Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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HU-MA-NI-TE !

Par Gascogne


Les débats devant la commission parlementaire d’enquête suite à l’affaire dite d’Outreau nous avaient appris, au moins pour ceux qui n’étaient pas encore au courant (c’est à dire pour les habitants de Mars qui ne lisent ni le Figaro ni le blog de Jean-Michel APHATIE), que la Justice était particulièrement inhumaine, et que sa figure emblématique, le juge d’instruction, présentait autant d’humanité qu’un bulot mal cuit.

Diverses réformes sont donc intervenues pour remédier à tout cela. La scolarité des auditeurs de justice a été profondément remaniée, le stage avocat est passé de deux mois à six mois, afin d’apprendre aux pioupioux la vraie vie. Malheureusement, et pour ne pas alourdir une scolarité de 31 mois, le stage extérieur, en administration, ou dans une entreprise, qui devait aérer un peu les futurs magistrats dont la majorité sort à peine de faculté, en leur montrant autre chose que du judiciaire, a été supprimé (n'hésitez pas à demander le programme).

On demande dés lors aujourd’hui au juge d’être tout à la fois à l’écoute des victimes, pour lesquelles on n’en fait jamais assez (et je rejoins à 300 % la réponse faite par le Maître de Céans à un commentaire sous un précédent billet), mais également de se présenter sous son meilleur jour aux personnes poursuivies. Tout en conservant bien entendu la neutralité qui fait l’essence de son métier. Cela peut paraître certes quelque peu complexe, voire schizophrénique (sauf pour les juges d'instruction, qui ont l'habitude), mais des cours de psychologie ont été rajoutés à la formation initiale des auditeurs pour les aider, non à supporter la scolarité, mais à comprendre leur prochain.

Et la Chancellerie, à l’écoute de cette humanisation nécessaire des machines à juger que sont les magistrats, vient de diffuser une circulaire[1] concernant la visioconférence (à lire en intégralité sur le site du Syndicat de la Magistrature qui vient de communiquer sur le sujet).

C’est que tous ces juges qui exigent d’avoir face à eux les détenus pour procéder à des interrogatoires et autres débats contradictoires coûtent du temps et de l’argent aux services du Ministère de l’Intérieur en charge des extractions judiciaires. 155 000 extractions[2] pour l’année 2008, afin qu’une personne incarcérée puisse s’expliquer, c’est trop. Elles doivent diminuer de 5 % pour l’année 2009.

Et si cet objectif n’était pas atteint, le Ministère de la Justice paierait au Ministère de l’Intérieur la différence “au prorata des extractions non évitées et donc des ETPT (pour un peu plus d'explications technocratiques, voir ici) engagés pour les réaliser”. Par contre, si les Cours d’Appel dépassent l’objectif, il y aura certes une “compensation”, mais dont on ne connaît pas encore les modalités. Pile je gagne, face tu perds.

Je n’ai rien de particulier contre la visionconférence pour l’avoir moi même pratiquée lorsque j’étais à l’instruction. Lorsque j’ai dû notifier une mise en examen supplétive pour un chèque falsifié à un détenu se trouvant à 800 km, je ne voyais pas l’intérêt de lui faire faire ce voyage pour quelques minutes d’entretien, et d’imposer une journée complète de déplacement à deux gendarmes pour cela. J’ai pu également faire une confrontation par ce moyen, la victime résidant fort loin et ne pouvant se déplacer. Mais ces cas restent à la marge.

Le Secrétariat Général de la Chancellerie veut pourtant imposer cette "virtualisation" du rapport humain sous contrainte financière :

La performance des cours d’appel sera appréciée au regard du nombre de visioconférences qui auront été réalisées dans le cadre de l’activité juridictionnelle en lien avec des détenus, ayant ainsi permis d’éviter des extractions, et leur responsabilité sera engagée, en début d’année 2010, sur leur crédits vacataires

C’est visioconférence ou pas de personnels supplémentaires...

J’ai déjà eu connaissance de Chambres de l’instruction qui dans le cadre d’appels concernant des demandes de mise en liberté procédaient par visioconférence pour des mis en examen détenus pourtant à la maison d’arrêt du siège de la Cour d’Appel[3]. Le détenu argumentait sa demande de mise en liberté devant trois juges apparaissant sur un écran (grand format, je vous rassure). Et on nous demande de multiplier, pour des raisons d’économies à faire faire au Ministère de l’Intérieur, ce genre de procédures.

M. Vallini avait eu la délicatesse lors d’un déjeuner à l’ENM avec les auditeurs de justice de dire à une demoiselle qui, certes partageait sa table mais qu’il ne connaissait pourtant absolument pas, qu’elle manquait visiblement d’épaisseur humaine pour exercer à son âge les fonctions de juge.

L’épaisseur humaine web 2.0 va améliorer le système, n’en doutons pas.

Notes

[1] circulaire SG-09-005 / SG / 03.02.09 du 5 février 2009

[2] devant un chiffre aussi énorme, je suppute que la Chancellerie a comptabilisé pour la bonne bouche TOUTES les extractions, tant médicales qui judiciaires. Mais la visioconférence médicale est techniquement plus délicate à mettre en place...

[3] c'est à dire pour être plus précis à quelques centaines de mètres

Commentaires

1. Le jeudi 26 février 2009 à 15:14 par villiv

un rapport avec les champignons ? désolé, surbooking d'avant congés donc grosse fatigue et donc commentaire HS ?! en même temps, sans l'accent sur le "e" (dernière lettre, on peut se tromper)

2. Le jeudi 26 février 2009 à 15:16 par Patrick Chevallier

Et les reconduites à la frontière par visio-conférence, c'est pour bientôt ? Avec un fond vert et une jolie diapo paradisiaque. Chouette alors ! On n'arrête pas le progrès...

3. Le jeudi 26 février 2009 à 15:18 par Patrick Chevallier

Juste pour corriger mon lien, mal enregistré...

4. Le jeudi 26 février 2009 à 15:35 par Shad

On peut se consoler en se disant que désormais nos chers citoyens auront une bonne raison de dire que les juges sont inhumains...

5. Le jeudi 26 février 2009 à 15:43 par Shad

Ah ! mais quel corporatisme, vous ne voulez même pas vous lever pour allumer l'écran !!

6. Le jeudi 26 février 2009 à 15:50 par Eolas

Le danger est surtout que bien des juges feront semblant d'écouter l'avocat pour en fait aller sur mon blog.


Gascogne :
A ceci près que bien des juges ne savent même pas ce qu'est un blog...


7. Le jeudi 26 février 2009 à 16:10 par Kerri

On peut faire mieux: la visio-conférence des audiences:

-le mis en examen chez lui, avec son ordi et sa webcam (ou à la maison d'arrêt s'il est en préventive). -l'avocat dans son cabinet avec son ordi et sa webcam -le juge dans son bureau, pareillement doté (et avec en plus un greffier). -le ministère public dans la même situation

Comme ça en plus, le ministère pourra dire aux avocats que le nouveau système leur fait faire des économies et qu'il n'est donc pas question d'augmenter le montant de l'AJ, et qu'en plus grâce à ce système, ils peuvent se mettre tout en haut de la tour montparnasse, bien au dessus du procureur, alors qu'avant ils se plaignaient pour 10cm (enfin, si c'est le ministère public qui est chargé de donner la parole et la reprendre si besoin en coupant les micros des intervenants, ils trouveront un nouveau motif d'inégalité pour aller à Strasbourg).

8. Le jeudi 26 février 2009 à 16:11 par procurette

Je suis entièrement d'accord avec vous. Sur la psychologie à l'ENM, il y aurait beaucoup à dire et à écrire. Je n'ai malheureusement pas votre talent ni celui d'Eolas. Quant à cette fameuse circulaire, outre le fond que vous avez parfaitement évoqué, il y a aussi la forme : ce ton comminatoire limite chantage qui est de plus en plus présent dans les documents que nous adresse la Chancellerie, (cf la dernière note de politique pénale qui répertorie les bons et les mauvais élèves), comme si le Ministère de la Justice était "l'ennemi" des juridictions au lieu d'être son allié.

9. Le jeudi 26 février 2009 à 16:14 par *Celeborn

C'est une honte... L'intrusion permanente des écrans dans la fonction publique (et donc dans la société) est un véritable problème. Nous avons le même souci à l'Education Nationale, où l'on nous demande de + en + de travailler sur Tableau numérique, et où l'on envisage même d'expérimenter (à moins que ce ne soit déjà fait) un PC portable par élève afin de remplacer les manuels. Hors les problèmes techniques évidents (un plantage d'un élève = un cours bien mal parti), je me demande comment un élève pourra encore entendre notre message traditionnel "doucement sur les écrans, la télé, l'ordinateur : et si vous lisiez des livres et parliez aux gens autour de vous ?" quand les écrans auront envahi aussi bien mon domaine que le vôtre.

Ce sont les opticiens qui vont être contents... ^^

10. Le jeudi 26 février 2009 à 16:21 par gil blas

Etre (magistrat) à la retraite n'empêche pas de s'informer ; grâce aux écrits d'Eolas et de ses fidèles (dont vous êtes, mon cher Gascogne), je peux continuer à suivre la vie judiciaire "de l'intérieur" . Merci. Je n'ai rien non plus contre la visioconférence quand elle est indispensable. Mais où va-t-on si le budget avale l'humain ? En particulier quand l'enjeu est la liberté, le droit élémentaire de la personne concernée est de "se présenter" in vivo à ses juges. Tout le monde sait que la façon de dire vaut autant, sinon mieux, que ce que l'on dit. Veut-on stériliser la relation judiciaire ? Pense-t-on que le juge ne réagit qu'avec sa cervelle ? Veut-on oublier qu'il a aussi des émotions; peut-être même un coeur ? J'ignore si dans des cas similaires il est arrivé qu'un détenu et son conseil aient engagé un recours pour faire respecter cet élémentaire "droit de l'homme" qu'est le droit de rencontrer son juge "en face-à-face" ? Sinon il y a là un vrai débat de principe à mener. Quant à la phrase que l'on prête à M. VALLINI, doutant des capacités d'un (une, en l'espèce) jeune juge du fait de son âge, je connais beaucoup de débutants (juges des enfants, juges d'instruction notamment) qui pourraient en remontrer en efficacité , en humanité et en courage , à des collègues plus âgés. Je croyais M. VALLINI mieux au fait de ses classiques : quitte à être lourd ,je rappelle in extenso le célèbre vers :"La valeur n'attend pas le nombre des années". Vous avez dit "humanité(s)" ...


Gascogne :
Qu'il est bon d'entendre "nos" honoraires s'exprimer. Outre les paroles de sagesse qui sont les vôtres, vous échappez aux critiques de "corporatisme" que l'on nous envoie systématiquement à la figure, pour avoir cette vision "extérieure" à laquelle ceux d'active ne peuvent prétendre. Merci encore...


11. Le jeudi 26 février 2009 à 16:22 par jalmad

@6 déjà qu'ils se détournent de leurs jugements...bon allez, j'y retourne....juste avant, plus sérieusement, pour ceux qui l'ont pratiquée assez souvent (pas mon cas), qu'en pensez-vous de cette visio : les avocats, ils doivent se demander si leur place est à la maison d'arrêt à côté de leur client, ou devant leurs juges, non ? des magistrats de la chambre de l'instruction et du parquet général m'ont indiqué qu'ils avaient cru remarquer que finalement, les mis en examen avaient l'air plus à l'aise, moins impressionnés pour s'exprimer (ou alors c'est de la méthode Coué ?). J'avoue que mon bon sens, et probablement mon romantisme indécrottable, me font penser que c'est mieux d'avoir les gens en chair et en os, qu'il se passe des choses dans les jeux de regard, etc...etc...mais en réalité, je n'ai pas d'avis tranché sur la question du recours à la visio en tant que tel, mais en revanche, moi aussi je trouve scandaleux d'ériger cela en modèle sans aucune étude d'impact (comme d'habitude, en fait ?), et encore plus d'agiter le bâton "je vous coupe les vivre". Comprendre : ohhhh les méchants magistrats, juste pour pouvoir bien assoir leur petit pouvoir parce que ça leur fait vraiment plaisir de faire déplacer par un claquement de doigts des escortes qui coûtent des sous à nos bons contribuables alors qu'on leur met à disposition une fabuleuse technologie (à laquelle nul n'a songé bon de me former, mais bref, passons....) ! nous allons dresser tout ça en tapant là où ça leur fait mal, à ces geignards qui n'arrêtent pas de renâcler sur le budget de la justice : le portefeuille ! et après, si ils se plaignent de l'absence de moyens, on pourra leur dire : c'est vot'faute ! et la boucle est bouclée. Ras la casquette d'être considérée comme une irresponsable qui ne marche qu'à la carotte et au bâton ! allez, je m'en retourne à mes jugements, parce que les 3 jours complets de mes vacances de la semaine prochaine que j'ai d'ores et déjà prévus de leur consacrer pourraient bien se transformer en 4 (j'avoue tout : c'est pour ma prime au mérite (généreusement augmentée de 0,25 cette année) que je sacrifie mes congés, c'est bien sûr, ça marche la carotte....) m'avez énervée Gascogne (enfin, pas vous, vot'sujet).


Gascogne :
Ben dites donc, l'air iodé est pourtant réputé apaisant...Personnellement, ce qui m'énerve le plus, c'est que notre ministère cède à celui de l'intérieur, pour lui permettre des économies de moyens, alors que ce même ministère est toujours prêt à ne pas en mettre à notre disposition, vous savez, du style "hors de question que mes OPJ sortent du département". C'est toujours à sens unique, et particulièrement lassant, pour tout dire, notamment lorsque l'on compare les deux budgets...


12. Le jeudi 26 février 2009 à 16:25 par Jul Earthwalker

Le problème est déjà le même lors des auditions avec les officiers de protection de l'Ofpra lorsque la personne auditionnée est en plus en centre de rétention. Ça n'est pas toujours le cas mais ça arrive. Visiblement les bonnes méthodes font école...

Mais je ne perd pas espoir : un beau jour, le peuple se réveillera. Et je le dis presque sans ironie !

13. Le jeudi 26 février 2009 à 16:30 par Eolas

Je me demande ce qu'on aurait dit, si les audiences de demande de remise en liberté de l'affaire d'Outreau avaient eu lieu par visioconférence ?

@ Jul Earthwalker ci-dessus : la plupart du temps, les demandeurs d'asile en rétention sont extraits et conduits à l'OFPRA. La visioconférence est possible, mais elle reste rare.

14. Le jeudi 26 février 2009 à 16:36 par doud's

De retour du site du SM où la circulaire est disponible in extenso...

Jouons un peu : "Sachant que le nombre d'extractions doit diminuer de 5 % en 2009 par rapport à 2008, puis à nouveau de 5 % en 2010 par rapport aux extractions réalisées en 2009, puis encore de 5 % en 2011 par rapport aux extractions réalisées en 2010, puis etc, combien d'années faudra-t-il au Garde des Sceaux oups, pardon, des Sous, pour arriver à supprimer complètement les extractions de détenus ?"

A propos de suppression, quelqu'un sait où a été téléportée notre Ministre de la Justice (que mille pétales éclosent sous ses pas aériens) pour être aussi invisible et inaudible ?

Eolas:
Aux dernières nouvelles, elle était chez les Ch'tis.


Gascogne :
...où elle a été boycottée par les vilains magistrats corporatistes du cru.


15. Le jeudi 26 février 2009 à 16:49 par ariane

je sais ce qu'est un blog, mais il est certain que je ne suis pas un génie de l'informatique loin de là... et je me pose cette question : puisque les interrogatoires doivent faire l'objet d'un enregistrement audio visuel en matière criminelle à l'instruction, comment concilier cela avec la volonté de développer la visio conférence? depuis le Cabinet d'instruction, on filmera l'écran de visio conférence sur lequel apparaîtra le détenu? ou alors il faudra faire des branchements pour relier notre matériel d'enregistrement et celui de la visio conférence? ou alors le matériel de visio conférence a une fonction "enregistrement de l'image"? merci de m'éclairer. autre interrogation : comment seront équipés les établissements pénitentiaires? s'il n'y a qu'un ou deux équipements de visio-conférence, cela aurait il pour conséquence que les magistrats qui voudront entendre des détenus devront s'assurer d'abord que les salles de visio-conférence de la pénitentiaire sont disponibles pour le créneau horaire souhaité par le magistrat? il faudrait alors aussi fixer précisément un horaire de fin d'interrogatoire pour ne pas empiéter sur la visio-conférence suivante? j'avoue que j'ai du mal à comprendre comment tout ça va fonctionner en pratique, au delà du fait qu'il me paraît déplorable de ne pas avoir en face de soi la personne que l'on interroge... et pas forcément parce qu'en face à face les émotions "passent" (toujours se méfier du ressenti, de l'instinct, et des émotions en matière de justice.... même s'il y en a inévitablement) mieux que par écran, je crois juste que c'est une question de respect du justiciable.

16. Le jeudi 26 février 2009 à 17:15 par Passant

L'un des intérêts du systèmes sera de permettre en cas de besoin de faire appel à des juges roumains si l'on en venait à manquer de juges français.

17. Le jeudi 26 février 2009 à 17:15 par Schmorgluck

Je vous prie de m'excuser, mais, serait-il possible de savoir qui est ce M Vallini dont il est question dans le billet ? Ce n'est pas précisé.

18. Le jeudi 26 février 2009 à 17:19 par Bébèrt

Bah, cette pressante envie d'utiliser la visioconférence s'arrêtera le jour ou un politique y sera confronté. Confuscius a dit : "Assied toi au bord de la rivière et attend de voir le cadavre de ton ennemi passer."


Gascogne :
Il me semble que cette citation est plutôt d'origine taoïste. Dans le Tchouang Tseu, peut-être ? Il va falloir que je recherche.


19. Le jeudi 26 février 2009 à 17:31 par substitute

@Gascogne: Avant que la transparence ne paraisse: où dois-je postuler pour devenir votre substitut?


Gascogne :
Vous, vous avez compris comment flatter mon égo. Mais si ça se trouve, nous travaillons déjà ensemble, allez savoir...


20. Le jeudi 26 février 2009 à 17:32 par PrometheeFeu

Ca me rappel cette scene dans le tres mauvais film The One et le tres bon film V for Vendetta avec un ecran the 5 metre de haut et les juges (dans le premier) ou le Chancelier Supreme (dans le second) qui regardent leur interlocuteurs. Ne me dites pas que vous vous opposez a dominer la scene a l'aide d'un portrait electronique de 5 metres de haut? Ca a hautrement plus de classe que vos petits pupitres en bois.

21. Le jeudi 26 février 2009 à 17:34 par Audrey

André Vallini est député PS de l'Isère (il me semble), spécialiste des questions de justice au sein du PS. Il présidait d'ailleurs la commission d'enquête parlementaire suite aux dysfonctionnements dans l'affaire d'Outreau. Pour ceux que ça intéresse, il était ce matin sur Inter pour parler du rapport de la commission Balladur dont il était membre. Ca m'étonne un peu d'ailleurs, cette phrase venant de lui. Il n'a pas l'air d'un imbécile pourtant.

Eolas:
C'est les lunettes.

22. Le jeudi 26 février 2009 à 17:37 par Salomon Ibn Gabirol (HORS-SUJET)

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/02/26/01011-20090226FILWWW00620-dati-le-droit-des-victimes-1e-droit.php

BUSIRIS!!! BUSIRIS!!! BUSIRIS!!!

23. Le jeudi 26 février 2009 à 17:39 par Audrey

Et tant qu'on y est, petite question: où en est-on de la brillante idée de transformer notre juge d'instruction en juge de l'instruction. Il y a une proposition, un projet de loi en discussion quelque part? Parce qu'il a quelques semaines, c'était quand même très très urgent de supprimer cet être diaboliquement schizophrénique pour confier l'instruction aux gentils procureurs hiérarchiquement soumis (pardon Gascogne) ! Alors, quid ?


Gascogne :
La dernière rumeur amusante voudrait que l'on repousse, of course, la mise en place de la collégialité telle que prévue actuellement, et que l'on adjoigne à deux JI un Jprox. Bon courage à toutes et à tous...


24. Le jeudi 26 février 2009 à 17:40 par jalmad

@gascogne sous 11 (2ème, suite bug, donc désolée si doublon : je sais, c'est pas gagné pour moi, la visio) le ministère de l'intérieur et de la justice sont distincts ? pardon, je n'avais pas compris. "iodé" : damned ! et de 4!


Gascogne :
Et de 4 ? Qui savent qui vous êtes ?


25. Le jeudi 26 février 2009 à 17:42 par Vitrolaid

"(c’est à dire pour les habitants de Mars qui ne lisent ni le Figaro ni le blog de Jean-Michel APHATIE),"

Je ne lis, ni l'un, ni l'autre... En même temps, j'habite pas loin de Mars, ça doit être ça ^^

26. Le jeudi 26 février 2009 à 17:54 par cyber-cola

Pour savoir si la Justice doit payer à l'Intérieur on compte le nombre d'extractions. Pour savoir si l'on récompense ou punis les Cours d'Appel, on compte le nombre de visio-conférences. Or ces deux chiffres ne mesurent pas la même chose et peuvent évoluer de façon indépendante ruinant les espoirs et le porte monnaie de la chancellerie.

Le nombre d'extraction peut augmenter (pic de délinquance, plaisir du JI à prendre le pouls de la personne examinée, ...) et le nombre de visio-conférences simultanément (si les magistrats doublent systématiquement chaque audiences par une visio-conférences pour faire du chiffre, ou demander au prévenu si c'est pas lui qui est parti avec le stylo, ou le remercier d'avoir amené à l'audience une boite de chocolats). Le Ministère de la justice serait alors obligé de donner des sous à celui de l'intérieur pour dépassement d'extractions et, en même temps, de récompenser les cours d'Appel pour score de visio-conférences.

Cette circulaire peut mener à l'exact contraire du but recherché.

Il y a quelques billets de ça (lors du dernier Burisis) plusieurs commentateurs tombaient d'accord pour dire qu'il n'était pas nécessaire de connaître le droit pour être à la chancellerie. Il semble qu'il ne faille pas connaître grand chose au calcul non plus.

27. Le jeudi 26 février 2009 à 18:55 par IsabelleLabelle

Comment reconnaître, sans le lire intégralement, un article écrit par Eolas d'un article écrit par Gascogne ? C'est simple : Gascogne écrit « humanite » au lieu d'« humanité » et met des majuscules à peu près partout où il n'en faut pas.


Gascogne :
Je suis sûr que vous allez ensuite nous enseigner comment reconnaître un commentaire qui ne sert à rien. A moins qu'on parle du fond ?


28. Le jeudi 26 février 2009 à 19:05 par ancien

J'apprends sur le tard qu'une mauvaise cuisson est néfaste à l'humanité du bulot... Hormis le droit susmentionné et me semble t' il élémentaire d'être reçu par un juge en chair et en os, comment le juge aura t' il la preuve que la personne entendue par visio-conférence est la bonne, qu'elle n'est pas soumise à des pressions de personnages hors du champ de la caméra, un greffier assermenté sera t' il présent auprès du justiciable ? Qui lui présentera le procès-verbal à signer, quelles preuves aura t' il de son authenticité, qui recueillera son éventuel refus de signer ? Qui garantira la confidentialité de la transmission et l'impossibilité d'écoutes et/ou enregistrements sauvages ? Les personnels pénitentiaires assurant la garde du justiciable sont ils habilités à assister à l'entretien ? N'y a t' il pas là de motif(s) de nullité d'une procédure menée dans ces conditions ? Je suis abasourdi.

29. Le jeudi 26 février 2009 à 19:09 par jalmad

@gascogne sous 24 : jours de congés foutus. merci à tous.

30. Le jeudi 26 février 2009 à 19:17 par Bad ticket

@ Gascogne

Désolé d'en rajouter, mais finalement, cette décision n'est que la suite logique de celle du ministère de l'intérieur de facturer à celui de la justice le temps d'escorte des gentils accompagnateurs de ceux qui sont présentés aux diverses juridictions et méchants intervenants judiciaires qui les font déplacer pour par fois pas grand chose malheureusement. Ben oui, comme cela coûte du temps, de l'énergie à attendre dans un palais de justice (quelques fois quelques trois quatre heures), il a été décidé que le coût du transport ne serait plus pour l'intérieur, mais pour l'utilisateur, le ministère de la justice... Donc, LOLF oblige, on rationnalise à tous les niveaux...

31. Le jeudi 26 février 2009 à 20:10 par Raoulo

Heu, c'est pas plutôt à ce bon Philippe Houillon qu'on doit la sortie sur le manque d'épaisseur humaine ? Un ancien auditeur de la promo en question est-il dans la place pour m'éclairer ?

32. Le jeudi 26 février 2009 à 20:28 par Ysabeau

C'est quoi une cour d'appel performante au fait, à par l'histoire des visioconférences ?

Une cour d'appel qui fait du chiffre et atteint les objectifs (en nombre de procès je présume) fixés en haut lieu ?

33. Le jeudi 26 février 2009 à 20:38 par jalmad

@26 cyber-cola : j'abonde dans votre sens, et j'ajoute qu'en sus des pratiques des magistrats, il y a surtout une absurdité à comparer nbre d'extraction et nbre de visio puis d'appliquer un calcul en ETPT pour déduire ou ajouter au budget d'une cour car: 1. le coût d'une extraction depuis la maison d'arrêt de ma ville pour venir à mon cabinet n'est pas exactement le même que si je me fais amener un type de Framboisy : alors quoi, ils nous font le calcul au kilomètre ? 2. la durée d'attente de l'escorte peut varier d'une heure à 8 heures.... 3. on peut tout à fait utiliser la visio en dehors des cas de détenus : un mis en examen libre, une partie civile ou un témoin qui habite aux antipodes... 4. il est des cas (lorsqu'une maison d'arrêt ou un établissement pénitentiaire n'est pas équipé de matériel de visio) où on doit faire extraire un détenu pour le faire amener au TGI le plus proche équipé lui, pour réaliser la visioconférence :EH, OH, CA RENTRE DANS QUELLE CASE CA : bien ou pas bien ? @28 ancien : tout ceci est prévu, ne vous inquiétez pas : oui, un greffier sera aux côtés de la personne dans la télé (celui de la maison d'arrêt si c'est un détenu, un greffier de l'autre Tribunal si c'est une personne libre ou un détenu extrait cf cas précédent). En revanche, la question de la présence de personnel pénitentiaire n'est à mon sens pas anodine en effet : personnellement, je ne garde les escortes dans mon bureau que lorsque j'ai des raisons de penser (personne agitée en garde à vue, ou dont je sais qu'il a de sérieux pb psy,) que ça peut mal se passer ; de fait, c'est très rare ; ceci parce que cette présence est susceptible selon moi d'être en effet ressenti comme une pression. En revanche, je ne sais pas si la pénitentiaire accepterait aussi facilement et systématiquement qu'il n'y ait aucune présence de personnel (en sus du greffier) dans ce type de cas...question de responsabilité.

34. Le jeudi 26 février 2009 à 20:40 par P'tit pois

@Audrey et Raoulo: je peux vous confirmer qu’André Vallini a réellement prononcé cette phrase… puisque je l’ai entendue, ayant eu le plaisir qu’on imagine de participer à cette journée de rencontre avec MM. Vallini et Houillon.

Pourtant, ce n’est pas la pire phrase prononcée lors de cette journée, et pour être honnête, j’ai été ennuyé par cette phrase mais pas forcément choqué. Il m’a plutôt semblé comprendre dans les propos tenus par A. Vallini juste avant et après cette phrase que le problème n’était selon lui pas tant la personnalité de ma jeune collègue (une fille très pro), que l’apparence d’humanité et de maturité que peut donner au justiciable un juge d’instruction de 26 ans. Après, on est d’accord ou pas. C’est en tout cas cohérent avec les propos tenus dans la foulée par le président et le rapporteur de la commission: selon les deux, on ne peut être juge d’instruction avant 35 ans. A chacun de se faire son opinion.

En fait, les pires propos ont été tenus par Philippe Houillon ; juste un florilège : « il y a partout des magistrats qui ne travaillent qu’un jour par semaine » (où ça ? qu’il me le dise, je postule tout de suite !), « les chambres sociales des cours d’appel, ils jugent contre la loi, c’est devenu pire que les conseils de prud’hommes », etc…

Cette rencontre un peu tendue a au moins permis de jauger deux candidats à la place Vendôme. Il en ressort que le député de l’Isère est quand même un cran au dessus d’Houillon, toutes autres considérations d’orientation politique mises à part. Critique mais pas démago, pas de provocation inutile ni de "café du commerce", une volonté de réformer mais le sens de la séparation des pouvoirs, bref il ressemble plus que son compère à l’idée qu’on peut se faire d’un « grand » garde des Sceaux. Au fait, pourquoi « compère » ? Parce que, après une matinée à nous expliquer que les institutions exigent de nous qu’on ne puisse se mélanger entre juges et procureurs, M. Vallini a obligeamment prévenu M. Houillon en le tutoyant que le micro d’un journaliste traînait, alors que l’autre était en train de commencer à débiter à table ses lieux communs anti-magistrats.

Donc, pour résumer : le tutoiement entre juges et procureurs = pas bien. Le tutoiement entre majorité parlementaire et opposition = bien. Vous me le copierez cent fois.

Pour finir, quelques réflexions amusantes glanées chez les autres députés membres de la commission, et qui pour nombre d’entre eux ne connaissent rien ou presque au monde judiciaire. L’un d’entre eux, un peu âgé, voyant que 70% des auditeurs étaient des jeunes femmes, nous interroge : « mais, ces jeunes femmes, c’est comme les médecins, elles s’arrêtent de travailler assez vite après ?». Bah oui, un an après la sortie de l’ENM, les 220 femmes restent chez elles, et les 50 hommes font tout, c’est bien connu… En voilà un en tout cas qui a réussi à suivre toutes les auditions de la commission sans entendre le mot « juge placé »…. Ce qui n’est pas forcément surprenant : en réalité, très peu de membres de la commission parlementaire étaient au fait du fonctionnement de la Justice : le président, le rapporteur, un ou deux anciens gardes des Sceaux, des parlementaires ex-magistrats plus ou moins mis en examen, mais les autres suivaient les « leaders ». Ceci dit, je dois dire qu’après avoir vu ce que j’ai vu, entendu ce que j’ai entendu lors de cette journée, je craignais le pire, or le rapport final de la commission m’a paru bien mesuré et souvent très pertinent. La collégialité sans doute. On devrait prévoir ça dans la Justice, la collégialité. P’têtre même qu’ils en ont parlé dans ce rapport, avant que le président de la République ne le renvoie au cimetière des rapports publics.

35. Le jeudi 26 février 2009 à 22:37 par minerva

juste une précision... les stages extérieurs ont été réintroduits pour la promo 2009, 9 semaines sont prévues dont 4 à l'étranger. par contre on commence notre formation par les 6 mois de stage en cabinet d'avocat...on ne peut pas tout avoir...

4 jours en découverte TGI 6 mois chez les avocats 1 semaine dans la police/gendarmerie 1 semaine PJJ (intégré dans le stage juge des enfants) 2 semaines en pénitentiaire 1 semaine en Cour d'appel rien chez les huissiers, notaires et autres collaborateurs...

http://www.enm.justice.fr/_uses/lib/5784/pp_2009.pdf

(en page 34)

36. Le vendredi 27 février 2009 à 00:34 par e**

@ Raoulo

Je ne suis certes pas de la promo en question mais ai l'avantage de compter au rang de mes amis la personne à qui cette petite phrase a été adressée... Et elle n'est pas de "ce bon Philippe Houillon". Elle est l'oeuvre de ce bon monsieur Vallini aux lunettes qui ne donnent pas l'air imbécile.

Et je crois que la sortie est en réalité encore pire que ce que croit savoir Gasgogne...

En effet, monsieur Vallini aurait pu penser de cette jeune femme "qu’elle manquait visiblement d’épaisseur humaine pour exercer à son âge les fonctions de juge" si cette affirmation résultait de la conversation qu'ils auraient pu entretenir au cours du repas qu'ils avaient partagé.

Il n'en est rien. L'affirmation de monsieur Vallini est simplement péremptoire. N'ayant pas encore adressé la parole à celle qui était sa voisine de table, il lui posait une question qui devait s'approcher de "Et vous Mademoiselle, quelles fonctions avez-vous choisies?". L'intéressée lui répondant qu'elle s'apprêtait à devenir juge d'instruction, se voyait rétorquer : "Permettez-moi de penser Mademoiselle que vous n'avez pas l'épaisseur humaine pour être juge d'instruction".

Un tel jugement de valeur à propos des capacités et compétences que peut (ou non...) prêter monsieur Vallini à une jeune femme (connaissait-il seulement son âge...?) : on doit pouvoir faire mieux comme exemple d'épaisseur humaine, non ?

37. Le vendredi 27 février 2009 à 00:46 par Siskotte

@ Jalmad en 33 : je réagis sur oui, un greffier sera aux côtés de la personne dans la télé (celui de la maison d'arrêt si c'est un détenu, un greffier de l'autre Tribunal si c'est une personne libre ou un détenu extrait cf cas précédent) donc au lieu d'un greffier pour l'audience, il y en aura 2 ( oui car il en faudra bien un avec le magistrat quand même) ?? et ben ....

38. Le vendredi 27 février 2009 à 08:13 par sevand

@ 31, je confirme, l'épaisseur humaine nous la devons à Houillon...

39. Le vendredi 27 février 2009 à 09:05 par Alex

@38: non non sevand, c'est bien la personne aux lunettes-qui-rendent-intelligent qui l'a prononcée, pas P. Houillon.

40. Le vendredi 27 février 2009 à 09:06 par Pax Romana

@ doud's (14) :
Jouons un peu : "Sachant que le nombre d'extractions doit diminuer de 5 % en 2009 par rapport à 2008, puis à nouveau de 5 % en 2010 par rapport aux extractions réalisées en 2009, puis encore de 5 % en 2011 par rapport aux extractions réalisées en 2010, puis etc, combien d'années faudra-t-il au Garde des Sceaux oups, pardon, des Sous, pour arriver à supprimer complètement les extractions de détenus ?"

Chic, aucun geek n'a encore fait le calcul, je vais pouvoir le faire. À un tel rythme de 5%, et en partant d'un nombre initial de 155 000, il faudra 233 ans pour que le nombre d'extractions passe en dessous de 1 (juste en dessous, en fait).

41. Le vendredi 27 février 2009 à 09:13 par Abiram

Mon commentaire est assez hors sujet, mais à vous lire (billet et commentaires), je ne peux m'empêcher d'associer certains faits. Lorsqu'elle était au ministère de la défense, Mme Alliot-Marie à participé au transfert de compétence de la défense vers l'intérieur des opérations non militaires de la gendarmerie. Aujourd'hui ministre de l'intérieur, elle annonce la multiplication par trois du nombre de caméras de vidéo-surveillance sur le territoire, caméras qui devront donc également envahir vos bureaux. À cela s'ajoute donc l'équipement des établissements pénitentiaires.

En dehors des nombreuses questions relatives à la protection des informations qui circuleront dans tous ces "tuyaux", ma paranoïa me fait voir se mettre en place tout un mécanisme orienté vers une répression de masse. Mme Alliot-Marie se prépare-t-elle à une guerre civile ?

42. Le vendredi 27 février 2009 à 09:26 par sevand

@ 39, j'étais persuadé du contraire. J'ai encore en mémoire les discussions sur themis et dans mon tribunal. A vérifier.

43. Le vendredi 27 février 2009 à 09:26 par Abiram

Remarque subsidiaire: il sera intéressant de mesurer la part de ce marché qu'obtiendra la société dirigée par Alain Bauer.

44. Le vendredi 27 février 2009 à 09:49 par Alex

@42: c'est absolument certain cher collègue...

45. Le vendredi 27 février 2009 à 10:51 par Emmanuel M

La visio conférence permetde rélaiser des économies. Elle exige re renoncer à des choses positives (le contatc humain) en échange de ... rien

C'est ca le problème. A moyens constants, je suis pour la video conference quasi-systématique. Même si ca deplait aux magistrats. Les déplacements sont finacncés avec de l'argent public (cout financier du déplacement, temps des personnes déplacées). On doit pouvoir en faire l'usage le plus optimal.

Mais en contrepartie, créons des postes. Les écnomies générées par la videoconférence doivent servir à créer des postes de greffiers, des JAPs, acheter des fournitures, rénover certains équipements qui en ont besoin (les cellules de garde à vue, par exemple), chauffer les locaux, ... Et effectivement, il est normal de sanctionner un magistrat recourant insufficamment à la vidéo-conférence, de même qu'on doit pouvoir sanctionner un médecin qui recourrait insuffisamment aux médicaments génériques.

46. Le vendredi 27 février 2009 à 12:03 par paulfilo

Une petite réaction : "2 devant un chiffre aussi énorme, je suppute que la Chancellerie a comptabilisé pour la bonne bouche TOUTES les extractions, tant médicales qui judiciaires. (...)"

Et si la Chancellerie ne s'était pas trompée et avait bien compté les extractions purement judiciaires ? Et si, vu l'énormité du chiffre, il n'était pas si choquant que ça de vouloir passer à "seulement" 147000 extractions l'année prochaine et 140000 l'année suivante ?


Gascogne :
Excellente question. J'en ai une autre pour vous : Et si vous étiez vous-même détenu, accepteriez-vous de plaider votre cause devant un écran de télévision, par soucis d'économie ?


47. Le vendredi 27 février 2009 à 15:23 par Photine

Merci pour le lien d'explication des ETPT : j'entends ça dans la bouche d'un interlocuteur de la direction du budget depuis qqs temps et non connaissant que les équivalents temps plein (ETP), je me demandais ce qu'était ce nouvel animal...

Interlocuteurs de la direction qui, au demeurant, ont besoin de trouver des raisons de dépenser des sous en ce moment, pour cause de relance présidentielle (dans les deux sens). Si vous connaissez qqun à la Chancellerie, vous pouvez faire passer le message : y a des sous.

48. Le vendredi 27 février 2009 à 15:36 par Bruno Kant

@Gascogne en 46, "accepteriez-vous de plaider votre cause devant un écran de télévision, par soucis d'économie ?"

Je pense que cela se discute. S'il y avait un réel soucis avec ces "nouvelles" technologies, cela se saurait. Le boom des visioconférences a eu lieu à l'époque de la guerre du golfe, au début des années 90, lorsque toutes les entreprises ont eu très peur pour leur personnel qui a rapidement été dispensé puis dissuadé de voyager. Il est aussi probable que les accros aux voyages dits d’affaires ont eu très peur des risques d’attentats et de prises d’otages… Quoi qu’il en soit, les entreprises se sont très vite aperçues qu'elles faisaient d'énormes économies - en terme de temps, de coûts de transport et de frais d'hébergement - et que, pour autant, leurs activités et chiffres d’affaires n'étaient pas impactés. Par ailleurs, plaider ou débattre devant des boites peut avoir un intérêt évident pour peu qu'elles soient équipées de micros opérationnels: on pourrait tous avoir le sentiment de ne pas avoir parlé qu’à la mouche qui court au plafond. Ces boites seront-elles équipées d’imprimantes afin qu’elles puissent délibérer dans la foulée? Pour humaniser le nouveau dispositif, je suggère que ces boites soit équipées de ces jolis petits micros flexibles pour enfants, en forme de fleur.

49. Le vendredi 27 février 2009 à 17:26 par Dental fluo

et pourquoi on ne fait pas les extractions dedans?

C'est ti pas une remarque incisive, cha?

Hin?

50. Le vendredi 27 février 2009 à 18:57 par clé

A la petite phrase de Vallini (il me semble que c'était exactement "Vous ne me ferez pas croire que vous avez l'épaisseur humaine nécessaire à cette fonction"), on a un peu envie de répondre : "En revanche, vous, vous en tenez une sacrée couche..."

51. Le samedi 28 février 2009 à 01:00 par Exilee

Merci a Gascogne d'avoir mis un lien sur le programme de l'ENM. J'avais totalement perdu pied, cette lecture est deprimante.

Formation ou formatage ? La est la question, on ne sort decidement pas des technologies.

Qui trop embrasse mal etreint. C'est peut-etre une bonne idee d'avoir allonge le stage avocat a 6 mois, mais dans ce cas, il aurait fallu rallonger la scolarite d'autant, au lieu de vouloir faire des economies a tout va dans le traitement des auditeurs. Un stage de 5 semaines aux enfants, 6 a l'instruction, ce serait une farce si ce n'etait pas atterrant. Comment apprehender de telles fonctions en si peu de temps ?

D'autre part, l'ecole n'a pas renonce a sa pedagogie pontifiante et inutile, genre l'acte de juger. Desolee, ce n'est pas necessairement chez Montaigne que l'on va trouver les moyens d'expliquer a des parents qu'on leur retire leurs enfants.

J'ai entendu Rachida Dati declarer qu'elle allait favoriser les stages a l'etranger pour tous les auditeurs... La encore 4 semaines, cela permet a peine de voir le pays avant de le quitter. Mais tout est bon pour l'effet d'annonce.

En soi, la visio conference peut etre un outil interessant. Mais le travers enorme est ce baton inflige si vous ne respectez pas les quotas. C'est franchement mal trouve de vouloir faire des economies dans ce domaine. Qu'on regarde d'autres causes de gaspillage, genre frais de conservation de scelles, par exemple pour des vehicules dont la valeur se deprecie rapidement... au lieu de vouloir en faire sur la comparution des justiciables devant leurs juges.

52. Le samedi 28 février 2009 à 09:43 par Véronique

@ Exilee

Desolee, ce n'est pas necessairement chez Montaigne que l'on va trouver les moyens d'expliquer a des parents qu'on leur retire leurs enfants.

Eh bien si justement.

Et en réaction aux interventions qui mentionnent la phrase d'A.Vallini, ce qui pose gros souci dans les ratages judiciaires ce n'est pas l'épaisseur humaine, mais l'épaisseur tout court.

Est-ce une question d'âge ou de trop peu d'expérience professionnelle, je ne le pense pas.

Ce que je crois c'est que si la formation intellectuelle qui trouve ses sources et son socle dans une culture humaniste, ce qu'on appelait les humanités, est escamotée dans le recrutement et la formation des futurs magistrats, alors quels que soient l'âge, les expériences, les stages à droite ou à gauche, il y aura tout lieu d'être interrogatif, voire inquiet.

53. Le samedi 28 février 2009 à 19:36 par Shane

@paulfilo @ gascogne Je vous confirme de source sûre qu'il est impossible de faire une visio-conférence pour une demande de liberté provisoire. Les détenus sont absolument contre surtout pour cette demande de LIBERTE. Ils veulent défendre leur "cause" en face, même si cela est très violent (j'entends violence verbale, bien sûr, surtout pour le détenu qui entend qu'il est un danger pour la société, article ...j'ai oublié du Code pénal).

54. Le samedi 28 février 2009 à 19:46 par Youkoulélé

A ce que je vois, l'essentiel des stages à l'extérieur se passe chez des avocats; pourquoi pas, mais c'est singulièrement restreint comme extérieur. Quid des entreprises (il y a des choses intéressantes à voir surtout lorsqu'on n'y a jamais mis les pieds), des collectivités locales, des organismes de sécurité sociale, des associations diverses, des syndicats ... ? cela peut être très formateur de passer quelques semaines par exemple dans une association d'insertion. L'étranger c'est bien, ça ouvre l'esprit (enfin, sous réserve de ne pas rester confiné dans un cercle étroit) mais encore faut il bien appréhender ce qui se passe autour de soi. L'humanité ne se décrete pas ; pour certains c'est une évidence, pour d'autres ça s'apprend chaque jour, au contact des autres, différents de soi, en l'enrichissant parfois par des lectures. Mais , soyons honnêtes, la formation intellectuelle est loin d'être suffisante ; qui ne connaît de "superbes" esprits, qui dans leurs paroles sont pétris d'humanité mais qui dans leurs actes en sont totalement dépourvus, ou presque.

55. Le lundi 2 mars 2009 à 18:02 par Lurker

Mon cher Maître, une chose me choque. Une chose d'importance certes secondaire, mais tout de même. Jean-Michel APHATIE. Vous prenez, vous aussi, cette (très) (mauvaise) habitude d'écrire les noms propres (et encore, seulement les noms de famille) en MAJUSCULES. Y'a-t-il une raison (typographique, historique, que sais-je) de faire cela, ou avez vous juste un peu trop lu de commentaires bloguesques, qui pensent attirer l'attention en ECRIVANT EN GROS ?

56. Le lundi 2 mars 2009 à 18:47 par Sans pseudo

Ce n’est pas « Mon cher Maître », mais Gascogne, qui a déjà répondu : c’est une habitude administrative, qui permet de distinguer les noms de famille des prénoms au cas où l’un et l’autre sembleraient interchangeables.

57. Le mardi 3 mars 2009 à 23:01 par Exilee

@ Veronique : ou m'avez-vous vu dire que les "humanites" ou la litterature ne devaient pas faire partie de la culture du magistrat ? Nulle part car je ne l'ai jamais pense.

Mais pour en arriver la ou il est, l'auditeur doit avoir des connaissances significatives dans ce domaine. A l'ecole on ne fait pas, fort heureusement, que du droit car la aussi les connaissances sont censees etre acquises dans ce domaine. Mais je maintiens que les sessions pontifiantes ou l'ENM pretend "forger" le magistrat sont inutiles. La justice a legerement change depuis le temps ou Montaigne exercait. Il n'a jamais divorce personne, n'a jamais place d'enfant. Il faut au magistrat une aptitude a denouer, a l'audience, les montees de tension qui peuvent etre catastrophiques et provoquent un sentiment d'injustice chez ceux qui y sont confrontes : exemples, epoux qui se chamaillent chez le juge aux affaires familiales, parents qui se revoltent contre les services sociaux qu'ils croient coupables de placer leurs enfants, agressivite du public en comparution immediate qui peut etre intimidante pour tout justiciable. Or voyez-vous, l'ecole n'apprenait pas, de mon temps, aux futurs magistrats, a gerer de telles situations. Mis a part certains magistrats qui, de maniere informelle, partageaient parfois leur experience, on ne donne pas de conseils dans ce domaine, laissant chacun reagir au hasard. Pourtant, il y a des formations qui pourraient aider, sans pour autant transformer le magistrat en psychologue, chacun son registre.

Rien de ce que j'ai vu dans le nouveau programme ne me fait croire que cela ait change, mais je ne demande qu'a etre detrompee. Si cette lacune a ete reparee, je m'en rejouirai, mais j'ai bien peur que l'ecole ne tienne encore a ses vieilles marottes dont la pertinence, dans la pratique, n'est pas demontree.

L'ecole ne se donne pas les moyens de ses ambitions en gardant la formation restreinte a environ 31 mois, tout en ayant un programme colossal a digerer pour ses ouailles. Le tout informatique ou tout video ne va rien y changer.

58. Le mercredi 4 mars 2009 à 08:32 par Véronique

@ Exilee

Pour dire les choses.

Ma réaction à votre post était liée au fait qu'au même moment où je vous ai lue, j'avais dans la tête, pour un autre billet, les ravages de la séduction et de la toute puissance intellectuelle des victimologues intervenus dans l'affaire d'Outreau.

Et je dois dire que considérant Outreau, plus ça va, plus je suis dans cet état de sidération décrit par Eolas: Tombez, mes bras, bée, ma bouche, dessillez, mes yeux...

Bref, je pense qu'Outreau révèle en creux une très grande perméabilité intellectuelle de l'Institution judiciaire à des modernités aussi volatiles que désespérantes. Et que l'ENM n'a sans doute pas su échapper à cet étau.

La question de l'épaisseur humaine des magistrats m'apparaissant alors secondaire au regard de celle de l'épaisseur intellectuelle tout court.

Celle par exemple qui permet de ne pas laisser la décision, et par conséquent le pouvoir et le leadership, aux dogmes de toutes sortes.

Pour les cas conflictuels que vous abordez - divorces, enfants placés -, je me demande quand même si la maîtrise professionnelle de telle ou telle situation difficile relève bien d'une forme d'assistance psychologique des magistrats ou d'interventions de psychologues dans les formations.

Et aussi je me demande également si la maîtrise des situations éprouvantes n'appartient pas de façon exclusive au domaine de l'expérience professionnelle.

Celle que l'on acquiert soi, mais aussi et surtout celle qui ne peut être transmise que par des patrons, des tuteurs et des aînés.

59. Le vendredi 6 mars 2009 à 00:57 par Exilee

@ Veronique, Reste a savoir si Eolas vous saura gre de cet emprunt. En tout cas, il serait temps que vous lisiez les messages tels qu'ils sont ecrits, non tels que vous voulez les interpreter pour faire avancer vos arguments. J'ai affirme que le magistrat ne devait pas devenir psychologue, chacun son domaine, mais cela vous a visiblement echappe. Ceci etant, il y a dans d'autres disciplines que le droit des "cles" qui peuvent aider le magistrat au quotidien et l'ENM leur prefere des digressions peu utiles. Quant a vous demander si la maitrise des situations eprouvantes ne releve pas de facon exclusive de l'experience professionnelle, a l'evidence vos prejuges vous aveuglent. Car j'ai vu de jeunes magistrats savoir desamorcer des conflits que certains magistrats experimentes n'etaient pas a meme d'eviter. La dessus mon experience me permet de rejoindre les constatations faites par Gascogne et certains commentateurs, affirmant que la valeur n'attend point le nombre des annees. Mais puisque vous voila devenue experte autoproclamee en desastre judiciaire, que n'attendez-vous pour contacter l'ENM afin de dispenser a ces auditeurs decidement mal degrossis, vos lumieres, en qualite d'intervenant exterieur au milieu judiciaire ?

60. Le vendredi 6 mars 2009 à 08:30 par Véronique

@ Exilee

Eolas pourrait naturellement me reprocher un emprunt abusif de sa formule.

Mais bon, je la trouve intelligente, efficace et très exacte pour exprimer l' état de sidération quand nous lisons des trucs et des machins petitement pensés, rapidement bricolés et négligemment écrits.

Ceci étant, il y a dans d'autres disciplines que le droit des "clés" qui peuvent aider le magistrat au quotidien et l'ENM leur préfère des digressions peu utiles.

Bien sûr que oui.

Et j’ai bien compris que votre propos n’était pas de faire du magistrat un psychologue.

Ce que j’ai voulu exprimer c’est ma grande méfiance à l’égard des psychologismes qui semblent avoir envahi l’espace judiciaire, comme ils ont envahi bon nombre de secteurs de la société.

Pour former des professionnels débutants dans les métiers qui sont directement confrontés aux malheurs et aux désespérances, j'ai plus confiance dans la transmission de l’expérience - réussites, échecs - par des aînés, qu’au recours - pour faire vite - aux jeux de rôles, genre mises en situation d’inspiration psy .

Mais puisque vous voila devenue experte autoproclamée en désastre judiciaire, que n'attendez-vous pour contacter l'ENM afin de dispenser a ces auditeurs décidément mal dégrossis, vos lumières, en qualité d'intervenant extérieur au milieu judiciaire ?

Ce sont toujours les mêmes invectives et les mêmes reproches.

Pour être autorisé à parler des victimes, il faudrait avoir été une victime, pour être autorisé à émettre un avis sur la prison, il faudrait être un professionnel des prisons ou avoir été détenu, pour être légitimé à avoir une opinion sur la tartre à la crème du manque d’épaisseur humaine des juges, il faudrait être de la maison.

Et si nous ne pouvons faire valoir rien de tout cela, alors nos interlocuteurs se sentent autorisés à nous enfermer au moyen de l'absurde et de l'excessif.

Il n’est pas scandaleux de s ‘interroger sur les boulevards que l’Institution judiciaire a ouverts aux psychologismes de toutes sortes. Y compris dans les formations dispensées aux futurs magistrats. Tant mieux si un séminaire animée par des psychologues aident à savoir maîtriser des situations conflictuelles.

Mais le sens et l’intelligence de l’autre ne relèvent pas pour moi d’une maîtrise plus ou moins réussie d’enseignements phagocytés partout par les psychologismes.

61. Le mardi 10 mars 2009 à 22:44 par Exilee

@ Veronique Libre a vous d'assimiler l'ironie a l'invective ou l'excessif, mais elle me semble davantage dans le ton de ce blog que les lecons de morale a tout crin. La conclusion mordante de Gascogne dans ce billet l'illustre sans aucun doute.

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