veut rien dire sauf à celui qui le dit.

Vu de Suisse, ces problèmes paressent graves et j'ai un peu peur de le dire, sans retour (on commence aussi à avoir ce genre de problème ici). J'ai la crainte qu'après des années (bientôt décennies?) d'un scénario bien rodé, on arrive plus à trouver autre chose, d'un côté comme de l'autre.

Personnellement, je me risque à faire une affirmation: tout est dans l'éducation! Etant un ancien "jeune difficile", je me rends parfaitement compte (aujourd'hui, pas à l'époque) de ce qui n'a pas été! Des profs et des parents laxistes ne m'ont tout simplement pas donné une bonne idée des limites à ne pas franchir. J'étais comme un électron libre...

Ce qui m'a fait changer, c'est un évènement qui aurait pu être très dramatique et qui m'a valu, un peu par hasard, un emprisonnement en isolement pendant quelques semaines au USA. Là, sans sortie, avec trois repas stricte par jour et un confinement extrême, j'ai enfin eu le temps de réfléchir sur moi et ce que je voulais (j'insiste sur le confinement parce qu'être mêlé à d'autres détenus qui ont leur propre système de valeurs biaisés ou à d'autres jeunes en "mal être", ça n'aidera pas, on contraire, ça nous confortera dans l'idée qu'on est dans la bonne voix puisqu'il y en a d'autres sur celle-ci!).

Je suis conscient que beaucoup de jeunes qui voient des clips à longueur de journée avec des gars qui ont des dents en or, une mine affreuse mais avec plein de "bombes" (filles) autour d'eux n'aide pas à se faire une représentation réelle du monde qui nous entoure. Toutefois, "interdire" sous n'importe quelle forme que ce soit ce mouvement ou musique (rap) ne réglera rien.

Je n'ai pas franchement de solution pour ceux qui n'ont plus aucun repère depuis fort longtemps et qui pense que l'Etat est l'ennemi. Pour moi, à 95%, ils sont perdus.

Toutefois, j'ai une solution pour le futur et cette solution réside dans l'éducation des enfants. Je suis pour un retour à une plus grande sévérité à l'école et ce, dès la maternelle. Je ne parle pas forcément de coups de baguette sur les mains ou autre forme de violence physique.

Je parle d'un cadre très stricte dans lequel on évolue et qu'on doit suivre sous peine d'être sanctionné, y compris les parents "démissionnaire" ou qui vienne encore gueuler sur le prof parce que son fils (fille) ne méritait pas une mauvaise note ou une réprimande (on rêve).

Mais ne rêvons pas. Mettre en place un tel système, c'est accepté que la jolie phrase des années 60-70 "il est interdit d'interdire" soit revue et corrigée pour le bien de toutes et tous. C'est réalisé qu'en fin de compte, des limites doivent être posées et respectées...

Avec un peu (beaucoup) d'effort, la gauche comme la droite devrait le comprendre.

T

30. Le mardi 29 novembre 2005 à 15:40 par Bambino

Merci maitre pour ce billet.

Malgré la gravité du sujet, votre prose m'a encore fait sourire, particulièrement le paragraphe sur les outrages.

Je partage la plupart de ce que vous dites, et j'aimerais vous apporter mon point de vu sur les points que je ne partage pas.

Avant toute chose, je precise que je travaille actuellement dans un lycée professionnel (en tant qu'informaticien, pas en tant qu'enseignant). Ce Lycee prepare les jeunes aux BEP Et bac pro comptabilité et secrétariat, recrute majoritairement un public en grande difficulté scolaire et sociale; la plupart sont issues de banlieux et de cités dites sensibles. De plus, pendant mes longues vacances d'été, je dirige bénévolement des colonies de vacances. Le plus souvent, l'inscriveur est la CAF, qui envoie en vacances les enfants des familles qui n'ont pas les moyens de s'en offrir (des vacances).

J'ai constaté ces dernières années l'emergence de ce que j'appelle une minorité radicale: il y a chez les jeunes (et j'emploie ce mot en connaissance de cause) un très petit nombre d'individus, qui ne comprennent que deux choses:
- le rapport de force.
- le rapport monétaire
et se foutent royalement de tout le reste, y compris de la mosquée du coin, mais ne manqueront pas de bruler des voitures, si un policier ne ferait que mine de s'en approcher, et ils seront assez malins pour ne pas se faire pincer. Pas parce qu'ils sont offusqués ou ulcérés, juste parce que cela les divertie. J'ai bien conscience de la dimension caricaturale demes propos, il s'agit pourtant de la réalité. Fort heureusement cette minorité est...... une minorité (très faible).

Concernant l'ascenceur social, vous dites, et je suis d'accord, qu'il s'agit d'un escalier, qu'il faut gravir marche par marche. Cela est totalement vrai. Mais cet escalier est, je pense, cassé, et tant qu'il le sera, nos jeunes se tourneront davantage vers la minorité que je décris ci dessus, plutot que vers le monde du travail. Le problème du chomage n'est pas nouveau en France, mais il me semble plus grave que jamais. Aujourd'hui avec un bac +5 vous trouverz sans doute un poste de nétoyeur de pailles à mi-temps au macdo, mais guère plus. Aujourd'hui le piston est plus utile que le diplome, voir dans certains cas que la comptence. Alors quand je vois "qu'on" essaye d'acheter le calme en disant que l'école républicaine est une voie possible pour s'en sortir, je rigole doucement(mais un peu jaune quand meme). Je pense que la mondialisation à outrance que l'on connait est partiellement responsable de ce problème. Beaucoup d'entreprises n'assument plus la responsabilité sociale qu'elles ont de permettre aux gens de vivre. Certes cette responsabilité n'existe pas sur le papier, mais il est sidérant de voir certains grands patrons (qui gagnent plus de 10 000 000€ net par an) juger qu'une personne en jogging, basket, casquette est irrespectueuse, car elle chante du NTM à haute voix, alors qu'ils sont grassement payé pour privilégier les intérets economique aux interets humains.

Un petit point qui a son rôle à jouer dans les rapport tendus entre les jeunes des cités et les policiers: certaines pratique policières. Certains policiers sont spécialistes dans le harcelement de jeune innofensifs (et seulement des innofensifs). Bien sur il s'agit probablement d'une minorité, mais, tout comme pour les jeunes des banlieux, cette minorité contribue grandement à décrédibiliser l'ensemble d'une profession ( cf le billet de veuve tarquine sur son 9-3).

voila maitre deux ou trois reflexion qui me viennent à la lecture de ce billet.

31. Le mardi 29 novembre 2005 à 15:48 par nina gradova

" et je fréquentais des illéttrés "
bel exemple d'humour involontaire :)
on dit illettré comme on dit nettoyer. le e devant une double consonne ne prend jamais l'accent

32. Le mardi 29 novembre 2005 à 15:53 par Panama

Je vous donne l'expérience de ma société (secteur hautes techno).
Nous avons peu de personnes d'origine immigrées mais nous en avons : deux ingénieurs (antillais et indien) et deux ouvriers.
Nous n'avons aucun problème avec ces personnes, et nos clients ne font aucune difficulté à les prendre en mission chez eux. Alors pourquoi si peu (4 sur 250) ? Une question de diplôme, c'est vrai. Mais tout d'abord une question de sociabilité.
On ne peut pas envoyer chez un client quelqu'un qui crache par terre, qui ne dit pas bonjour, qui ne vouvoie pas, qui ne tend pas la main pour dire bonjour, qui ne parle pas avec un minimum de respect grammatical le français.
C'est une question de comportement social, qui fait très peur à l'embauche. Comment va-t-il se comporter en équipe ? Chez le client ? Que va-t-il faire si on lui dit qu'il doit s'améliorer dans son travail, changer sa manière d'être ?
Est-ce que le refus des règles sociales de l'autre est du racisme ? Je ne sais pas répondre à cette question.
Mais comment dire à des jeunes que ce n'est pas à cause de leur origine mais de leur comportement (supposé) qu'ils sont perdants dans la compétition pour le travail ?
Les événements récents ont eu un effet désastreux pour l'image des personnes d'origine immigrée. Mais pas sur toutes les origines, ce qu'on ne dit jamais assez. Pas de problème pour trouver du travail quand on est fils de vietnamien ou de mauricien.
Le mot clé est : intégration. C'est le modèle français. On ne change pas un modèle en gesticulant.

33. Le mardi 29 novembre 2005 à 18:46 par ToTheEnd

Bambino: j'aimerais relever, si tu me le permettais, une contradiction dans ton intervention et souhaiterais avoir un complément de ta part.

Tu dis qu'avec un bac+5, les gens sont tous justes bons à finir chez McDo. Après tu poursuis sur ce grand mal qui a lui aussi bon dos dans tous les conflits sociaux: la mondialisation. Que c'est à cause de ça que les jeunes n'ont plus de boulot (avenir) et enfin tu finis avec l'éternel couplet des patrons trop payés...

Je ne remets pas en cause tes dires dans leur globalité, mais je trouve que tu appliques des schémas un peu usés eux aussi.

Si je ne me trompe pas, la mondialisation touche surtout une classe ouvrière qui est au premier plan quand il s'agit de délocaliser.

Alors qu'Eolas parle, entre autres, de jeunes qui n'ont pas de diplôme, toi tu dis que ça ne sert à rien parce que tout est biaisé dès le départ.

Personnellement, je pense que la mondialisation ne touche pas encore des ingénieurs, médecins ou une autre branche qui demande pas mal d'études et d'efforts! D'où pour moi l'importance de travailler encore plus dur à l'école afin d'avoir un meilleur niveau et ainsi, pouvoir briguer des postes plus intéressants que balayeur de cacahuètes...

Qu'en penses-tu?

T

34. Le mardi 29 novembre 2005 à 19:06 par cloclo

Je trouve la remarque de Panama extrêmement intéressante et vraie. Comment demander à un chef d'entreprise de prendre le risque d'embaucher du personnel qui est susceptible de casser l'image de son entreprise, non par l'origine de ses employés mais par leur comportement. Que dire aussi de la difficulté de faire admettre à certains jeunes et maintenant parfois un peu moins jeunes qu'il faut respecter un règlement, arriver à l'heure- tous les jours ouvrés!- ne pas être absent parce que tout simplement on n'a pas envie de se lever etc... C'est à ces comportements que doivent s'attaquer toutes les structures diverses et variées que notre Pays a généré pour accompagner le parcours des gens en difficulté. Ces structures associatives ou non sont nombreuses et pourraient très certainement avoir de meilleurs résultats si dans le même temps L'Education Nationale se remettait en question et si l'on responsabiliser les parents. Je suis pour ma part favorable à la participation des parents à la réparation lorsque leur progéniture s'est mal comportée vis-àvis de la société. Nous sommes dans une société où le plus grand nombre refuse toute responsabilité; curieusement c'est toujours la faute de l'autre. A cet égard les champions toutes catégories sont bien les politiques....
En ce qui concerne l'intégration des populations issues de l'immigration encore faudrait-il qu'elles le souhaitent. Lorsque l'on arrive sur un sol étranger, il est totalement anormal de ne pas y respecter les coutumes locales. Or, ce qui excède une grande majorité silencieuse c'est l'absence de désir, pour une partie de ces populations de se fondre dans le paysage. Au contraire par leurs tenues et leurs comportements elles veulent imposer une présence qui finit par déranger. La France n'est pas raciste et l'a prouvé au long de son histoire. Mais les français de "vieille souche" sont, eux aussi, en butte aux difficultés du moment, perdent leur emploi, sont trop jeunes ou trop vieux, voient leur vie privée voler en éclats à cause de la précarité au point parfois de devenir SDF. On ne parle jamais de ces classes moyennes ou de ces familles d'ouvriers qui ont fait des sacrifices pour que leurs enfants fassent des études et accèdent à une certaine sécurité et qui voient le résultat de leurs efforts parfois réduits à néant; il est en effet aussi très dur pour un jeune de quelqu'origine que ce soit de démarrer. La réalité est que les études ne paient pas toujours et qu'il faut plus souvent qu'on ne le croit accepter un boulot "alimentaire" si l'on a encore un peu de dignité et ne désire pas tomber dans l'assistanat ou l'économie parallèle avec tout ce que cela comporte....








35. Le mardi 29 novembre 2005 à 22:20 par Fred

OH, on se calme.

Comme je le disais dans un précédent post dans ma boîte il y a un peu de tout: des marocains, des gabonais, des indonésiens, des libanais, des asiatiques...

Ben ils savent parler, sont propres sur eux disent bonjour et sont très pro. Je ne les vois pas cracher par terre non plus.

N'exagérons donc pas.

36. Le mardi 29 novembre 2005 à 22:51 par Corinne

On parle beaucoup d'éducation et de l'école par conséquent mais seulement pour les enfants. Je me demande si on ne devrait pas aussi s'intéresser aux parents et notamment aux mères. Pas pour leur dire comment élever leurs enfants, non, mais pour leur permettre d'accéder à un monde plus large.

Comment pouvoir se prendre en charge et gagner une certaine indépendance (d'esprit et/ou financière) si on ne parle pas correctement la langue du pays dans lequel on vit? Facteur d'exclusion et de repli sur une communauté qui, parfois, considère qu'une femme n'est définie que par son statut de mère. Ne doit-on pas à elles-aussi leur offrir l'espoir de voir un jour autre chose que l'intérieur de leur appartement HLM?

L'information sur les différentes filières d'éducation est d'une pauvreté sans nom. Trop peu de jeunes sont au courant des options qui s'offrent à eux et au final, ils s'orientent vers ce qu'ils connaissent le mieux, c'est-à-dire ce que les proches connaissent. Difficile de sortir des rails tout tracés dans ce cas.

37. Le mercredi 30 novembre 2005 à 00:04 par ML

tout d'abord à ToTheEnd
"Je ne remets pas en cause tes dires dans leur globalité, mais je trouve que tu appliques des schémas un peu usés eux aussi." et bien je pense pour ma part que tu appliques des schémas simplificateurs;

Tu proposes,en gros, une élévation sociale de l'indidvidu, de son propre chef, de la condition d'ouvrier à la condition de médecin ou d'ingé : ton idée se heurte à plusieurs réalités, à mon sens:
Les branches professionnelles qui sont à l'abri de la précarité ont un niveau d'études qui requiert pas mal d'argent, donc si tes parents sont au chomage c'est d'autant plus dur. Tu me diras que "quand on veut on peut" et tu n'auras pas tout à fait tort, mais,il me semble que tous milieux confondus l'individu en général ne recherche pas à dépasser son milieu social (oui, je sais, chacun a un contre-exemple, mais avouons-le , c'est une minorité), il cherche simplement à vivre convenablement au moins au même niveau social que ses parents (celà ne paraît plus possible actuellement). "Les pauvres n'ont qu'à devenir riches" semble alors utopique !

"l'éternel couplet des patrons trop payés..." et bien si pour toi ce n'est qu'un "éternel couplet" pour moi c'est tout simplement de l'écoeurement je te recommande chaudement tous les dossiers journalistiques sur les fortunes privées constituées avec l'argent public (affaires Pinault, executive life, crédit lyonnais, bouygues, jean-marie messier...) et là en termes pécuniers, chaque Français a perdu plus qu'une voiture !
; )


en conclusion, je me rattache à l'avis de Bambino et d'Eolas (dans la mesure ou il rejette toutes les thèses avancées ces derniers temps par les médias, politiques, associations...)

Dans plusieurs corps de métier, qui ont un contact privilégié avec la société , avocats, médecins, psychiatres, travailleurs sociaux on ressent un malaise dans la société depuis quelques années.Sans arriver à l'identifier de facon précise.

Ne pensez-vous pas que la cause première est la précarité économique (chomage, précarité de l'emploi, augmentation des disparités entre les revenus..) ?
Un malaise permanent qui pèse sur chaque individu, et qui de façon inconsciente (puisque ces jeunes ne connaissent pas encore la dure réalité du monde du travail, sinon le tableau noir que leurs décrivent leurs aînés) s'exprime, chez ces jeunes encore plus paumés que le commun des mortels et délinquants de surcroit ?

38. Le mercredi 30 novembre 2005 à 00:09 par ML

la solution me semble alors bien complexe...et la situation de plus en plus grave

39. Le mercredi 30 novembre 2005 à 04:11 par Porfi

Bien évidemment, je rends hommage à l'auteur de ce blog pour toutes les raisons évoquées plus haut mais surtout pour sa capacité à maintenir la qualité du débat, ce type de sujet étant un test imparable.
Cependant, dans la tentative d'explication qui nous occupe il ne faut pas négliger de réinterroger le sujet lui-même: que s'est-il réellement passé dans les banlieues? On peut d'ailleurs se demander ce qu'il s'y passe d'ordinaire, tant ce type de question stimule l'imagination.
9000 voitures brûlées, c'est à dire le tiers du chiffre annuel, en 15 jours. Plusieurs écoles, dépots de véhicules de transports en commun ou lieux d'intervention sociale incendiés mais au final assez peu de cas comme celui de la dame handicapée ayant subi de graves brûlures pour n'avoir pas pu quitter le véhicule attaqué à temps.
Ce n'est pas que je regrette l'absence de victimes ou que je minimise le caractère insupportable de la situation mais si vous avez eu la curiosité de lire la presse internationale pendant cet épisode vous savez que certains ont pas mal forcé le trait. Et je ne parle pas des jounaux télés: même les russes, chez qui les skins font la loi, se sont permis de nous faire la morale. Certes, on peut comprendre que certains ait saisi l'occasion de railler notre universalisme prétentieux et hypocrite, mais quid de nos propres media?
Qu'ont pu vraiment nous dire des gens dont l'approche du terrain consistait à trouver à toute vitesse des "fixeurs", terme utilisé pour l'Irak et qui est en soi révélateur de l'énormité du décalage? Des flashes d'info dont il faut rappeler que, précédés et suivis de clips publicitaires qui constituent une source vitale de revenus, ils partagent finalement avec ces derniers l'urgence de la brièveté et de la simplification et rendent en outre compte des différentes stratégies de communication politique dans un contexte pré-électoral.
Comment des gens qui vendent à Coca-cola du temps de cerveau humain disponible après avoir juré leurs grands dieux devant le CSA de faire du mieux-disant culturel, des gens qui pratiquent la télé-poubelle parce qu'elle détend le populo, des gens qui tutoient le pouvoir en privé et le vouvoient devant nous, des gens dont le revenu est, accessoirement, tout de même un peu supérieur aux allocations CAF, comment ces gens là peuvent ils faire un travail sérieux d'information, d'analyse, d'explication sur les banlieues? Ce n'est pas l'apparition d'un sociologue à cravate rose et à lunettes destructurées, exhibé pour la circonstance et visiblement choisi pour sa capacité à s'adapter au format plutot qu'au terrain qui a changé quoi que ce soit.
En matière d'information nous en sommes quasiment resté à la police, laquelle est bien connue pour sa transparence et son goût de la communication.
Ceci, donc, sur les faits.
Sur les causes, la plus grande erreur, la plus grande maladresse et parfois la pire malhonnêteté pourraient faire pencher pour une explication unique. Certes la situation économique, l'urbanisme, la crise du modèle familial et de l'autorité, l'école et la mobilité sociale, l'histoire de l'immigration doivent être évoqués, et si possible hiérarchisés. Mais comment se restreindre à un seul facteur? Surtout pour parler de ce qui n'aura peut-être été finalement qu'un grand jeu-concours d'adolescents désireux d'avoir les honneurs de la télé sans subir un casting humiliant.
Vous voyez où je veux en venir?
Parce que si la crise chronique des cités nécessite de faire référence à tout ça, le soudain prurit pyromaniaque faisant suite à un double décès, même en tant que symptôme visible, a peut être sa propre spécificité en tant que stratégie de communication.
Pour rester sur les causes, je trouve tout de même triste de voir des cadres supérieurs du privé dédouaner l'entreprise alors qu'on n'a pas vraiment l'impression que le syndicalisme patronal ait en général un discours citoyen sur l'école républicaine laïque, libre et obligatoire. Certes, ce n'est pas la revendication des droits acquis des enseignants qui va l'y inciter mais tout de même, il serait peut être temps d'emmurer quelques décideurs syndicaux et patronaux en vue d'investir dans un outil performant de socialisation de masse, ce à quoi tout le monde a intérêt, du moins en théorie. En pratique, il est clair que certains ont cependant intérêt à jetter de l'huile sur le feu pour des raisons électorales et leurs discours sont parfois au moins aussi déshonorants pour notre beau pays que le défi à l'ordre et à la sécurité publics. Il y a effectivement de quoi être pessimiste.
Quant à la thèse de la psychologie évolutionniste, après avoir visité leur site, je dois dire que j'envie le sentiment merveilleux de supériorité que doit donner sur le vulgaire la possession d'un tel savoir. Partir de la nécessité de la reproduction du code génétique comme cause préalable à l'économie, la sociologie et la démographie pour prédire l'anarchie politique et militaire qui règne sur une partie de la planète, voilà qui est la plus charmante de toutes les impasses intellectuelles dans laquelle ont pu s'enfermer des thésards, qu'ils soient en concurrence sexuelle et professionnelle ou pas.

40. Le mercredi 30 novembre 2005 à 05:38 par krysalia

je suis assez d'accord pour dire qu'il s'agit en priorité d'un problème de comportement, qui place ces jeunes a l'index :/ .
j'ai été enseignante dans une cité difficile pendant plusieurs mois, et presque un an dans une autre. Le fait marquant était que ces jeunes possédaient leur propres codes et usages sociaux, d'une part, maiis d'autre part qu'ils ne souhaitaient en aucun cas les remettre en question, une fois placés dans un autre milieu, même temporairement.
quand je leur faisais une remarque sur leur façon de se comporter, ils m'expliquaient les yeux ronds qu'ils n'avaient jamais entendu parler de ça, ou que c'était une pratique ridicule de dire " pardon, merci, bonjour, au revoir " avec moultes raisons de ne pas s'y soumettre ... ils ont eu la même réaction que le péquin moyen devant une fourchette à poissons ou devant une coutume cocasse de papous ... ( " houla, c'est compliqué, pas mon monde, anormal, totalement inutile, au mieux drôle, je ne me sens pas proche de ces usages là et je ne souhaite pas les apprendre " ) .
j'ai aussi constaté qu'il n'y a aucune distinction de groupe ethnique à faire devant ce phénomène : "banlieusard" ou " citéiste " devenant un groupe à part entière empreint de mélanges ne causant que des variantes mineures dans les usages sociaux particuliers.

ce qui est à mon sens alarmant, c'est qu'ils avaient deux possibilités de réagir face à ce probleme, et qu'ils ont choisi la plus fermée :/ . Les contraindre à ce qu'a rome on fasse comme les romains => (j'entends par là : " dans ta cité, tu ne regarde pas quelqu'un fixement sinon il se sent agressé, et tu évites de dire pardon pour ne pas passer pour un faible , mais dans le monde du travail, tu t'adaptes, et tu as le regard franc en tendant la main pour dire bonjour " )
les contraindre a cette gymnastique donc, est pour eux les priver de leur identité, et ils s'accrochent à cette identité comme une moule à leur rocher en criant à la discrimination et au rejet dès qu'on leur demande une simple adaptation aux gens à qui ils parlent, toujours " anormaux " tant qu'ils ne sont pas comme eux. ( je me demande parfois si ça n'est pas une conséquence directe du poids des tabous et non dits, en cités, qui pèse lourd sur la mentalité des jeunes )

j'avais fait le test dans une de mes classes, en leur racontant que si je me trouvais sur mars et que la coutume voulait que je fasse un geste totalement ridicule pour dire bonjour, je le ferais, parce que c'est necessaire si je voulais être polie chez les gens chez qui je serais, les élèves m'ont répondu ( sic hélas ) que j'étais bien conne, et que l'honneur est plus fort que tout.
( il se trouvera peut être des gens pour réagir a "bien conne", avec raison, je précise que le fautif a été puni, à tout hasard :) ) .

j'ai du mal a décrypter ma propre éducation, mais je pense qu'on m'a appris à faire la différence des gens dont je me fous royalement, et des gens avec qui je souhaite être polie et les mettre à l'aise. on m'a appris aussi que ces gens ne se comporteraient peut être pas comme moi, et qu'il faudrait que je m'adapte, je ne l'ai jamais mal pris ...
quelquefois, je me demande si ça n'est pas pour ça que, meme très en colère contre l'état, je n'ai jamais brûlé de voitures ... par contre, sentant peser sur moi le poids d'autant plus lourd des traditions et des usages qu'ils sont récents et causés par des crconstances peu agréables, peut être que je me serais sentie aussi agressée si mes valeurs ne pouvaient être acceptables que chez moi et cause de rejet ailleurs.
j'en viens à ma conclusion ( ne soupirez pas ! :) ) , ou je dirai qu'à mon sens, le probleme ne vient ni des banlieues seules, ni des ministres, mais du durcissement de ce qu'on pense être la limite entre acceptable et innaceptable , des DEUX Côtés.

( bien sur, je ne tiens pas LA solution, et peut être même pas la queue d'UNE et j'en ai conscience ... mais j'avais envie de partager avec vous cette reflexion. )

41. Le mercredi 30 novembre 2005 à 10:48 par lilouliloula

J'ai vu une initiative assez intéressante. Il s'agissait d'initier des jeunes en très grosses difficultés à la plongée sous-marine. Ce documentaire n'expliquait malheureusement pas comment et pourquoi ils avaient fait la démarche de se retrouver au bord de la piscine et cela me paraît bien dommage. Quoiqu'il en soit ces jeunes qui, sur le bord de la piscine, roulaient des mécaniques, se marraient bêtement, se prenaient pour des caîds, bizarrement, une fois à l'eau tremblaient et sont passés du stade "j'ai pas besoin de toi" à "j'ai tellement peur, je me sens tellement pas bien, qu'il va falloir que tu fasses quelque chose pour moi".

42. Le mercredi 30 novembre 2005 à 11:41 par Francesco

Sur la panne de l'ascenseur ou escalier social.

Je suis frappé de la difficulté croissante qu'il y a pour trouver une place attrayante dans la société, par rapport à ce que j'ai connu dans les années 1980. La pyramide sociale me semble de plus en plus effilée, avec l'immense majorité de sa masse à sa base, et moins de voies avouables pour la gravir. C'est peut-être l'impossibilité de cette ascension qui motive la révolte, et l'envie de détruire rageusement cette pointe inaccessible.

Aux USA, certes les riches sont encore plus riches que chez nous, et ostentatoirement, mais il y a (encore ?) une perception que l'ascension est possible. C'est le classique rêve américain de conquérir une place enviable, par son travail ou sa bonne idée. Ce qui a là- bas (encore ?) une certaine réalité, au moins dans les esprits. Quel équivalent honnête ici en 2005 ?

Je vois à cela plusieurs causes.
Avant tout une panne du progrès technique, que je vois somme le moteur de l’ascenseur ou le pilier de l’escalier. Car après le charbon, l'acier, l'électricité, l'électronique, et l'informatique, je ne vois rien de majeur qui vienne prendre le relais et permettre aux jeunes de faire la nique aux vieux accrochés au statut conquis dans leur jeunesse, et qui le restent de plus en plus longtemps.
Et un peu, une conséquence fâcheuse de l'immixtion de l'état dans tous les domaines, qui statufie le paysage économique.

Que l’on ne me fasse pas dire que le libéralisme peut résoudre cette crise; je préfère vivre ici qu’au pays de Bush. Je crains qu’il faille que la société s’organise pour survivre à ce fait que l’avenir est bouché, et que cela cause la révolte.

43. Le mercredi 30 novembre 2005 à 14:04 par ToTheEnd

ML: il y a semble-t-il un malentendu sur le sens de mes propos et je vais tenter de corriger la chose brièvement.

L'histoire sur le couplet des salaires trop élevés est pour moi caricatural. Il n'y a pas plus de mérite quand quelques princes se font des millions sur le dos de la société que quand quelques milliers de personnes vivent sur le dos d'allocations indûment réclamées (assedic, smic, rmi, etc.). Je vais aussi sortir ton argument (facile): je te recommande la lecture de la presse qui relate tous les réseaux ou escroqueries dont les institutions sociales sont les victimes. Là aussi chaque français y perd une voiture... On est bien avancé...

Le fait est que même si tu donnais un salaire moins "écoeurant" pour reprendre tes mots à tous les patrons, princes ou malhonnêtes de ce pays comme tu dis, et bien on ne gagnerait pas grand chose de plus pour tous les démunis ou "smicares".

Pour reprendre des faits, il y a tout de même près de 25 millions de travailleurs sur 60 millions d'habitants en France et 2.7 millions de chômeurs... je n'oublie pas les 1.2 millions de personnes supplémentaires qui touchent le RMI.

Vois-tu, je ne pense pas que ceux qui gagnent un salaire écoeurant soit des millions... et même s'ils étaient des milliers (qui touchent des millions!), ça ne changerait pas grand chose puisque le salaire net Français est de 18'730 Euros nets par an... Par conséquent, pour aider ces 4 millions de chômeurs/rmistes, il faudrait 75 milliards d'Euros nets... par an.

Oui, c'est un peu surréaliste d'analyser les choses comme ça, mais mon objectif était avant tout de te démontrer que ce n'est parce qu'on "arrêterait" certains qui profitent du système ou font de grosses erreurs (CL par exemple) qu'on corrigerait ça et que ça arrangerait le fossé...

T

44. Le mercredi 30 novembre 2005 à 15:05 par ML

Détrompes toi T !

Ce ne sont pas "quelques princes" "qui touchent des millions", mais bien des centaines de milliards (je parle en euros) qui sont détournées au profit de nouveaux capitaines d'industries ... (il ya dans la réalité autant d'escroqueries aux institutions sociales que l'escroquerie en col blanc au détriment de l'argent public, mais les sommes sont, me semble-t-il incomparables)
Et je suis intimement convaincu, que celà n'a pas de commune de mesure... je ne suis donc pas d'accord avec ta dernière phrase: "ce n'est parce qu'on "arrêterait" certains qui profitent du système ou font de grosses erreurs (CL par exemple) qu'on corrigerait ça et que ça arrangerait le fossé..."
Les médias insistent bien, régulièrement, sur les escroqueries aux institutions sociales que "certains profiteurs" (qui n'ont pas d'appartement à Manhattan ;) ) organisent, mais on n'atteint que la couche superficielle des scandales politico-financiers (et bien oui forcément c'est plus facile de montrer du doigt les chomeurs fainéants, les hypochondriaques, les fonctionnaires tire-au-flanc, les étrangers parasites ...peut-être pour flatter nos bas instincts)
Il y a, certes, des profiteurs partout, mais il y en a qui profitent beaucoup plus !

45. Le mercredi 30 novembre 2005 à 16:29 par candide

Nous sommes donc nombreux à penser aux mêmes choses !
Le succès de ce billet est impressionnant !

Votre ton me plaît parce que vous ne donnez pas d'explication hâtive. Je pense qu'aujourd'hui personne n'a la formule magique... Ca se saurait. Je me trouve à mi chemin entre le Droit par mes études, et l'Education, par mon travail. Peut-être que certains des élèves que je côtoie quasi quotidiennement ont participé aux incendies épars qu’il y a eu.
Il y a quelques élèves qui sont sidérants, ils ne savent pas pourquoi ils viennent si ce n'est l'obligation de venir jusqu'à 16 ans. Ils se font renvoyer d'établissements et sont automatiquement replacés dans un autre établissement. Ils gardent leurs vestes en cours comme s'ils attendaient un bus. Quand on leur parle d’avenir, pour eux c’est assuré, c’est le business. Ce sont des élèves qui passent d’un niveau à l'autre avec à peine 5 de moyenne, parce que le redoublement n'apporterait rien...
Il y a un échec des parents…
Il y a aussi un échec de l'Education Nationale… me semble t il…

Après l’honnêteté est je pense de dire que personne ne connaît la solution. En général quand c’est comme ça on se tourne vers la science… Et il existe des enseignements des sciences de l’Education dans les universités…
Peut être une idée serait de mêler la science de l’éducation à l’école comme on mêle la médecine aux hôpitaux. En créant des établissements où les étudiants seraient mêlés aux professeurs et aux élèves dans leur recherche, et où l’on expérimente de nouvelles méthodes. Cela serait peut être une autre solution pour ces élèves et le résultat des recherches aiderait à modifier un système pas totalement satisfaisant. Des hôpitaux de l’éducation…

46. Le mercredi 30 novembre 2005 à 18:29 par Praxis

Je n'ai pas le temps de lire tous les commentaires mais j'ai une partie de la solution : il faut encourager ces personnes à prendre en main leur destin, les associer au développement de leur territoire, grâce notamment au travail extraordinaire que réalisent les associations de terrain. Pour cela, il faut une politique de croissance et une redistribution des richesses envers ce secteur qu'on appelle l'économie sociale. C'est ce qu'a fait Jospin et la gauche plurielle. Un exemple personnel : c'était il y a 6 ans, je ne travaillais pas encore, j'officiais sur les bancs de Sciences Po et j'étais en stage dans une Régie de Quartier. Le Directeur m'a passé une commande pour analyser 'les externalités générées par la présence des correspondants de parking sur lieu-dit', un endroit qui, au fil des années était devenu une zone de non-droit, squattée par les délinquants qui se livraient à toutes sortes de traffics et contribuaient grandement au sentiment d'insécurité. La Ville, les associations d'habitants et la R de Q se sont penchés sur le problème, elles ont décidé un investissement pour revitaliser le parking et elles ont créé (grâce aux emplois-jeunes, merci la gauche plurielle) des emplois de correspondants de parking, qui ne devaient pas seulement être des gardiens mais également des médiateurs. Ce sont les jeunes et les moins jeunes du quartier qui ont été embauchés. Le parking est redevenu un parking, non un lieu de traffic, et les habitants se sont immédiatement sentis rassurés, le lien social s'est retissé avec la présence de ces gars, qui portent les courses des mamies, qui discutent avec untel, etc. Et ce parking est toujours là, il génère aussi du CA et les jeunes et moins jeunes du quartier se succèdent sur les postes. C'est du développement local, c'est de l'économie sociale : logique de projet, de plus-value sociale en même temps que logique économique.


Là, je crois que vous donnez dans les fausses solutions de gauche (il y en a de droite aussi, bien sûr). Les emplois jeunes ont ils diminué la délinquence ? Non. Pourquoi ? Parce qu'ils ne correspondent à aucune réalité économique et ne donnent aucun avenir à ceux qui en "bénéficient". Qui veut faire une carrière d'agent d'ambiance, de correspondant de parking ? Qui, en ayant ça sur son CV, aura une expérience professionnelle attirante. Cela revient à l'exemple de Bastiat : pour régler le chômage, engageons la moitié des chomeurs pour creuser des trous, et l'autre moitié pour les reboucher, payés par l'impôt.

Eolas

47. Le mercredi 30 novembre 2005 à 18:41 par ToTheEnd

ML: ton martèlement me rappelle ceux qui s'époumonent à essayer de donner une seule réponse à un problème, comme un parti politique.

Ce que je trouvais très intéressant dans ce billet, c'est qu'Eolas nous parle de plusieurs choses, de plusieurs facteurs qui mis ensembles arrivent à esquisser l'ampleur du problème.

Je t'ai déjà dit que je ne réfutais pas les arguments de la globalisation dans son ensemble, mais je réfute le raccourci facile du "l'ultralibéralisme nous tue et c'est les patrons qui tirent tous les bénéfices" comme je réfute le "si on met dehors tous ces bougnoules et autres indigènes, il n'y aura plus de chômage".

En dans le faible espoir d'apporter une lumière différente sur ton "intime conviction que des centaines de milliards son détournées au profit de nouveaux capitaines d'industries", je te signale en passant que le budget (dépenses) de l'état français en 2004 s'est monté à 283,7 milliards d'euros...

T

48. Le mercredi 30 novembre 2005 à 19:29 par Praxis

Là, Eolas, avec tout le respect que je te dois, tu démontres deux choses sur ta réponse :
- que tu n'as pas lu ce que j'ai écrit et que tu as réagis au stimulus d'un mot (emploi-jeune) sans le replacer dans son ensemble, ici l'économie sociale, que tu ne connais apparemment pas très bien ou alors de manière très réductrice.
- ton mépris pour un certain type d'emploi : agent d'ambiance ou correspondant de parking. Evidemment, vu de ta position d'avocat, qui jouit d'un certain prestige sur internet, ces métiers paraissent dégradants et ne rien apporter aux personnes qui les occupent.

Et pourtant :

Ils ne correspondent à aucune réalité économique ? Faux, dans le cas très précis que je développe, ce sont eux qui font tourner la caisse, et je te garantis les bénéfices.

J'ai gardé des relations avec deux d'entre-eux : le premier a trouvé un CDI dans le domaine de la sécurité, il dirige une équipe de 6 personnes. Le second a trouvé un emploi (CDI là aussi) de magasinier-cariste, il a bénéficié d'une formation dans le domaine de l'informatique et a passé ses CACES. Donc oui, certains petits jobs, qui te paraissent non seulement sans avenir mais aussi peu glorieux, permettent à des personnes qui ne gagneront de toute façon jamais ton salaire de fonder une famille, d'équilibrer une vie autour de quelques plaisirs simples avec la stabilité de l'emploi. Et ce n'est pas rien Eolas, c'est même une grande victoire (qui demande une certaine empathie ou la connaissance de ces publics).

Je concède, tu m'as agacé sur cette réponse, pour ne pas dire plus. Tu fais étalage d'un mépris profond et d'une méconaissance qui me font regretter d'être venu sur cette page exposer une expérience qui recouvre bien d'autres champs en la matière de l'économie sociale et qui fait ses preuves depuis plus de 250 ans.


Cher Praxis, si vous mettez en ces lieux un commentaire à forte connotation politique, en l'occurrence en affirmant que la gauche plurielle, nommément citée, avait trouvé une solution avec les emplois jeunes, et par déduction, que c'était la faute du gouvernement suivant qui les avait supprimé, il faut vous attendre et à de la contradiction et l'accepter. Sinon c'est moi qui vais regretter que vous écriviez ici.

Je ne m'offusque pas du tutoiment (et vous ne vous offusquerez donc pas que je vous voussoie) mais par contre je n'apprécie guère les attaques personnelles qui sous entendent que mon opinion n'est contraire à la votre que parce que je méprise les emplois humbles du fait de mon métier prestigieux et de mon salaire supposément mirobolant. Pour continuer cette mise au point, je précise que je ne touche aucun salaire (corollaire : pas d'assurance chômage, pas de congés payés), et qu'il y a des mois où je n'ai aucun revenu net, mes charges absorbant tout mon chiffre d'affaire. Cela signifie que le temps que je passe à bloguer et à vous répondre, je ne gagne pas un kopeck. Si vous y voyez une démarche de bourgeois méprisant, vous avez un sérieux problème de compréhension.

Si les emplois jeunes était vraiment la panacée présentée ici, Jospin aurait fait 80% au premier tour et les banlieues en 2002 eussent été un monde fleuri et enchanteur. Au lieu de ça, la gauche plurielle a perdu les élections sur le thème de l'insécurité. Prenez cet élément en compte dans votre réflexion.

Adoncques, vous me reprochez de ne rien connaître à l"'économie sociale". Coupable ! Mais à ma décharge, la France a une vieille tradition qui consiste à sacrifier la première à la seconde, dès lors, la juxtaposition des termes me paraît une coquecigrue. D'ailleurs, votre entreprise de parking amélioré fait des bénéfices ? Fort bien. Les emplois jeunes sont donc inutiles, on a une activité économique rentable. Elle n'aurait pas vu le jour si l'Etat n'avait pris en charge les salaires des employés ? Mais si puisqu'elle est rentable : vous me "garantissez les bénéfices" et je vous crois sur parole. Si l'économie sociale est une initiative privée qui crée une entreprise qui fait du profit, vous ne pouvez imaginer comme nous sommes sur la même longueur d'onde. Si l'économie sociale est une activité qui ferait banqueroute si la collectivité n'y déversait pas des subventions, je dis non à l'économie sociale au profit de l'économie tout court.

Pour conclure, je n'ai AUCUN mépris pour les métiers, les plus humbles soient-ils, je n'ai AUCUN mépris pour les pauvres, aussi démunis soient-ils, et s'il en était autrement, je ne ferais pas de pénal et surtout pas de commissions d'office, mais de l'arbitrage international et du droit des affaires où ça paye quand même mieux que dans ma branche. Et je bombarderais ce site de pubs et de google ads plutôt que de le mettre gratuitement et sans pub en ligne.

Eolas

49. Le mercredi 30 novembre 2005 à 19:31 par apprentie-juriste

"La plupart d'entre eux revendiquent leur islamitude pour se donner un côté "rebelle", pour revendiquer une identité à part

Le BTS est le summum de l'ambition, et est plus un rêve dont ils se bercent, puisqu'ils ne se donneront jamais les moyens de réussir (un BTS, il faut bosser pour le décrocher).

Même sportif de haut niveau, ça ne les fait pas rêver, il faut trop bosser et commencer tôt"

Question désespérée : Pourquoi, Cher Maître, suis-je traitée de "sarkoziste" (insulte suprême chez les étudiants en droit) lorsque je dis le 1/4 de ce que vous dites???
D'ailleurs je ne le dis plus. J'ai lâchement choisi le silence face à une opinion publique estudiantine que j'estime démago à pleurer, et qui m'estime sarkoziste à éliminer.
Alors pourquoi vos lecteurs ne s'insurgent-ils pas? Quelle est votre technique? C'est sans doute cela l'art de la plaidoirie, et je ne suis qu'apprentie...


Lisez le commentaire de Praxis ci-dessus pour voir que je ne suis pas tout à fait à l'abri moi non plus.

Eolas

50. Le mercredi 30 novembre 2005 à 19:40 par Bambino

@ToTheEnd:

Bonsoir et désolé pour cette réponse tardive.

je dis qu'avec bac +5, il est souvent difficile d'exercer une profession digne du diplome que l'on a, et que cet état de fait incite les jeunes sans repères à ne pas faire d'effort pour rentrer dans le système, bien au contraire.

La flambée de l'immmobilier ne facilite rien non plus:si les macons gagnaient 2000 euros net par mois, il n'y aurait pas -je pense- pénurie de main d'oeuvre en BTP (d'autant plus que ce metiers la ne peuvent vraiment pas délocaliser, meme si l'on pourra peut etre un jour faire venir des ouvriers moins payés de Pologne ou de Lituanie). Mais bon se tuer à la tache pour un smic et devoir laisser la moitié ou plus en loyer pour un studio, ben ca donne pas trop envie.

Après, mon discours sur la mondialisation est archi entendu, cependant il est vrai, dans la mesure ou je dis bien qu'elle est partiellement (et seulement patiellement) responsable de la situation que l'on connait dans la mesure ou elle n'incite pas les gens suceptible de basculer d'un coté ou de l'autre à choisir le bon coté, bien au contraire.

Pour Ce qui est des jeunes sans diplomes, avec un casier aussi chargé qu'un train en inde, qui ne comprennent que le rapport de force,je pense qu'une loi punissant extrement severement la petite délinquence en cas de récidive serait extrement dissuasive (un peu comme en californie me semble t'il, mais en mieux fait). Je pense aussi que plutot que d'envoyer en prison les gens a leur premiere peine (ou leur coller un surcis), il pourrait etre interessant de punir par des TIG liés à la réparation des dégats.


Sur le bac+5 : ça dépend en quoi. Bac +5 en informatique ou en droit, on trouve. En sociologie ou en philosophie, y'a pas, à part l'enseignement, mais tous les étudiants ne peuvent pas devenir enseignants.

Un maçon expérimenté peut sans problème gagner 2000 net par mois, même plus s'il crée son entreprise. Le bâtiment recrute : j'ai vu un ouvrier inexpérimenté (20 ans) engagé à 1200 net par mois.

La lituanie et la Pologne étant dans l'UE, on ne les fera pas venir, ils viendront tout seul, et seront payés selon le droit social français. S'ils acceptent d'être payés à bas prix, tant mieux : ça contribuera grandement à régler la flmabée de l'immobilier en diminuant les coûts de la construction.

La mondialisation a bon dos, comme le libéralisme. La solution est-elle la villagisation ? En quoi incite-t-elle les gens à basculer du mauvais coté ? Le colbertisme produit donc de la probité ? En voilà un scoop.

Sur la loi à la californienne : les chiffres de la délinquance en californie vous semblent-ils confirmer qu'il y a là un modèle à copier ? Les TIG ne sont pas non plus une panacée : ils supposent que le condamné accepte de les exécuter et qu'ol y ait du travail à lui donner (qui suppose un encadrement et un suivi). On n'envoie pas les délinquants en prison au premier délit sauf période d'émeutes, et il est impensable d'associer TIG et réparation à la victime car la dernière chose que souhaitent les victimes c'est avoir leur agresseur en train de tondre leur pelouse.

Eolas

51. Le mercredi 30 novembre 2005 à 20:18 par apprentie-juriste

Maître, effectivement, vous n'êtes pas à l'abri non plus, ce qui me rassure d'une certaine façon...
A mon tour de citer des exemples réels :
3 copains ont grandi dans la même cité de banlieue parisienne.

L'un est déscolarisé, délinquant et vit du cannabis. Il est habitué des tribunaux jusqu'à ce qu'il devienne papa à 25 ans. Alors il "se calme" travaille, et gagne aux alentours de 10 KF par mois (nets) en faisant des boulots en CDI que personne ne veut : Préparateur de commandes, ou autres boulots manuels en tt genre. Devant ce revirement, les juges font preuve d'une clémence certaine qu'il sait apprécier. Effectivement, c'est souvent la paternité qui déclenche la nouvelle vie.

l'autre est blanc (pas de discrimination potentielle à son égard), va à l'école et fume du cannabis. Aujourd'hui à 30 ans, il fume tjs, a des trous de mémoire à la limite de la pathologie (pardon j'oubliais que dire que le cannabis est nocif est une désinformation sarkoziste), et dépense tt son salaire en shit, ce qui l'empêche de quitter ses parents. Sorte de Tanguy des cités.

le 3ème est noir, et vit dans un 3 pièces où 8 s'entassent. A 18 ans, en 1ère technique, il VEUT quitter sa cité. Il refuse de fumer. Il réussit son bac puis son BTS éléctronique (au prix de nombreuses disputes avec ses potes du style "t'es un lacheur, viens on tissor on va chercher d'la meuf! vas-y t'es pas un pote mec").
Pendant 1 an, il ne trouve pas de travail, et préfère travailler sur les chantiers en plein hiver que rester en bas de son immeuble. Il réussit ensuite un concours pour un poste de fonctionnaire en électronique. Mais ça ne lui suffit pas. Alors il prend après son travail des cours du soir, et devient ingénieur au bout de 3 ans. Aujourd'hui, à 32 ans, il est propriétaire d'un petit pavillon en banlieue, et père depuis peu. Pourtant il avait tout pour échouer. Mais il n'a jamais laché. Et il n'a pas eu besoin des emplois-jeunes pour se prendre en main.

52. Le mercredi 30 novembre 2005 à 20:22 par Praxis

Eolas,

Votre plaidoirie est bien entendu excellente, c'est votre domaine réservé.

Mais les écrits sont ceux-là : "Qui veut faire une carrière d'agent d'ambiance, de correspondant de parking ? Qui, en ayant ça sur son CV, aura une expérience professionnelle attirante ?" Si vous n'appelez pas ça du mépris, c'est très bien, vous avez le droit de botter en rhétorique. Je crois vous avoir très rarement, voire jamais, lu présenter des excuses, ou un semblant d'autocritique (mais je ne vous lis pas régulièrement, je peux me tromper) : parfois il est plus admirable de reconnaître une erreur, ce qui arrive à tout le monde.

Il me semble que, si vous n'aviez pas de diplôme et étiez au chômage, vous n'adopteriez pas la même attitude face à un emploi d'agent d'ambiance ou de correspondant de parking, surtout si vous avez une famille qui compte sur vous.

Voilà pourquoi j'ai réagi un peu brusquement : votre réponse m'a choquée.

Pour le reste, je passe à table et je vous répond.

53. Le mercredi 30 novembre 2005 à 21:00 par Praxis

Je reprends le fil de notre conversation :

Je pense que l'on donne plus de chances à un pays de combattre l'insécurité lorsque l'intégration des populations, aussi diverses soient-elles, est réussie. Je pense que l'économie sociale est ce moyen de réussir l'intégration.

L'exemple que je vous cite montre comment on pacifie une zone et réalise plusieurs objectifs en associant les habitants et en les faisant participer à un projet collectif. Je trouve que c'est très valorisant de ce point de vue et les correspondants de parking savent ce qu'ils ont apporté à leur quartier, ils sont connus, reconnus et appréciés pour leur rôle, leur utilité. Ils sont aussi des modèles pour les petits-frères... Bref, je ne vais pas non plus m'étaler là sur des kilomètres : le projet correspondant de parking est un succès total ou peu s'en faut (du turn-over parfois).

Une simple logique économique aurait dit : je sécurise en bloc le parking, j'emploie des super-agents de sécurité (pas du quartier, bien sûr) et je fais payer 10% de plus du ticket que le seuil de rentabilité. Et le parking aurait connu les dégradations, les vols, etc. C'est l'histoire de l'ancien parking.

Les emplois-jeunes n'ont été qu'un outil au service de l'économie sociale. Après, je comprends votre crainte : que l'impôt soit gaspillé, que seules les subventions permettent de tenir cet ensemble. Et c'est là où nous ne serons de toute façon pas d'accord : j'ai dit, dans le modèle que je prêche, qu'une politique de croissance doit être menée et que la redistribution doit s'organiser en direction de l'économie sociale, qui permet de prendre en compte des besoins ignorés par l'Etat et l'économie. Peu importe si, dans mon exemple, le parking avait été déficitaire : l'analyse des externalités générées par la présence des correspondants de parking démontre justement que l'utilité sociale, le sentiment de sécurité, etc. valaient bien que l'on investisse l'argent public dans ce projet.

Vous me dites que Jospin s'est fait avoir parce qu'il n'a pas su obtenir de résultat sur le champ de la sécurité. Je me souviens surtout, chez les électeurs socialistes et verts, qu'on lui a reproché les privatisations, que son projet n'était pas socialiste et que l'Etat ne pouvait pas tout. Vous serez certainement d'accord avec moi : ce n'est pas l'opinion publique qui détient la vérité : que Jospin privatise, ce n'est pas important si cette privatisation permet de redistribuer, et notamment en direction de l'économie sociale. Le point est de se demander : quel modèle servent ces privatisations, qu'y a-t-il derrière ?

Je suis sinon désolé de lire votre avant-dernier paragraphe : pour que ce modèle vous siée il faudrait que l'économie sociale serve à créer une entreprise qui réalise du profit... Nonsense, comme on dit de l'autre côté de la Manche : la logique du profit est contraire à l'économie sociale et les besoins auxquels elle répond ne sont pris en compte que parce qu'on est dans une logique de projet : c'est le projet qui est au coeur de l'économie sociale et non le profit !

L'économie sociale permet de s'associer pour entreprendre autrement ! Et pas de retomber dans les travers de l'économie pure (rentabilité, profit, les poches pleines des capitalistes et après nous le déluge !)...

Praxis

54. Le mercredi 30 novembre 2005 à 21:51 par Fred

Sujet trop complexe à mon avis

Chacun à certainement raison à sa façon et d'une certaine façon.

Les choses étant dites, maître, je propose de clore les commentaires sur ce post. On est plus trop loi du point Godwin je le crains, même si les débats sont encore dignes. Ne gâchons donc pas l'ambiance

55. Le mercredi 30 novembre 2005 à 22:25 par Putch

Mince, depuis que j'ai a nouveau un vrai travail en plus de la charge d'une famille je ne peux plus te lire aussi souvent cher maître, et je le regrette... bravo !

56. Le mercredi 30 novembre 2005 à 23:18 par ToTheEnd

@Praxis: personne n'a besoin d'être défendu ici et je souhaiterais apporter un petit caillou à ton intervention: je ne pense pas qu'Eolas pointe du doigt un métier sot ou pour nigaud (voire mongolien). Que des jeunes ou moins jeunes souhaitent ou sont satisfaits de ces perspectives professionnelles, c'est parfait. Le point (j'imagine) soulevé, c'est qu'on ne motive et ne donne pas envie de bosser à une majorité des (jeunes) gens si on n'a que ça à leur offrir. Demande à des classes de CP ou je ne sais ce qu'ils veulent faire plus tard et élimine ceux qui disent vouloir être riches ou rappeur (je généralise)... tu entendras des dizaines de métiers, mais pas ceux que tu cites. Ce n'est pas dire qu'ils ne sont pas nobles (tous les métiers légaux le sont), c'est dire qu'ils ne sont pas attractifs, tout simplement.

@Eolas: arghhh, j'ai failli m'étrangler quand j'ai lu "S'ils acceptent d'être payés à bas prix, tant mieux : ça contribuera grandement à régler la flmabée de l'immobilier en diminuant les coûts de la construction." Actuellement, le marché foncier bénéficie d'une embellie extraordinaire (pour ne pas dire paranormale) et ce n'est pas parce que le travailleur français est cher (ok, peut-être pour 2% ou 3% du prix). La vérité c'est que grâce à un taux hypothécaire au plus bas depuis 20 ans, les spéculations vont bons trains... Pour tout dire, même si un immeuble était construit gratuitement, il serait quand même vendu à 10K euros le m2 dans certains quartiers parisiens. Ce phénomène a tout simplement lieu quand il y a plus de demandes que d'offres... ou plus simplement, quand il y a pénurie.

@Bambino: je comprends mieux ce que tu entends par des formations bac+5, mais je vois aussi que selon la filière, il y a plus ou moins de chances d'avoir un résultat. Sans vouloir m'attirer les foudres de l'assistance, il faudra aussi que le système académique revoit un peu les branches qu'il met à disposition des étudiants et combien de classes ou élèves son disponibles parce qu'il est évident que certaines branches font rêver pour des raisons aussi diverses qu'il y a d'étudiants... Toutefois, exemple à l'appui, on peut se demander pourquoi on accepte 137 étudiants dans la fac de "histoire de l'art" alors qu'on sait qu'à la fin du cycle, 2 à 3 personnes trouveront un boulot dans la branche. Remarque, en Suisse du moins, seul 48% des gens travaillent dans la branche qu'ils ont étudié (diplômé).

T

57. Le jeudi 1 décembre 2005 à 03:23 par kikou

Excellent billet sur lequel je suis d'accord.
> Lien sur mon blog - Merci

58. Le jeudi 1 décembre 2005 à 21:34 par Tornad

Merci Maître pour cet excellent billet.
J'ai pu lire clairement des idées qui se chamboulent dans ma tête.

J'attendais impatiencement votre conclusion mais je n'ai guère été surpris
"Je suis terriblement pessimiste, parce que je vois que chaque solution proposée est totalement à côté de la plaque sans pour autant avoir la moindre idée de ce qui pourrait marcher."

Beaucoup d'autres idées me viennent et j'aurais nuancer certains points, mais je n'ai pas votre éloquence.
Je me risquerais peut être un jour à vous les faire partager au fil d'un autre billet.
En attendant, encore merci pour ces billets et bon courage

59. Le dimanche 4 décembre 2005 à 20:48 par Louis

Je voudrais commenter un point de votre appréciation du sujet. Vous affirmez que les mots "karcher" et "racaille" n'ont pas été injurieux vis à vis des gens visés, parce que ceux-ci ne se fâcheraient qu'à certaines insultes (pour vous citer: "Pour que l'outrage fasse un quelconque effet, il doit comporter une allusion à la pratique de la prostitution par la mère de l'intéressé, la pratique passive de la sodomie par ce dernier et le caractère douteux de sa filiation paternelle, de préférence cumulativement").

Je connais pour ma part plusieurs personnes qui se froissent immédiatement quand on leur fait une critique, dans des réparties du genre "Vous dites que je fais des fautes sur tel sujet parce que je suis black! raciste!". Alors que ces critiques n'ont rien à voir avec leur couleur de peau. En d'autres termes, je crois qu'il faut bien prendre en compte l'existence d'un état d'esprit ultra-sensible, prompt à se hurler victime d'injustice et ce non pas par mauvaise foi mais par réelle conviction.

Aussi les termes "karcher" et "racaille" peuvent-ils effectivement rendre colériques nombre d'individus des cités. D'autant plus dans la bouche d'un ministre aussi déprécié par les jeunes.


60. Le lundi 5 décembre 2005 à 11:20 par DD

Pour info, ce matin sur France Cul(-ture!) Olivier Duhamel (dans sa chronique de 8h30) a cité un extrait de votre billet (en gros, le passage relatif à la "démission des parents") sans cependant citer ses sources !!

61. Le lundi 5 décembre 2005 à 16:26 par andrem

En complment au commentaire n°60 de DD, j'ai entendu ce matin la chronique d'O.Duhamel, et je me suis fait la réflexion que ce qu'il disait ne m'était pas inconnu, je l'avais lu ou entendu quelque part. Impossible de me souvenir de l'origine du propos.

Voilà c'est fait, merci, c'était Maître Eolas qui avait inspiré notre bon chroniqueur.

Le bon côté est l'audience que Maître Eolas trouve pour ses billets, après tout il doit être plutôt content d'avoir été entendu par ce chroniqueur.
le mauvais côté est bien sûr de se voir pillé sans vergogne, sans même la politesse d'une référence, ne serait-ce que vague et sommaire.

Je ne pensais pas qu'O.Duhamel soit capable de cette désinvolture. Dont acte. Au delà, peut-être que Maître EWolas saura nous expliquer si ce comportement est passible ou non d'une action au regard des règles et lois concernant la propriété intellectuelle (bien que je doute qu'il y ait ici préjudice, le sujet en général m'intéresse).

C'est bien entendu hors sujet.

62. Le mardi 6 décembre 2005 à 17:49 par Hefpé

J'admire votre prose et votre humour. C'est une opinion que je partage largement. Le regroupement de ces jeunes est sans doute le premier problème, l'urbanisation a sa part de responsabilité. De plus, le lien social disparaît peu à peu ce qui empêche la plupart des gens de pouvoir agir. Il faudrait casser ces regroupement ghéttoïsants, et agir communément avec de la prévention et de la répression. Pour la première, j'ai du mal à cerner son champs d'action précis.

63. Le mercredi 7 décembre 2005 à 22:50 par Pancho Villa

La repression, sous toutes ses formes imaginables, genere-t-elle plutot la tension ou bien le contraire?

Les mots 'karcher' et 'racaille', meme si ceux-ci visaient effectivement la delinquance des banlieues n'auraient a mon avis jamais du sortir de la bouche d'un expert de la rhetorique (mais surtout de la politique). Pour atteindre ses fins, il existe, et j'en suis sur, des moyens tout aussi efficaces mais beaucoup plus subtils que ces 'detonateurs' 'd'aggressivite' mais surtout de 'cohaision sociale'.

64. Le mardi 13 décembre 2005 à 01:21 par franck

Pour faire suite au message de Guerby du 28/11.
Je ne vous suis pas Eolas lorsque vous affirmez que la dépénalisation du cannabis n'est pas une solution. Non pas que je pense que vous ayez tort a priori et que votre position n'est pas défendable (elles le sont toutes). Ce qui me gêne, c'est que votre argumentation visant à faire comprendre que l'interdiction est génératrice de contournements se basse précisément sur toutes les dérives que les différentes restrictions légales imposées ont entraînées ("L'économie souterraine naît de l'interdiction ou de la restriction"). Or, à bien vous suivre, c'est donc la prohibition que vous condamnez, en tant qu'elle sécrète des comportements déviants visant à la contourner. Votre argument étant contre-productif, il semblerait à vous lire que vous prêchez pour la dépénalisation. Mais peu importe, ce n'est pas là le but de mon intervention.
Pour en venir au sujet, ce que Guerbis, si je ne m'abuse, voulait signifier, ce n'est pas le fait que les trafiquants continueront ou non leurs petites affaires ailleurs (ça va tellement de soi !), mais bien qu'en "rejetant" la consommation et la vente de cannabis dans le domaine légal, ce sont des milliers de gosses qui n'auront plus à craindre d'être contrôlés / humiliés / arrêtés / poursuivis... (je vous libre de poursuivre la litanie) pour avoir été surpris en train de fumer un joint. Cela n'est pas une mince affaire que de passer de l'illégalité à la légalité, et vous savez mieux que moi que la seule consommation (restons en là pour l'instant) est productrice de conflits entre les forces de l'ordre et les gamins de cité... et donc de désordre (et je passe volontairement sur les coûts pour la société, à commencer par le temps qu'y passe la police, qui pendant ce temps n'est pas ailleurs…)
Deuxièmement, la pénalisation n'est pas un cercle vertueux qui permet de trier le grain de l'ivraie, vous le savez autant que moi. Comme vous le dites d'ailleurs vous-mêmes, si un trafic se tarie, les trafiquants se reportent sur un autre trafic ("Légalisez le cannabis, et les trafiquants d'aujourd'hui n'ouvriront pas de cofee shop mais se rabattront sur les autres produits prohibés".) Si je vous suis, deux hypothèses dès lors se présentent à nous : 1/ ou bien les fumeurs de joints suivent leurs trafiquants et se mettent à consommer d'autres produits, histoire sans doute de rester dans l'illégalité (une sorte de déplacement de la pulsion délinquante en somme) ; 2/ ou bien les fumeurs de joints continuent à fumer du cannabis, mais légalement cette fois-ci. Je ne sais laquelle de ces deux hypothèses est la plus crédible, mais à bien y observer, en regardant aux Pays-Bas par exemple, on remarque que la consommation de drogue n'a pas vertigineusement grimpée parmi la population avec le dépénalisation, ni pour le cannabis ni pour les autres drogues illicites. La dépénalisation ne pousse donc pas : 1/ ni à une envolée de la consommation, 2/ ni à un déplacement des fumeurs de cannabis vers d'autres drogues.
Enfin, et ce sera mon dernier point, il y a quand même là, sur ce sujet, une grande hypocrisie. Nous savons tous que la consommation de cannabis est aujourd'hui un phénomène social dont l'ampleur excède de loin les quartiers difficiles (on table officiellement sur plus de 5 millions de fumeurs de joints en France si je ne m'abuse - dans le cas inverse, vous me corrigerez, et j'ajouterai, sans chiffres à l'appui, que la consommation touche toutes les classes sociales). Or, voyez-vous une objection à ce qu'on délie une fois pour toutes la consommation de cannabis de la consommation des autres drogues illicites (heureux alcool, pourtant si dangereux !) ? M'objecterez-vous, alors, que l'alcool est maintenu par un processus de ritualisation séculaire (la culture française) dans un étau qui nous protègent - collectivement et individuellement – de ses dangers ? Pourrez-vous tenir ce discours à des millions de gens qui se savent, expérimentalement et avec l'appui de plus d'une étude scientifique, moins dangereux pour eux-mêmes et pour autrui qu'ils ne le serraient en buvant ? Nous savons tous que l'enjeu autour des drogues n'est ni un enjeu éthique, ni même un enjeu de "santé publique", mais bel et bien un enjeu économique. Que l'alcool dispose de puissants lobbies qui poussent à son maintien : il n'est nécessaire que d'observer le sort fait à l'heure actuelle à la loi Evin… Au-delà, que la dépénalisation du cannabis est impossible en France parce qu'aucun parti n'ose, pour des raisons surtout électoralistes, s'attaquer frontalement au problème (nous sommes les premiers consommateurs européens de cannabis : quel triomphe pour les tenants de l'orthodoxie répressive).
Mais revenons-en, pour conclure, au "problème des cités" comme on le nomme. Au-delà des comportements strictement délinquants, c'est bien en partie le problème de "la fumette" qui émerge. Plus d'un gosse se croit délinquant parce qu'il l'est, effectivement, à ne posséder que 2 grammes de "teuch" dans sa poche quand il rencontre la police. Ne croyez-vous donc pas qu'en légalisant le cannabis, c'est toute une partie de la jeunesse qu'on extraira de comportements illicites… celle qui précisément se retrouve dans une cage d'escalier pour "faire tourner" un pétard, à défaut d'avoir meilleur lieu où se lotir ?
Je ne crois, je l'ai dejà dis, à la "pulsion délinquante", je ne crois pas qu'un comportement déviant en appelle un autre, qui en appelle un autre… Par contre, je suis sûr que les humiliations : les contrôles, les palpations… sont productrices de violence, d'une violence physique autant que symbolique qui désagrège en soi l'idée du "commun", l'idée toute bête en somme qu'on a ici sa place, légitimement… qu'on ne peut être toujours, tout le temps, du mauvais côté. Finalement, pas plus que vous, je ne crois pas que la dépénalisation "soit une quelconque solution à la délinquance violente", mais je crois fortement qu'elle coupera le lien qui fait qu'un fumeur est aujourd'hui un délinquant. Ce qui permettra, et c'est déjà un pas, de circonscrire la délinquance violente a ce qu'elle est réellement.


65. Le mercredi 21 décembre 2005 à 13:51 par maillol

Est-ce que nous pouvons prendre votre travail pour un devoir de Lycée? Merci d'avance

66. Le dimanche 8 janvier 2006 à 15:19 par franck

je mesure mal le degré d'ironie... mais dans le cas contraire, faites en ce que bon vous semble.

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