Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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La rage

Elle arrive toujours quand on s'y attend le moins. Toujours par surprise. Pour nous prendre au dépourvu.

Dans les dossiers où nous avons un sentiment de sérénité. Lors de la plaidoirie, les regards des juges ne nous ont pas quitté, ils ont même pris des notes.

On a même vu un assesseur acquiescer lentement de la tête lorsqu'on a abordé le caractère insuffisant des preuves, ou l'inutilité d'une peine de prison, ou d'une peine de prison ferme pour les faits plus graves, ou d'une peine de prison trop longue pour les faits les plus graves ; bref, le coeur de notre argumentation.

Bien sûr, les débats ont été durs. C'est normal, vu les faits. Un président de correctionnelle ne parvient que difficilement à rester un sphinx imperturbable, et pour certains, ce n'est tout simplement par leur style. Ils ressentent le besoin d'exprimer la désapprobation de la société à l'égard de ces faits.

Le prévenu s'est plutôt bien comporté. Qu'on l'ait rencontré le matin même au petit dépôt, il y a quelques semaines à son cabinet, ou il y a quelques années dans le cabinet d'un juge d'instruction, un lien affectif s'est créé. Pas avec tous, mais souvent, on ne peut s'empêcher d'avoir une empathie avec lui. On a parlé avec lui, longuement. On l'a écouté, peut être comme jamais il n'a été écouté durant sa vie. On l'a aidé à mettre des mots sur ses douleurs, ses secrets les plus enfouis, ou on a, avec douceur, pointé du doigt l'aspect absurde, irrationnel et souvent auto-destructeur de son comportement.

Il a confiance en nous, et nous avons parlé pour lui, avec ces mots qui nous viennent si facilement, tandis que pour lui, ils restent coincés quelque part, et sont remplacés par la violence que génère la colère de l'impuissant.

Nous pensons avoir démêlé les fils d'un écheveau compliqué, qui a conduit au drame qui était jugé. Ou alors, variante plus rare mais encore plus lourde, nous avons méticuleusement démonté une accusation qui ne nous convainquait pas, contesté pied à pied chaque preuve, ce qui a contraint le procureur à certaines reculades, ou à un changement d'argumentation en cours d'audience.

Bref, nous pensons que la décision que va rendre le tribunal ira dans le sens que nous avons voulu, que nous avons porté dans notre plaidoirie, qui, pour être raisonnablement courte, ne nous en a pas moins laissé épuisés.

Vient l'heure du délibéré. Dossier posé sur la tablette du prétoire, ou tenu dans le creux du bras gauche pendant que notre main droite va noter à la volée la décision lue par le président à la vitesse d'un chevau-léger.

Et puis chaque mot devient un coup de poing. Moi, je les ressens à la base du sternum. Physiquement. On est sonné, pourtant il faut noter, noter, car le client, s'il est là, ne comprend rien, et il va falloir lui expliquer, et à sa famille. Dans notre tête, un seul mot tourne comme en boucle. « Putain... Putain... Putain... ». On essaie de ne pas montrer d'émotion, de ne pas croiser le regard des magistrats, de ne pas secouer la tête. Car Elle arrive. La voilà.

Aussitôt que le choc est passé, c'est la rage qui prend possession de la place. Au début, elle se comporte en amie et se tourne contre les magistrats. Ils n'ont rien compris, rien écouté, ils n'ont pas lu le dossier, ils n'ont pas vu ce qu'on leur a mis sous le nez. Quelques hypothèses plus désobligeantes viennent à l'esprit, on ne peut pas l'empêcher.

On respire à fond, on garde la tête dans son dossier jusqu'à ce que les dernières dispositions soient prononcées. On prie silencieusement pour que le président n'ajoute pas un commentaire, ou s'il le fait, d'avoir la force de ne pas répondre, ou de ne dire qu'une banalité.

Dans l'hypothèse du pire, c'est le mandat de dépôt à la barre. Le client, qui n'a rien entendu à la litanie du tribunal, ne comprend pas pourquoi des policiers l'entourent. Il voit les menottes et, là, il comprend. Il se tourne vers nous. "Alors, je vais en prison ?". Nous acquiesçons de la tête. Et son visage se referme.

On salue brièvement le tribunal en regardant entre le président et un assesseur ; comme ça, chacun croit qu'on regarde l'autre et on évite de croiser leur regard, et on sort du prétoire. On explique au client, s'il est là, à sa famille, à ses amis, ce qu'a décidé le tribunal. Leur regard qui passe de la concentration à l'incompréhension puis à la stupéfaction avant de tomber dans la consternation sont autant de coups supplémentaires. On redevient tout de suite avocat : il faut rendre l'espoir, tout de suite, qu'ils puissent s'y accrocher avant de sombrer. Il y a l'appel, il y a le juge d'application des peines, la libération conditionnelle, la grâce du 14 juillet qui rapproche encore l'échéance. On explique, on répète, on explique encore, on répond aux questions, sur les permis de visite, sur les demandes de mise en liberté. Et puis on les laisse. Il faut aller faire appel, si on n'était pas déjà devant la cour, auquel cas, c'est fini.

Enfin seuls, on commence à déboutonner sa robe et on repense au dossier.

C'est là qu'elle nous saute à la gorge.

Car les juges étaient trois, mais nous nous sommes seuls. C'est donc nous qui avons été nuls, qui n'avons rien compris au dossier, qui n'avons pas réussi à faire passer le message, qui nous sommes bercés de nos propres illusions. Notre rage se déchaîne contre nous même. Elle nous déchire. Et elle fait mal. A en balancer son dossier par terre. A en pleurer parfois.

Mais il faut se relever. On ne peut pas se permettre d'être faible. Le client compte encore sur nous, et d'autres ont besoin de nous. Nous savons qu'à partir de ce moment, il n'y aura pas de vrai moment de joie, pas de satisfaction pleine et entière tant que cette décision n'aura pas été modifiée, infirmée, aménagée ou n'aura pris fin. Un petit point noir sur le soleil, un pincement au coeur au moment de s'endormir, une pensée grise qui ternit nos sourires.

C'est la plaie de ce métier, ce fardeau qui nous tombe dessus, à l'improviste, avec l'injustice de ce qu'il nous est infligé par des personnes que nous estimons et respectons, qui ne nous voulaient aucun mal et qui parfois n'ont même pas conscience de frapper l'avocat à travers son client.

Les années ne changent rien à l'affaire : je ne parviens pas à m'y habituer. Ca fait aussi mal qu'au premier jour. Rien n'y prépare.

Mais d'un autre côté, je crois que si je devais devenir indifférent à cela, je raccrocherais vite ma robe et passerais à autre chose.

Si ça fait si mal, c'est la preuve qu'on est vivant.

Commentaires

1. Le mardi 17 avril 2007 à 18:50 par Lancelot

Sans rapport avec le billet (sic) : Arcade Fire sont également en concert à Rock en Seine fin Août, y aura aussi Björk et Craig Armstong.
Et peut-être également (c'est un scoop !) Placebo ...
Ca fait saliver, non ?

2. Le mardi 17 avril 2007 à 18:50 par Paulette

D'ici quelques semaines je quitte mon emploi pour me consacrer sérieusement à repasser le crfpa.
Quotidiennement vous me rappelez que je fais le bon choix et d'autant plus aujourd'hui.
Merci Eolas

3. Le mardi 17 avril 2007 à 18:52 par Emilie

...merci, tout simplement, de montrer ce côté d'humanité dont on parle si peu, et qui se passe très probablement dans le secret des cabinets...

4. Le mardi 17 avril 2007 à 18:55 par Walter

Merci, Maître, pour ce très beau texte...

Remerciez plutôt les juges qui l'ont inspiré...

Eolas

5. Le mardi 17 avril 2007 à 19:00 par Zénon

@ Eolas

Et combien qui ont été élargi par le tribunal parce que vous avez su trouver la faille, le ton qu'il fallait, l'argument de droit idoine......et même si ce n'était qu'un vice de procédure......

Le soutien d'un bleu, ça vaut ce que ça vaut, ça reste un soutien tout de même !

En selle Eolas !!!

Ps : pensez à bruce Wayne...lui aussi il trime, il est habillé tout en noir, a parfois des soirées difficiles......

pps : j'sens qu'y vas m'plaire c'boulot......!?!

6. Le mardi 17 avril 2007 à 19:08 par RilaX

Si jamais un jour j'avais des soucis de justice, je reverais d'avoir un avocat comme vous !

7. Le mardi 17 avril 2007 à 19:32 par zadvocate

Et encore, dans le tableau que vous décrivez vous avez eu en face de vous des magistrats qui vous ont écouté. Par leur jugement, ils marquent leur desaccord avec vous sur votre vision du dossier.

C'est parfois dur tant on ne comprend pas qu'ils puissent avoir une vision si différente de la notre.

Mais que dire quand vous avez le sentiment de plaider dans le vide parce qu'en réalité personne ne vous écoute. J'ai eu ce sentiment tout récement en comparution immédiate alors que je plaidais sur les seules garanties de représentation.

Le président avait clairement décidé de n'entendre ni le prévenu ni son avocat. Il fallait aller vite. A chaque mot prononcé par le prévenu, un regard de dedain. Lorsque j'ai plaidé, le président discutait en souriant avec l'une de ses charmantes assesseurs.

Et lorsque j'ai cessé de les importuner (il n'y a pas d'autres mots), le délibéré a été rendu sur le siège ! Détention provisoire.

Ca fait très très mal. C'est ensuite très difficile de convaincre la famille qu'il faut croire en la Justice quand nous même on est désabusé.

Seule note reconfortante, le Parquetier de permanence ayant décidé de la comparution immédiate partageait mon avis au point d'en avoir mal dormi le soir de l'audience (Logique, c'est un ancien confrère :).

J'ai pu dire à ce magistrat ce que je pensais de ses méthodes entre 4 yeux à la fin de l'audience. Espérons que ca servira à quelque chose.

8. Le mardi 17 avril 2007 à 19:33 par Clems

Et sincèrement, vous n'envisagez pas de changer de spécialité ? Pourquoi le pénal si vous prenez sur vous ?

9. Le mardi 17 avril 2007 à 19:33 par Floradaleko

Bonsoir Eolas,

je vous lis régulièrement depuis que je suis tombée il y a un mois sur votre blog en tapant "CRPC" dans google. Aujourd'hui je vous écris pour la première fois. Je voudrais vous dire que mon métier ressemble parfois au votre dans cette remise en cause continuelle de soi-même par le travail. Je suis journaliste et je suis en ce moment dans une période difficile : j'ai du mal à trouver des piges, donc je fais peu de choses (visibles) alors que la couverture de la campagne électorale me donne tous les jours des arguments pour continuer ce métier comme je l'entends. C'est dur, fatiguant et insatisfaisant. Je ne veux que faire mon métier et je trépigne dans mon coin de ne pas le faire. Et quand je le fais, que de luttes intestines !

J'aurais l'occasion de revenir vous voir chez vous, et la prochaine fois j'espère pouvoir vous inviter chez moi (un chez moi qui n'a encore pas de toit ni de murs, juste des fondations), sur mon blog-site.

A bientôt,
tenez bon, vous êtes nécessaire !
Floradaleko

10. Le mardi 17 avril 2007 à 19:53 par bud

cela tranche beaucoup avec le ton impersonnel ou mi-étoufé d'autres billets:
c'est du 95% vécu? ou moins (le texte est pourtant clair, mais comme cela change du style de d'habitude pour moi, je me pose juste la question).
est-ce que ce sentiment d'injustice du système n'est pas intégré au fur et à mesure des années?Nous sommes tous humains, donc 'un ensemble de coincidences que je ne métrise pas à fait que là, mince: bug.'?

11. Le mardi 17 avril 2007 à 19:58 par Stéphane Boudin

Le problème, c'est que l'on ne ressent pas ce sentiment de frustation qu'au pénal même si j'avoue que c'est surtout ça qui m'a fait me diriger vers les matières civiles et surtout le droit du travail.

Les décision du Conseil des Prud'hommes sont aussi très décevantes lorsqu'on vous dit que le délibéré sera rendu en fin d'audience, que vous voyez que les conseillers prud'homaux ont pris 20 minutes pour survoler votre dossier de plaidoirie et celui de la partie adverse, dossiers qui font plusieurs dizaines de pages, contiennent une bonne cinquantaine de pièces et plus de vingt jurisprudences et surtout que vous constatez qu'ils sont passés à côté de l'essentiel de la problèmatique du litige.

Là, on se dit vraiment que c'est du gachis d'avoir passé des heures et des heures sur un dossier pour voir tout balayer en quelques minutes.

Après, il faut expliquer au client pourquoi on lui a promis des sommes qu'il n'aura pas pour l'instant et tout cela, tout simplement parce que les conseillers prud'homaux n'ont aucune obligation de formation au droit du travail, ce qui pourtant semblerait une évidence. On demande bien à un médecin d'avoir fait des études de médecine ou à un garagiste de s'y connaître en voiture.

Ma seule consolation dans les dossiers qui prennent cette tournure en première instance, c'est d'obtenir de la Cour d'Appel ce à quoi je m'attendais et ce que j'ai annoncé au client.

Mais c'est vrai que cela fait toujours un choc même lorsque l'on y est habitué.

Je partage votre malaise et votre douleur, cher confrère.

12. Le mardi 17 avril 2007 à 20:03 par sans pseudo

@8
On prend sur nous aussi dans d'autres matières, même si il n'y a pas de privation de liberté en jeu.

@ Eloas
L'un de nos confrères de jadis disait que seuls sont aptes à poursuivre l'exercice de ce métier ceux qui conservent leur faculté d'indignation.

13. Le mardi 17 avril 2007 à 20:05 par Charly

Magnifique texte! Merci beaucoup...

14. Le mardi 17 avril 2007 à 20:12 par LtR

ça fait toujours aussi mal. Vivant, mais blessé. Salutations et courage.

15. Le mardi 17 avril 2007 à 20:21 par Brasil80

Beaucoup d'émotion à la lecture de ce formidable billet.
S'il en était encore besoin, cela me conforte dans l'admiration que j'ai pour celles et ceux qui font ce travail, bien loin des caricatures télévisuelles et américanoïdes.

Merci !!!

16. Le mardi 17 avril 2007 à 20:30 par authueil

pas la forme en ce moment. On usurpe ton identité sur Internet, les juges se mettent à condamner tes clients.
On souffle et on attend que la mauvaise passe se termine ;-)

17. Le mardi 17 avril 2007 à 20:50 par Telyne

Bonsoir, Maître Eolas,
Lectrice assidue depuis plusieurs mois, vous m'éclairez dans mon ignorance et me soutenez dans mon désarroi.
Je ne sais si ce texte est très approprié mais je veux croire en l'humanité et à la justice. Et il n'y a que vous, avocats, qui nous permettent cet espoir dans ce désespoir.

Pour tes 21 ans, mon fils

Le premier jour j'ai murmuré Nicolas
A quelques heures tu as tourné la tête vers moi
Ce regard m'a crée en tant que mère
Le premier bonheur de ma chair

Tu as grandi gentiment,
Mon souci de ta protection
Avec le soin de ton éducation
Et beaucoup de déménagements !


Mais un jour, de ton rêve réalisé,
D'avoir un papa, une maison, un petit frère,
Dans cette chimère nous sommes tombés
Bien bas, certes mais ensembles et solidaires
Avec en plus une petite princesse
Qui te réclame sans cesse

La prison est ta maison aujourd'hui
Mais attention ne sois pas détruit
Par cette tristesse qui quelquefois nous trahit
Me désole car parfois nous envahit
Mais dehors t'attends la vie

Tu es et resteras dans mon existence
Le premier bonheur et notre soleil
Ton absence aujourd'hui est une souffrance
Car dans nos cœurs tu es notre merveille

Mon fils il faut rester fort
Et j'espère que notre amour
Est ancré en toi tous les jours
Tu es une richesse et notre trésor

Je t'aime
Maman

18. Le mardi 17 avril 2007 à 21:07 par Armand

Cher Maître Eolas,
Le droit n'est pas une science exacte.
Heureusement pour les avocats qui ne pourront jamais être remplacés par des ordinateurs.
Malheureusement pour certains justiciables malchanceux dont la durée de la peine sera parfois influencée défavorablement par des éléments aléatoires...
Salutations respectueuses

19. Le mardi 17 avril 2007 à 21:14 par atoon

Merci.

20. Le mardi 17 avril 2007 à 21:21 par Mr. Sandwich

Très beau texte, je vote pour qu'il soit dans les quelques billets notables.
Merci :)

21. Le mardi 17 avril 2007 à 21:32 par assesseur

maître eolas
si un jour vous voulez savoir le pourquoi du comment de la chose, essayez de JUGER des délinquants. Devenez magistrat, et là vous n'aurez plus la rage. Vous comprendrez tout.

Je me suis retrouvé en situation une fois, en fait. Pour une vraie audience. D'ordinaire, je comprends la décision des juges, même quand elle est plutôt haut dans l'échelle de la sévérité, et je parviens à la faire comprendre à mon client. Globalement, je fais rarement appel. La rage dont je parle m'envahit face à une sévérité qui me paraît absurdement démesurée, le comportement d'un président indigne, une condamnation sur un dossier boiteux. C'est parce que c'est rare, très rare, que c'est aussi violent. Et si je devais porter un jour la simarre, je ne crois pas que je comprendrais rétrospectivement les décisions dont je parle ici. Les avocats se trompent souvent, mais de temps en temps, cela arrive aussi aux magistrats.

Eolas

22. Le mardi 17 avril 2007 à 22:02 par Jallora

Je ne suis pas avocate. En fait, je ne connais rien à la justice (du moins je n'y connaissais rien jusqu'à ce que je lise votre blog de façon régulière). J'aime votre éclairage et votre façon didactique d'exposer "la justice pour les blondes" en terme que je peux comprendre.
J'aime également les billets comme celui-ci, qui résonnent étrangement avec des sentiments que je connais.
Je suis médecin. Comme vous, j'étudie à fond le dossier de mes patients, comme vous je tisse avec eux des liens, comme vous je sers d'intermédiaire entre eux et leur destin. Et comme vous, malgré tous les efforts que j'y consacre, parfois cela ne suffit pas. Et la rage est là.

Aimez-la, cette rage, car elle est le reflet du coeur que vous mettez à l'ouvrage. Gardez-en souvenir pour vous motiver dans les combats à venir. Et le soir venu, en posant votre robe d'avocat, sachez l'oublier pour quelques heures, pour quelques jours, pour ne pas être consumé.
Courage.

23. Le mardi 17 avril 2007 à 22:04 par lulu

Merci pour votre magnifique texte.
Merci à Telyne.
La dernière strophe et le
" Je t'aime
Maman"...c'est ce que je lui dis, au mien de fiston pour que dans le milieu où il travaille, qui n'est pas facile, il reste toujours sur la ligne droite.
Beaucoup d'émotion, aujourdh'ui !!!

24. Le mardi 17 avril 2007 à 22:21 par Sissi

Merci d'avoir si bien dépeint ce sentiment, cette rage, cette déception mélée de colère et de culpabilité, cette incompréhension, ce questionnement interne violent qui nous fait passer en quelques secondes de l'incompris qui se rassure à celui qui n'a peut-être rien compris.
En vous lisant, ces émotions reviennent immédiatement...
Cette rage est, je le pense aussi, nécessaire pour rester avocat, vivant, tout comme l'est le bonheur d'entendre "J'ai décidé de ne pas prolonger votre détention provisoire"...
Merci pour ce très beau blog

25. Le mardi 17 avril 2007 à 23:02 par Ardente

Belle, très belle plaidoirie pour un métier de coeur et de sang !

26. Le mardi 17 avril 2007 à 23:09 par équilibrium

Sincèrement, je pense que vous vous abandonnez beaucoup trop facilement au processus (classique et à mon sens regrettable)d'identification au prévenu.
De l'empathie on dérive aisément vers cette pseudo identification pour s'arrimer à ce que je nomme une certaine "complicité morale" (le terme est certes un peu fort).

Il y a bien longtemps que je me suis interdit cet état d'esprit et me contente d'être un pur technicien du droit.
Plombier ou avocat , même combat.
Une empathie excessive obscurcit le jugement.

A mon sens, votre désillusion provient également et vraisemblablement du fait que votre discours vous rapproche de théories criminologiques du type "doctrines de la réadaptation sociale" ou "mouvement de la défense sociale nouvelle".
Il suffit de plaider devant un magistrat sensible à une approche radicalement différente (et franchement antagoniste) pour sentir, pendant la plaidoirie même, le fossé se creuser....d'où une décision décevante.

En tout état de cause, éprouver de la "rage" après une plaidoirie n'est pas bon signe et je dirai l'inverse de certains ici : le jour où je l'éprouverai à nouveau, je penserai à quitter ce métier.

27. Le mardi 17 avril 2007 à 23:44 par fab

Je découvre tout juste votre blog, et c'est avec grande attention que j'ai lu tout votre article.

Très sincèrement, j'ai été très touchée par votre récit, et cela doit être particulièrement frustrant ce que vous devez ressentir dans ces cas là.

Je vous relirais avec plaisir!

28. Le mardi 17 avril 2007 à 23:58 par Arnaud

Merci Eolas, la dernière phrase pourrait tenir lieu de maxime à de nombreuses personnes.

29. Le mercredi 18 avril 2007 à 00:09 par Raph

J'admire votre retenue : non pas celle que vous avez fait preuve devant le tribunal, mais celle qui vous a empéché de dévoiller votre dossier.
J'ai vraiment l'impression que vous voudriez en dire plus. Je me trompe peut-être.
Je pense que les magistrats font des erreurs. Comme tout le monde.
J'ai déjà vu des peines incompréhensibles. Vous, surement encore plus.
Je me suis toujours accrocher en me disant qu'il y avait plus de peines justes que de peines injustes. La preuve, je suis en fac de droit..

30. Le mercredi 18 avril 2007 à 00:28 par longlongjohn

Très beau, Eolas.
C'est curieux, il y a quelques jours (samedi ? Vendredi ?), il y avait maître Verges sur FI, au fou du Roy. Il a également fait part des mêmes affres, et parfois de la même incompréhension..
Et moi je me demande si parfois il n'y a pas des trucs tous bêtes qui jouent en faveur ou en défaveur du prévenu, du genre ulcère qui se réveille, une tête qui ne plait pas, une soirée au Rotary qui s'est mal passée, ...ou bien passé. L'humeur du jour, quoi..

31. Le mercredi 18 avril 2007 à 00:44 par longlongjohn

@26 Equilibrium "être un pur technicien du droit"
Ce terme n'a de sens que lorsque aucun doute ne subsiste quant aux circonstances et aux motivations du prévenu !! C'est à dire dans 0,01% des cas ! Ce n'est pas une science exacte, celà a été dit plus haut !! On peut être un technicien froid des hyperfréquences ou du métabolisme du rat, ou peut être même comme avocat d'affaire (on en connait bien un qui est chaleureux comme un serpent à sonnette..) mais pas comme avocat pénal , bon sang!!
Quand on est confronté à un comportement désinvolte, voire frisant la faute professionnelle (recall Outreau !) c'est effectivement une rage sourde qui monte.
Je ne suis pas du tout d'accord avec vous: ce n'est pas quand la rage ou l'indignation monte qu'ilfaut arrêter. C'est quand la haine ou le cynisme s'installe.
Et manifestement ni Maître Eolas ni maître Verges, qui pourtant ont en vu!, ne semblent atteints de ce mal..Peut être un peu de cynisme pour Verges, mais je n'en suis pas sûr.

32. Le mercredi 18 avril 2007 à 01:20 par Philippe

Bonsoir,

Je ne suis hélas pas d'accord avec vous, prenez du recul et pensez aux victimes.

Oui vous êtes la pour aider vos clients, dans les procédures, dans les explications, avec votre capacité a expliquer et a dire ce qu'il ne sait pas dire, .... c'est bien et c'est normal.

Mais vous n'êtes justement pas le juge. Il vous a écouté (au moins dans ce cas) il a entendu votre plaidoiri, mais il a aussi écouté et entendu les représentants de la victime.

Vous dite vous même : Bien sûr, les débats ont été durs. C'est normal, vu les faits.

Les faits étaient donc grave je pense.

les autres ont été plus pertinent et vous moins, peut être ?

Mais peut être vous écoutez vous trop et finissez vous par croire ce que vous dites. Je fais référence a tout ces avocats qui demandent des condamnations ou remises de peines totalement disproportionnée et qui comme de bon acteurs doivent et finissent par y croire pour être plus crédible.

J'ai été une victime (et ma famille par la même occasion) :

- la peine que l'auteur m'a fait subir a moi et aux miens
- la peine que la justice m'a fait subir par une décision que je considère comme une véritable comdannation de la victime.
- la peine que m'a fait subir l'administration par un vice de procédure qui n'a pas permis d'être juste avec moi.

On parle parfois du scandale de la double peine, c'est parfois la triple peine pour les victimes.

Elles ont elles aussi des familles qui souffrent et je comprend les familles des coupables mais cela ne les excuse pas (les coupables).

Que dire aussi de votre confrère qui compte sur le vice de procédure pour rendre une "bonne" décision ?

Que dire de vos confrères qui ont du mal a expliquer à leur clients qu'ils n'ont pas obtenu l'argent promis au prud'homme alors que l'on sait tous que même si les prod'homme sont très lent ils sont du coté des salariés considérant que les entreprises peuvent payer ?

Je crois que vous considérez votre vérité comme la vérité.

Maître cette vérité n'est que le reflet de vos envies et de vos désires.

Cordialement.
Philippe

Ha, l'argument des victimes, le joker absolu. Permettez moi de relever que vous faites exactement ce dont vous me faites procès : vous considérez votre vérité comme la vérité puisque votre seul argumentation repose sur une expérience personnelle négative. Et dans les affaires qui ont engendré ce sentiment de rage, vous ne savez rien des victimes. Vous ne savez même pas s'il y en avait, car il y a des délits qui n'en font pas, si elles s'étaient constituées parties civiles ou si elles étaient vraiment des agneaux immaculés. Ne le sachant, c'est vous que vous mettez à leur place en invoquant votre expérience. Libre à vous, mais ne venez pas me donner des leçons d'objectivité, alors.
PS : vos remarques sur les prud'hommes sont des clichés. Les prud'hommes n'hésitent pas à envoyer balader un salarié si son dossier est mauvais.

Eolas

33. Le mercredi 18 avril 2007 à 02:14 par ferraille

Ne quitte-t-on pas alors le domaine du droit, celui de la « technique juridique » — qui, pour faire court, à la preuve rapportée de certains faits attache une qualification emportant, en l’occurrence, une sanction pénale — pour embrasser des considérations de pure équité, voire, de justice sociale ?

Qui — comprenant parfaitement les rouages moraux d’une société dans laquelle, non pas seulement les actions de la justice, mais encore tous les actes menus ou horrifiques de la comédie humaine, s’engrènent les uns aux autres pour, finalement, se condenser dans le procès — qui, donc, aurait, ce faisant, à la fois la ressource de produire une analyse juridiquement impeccable, et celle de rendre suffisamment sensibles les voies et moyens de rédimer une conscience dont les motifs, pour ne pas que se répètent certains actes répréhensibles, devraient incorporer une morale et des interdits ?

Qui pourrait, en même temps, dévoiler ce qui, dans les lois, ressortit de l’humanité, et indiquer ce qui, dans l’humanité, permet d’avoir un ordre — et non pas le chaos —, une justice — et non pas l’arbitraire —, une civilisation — et non pas la violence ?

Deux options : l’interdit incrusté en soi, ou accepté, qui règle toute l’existence, ou la sanction pénale qui brise, parfois définitivement, celle-ci.

Est-ce payer trop cher pour ne pas vider l’interdit de sens ?

Je n’ai pas la prétention de pouvoir répondre à aucune de ces questions. Je crois seulement qu’il faut se les poser.

34. Le mercredi 18 avril 2007 à 02:53 par Esurnir

@Philipe: La victime n'a pas ete condamner, tout comme elle n'a pas a etre associer a la condamnation d'un prevenu. Et la raison pour laquelle un "vice de procedure" existe, c'est parceque l'Etat s'est mis des regles a respecter pour eviter les arrestations arbitraires, les gardes a vue de plusieurs semaine pour obtenir des aveux forcer d'un suspect (et il me semble que les aveux "forcer" n'ont pas toujours ete veridique).

Si il y a vice de procedure c'est que l'etat n'a pas respecter ses propres regles qui nous evitent de vivre en dictature. Et cela peut entacher fortement le dossier, si les aveux ont ete obtenu lors d'une garde a vu illegal, qu'est-ce qui vous dit que ce n'est pas les aveux d'un innocent desesperer qui tente de s'en tirer ?

Ce n'est peut etre (voir surement) pas votre cas, mais sachez que les juges n'accorde pas les nulliter avec gaiter de coeur. Si ils l'accordent c'est qu'ils y sont forcer par les regles qui regissent les poursuites judiciaires. Ne pas la reconnaitre s'est priver un prevenu le droit a un proces equitable.

Esurnir

35. Le mercredi 18 avril 2007 à 05:48 par le matin

Bon l'avocat se fait ou devient diable un peu plus de soleil de sel e de mer, voilà ce qu'il te faut, pourkoi oeuvrer dans un moule? t'es devenu le mouton de ton oeuvre? une rage dentaire qui passera.

Je ne sais pas ce qui me laisse le plus perplexe : oeuvrer dans un moule ou être le mouton de son oeuvre... Bon, en gros, vous vouliez dire un truc pas gentil, c'est ça ?

Eolas

36. Le mercredi 18 avril 2007 à 08:22 par all

Syndrome de Stockholm par procuration.

Vous arrive-t-il de plaider pour des victimes ? Et là aussi, la rage ?

Oui, pour un quart de mes dossiers environ. Je ne me suis jamais pris une décision "rageuse" pour une partie civile, mais je pense que oui, ce serait aussi violent. Parlez en à Veuve Tarquine : elle ne fait que du droit des victimes, et parfois, quand la fenêtre de son bureau est ouverte, on l'entend hurler à l'autre bout de Paris.

Eolas

37. Le mercredi 18 avril 2007 à 08:24 par Parayre

L'intelligence d'un humaniste ...Ce mélange si particulier de respect des convenances et de largeur d'esprit , cette faculté de comprendre avant de savoir , ce désir et cette reconnaissance du bien de l'autre , cette acceptation de souffrir par et pour lui , cet oubli de soi-même.

Merci d'être manifestement qui vous êtes.



38. Le mercredi 18 avril 2007 à 08:33 par Jim Kelly

Voilà maintenant qu'on tombe dans le pathos. Manquait plus que ça...Sniff

Vous préféreriez que je m'exprimasse avec la chaleur d'un formulaire CERFA ? Préparez vous à être déçu longtemps.

Eolas

39. Le mercredi 18 avril 2007 à 08:36 par hag


en tant que magistrat, je comprends parfaitement votre ressenti, je ne crois pas à une vérité unique, c'est une alchimie curieuse un jugement; les magistrats sont des humains heureusement, nous ne sommes pas des ordinateurs et comme l'a dit un commentateur, si les juges ont pris la peine d'écouter, la motivation écrite devrait expliquer l'incompréhensible ...

j'ajouterai une variante: rester impassible lorsqu'est prononcée une peine avec laquelle on est en total désaccord; c'est rarissime d'être à ce point entre relaxe et disons 2 ans d'emprisonnement mais cela m'est arrivé dans un sens et dans l'autre alors qu'en général c'est plutôt dans l'échelle de la sanction mais pas dans la question même de la culpabilité que se situe l'écart
pour ma part, je regarde toujours le condamné dans les yeux au moment d'une sentence

la collégialité a d'immenses mérites notamment parce qu'on peut toujours garder l'espoir que seulement 2 juges ont voulu la peine prononcée, quant à "l'impression d'audience", on pourrait écrire beaucoup de choses à ce sujet

je lis régulièrement avec intérêt vos billets même si j'interviens peu, toujours enrichissant de savoir comment on est perçu 'de l'autre côté'

Merci alors de cette intervention, en espérant qu'elles seront plus fréquentes.

Eolas

40. Le mercredi 18 avril 2007 à 08:49 par Gascogne

Si j'étais philosophe (je vous rassure, je n'ai pas l'intention de l'être), je dirais que le juge, en bon taoïste, doit trouver l'équilibre entre les intérêts le plus souvent totalement contradictoires de la société, du prévenu et de la victime. Si j'étais pragmatique, je dirais qu'il a le cul entre trois chaises.
On lit votre rage (que je n'approuve pas), on lit les posts des victimes, et les arguments inaudibles qu'on leur oppose sur les principes du procès équitable, et on constate dans bien des cas que le travail consistant à rendre la justice est très souvent cause perdue, ou presque.
Un petit exemple : essayez de juger un accident de la route, pour lequel une faute minime (par ex. un micro-endormissement suite à une semaine difficile où la rage vous a envahi) entraîne un accident terrible, avec des blessures dramatiques. Vous avez en face de vous une victime détruite, avec toute sa famille présente. Un prévenu qui n'est pas tellement mieux (au moins moralement). Quelle peine rendre : l'enfermer longuement, pour satisfaire la victime ? Un petite suspension, au niveau de la faute reprochée ? Mêmes les lourdes réquisitions du parquet n'ont pas rendu à la victime tout ce qu'elle a perdu.
Quant aux réflexions sur le rotary club ou l'ulcère, ou sur le fait que fort heureusement, un magistrat était un ancien avocat (pas plus répressif que les anciens avocats, mais bon...) je ne rentrerai même pas dans ce débat, qui, vous l'aurez deviné, m'agace furieusement, à partir du moment où le Maître de ces lieux à eu une collégialité en face de lui.
Le sens de la peine...Tout un débat pour lequel il faut nécessairement laissé l'empathie de côté.

Il n'y a pas à approuver ou désapprouver cette rage. Elle est là, je n'y peux rien, et je m'en passerais bien. Ne pouvant le faire, j'essaie de vivre avec. Je ne crois pas avoir laissé entendre cela, mais autant le dire clairement : dans ces cas, ce n'est pas le juge, mais moi que je blâme avant tout. Une mauvaise décision (à mes yeux, bien sûr), c'est une défaite de la défense. La colère que je ressens à l'égard des magistrats est éphémère et injuste, et n'est rien comparée à celle que je me réserve. Le regard que j'évite vise non pas à marquer mon mépris mais à me mettre à l'abri de la tentation de parler, car je dirais des bêtises. J'ai le plus profond respect pour les magistrats, profond parce que sincère. Je dirais même que depuis que je tiens ce blog, ou de plus en plus d'entre eux interviennent et où un dialogue informel qui manquait tant peut se créer, mon respect envers eux n'a fait qu'augmenter. L'excuse "le président est un con" face à une décision que l'on désapprouve est une solution de facilité que je laisse aux mauvais avocats. Ce billet n'est nullement une attaque à l'égard de la magistrature. C'est une catharsis, une façon d'évacuer un peu du poids qui me pèse, le hasard ayant fait que je me suis pris deux décisions de ce genre en un mois (alors que le rythme moyen est plutôt d'une tous les deux ans). Car il faut continuer à se battre, pour mériter la confiance du client, et ne pas le laisser se noyer. Car la plupart des prévenus sont plus fragiles que l'image qu'ils ont pu donner au cours des quelques dizaines de minutes qu'a duré l'audience. Ou des quelques minutes pour une audience de JLD.

Eolas

41. Le mercredi 18 avril 2007 à 09:30 par isa

Je viens de lire votre billet, et ça fait remonter de mauvais souvenirs... c'est vrai qu'on se sent souvent seul après une audience difficile, une décision décalée, et l'incompréhension des magistrats...
Parfois, la hargne du confrère adverse (certains ne prennent aucune distance par rapport à leurs dossiers), et la "ligue" des juges ajoute à la difficulté.
Et quand en plus, on a des reproches du client ou de sa famille...

Parfois, ça donne envie de raccrocher sa robe, même quand on n'a que 5 ans d'experience professionnelle.

Je pense que si on n'est pas costaud psychologiquement, on ne fais pas long feu dans cette profession, où finalement, et malheureusement, nos adversaires quotidiens sont les magistrats, les confrères et nos propres clients...
Non, je ne suis pas parano!! ni déprimée!! mais on vit parfois des moments très durs en audience, et ça fait du bien d'en parler.

Merci pour ce récit.

Je me permets de vous reprendre : les magistrats ne sont pas nos adversaires, même quand ils nous rendent des décisions qui inspirent ce billet. Ne les considérez jamais comme cela, c'est une erreur qui peut être lourde de conséquences. Nous sommes auxiliaires de justice. Nous sommes là pour les aider à prendre une décision, qui est un acte parmi les plus difficiles qui puissent être demandé à un être humain. S'il faut parler de camps, alors nous sommes dans le même, car nous partageons la conviction que seule une société de lois peut garantir la pérennité de l'humanité, nous rejetons la violence envers autrui ou ses biens comme inacceptable, et refusons que chacun se fasse justice à lui même. Nous avons conscience de la valeur et du coût de la paix civile, et nous contribuons à la préserver. Et c'est valable aussi bien au pénal qu'au civil et à l'administratif. En faisant expulser un locataire récalcitrant, nous évitons que le propriétaire ne lui envoie des gros bras. En obtenant l'annulation d'un permis de construire illégal, nous évitons que les citoyens n'incendient ou ne sabotent des ouvrages. Ne voyez donc pas les juges comme des adversaires qu'il faut vaincre. Il faut les convaincre, et eux demandent des arguments convaincants. Quant aux confrères hargneux, las, c'est une plaie. Mais ils sont rares et leur hargne emporte rarement les magistrats avec eux. Bon courage à vous.

Eolas

42. Le mercredi 18 avril 2007 à 09:56 par CLS

Merci Maître, ce billet est superbe.

Vous faites partie d'une noble profession. Epouser la cause d'un autre sans avoir le droit de s'épancher, de crier sa rage, lorsque le dossier est perdu, l'exercice est périlleux. Et courageux.

43. Le mercredi 18 avril 2007 à 10:31 par potagepekinois

Une petite question :
Tout de suite après qu'une décision soit rendue est-il possible pour l'avocat de voir son client pour lui expliquer la situation, le jugement et les solutions à envisager??

44. Le mercredi 18 avril 2007 à 10:40 par mereo

Mon estimé Confrère,

Je comprends votre colère et votre rage à la suite d'un délibéré "injuste" n'en déplaise à certains magistrats.

J'ai pris moi aussi, hier pour être excact, un de ces délibérés qui vous met à terre.

Comme vous, je réserve mes premières colères aux magistrats "sans coeur", mais comme vous aussi je me réserve les plus vives critiques. Le délibéré n'est pas bon! je n'ai pas été bon.

Il y a des moments dans ce métier ou nous sommes trés trés seul.

Le premier des moments commence à la fin des réquisitions du procureur, on attend le feu vert du président "Maître vous avez la parole".

Et la par miracle, le coeur qui battait fort, revient à un rythme plus doux, permettant à la parole de prendre sa place et de contrôler ses émotions.

Et puis il y a ce second moment, celui du délibéré. Ce foutu délibré auquel on pense des heures durant après la plaidoirie.

On revoit, comme vous le disiez, les hochements de têtes des asseurs, les stylos en action, signe que l'on est entendu, à moins qu'ils n'écrivent des mots d'amours.

Toutes les réactions du Tribunal sont analysées.

Et puis le lendemain, on y pense déjà moins. Ensuite ce délibéré semble disparaître. Mais il est toujours là, et il revient vous hanter par moment.

Et la date se rapproche. Et la veille on ne dort plus. Et le matin il va falloir y aller. Et on est plus concentré pour rien.

13h30. C'est l'heure.

14 heures. Ils étaient en retard.

14 heures 30. "Putain, putain, putain".

La suite est identique à votre billet. il faut faire face, faire bonne figure, on va faire appel, on va se battre et on repartira avec le même espoir de remporter la conviction des juges d'appel.

Car la Cour d'Appel, c'est bien connu, est bien plus sage que le Tribunal.

Comme vous, le temps a beau passé, cette inquiétude, cette montée d'adrénaline, au moment "clé" ne m'ont jamais quitté. Je crois même que c'est pire maintenant qu'au début.

Votre bien dévoué confrère.

45. Le mercredi 18 avril 2007 à 10:50 par vanille

merci confrère, vous racontez très bien la frustration et surtout la solitude de l'avocat face à une décision qu'il ne comprend pas.
le mot est bien choisi : rage
et c'est vrai que le jour où tout cela me sera égal, moi aussi je raccocherai.

gascogne, je pense que la particularitét ce sur quoi eolas a voulu insister (si je peux me permettre), c'est vraiment la solitude de l'avocat face à un jugement qu'il n'arrive pas à comprendre.
que la décision soit juste ou pas, c'est un autre débat.

46. Le mercredi 18 avril 2007 à 10:51 par isa

Merci Maître pour votre réponse.
Bien sûr que je ne considère pas les magistrats comme des adversaires, et qu'on est tous dans le même bateau de l'Etat de droit (et heureusement).

C'était juste une façon de parler.
Parfois, on a néanmoins le sentiment d'être totalement incompris, et on est malmené par certains magistrats...alors qu'on fait son boulot avec conviction, respect de tous les intervenants au procès, et sérieux.

Je me suis vue, il y a peu de temps, solliciter un renvoi à une audience correctionnelle pour préparer une défense: j'avais été désignée d'office 3 jours avant, dans un dossier d'escroquerie qui faisait un mètre de haut, pas pu voir le prévenu qui était incarcéré hors de mon barreau.
Je n'avais pu discuter avec mon client que 15 minutes avant l'audience, et je n'avais aucune pièce...

J'avais vu le Président le matin de l'audience, et lui avais dit que je demanderai sûrement un délai.
"Les faits sont simples Maître, plaidez sur la personnalité"!
Mais il n'y avait aucun élément sur la personnalité dans le dossier du Tribunal!!

A l'audience, refus du renvoi.
Motif : "Maître, on ne peut pas comme ça emcombrer le service public de la justice".

Clouée, je lui ai dit qu'étant désignée d'office et de permanence pénale ce même jour, je participait autant que lui au service de la justice, + un couplet sur les droits de la défense, etc...

Il n'a rien voulu savoir, et j'ai donc plaidé, très en colère.
La décision a été sévère...
Mon désespoir immense.

47. Le mercredi 18 avril 2007 à 10:52 par La Vieille

vous exprimez avec tant de sincérité et d'implication toutes les étapes de votre rage que j'en suis très émue.
Vous ajoutez encore un peu plus de noblesse à votre si beau métier si dur humainement.

48. Le mercredi 18 avril 2007 à 10:53 par DAC

Magnifique billet, Maître. Mais je ne comprends pas bien ce qui a fait que les magistrats ont été sourds à votre plaidoirie. Etaient-ils particulièrement "imperméables" à toute argumentation, et donc la décision est objectivement particulièrement mal fondée et trop sévère, ou à la relecture "la tête froide" des motivations, y a t-il des points que vous auriez pu mieux "creuser" ? Vous voyez où je veux en venir: si vous faites appel de la décision, pourriez vous raisonnablement obtenir de réformer cette décision ? Quoi qu'il en soit, merci de nous avoir fait partager cet instant et j'espère que l'appel reste possible.


Difficile de vous répondre sans entrer dans les détails du dossier.

Eolas

49. Le mercredi 18 avril 2007 à 10:58 par Yves Duel

magnifique

50. Le mercredi 18 avril 2007 à 11:18 par polynice

A l'assesseur qui vous a répondu : "pour essayer de comprendre le pourquoi du comment, essayer de JUGER des délinquants", je serai tenté de rétorquer "pour commencer à comprendre la tâche de l'avocat, essayer de DEFENDRE des délinquants".

Enfin, tout cela ne fait pas tellement avancer la problèmatique.

Le rôle des avocats n'est pas de juger : il y a des juges pour cela, et la société ne leur demande que de faire correctement leur travail.

De même que le justiciable ne doit pas demander de miracle à son avocat, mais simplement exiger de lui qu'il fasse son travail.

Pendant mon stage, j'ai fait un petit tour en juridiction, dans une chambre des appels correctionnels.

J'en ai gardé une impression : rester attentif pendant toute une audience correctionnelle, c'est épuisant.

Et écouter une vingtaine de plaidoiries, ce n'est pas évident non plus.

J'essaie toujours de me le rappeler quand je plaide.

51. Le mercredi 18 avril 2007 à 11:44 par ferraille

J’avoue avoir ressenti la même chose. Voici comment j’analyse cette situation.

Un dossier procède du découpage juridique d’une réalité dont les ramifications sont évidemment plus complexes.

Replacés dans l’existence, les faits auxquels l’analyse juridique s’applique ont souvent leur logique. Les personnes agissent selon des motifs où la connaissance du droit, je veux dire la vraie connaissance du droit, occupe si peu de place.

En outre, les faits retenus par le prisme judiciaire sont eux-mêmes parcellaires, parfois tronqués. Ils n’ont de sens et d’intérêt pour les magistrats que lorsqu’ils s’adaptent à des schémas préconçus ; les faits sont comme aspirés par ces schémas. Piégés.

En vérité, ces représentations flottent dans l’esprit des magistrats simplement en quête de faits auxquels s’ajuster, aussi chétivement rapportés puissent-ils être, qui en déclencheront la mise en branle comme par un réflexe musculaire ; par exemple, le réflexe de jaillir d’une langue de crapaud quand la forme ailée d’un moucheron s’est engagée dans la visée d’un œil (pardon pour cette image peu flatteuse, qui ne s’attaque nullement à la personne des magistrats).

Il y a un dangereux réductionnisme judiciaire.

Ce réductionnisme, qui efface toute autre considération que celles qui mettent en branle a minima ses réflexes de sanction, déshumanise les justiciables.

Pour moi, la seule manière d’accepter les conséquences délétères de ce jeu consiste en la vision d’une espèce de darwinisme social, pour lequel la cruauté apparente des décisions de la justice trouve sa justification, à l’exemple de ces carnages de prédateurs qui, dans le milieu naturel, ont une action régulatrice sur une population de proies.

Quitte, moi-même, à donner dans une sorte d’inversion du réductionnisme judiciaire, où plus rien n’est à l’échelle de l’existence humaine, sinon l’impression de n’avoir pas de responsabilité personnelle déterminante dans le concours des événements.

52. Le mercredi 18 avril 2007 à 11:50 par FrédéricLN

D'accord avec #20 pour Notabiliser ; et votre réponse à #21 me console un peu. Au passage, votre billet est de nature à convaincre tout un chacun des vertus de l'appel ... et du bicamérisme.

53. Le mercredi 18 avril 2007 à 12:01 par Moi

je vous adore!!!!!!!

54. Le mercredi 18 avril 2007 à 12:03 par Moi

Qui se cache derrière tous ces billets?

55. Le mercredi 18 avril 2007 à 12:20 par zadvocate

@Equilibrium: "Plombier ou avocat , même combat".

:/ ^^

56. Le mercredi 18 avril 2007 à 13:20 par Stéphane Boudin

@ 32 Philippe : "Que dire de vos confrères qui ont du mal a expliquer à leur clients qu'ils n'ont pas obtenu l'argent promis au prud'homme alors que l'on sait tous que même si les prod'homme sont très lent ils sont du coté des salariés considérant que les entreprises peuvent payer ?"

C'est totalement faux. Les prud'hommes ne sont d'aucun côté. Il faut juste partir tout simplement avec l'idée que pour une grande majorité de salarié, lorsqu'un d'eux va jusqu'à saisir une juridiction et mettre en péril son emploi (s'il est toujours dans la société) ou sa carrière future (s'il n'y est plus), c'est bien souvent qu'il y a un vrai problème avec son employeur.

Ce qui n'est pas étonnant vu la complexité du droit du travail et l'évolution quasi-quotidienne de sa jurisprudence.

Là où je m'insurge dans mes dossiers, c'est lorsqu'ils ne sont pas examinés avec tout le soin nécessaire. Combien de fois ai-je vu le Conseil de Prud'hommes ne pas suivre notre position, ce qu'il est pourtant juridiquement obligé de faire, lorsque mon confrère et moi étions d'accord sur des faits établis ou alors ignorer des faits pourtant incontestables.

C'est ce genre d'attitude qui me hérisse et m'indigne, attitude qui ne se rencontre pas avec des magistrats professionnels.

57. Le mercredi 18 avril 2007 à 13:37 par MLB

Eolas, mon Cher Confrère,

J'ai pris connaissance de votre billet fantastique. Cette rage, je la ressent régulièrement, exactement comme vous.

Je suis trop jeune dans la fréquentation de votre prose pour savoir si vous avez déjà pu aussi parler de la joie, aux antipodes de la rage, d'avoir obtenu une décision conforme à la réalité d'une affaire. On la ressent aussi parfois.

Si non, avec votre talent, j'ai hate de vous lire !

Bien à vous.

58. Le mercredi 18 avril 2007 à 13:42 par Raph

@ ceux qui usent du joker de la victime :
La justice n'est pas la vengence : on ne condamne pas une personne parce qu'elle a fait du mal à quelqu'un, mais parce qu'elle a violée la loi.
Le juge se décide en fonction de la loi. Après, il y a les intérêts civils qui seront jugés à part, dans le but de dédomager et/ou de limiter le préjudice.

@zadvocate
Je trouve que si un juge rend sa décision sur le siège, c'est un manque de respect vis à vis du prévenu : on a vraiment l'impression que le jugement est joué d'avance..

@ tous les avocats présents
Les décisions rendue sur le siège sont fréquentes ?

59. Le mercredi 18 avril 2007 à 13:44 par wam/e

hors sujet

bonjour, avez-vous une opinion sur le débat en cours concernant l'accès à l'examen du barreau par des personnes n'étant pas nécessairement passées par des facs de droit. (l'an passé, venant d'écoles de commerce (mais ça n'a pas marché), cette année venant de l'IEPP). à ce sujet voir notamment le blogue de Frédéric Rolin

60. Le mercredi 18 avril 2007 à 14:12 par Steph

Cela n'a pas de rapport avec le billet mais n'ayant pas trouvé de réponse à ma question, j'espère qu'il se trouvera parmi les lecteurs une personne compétente concernant le code électoral.
Voici mon problème. Je viens de recevoir ma nouvelle carte électorale (après déménagement et nouvelle inscription sur les listes électorales) et celle-ci comporte une erreur. L'erreur est "minime" puisqu'elle concerne ma date de naissance. Né le 5 octobre 19**, je me trouve avec une carte qui indique comme date de naissance 10/05/19**. Ce n'est pas une erreur isolée, puisque ma concubine se trouve dans le même cas. Je me demande si cela peut avoir une conséquence au moment du vote, car ma carte d'identité et ma carte électorale portent des dates de naissance différentes. Même si je pense qu'il s'agit d'un problème mineur, je me dis que si l'on fait figurer la date de naissance c'est qu'elle a quand même un peu d'importance.

Merci à toute personne qui pourra me répondre (ma préfecture ne l'ayant pas fait pour l'instant).

61. Le mercredi 18 avril 2007 à 14:19 par Sparky

98% des blogueurs se contentent de s'exprimer. Ce blog est l'un des rares dont l'auteur communique vraiment avec ses lecteurs (même ceux qui ne commentent pas ou très rarement).

62. Le mercredi 18 avril 2007 à 14:28 par San Marco

Excellent billet, Eolas.
Votre bien dévoué.

63. Le mercredi 18 avril 2007 à 14:57 par Loreleï

Je n'entends rien à la justice. Cependant votre post me réconcilie avec la grandeur que je me faisais de votre métier.
Il y a quelques années, j'étais jurée en cour d'assises et l'avocat de la défense (un ténor du barreau parisien comme on dit) n'a, à mes yeux pas du tout défendu ses clients.
Ce qui ressort aussi du jugement puisqu'ils ont été condamnés à plus d'années de prison que ce que demandait l'avocat général (je suppose que c'est un critère de réussite ou non).
Par contre l'avocat général (dont le rôle était je le pensais un gros méchant défendant la société) a tenu une argumentation équilibrée, sereine et presque humaine.

Au moment du jugement, mes reflexions m'ont conduites à penser :
- que l'avocat de la défense était un c--, plus préoccupé à publier, à se faire voir à la TV et à se faire du fric qu'à défendre ses clients. Bref le métier d'avocat n'avait plus cette grandeur d'âme.
- Mes présomptions sur le rôle d'avocat général ont volé en éclats car j'ai vu un homme juste dans ses propos et humain.

Avec du recul, ce jugement relève d'une alchimie complexe
- avocat est-il en forme ou pas, manque d'inspiration, mauvaise préparation due à x raisons, pourquoi pas aussi des raisons personnelles (décès dans sa famille ou autres)...
- l'avocat général était peut-être en forme lui, a bénéficié de la faiblesse de la défense, était peut-être de toute façon très bon...)
- et puis se greffe le rôle des jurés, du president, mais là-dessus je me tairais...

Toujours est-il que depuis en lisant les journaux et en butinant sur quelques blogs, je pense que la justice est humaine à l'image de la société.

-les magistrats font leur boulot du mieux qu'ils le peuvent avec les moyens qu'on leur accorde (c'est à dire peu si j'ai bien compris) et avec leurs propres qualités et défauts.
-les avocats plaident comme ils le sentent. il y en a qui le font avec pugnacité en s'attaquant à des forteresses (je les admire), il y en a qui le font avec courage, sincérité et humanité ce qui tout à fait louable (comme vous semblez l'être) et qui se loupent de temps en temps pour mieux rebondir. Et puis il doit y en avoir qui plaident pour des raisons inavouables.

Pour conclure, je comprends cette rage de la défaite et je trouve :
- que c'est une preuve d'humilité que de la cracher telle que vous le faites
- que c'est d'autant plus courageux que vous semblez être un homme (à voir votre pseudo)
et que les états d'âme des hommes sont moins
fréquents.
- que vous faites honneur à votre profession en révélant certaines faiblesses.

heureusement qu'il y a autre chose que le travail pour se remettre en selle :lol:
Good luck !

64. Le mercredi 18 avril 2007 à 15:23 par potagepekinois

@60 : munissez-vous de votre carte d'identité et ça ira.

65. Le mercredi 18 avril 2007 à 15:51 par Deilema

@wam/e
En ce qui me concerne, ca ne me choque pas vraiment dans la mesure où ils devront comme les autres candidats passer l'examen d'entrée au CRFPA puis obtenir avec succès le CAPA.
Compte tenu de la récente réforme de l'examen d'entrée au CRFPA (obligation de passer plusieurs épreuves écrites dans des matières juridiques, suppression des dispenses d'épreuves d'admissibilité), ne pourront y réussir que ceux qui auront une solide formation juridique.
Qu'elle soit acquise à la fac, à Sciences Po ou ailleurs n'est pas le problème.

66. Le mercredi 18 avril 2007 à 17:08 par Fred

"Le client, qui n'a rien entendu à la litanie du tribunal, ne comprend pas pourquoi des policiers l'entourent"

c'est surtout ça qui me donne la rage.
Je sais, vous vous êtes exprimés la dessus dans un précédent billet. Il n'en reste pas moins que le FRANCAIS (j'en démors pas) est la langue officielle de la république.
On pourrait au moins s'en souvenir lors de l'énoncé du verdict.

Peut être que certaines décisions de justice seraient mieux comprises.

67. Le mercredi 18 avril 2007 à 17:16 par parquetier

"C'est la plaie de ce métier, ce fardeau qui nous tombe dessus, à l'improviste, avec l'injustice de ce qu'il nous est infligé par des personnes que nous estimons et respectons, qui ne nous voulaient aucun mal et qui parfois n'ont même pas conscience de frapper l'avocat à travers son client."

ça c'est vraiment bizarre. Bien entendu qu'il ne vous veulent aucun mal ! Et de même qu'ils n'ont pas l'intention de vous faire plaisir en se montrant indulgents, je ne vois pas pourquoi ils s'inquièteraint de vous faire de la peine en se montrant sévères.

Je comprends qu'on se sente au tapis lorsqu'on a l'impression de s'être battu dans le vide, lorsqu'il faut affronter une décision que l'on trouve stupide ou injuste, mais pourquoi personnaliser ainsi le "combat" ? C'est le prévenu qui est au centre de tout, et même si les juges vous écoutent avec soin, il est évident qu'au moment du délibéré ils ne pensent qu'au prévenu, jamais à son avocat, et qu'ils vont même souvent jusqu'à oublier qu'il en avait un. (Et heureusement, car tous n'en ont pas...)
Je trouve cette rage étrange... n'y aurait-il pas tout de même une bonne part d'ego en déroute ?
Enfin... je vous souhaite plein de délicieuses jubilations post-délibéré pour compenser et restaurer votre sérénité.

Qu'il y ait une part d'ego en déroute, sans nul doute. Si je suis en colère contre moi même, ce n'est pas pour rien. Quant aux propos qui vous semblent si bizarres, je ne sous entends bien sûr absolument pas qu'il faudrait que les magistrats pensassent à l'amour propre de l'avocat dans leur délibéré (et je ne me fais aucune illusion là dessus). Mais je pense que j'encaisserais mieux les mauvaises décisions si je pouvais m'abîmer dans le mépris à l'égard des magistrats qu'affectent certains confrères (y compris ceux briguant quelque responsabilité politique), en invoquant la litanie des clichés que vous connaissez trop bien. Mais non. Venant de personnes que je respecte et qui le méritent, je ne puis trouver aucun secours sur cette voie. S'agissant de gens intelligents, raisonnables et très bon juristes, s'ils ne m'ont pas suivi, le seul que je trouve à blâmer, c'est moi même. En espérant que d'autres gens intelligents, raisonnables, et encore meilleurs juristes puisque plus expérimentés, reviendront sur cette décision par la voie de l'appel.

Sur la personnalisation du combat : elle est inévitable. Question de position. Vous découvrez d'abord un dossier. Votre première impression est influencée par le rapport de police. En se plaçant au niveau de la juridiction de jugement, la seule fois que vous allez voir le prévenu, c'est lors de l'audience, et vous allez peu l'entendre ; il répondra aux questions, c'est tout. Et ensuite, c'est l'affaire suivante. Nous, nous les voyons préalablement à l'audience, nous les suivons parfois des années. Nous connaissons leurs craintes, nous leur expliquons les enjeux du procès, ils nous font confiance, et la plupart du temps ce sont eux qui nous ont appelé à l'aide (en latin ad vocat). L'abattage de dossiers que constitue les audiences correctionnelles ordinaires entravent la personnalisation pourtant voulue par le législateur. Mais elle existe encore pour les avocats. Tenez, comparez avec une audience d'assises, si vous avez eu l'opportunité de participer à l'une d'elles. Le temps passé, la méticulosité consacrée à juger, ne fait-elle pas que l'avocat général n'est pas d'une indifférence absolue par rapport au résultat ?

Eolas

68. Le mercredi 18 avril 2007 à 17:57 par San Marco

@67 : vos propos démontrent la distance qui sépare les magistrats des avocats.

Vous en venez à oublier si un prévenu avait ou non un avocat !
Nous ne pouvons pas, pour notre part, omettre la présence du Parquet...

Par ailleurs, il est plus aisé de ne pas "personnaliser le combat" lorsque vous n'avez pas, comme nous et comme le rapporte Eolas, parlé à huis clos au prévenu, pour essayer de comprendre sa personnalité et son cheminement, senti sa souffrance parfois.

Il est décidément plus facile de juger un dossier qu'un homme.

69. Le mercredi 18 avril 2007 à 18:47 par zadvocate

@eolas:

Vous indiquez avoir du respect pour les magistrats et leur fonction et de ne pas chercher d'excuse à ce niveau quand une mauvaise décision tombe.

Je vous suis à 100% sur ce terrain et je suis persuadé que tous, policiers, parquetiers, magistrats du siège avocats doivent avoir ce respect mutuel car après tout chacun à son rôle à jouer dans l'oeuvre de justice. Il faut l'accepter quand bien même le magistrat a un avis radicalement du nôtre.

On me traitera d'idéaliste probablement.

Toutefois, comme il existe des bons et des mauvais avocats, il existe aussi des bons et des mauvais magistrats.

Certains malheureusement ne jouent pas leur rôle et quand on a le sentiment qu'au fond peu importe ce que le prévenu peut bien raconter, peu importe ce que l'avocat peut bien plaider, ils n'y pretent aucune attention, on est quand même en droit de s'en prendre à eux (tout en prenant soin de ne pas mettre en cause le corps auquel ils appartiennent dans son entier).

Qu'un magistrat soit sevère ca ne me dérange pas dans la mesure ou il fait application de la loi dans les limites qu'elle fixe, il est dans son rôle.

Mais lorsqu'il n'a aucun respect pour la parole des gens qu'il juge pourquoi les faire venir à l'audience ? Autant les juger en leur absence et leur notifier ensuite la décision.

On économisera beaucoup de salive ...

70. Le mercredi 18 avril 2007 à 19:12 par zadvocate

@raph:

Les décisions sur le siège pour ma part en matière pénale je n'ai connu ca que devant le Tribunal de Police en matière de délinquance routière ou à de plus rares exceptions en correctionnel toujours en matière de délinquance routière.

71. Le mercredi 18 avril 2007 à 20:01 par Jap

Je me souviens d'un dossier de comparution immédiate. Il y avait une demande de renvoi et tout, dans le dossier (les faits : graves ; les garanties de représentation : faibles ; le casier judiciaire : chargé), laissait penser qu'on allait au mandat de dépôt. Et puis, une plaidoirie, magnifique, forte, argumentée. Et on se dit, pourquoi pas ? Retour en délibéré, discussion. On ne peut pas aller contre le dossier, malgré la plaidoirie. Le mandat de dépôt était inévitable, décision unanime. J'écoute toujours avec attention les avocats, et celui là désormais, encore plus que les autres.
Je me souviens aussi d'une autre plaidoirie, pour une libération conditionnelle. L'avocate me raconte l'enfance de son client, battu par son père qui avait l'habitude de le pendre par les pieds à la fenêtre du 8ème étage, menaçant de le lâcher. Le petit chat, tué à coups de marteau par le père, et puis, la mère, poignardée par le père, et tout cela sous les yeux des enfants. Que les "victimolâtres" ne se trompent pas. Au delà de cette enfance ravagée, de l'émotion suscitée, on ne perd pas de vue le dossier : pas de soins, pas d'efforts particuliers de réinsertion, pas de travail à la sortie, pas d'indemnisation = pas de libération conditionnelle. Mais j'ai revu trois ans plus tard ce condamné, dans le cadre d'une mise à l'épreuve. Il était surpris que je me souvienne de ces "détails". On a eu une discussion intéressante, je lui ai tenu un discours que je n'aurais pas pu lui tenir si je n'avais pas su cela. Je sais que depuis il a progressé, travaille, se soigne, indemnise.
Plaidez, plaidez, Maître, il en restera toujours quelque chose.

72. Le mercredi 18 avril 2007 à 20:32 par brigetoun

"merci pour ce billet" "remerciez plutôt les juges qui me l'ont inspiré" - si j'ai bien compris; malgré la beauté du billet, il aurait été préférable que nous en soyons privés par leur décision

73. Le mercredi 18 avril 2007 à 20:57 par Clems

@71
Certains ont commencé, j'attends avec impatience les premières plaidoiries sur la part de l'inné et de l'acquis ;)

74. Le mercredi 18 avril 2007 à 21:18 par lincoln

et bien je vous rassure, même en tant que parquetier, on peut ressentir la même chose....pourquoi n'a t-ton pas convaincu ?pourquoi cette relaxe alors que le dossier est "carré" ? pourquoi 3 mois sursis alors que dix huit condamnations et encore trop de victimes pour ce multirécidiviste ? Je pense tout simplement qu'il faut accepter humblement le jugement et sa motivation (ou son absence de motivation) et user des voies de recours...c'est le jeu judiciaire et la vérité est la vérité judiciaire, non la vérité...

75. Le mercredi 18 avril 2007 à 21:57 par serge

cela me rappelle ce que disait Méhaignerie lorsqu'on lui demandait ce qu'il avait retenu de son passage au Ministère de la Justice: "qu'il ne fallait jamais entrer dans un Palais de Justice, jamais!, sous aucun prétexte" et moi modestement , fonctionnaire au contact de la Justice (de temps en temps seulement, heureusement) je n'ai jamais ressenti un tel malaise qu'au contact de ces magistrats si souvent autistes!!

76. Le mercredi 18 avril 2007 à 22:43 par Lucas Clermont

Il est certes légitime de respecter l'institution et les magistrats. Néanmoins cela ne signifie pas placer cette profession sur un piédestal. Magistrat, c'est un emploi, au même titre que plombier. On imagine mal que tous seraient objectifs, vertueux, compétents. La collégialité ne fait que limiter les risques d'un jugement désinvolte.


On peut ajouter les conditions de travail ahurissantes : comment peut-on tolérer que faute de moyens suffisant des êtres puissent avoir à juger tant de dossiers à chaque audience ? Et cela représente combien d'heures de travail, un audience, à se concentrer sur des vies ? Et en amont combien de minutes pour examiner les dossiers ?


Vous avez choisi toutefois de ne pas évoquer l'aspect de l'éventuelle erreur humaine des magistrats. Peut-être est-ce un garde-fou ? La volonté de ne jamais se réfugier derrière cette tentation, pour ne pas y être constamment soumis ?








77. Le mercredi 18 avril 2007 à 23:03 par tafkap

Cette rage existe parce qu'on aime son métier, qu'il nous fait vivre nous et nos enfants, et parce qu'on est tellement pro. qu'on s'interdit l'echec. Mais lorsque nos compétences et nos convictions sont si fortes que personne n'y résiste, on se dit que quand même, il y a des putains de bons moments dans la vie!

78. Le mercredi 18 avril 2007 à 23:06 par BrunoNation

est-ce que ce n'est pas plutôt de la com-passion ? Le "nous" de l'avocat est une voie originale qui exprime l'identification à un client dont l'avocat endosse la vie, prête sa science, le temps du procès.

Pour la rage, Maître Vergès disait qu'elle lui sortait pas les yeux et mastiquait les mots dans la bouche, belle description à mon avis.

79. Le jeudi 19 avril 2007 à 09:46 par Juge du siège

Merci Maître du respect que vous exprimez pour les magistrats, et de votre phrase à l'égard de vos confrères engagés en politique, qui se perdent souvent dans l'"abîme du mépris"comme vous dites...
Je pense à ce propos aux paroles de Ph. Houillon, rapporteur de la commission Outreau, qui lors d'une venue à l'ENM déclarait aux auditeurs de justice (magistrats en formation) présents à sa table: "les chambres sociales des cours d'appels, c'est encore pire que les conseils de prud'hommes pour favoriser les salariés", ou encore "il y a plein de magistrats qui ne travaillent qu'un jour par semaine, on en connaît", parmi d'autres énormités méprisantes et indignes de sa fonction de président de la commission des Lois de l'Assemblée nationale. Cet homme voudrait être garde des Sceaux, il ne prouve publiquement que son aptitude à tenir un café du commerce!
Quant à la rage qui vous habite après une décision incompréhensible, soyez certain que si le dossier est disputé, et qu'au final la décision est surprenante (dans un sens ou dans un autre), il doit y avoir à coup sûr une simarre qui bout également de l'autre côté de la barre, sans pouvoir émettre d'opinion dissidente...et que c'est dur parfois de ne pas montrer que la décision a été obtenue à la majorité de deux voix contre une, la sienne...
Bon courage pour l'appel.
J'aurais beaucoup aimé que vous puissiez nous parler du détail de cette affaire et du verdict.

80. Le jeudi 19 avril 2007 à 10:31 par justiciable de base

C'est un autre point de vue, peut-être hors sujet par rapport au billet d'Eolas, et en tout état de cause qui n'a sûrement pas le degré d'émotion du pénal.

Mais imaginez une audience civile au cours de laquelle le tribunal "semble" acquiescer favorablement à vos réponses et explications et à celles de votre avocat, et d'entendre ce dernier vous rassurer après l'audience : "soyez confiant, vous avez vu la réaction du tribunal ?… bientôt vous serez sorti de cette pénible affaire...", et d'apprendre quelques mois plus tard que ce tribunal vous assène un coup de bambou qui vous laisse sur le carreau sans plus d'explication et compromet votre avenir pour des années. Même si l'appel ou la cassation peuvent remettre le Droit dans le droit chemin, il reste que certains jugements sont abscons pour vous même et votre avocat, et vous plongent dans une situation où on se retrouve seul sans comprendre, sans explication, sans aide ni assistance. Dans cette situation, certains justiciables ressentent probablement de la haine, comme leur avocat, d'autres s'effondrent psychologiquement, professionnellement et financièrement et sont laissés sur le bord de la route.

Un avocat m'a dit un jour : "Notre système judiciaire est imparfait puisqu'il a trois degrés de juridiction ce qui veut dire qu'il reconnaît pouvoir se tromper....trois fois !!!!"

Comme le dit Serge, post 75, "il ne faut jamais entrer dans un Palais de Justice, jamais!, sous aucun prétexte".

Certains rajouterons : "un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès"…

81. Le jeudi 19 avril 2007 à 11:04 par Lucie

Ah ben voilà, j'ai les larmes aux yeux !

Merci, Eolas. Merci, non pas pour votre rage, mais pour votre humanisme et votre compassion, ainsi que pour me (nous ?) redonner confiance en la Justice. Et merci pour la catharsis qui vaut aussi pour vos lecteurs :-)

82. Le jeudi 19 avril 2007 à 12:13 par pouzzler

Maitre bonsoir,

à part quelques génies du mal, ce qui nous amène en présence du juge, ce sont justement les émotions. La Loi en revanche en est complètement dénuée, il s'agit bien au contraire de les vaincre, ce qui est un préalable à une vie commune en bonne entente.
Que vous, un fervent de la loi, vous laissiez aller à ce consternant lacrymo-show, me déconcerte...
Mais, và, je vous aime bien quand même.

pouzzler

83. Le jeudi 19 avril 2007 à 13:15 par Jasna

Heureusement que parfois il arrive qu'on se trouve face à un dossier qui est mauvais (pour notre client), sans pièces utiles à sa défense etc. On se dit que c'est foutu (putain, putain putain qu'est-ce que je vais bien pouvoir plaider ?) et puis on a une super décision à laquelle on ne se serait jamais attendu.
Bon, je sais, ça reste rare, mais ça arrive !

@82 pouzzler : je ne vous aucun "lacrymo-show" dans ce qu'a écrit eolas. Au contraire, il nous fait partager ses émotions (pour le cas où certains auraient cru qu'il était complètement insensible), émotions que ressentent aussi bien les avocats, que les magistrats du siège et du parquet.
On ne peut pas ne pas faire appel à notre vécu, à notre subjectivité, à nos émotions, c'est impossible.
Et je pense sincèrement que face à une mauvaise décision qu'on trouve injuste, il est sain d'en vouloir s'il le faut à la terre entière sur le coup, du moment qu'on réussit à faire la part des choses par la suite. On rationnalise et on avise des suites à donner.

84. Le jeudi 19 avril 2007 à 13:15 par Jasna

Heureusement que parfois il arrive qu'on se trouve face à un dossier qui est mauvais (pour notre client), sans pièces utiles à sa défense etc. On se dit que c'est foutu (putain, putain putain qu'est-ce que je vais bien pouvoir plaider ?) et puis on a une super décision à laquelle on ne se serait jamais attendu.
Bon, je sais, ça reste rare, mais ça arrive !

@82 pouzzler : je ne vous aucun "lacrymo-show" dans ce qu'a écrit eolas. Au contraire, il nous fait partager ses émotions (pour le cas où certains auraient cru qu'il était complètement insensible), émotions que ressentent aussi bien les avocats, que les magistrats du siège et du parquet.
On ne peut pas ne pas faire appel à notre vécu, à notre subjectivité, à nos émotions, c'est impossible.
Et je pense sincèrement que face à une mauvaise décision qu'on trouve injuste, il est sain d'en vouloir s'il le faut à la terre entière sur le coup, du moment qu'on réussit à faire la part des choses par la suite. On rationnalise et on avise des suites à donner.

85. Le jeudi 19 avril 2007 à 13:27 par Jasna

Oups, désolée, mon ordinateur ayant "bloqué", je ne pensais pas que mon commentaire était passé, donc je l'ai retapé une seconde fois !!!

86. Le jeudi 19 avril 2007 à 13:58 par Loop

La rage, n'est-ce pas surtout la déception de ne pas avoir pu/su convaincre comme on l'aurait voulu?
Car c'est une déception intense de ne pas voir ses convictions retenues.

Merci de nous rappeler que la justice est faite par des hommes, et qu'elle ne peut être juste, puisque les hommes sont par définition humains, donc subjectifs et imparfaits.

87. Le jeudi 19 avril 2007 à 22:16 par longlongjohn

@60 Steph
Un: de toute façon, vous n'avez plus le temps
deux: ce serait bien la première fois qu'on verrait un assesseur se rendre compte de ce détail ! Pour le cas bien improbable où celà se ferait, emportez avec vous passport ou extrait d'acte de naissance ou -arme absolu, votre livret de famille. ça devrait le faire

88. Le jeudi 19 avril 2007 à 22:21 par Funny Valentine

Je suis admiratif. Pour connaître la rage, il faut être soi-même convaincu que l'on détient La Vérité et reconnaître soit que l'on ait manqué de conviction, soit que le procureur ait été plus éloquent, soit que les juges n'aient pas fait leur travail consciencieusement. Autant, il me semble aisé de penser que l'une, les deux ou les trois dernières propositions peuvent d'avérer exactes, autant j'ai du mal à imaginer qu'un avocat (ou n'importe qui d'ailleurs) puisse prétendre à connaître La Vérité d'un homme fut-ce-t-il prévenu et écouté avec la plus grande attention et c'est bien ce qui m'ennuie parce qu'alors on ne se bat plus pour qu'une vérité, la sienne ou celle de son client, vérité qui n'a rien à envier celle du procureur ou à celle des juges et l'injustice elle-même, contre qui la rage devrait s'exercer, perd beaucoup de sa place dans le débat.
Au devant de juges indifférents, un excellent avocat et un autre peuvent obtenir un jugement identique, le talent de chacun n'étant pas apprécié, face à des lois injustes, les juges eux mêmes peuvent être pris au piège comme le prévenu. Alors, Maître, cette rage, si vous la retournez contre vous-même, n'est-ce pas par défaut, devant votre impuissance contre cette injustice qui vient de se produire sous vos yeux ?

89. Le jeudi 19 avril 2007 à 22:44 par faust

Quel joie de lire un avocat digne de ce nom nous confiant ses sentiments ! Chose que certains oublient très vite dans ce monde déshumanisé. Voilà, pourquoi je repasse le crfpa pour la troisième fois...croire toujours y croire et se battre contre les idées préconçues et les faux semblants. Avoir la rage là, au fond du ventre... la rage d'y croire même si nous sommes qualifiés d'utopiques ! Merci maître pour cette jolie prose...

90. Le jeudi 19 avril 2007 à 23:10 par carojursiteenherbe

cher maitre
première visiste sur votre site aujoud'hui
premier billet lu à 22h30
blog mis en favori à 22h32
et encore plus d'émotion que devant un match de rugby en lisant ce fameux " putain putain putain"
impression de vivre de l'intérieur une audience à un TGI.
c'est la toute première fois que je rencontre un blog comme celui-ci. je suis vraiment en admiration devant autant de passion et d'enthousiasme; vous avez réellement couché sur le papier ( vive la loi sur le support électronique, ce que j'écris n'a pas de sens) le sentiment de vide et d'incompréhension totale qui se peint sur le visage d'une personne quand vous commencez une phrase par la formule " attendu que".
le droit est un monde barbare, c'est un langage que seul les membres initiés comprennent ( et encore, pas toujours ). comment arriver à communiquer aux autes cette passion que l'on peut avoir pour cette science, cette passion qui fait que le jour où l'on n'y croira plus, on ne l'exercera plus???
je me le demande.
en lisant ce cri du coeur, j'ai presque pendant un instant regretté de ne pas avoir rempli mon dossier pour l'IEJ, j'ai presque eu envie de demander un autre M2, j'ai presque eu envie d'essayer une robe noire.... presque.
seulement, là où vous avez eu la décence et le courage d'encaisser une décision arbitraire ( comme quoi, on a beau décrié le juge unique et son aspect liberticide, la collégialité n'arrange rien), je pense que je me serais effondrée en larme pour celui qui avait mis son avenir entre mes mains de pauvre bleuette.
pour conclure, bravo, merci, et songez à écrire le jour où la salle des avocats vous sortira par les yeux.

ps : la technique du " je regarde entre les deux ", c'est génial, à retenir pour un grand oral... merci du tuyau.

91. Le vendredi 20 avril 2007 à 15:30 par Vulgus pecum

@Eolas, en parlant des juges vous dites :

"...Ils n'ont rien compris, rien écouté, ils n'ont pas lu le dossier, ils n'ont pas vu ce qu'on leur a mis sous le nez...."

Je me suis souvent demandé comment des juges qui restent quelques fois des journées entières à écouter des plaidoiries successives qui s'enchaînent dans un rythme effréné, concernant des dossiers souvent épais et compliqués, comment donc, ces juges peuvent-ils retenir et comprendre tout ce qui est dit, et rendre un jugement plusieurs mois après ?

De quoi se souviennent-ils de l'audience et des arguments présentés ?
Ont-ils l'envie, le temps et la possibilité de reprendre et de se replonger dans un dossier ?
Quelle est l'influence de la plaidoirie de l'avocat et qu'en reste-t-il plusieurs mois plus tard ?

Plutôt que de la rage, je pense que beaucoup d'avocats ont l'humilité de se dire que malgré toute la passion et l'éloquence de leur plaidoirie, celle-ci risque de perdre son impact et se déliter sous l'action du temps, de la lassitude, de la fatigue et de la surabondance des affaires qui s'égrènent devant un tribunal.

Un avocat me disait dernièrement que pour certaines affaires, il était de plus en plus proposé de ne pas plaider et qu'elles seraient jugées directement sur les pièces du dossier…

Au pénal, cela semble difficile, mais cela vous est-il déjà arrivé ?

92. Le vendredi 20 avril 2007 à 16:30 par Flolivio

C'est exactement pour cela qu'après avoir fait 6 ans de fac de droit, je n'ai pas choisi de tenter de devenir avocat.
Je crois que je n'aurais jamais tenu le coup...

Bon courage à vous.

93. Le vendredi 20 avril 2007 à 18:31 par Charles

Merci beaucoup Maître.
C'est l'occasion pour moi de vous le redire : la cohabitation dans votre blog, d'une part de notes pédagogiques sur le Droit, de commentaires de décisions etc., et d'autre part de notes très personnelles sur votre métier et la vie du prétoire, lui donnent une valeur vraiment particulière. J'y découvre un peu de la Justice, et donc de la société où je vis.
Les dialogues en commentaire, notamment dans cette note, sont souvent l'occasion d'enrichir ou de préciser les points de vue.

Merci pour cette note, pour sa précision et sa simplicité. C'est une bonne maladie de ne pouvoir s'habituer à ce qui fait mal.

94. Le samedi 21 avril 2007 à 11:33 par Padacor du Thou

Eolas, votre billet est d'une banalité sidérante et allonge un ramassis de lieux communs.

Quel avocat n'a pas ressenti ce que vous ressentez ? Enfin, Eolas vous ne venez tout de même pas de découvrir l'Amérique !

A votre âge, mon grand.... Non ! faut sortir dans la semaine...On ne plaide pas que sur la toile !

Quel professionnel ne ressent pas ce que vous ressentez ?

Tenez le Proc' qui a requis dans votre affaire, si votre client avait été relaxé, n'aurait-il pas eu la même démarche intérieure ?

Le cinéaste, sûr d'avoir fait un chef d'oeuvre, ...et qui fait un "bide", n'est-il pas logé à la même enseigne ?

Votre billet c'est du bluff...pour émouvoir dans les chaumières où l'on ne voit pas plus loin que le bout de votre rabat !

Allons, Eolas, prenez de l'envol... Courage Eolas ! Ne pleurez pas trop sur sur vous. Vous n'êtes pas un nul. Loin s'en faut. Mais n'écrivez pas de telles banalités.

Faites votre métier...faites le bien. Perdez (peut-être) moins de temps à écrire vos billets et surtout travaillez plus, encore, et toujours vos dossiers...vous verrez quelques résultats viendront.

La vie professionnelle n'est pas un long fleuve de succès... J'arrête car je vais tomber dans des lieux communs pires que les vôtres.

En toute confraternité sauvage.

Question de style : moi, c'est la banalité, vous, la suffisance sentencieuse. Tout le monde n'a pas la chance d'être comme vous, blasé et cynique.

Eolas

95. Le samedi 21 avril 2007 à 20:20 par Padacor du Thou

Eolas vous n'avez pas bien compris le 9-4.

Vous étiez encore « ab irato », autrement dit dans la rage quand vous avez lu mon commentaire !

Je voulais faire une expérience.

Je crois avoir visé juste (prétentieux que je suis,défaut à ajouter à ceux dont vous m'affublez confraternellement).

J'ai voulu, par ce commentaire, vous faire goûter les saveurs insipides qu’inspirait un billet que l’on « jugeait » mauvais, et voir vos réactions immédiates sur un commentaire déplaisant, j’en conviens.

Ce jugement ne vous plait pas !

Vous avez pensé "putain quel c..." et vous avez cherché ab irato à faire "mal" à votre interlocuteur en parlant de sa "suffisance sentencieuse"... comme, sans doute, pour ce jugement dont parlait votre billet et qui dans un premier temps ne vous plaisait pas.

Puis, ciblant ad hominem, vous avez écrit que j'étais "blasé et cynique".

Vous étiez toujours dans la phase de la "rage", cher Eolas ! Relisez votre billet.

On se calme ! On se calme... Il faut savoir admettre la critique… comme une décision (de justice) défavorable.

Vous en avez pris plein la tête (ou le sternum).

Pardonnez-moi d’avoir frappé trop fort. Mais, Avocat, il faut savoir recevoir les coups de barre ! Sinon on la quitte !! (Souriez Eolas).

Se faire dire qu'on n’est pas très original, ça ne fait jamais plaisir, je le conçois.

Puis lire qu'on doit travailler… plutôt que de « billeter », là, notre Eolas, il ne tient plus en place !

« Non mais ! pour qui se prend-t-il celui-là ? Attendez... attendez » qu’il s’est dit Eolas « à la fin de l’envoi je touche ! »

Et pourtant, Eolas, n’êtes-vous point votre propre fossoyeur ?

Ne croyez-vous pas que votre réponse vous renvoie votre propre image.

Sur un commentaire qui vous déplaît, n'est-ce point vous qui devenez suffisant, sentencieux, voire même cynique par votre réplique rageuse?

Mais appliquant les règles de votre billet, votre rage va retomber ...puis vous allez vous dire que 9-4 avait, peut-être, un peu raison.

Quand vraiment votre rage sera retombée, on se rafraîchira à la buvette, en laissant sècher nos plumes acerbes.

Vous verrez Eolas, nous sommes tous semblables, ni blasés, ni cyniques, ni suffisants, ni sentencieux.

Nous sommes très simplement des confrères qui aimons notre métier, et ce que vous avez ressenti après votre « gamelle », nous le ressentons tous, comme tout professionnel.

Rien de bien original, et, encore moins de blasé. C'est tout ce que je voulais vous dire.

Il faut simplement et toujours faire mieux, pour éviter de les prendre ces « p….de gamelles » dans lesquelles se sont d’ailleurs nos clients qui mangent. !

Vous avez le courage de laisser libre cours aux commentaires. Bravo. Admettez, cependant, qu'on puisse se dire droit sur la toile, comme d’autres dans les yeux, " ce que vous dites aujourd'hui, Eolas, est d'une platitude fabuleuse et soyeuse, comme l’écrirait Duras".

Mais, nous n’en resterons pas moins confrères.

96. Le samedi 21 avril 2007 à 22:14 par bud

@Padacor du Thou
C'est une position facile de juger un jeu de rôle,
où vous avez fait semblant et Eolas joue surement pour de vrai..
Ce qui vous déplait, c'est la différence ?,
que vous jugez supérieure ou inférieure: sur une échelle de vos valeurs propres,
qui (je me trompe: ?) est personnelle à chacun.
Le cynisme semble être aussi une forme de défense,
et peut être surtout une manière de ne pas perdre son temps..
Puis juger les sentiments..: 2/20 pour vous, 18/20 pour moi un autre lecteur,
cela a-t-il du sens ???
Ps: merci pour l'image de la gamelle où l'on mange (complexe de supériorité?),
il y a des métaphores plus agréable.

97. Le samedi 21 avril 2007 à 23:36 par Padacor du Thou

@ Bud

Merci Bud. Je vais réfléchir... car je n'ai pas tout compris.

...A l'exception de la métaphore. Si elle a pu vous choquer, Bud, acceptez mes excuses. Pour me faire pardonner, une anecdocte.

Un magistrat en me souhaitant ses voeux, en début d'année, ajouta, "et pas trop de gamelles Maître !".

Je lui ai répondu : "je vous rappelle, M. Le Président, que c'est vous qui les servez ".

Vous voyez les Juges, eux aussi, font dans la métaphore... et il nous arrive d'utiliser entre nous ces procédés de langage en employant des termes concrets dans un contexte abstrait par substitution analogique, sans qu'il y ait pour autant d'élément introduisant formellement une comparaison. Il est vrai que j'ai oublié la dimension métaphoriquement agréable.0/20 !

A bientôt "Cher chez bud" .

98. Le samedi 21 avril 2007 à 23:56 par Padacor du Thou

@ pour bud

Correction : l'anecdote n'était pas "docte"... mais bien "dote".
A nouveau 0/20.

C'est comme chez Eolas "... Lors de la plaidoirie, les regards des juges ne nous ont pas quitté (sic), ils ont même pris des notes."

J'aurais écrit "ne nous ont pas quittés"...

Je m'interdis de noter Eolas, cela n'aurait pas de "sens" n'est-ce pas Bud ? Sauf pour les juges qui en prennent..."des notes".

99. Le dimanche 22 avril 2007 à 08:53 par bud

Ce qui n'a pas de sens, c'est de noter les sentiments, l'abstrait, le subjectif, le comportement (faut une solide formation pour definir la large palette du normal), etc..,
Je n'ai pas de préjugés concernant les juges, mais je vais commencer a en avoir ? ;)
Ps: mes 3 lecteurs me suffisent amplement, mon adresse est là pour dire: j'existe, je suis.
Pas pour vendre une boisson gazeuse par ex.

Bon dimanche.

100. Le lundi 23 avril 2007 à 17:28 par parquetier

euh, ce qui m'a surpris c'est la personnalisation en la personne de l'avocat, pas la personnalisation en la personne du principal intéressé, qui non seulement est normale mais souhaitable, je la pratique aussi le plus que je peux (restons modeste) n'en déplaise à San Marco. Pour le surplus j'avais pondu une merveilleuse nouvelle contribution qui s'est écrasée au décollage à cause d'un coma momentané de ma souris. Je n'ai absolument pas le courage de la taper à nouveau. Tant pis. Le sujet est très intéressant en tout cas

101. Le mardi 24 avril 2007 à 22:40 par Omar Lefranc

Ce texte est trop littéraire pour être juste. Il sonne creux. Il illuste un égo excessif. C'est maniéré à l'excès. Il s'agit d'un avocat qui joue (comme souvent) un peu trop le rôle de l'avocat, au grand héros solitaire qui repart seul au soleil couchant. C'est une belle musique et c'est pipeau. Qui aime bien...

"Ce texte est trop littéraire pour être juste."
Je tiens la version SMS à votre disposition pour qu'il sonne plus juste à vos oreilles délicates.

Eolas

102. Le mercredi 25 avril 2007 à 08:18 par Zénon

@ Omar Lefranc

"Ce texte est trop littéraire pour être juste." Un texte correctement écrit n'est pas forcément un texte littéraire....qui aime bien(éolas)......et puis cette manière de distinguer littérature et vérité est assez incompréhensible...auriez-vous oubliez le "mentir vrai..." ?

Ainsi votre court texte qui n'est en rien littéraire se trouve être faux, vous n'avez pas su mentir vrai !?!

Quant au mien........

103. Le samedi 28 avril 2007 à 23:22 par Diane

je suis très contente d'apprendre que je ne suis pas la seule à avoir ce type de réactions. Quand je prends une gamelle, d'bord je pense que ces c... de magistrats n'ont rien compris et après je me repasse le film à froid et je me dis que ici et là j'aurais peut-être du expliquer davantage, insister...
Il m'est déjà arrivé en pénal de faire appel rien que pour faire motiver la décision et partant de la motivation, soit de persister dans mon appel soit de me désister.

Pour Isa, j'ai eu la même chose, et le président m'avait fait uen remarque similaire; partant de là, je suis allé voir mon bâtonnier qui a pris contact avec le président et qui a soutenu, ma demande de renvoi, y compris en audience. Le renvoi a été accepté.

104. Le mardi 1 mai 2007 à 17:58 par nichevo

votre blog est complémentaires des nombreuses reflexions que l'on peut se faire sur le fonctionnement de la justice et de la police en ce moment.
Rendons hommage aux hommes et aux femmes qui font marcher un système souvent poussif par manque de moyens.
Passez me voir sur mon blog.
Je suis Policier en Seine Saint Denis depuis vingt ans et nos relations avec les avocats sont particulières mais plus fraternelles depuis la réforme de la Garde à vue; nous sommes confrontés aux mêmes personnes et nous nous entendons parfois...
A très bientôt
Nichevo

105. Le dimanche 6 mai 2007 à 00:00 par pepina

Je suis étudiante en droit (master) et je me destine au droit pénal...par pure passion. Merci de ce billet qui me rassure sur ce monde me parraissant au premier abord si hostile. Votre prose m'a émue, moi qui dans mon entourage n'entends parler que de victimes et qui de manière permanente se voit obligée de répondre à la question : mais comment pourras-tu défendre des violeurs...?

Ces clichés détruisent notre société à petit feu...

Quand je vois que des gamins de 14 ans me rétorquent, dans le cadre d'une sensibilisation organisée par le GENEPI (groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées) dont je suis membre active, que la "prison c'est les vacances", ...

Quand je vois qu'une directrice de Maison d'Arrêt me refuse l'accès parce que j'étais sois disant "trop proche du détenu" dans un parloir faisant la taille de mes toilettes (pardonnez moi l'expression) alors que je devais simplement la déranger...
Quand je vois les étudiants se tourner vers le droit civil ou autre avec l'argent pour seule motivation...

Quand je vois les réactions bestiales des gens malgré des centaines d'années de philosophie expliquant que l'être humain ne naît pas mauvais...

Quand je vois l'inutillité des rapports sociologiques tentant d'expliquer le parcours d'un être humains jusqu'à la prison...

Merci, Merci, ... de montrer qu'il est possible d'être avocat pénaliste et d'avoir des convictions, de ressentir les choses, et de faire son métier par passion... Vous ne faites que confirmer mon choix... J'espère être à la hauteur...

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