Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Vis ma vie

Par Gascogne.


Tout comme Tchouang Tseu nous racontait l'histoire de Tchéou qui ne savait pas s'il rêvait qu'il était un papillon, ou s'il était un papillon rêvant qu'il était Tchéou, me voilà par je ne sais quel tour de magie plongé dans une robe d'avocat.

Ma semaine commence sur les chapeaux de roue. Ou bien est-ce la précédente qui finit mal ? Toujours est-il que je dois partir ce dimanche à pas moins de 80 km pour un gardé à vue qui me réclame. Le planton de garde me reçoit plutôt froidement. Il doit voir en moi un grand ami des délinquants, un empêcheur d'arrêter en rond. L'OPJ me raconte rapidement l'histoire. Mon client m'en donne une autre version. Pas crédible. Quand comprendront-ils qu'il est dans leur intérêt de ne pas me mentir ? Je conçois qu'ils ne voient en moi qu'un "baveux", un type qui a fait des études, comme le proc' ou le juge, un gars bizarre qui met une robe pour travailler, mais quand même. Je n'ai qu'une demi-heure, et pas le moindre procès verbal sous les yeux, pour tenter de démêler les fils de l'histoire, et voir où se situe l'intérêt de celui qui m'a appelé à l'aide. Je sens que nous allons nous revoir dans la semaine, mais pas à mon cabinet...

Lundi : Pourquoi les juges ne trouvent-ils rien de mieux que de coller toutes les audiences possibles et imaginables en même temps ? Ils pensent que les avocats ont le don d'ubiquité, sans doute. Je cours, robe sous le bras, vers les différents bâtiments qui abritent qui une audience de prud'hommes, qui les juges aux affaires familiales, qui le tribunal de commerce. Surtout, ne pas s'emmêler les pinceaux dans les dossiers. Si je demande une prestation compensatoire à un conseiller prud'homal, il risque de mal le prendre.

Mardi : J'ai rendez-vous avec mes clients, mais je dois aussi assister mon gardé à vue devant le juge d'instruction, une espèce d'ours mal léché, et je n'ai pas intérêt à être en retard...Ma secrétaire décommande, sous les vivas des clients pour qui leur dossier a nécessairement plus d'importance que les autres. Devant le juge, je lui présente ce qui est censé n'être que de brêves observations, pour tenter de le dissuader de saisir le JLD. Peine perdue. Nouvelle plaidoirie devant ce dernier, nouvel échec. Mon client part en détention provisoire. Visiblement, il ne m'en veut pas, il me remercie même pour mes efforts. Par contre, sa famille, qui attend dehors, est beaucoup moins réceptive à mes explications. Je passe encore un mauvais moment.

Mercredi : Audience au tribunal d'instance. Le juge est un vice-président blanchissant qui croit utile de faire de l'humour sur mon dos...Les confrères se bidonnent, je tente de faire bonne figure. Heureusement qu'il n'y a plus grand monde dans la salle d'audience. C'est le problème des avocats comme moi, sans épaisseur humaine...Heu, pardon, jeunes dans le métier. Je passe dans les derniers, l'ordre protocolaire voulant que passent en premier les confrères extérieurs, puis le bâtonnier en exercice, puis les anciens bâtonniers, puis les avocats dans l'ordre d'ancienneté d'inscription au barreau. Bref, encore une demi-journée à attendre, perdue pour les autres dossiers. Espérons que l'après midi sera plus calme, que je puisse rédiger quelques conclusions. Si le téléphone me laisse un peu de répit.

Jeudi : mes clients se pressent dans la salle d'attente. Je reçois un couple et leurs deux enfants. Ils sont convoqués chez le juge des enfants dans quelques jours. Monsieur fait visiblement un concours du plus grand porteur de piercings et de tatouages. Madame installe sans rien me dire un tapis de jeu et laisse le petit dernier jouer au sol avec un ordinateur pour enfants qui imite à la perfection les bruitages de "la guerre des étoiles". Et quand j'ai le malheur le toucher la tête brune de crasse de sa progéniture, je me fais envoyer sur les roses...Tout juste si elle ne me traite pas de pédophile. Je leur explique que le juge des enfants va décider soit de placer leurs enfants, soit de nommer un éducateur pour les assister, mais la seule réponse que j'obtiens est que si la moindre personne approche, ils ont tous les fusils qu'il faut à la maison. Ca promet.

La cliente suivante veut a-bso-lu-ment obtenir un droit de garde et d'hébergement sur le Yorkshire que son ex-mari a gardé. Comment lui dire sans la vexer que si le ridicule ne tue pas, je tiens quand même un tant soit peu à ma réputation ? Et je ne vous parle même pas de lui faire comprendre qu'en droit, son chien est un meuble, et qu'on ne se partage pas la garde d'un meuble.Tout au plus dissout-on la communauté...

La journée s'écoule sous les complaintes. Quelques cas juridiques ou humains intéressants, mais ils ne sont pas majoritaires. Je me sens récipiendaire de toutes les détresses humaines.

Vendredi : la fin de semaine sera-t-elle plus calme ? Que nenni. Je pars en correctionnelle juge unique "circulation". C'est le juge d'instruction de mardi qui préside. Ca promet. Les savons volent autant que les suspensions de permis, et voilà le tour de mon client. Il a cru bon, alors qu'il conduisait sa camionnette, de s'arrêter pour prêter main forte à des gendarmes qui intervenaient sur un accident de la circulation. En soi, c'est plutôt le geste d'un citoyen modèle. Le problème est qu'il avait un taux d'alcoolémie de quasiment deux grammes d'alcool par litre de sang. En plus, il refuse de reconnaître l'infraction, et je jongle donc dans mes explications entre des arguments tous plus recevables les uns que les autres. Je n'ose pas de front demander la relaxe, comme mon client me l'a pourtant demandé. Je veux bien avoir un mandat impératif, mais il y a des limites, que je n'ai pas réussi à faire comprendre à mon prévenu. Pour lui, il me paye, donc j'obeis...Le président se bidonne, condamne, et passe à un autre dossier. Mon client veut que j'aille immédiatement faire appel. Il veut se ridiculiser une fois de plus à la Cour. Je jetterais bien l'éponge en le dirigeant vers un confrère, mais n'est-ce pas l'abandonner un peu ?

J'allais terminer ma semaine de permanence pénale par l'assistance d'un mineur devant le juge des enfants (un juge chevelu qui semble sortir tout droit d'une bande dessinée de Lucky Luke, version frères Dalton), quand je me réveille en sursaut dans mon lit. Cette course infernale n'était qu'un cauchemar. Ma robe n'est pas celle d'un avocat, et mes contraintes ne sont pas les mêmes. Je n'ai pas de clients mécontents à gérer, je n'ai en face de moi "que" des justiciables. Je peux me rendormir tranquille, en pensant tout de même à la vie infernale de tous ces avocats qui m'entourent.

Commentaires

1. Le dimanche 17 février 2008 à 10:46 par Delio

Vis ma viE

Ou alors il y a une finesse que je n'ai pas compris.

Gascogne :
La seule finesse est que je n'entendais pas publier tout de suite ce billet sans relecture et correction. Ce n'était qu'un premier jet que le Maître des lieux a mis en ligne trop vite...

Eolas:
Désolé, erreur de manip.

2. Le dimanche 17 février 2008 à 10:58 par draftbold

un peu HS mais pas trop, pour info
Le decret de modification de la carte judiciaire est parue au JO ce dimanche matin.
www.legifrance.gouv.fr/af...

3. Le dimanche 17 février 2008 à 11:01 par draftbold

@ gascogne
l'ordre protocolaire voulant que passent en premier les confrères extérieurs, puis le bâtonnier en exercice, puis les anciens bâtonnniers, puis les avocats dans l'ordre d'ancienneté d'inscription au barreau.

concrètement cela se passe comment ? , le greffier à une liste nominative de cet ordre protocolaire ?

Gascogne :
Non. Les avocats se présentent à l'huissier d'audience, et s'ils s'entretuent, c'est le président d'audience qui décide au final de l'ordre de passage des dossiers.

4. Le dimanche 17 février 2008 à 11:04 par Jap

Bah, ça aurait pu être pire, vous auriez pu en plus avoir un débat contradictoire en urgence devant un Jap quelque peu tatillon qui aurait suspendu la semi-liberté de votre client au prétexte que celui ci serait arrivé en retard et ivre au quartier de semi-liberté. Vous auriez expliqué que certes, votre client avait mal agi, mais que c'était la première et la dernière fois, que maintenant il avait compris et qu'il ne le referait plus, qu'il avait un emploi, une famille ... Peine perdue, le jap, inflexible, aurait retiré la semi-liberté et vous auriez du expliquer à la famille éplorée que non, ça ne servait à rien de faire appel, puisque l'intéressé allait perdre son emploi et que oui, la jap, elle était vraiment pas sympa.

Gascogne :
Et depuis quand les avocats font de l'application des peines, je vous prie ?

Eolas:
Depuis le 9 mars 2004 ?

5. Le dimanche 17 février 2008 à 11:07 par nouvouzil

Un chien est un meuble,
Une vache est un immeuble.

Et comme ça, les vaches seront bien gardées (par des chiens-meubles)

Gascogne :
De mes souvenirs civilistes, ce sont les lapins de garenne qui sont des immeubles.

6. Le dimanche 17 février 2008 à 11:25 par sophie L.L

Je le trouve très bien ce billet,et très astucieuse la chute, merci !!!

7. Le dimanche 17 février 2008 à 11:33 par petit pas

Billet de rêve que ce billet d'un rêve…
Peut-on se risquer en à déduire que dès votre réveil, vous vous êtes promis juré en prenant le petit café du matin de :

- pardonner l'éventuelle erreur d'un avocat qui vraisemblablement aura mélangé deux dossiers pour vous présenter une demande sans aucun rapport avec l'affaire jugée… et surtout ne pas en punir son client ?

- profiter de l'occasion pour faire avec bienveillance œuvre pédagogique envers un jeune avocat, qui sans aucun doute gravera à jamais dans sa mémoire le petit mais judicieux conseil glissé à cette occasion " Maître, à votre place, voilà ce que j'aurais présenté…" ?

- aborder vos audiences JLD en gardant à l'esprit que vous êtes le Juge des libertés (au pluriel) et de la détention ?

- aborder vos audiences en Juge unique "circulation" (on dit chez nous : "audiences pastis"), en vous posant, ne serait-ce qu'un instant, un court instant, la question de la signification profonde du terme "relaxe" ?

- oser dépasser, lorsque la situation le justifie, le carcan du texte, et renier un instant vos belles années de magistrature en prenant un jugement en pure équité ? (si si c'est possible, cf le bon juge Magnaud dans l'affaire Ménard…)

- et surtout regarder ces justiciables qui attendent de vous que vous rendiez leur justice non pas comme d'insolents provocateurs, mais comme des femmes et des hommes qui, au moment où ils profèrent devant vous ces paroles que vous savez être mensonges, ne font que vous exprimer, eux aussi, leur intime conviction ?

Mais en posant ces questions, je sais que vous y avez déjà répondu.

Sans cela vous ne nous auriez pas gratifié de ce billet de rêve…

Merci Monsieur le Juge pour ce moment de réconciliation.

Ah, et pour votre titre : "Vis ma vis", j'avoue avoir cru un instant à une coquille orthographique, avant de comprendre la géniale allusion au permanent vis à vis du Juge et de l'Avocat…

Gascogne :
- heureusement pour certains avocats qu'il ne me viendrait pas à l'esprit de "punir" leur client du fait de leur attitude...
- Ca m'est déjà arrivé...
-heureusement pour moi, je ne suis pas JLD.
-Relaxe ? Ca veut dire quoi ?
-l'équité est un jeu bien dangereux pour un juge. Seule l'application du droit est une garantie contre l'arbitraire.
-Ah, le mensonge...Tout un débat.

8. Le dimanche 17 février 2008 à 11:34 par Isabelle Patin

Gascogne, en robe de magistrat avec un chapeau et des bottes de mousquetaire poursuit une rapière à la main un Troll qui s'enfuit effrayé ; Un texte 'Commentaire modéré par troll détector(tm)' surplombe l'image.

9. Le dimanche 17 février 2008 à 11:57 par Schmorgluck

Tiens, c'est vrai que je n'y avais jamais pensé, mais comment se débrouille un avocat si par malheur les audiences pour deux de ses clients sont programmées le même jour à la même heure ? J'imagine que quelque chose est prévu pour éviter ça, mais comment ça marche concrètement ?

Eolas:
On a plusieurs possibilités. Si on peut être aux deux (audiences dans deux chambres d'un même tribunal), on fait retenir l'affaire en prévenant le confrère : je ne pourrai être là avant seize heures, mais je viendrai, merci de retenir l'affaire pour la fin de l'audience.
Si c'est impossible et que l'une des affaires est simple, on s'y fait substituer par un confrère qui plaidera pour nous.
Si le dossier est complexe ou que le client exige que ce soit nous qui le plaidions, il faut alors demander au président un renvoi de l'affaire à une date ultérieure. Le président n'est pas obligé, il faut lui donner une bonne raison. Sont toujours considérées comme de bonnes raisons : une audience de cour d'assises, qui ne se déplace pas aisément. Une audience de comparution immédiate ou une mise en examen, la liberté étant en jeu. S'agissant de reconduites à la frontières, je n'ai pas trop de difficultés non plus, les magistrats sachant que les délais y sont très courts (délai d'appel : 24 heures pour les maintiens en rétention, par exemple).

10. Le dimanche 17 février 2008 à 12:17 par didier Schneider

les lapins de garennes n'appartenant à personne, ils sont 'res nullius'.

Eolas:
Pas du tout. Ce sont des immeubles par destination : ils sont attachés au fonds où ils vivent, et propriété du propriétaire du fonds.

11. Le dimanche 17 février 2008 à 12:38 par Juge

Article 524 du code civil (le plus bucolique de tous...):
Les animaux et les objets que le propriétaire d'un fonds y a placés pour le service et l'exploitation de ce fonds sont immeubles par destination.
Ainsi, sont immeubles par destination, quand ils ont été placés par le propriétaire pour le service et l'exploitation du fonds :
-Les animaux attachés à la culture ;
-Les ustensiles aratoires ;
-Les semences données aux fermiers ou colons partiaires ;
-Les pigeons des colombiers ;
-Les lapins des garennes ;
-Les ruches à miel ;
-Les poissons des eaux non visées à l'article 402 du code rural et des plans d'eau visés aux articles 432 et 433 du même code ;
-Les pressoirs, chaudières, alambics, cuves et tonnes ;
-Les ustensiles nécessaires à l'exploitation des forges, papeteries et autres usines ;
-Les pailles et engrais.
Sont aussi immeubles par destination tous effets mobiliers que le propriétaire a attachés au fonds à perpétuelle demeure.

12. Le dimanche 17 février 2008 à 12:49 par Major MacLambert

Je suppose que, tels des psychiatres procédant au transfert pour mieux comprendre leurs clients afin de les soigner, le rôle de tous les acteurs de la Justice (qu'ils soient avocats ou juges) est de se mettre dans la peau des protagonistes demandant Justice (qu'ils soient victimes ou présumés innocents) ? ... Non ?

(rhô quelle perche...)

En tout cas, j'adore ce billet. Merci ! Le rêve fait partie de la vie, juste de l'autre côté de la barrière de la conscience.

13. Le dimanche 17 février 2008 à 13:41 par kara


Billet très plaisant à lire.

Etonnant de voir que les avocats sont là pour aider leurs clients et que, au final, ce sont les clients qui n'aident parfois pas leur avocat par leur comportement.

Sinon, je crois voir des petites fautes dans cette phrase, sûrement du à la publication trop hâtive ; « Il doit voir un moi un grand ami des délinquants, un empêcheur d'arrêter en rond ».(ligne 7).

PS : ce commentaire ne s’autodétruisant pas à la suite de la correction, merci de le supprimer…

14. Le dimanche 17 février 2008 à 13:44 par Julien

@Garenne :
"Il doit voir un moi un grand ami des délinquants"

Ne serait-ce plutôt "EN moi" ?

Merci pour ce billet très bien écrit.

15. Le dimanche 17 février 2008 à 13:50 par Véronique

" Le rêve fait partie de la vie, juste de l'autre côté de la barrière de la conscience."

écrit le Major MacLambert.

" Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l’image de la mort ; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l’instant précis où le moi, sous une autre forme, continue l’œuvre de l’existence. C’est un souterrain vague qui s’éclaire peu à peu, et où se dégagent de l’ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres : le monde des Esprits s’ouvre pour nous."

Premier paragraphe de "Aurélia" de G. de Nerval

Euh...C'est là qu'on se rend compte de la toute puissance de...la littérature.

16. Le dimanche 17 février 2008 à 14:19 par Major MacLambert

@Véronique, #15

Merci pour cette très belle citation, qui finalement abonde dans mon sens : je n'ai jamais dit que la barrière dont je parle se situait en bordure de la Conscience ; pour ma part je pense qu'on passe juste de l'autre côté de cette "barrière", quel que soit le nom qu'on lui donne et où qu'elle soit, mais à l'intérieur de la Conscience. Pour moi le rêve fait partie de soi, car le rêve est indispensable (tous les scientifiques et experts qu'on peut trouver sur les neurosciences s'accordent pour dire que le rêve aide à construire notre être, entre autres choses).

Ce thème de la conscience et de la réalisation de soi me touche énormément, je ne sais pas (ne pense pas) que le but de ce blog soit de faire un débat de fond mais plutôt de réagir à des thématiques proposées par le Maître des Lieux.
Si le débat de fond est permis, j'ai deux-trois thèmes de société (pas forcément d'actualité) que je souhaite voir abordés sous l'angle du droit, mais c'est beaucoup demandé... Je laisse Maître Eolas trancher (publiquement ou en privé, puisque mon adresse mail est indiqué). Car même si cela serait sans nul doute passionnant, ça risque d'être un peu trop passionné...

En attendant, merci pour ces moments de lecture passionnants, qu'ils soient dans les billets ou les commentaires.

17. Le dimanche 17 février 2008 à 15:26 par Véronique

@ Major MacLambert

Mon intention n'était pas d'engager une discussion sur la conscience et le rêve.

Votre phrase m'a immédiatement renvoyée à G. de Nerval, poète précurseur à la fois de M. Proust et des surréalistes.

Maintenant qu'un juge cauchemarde en se rêvant avocat en dit long sur ce juge...

...Mais non, je plaisante...

" Ma robe n'est pas celle d'un avocat, et mes contraintes ne sont pas les mêmes. Je n'ai pas de clients mécontents à gérer, je n'ai en face de moi "que" des justiciables. "

Voilà, ce qui pour moi pourrait être le fond d’un débat du billet. Mais je n'ai pas l'outillage théorique suffisant pour m'y engager. C'est juste de l'ordre de l'intuition.

La robe.

Savez-vous que Maurice Sachs, un des très grands maudits de la littérature est devenu prêtre trois mois.

Simplement... parce qu'il voulait porter une robe.

18. Le dimanche 17 février 2008 à 16:16 par Marie Laure Fouché

@ Schmorgluck (9)

Dans le cas de deux audiences en même temps :

- Si elles sont dans le même bâtiment, qu'aucune ne doit durer trop longtemps : on écrit un petit mot au juge d'une des deux pour lui demander poliment de nous attendre (on demande la retenue de l'affaire). Dangereux s'il n'y a qu'une seule affaire prévue ; jouable si on est nombreux et que les confrères adverses dans votre affaire ne s'y opposent pas. Mais souvent les juges n'aiment pas trop.

- Si on ne peut pas faire comme indiqué précédemment : on tente de faire reporter la moins grave des deux à plus tard.

Dans tous les cas on prie pour que tout marche bien.

19. Le dimanche 17 février 2008 à 18:27 par Xuelynom

@Isaure: uh? c'est un article de Gascogne, que vient faire Eolas là dedans?

20. Le dimanche 17 février 2008 à 19:04 par hoshiko

Hi hi! Très bon billet, cher Gascogne!
Serait-ce vraiment un cauchemar pour vous d'être à la place d'Eolas?

Mordiu! M'agrada fòrça lo vostre Troll Detector! Es lo vostre dessenh o lo d'Eolas?
Potons de Tolosa a vos e la vostra grafièra de dona ;-)

Gascogne :
Lo d'Eolas...mercés e potouns tanben.

21. Le dimanche 17 février 2008 à 19:14 par Mani

Leurs propres reflets dans l'eau
Effraient
Les lucioles

Den Sutejo

Gascogne :
Merci, j'adore les haïku. En japonais, ça donne quoi ?

22. Le dimanche 17 février 2008 à 20:15 par Opéra

"Audience au tribunal d'instance. (...) Je passe dans les derniers, l'ordre protocolaire voulant que passent en premier les confrères extérieurs, puis le bâtonnier en exercice, puis les anciens bâtonniers, puis les avocats dans l'ordre d'ancienneté d'inscription au barreau. "


Ca, c'est purement théorique,

En réalité dans certains TI, c'est dans l'ordre d'arrivée devant la porte de la salle d'audience ou devant le greffier qui sort votre dossie selon votre place d'arrivée.....devant lui (ex. Rosny sous Bois).
Bonjour la course !

Dans d'autres, le magistrat suit la liste des affaires inscrites au rôle par leur n°de RG croissant: c'est une affaire de chance selon où vous êtes placé, étant précisé que les affaires anciennes qui viennent sur renvoi passent dans les premières.

Reste qu'à chaque fois, un Confrère venant de loin passe en premier en raison de l'éloignement. Quant aux bâtoniers et Ex Bat', cela fait longtemps qu'ils ne vont plus dans les TI (pas assez bien pour eux, ils envoient les jeunes de leur cabinet étrenner leur robe) et puis ils ont bien mieux faire.......

Chaque TI fait peu ou prou ce qu'il désire en la matière. Et heureusement que l'ancienneté d'inscription au barreau ne prime pas !

Gascogne :
Rosny, c'est pas en Gascogne, et croyez bien qu'ici, ça rigole pas, avec ED aux manettes...

23. Le dimanche 17 février 2008 à 21:01 par JR

Merci Gascogne !
J'adore ces histoires de potins, c'est si jouissif à écouter, ça apaise ma solitude, je vous lis avec le plus grand intérêt !

Quand comprendront-ils qu'il est dans leur intérêt de ne pas me mentir ?
=> Le jour où ils accepteront de reconnaître et d'assumer leurs fautes avec honneur, sans chercher à baiser le système
(Autrement dit : jamais)

"une prestation compensatoire à un conseiller prud'homal, il risque de mal le prendre."
=> MDR ! A tenter !! Ca pourrait marcher s'il est crevé, en fin de semaine...

"Par contre, sa famille, qui attend dehors, et beaucoup moins réceptive à mes explications. Je passe encore un mauvais moment."
=> C'est bien connu, la police, ça sert à arrêter les gens, les avocats à les faire libérer.
S'il n'est pas libre, c'est que vous êtes incompétent. Simple non ? Le client est roi après tout. ^^

"Monsieur fait visiblement un concours du plus grand porteur de piercings et de tatouages."
=> BIG LOL ! Le droit et la médecine ont des racines communes, celles de la bizarrerie humaine...

"ils ont tous les fusils qu'il faut à la maison. Ca promet."
=> Le juge risque de fort bien prendre cet état de fait, en effet...

"Je me sens récipiendaire de toutes les détresses humaines."
=> ALLELUIA ! Je ne suis pas seul !

"Le président se bidonne"
=> C'est la solution, ça, tentez l'ENM... Non ? C'est pire d'être juge qu'avocat ?

"mais n'est-ce pas l'abandonner un peu ?"
=> Lorsqu'un boulet devient trop lourd, il faut savoir le larguer pour ne pas couler avec.
Mieux vaut lui que vous. C'est une des dures réalités de ce monde qui choque le plus lorsque l'on débarque en médecine plein d'espoirs idéalistes...

Votre vie à l'air d'être un véritable enfer.

Avez-vous essayé la cock pour tenir ? ^^

Gascogne :
Un pet d'armagnac, et ça repart.

24. Le dimanche 17 février 2008 à 21:08 par Irma Pottier

Gascogne, en robe de magistrat avec un chapeau et des bottes de mousquetaire poursuit une rapière à la main un Troll qui s'enfuit effrayé ; Un texte 'Commentaire modéré par troll détector(tm)' surplombe l'image.

25. Le dimanche 17 février 2008 à 21:28 par humstel

Vous êtes médecin, JR (22) ? (Je vous cite : "C'est une des dures réalités de ce monde qui choque le plus lorsque l'on débarque en médecine plein d'espoirs idéalistes...") Qu'avez-vous pensé de la maladie de Sachs ?

Sympathique billet, sinon. Y a-t-il un commissaire dans les petits papiers du maître des lieux qui pourrait nous faire un compte rendu similaire de sa journée ? Voire, en continuant de jouer à vivre sa vie, qui prendrait la place de Gascogne, alors que Me Eolas prendrait la place d'un OPJ (et la paye qui va avec :)).

Bon retour en semaine.

26. Le dimanche 17 février 2008 à 21:40 par justiciable

beaucoup ri comme d'habitude.

client d'avocat et frére de juge, aussi ex de juge je serais intéressé par la débat : quel est le boulot le plus dur ?

parceque bien sur il n'y a pas de réponse simple ....

sinon l'ENM c'est plus ce que c'était l'enquéte de moralité laisse à désirer , et ca c'est tout le monde judiciaire qui en paye aujourd'hui les conséquences .....

Gascogne :
C'est pour votre frère ou votre ex que l'enquête a laissé à désirer ?

27. Le dimanche 17 février 2008 à 22:02 par JR

@Irma Pottier - 23
Il en a vu d'autre dans sa vie de juge, et il en verra d'autres, je ne pense pas que mon franc parler d'ours mal léché fera fuir Gascogne...

@humstel - 24
Etudiant en médecine, futur interne en préparation de l'internat.

J'ai bien aimé la Maladie de Sachs, elle illustre plutôt bien la difficulté que l'on a à porter le poids de ce que l'on voit, et la fin est plutôt ensoleillée.
A la fin, il trouve une femme, il trouve un équillibre et apprend à ne pas se faire consumer par son travail, il s'est finalement "remis" de la Maladie de la médecine. Il en gardera des cicatrices, mais il s'en est sorti.
J'ai trouvé ce livre humain et instructif, je le conseil.
On comprends bien pourquoi les médecins ont le taux de suicide le plus élevé.

Dans le même genre, il y a Blouse, de Antoine Sénanque, mais ce livre là est cynique et déprimant, il ne finit pas en rayon de soleil comme la Maladie de Sachs, c'est une descente aux Enfers, à lire avec beaucoup de recul, car lui n'a pas réussit à en prendre, semble-t-il. Ce livre fait un peu peur parfois.

Sinon je pense que tous les gens qui ont des métiers "au contact de la populace" pourraient raconter ce genre d'histoires.
Avocats, Juges, Policiers, Pompiers, Infirmiers, Aides soignants, médecins, Commerciaux (restauration), etc.
Tout le monde rencontre son lot d'étrangetés.

Je pourrais raconter une journée typique aux urgences, mais le billets serait très long, et puis je ne veux pas voler la vedette à notre cher Gascogne ^^

28. Le dimanche 17 février 2008 à 22:13 par Kerri

en un jour, vous plaidez devant le juge d'instruction, il saisit le jld, et il y a une audience devant le jld? ça me semble rapide non: le jld n'a t-il pas des dossiers "prévus" à l'avance?

Gascogne :
Le JLD peut être saisi tout de suite après la mise en examen, c'est à dire concrètement dans les minutes qui suivent, ou pour un renouvellement de mandat de dépôt, et là, c'est effectivement prévu à l'avance.

29. Le dimanche 17 février 2008 à 22:16 par Gwenwed

@ JR : "Le droit et la médecine ont des racines communes, celles de la bizarrerie humaine..."

C'est sans doute pour cela que le premier est appeler à traiter de cas qui devraient plutôt relever de la seconde. :o)

30. Le dimanche 17 février 2008 à 22:31 par didier Schneider

"une prestation compensatoire à un conseiller prud'homal, il risque de mal le prendre."
=> MDR ! A tenter !! Ca pourrait marcher s'il est crevé, en fin de semaine..."

Non : les conseillers prud'homaux sont quatre en audience. Et ils ne siègent pas tous les jours. Mais comme le CPH est souvent le bétisier de la justice, si vous tombez sur un président d'audience tout nouveau pas formé sans épaisseur de caractère ( certains s'y connaissent en droit autant que Gascogne sur la vie de Britney Spears ) , il ne bronchera pas et notera gentiment.
Tout plus, vous fera t il remarquer que cela n'était pas inscrit dans les demandes initiales déposées au greffe.

Gascogne :
Même pas vrai : je sais qu'elle est allée en hôpital spychiatrique, comme qui disent.

31. Le dimanche 17 février 2008 à 22:40 par Clad

Absolument rien a voir avec le contenu du billet, mais j'adore la derniere vignette "troll detector".

Gascogne :
Remerciez Eolas, qui ne se contente pas d'être doué en droit, mais en plus est doué en dessin (c'qui peut m'énerver, des fois...). Je crois d'ailleurs qu'il en prépare pour les autres coloc'.

32. Le dimanche 17 février 2008 à 23:57 par RG

Excellent le Troll Detector©, il y a même les bottes:
www.songe.fr/weblog/index...

Toutefois je n'ai jamais entendu prononcer "mordiou" dans les marchés du Gers, c'est du langage juridique peut-être ;)

33. Le lundi 18 février 2008 à 00:16 par PEB

@27. D'après ce que j'en sais et sans trahir de secret, c'est le cas aussi chez les inspecteurs des impôts, surtout s'ils sont vérificateurs ou enquêteurs. Les centres des impôts sont aussi une vigie de la vie économique et sociale de leur ressort, un peu comme les tribunaux mais dans un autre genre.

34. Le lundi 18 février 2008 à 02:22 par Stellar

J'ai aussi apprécié le Troll détector. Au début, je me suis dit qu'il avait changé, puis j'ai compris la personnalisation en fonction de l'auteur du billet. Et pour Dadouche, à quoi va-t-il ressembler?

35. Le lundi 18 février 2008 à 02:58 par omadhawn

C'était un rêve pour de vrai de vrai, ou un qu'on peut avoir lors de longues plaidoiries après le déjeuner?

36. Le lundi 18 février 2008 à 08:09 par Véronique

@ JR

" "mais n'est-ce pas l'abandonner un peu ?"
=> Lorsqu'un boulet devient trop lourd, il faut savoir le larguer pour ne pas couler avec.
Mieux vaut lui que vous. C'est une des dures réalités de ce monde qui choque le plus lorsque l'on débarque en médecine plein d'espoirs idéalistes..."

" J'ai bien aimé la Maladie de Sachs, elle illustre plutôt bien la difficulté que l'on a à porter le poids de ce que l'on voit, et la fin est plutôt ensoleillée.
A la fin, il trouve une femme, il trouve un équillibre et apprend à ne pas se faire consumer par son travail, il s'est finalement "remis" de la Maladie de la médecine. Il en gardera des cicatrices, mais il s'en est sorti."

Alors vous aimerez peut-être, sûrement, " Le Passage " (1954) de Jean Reverzy. Un autre écrivain-médecin oublié.

Extrait:

" Fixé dans ma ville, j'étais devenu le médecin d'un quartier malheureux; j'avais accepté ce destin et un horizon de hautes maisons misérables. Des infiniment pauvres, des intouchables puis des ouvriers, des employés chétifs avaient frappé à ma porte: je les avais soignés comme, là-bas, j'eusse soigné les lépreux. Tout le jour, ils venaient s'étendre sur mon divan brûlé par leur fièvre, verni par la sueur de leur angoisses ".

L'avocat, le juge et le médecin...

" La journée s'écoule sous les complaintes. Quelques cas juridiques ou humains intéressants, mais ils ne sont pas majoritaires. Je me sens récipiendaire de toutes les détresses humaines. " (Gascogne)


37. Le lundi 18 février 2008 à 09:47 par Dadouche

@ Stellar

"Et pour Dadouche, à quoi va-t-il ressembler?"

Si la grippe, les stages, les vacances, les défèrements de sauvageons et les jugements en retard m'en laissent le temps, vous le verrez très bientôt. Et, pour "teaser" un peu, j'ajoute que le mien n'est pas d'Eolas...

@ Gascogne
Si c'est pour faire ce genre de cauchemar, je préfère encore ne pas dormir !

38. Le lundi 18 février 2008 à 10:28 par Pierre

Je reconnais bien là la vie des pénalistes que j'ai le plaisir de côtoyer. Ceci dit, j'aimerais quand même comprendre ce qui les pousse à continuer... (j'ai une idée mais j'aimerais qu'ils le disent eux-mêmes).

39. Le lundi 18 février 2008 à 10:46 par FidèlePreskAvocate

Ah que c'était bon de lire ce billet ce matin en arrivant à mon stage en cabinet d'avocat...
Ca me laisse rêveuse...dire que je serais ravie d'accomplir tout cela "dans la vraie vie" dans quelques mois (en espérant tout de même éviter la dispute de garde d'un chien!)

Eolas:
Vous devriez trouver un autre motif de bonheur très bientôt ici même...

40. Le lundi 18 février 2008 à 10:55 par Remy

@justiciable : "aussi ex de juge"
c'est bien de sortir avec une juge? ou c'est comme avec une autre fille, mais avec des travers en plus? (pas de temps à vous consacrer car boulot trop prenant ...)

@gascogne : "C'est pour votre frère ou votre ex que l'enquête a laissé à désirer ?" : je crois que l'enquête de moralité a laissé à désirer à votre chef suprême. Ils ont pas pris en compte les problèmes familiaux. Alors que normalement vous devez avoir une famille qui soit irréprochable.



41. Le lundi 18 février 2008 à 11:53 par Cat

Aura-t-on ou pas une réaction du maître des lieux ou de son invité Gascogne à un des derniers communiqués de presse du syndicat de la magistrature (sans doute un repère de dangereux gauchistes pour se plaindre ainsi de notre bon gouvernement):

www.syndicat-magistrature...

42. Le lundi 18 février 2008 à 13:09 par Cat

PS: Pas sur la position du syndicat en soi, hein, plutôt sur cette utilisation d'une commission rogatoire pour pouvoir ouvrir des tas de procédures annexes sur les étrangers pendant une enquête qui en réalité n'intéresse pas la police. :(

43. Le lundi 18 février 2008 à 13:32 par JR

Je trouve effectivement que le nouveau troll detector a de la gueule.

Qu'en est-il du nouveau "pub moderator ?"

Vous faîtes quand même un drôle de trio, Eolas, Gascogne et Dadouche.
Avocats, Juges, si on compile les rares bribes d'infos personnelles que vous lâchez sur vous, vous semblez avoir plus de la trentaine et pour 2/3 ou les 3 déjà des enfants.

Vous maîtrisez pas mal l'informatique pour des gens nés avant la "keyboard generation"...

Les 3 cyber-mousquetaires du droit son sur maitre-eolas.fr...

Eolas:
Et n'oubliez pas que les trois mousquetaires étaient quatre...

44. Le lundi 18 février 2008 à 13:39 par ASHM

j'ai rêvé que je n'étais pas "supprimé" mais je me réveille et "si ! je le suis, le JO du dimanche me le dit" : c'est le vrai cauchemar de la vraie vie qui continue.

45. Le lundi 18 février 2008 à 13:44 par Lulu

Dimanche: la juge d’instruction que je suis élabore mentalement la liste de tout ce qu’elle va devoir faire pendant la semaine. Le programme serait faisable, si seulement les journées pouvaient durer 30 heures et non pas 24. Surtout que je prends la permanence demain à 9 heures pétantes et que les imprévus ne sont pas exclus, surtout que la substitut de permanence au parquet cette semaine est réputée pour être le chat noir de la juridiction. Dès qu’elle prend la perm, les cadavres s’accumulent et les plaintes pour viols aussi.

Histoire de m’avancer, j’ai pris deux ou trois dossiers à étudier ce week-end, afin de préparer les quelques interrogatoires de la semaine: une mise en examen dans une affaire de bagarre. Les déclarations des témoins et des mis en causes sont contradictoires et confuses, l’alcool qui imbibait tous les protagonistes de ces événements n’a pas contribué à clarifier les différentes versions des faits. Puis une confrontation dans une affaire de moeurs, des faits qui remontent à presque quinze ans, une nièce qui accuse son oncle. Un grand classique. Les déclarations de la victime me semblent crédibles, mais une fois de plus c’est parole contre parole et je sens que l’on s’achemine irrémédiablement vers le non-lieu. Puis une audition de mineur victime (victime de quoi, devinez...) mercredi, le jour des enfants dans mon cabinet. C’est déjà suffisamment pénible pour les loupiots de devoir expliquer une fois de plus ce qu’ils ont vécu, et à un juge en plus, alors j’évite de les convoquer un jour d’école pour qu’ils n’aient pas des explications embarrassantes à fournir à leurs petits camarades. Puis une affaire d’accident du travail, un dossier intéressant. Enfin un interrogatoire de curriculum vitae, truc pas très passionnant s’il en est, mais qui permet de mieux connaître la personnalité du mis en examen dans des affaires criminelles.

Bref, ces quelques dossiers qui s’entassent m’occupent une partie non négligeable du dimanche, pourtant radieux. Mon cher et tendre n'est pas ravi mais il est habitué.

Lundi: Arrivée à huit heures, mon premier réflexe est de brancher la cafetière, sans laquelle je ne pourrais assurément pas tenir toute la semaine. Je jette un coup d’oeil sur une grosse pile dans un coin de mon bureau, ce sont les dossiers qui attendent que je les “sorte” (ordonnance de non-lieu ou de renvoi). Je n’ose pas regarder une autre grosse pile, ce sont les commissions rogatoires qui sont rentrées et que je n’ai pas encore eu le temps de lire. Et que je lirai quand j’aurai le temps, c’est-à-dire pas dans les trois prochains mois. Dans un moment d’incommensurable optimisme, je me dis que je pourrai peut-être faire baisser ces deux piles cette semaine.

Bon. Je prépare une commission d’expertise, un examen psychologique sur une victime dans une affaire de moeurs. Puis je vais moi-même faire les copies des PV que je destine à l’expert. La pénurie de fonctionnaires de greffe est telle qu’une partie non négligeable du temps de travail des magistrats est occupée par des tâches telles que des photocopies. Entre-temps, ma greffière est arrivée. Elle est déprimée, il y a de quoi, les piles sur son bureau sont plus élevées que sur le mien. Son téléphone commence à sonner, ça ne s’arrêtera pas de la journée. Des justiciables qui veulent savoir où en est leur dossier. Des familles de détenus qui veulent savoir comment obtenir un permis de visite. Des avocats qui appellent parce qu’en dépit de multiples demandes, ils n’ont toujours pas la copie du dossier MACHIN. Et des gens qui n’ont rien à voir avec nous mais qui veulent absolument savoir où en est le dossier BIDULE sous prétexte qu’ils sont l’employeur de Monsieur BIDULE. Et qui s’indignent que ma greffière leur oppose le secret de l’instruction.

Mon “client” de 10 heures est là, pour l’affaire de bagarre. Son avocat, commis d’office, aussi. Il vient tout juste d’être désigné et prend une demi-heure pour lire le dossier et s’entretenir avec le jeune homme qui accepte de répondre à mes questions. Sa version des faits diffère notablement de celle de sa garde à vue, mais bon de toute façon, je ne suis plus à quinze versions des faits près. Il a un lourd casier, notamment pour des faits de violences, et surtout deux témoins et un autre mis en cause, plus sobres que les autres, affirment qu’il a été un participant actif de la bagarre. Je le mets en examen et lui annonce d’ors et déjà que nous aurons le plaisir de nous revoir dans les semaines qui viennent, pour une confrontation. Lors de laquelle je tenterai de débrouiller l’écheveau.

Le reste de la matinée est occupé par la lecture du courrier des détenus, par de la paperasserie diverse et par une visite impromptue de la substitut de permanence qui m’annonce une présentation à 14 heures. Super, je ne pense pas que ce sera cette semaine que les piles sur mon bureau baisseront.

J’en suis déjà à trois cafés.

Pause déjeuner avec les collègues. Puis retour au cabinet, pour faire la connaissance de Monsieur TARTEMPION, à l’encontre duquel le parquet a décidé d’ouvrir une information judiciaire. Ça prend un peu de temps, de faire sa connaissance, car on attend l’avocat commis d’office qui est parti voir un gardé à vue puis plaider un dossier aux prud’hommes. Je ne lui en veux pas à l’avocat, il est aussi débordé que moi et comme cela, je peux lire la procédure. Enfin quand tout le monde est prêt (pas avant 16 heures), je commence la première comparution de Monsieur TARTEMPION auquel on reproche des attouchements sur la fille de sa compagne. Un grand classique également. Monsieur TARTEMPION reconnaît les faits mais m’explique le plus sérieusement du monde que la gamine était consentante voire à l’initiative de tout cela (8 ans la gamine); il ne fait visiblement pas attention au fait que son avocate lui écrase discrètement le pied car elle sait bien elle, que les juges n’aiment pas, mais alors pas du tout, ce genre de discours.

Mise en examen, puis placement sous contrôle judiciaire. Pas de saisine du JLD. Ce n’est pas l’envie qui m’en manque, mais Monsieur TARTEMPION n’a aucun antécédent judiciaire, en matières d’agression sexuelles ou autres. Il ira dormir ailleurs que chez sa compagne et de toute façon je ne peux plus invoquer le trouble à l’ordre public pour demander une détention dans une affaire correctionnelle. Et donc, dans une affaire d’agression sexuelle.

Le temps de sortir toute la paperasse, il est déjà 18 heures. Ma greffière s’envole, l’heure sup qu’elle vient de faire ne fait que s’ajouter à de nombreuses autres, qu’elle récupérera Dieu sait quand. Pour ma part, je me plonge dans le dossier du lendemain que je n’ai pas eu le temps de peaufiner. Comme souvent, ce sont les parquetiers et les juges d’instruction qui fermeront le palais.

Mardi: Rebelote. Mais après une nuit difficile car je me suis retournée pendant des heures en me demandant si j’ai bien fait de mettre Monsieur TARTEMPION dehors, s’il ne va pas s’en prendre de nouveau à des petiots, en dépit de l’interdiction que je lui ai signifié de fréquenter les mineurs de moins de quinze ans. Vers 4 heures du matin, j’ai sombré dans un sommeil agité, j’ai rêvé que je comparaissais devant une commission parlementaire et que Monsieur HOUILLON habillé en Grand Inquisiteur me reprochait de ne pas avoir su faire fonctionner ma boule de cristal.

Bon, tout ça pour dire que je n’arrive pas au palais dans une forme éclatante. Et que ce n’est pas encore aujourd’hui que j’entamerai mon sevrage à la caféine. Enfin tout cela me donne un air rogue qui doit faire peur à tout le monde, avocats compris. Tant mieux, on ne me dérangera pas pour des broutilles.

Ma confrontation de 10 heures entre la nièce et son tonton se passe dans une ambiance tendue, comme souvent en pareil cas. Et chacun campe sur ses positions, comme souvent en pareil cas. Mon souci majeur dans de telles circonstances est d’éviter que les gens en viennent aux mains, ce qui serait pourtant très facile car mon bureau n'est pas très grand et que les parties et les avocats sont serrés comme des sardines, en face de moi. Deux mètres à peine (mais deux avocats) séparent le mis en examen de la partie civile. Mais la confrontation s’achève sans incident.

Je passe le reste de la journée à peaufiner une ordonnance de mise en accusation. Il ne faut pas que le dossier traîne, le mis en examen est en détention provisoire depuis près d’un an. Et il attendra probablement plus de six mois sa comparution devant la Cour d’assises. Vers 16 heures, je reçois la visite de la substitut de perm avec deux OPJ, des gendarmes de la B.R. locale (brigade des recherches). Je les salue chaleureusement, c’est l’avantage des petites et moyennes juridictions, on finit par bien connaître les gendarmes et policiers avec lesquels on bosse. Le parquet m’ouvre une information judiciaire pour trafic de stups, après lecture rapide des PV et quelques explications complémentaires, je délivre une CR (commission rogatoire) générale et une CR aux fins d’écoute téléphonique aux gendarmes, qui repartent prestement pour mettre en place cette écoute. Il s’agit, une fois de plus, d’un trafic d’héroine, J’ai été surprise, à mon arrivée dans cette juridiction, de l’importance des trafics de drogues dites dures alors que le secteur est plutôt rural.

Enfin, cela fait un dossier de plus. Pas grave, j’en ai déjà plus de 90.

Je reçois justement un coup de fil du commissariat local qui m’annonce qu’il souhaite procéder à des interpellations le lendemain dans le cadre d’une de mes commission rogatoires, pour trafic de stupéfiants. J’ai bien autre chose à faire cette semaine et les policiers aussi mais voilà, le brave toutou stups, qui a un emploi du temps de ministre, n’est disponible que demain mercredi. Va pour demain, donc.

Mercredi: Coup de fil du commissariat aux aurores pour confirmer les placements en garde à vue annoncés.

10 heures. Comme à chaque fois qu’un mineur vient pour audition dans mon cabinet, je deviens Steven Spielberg. C’est-à-dire que je me débats avec la webcam, pour m’assurer que l’audition sera filmée. Je ne vois pas très bien l’intérêt du truc, puisque personne ne visionne ces enregistrements et que l’audition fait l’objet d’un PV de retranscription mais en bon petit soldat, je me plie à la procédure. Pour une fois, je n’ai pas oublié le mot de passe et je n’ai pas fait buggé l’enregistrement, je suis en progrès. Sauf qu’à la fin de l’audition, je n’arrive pas à enregistrer l’audition sur le DVD prévu à cet effet, sous l’oeil goguenard de l’avocat du gamin (mes mésaventures avec cette caméra sont devenues célèbres dans le barreau local). Zut alors. Tant pis, je verrai ça plus tard avec notre correspondant informatique.

A part ça, l’audition ne se passe pas trop mal, le loupiot est stressé au début puis se détend quand il se rend compte que la juge n’est pas un monstre à sang froid (avec ce qu’il entend à la télé sur les juges..).

Le soir, je joue les prolongations et file au commissariat pour prolonger les gardes à vue de ceux qui ont été interpellés le matin-même dans mon affaire de stups. Pas besoin d’être grand clerc pour se rendre compte qu’ils sont tous toxicomanes et que les quelques bénéfices qu’ils ont pu faire dans ce trafic ont été engloutis dans leur consommation de poudre. En tout état de cause, il y a encore des choses à creuser et je leur indique à tous qu’ils vont encore passer 24 heures chez leurs amis policiers.

Jeudi: je passe la matinée avec un cadre dirigeant de l’entreprise dans laquelle est survenu un grave accident du travail. Audition très longue et très technique, comme presque toujours dans ce genre de dossier. Et comme presque toujours, ledit cadre ne comprend pas très bien ce qu’il fait dans mon cabinet. S’il y a eu des erreurs et des dysfonctionnements, me dit-il en substance, ils ne me sont pas imputables. Ils sont du fait de l’entreprise ou d’autres salariés.

Ses réponses à mes questions sont satisfaisantes et son avocat fait quelques observations pertinentes. Et puis aussi, cette affaire se situe dans le cadre de la loi du 10 juillet 2000 et de l’article 121-3 du Code pénal, qui m’indique en substance que je dois rechercher si le salarié a commis une faute caractérisée. Ce qui ne me semble finalement pas le cas en l’espèce. Je décide donc de placer ce cadre sous statut de témoin assisté, plutôt que de le mettre en examen.

Je devine déjà que cette décision ne plaira pas à la victime mais je ne peux pas mettre en examen quelqu’un juste pour lui faire plaisir. C’est en tout cas ce que je lui expliquerai quand je la rencontrerai.

Le reste de la journée se déroule dans la même frénésie que d’habitude. La brigade de gendarmerie de TROUFIGNY LES OIES m’appelle pour m’indiquer que Monsieur NARIENCOMPRIS, mis en examen pour violences conjugales, est retourné vivre chez sa femme. En dépit de son contrôle judiciaire qui le lui interdit. Et que manifestement, les baffes pleuvent à nouveau. Je ne suis pas ravie: j’avais déjà rappelé à l’ordre Monsieur NARIENCOMPRIS il y a quelques mois. Je délivre donc un mandat d’amener pour que les pandores m’amènent Monsieur NARIENCOMPRIS à la première heure demain.

Une fois de plus, je termine la soirée au commissariat pour prolonger les gardes à vue de mes présumés dealers-toxicomanes. J’en ai fait relâcher entre-temps et après lecture des PV, je décide finalement de m’en faire présenter un le lendemain, le plus impliqué.

Vendredi: Je n’ai plus de dosettes pour ma machine à expresso. Je suis donc de TRES, TRES mauvaise humeur.

J’interroge brièvement Monsieur NARIENCOMPRIS qui me dit en gros, qu’il a bien le droit de faire ce qu’il veut, d’aller où il veut si ça le chante, y compris chez sa femme. Je lui indique que dans ces conditions, je peux bien saisir le JLD pour révocation de son CJ si ça me chante aussi. Ce que je fais.

Un peu plus tard, je mets en examen mon “stupeux” que je place sous contrôle judiciaire. L’enquête est quasiment terminée, c’est avant tout un consommateur, une détention provisoire ne se justifie pas à mon avis. Je sens bien que les policiers ne sont pas contents. Mais quand comprendront-ils qu’il y a des critères à respecter pour placer quelqu’un en détention provisoire? Et que la réussite d’une enquête ne dépend pas du nombre de mandats de dépôts prononcés?

Dans la foulée, je procède à l’interrogatoire de CV de Monsieur TRUCMUCHE qui répond à mes questions sur sa vie, son oeuvre. Comme Monsieur TRUCMUCHE a eu une vie sentimentale et professionnelle agitée, je vais devoir envoyer des CR aux quatre coins de la France pour vérifier ses déclarations. Misère...

Et pendant ce temps-là, les piles n’ont pas baissées.. Des commission rogatoires sont rentrées, que je n’ai pas lues, des expertises sont rentrées, que je n’ai pas lues. J’ai 150 personnes à rappeler, ma greffière a fait barrage tant qu’elle a pu.

Pourtant ce vendredi-soir, c’est décidé, je m’autorise un extra, je quitte le palais à 17 heures 30. Non sans m’être assuré auprès du parquetier de permanence qu’à priori, le week-end sera calme. Et que je ne devrai pas m’être en examen un Monsieur TARTEMPION bis à 8 heures dimanche matin. Deux jours de relâche ou presque. Il faut bien en profiter: de toute façon ce sera tout pareil la semaine prochaine....


46. Le lundi 18 février 2008 à 13:48 par tschok

Ce n'est pas qu'un cauchemar, il y a aussi des à cotés sympas, comme par exemple quand le client jugé en appel pour ILS vous paye en espèces à la porte de la cour, les billets encore pliés à la façon des dealers, sous le regard blasé d'un gendarme.

Cerise sur le gâteau: quand il vous demande de compter les biftons because les menottes le gênent.

Eolas:
Si votre client a des menottes, c'est qu'il est détenu. Il est donc fouillé à plusieurs reprises depuis son extraction de la maison d'arrêt. Donc, si le gendarme a un drôle de regard, ce n'est pas blasé mais écoeuré, car il n'y a qu'un seul endroit d'où votre client a pu sortir ces billets (d'où leur pliage), faisant mentir l'adage "l'argent n'a pas d'odeur".

47. Le lundi 18 février 2008 à 15:01 par deilema

merci Gascogne et Lulu pour ces témoignages tellement "vrais" et vivants.

48. Le lundi 18 février 2008 à 15:21 par arki de la paso

Pour faire suite au commentaire 31 sur la graphie, et en totale admiration (toute littéraro-tranchedevie'esque) avec le post de Gascogne et de Lulu, j'me dis "pourquoi pas".
Oui, pourquoi pas ?

A l'image (le mot est choisi) de Martin Vidberg (1), quand donc aurons nous les chroniques du palais, imprimables, exportables, vendables, offrables, discutables et enfin "petitcoinysable" (action de lire à l'endroit susdit) ? Il ne m'a pas échappé que les liens du Maitre des lieux mènent chez Boulet ; un dessinateur roi en son pays des blogs. Ce lien trahi soit un intérêt certain pour le genre, soit une sombre affaire d'arrivisme, habituelle dans la blogosphère.

Bref - en un mot comme en cent : dessin :D

et puisque toute fan-attitude ne se passera jamais de bons salamalecs, je tiens à remercier Lulu(2) et Gascogne pour ces récits qui n'est pas sans me rappeler, parfois, Madame Bovary (avec tous les contre-pieds possibles)

(1) www.bulledair.com/everlan...
(2) il existe un site internet sur lequel il est possible de commander tous types de recharges-dosettes ; les commandes se font en grosses quantités, mais à plusieurs acheteurs, le tout est vraiment très raisonnable.

49. Le lundi 18 février 2008 à 15:33 par didier Schneider

"Pas du tout. Ce sont des immeubles par destination : ils sont attachés au fonds où ils vivent, et propriété du propriétaire du fonds."

Les lapins de garenne étant par définition des animaux sauvages, ( fr.wikipedia.org/wiki/Lap... ) , ils ne sont pas des animaux domestiques.

Prenons le cas d'un sanglier sauvage. Vous roulez en pleine campagne, vous le percutez. Demandez à votre assureur : vous ne pouvez vous retourner contre personne, car il n'y a pas de responsable civil, au sens 1382 & 1383 du Cciv.


1 Cour de cassation , chambre sociale , Audience publique du vendredi 4 novembre 1966 .
2 N° de pourvoi : 72-92146
3 N° de pourvoi : 84-13748

"les animaux reconnus comme appartenant à une espèce sauvage, même nés et élevés en captivité, redeviennent " res nullius " dès qu'ils recouvrent la liberté, que ce soit avec ou contre le gré de leur propriétaire"

50. Le lundi 18 février 2008 à 15:41 par champagne

merci lulu (#45) pour ce post passionnant ;)

51. Le lundi 18 février 2008 à 17:46 par Ed

@ Gascogne :

Je connais des ours mal léchés qui font les malins à faire des billets mettant en scène les copains, mais qui sont quand même bien contents de trouver des vice-présidents blanchissants pour regarder des matches de rugby sur les chaînes cryptées, et qui ne refusent pas de se désaltérer avec des produits issus de la nation ayant récemment perdu au stade de France....

52. Le lundi 18 février 2008 à 18:15 par tschok

@ Gascogne

En fait, il s'était fait passer les billets par un membre de sa famille, alors qu'il était déjà au palais de justice, dans les dépendances de la cour, où il était momentanément "stocké" pour une raison que j'ignore complètement.

L'escorte de gendarmes, bienveillante, a laissé faire.

Vous me direz: si un membre de sa famille était là, il aurait pu me les donner directement, les biftons.

Eh ben non, car ce membre était également complice dans l'affaire qui allait être jugée...

Il comparaissait libre avec une très forte probabilité de mandat de dépôt à l'audience.

En clair: je me suis fait remettre des honoraires financés à l'aide de fonds provenant d'un trafic prohibé, par un client sur le point de prendre la fuite, pour payer la défense d'un autre client détenu, le tout dans l'enceinte de la cour d'appel.

Sur le coup, pas une goutte de sueur n'a perlé de mon front, pour une raison très simple: naïf collaborateur d'un avocat pénaliste, j'ignorais tout de ce que je viens de vous raconter.

Je ne l'ai su qu'après...

Quand j'ai demandé à mon patron pourquoi il ne m'avait rien dit, il m'a répondu que pour le faire, il fallait que je sois innocent, donc que je ne sois pas informé...

53. Le lundi 18 février 2008 à 19:53 par Lulu

à Arki de la Paso (48);

Merci du conseil; à l'avenir, je n'aurai plus besoin de cambrioler les bureaux de mes collègues juges des enfants qui ont des stcoks ahurissants de dosettes et qui ont commis l'imprudence de me confier leurs clés.

54. Le lundi 18 février 2008 à 23:30 par OuvreBoîte

A la lecture du commentaire ce dessus de tschok, une question me vient : un avocat est-il sensé se préoccuper de l'origine des fonds qui lui sont versés au titre de ses honoraires ? Sachant qu'il est occasionnellement amené à représenter des justiciables qui ont effectivement quelques petites choses à se reprocher, l'avocat peut-il par exemple devoir renoncer à un règlement (pour des raisons légales, déontologiques ou bactériologiques comme suggéré plus haut par Me Eolas), s'il sait avec certitude que l'argent provient des revenus d'une activité commerciale de proximité mal vue par la maréchaussée ?

Eolas:
Oui, absolument. Sinon il se rendrait coupable du délit de blanchiment. Entre nous, accepter des liasses de billets de 500 d'un dealer notoire ou d'un braqueur, il faut être idiot. Je ne dis pas que certains collègues ne soient pas à ce sujet d'une...disons naïveté confondante. Leur carrière connaît généralement une fin prématurée.

55. Le mardi 19 février 2008 à 16:05 par Gwenwed

Que de détails insoupçonnés dans ces professions que l'on croit connaître pour les cotoyer tous les jours !

Je vous narrerais bien ma vie de greffier en chef, mais je crains de n'avoir pas la plume de Lulu ou Gascogne...

Eolas:
Un greffier en chef, ne pas avoir de plume ? Je ne peux y croire. Ce serait aussi étonnant qu'un greffe avec du matériel informatique récent.

56. Le mardi 19 février 2008 à 16:42 par Dedale

@ propos de 54 et de la réponse de Maitre Eolas. Il y a quelque chose que je ne comprends pas, comment un dealer ou un braqueur, qui n'a pas d'autre profession peut-il régler ces honoraires ? Sont-ils obligés de passer par un commis d'office ? Je ne connais pas du tout le droit français, mais en Angleterre, la seule contrainte concernant le blanchiment d'argent étant que les sommes reçus soient déclarées et d'être en possession de tous les documents légaux spécifiant l'identité précise du payeur. Tant que vous fournissez ces documents avec spontanéité aux autorités demanderesses, votre responsabilité ne pourra jamais être mise en cause.

Eolas:
Il a de la famille ou des amis qui peuvent vous faire un chèque, votre dealer / braqueur.

57. Le mardi 19 février 2008 à 18:37 par justiciable

à Gwended : La vie d'un Greffier en chef, ce serait très intéressant pour tout le monde. Au boulot !

58. Le mercredi 20 février 2008 à 12:00 par Siskotte

@la réponse de Me Eolas en 55 : hey ! dans certains greffes, nous possédons des écrans plats ! (c'est très joli les programmes MS-DOS sur écran plat d'ailleurs)

59. Le jeudi 21 février 2008 à 01:11 par Mani

@Gascogne :

Cela donne un truc du style (selon les indications du sensei Abitbol - version longue) :

"Bonke abantu bazalwa bekhululekile belingana ngesithunzi nangamalungelo.
Bahlanganiswe wumcabango nangunembeza futhi kufanele baphathane ngomoya wobunye."

60. Le samedi 23 février 2008 à 16:37 par This Charming Man

@33

Exact. Mon frangin est inspecteur des impôts. En tant que vérificateur, il est amené à rencontrer des gens de tous les milieux et de toute catégorie socio-professionnelle. A côté des mes ragots de jeune avocaillon, les siens sont à se tordre. Particulièrement ceux concernant d'autres confrères...Hihihihi. Mais chut! Secret professionnel!

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