Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Vous en reprendrez bien une petite part ?

Deux derniers (?) témoignages viennent se joindre à la liste : un juge administratif et un directeur de prison suisse viennent apporter leur témoignage pour montrer qu'ailleurs, ça ne se passe pas très bien non plus. je ne sais s'il faut en tirer une consolation. Billets ci-dessous.

Commentaires

1. Le dimanche 26 octobre 2008 à 18:07 par Barjazid

Fascinant.

je suis tombé sur ce blog il y a une semaine, et j'ai lu et relu, me plongeant dans des archives toujours plus profondes.

Je n'ai aucun lien avec la justice, c'est une simple curiosité qui m'a poussé ici, le hasard d'une "pause-tiens-si-je-glandais-sur-le-net". J'en ai vu bien plus que ce que j'aurais aimé.

Comment dire ? D'un milieu modeste, je n'ai jamais eu affaire avec la criminalité, le business, je m'en sors bien. Pourtant, il y a une chose qui reste, et rien n'y fait. Je ne veux pas de flic ni de juge dans ma vie. Jamais je ne porterai plainte, jamais je n'appelerai les flics. C'est une illusion, bien sur, je sais bien que si un jour il y a lieu, vraiment, je le ferai. Mais non, je ne veux pas de ça. Les delais, les incompréhension, le manque de personnel, on le connait, tous les échos qu'on a de la justice nous l'ont appris, meme de loin. "On sait comment ça se passe". Alors, même lorsqu'on n'a rien à se repprocher, meme lorsqu'on a le sentiment d'etre dans son droit, qu'on devrait réclamer (droit du travail, de voisinnage, violence...), on n'en veut pas. On s'adapte, on s'arrange. Bien sur, il y a des rapports de force, mais de la négociation, et, surtout, surtout, pas de vagues. Laissons la justice en dehors de tout nos affaires. Combien de fois j'ai vu des gens lésés, volés, blessés rigoler quand on leur parlait de porter la chose en justice.

Est ce qu'on a assez dit que le manque de confiance de nombreux citoyens envers la justice renforce et soutient la délinquance ? Un discours sur "intolérance zero" ne compense pas l'impression de ne pas etre écouté, le fait de savoir qu'une confrontation aura lieu dans 6 mois et un jugement dans 2 ans, pour "une broutille". L'impunité est dans le renoncement à la Justice. (en lisant les témoignages, je me console en disant que j'aide à limiter la surcharge de travail des juges, ne me remerciez pas, c'est de bon coeur)

J'admire le courage de ceux qui paticipent à la justice, qui y croient et surtout qui essaient de nous aider à y croire. Je n'ai pas envie d'etre dur avec eux. C'est émouvant parfois de vior comme ils font ce qu'ils peuvent. Ca me donne envie d'avoir confiance en eux. J'aimerais vraiment. Je suis sur que la société s'en porterait mieux si on y arrivait.

merc Eolas pour les articles, et pour la publication des derniers témoignages.

(hum, je crois que j'ai été un peu plus long que prévu :/)

2. Le dimanche 26 octobre 2008 à 19:51 par El Re

Formidable ! excellent billet qui exprime exactement mon sentiment.

Je suis dans la même situation - jamais eu affaire à la justice. Si tout le monde était comme moi, les juges se la couleraient douce. Comme vous l'écrivez, personne autour de moi ne songerait à faire appel à la justice à moins d'être victimes d'infractions extrêmement graves.

3. Le dimanche 26 octobre 2008 à 19:52 par Aristote

Quand j'étais petit je n'aimais pas les gendarmes, puis je les ai vus recevoir des femmes battues, rassurer des cadres harcelés, mettre en garde à vue des agriculteurs pollueurs. Aujourd'hui je suis avocat de province, je vois les juges de mon Tribunal siéger en correctionnelle jusqu'à minuit, j'ai vu la Présidente de mon Tribunal s'insurger contre le Juge unique (Inique) au cours de la rentrée solennelle devant le Procureur Général, j'ai vu un substitut rentré par le tour extérieur mettre en garde à vue et en examen un patron pollueur et harceleur.
J'ai changé d'avis sur les gendarmes et sur les magistrats.
Ils sont les gardiens d'un fragile équilibre, la justice n'existe pas en soi, elle n'est qu'un concept philosophique, la justice des hommes n'est qu'un équilibre gourverné par le principe du contradictoire, équilibre précaire.
Dans le souk de la folie humaine ils font ce qu'ils peuvent, le procureur, l'avocat du prévenu, celui de la victime, le journaliste, le travailleur social, tous ont leur place.
Ils ont juste besoin de temps, de moyens, de recul, de formation, d'expérience, de textes lisibles et stables et surtout de mettre en oeuvre leur humanité ou leurs humanités.
De quel Droit (avec une Majusscule) un gignol vient-il imposer une sanction automatique ou plancher ? Vous vous débrouillerez avec le Juge d'application des peines...
Hypocrites qui voulez du résultat sans les moyens...
Le Juge n'est pas bon en soi, la justice n'existe pas, aprés des siècles et des révolutions nous avons créé un équilibre, on pouvait toujours gloser, mais que dire à des Juges qui doivent tenir des statistiques et rendre des jugements ou des arrêts comme on produit des patates ou du mais trasgénique, au métre cube ou au quintal ?
Les fonctions régaliennes de l'Etat sont limitées selon Aristote (Défence, Justice, Poltique étrangère), il semble qu'au travers de la LOLFJ l'état aît perdu sa majesté.
Je vous plains de devoir travailler dans ces conditions.
Le pire c'est que vous y arrivez malgré tout, nous gérons de l'humain, du juste, ce n'est pas le cas des hommes pressés qui nous gouvernent...

Je le savais depuis longtemps, je ne serais jamais Juge, mais chapeau bas à vous.

Un avocat du Sud ouest.

4. Le dimanche 26 octobre 2008 à 19:53 par El Re

Je parlais d'un billet, mais il s'agissait bien du commentaire ci-dessus (Barjazid)... à mon avis il mérite d'être posté comme billet.

5. Le dimanche 26 octobre 2008 à 19:53 par Ruff dub Style

Quand j'étais petit je n'aimais pas les gendarmes, puis je les ai vus recevoir des femmes battues, rassurer des cadres harcelés, mettre en garde à vue des agriculteurs pollueurs. Aujourd'hui je suis avocat de province, je vois les juges de mon Tribunal siéger en correctionnelle jusqu'à minuit, j'ai vu la Présidente de mon Tribunal s'insurger contre le Juge unique (Inique) au cours de la rentrée solennelle devant le Procureur Général, j'ai vu un substitut rentré par le tour extérieur mettre en garde à vue et en examen un patron pollueur et harceleur.
J'ai changé d'avis sur les gendarmes et sur les magistrats.
Ils sont les gardiens d'un fragile équilibre, la justice n'existe pas en soi, elle n'est qu'un concept philosophique, la justice des hommes n'est qu'un équilibre gourverné par le principe du contradictoire, équilibre précaire.
Dans le souk de la folie humaine ils font ce qu'ils peuvent, le procureur, l'avocat du prévenu, celui de la victime, le journaliste, le travailleur social, tous ont leur place.
Ils ont juste besoin de temps, de moyens, de recul, de formation, d'expérience, de textes lisibles et stables et surtout de mettre en oeuvre leur humanité ou leurs humanités.
De quel Droit (avec une Majusscule) un gignol vient-il imposer une sanction automatique ou plancher ? Vous vous débrouillerez avec le Juge d'application des peines...
Hypocrites qui voulez du résultat sans les moyens...
Le Juge n'est pas bon en soi, la justice n'existe pas, aprés des siècles et des révolutions nous avons créé un équilibre, on pouvait toujours gloser, mais que dire à des Juges qui doivent tenir des statistiques et rendre des jugements ou des arrêts comme on produit des patates ou du mais trasgénique, au métre cube ou au quintal ?
Les fonctions régaliennes de l'Etat sont limitées selon Aristote (Défence, Justice, Poltique étrangère), il semble qu'au travers de la LOLFJ l'état aît perdu sa majesté.
Je vous plains de devoir travailler dans ces conditions.
Le pire c'est que vous y arrivez malgré tout, nous gérons de l'humain, du juste, ce n'est pas le cas des hommes pressés qui nous gouvernent...

Je le savais depuis longtemps, je ne serais jamais Juge, mais chapeau bas à vous.

Un avocat du Sud ouest.

6. Le dimanche 26 octobre 2008 à 20:53 par Humstel

Si un proces doit avoir lieu en toute serenite, comme la loi l'exige, les deplorables conditions de travail du personnel judiciaire ne sont-elles pas une atteinte a cette serenite et donc ne rendent-elles pas les jugements rendus irreguliers ?
J'imagine que si cette carte (naive) pouvait etre jouee pour bloquer la justice a rendre, elle l'aurait ete depuis longtemps. Alors ou le bat blesse-t-il ?

7. Le dimanche 26 octobre 2008 à 23:19 par Raph

L'outrage au président existe plus que jamais...
Eolas est le directeur de publication.
Eolas peut-il être renvoyer en tant qu'auteur d'un outrage au PR et Ruff dub Style comme complice ou coauteur ?

8. Le dimanche 26 octobre 2008 à 23:24 par OS

Il y a quelque chose de profondément déprimant dans ce total manque de respect de la justice et des citoyens qui essaient d'en être les agents. J'avoue avoir été touché, voire même parfois ébranlé, par leurs histoires.

Il était temps qu'ils aient voix au chapitre. Je pense qu'on peut vous remercier pour ça, mon cher maître.

9. Le lundi 27 octobre 2008 à 10:12 par toto

Selon Philippe Bilger la journée du 23/10 renforce R Dati qui, selon lui, est soutenu par un peuple qui voit dans cette manifestation l'expression d'un conservatisme mis à mal par la politique sarkozienne.

Question : R Dati bénéficie t-elle réellement du soutien populaire ?

Eolas:
Je n'en sais rien. Je n'ai aucune légitimité pour parler au nom du peuple, et de toutes façons, les volontaires se disputent pour le poste.

10. Le lundi 27 octobre 2008 à 10:56 par Lucas Clermont

Rachida Dati est issue des milieux populaires, on s'identifie à elle et elle applique une politique sécuritaire qui est approuvée par une grande partie de la population. Bien évidemment les électeurs ne sont pas en mesure d'apprécier l'incohérence des mesures parce que le droit n'est pas leur métier et parce que les journaux télévisés sont leur principal média. En outre elle applique la politique voulue par Nicolas Sarkozy : s'acharner sur Rachida Dati ce serait pour des ouvriers estimer qu'un contremaitre est la cause de leurs problèmes.

D'autre part pense-t-on vraiment que quelques milliers de personnes éclatées en je ne sais combien de syndicats, dont on accable et le laxisme et le caractère répressif puissent avoir le moindre poids face à la communication d'un gouvernement qui tient une partie des médias et maîtrise l'art de la démagogie ? Et les débats ne se fondent pas sur la raison comme dans un tribunal, mais sur l'émotion.

Cette initiative de Maître Eolas : libérer la parole est subversive parce qu'elle explore d'autres voies. En particulier elle favorise la prise de conscience que : trop c'est trop ; que ce n'est plus possible de toujours prendre sur soi pour compenser les errements d'une politique : qu'après le 23 octobre ce sera comme avant, et qu'il faut donc essayer autre chose. Fenotte (magistrat) propose une solution : maitre-eolas.fr/2008/10/2...

11. Le lundi 27 octobre 2008 à 11:07 par Emidala

J'ai découvert votre Blog il y a de celà quelques jours grâce au Monde, et je dois dire qu'il vaut le détour.
Etant moi-même étudiante en droit, je me sens très concernée par les sujets que vous abordez, particulièrement lorsque vous avez laissé la parole aux magistrats et à tous les acteurs de la justice, certains de mes professeurs exerçant ces professions. Vous devinerez que j'ai donc lu un grand nombre des billets avec grand interêt.

Je trouve votre blog d'autant plus interessant que vous prenez la peine d'expliquer certains termes et certaines procédures en notes de bas de page, chose aussi utile aux non-initiés qu'aux juristes.

Merci beaucoup.

(PS: J'ai eu le plaisir d'être tour à tour accueillie par votre bannière dans mes deux de mes trois langues maternelles: le grec et le slovène. Le hasard fait bien les choses).

12. Le lundi 27 octobre 2008 à 11:21 par Justiciable de la rue

Puisque le débat continue, je poste le commentaire que je m'étais abstenu de "rendre public" : avec toutes ces complaintes d'un côté, les déclarations politiques de l'autre, ces faits divers en bruit de fond, il devient difficile de comprendre "qui, pourquoi, comment et combien" ça va mal.

Dans ce brouhaha, il est préférable de garder la tête froide et ne pas croire la dernière déclaration convaincante de l'un ou de l'autre ou prendre le dernier fait divers sordide pour désigner le responsable de ce malaise généralisé. C'est que je me suis dit quand ce violeur récidiviste a été relâché sur la simple intime conviction d'une faute d'orthographe : tout le monde peut faire une erreur et vu l'état des lieux de la justice, cette erreur doit être relativisée. Il faut aussi blâmer ceux qui vont exploiter cette affaire dans un sens ou un autre.

Ceci étant dit, j'ai quand même poussé un petit soupir de dépit quand j'ai entendu la déclaration de l'avocat du présumé violeur. Désolé de ne pas reprendre les termes exacts de la déclaration mais en substance j'ai compris cela :
"...je me félicite de cette décision de la justice. Je vous rappelle que mon client est présumé innocent et qu'à ce titre il a droit à la liberté comme tout justiciable…"

J'aurais préféré entendre : "La justice vient de rendre un avis mais le fond de l'affaire reste inchangée. Cela n'efface pas les drames que certains ont vécu".

C'est désagréable ces déclarations qui se réfugient derrière un texte de loi théorique et qui contribuent à entretenir ce sentiment d'incompréhension du justiciable de la rue envers le monde judiciaire, toutes professions confondues.

13. Le lundi 27 octobre 2008 à 11:46 par claude

Résumons la problématique
*il faudrait plus de magistrats, de greffiers et d'huissiers audienciers et de personnel
*il faudrait plus de cellules et plus spacieuses pour incarcérer

et en face
l'argent manque

Alors que faire ?

Qui propose une solution autre que le regroupement des bâtiments de la Justice? Quel sera le financement de cette solution ?

14. Le lundi 27 octobre 2008 à 11:49 par claude

Résumons la problématique
*il faudrait plus de magistrats, de greffiers et d'huissiers audienciers et de personnel
*il faudrait plus de cellules et plus spacieuses pour incarcérer

et en face
l'argent manque

Alors que faire ?

Qui propose une solution autre que le regroupement des bâtiments de la Justice? Quel sera le financement de cette solution ?

15. Le lundi 27 octobre 2008 à 14:19 par Abi

C’est toujours un spectacle troublant, ce bal des avocats, des accusés, des témoins, des Juges. Tout le monde joue son rôle, tout le monde est à sa place, les 1ers rôles, les 2nds rôle, les figurants. L’histoire, l’intrigue plus ou moins palpitante avec les rapports de force, de séduction, les mensonges, les faux-semblants.

Ce microcosme, ce clan, cette seigneurie, où se croisent ceux qui ont le pouvoir de décider d’une vie.
Ce pouvoir exorbitant, fait naître chez l’individu moyen (que je suis) la peur, la fascination et le fantasme de l’injustice.
Fantasme qui pour certains se transforme en triste réalité, en drôle de réalité que d’aucun nomme « erreur judiciaire » ; erreurs qui alimentent divers canards ainsi que ce fameux fantasme, cette fameuse peur.

Si vous ajoutez à ce fantasme, à cette peur, la crainte d’avoir pour juge un technicien froid et austère qui du haut de son estrade, de son piédestal va dire le droit, va dire « son » droit, vous comprendrez, en tout cas en partie, l’indifférence générale de la population face à ce que vit le petit monde juridico-judiciaire.

En ce qui concerne votre ministre, je dirai qu’elle est à votre image : froide, austère et parfois injuste. Ne vous plaignez vous pas d’un manque de considération, ne craignez vous pas un pouvoir exorbitant ? Vous ressentez enfin ce que le justiciable lambda ressent…
Quel retour de bâton fort désagréable !!

Pour finir, je dirai juste :
A de grandes responsabilités, de grands devoirs et par la-même de grandes sanctions en cas d’erreurs. Que risque celui qui a laissé relâcher tel ou tel ? Que risque tel juge d’instruction qui a laissé des innocents croupir en prison ?

Assumez donc vous erreurs, vos manquements, vous n’en sortirez que grandit ! N’est-ce pas ce que vous nous demandez à nous justiciable ?

16. Le lundi 27 octobre 2008 à 15:57 par fitucci

Bonjour à tous. Je me fais juste une petite reflexion... Pour commenter, se plaindre et se lamenter, il y a du monde chez les magistrats... par contre quand il s'agit de relire les ordonnances avant de les signer... là, il y a plus personne... ça va suffire maintenant, education minimum!

17. Le lundi 27 octobre 2008 à 16:45 par toto

Journalistes et Magistrats, même combat (de Nicolas Vanbremeersch) :
novovision.fr/?Journalist...

Moi je rajouterais les Chercheurs :
www.collectif-papera.org/

18. Le lundi 27 octobre 2008 à 17:34 par toto

@ fitucci

> "ça va suffire maintenant, education minimum!"

Pour vous éduquez essayez donc de lire le dernier billet d'Eolas qui porte justement sur cette fameuse ordonnance.

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