Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Une fille de style soutenu.

par Sub lege libertas


Cindy habite chez une tante qui a l’âge d’être sa grande soeur. Cindy ne cause à ses parents ni soucis, ni de sa vie ; d’ailleurs elle ignore leur adresse et toute leur existence, comme eux la sienne. Cindy a quinze ans et demi, un copain et déjà deux mois de tapin. Cindy ne s’en plaint pas et regimbe presque quand à minuit, des fonctionnaires de police lui trouvent sans doute trop d’enthousiasme mais aussi de jeunesse, la recueillent sur le trottoir où elle racole, couvée du regard depuis sa voiture par son copain tout juste majeur et un ami.

Cindy leur dit aux policiers et le leur répétera à longueur d’audition, qu’elle fait la pute sans que Dimitriu son copain l’y force. Il est même très gentil Dimitriu et elle lui donne un peu d’argent pour l’aider. De toute façon, elle seule peut payer les kébabs. Et quand les autres prostituées, les africaines qui tiennent ce coin de trottoir, comme un port franc de la luxure, ont voulu la corriger d’une concurrence malvenue sur le marché de la concupiscence tarifée, Dimitriu est intervenu, courageux mais pas téméraire avec Brandon son ami d’un jour, d’un soir, de galère. Depuis une semaine, Dimitriu et Brandon la déposent en voiture au bord de son caniveau et ils restent là pour surveiller la lune ; ça la rassure même, Cindy.

Dimitriu est interpellé sur son camp de misère au milieu de compatriotes. Il est proxénète de mineur. Ce n’est pas un pro, c’est net mais peu mineur pour la loi pénale. Dix ans d’emprisonnement encouru comme prix des kébabs partagés, du taxi bénévole direction un bout de trottoir et d’un billet de dix euros accepté par-ci par-là. Il ne le nie pas quand on le lui explique par le truchement d’un interprète. Il précise même qu’il savait que Cindy était “d’accord pour faire ça” et qu’il ne la tapait pas, ce qu’elle confirme ayant vendu ses charmes avant même de le rencontrer. Et Brandon, tout autant gardé à vue que Dimitriu, abonde. Pourquoi a-t-il donné un coup de main à Dimitriu ? C’est un ami qu’il avait rencontré il y a une semaine, depuis que sa femme l’avait largué en vidant son appartement. Après trois ans de vie, avec un enfant et sans aucune garde à vue comme avant. A la dérive, on se raccroche à la galère des autres, on pense sombrer moins vite... Oui, il savait que Cindy était prostituée et que Dimitriu la protégeait, mais n’y arrivait plus tout seul. Il est complice, il l’admet.

Cindy reverra plus tard son juge des enfants. Cindy ne comprendra pas pourquoi Dimitriu qui lui se souciait un peu d’elle, l’aimait même peut-être, est fautif. Les bonnes âmes diront qu’au moins la loi la protège d’un minable petit profiteur de son calvaire. Mais de quelle protection lui parle-t-on ? Ne rappelons pas que la majorité sexuelle est fixée à quinze ans et que la prostitution est légale, même si hypocritement la loi pénale punit le client d’une péripatéticienne mineure : pute mineure oui, mais sans client, merci. Cindy se foutrait bien de savoir son tapin légal ou dans les marges du Code pénal. Bien sûr la morale des bonnes gens réprouve le sexe tarifé et incline moins encore à approuver la prostitution chez les mineurs fussent-ils âgés de plus de quinze ans. Cindy ne cherche pas d’approbation. D’aucuns ajouteront que la misère et la mésestime de soi sont des contraintes qui rendent illusoires les pétitions de choix volontaire dans la pratique de la prostitution. Cindy n’a jamais connu les illusions de l’enfance et ne se croit pas si libre en fausse adulte.

Dimitriu et Brandon iront répondre de tout cela en comparution immédiate. Justice sera rendue. Plus tard, l’affaire est renvoyée. Bien défendus, Dimitriu et Brandon ressortent, interdits. Cindy est rentrée chez sa tante, du moins l’a-t-elle suivie en sortant du commissariat. Cindy n’est pas venu au Tribunal, pourtant c’est sur le chemin pour retourner à son tapin. Peut-être, espérera-t-elle y retrouver le soutien du regard de Dimitriu, voire Brandon. Non, ils sont sous contrôle judiciaire avec interdiction d’être à son contact. On l’entendrait presque murmurer : “Putain de Justice !”

Commentaires

1. Le mardi 26 mai 2009 à 22:55 par Nichevo

La question n'est pas de savoir si ce sont des délinquants mais si notre justice des mineurs peut faire en sorte de les faire sortir de ce milieu, leur proposer une alternative et leur donner les moyens de s'en sortir. Ils sont libres... et alors? Le plus dur avec certaines " non décisions " de justice , c'est de voir notre incapacité à les protéger d'eux mêmes...

Sub lege libertas:
La conclusion est bonne. Pour le reste si vous av(i)ez bien lu, Dimitriu et Brandon sont deux paumés majeurs, mais les questions que vous posez restent...

2. Le mardi 26 mai 2009 à 23:07 par Leslie/Elsie

Et la gamine, dans cette histoire, on lui propose quoi ?

Sub lege libertas:
Ce billet d'humeur maussade n'a pas d'autre visée que de montrer les limites ou les impasses de l'action judiciaire. C'est juste une tranche de vie. Et quand on tranche l'humain, çà saigne...

3. Le mardi 26 mai 2009 à 23:14 par Dom

Et quoi, Sub Lege Libertas ? Quel est le sens de votre apologue ? Quelle liberté se cache ici sous quelle loi ? Seriez-vous en proie aux affres du doute ?

Sub lege libertas:
Apologie ? non. Quelle liberté sous quelle loi ? peut-être aucune, juste des contradictions téléologiques : réprimer le proxétisme pour protéger la mineure victime, mais la mineure est-elle seulement la victime de son proxénète d'occasion quand au fond elle y voyait son seul soutien? Que peut vraiment le juge des enfants face à un parcours comme le sien... ? D'ailleurs Cindy pourrait même lui rétorquer que son "activité" n'est pas illégale, quoique sans clientèle légale. Voilà, comme écrivait Louis XVI dans son carnet de chasse le 14 juillet 1789 : RIEN.

4. Le mardi 26 mai 2009 à 23:22 par Benoît

Je ne suis pas versé dans les arcanes du droit, et j'ai donc une question (mekeskidi?): Majorité sexuelle, je n'ai pas trouvé le terme dans le code pénal. Je n'ai trouvé que la pénalisation des actes sexuels sur mineur de quinze ans: . Dans ma beotienne ignorance, je me dit que 1) quinze ans signifie "moins de quinze ans" ? 2) que c'est ce texte qui définie cette fameuse majorité... Si quelqu'un avait la bonté de confirmer ou d'infirmer, j'en serais comblé...

Sub lege libertas:
votre béotienne ignorance est en fait une juste compréhension. Il n'y a pas de texte parlant de majorité sexuelle. C'est une notion qui se dégage du fait que dans le cas de relations sexuelles consenties évidemment, seules restent pénalisées celles entre un adulte et un mineur de moins de quinze ans. Mineur de quinze ans veut bien dire "en bon françois" âgée de moins de quinze ans, donc avant son quinzième anniversaire. Par ailleurs, jusqu'à une modification recente l'âge au mariage libre des filles était fixé à quinze ans.

5. Le mardi 26 mai 2009 à 23:23 par Tinkerbell

Jusqu'à présent, lorsque je vous entendais requérir, soit vous me terrorisiez, soit vous me faisiez rire (pas de vous, je vous rassure)

Sub lege libertas:
c'est mon coté hugolien : entre sublime et grotesque ! et la longueur de mes réquisitoires est proche de la Légende des siècles...

Aujourd'hui, je découvre une autre facette de vous... mon respect est d'autant plus grand. Merci beaucoup.

Sub lege libertas:
De rien... vous êtes cordialement invité à me manifester la grandeur de votre respect à mon cabinet puisqu'il vous semble me connaître, je paie la bière ou ce qui vous tente...

6. Le mardi 26 mai 2009 à 23:36 par Davinel

@4 Benoît.

Vous avez raison, c'est bel et bien ce texte qui définit la majorité sexuelle.

7. Le mardi 26 mai 2009 à 23:40 par Marcus

Et ? C'est le premier mot qui me vient à l'esprit en vous lisant. Dimitriu est un gentil, pourquoi pas ? Cela étant, il laisse une amie mineure se prostituer sous ses yeux et accepte qu'elle lui verse de l'argent ("billet de dix euros accepté par-ci par-là") ou qu'elle paie pour lui des repas avec de l'argent gagné illégalement en toute connaissance de cause, quand il ne l'emmène pas au "travail". Brandon est un gentil, pourquoi pas ? Il est dans la voiture qui emmène Cindy au bord du trottoir, d'où il l'observe en compagnie de Dimitriu durant toute la nuit (ça me rappelle vaguement les proxos des vieux films...). La vie est dure pour eux. Certes. Je crois savoir qu'elle est dure pour tout le monde. Ceci étant je me passerai bien volontiers de tels amis... En définitive, ne serait-il pas plus constructif de s'interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour aider Cindy à se réinsérer dans la société ? Ou sur ceux qui permettraient à de jeunes mineur(e)s de ne pas sombrer dans de telles dérives ? Aussi, je me permets de vous soumettre l'idée de substituer "Putain de système de réinsertion" à votre "Putain de justice".

8. Le mercredi 27 mai 2009 à 00:21 par didier specq

Pour les amateurs de géographie, cette histoire, renvoyée hier soir en comparution immédiate, se situe à Lille. Or, le secteur prostitutionnel de Lille se situe à l'ombre de la tour du Palais de Justice.

D'où la phrase un peu obscure de "sub lege libertas" qui nous dit que, pour retourner au tapin, la jeune fille va devoir repasser par le Palais de Justice. Tout le monde n'a pas la chance d'être Lillois!

Sub lege libertas:
Comment ? des gens vivent ailleurs qu'à Lille ? çà c'est de l'info coco !

9. Le mercredi 27 mai 2009 à 00:25 par Dom

... sans compter que Dimitriu et Brandon, ils n'auront même pas la possibilité de faire des marque-pages de BD dans la bibliothèque municipale d'Antoine.

Vous savez quoi, Sub Lege Libertas ? On est ici sur un blog de juristes, et on parle de délinquance des mineurs, ou de presque mineurs, ou de presque délinquance. Et bien sûr, il faut distinguer entre presque et tout à fait. Entre celui qui est né le 31 décembre et celui qui est né le premier janvier. Entre le petit ange de 14 ans et 11 mois et la petite pute légale de 15 ans et demi. Entre le gentil bibliothécaire qui s'investit à titre personnel, va savoir pourquoi, dans la rédemption d'un dadais paumé, et la machine à broyer de l'institution judiciaire. Mais des histoires à pleurer, il y en a à chaque coin de rue. Des belles histoires aussi. Si j'avais le temps, je vous raconterais celle de mon petit voisin, qui a huit ans, un petit garçon adopté à l'âge de quatre ans, avec, déjà, un passif tellement lourd qu'il paraissait bien parti pour grossir les rangs de la délinquance juvénile. Jusqu'à ce que... Une rencontre. Un hasard. Un lien qui se crée, des mots qui portent, un regard différent, et tout qui bascule... du bon côté.

Le droit, la justice, les structures institutionnelles n'ont pas vraiment de prise sur les hasards de la vie. En réalité, ce n'est pas non plus leur rôle. Un flic, un juge, c'est pas un psy. Et un psy, ça ne vaudra jamais la gentillesse désintéressée et non professionnelle, et donc parfois maladroite, du gars (ou de la dame) qui, va savoir pourquoi, prend un tout petit peu de son temps pour s'occuper de Kevin, Cindy, Dimitriu ou le petit voisin mal barré.

A ce point, j'ai conscience que je vais tomber dans la tarte-à-la-crème, mais néanmoins, je m'y engage franchement : il est clair, pour moi, que l'urbanisation, la "merchandisation" des valeurs, le culte de la réussite individuelle ont détruit le tissu social qui protégeait tant bien que mal les enfants du pire. La gratuité est devenue suspecte, ou admirable, c'est selon. Mais en gros, le réflexe, c'est : "C'est pas à nous de". Il y a des flics, des juges, des avocats, des profs, des psys, des éducateurs pour s'occuper des jeunes "à problèmes". Où sont passés les parents, les voisins, les grands-parents, les frères, les tantes, les copains des parents ? Pourquoi sont-ils si seuls, tous ces mômes ?

10. Le mercredi 27 mai 2009 à 00:53 par Yves D

Ca pourrait presque être une presque belle histoire, à classer dans un rayonnage de bibliothèque entre "la petite fille aux allumettes" et "pretty woman" ...

Sauf que ...

Qui nous dit que Dimitriu n'est pas effectivement un "apprenti Macro" ? Qui nous dit que Cindy n'a pas été poussée sur le trotoir par des fréquentations "intéressées" (au bénéfice) ? Ca a beau être l'un des "plus vieux métiers du monde", ça reste très dur psychologiquement ... et donc entraine une grande capacité de mensonge ...

11. Le mercredi 27 mai 2009 à 00:54 par Benoît

@ Davinel Dont acte, je suis comblé, merci!

12. Le mercredi 27 mai 2009 à 06:51 par Antoine

A Dom

Entre le gentil bibliothécaire qui s'investit à titre personnel, va savoir pourquoi, dans la rédemption d'un dadais paumé, et la machine à broyer de l'institution judiciaire. Mais des histoires à pleurer, il y en a à chaque coin de rue.

Vous vous trompez un peu, Dom, je ne me suis pas investi qu'à titre personnel, mais également, à titre professionnel.

Ce que je n'ai pas évoqué dans mon récit, c'est qu'en réalité jamais un stage dans notre bibliothèque, les jours qui précédaient la venue de Kevin, n'a été préparé et structuré à ce point. Et quelle que soit la nature d’un stage, nous nous efforçons toujours d'en structurer le contenu. L'hypothèse d'une fausse route pour ce qui concerne les BD avait été envisagée. Un autre travail était prévu pour éventuellement prendre le relais.

Même pour la pose des nouvelles cotes, le chemin était balisé. Notre souci à Camille et à moi: que Kevin soit encadré au plus près possible. Cela a nécessité en amont une organisation du service particulière, sachant que le samedi, en fait, reste un des deux jours de la semaine (avec le mercredi) où nous sommes le moins disponibles.

L'objectif que nous nous étions fixés avec Camille : placer Kevin dans une logique de satisfaction d'un travail fini. Et puis, nous aussi, va savoir pourquoi, nous étions intéressés à réussir quelque chose. Et aussi il y a eu des frictions et des enguelades avec Kevin.

Un objectif était posé pour chaque samedi. Kevin s’estimait quitte quand le travail prévu dans sa journée était terminé. Il me disait alors ne pas accepter de rester jusqu’à 17h30, l’heure réglementaire de la fin de sa journée inscrite sur le document de la Justice. A tort ou à raison, je lui disais que non, 17h15 ou 17h20 n’est pas 17h30...colère de l’intéressé. Moi, là, j'étais désemparé.

13. Le mercredi 27 mai 2009 à 07:17 par Passant

Nichevo : je me pose quand même une question : qui sont les clients de cette jeune fille ?

14. Le mercredi 27 mai 2009 à 08:11 par Mathaf Hacker

Elle avait sous sa toque de martre, sur la butte Montmartre, un p'tit air innocent. On l'appelait rose, elle était belle, a' sentait bon la fleur nouvelle, rue Saint-Vincent.

15. Le mercredi 27 mai 2009 à 08:33 par didier specq

@Passant

Qui sont les clients de cette jeune fille? Ben, tout le monde, au moins apparemment. Les vieux, les jeunes pas riches ou pas beaux, les malades, les isolés, les cadres qui s'ennuient loin de la maison, les gros, les déprimés, etc... C'est l'extension du domaine de la lutte, comme dirait quelqu'un qui écrit des bouquins.

La sexualité, comme celle qui monte les escaliers au festival de Cannes, est réservée aux riches. La frustration sexuelle et affective est répétée à l'infini par toutes les pubs. Donc, il en existe une sexualité par location.

Sérieusement, comment un chômeur de 55 ans, si son couple "normal" a explosé, peut "avoir" une sexualité épanouissante avec une partenaire sympathique?

16. Le mercredi 27 mai 2009 à 08:52 par Salagir

Moi je trouve qu'ils s'en sortent vachement bien !

Sub lege libertas:
Ah mais oui, d'ailleurs tous ils jubilent et nagent dans le bonheur ! merci d'un point de vue aussi élaboré.

J'étais pas là et l'histoire n'a pas tous les détails pour de ne pas faire 28 pages (merci^^)

Sub lege libertas:
bah vu votre lecture, je ne regrette pas l'économie de moyens

mais face aux faits, et si les 3 personnes étaient bien des imbéciles sincères, merci et grand merci la justice de ne pas avoir fait les classiques qu'on retrouve dans les petites news du genre: "Quatre ans de prison pour trois gamins qui ne transportaient de la coke pensant que c'était les médicaments de grand-mère" / "100 000 E d'amende pour avoir laissé son Wi-Fi ouvert" / "Une main coupée pour avoir vendu des dvd gravés pour nourrir ses 6 enfants"

Sub lege libertas:
Je ne sais pas où vous puisez vos "petites news" mais je ne regrette pas d'ignorer la source. D'ailleurs si on avait "fait les classiques" pour reprendre vos mots, on aurait dû émasculer Dimitriu et Brandon et tondre Cindy, non ?
restez à vous repaître de vos "petites news du genre". Ne vous fatiguez plus à lire mes billets de moins de 28 pages.

Et puis la demoiselle déclarait-elle ses revenus ? AH-AH !!!

Sub lege libertas:
Ah oui, vous, vous être un honnête contribuable; et ça vous donne des certitudes morales. Allez, dénoncez-la au fisc.

17. Le mercredi 27 mai 2009 à 10:38 par cultive ton jardin

Bah, tout ce qu'on peut lui souhaiter, c'est de retrouver ses protecteurs (et de plus se faire prendre), car pour ce qui est de la protection de la loi, elle me semble un peu légère.

Sauf que quand ces protecteurs là (ou d'autres) deviendront de vrais méchants (ou se feront éliminer par des vrais méchants), la protection de la loi sera toujours aussi légère, hélas.

Punir les victimes, c'est tout ce qu'on a trouvé pour les "protéger"?

18. Le mercredi 27 mai 2009 à 10:51 par Alec

Bien que touché, comme beaucoup d'autres lecteurs, je pense, par les souffrances humaines ainsi évoquées,je ne comprends pas trop le sens de ce billet: est-ce que vous estimez, cher Sub lege libertas, que la loi n'a pas été correctement appliquée ? Cela me paraitrait prématurée tant que l'on ne connait pas la décision qui sera rendue à l'encontre des deux jeunes gens, et qui peut aller d'une condamnation sévère à la dispense de peine (c'est dans de tels cas que joue à plein le rôle du juge).

Ou bien, voulez-vous dire que la loi est mal faite ? Mais doit-on modifier une loi qui permet de poursuivre tous ceux (proxénètes, hôteliers, têtes de réseaux de call-girls, etc) qui exploitent sciemment la prostitution en se f...ant des filles (et des garçons), et même souvent en les brutalisant, pour ne pas avoir à inquiéter les minables "julots casse-croûte" ? C'est encore une fois au juge d'apprécier la sanction ou la mesure la plus adéquate, en différenciant les "professionnels" des "amateurs".

Sub lege libertas:
Je narre mais ne dis rien, je vous laisse dire pour vous lire.

19. Le mercredi 27 mai 2009 à 10:57 par Estelle

A 14 ans, pendant une fugue, ça m'est arrivé, une fois. J'avais pas mangé depuis trois jours et un mec qui m'avait pris en stopme l'a proposé. Ca arrive. Tous les jours surement. Moi c'était une seule fois parce que deux jours plus tard je me suis fait ramasser par les flics qui m'on directement réexpédié à la maison. Ils ont été gentils avec moi au poste. Ils m'ont offert à boire et à manger. Cette petite fille-là personne n'est venue la chercher. Et puis avant de la laisser partir elle a dû se justifier de sa vie. Cf. plus haut, si la solution c'est de taper toujours plus fort alors on ne fera que plus de victimes. Des petites filles qui en plus d'être absolument seules avec leur réalité seront mises en demeure de s'en justifier. C'est le genre d'histoires auxquelles on survit à cet âge-là. Mais c'est un rapport intime et complèxe où personne d'extérieur n'a sa place. Personne ne peut s'y imposer en exigeant des comment, des quand, des combien. Dimitriu, dans la nuit, n'était qu'une ombre sur une siège conducteur. Invariablement à ses côtés. Mais sans mots, puisqu'ils ne parlaient pas la même langue et ça c'est le meilleur ami qu'on puisse avoir quand ce qu'on fait dépasse l'entendement. Alors les mesures éducatives, les amis, la famille, le bon air frais de la campagne je n'y crois pas vraiment. Chercher sa voie encore et toujours et peut-être la trouver un jour. Mais peut-être pas. Ou peut-être tard. Mais la solitude était dans ses os bien avant qu'elle ne commence à tapiner. Une petite fille ça mérite le respect, pas un interrogatoire. Une petite fille, on ne lui vole pas son histoire.

20. Le mercredi 27 mai 2009 à 11:08 par maya60

"Cindy ne s'en plaint pas" dites vous... j'ai un drole de sentiment à la lecture de votre article. Vous suggerez finalement qu'une gamine de 15 ans se prostitue par choix, qu'elle est pleinement consentante et que finalement ceux qui pourraient critiquer cela font de la morale mal placée (si j'ai bien compris avec la phrase "la morale des braves gens").

Sub lege libertas:
Ai-je vraiment suggeré cela ? Vous le lisez ainsi. Ce billet n'est pas mon point de vue péremptoirement exposé (Je ne vais quand même pas vous infliger mes réquisitoires...). J'ai volontairement juxtaposé des élements, choisis et écrits à ma façon, de ce qui est l'expression des points de vue des protagonistes (prévenu, victime, professionnels de justice au sens large), sortie de leurs auditions ou de leurs interventions. C'est brut, brutal sans doute. Je laisse au lecteur son malaise ou la difficulté de ce faire un jugement. Le mien vous ne l'aurez pas directement : certains lecteurs commentant ici l'ont approché.

Désolée, une môme de 15 ans qui fait le tapin, ça me choque, je trouve ça épouvantable et je me demande ce qui a bien pu se passer dans sa courte vie pour qu'elle en arrive là et qu'elle pense n'avoir que ce choix.

Ca me fait penser à ces femmes battues par leurs maris, qui restent quand même par soit disant "amour". Ont elles réellement le choix ? Quand celui qui fait du mal est un proche, un très proche, même, qu'on aime par dessus tout a-t-on encore le choix ?

Touchez vous du doigt cette difficulté, ce dilemme horrible, tellement horrible qu'on prefère l'écarter et penser que oui, il vaut mieux accepter sa condition. Evidemment, quand on a 15 ans et qu'on n'a pas de parents pour être soutenue, épaulée, conseillée, c'est encore plus dûr.

Que notre cher gouvernement continue à supprimer des postes d'éducateur et à empecher de l'interieur et de manière completement perverse le travail de protection des juges des enfants et des petites Cindy qui ne vont plus à l'école, qui échappent à toute protection judiciaire, il y en aura encore plus... Comme ça les braves gens pourront dire "vous voyez bien tout ça, les éduc, les juges des enfants, ça sert à rien..., ça coute de l'argent"

ah, mais j'oubliais, c'est vrai tout ces fonctionnaires (les éduc, les travaileurs sociaux, les juges...) ça coute de l'argent aux braves gens qui paient des impots, qui votent...

Cindy, elle ne vote pas et ne votera certainement jamais. Elle n'est pas syndiquée, ne manifeste pas. Il n'y a pas grand monde pour l'aider à porter sa souffrance. On comprend bien pourquoi elle décide de garder cette souffrance bien à distance. Il ne lui reste plus qu'à tapiner plus pour gagner plus.

J'espère que les braves gens dorment tranquilles.

21. Le mercredi 27 mai 2009 à 11:15 par salah

@ Dom 8
‎« Pourquoi sont-ils si seuls, tous ces mômes ? »‎

En vous posant la question du pourquoi ,vous remontez mécaniquement jusqu’à l’origine de ‎l’homme et pas n’importe quelle origine. Celle d’Adam et Eve qui n’ont pas su élever leur ‎progéniture en se contentant de forniquer tout en touchant les allocs divines.

C’est en partie ‎ce qui explique le peu de foi que vous avez manifesté à l’égard des intervenants que vous ‎citez institutionnels ou pas.‎

Or si vous vous posez la question du Comment ils sont si seuls tous ces mômes , vous verrez ‎que l’amélioration de votre confort dépend du bien être d’autrui. fussent-ils désignés ‎administrativement comme étant fragiles ou en danger .

Lorsque vous affirmez : « Va savoir ‎pourquoi, dans la rédemption d'un dadais paumé… » au sujet du commentaire d’Antoine sous ‎le billet précédant ,vous manifestez votre inquiétude et vos angoisses , signes d’une ‎identification personnelle telle que j’ai envie de vous retourner la question : Quelles sont vos ‎craintes au juste ? ‎

22. Le mercredi 27 mai 2009 à 11:59 par toto

18. Le mercredi 27 mai 2009 à 11:08, par maya60

« "Cindy ne s'en plaint pas" dites vous... j'ai un drole de sentiment à la lecture de votre article. Vous suggerez finalement qu'une gamine de 15 ans se prostitue par choix, qu'elle est pleinement consentante et que finalement ceux qui pourraient critiquer cela font de la morale mal placée (si j'ai bien compris avec la phrase "la morale des braves gens"). »

+ 1.

23. Le mercredi 27 mai 2009 à 12:58 par Leopold Stotch

@ maya60 et toto:

Evidemment que c'est choquant. Mais face à des réalités aussi dures, la morale, pas plus que la théorie du libre arbitre, ne sont d'un grand secours.

SLL, il me semble, ne fait que nous livrer un sentiment. Une sorte de rage mélancolique contre notre impuissance institutionnelle et individuelle face à des situations comme celles-là. Et aussi, je crois, sa conviction que les réponses qu'on est en mesure d'apporter sont inappropriées.

Sub lege libertas:
perspicace lecteur et commentateur... c'est une lecture possible en tout cas !

24. Le mercredi 27 mai 2009 à 13:09 par siarres

Je ne sais pas si vous étes magistrat , mais si vous l'étes je vous remercie de montrer qu'on peut étre obéissant à la loi sans étre stupide .

Sub lege libertas:
Bin Merdre ! moi qui croyais juste être un peu singulier...

Je me suis toujours demandé comment les magistrats recevaient les histoires " de cul" qui encombrent les parquets Le domaine de la sexualité est celui ou l'hypocrisie est traditionnellement EEEnorme ( comme dirait le pére UBU ) Je viens de lire chez orange l'article sur la rafle de 80 lecteurs d'images pédophyles , le fait est en lui même insignifiant et probablement sans vraies conséquences ,

Sub lege libertas:
la détention d'images pédo-pornographiques n'est pas insignifiante : pour les auteurs de ce "délit en pantoufle" (c'est ma formule pour évoquer l'insouciance du gars qui mate ses vidéos en charentaise à la recherche de sa petite excitation) effectivement les images ne signifient pas des viols d'enfants (des sodomies de nourrissons tout de même parfois... je suis pas bégueule mais là je dégueule). Ça reste virtuel donc sans conséquence car ils se sentent protégés par l'écran et "ils n'y touchent pas". Mais cette circulation des images pédophiles signifie en REALITE la nécessité de passage à l'acte extrêmement odieux avec un business autour. Ce n'est pas comme mater des estampes japonaises sorties de l'imagination perverse d'un dessinateur.

sinon médiatiques liées à la période électorale , mais il faut lire l'avalanche de commentaires de vertueux qui suit cette news pour avoir une compassion pour les magistrats d'Outreau ,que par ailleur je condamne pour leur faiblesse . Ce genre de singerie à encore beaucoup d'avenir . @ salha A propos d'Adam vous noterez que déja Dieu n'aimait pas le sexe c'est pour cela que selon Saint Augustin nous sommes condamnés pour l'éternité à porter le péché originel - et pourtant c'était une seule foi! et vous savez qu'on est logiquement plus sévére pour les récidivistes ! Alors soyez prudents , Il vous voit .

25. Le mercredi 27 mai 2009 à 13:21 par toto

21. Le mercredi 27 mai 2009 à 12:58, par Leopold Stotch

« @ maya60 et toto:

Evidemment que c'est choquant. Mais face à des réalités aussi dures, la morale, pas plus que la théorie du libre arbitre, ne sont d'un grand secours. »

C'est justement parce que nous sommes des êtres moraux que nous trouvons cela choquant et dure, et nos réactions et actions face à ces réalités sont donc guidées par la morale. Je crois qu'à force de dénigrer la morale au point d'en faire presque un synonyme de « mal » (ironie), on a oublié qu'elle nous est un secours au quotidien, en toutes choses, puisque tous les jours, en toutes choses, nous distinguons et vivons en fonction de notre distinction du bien et du mal.

26. Le mercredi 27 mai 2009 à 13:22 par Manou

Je trouve cet article très bien écrit. Comme Maya60 et Toto j'ai d'abord été un peu choqué et puis en relisant j'ai vu l'article autrement. En me disant que au final qu'elle ait été juste une gamine paumée ou pleinement consciente de son choix et que eux aient été de vrais salauds ou juste d'autres gamins paumés ou encore un mélange de tout ça n'est peut-être pas le plus important. Ce qui est important c'est qu'on vit dans une société ou ce genre de drame peut arriver et qu'on n'a pas de réponse à ça. Votre article ne juge personne, il en est d'autant plus bouleversant. Merci

27. Le mercredi 27 mai 2009 à 13:53 par toto

« Ce qui est important c'est qu'on vit dans une société ou ce genre de drame peut arriver et qu'on n'a pas de réponse à ça. »

Sur quoi se fonder pour dire qu'il n'y a pas de réponse ?

« Votre article ne juge personne, il en est d'autant plus bouleversant. »

Ou bien est une ode à la résignation.

Sub lege libertas:
Résignation non, je poursuis ce nonobstant. Mais il est bon parfois d'avoir un moment de scepticisme philosophique et de "suspendre son jugement", pour (se) donner à voir, réfléchir (presque au sens optique) son action. Et vous lire en vous renvoyant cette image, c'est aussi tutoyer l'humanité pascalienne des gens en et/ou de justice, ces hommes ou femmes qui trop souvent croient faire l'ange, quand ils font la bête...

28. Le mercredi 27 mai 2009 à 13:54 par Kemmei

Outre qu'il est très touchant, ce texte est aussi une belle illustration de la vacuité d'un certaine manichéisme (criminel/victime, étranger/français, délinquant/braves gens, pirate/internaute honnête, chauffard/automobiliste prudent, etc.) si souvent entendu à la tête de l'Etat et tellement dénué de sens.

Merci Sub lege libertas de nous montrer d'autres aspects de votre belle plume.

Sub lege libertas:
merci d'être mon lecteur avec une telle acuité.

29. Le mercredi 27 mai 2009 à 14:34 par Vrynn

@26: Certes, il ne faudrait jamais tomber dans le manichéisme. Mais, malheureusement, je n'arrive pas à m'enlever de l'esprit que souvent dans ces milieux (souvent mafieux) de la prostitution, le mensonge, la protection de ses bourreaux et la loi du silence régnent.

Je suis loin d'être convaincu par "l'angélique" histoire des "gamins paumés".

Dans tous les cas (que j'ai raison ou tort), c'est triste...

30. Le mercredi 27 mai 2009 à 14:56 par Fleuryval

@ Didier Specq Votre 14 m'enchante ;)

Sauf que non. "Tout le monde" ne recourt à la prostitution, même s'il est acquis qu'au-delà d'un certain âge et en-deça d'un certain statut, ça devient très difficile de maintenir un rythme acceptable d'effusions charnelles. Restent une bonne mémoire, un peu d'imagination, un soupçon de confiance dans la gériatrie et la possibilité d'accéder à une demie-heure de minimum sensuel entre les mains d'une jolie fille en allant se faire couper les cheveux.

Tant que le shampoing n'entre pas dans le code pénal...

Sub lege libertas:
En allant conter fleurette aux Antilles et sans couper les cheveux en quatre, vous pourrez vous offrir un "shampoing salive".

31. Le mercredi 27 mai 2009 à 17:02 par Robin hood

Je vais peut être paraitre rigide mais la loi est telle qu'elle impersonnel donc on l'applique. Après ce sera au juge de faire en sorte que la peine soit caractérisé. Voir qu'il n'y ai pas de peine (naif).

C'est peu comme le mec qui fait pousser des substances illicites pour sa propre consommation sans en vendre et qui encourt plus que le vendeur...

32. Le mercredi 27 mai 2009 à 18:15 par Gascogne

@ siarres : "Je viens de lire chez orange l'article sur la rafle de 80 lecteurs d'images pédophyles , le fait est en lui même insignifiant et probablement sans vraies conséquences"
Otez moi d'un affreux doute : est-ce bien la détention d'images pédopornographiques que vous qualifiez de fait insignifiant ? Pour info, afin qu'une personne puisse détenir ce genre d'image, il faut qu'en début de chaîne, un gamin de quelques années se fasse violer par un adulte. Pour avoir vu plus que ma dose de ce genre d'images dans des dossiers d'instruction sordides, bébés sodomisés compris, je peux vous assurer que ces faits n'ont vraiment rien d'insignifiants...

33. Le mercredi 27 mai 2009 à 19:26 par Axonn

Merci pour ce billet. Par contre, deux petites questions sur les âges légaux : -l'âge légal de la prostitution est-il explicitement défini ? Je me souvient qu'un parti "childlove" aux Pays-Bas voulait abaisser l'âge légal à l'âge de la majorité sexuelle, j'imaginais qu'en France aussi c'est pour le moment la majorité civile. -pour l'âge au mariage, finalement, on a aussi relevé celui des garçons ? Les filles sont peut-être plus souvent victimes de mariages forcés, maison n'aime pas trop ce genre d'inégalités.

Sub lege libertas:
La prostitution en France n'a pas de statut légal. Elle relève d'une tolérance, même s'il n'y a plus de maison pour cela. La prostitution est donc "libre" à condition d'être exercée individuellement et de façon libérale, puisque le proxénétisme sous toutes ses formes est prohibé. Seul le fisc a le droit de préléver sa dîme sur le bas de laine des prostitués sur une base forfaitaire (grand ou petit forfait selon le chiffre annuel d'affaires, si je me souviens bien de mes cours de droit fiscal sur le "bénéfices non commerciaux".
Quand je dis que la prostitution des mineurs est légale, du moins non interdite, c'est en ce sens mais pour "libre" qu'elle semble elle se heurte à la clandestinité que lui impose la pénalisation (trois ans d'emprisonnement encourus) du client "d'un mineur qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle". J'adore ce texte de l'article 225-12-1 du Code pénal qui défie la logique : il reprime la clientèle en incriminant "le fait de solliciter, d'accepter ou d'obtenir, en échange d'une rémunération ou d'une promesse de rémunération, des relations sexuelles de la part d'un mineur". Soit. Si le texte s'en tenait là on y trouverait la définition légale de ce qu'est l'acte prostitutionnel du point de vue du client et on comprendrait qu'il repose sur le client une responsabilité de ne pas commercer ainsi avec un mineur pour le réaliser. Ce texte dirait ainsi en filigrane que le mineur ne peut pas être considérer comme capable juridiquement de prostitution. De facto, il renverrait le mineur prostitué à une "figure" si ce n'est illégale du moins "illicite". Mais alors pourquoi diable (et c'est toujours dans les détails qu'il se niche, surtout pour les pervers textuels de mon ordre) le législateur a-t-il ajouté après "de la part d'un mineur" les mots "qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle" ?
Cela fait naître l'idée que malgré l'obligation pour le client de s'interdire le commerce sexuel avec les mineurs, qui rendrait la prostitution du mineur "illicite" sans en prononcer l'illégalité qui resterait chimérique, il reconnait l'existence juridique et de mineurs se livrant à la prostitution, même occasionnelle. Et ce "y compris de façon occasionnelle" est somptueux. Car comment - expliquez-moi - on peut être légalement décrit comme "se livrant même de façon occasionnelle à la prostitution" si l'on ne peut avoir de clientèle légale ? Je ne vois pas ce que peut être une prostitution sans clientèle. Je comprends - et approuve pour rassurer ceux qui me pensent définitivement égaré - que l'on veuille prohiber le fait de rechercher ou d'obtenir la prostitution d'un mineur, mais on ne peut alors le présenter juridiquement comme "se livrant à la prostitution même occasionnelle". J'aurais compris que le législateur écrivît :
"Le fait de solliciter, d'accepter ou d'obtenir, en échange d'une rémunération ou d'une promesse de rémunération, des relations sexuelles de la part d'un mineur est assimilé à une atteinte sexuelle commise sur mineur, punie de la peine prévue à l'article 227-26 si le mineur est âgé de moins de quinze ans (DIX ans) ou de la peine prévue à l'article 227-27 si le mineur est âgé de plus de quinze ans et non émancipé par le mariage (DEUX ans)"
Ainsi le phénomène de prostitution des mineurs était décrit comme une atteinte sexuelle sur leur personne même s'ils donnent l'apparence d'y consentir. Le mineur prostitué n'existait pas légalement, il relevait bien de illicite. Voilà, j'ai fini mon exercice de diptérosodomie aérienne.

34. Le mercredi 27 mai 2009 à 19:53 par Passant

Résumons le dossier :

Dans une rue ordinaire d'une ville ordinaire, lorsqu'une enfant perdue se voit considérée par des femmes qui ne sont certainement pas venues de Somalie vider de leur plein gré les bourses à Paris comme une menace pour leurs revenus tirés de clients fort ordinaires, certainement aisés, mais pour le moins pervers, qu'ils partagent certainement avec des proxénètes des plus ordinaires, qui va en prison ?

L'enfant et ses camarades.

-> Le client pervers, libre de dépenser 80 € et certainement plus à assouvir ses pulsions, que devient-il ? Libre et libre de voter.

-> La prostituée, probablement immigrée, probablement clandestine, probablement endettée envers un réseau de passeurs, que devient-elle ? Libre de jouer à nouveau son rôle et d'engraisser son monde.

Mais après tout, c'est certainement de la faute de cet enfant. Après tout, la vie elle-même n'a rien d'une fatalité. Quand à l'évidente liberté dont elle dispose de se prostituer pour notamment se payer ses kebabs, et donc, son droit à survivre quelques jours de plus, qui oserait, dans un pays libre comme le nôtre, la lui retirer ?

35. Le mercredi 27 mai 2009 à 21:58 par Axonn

Attendez : je ne suis pas aussi vif qu'un vrai juriste à relever les aberration que peut produire un tel texte.

Donc :

  • si on aborde une fille de 18- en lui proposant 50€ pour une fellation :
    • si elle accepte, il faudra argumenter qu'elle se livre à la prostitution de manière occasionnelle, puisqu'elle l'a fait une fois
    • ,

      Sub lege libertas:
      en pure logique oui : vous sollicitez un acte prostitutionnel auprès d'une mineure, mais si le texte "qui se livre à la prostitution..." n'est pas une redondance et doit faire sens juridique, pour être condamné il faudra démontrer qu'elle est prostituée donc qu'il y a eu au moins une occurrence antérieure où elle était en situation prostitutionnelle. Dans la réalité les procès verbaux noteront que vous l'avez sollicitée (genre : après avoir ralenti à son niveau en voiture, vous avez demandé à une mineure postée sur un trottoir "tu prends combien pour une pipe".) puis les policiers noteront que la mineure en question "racolait" ce qui décrit une "situation prostitutionnelle" et qu'elle est connue de leur service pour se livrer à cette activité pour avoir été prise en action de racolage à telle date antérieure...

    • si elle refuse, lui faire la proposition était légal. Sauf bien entendu si elle s'est déjà prostitué par le passé.
,

Sub lege libertas:
vu exact, comme disent les policiers

  • si vous êtes majeur, il est légal de coucher avec une personne ayant entre 15+ et 18 (je dis 15+ à cause de l'ambiguïté de "mineur de 15 ans", vous comprenez de même 18-) . Néanmoins, faites très attention, parce que si votre petite amie de 17 ans vous dit "j'ai pas envie" et que vous répondez "allez… je t'emmènerait au resto", vous tombez dans la situation précédente.
,

Sub lege libertas:
à condition de caractériser l'occurence antérieure...

Si tout ce que j'ai écrit est exact, votre courroux contre ce texte est légitime.

,

Sub lege libertas:
CQFD ou QED en latin

36. Le mercredi 27 mai 2009 à 22:00 par toto

« Et vous lire en vous renvoyant cette image, c'est aussi tutoyer l'humanité pascalienne des gens en et/ou de justice. Qui trop souvent croit faire l'ange, quand il fait la bête... »

Euh... c'est un peu facile et ridicule, aucun de mes propos ne suppose que je crois faire l'ange...

Sub lege libertas:
vous m'avez mal compris... en lisant votre point de vue sur cette histoire de justice, j'y trouvais la juste perception de l'humanité des protagonistes... car oui comme vous l'avez dit dans ce billet "je ne juge pas", je vous laisse juge d'une humanité judiciaire que je qualifiais de "pascalienne", ce qui introduisait en italique une quasi citation de Blaise Pascal sur l'homme et son humanité partagée entre grandeur (coté ange) et misère (coté bête) et s'illusionnant sur elle même...
J'ai légèrement modifié ma précédente réponse pour rendre cela plus clair...

37. Le mercredi 27 mai 2009 à 22:40 par Dom

@ Sub lege libertas

Je parlais d'apologue, et non d'apologie. Et je me demandais ce que vous vouliez nous dire, avec ce récit. Vous avez parfaitement répondu à cette question sous 2 (Leslie).

Sub lege libertas:
Apologue dont acte... à me relire, il y a certes une forme allégorique dans ce court récit, reste que la portée didactique (quatrième élement stylistique de l'apologue) est plutôt une "non leçon". Mais comme disait mon maître Xavier D***, dans son autre vie, "la morale de la fable, c'est qu'il n'y en a pas" en nous faisant lire les Contes de La Fontaine comme miroir des Fables. Bon, je m'en tiens là, sinon on finirait par apprendre qu'un grand libertin au sens du XVIIe siècle finissant se cache sous les oripeaux du "Grand Maître de l'Université" et des Ecoles...

@ salah

Votre commentaire m'a plongé dans des abîmes de perplexité, ce qui est une métaphore commode pour ne pas dire que je n'ai pas compris votre propos. Ce serait bien aimable à vous si vous pouviez être plus explicite, en particulier sur votre référence à Adam et Eve et aux alloc divines, sans parler des inquiétudes, angoisses et autres craintes que vous me prêtez.

et pour continuer sur Adam et Eve,

@ siarres

Ce n'est pas parce qu'ils ont forniqué que Dieu les a chassés du jardin d'Eden, mais parce qu'ils ont mordu dans le fruit de l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Ce faisant, accédant à la Conscience de leur humanité, ils ont perdu l'innocence originelle. La preuve, c'est que la première chose qu'ils remarquent après avoir avalé la première bouchée de ce foutu Fruit Défendu, c'est qu'ils sont nus, et vulnérables, et ils se dépêchent de se fabriquer un pagne en feuilles pour se couvrir. C'est d'ailleurs à cela que Dieu s'aperçoit qu'ils ont enfreint son interdiction. Je ne crois pas que l'on puisse en déduire que Dieu n'aime pas le sexe ; il est probable en effet qu'Adam et Eve forniquaient sans contrainte depuis une Eternité, de même qu'ils n'avaient jamais faim, jamais soif, jamais froid, jamais peur et jamais mal. La relation privilégiée que Dieu entretient avec ses créatures avant le péché originel repose sur le contrat suivant : "Je vous aime, mais vous n'existez que parce que je l'ai voulu. Je vous donnerai tout ce dont vous avez besoin à la condition que vous vous en contentiez, sans jamais chercher à comprendre pourquoi je vous ai créés." A l'instant où Eve, puis Adam, accèdent à l'intelligence, le contrat est rompu. D'abord, c'est le grand pied. Pour la première fois, Adam et Eve ne forniquent pas, ils font l'amour, ils se trouvent beaux, uniques, précieux, ils découvrent la jouissance. Plus tard, ils découvriront aussi le bonheur de trouver une pauvre mare quand on n'a pas bu depuis des jours, de sombrer dans le sommeil quand on a le corps brisé de fatigue, de se réchauffer auprès d'un feu quand on est bleu de froid sous une méchante chemise, le soulagement de la guérison après des semaines de fièvre. Mais à quel prix ! "Ah, dit Dieu, c'est comme ça... Vous avez voulu faire les malins, eh bien vous allez comprendre l'erreur que vous avez commise, jusqu'à la fin des temps. Vous auriez pu vivre sans souci, dans une irresponsabilité bienheureuse, car je m'occupais de tout. Mais vous avez pris une inititiative, une seule, celle qu'il ne fallait surtout pas prendre. Maintenant, débrouillez-vous, ne comptez plus sur moi, donnez votre mesure, et je vous garantis que vous allez en chier."

Ce qui nous ramène à nos moutons. Le "contrat" que nous proposent les gouvernements modernes des sociétés dites développées n'est-il pas, d'une certaine façon, comparable à celui qui liait Dieu à ses créatures ? "Ne posez pas de questions, faites ce qu'on vous dit, et tout ira bien. Vous aurez votre content de baise, de télé, d'allocs et de bibine, et tant que vous ne vous demanderez pas pourquoi on vous entretient dans cet état de béatitude, vous ne risquerez rien. Mais il est défendu de lire ou de réfléchir. De toutes façons, c'est trop compliqué pour vous, ça vous dépasse."

Eolas et ses colocs sont une des écailles du Serpent.

38. Le mercredi 27 mai 2009 à 22:44 par tinotino

Merci pour votre récit. Il montre à quel point ce que l'on perçoit comme bon à nos yeux, n'est pas forcément perçu comme tel par d'autres, reposant sur des bases et des valeurs différentes. Entre faire ce que l'on juge sain, et faire ce qui l'est réellement... Difficile de toujours trouver la solution, celle-ci pouvant s'avérer bénéfique pour l'un, néfaste pour l'autre.

Tout n'est pas forcément tout blanc ou tout noir, c'est parfois (même souvent) plutôt gris, nuancé. Comportement illégal certes, mais pas dépourvu d'une part d'humanité. Que faire? Quelle réelle solution à proposer? Il n'est pas toujours aisé de décider avec un avis tranché. La misère raproche bien souvent des gens aux horizons variés, leur permettant ainsi de mieux accepter un état qu'il ne tolérerait peut-être pas en d'autres circonstances. Aussi, Cindy se sent peut être bien dans cette situation car elle partage son errance avec des personnes avec qui elles se sent certainement mieux comprise. Difficile........

39. Le mercredi 27 mai 2009 à 22:46 par Nichevo

Vous confirmez mes craintes; Cindy n'est d'après vous aucunement responsable; donc on s'en occupera... plus tard. Merci pour votre franchise.

Sub lege libertas:
Je ne vous suis guère... Cindy est depuis longtemps suivie par un juge des enfants, bien avant qu'elle ne se prostitue et qu'on ne le découvre fortuitement... Bien. Et alors ? La question de sa protection reste posée... Cindy a une conscience morale avec ses repères fragiles : "sa morale" en partie biaisée nous heurte, car elle ne perçoit pas la valeur des repères éducatifs que l'on essaie d'étayer chez elle par les mesures d'assistance éducative. Bien sûr, on peut lui dire qu'elle participe à sa "perte" : cyniquement, sa "mauvaise volonté" à adhérer au travail éducatif suffit-elle à expliquer ses "choix" ? Non sa "mauvaise volonté" c'est aussi l'expression de sa souffrance interne, difficile à exprimer verbalement dans son éducation carencée, souffrance dont l'étiologie reste si incertaine vu le nombre de carences que faute de pouvoir vraiment agir sur les causes, les effets du travail éducatifs resteront sans doute limités.
Mais lisez donc le commentaire d'Estelle plus haut, vous comprendrez peut-être mieux Cindy...

40. Le mercredi 27 mai 2009 à 23:04 par PrometheeFeu

Vous êtes en train de devenir mon colloc préféré. (Pas encore au dessus du maître des lieux, mais proche) J'adore votre style.

D'abords, a ceux qui trouvent cette situation horrible, j'aimerai peut êtres rappeler que quelle que soit l'horreur exploitative, c'est la situation difficile de la "victime" (qui parfois n'est victime que dans votre imagination) qu'il faut solutionner, et non pas les extrêmes auxquels cette "victime" est poussée. Entre la peste et le choléra, certains n'ont d'autre choix que de choisir et il serait bienvenu de se rappeler qu'en les sauvant de la peste, on les condamne au choléra.

Cela dit, j'ai une question et deux remarques. Il me semble intéressant que le législateur dans son zèle ait pris la peine de condamner le client en tant que client puisqu'il me semble que le client en question est déjà coupable en tant que majeur ayant des relations sexuelles avec un mineur avec ou sans prostitution. Aussi, je trouve amusant le fait qu'il y a une peine moins lourde pour les relations sexuelles avec un mineur émancipé par le mariage. Vu que la loi condamne le mariage avec une "femme d'affaires," c'est comme si on pouvait punir le client plus légèrement sachant que le proxénète/conjoint aura le bénéfice du reste. Je m'avance a proposer une théorie de la non-diminution des peines: Si le législateur réduit une peine par une exception, il se doit de s'assurer que l'exception en question reflète une situation qui créera une peine au moins aussi lourde ailleurs. Pour la question: Et un client mineur?

Sub lege libertas:
Pour le recours illégal à la prostitution d'un mineur la loi n'a pas distingué entre le client majeur et le client mineur... Bon, je dois dire que je me vois mal in abstracto envoyer chez le juge des enfants, un gars de seize ans qui aurait "jeté sa gourme" en payant une fille de dix-sept ans...

41. Le mercredi 27 mai 2009 à 23:34 par Dom

@ Sub lege libertas

Ah, et à propos du "Rien" qui figure dans le carnet de Louis XVI à la date du 14 juillet 1789, et que vous citez dans votre réponse sous mon premier commentaire, peut-être pour exprimer votre impuissance devant quelque chose qui vous dépasse : tranche de vie pour tranche de vie, ce Rien-là mériterait lui aussi une remise en perspective. Le 14 juillet 1789, c'était juste un peu plus d'un mois après la mort de Louis-Joseph, dauphin de France, âgé de 7 ans et demi. Sa plus jeune fille, Marie Sophie, était morte elle aussi deux ans plus tôt à l’âge de deux ans. La mortalité infantile, à l'époque, était banale, même dans les familles royales. Mais peut-être que même quand on était Roi, même quand les enfants mouraient comme des mouches, on pouvait magré tout ressentir parfois l'insupportable sentiment de vide que laisse la mort d'un enfant. Moi, (si j'étais Roi de France), je me verrais bien écrire "Rien" dans mon journal (si j'en tenais un) un soir de déprime, en pensant à l'immense gâchis de la mort de mes deux petits, même si ce jour-là la Corée du Nord avait procédé à un nouvel essai nucléaire...

Sub lege libertas:
Mais comment vous n'êtes pas le Roi de France ?
Pour le reste, je valide vos remarques sur les décès infantiles chez le n° 16 des Louis. Pour autant, je suis formel, ce RIEN était dans son carnet de chasse... C'est d'ailleurs pour cela qu'il ne faut pas lui en faire dire plus, notamment qu'il commentait une émeute de quartier du coté de la Bastille... Finalement, comme cette histoire, on voudrait - pour ce rassurer - en tirer une morale, une perspective...

42. Le mercredi 27 mai 2009 à 23:43 par niodayoda

@ PrometheeFeu en 36 : "il me semble que le client en question est déjà coupable en tant que majeur ayant des relations sexuelles avec un mineur avec ou sans prostitution" :

Vous êtes bien manichéens en ces termes...

Vous considérez donc qu'un(e) majeur(e) de 19 ans et 3 mois (par exemple) ayant des relations sexuelles avec un(e) mineur(e) de 16 ans et 10 mois et demi (par exemple là encore) est coupable ??

Sub lege libertas:
Rassurez-vous à la lecture de l'article 227-27 du Code pénal, les relations sexuelles d'un majeur - même centenaire - avec un(e) mineur(e)âgé de plus de quinze ans et de moins de dix-huit ans ne sont pénalement répréhensibles que si (au choix) :
- vous êtes l'ascendant du mineur
- vous avez autorité (de fait) sur le mineur
-vous abusez de l'autorité que vous confère vos fonctions

Désolé mais personnellement je ne vois pas en quoi, tout simplement peut-être parce que j'aurais été coupable à vos yeux aux débuts de ma relation avec ma copine et que je ne le suis plus maintenant, 7 ans plus tard !

Sub lege libertas:
Bah, il arrive qu'à défaut de se sentir coupable d'avoir séduit, on ne se sente pas capable de rester le lendemain... Alors 7 ans, hommages respectueux...

43. Le mercredi 27 mai 2009 à 23:47 par capellette

Juste un point d'orthographe : pas d'accent sur "ça" quand c'est la contraction de cela (2ème paragraphe, dernière ligne et 3ème paragraphe, 5ème ligne)

Sub lege libertas:
Çà, vous avez raison : ça se corrige !

44. Le jeudi 28 mai 2009 à 00:03 par Simplicissimus

Juste une autre remise en perspective du fameux Rien.

Et merci pour cette tranche de vie.

45. Le jeudi 28 mai 2009 à 06:54 par Antoine

A Dom

‎Pourquoi sont-ils si seuls, tous ces mômes ? ‎

En fait, pour de ce qui est de sa peine effectuée à la bibliothèque et de ses peines, Kevin n'était pas seul.

Avec son éducateur, nous avons parlé de Kevin et de ses jours à la bibliothèque. Son éducateur savait par Kevin comment avait évolué son TIG. Il savait nos enguelades à propos de l'heure de départ de Kevin. Il savait qu'un samedi j'avais été malheureux et peiné. Qu'à force de ne pas être d'accord avec Kevin au sujet du respect formel de 17h30, comme heure de départ de Kevin de la bibliothèque, en fait le temps avait passé et que la pendule affichait 17h33. Que du point de vue de Kevin, nous étions redevables de 3mn.

Particulièrement énervé et d'humeur sombre, j'avais dit à Kevin soit ! Le prochain samedi l'heure d'arrivée à la bibiothèque: 9h03. Kevin avait alors redoublé de colère. Mais même mal, en se fâchant et en se peinant mutuellement, nous venions peut-être de trouver un accord acceptable pour l'un et pour l'autre.

Je n'aurais jamais pensé parler à l'éducateur de cet incident qui pour moi, au fond, n'en n'était pas un. Kevin, lui, en a parlé avec son éducateur. Je suis soulagé de penser qu'en cas d'incident, en fait, il y avait entre Kevin et moi, ailleurs, un genre de filet de sécurité sur lequel il pouvait compter.

A Sub lege libertas

Merci pour votre récit et pour tout ce que nous lisons au-delà de vos mots. Parmi les 10 titres de BD choisis par Kevin: Boule de Suif dont l'adaptation en BD, roman graphique, est très remarquable.

46. Le jeudi 28 mai 2009 à 09:55 par yellowrose

HS

Eva Joly ce matin sur France Info, dans le cadre des élections européennes. A écouter absolument (mais je ne sais pas où).

47. Le jeudi 28 mai 2009 à 13:08 par RG

@32 Gascogne

Pour avoir vu plus que ma dose de ce genre d'images dans des dossiers d'instruction sordides, bébés sodomisés compris, je peux vous assurer que ces faits n'ont vraiment rien d'insignifiants...

A ce propos, une occasion de prouver que les mékeskidis avisés (lire ici en fin) n'ont rien contre les lois répressives et les procédures quand le sujet l'exige et qu'elles sont justes et efficaces.

48. Le jeudi 28 mai 2009 à 14:11 par Ecce Varius

@Passant #34

Je pense qu'il faudrait faire preuve de nuances, lorsque vous assimilez tous les clients à des pervers. Nous sommes là, à nouveau en face de ce que Kemmei #28 appelle "la vacuité du manichéisme". La psychologie d'une personne ne se déduit pas d'un seul fait, d'une seule action. Les raisons qui amènent à la prostitution, sollicitée ou offerte, sont extrêmement variées. Tout n'est pas blanc ou noir, il s'agit plutot d'un subtil camaïeu de gris.
Des jugements aussi prompts, à l'emporte-pièce, ne permettent pas de saisir la compléxité des situations, et biaisent préalablement la lecture que l'on peut avoir des faits.
De plus, la généralisation est l'ennemie du Bien, pensez aux raisonnements qui ont pour premier postulat "tous les... sont des..." et voyez à quels excès ils peuvent mener.
Qu'une telle allégation soit l'effet d'un mouvement d'humeur, d'une émotion, c'est compréhensible et même bien humain, mais il faut dépasser ce mouvement, et s'en écarter.

A titre d'illustration et puisqu'il a été question des Louis, Rois de France, interessons nous au quatorzième du nom.
Quel rapport avec la prostitution, me direz vous? Celui-ci:
Catherine Bellier, était la première femme de chambre d' Anne d' Autriche, la mère de Louis XIV, elle recut un jour, un curieux ordre de cette dernière: faire perdre son pucelage au jeune roi. Catherine Bellier, 40 ans révolus, borgne, décrite par les contemporains comme "laide", s'éxécuta et déniaisa le jeune Louis, tout juste agé de 16 ans. Anne d'Autriche fut folle de joie que ce fut fait, et sa femme de chambre obtint pour prix de sa loyauté et de ses services, la charge de conseiller du roi pour son mari (car la dame était mariée, eh oui!), le titre de Baronne, un terrain dans le 4ème arrondissement, au n°68 de la rue François-Miron, une forte somme d'argent qui lui permit de faire construire l'hotel particulier, qui continue de se dresser à cet emplacement l'Hotel de Beauvais (que peut-être certains d'entre vous connaissent bien car il abrite la cour administrative d'appel de Paris), construit avec des pierres du Louvre autre privilège obtenu grâce à ses faveurs.
Resumons, qu'avons nous ici:
Une prostituée, qui plus est adultérine, borgne et laide. Un client prénommé Louis, mineur selon la loi de l'époque (ceci dit Anne d'Autriche peut aussi être considérée comme la cliente). Un rapport sexuel tarifé. Un paiement de la prestation très généreux, s'il en est.
Doit on au regard de ce seul fait, le recours à une prostituée, dire de Louis XIV qu'il est pervers, et l'affirmer ainsi pour l'éternité ?

Humm, a vous de juger!

49. Le jeudi 28 mai 2009 à 14:42 par Leslie/Elsie

Il était mineur, le Louis, alors la question est peut être de savoir si ce n'est pas la baronne (ou plutot Anne d'Autriche) qui le serait un poil...

50. Le jeudi 28 mai 2009 à 14:48 par Lucas Clermont

@ yellowrose

L'intervention d'Eva Joly que vous évoquez est à cette adresse

On y entend par exemple : «L'Europe est aussi construite autour de la justice ; c'est une notion fondamentale en démocratie et on ne peut pas vivre avec un des pays membres (La France) qui met par terre sa justice, et l'injustice en France est révoltante»

«(...) il y aurait une impunité pour toute la délinquance financière, et par contre une sévérité très grande pour la petite délinquance» (si la réforme de la justice venait à passer)

«Dans le 92 il y a encore des affaires en cours (...) il vaut mieux écarter les juges pour pouvoir faire des affaires tranquillement»

Merci pour cette information, c'est en effet râpeux et lucide ! L'audition de cet entretien est à déconseiller à un public de justiciers préoccupés par les vols de vélos d'enfants.

51. Le jeudi 28 mai 2009 à 19:57 par Axonn

@ Sub lege libertas

C'est encore pire que ce que je pensais, alors. Je pensais qu' une seule fois suffisait pour caractériser la prostitution occasionnelle. Et que donc, si vous faites une proposition de sexe tarifé à une mineure ne s'étant jamais prostituée, en acceptant elle devient immédiatement une prostituée occasionnelle.

Quoique même dans cette interprétation, il y a un petit peu de causalité rétrochrone, puisqu'elle n'est pas encore une prostituée occasionnelle au moment où la proposition lui est faite.

Donc, il est légal d'être le premier client d'une prostituée mineure. Avis aux acheteurs de mizuage...

Sub lege libertas:
Tss Tss. Pas sûr :
Si l'on considère donc que le recours à la prostitution d'un mineur suppose d'une part la sollicitation ou l'acceptation d'un commerce sexuel par le client et d'autre part la "qualité" de prostitué fût-ce occasionnel du mineur, il suffira d'indiquer dans le cas du "premier client" que le mineur était connu pour avoir publiquement raccolé infructueusement évidemment au moins une fois (ce qui constitue une situation prostitutionnelle, d'ailleurs illégale). Donc le premier client est incriminable, s'il y a eu un racolage (infructueux) antérieur. Or ce racolage peut être constaté ("déambulation en tenue équivoque sur le trottoir dans un secteur habituel de prostitution", ça suffit comme constat) dans les minutes qui précèdent l'arrivée du premier client...
En résumé une prostituée mineure ne peut avoir de clients légaux, et comme le racolage public (situation prostitutionnelle qui ne nécessite pas d'être "fructueux" = "pas de client à l'horizon") est lui aussi interdit même quand il est "passif"... je ne comprends donc toujours pas comment aux yeux de la loi (car de facto je crois savoir) un mineur "se livre à la prostitution même occasionnelle" s'il ne peut avoir de client et ne peut racoler publiquement ?
A bien y réflechir - mais c'est vraiment par pur goût pervers de la logique, un mineur prostitué licite ou non-illégal serait un mineur qui rechercherait de façon non publique (en privé) un commerce sexuel sans jamais avoir de client ! Comment ? Et bien, imaginez que notre Cindy invite à sa maison à l'insu de sa tante (pour lui éviter d'être proxénète hôtelier) chaque soir ses potes du quartier et leurs copains, puis les connaissances de ceux-ci et passe son temps à proposer de leur faire une gaterie contre 10 euros, sans jamais avoir un mec qui engage le dialogue sur ce commerce, on pourra dire qu'elle se livre comme mineur à une prostitution licite, même si elle reste une offre. Une pute d'intention à la maison quoi !

52. Le vendredi 29 mai 2009 à 07:22 par siarres

@sub lege et @ gascogne et @ 47 RG Bien sur je voulai dire - sans conséquences - " judiciaires " parce que comme nous le savons tous ces opérations largement médiatisées aboutissent dans des impasses de procédure pour plusieurs raisons bonnes et mauvaises , mais je crois bien savoir les dégats en amont et en aval .

53. Le vendredi 29 mai 2009 à 09:40 par Gascogne

@ siarres : Quelles impasses procédurales ? Tous les dossiers de détention d'images pédopornographiques que j'ai eu à traiter ont abouti à des procès correctionnels. Je ne vois pas à quoi vous faites référence.

Sub lege libertas:
Tout pareil... Peut-être notre lecteur suggère-t-il maladroitement qu'après une grande opération - médiatisée - d'interpellation de pédopornographes, tous les interpellés ne partent pas en détention. Il oublie juste que lorsque l'enquête prouve par exemple le téléchargement volontaire de telles images, les poursuites sont systématiques et que loin des caméras, quelques semaines plus tard, notre consommateur de pédopornographie se prend sa condamnation à de l'emprisonnement avec sursis et un suivi socio judiciaire comme l'expert psy en a diagnostiqué l'utilité et les trente ans de marquage au FIchier Judiciaire des Auteurs d'Infractions Sexuelles (FIJAIS), l'impossibilité de voir la condamnation être exclue du Casier Judiciaire et parfois en prime une interdiction professionnelle... Mais çà n'existe pas, puisque ce n'est pas ce n'est pas de l'emprisonnement ferme commenté par Ferrari ou Pujadas.

54. Le vendredi 29 mai 2009 à 09:58 par RG

@52 siarres

tous ces opérations largement médiatisées aboutissent dans des impasses de procédure pour plusieurs raisons bonnes et mauvaises

Non, vous parliez d'Outreau or cette affaire en est exactement l'opposé car rien n'a médiatiquement filtré avant que les dossiers ne soient bouclés.

55. Le vendredi 29 mai 2009 à 11:01 par parquezaco

Excellent, cher collègue

"Dimitriu, il la dépose et il surveille la lune".

La lune, toute ronde!

Sub lege libertas:
Parfois la lorette de nuit montre sa lune, que son caniveau borde un trottoir de Manille ou de Maubeuge.

Ché po à Maubeuch, pourtant? hin!

56. Le vendredi 29 mai 2009 à 11:45 par Lucas Clermont

C'est un billet ouvert, que l'on peut interpréter de maintes façons. Il doit être difficile de requérir ou de juger dans ce cas, surtout en sachant qu'il n'y aura sans doute pas le personnel éducatif pour récupérer ses jeunes qui sont au seuil de la délinquance.

57. Le vendredi 29 mai 2009 à 14:14 par Benoit

Voilà une "belle" histoire ! ET j'ai envie de la croire...

Mais si je lis entre les lignes... Il y a les faits : Une mineur qui fait le trottoir avec deux jeunes adultes qui la surveillent.

Après tout les témoignages des intéresses sont-il fiables ?

Quelle est la différence entre la Réalité, et la fiction...

Non pas que je vous accuse d'être un menteur, loin de là ! Mais à partir des mêmes éléments on peut construire à mon avis d'autres histoires...

Sub lege libertas:
Je ne construis rien : je tire les faits d'une procédure réelle comme l'a si bien démasqué Didier Specq (commentaire n°8). Après je juxtapose les points de vue des protagonistes (auteurs, victime, professionnels intervenant en justice) tels qu'ils les ont exposés. J'admets juste que ma plume stylise les éléments pour dire autre chose que l'histoire de Cindy. Et comme le relève beaucoup de lecteurs (cf. entres autres commentaires 23, 27, 28, 38, 56 et mes réponses sous 2, 3, 20, 37, 39) au lieu de vous dire univoquement quelque chose par le biais de ce récit, je vous laisse ouvertes les portes de l'interprétation morale...
Construire d'autres histoires ? allons, la vie judiciaire m'offre un réel plus intensement ouvert sur les passions humaines que la plupart des fictions. D'ailleurs, une lectrice au lieu de tirer sa leçon nous offre sa tranche de vie pour nous laisser juge, autrement : aller lire Estelle en n°19.

58. Le vendredi 29 mai 2009 à 15:19 par jalmad

Que j'aime lire ces lignes, les sachant venir d'un collègue du Parquet. Restez-y, de grâce, et dites-moi que vous avez cette liberté de parole à l'audience. Des personnes hors toute caricature et pétris d'humanité, je sais qu'il y en a plein au Parquet ; mais malheureusement, ce n'est pas ceux qu'on entend le plus fort en ces temps....D'ailleurs, ce qui me retient de "passer de l'autre côté" , ce n'est pas un manque d'intérêt pour cette fonction, mais, je l'admets, un manque de courage. Merci, donc.

59. Le vendredi 29 mai 2009 à 15:20 par jalmad

Que j'aime lire ces lignes, les sachant venir d'un collègue du Parquet. Restez-y, de grâce, et dites-moi que vous avez cette liberté de parole à l'audience. Des personnes hors toute caricature et pétris d'humanité, je sais qu'il y en a plein au Parquet ; mais malheureusement, ce n'est pas ceux qu'on entend le plus fort en ces temps....D'ailleurs, ce qui me retient de "passer de l'autre côté" , ce n'est pas un manque d'intérêt pour cette fonction, mais, je l'admets, un manque de courage. Merci, donc.

60. Le vendredi 29 mai 2009 à 17:05 par parquezaco

A Jalmad

vous n'avez jamais entendu un magistrat du Parquet vous requérir ou suggérer une relaxe à l'audience??

C'est monnaie courante pourtant.

Même des dossiers que j'ai moi même poursuivis, si à l'audience ils ne tiennent pas, eh bien! ils ne tiennent pas, nom d'une pipe.

Et je le dis sans ambages à l'audience; qu'est-ce qui m'empêcherait de le dire? vous croyez que le procureur général ou que le garde des Sceaux est au courant qu'à Trifouillis-les-Canards il y a un parquetier qui a sollicité la relaxe du prévenu Tartempif?

Sub lege libertas:
Mais oui Didier Specq, journaliste à Nord Eclair, peut en témoigner : en son temps, un procureur général se félicita qu'il tienne une page de chronique judiciaire journalière en ces termes :
"Grâce à vous je sais vraiment ce que font mes magistrats à *** !"
et je fais souvent des rapports au parquet général parce qu'une affaire à fait l'objet d'un entre-filet. Je note d'ailleurs que non moins souvent la demande du Parquet général relaie une interrogation d'un bureau de la Chancellerie qui a épuché la revue de presse de la PQR (presse quotidienne régionale) faite par le cabinet du ministre ou l'ex-service central d'information et de communication (SCICOM devenu DICOM rattaché au Secrétaire général du GDS).

Vous croyez pas qu'ils ont autre chose à faire?

Et si c'est un dossier sensible alors on enverra le parquetier convaincu de la chose, pas celui qui est plus tiède.

Sub lege libertas:
C'est sans doute plus cela que visait Jalmad : si sa conviction est sincère et personnelle, alors à Dieu vat ! Mais parfois la "sélection" du "convaincu" recoupe la promotion du "complaisant" peu soucieux de courage personnel que de soutenir l'opinion de son chef non sans espérance.

Bref, si vous pouviez cesser de présumer que les membres du Parquet vont à l'audience le cerveau formaté, ce serait un grand progrès.

Sub lege libertas:
Contre le cerveau fort mâté, la rebellion du verbe est à craindre.

Salut

61. Le vendredi 29 mai 2009 à 23:51 par PrometheeFeu

@niodayoda: Vous faites erreur... Je ne cherchait nullement a dire qu'il ne peu y avoir d'amour en deux personnes séparées par un 18eme anniversaire, mais seulement que la loi l'interdisait, ce qui n'est pas la même chose. Il se trouve que j'ai tort, la loi l'autorise, ce qui me conviens très bien...

62. Le samedi 30 mai 2009 à 15:39 par Ssiena

@ Alec #18 "doit-on modifier une loi qui permet de poursuivre tous ceux (proxénètes, hôteliers, têtes de réseaux de call-girls, etc) qui exploitent sciemment la prostitution en se f...ant des filles (et des garçons), et même souvent en les brutalisant, pour ne pas avoir à inquiéter les minables "julots casse-croûte" ?" A mon avis, oui on doit. Il ne s'agit pas de se priver d'une loi qui permet poursuivre ceux qui brutalise les filles, il s'agit seulement de mettre la limite a un endroit qui me semble a la fois plus logique et plus sain. De mon point de vue, le probleme, ça n'est pas qu'une fille qui vit de la location de ses fesses paye un kebab a un type qu'elle apprécie. Le probleme c'est qu'il y a des abrutis qui force les filles, qui les menaces, qui leur vole leur argent et qui les cogne.

La limite telle qu'elle est mise actuellement en France sanctionne une série de comportement qui ne me semble pas problématique. Les Pays-Bas par exemple on modifié leur législation pour sanctionner uniquement le proxénétisme avec coercition. L'Allemagne aussi une façon de fonctionner qui me semble bien plus pertinente

Ça me choque que quelqu'un se retrouve a devoir louer son corps pour avoir de quoi manger, d'autant plus que ça me semble encore plus horrible aussi jeune. Mais je n'ai vraiment pas l'impression qu'on lui simplifie quoi que ce soit en interdisant a son copain de la voir. Ni en l'embarquant au poste. J'ai plutôt l'impression que ca lui rend la vie encore plus dure et qu'elle n'avait vraiment pas mérité ça en plus.

63. Le dimanche 31 mai 2009 à 02:19 par Plonk

C'est un peu hors sujet, mais le titre de l'article de zataz.com cité par RG en 47 illustre de manière comique l'abus du mot "présumé" dans la presse : "Opération Némésis : 91 pédophiles présumés français arrêtés". Enfin bon, tant qu'ils ne sont pas présumés étrangers sans papiers...

64. Le dimanche 31 mai 2009 à 11:41 par arthur

Les deux jeunes hommes dehors et toujours en galere, la jeune fille chez sa tante et toujours en perdition

La seule chose que la Justice ait reglee dans cette affaire c'est une "enquete" de police

Arrive ensuite la question qui m'est recurente dans ce genre de situation desemparee : Jusqu'a quel point l'Etat a tort de ne pas faire plus ?

Rien n'est fait mention dans votre billet concernant la, deja ou non, intervention des services sociaux, au moins pour un suivi via un ou une assistant(e) sociale, je n'ai aucune formation autre qu'humaine, la vie, mais il semblerait que cela ne serait pas depourvu de sens ? Y a t'il la moindre disposition allant dans ce sens ou non ou alors la Justice a t'elle demisionnee sur ce coup ?

Et se pose ici le probleme perpetuel du : jusqu'a quel point une assistance sociale serait efficiente ou suffisante ? Et jusqu'a quel point, sans parler du cout, l'Etat devrait-il aller dans un cas ou un mineur a tout de meme un ou plusieurs membres de sa famille pouvant l'accueillir ?

Quid de vos requisitoires ? Avez-vous obetnue une relaxe en echange d'une remise de peine ( un requisitoire coupe court apres deja quelques siecles mais pas encore mais pas encore assez pour la legende ), ou non les spectateurs appreciants bien trop vos requisitoires ?

65. Le dimanche 31 mai 2009 à 12:24 par étudiant

comme disait jean Yanne, "ah rouvrez les maisons, rouvrez les maisons....qu'on dérouille!!"..

pardon

(ah!!!!je vois un troll!)

66. Le dimanche 31 mai 2009 à 12:32 par re-étudiant

sérieusement,

"Je ne construis rien : je tire les faits d'une procédure réelle comme l'a si bien démasqué Didier Specq (commentaire n°8....."

comment pouvez vous etre sur que les propos recueillis reflètent bien la réalité de la situation? le discours n'est-il pas déjà une construction? comment savez vous par exemple que Cindy n'est pas menacée par ses deux compères en cas de dénonciation"?

les personnes interpelées n'ont-elles pas une propension à mentir, pour se disculper pour se protéger ou pour protéger d'autres personnes?

j'ai une vague impression de réalisme poétique à la jean Carmé dans votre histoire, mais qui me dérange un peu... (heureusement d'ailleurs)

merci pour ce billet.

67. Le dimanche 31 mai 2009 à 23:33 par Sam

Concernant l'affaire Nemesis quand-même, que je connais un peu, j'ai envie de signaler à Sub lege libertas et aux autres qu'à ma connaissance, les gens arrêtés ne faisaient tourner aucun business, puisqu'ils ne vendaient rien et n'achetaient rien. Le réseau qu'ils utilisaient, connu des services de police aux Etats-Unis depuis 1998 au bas mot (je peux en donner la preuve en privé à Sub Lege Libertas ou à Maître Eolas, mais pas publiquement parce que cela serait dévoiler le réseau en question, qui reste illégal) et depuis 2004 en Allemagne toujours au bas-mot.

Ce réseau, jamais fermé depuis, sert essentiellement d'attrape-nigaud depuis toutes ces années. Il s'y échange gratuitement du contenu souvent vieux de 15 ou 20 ans, voire plus (mais c'est amoral de le dire depuis que le Procureur Yvon Tallec a été remis à sa place par certaines associations pour avoir osé le dire publiquement à la télévision), en fait de vieilles fuites ou de vieux contenus provenant du Danemark des années 70 ou de Russie des années 90, à l'époque où la Russie avait d'autres problèmes autrement plus graves à régler vis-à-vis de sa jeunesse (notamment les gosses des rues qui mourraient d'overdose - ces vidéos-là aussi tournent sur internet, mais elles sont légales). Il est surveillé par toutes les polices du monde depuis des années et il s'y pratique d'ailleurs régulièrement des "pièges" non-conformes à la jurisprudence française ("incitation" par des agents de police), laquelle se base sur la CESDH.

On a arrêté à grand renfort de moyens et de médiatisation des clampins, des nigauds, des andouilles qui téléchargeaient de façon publique un vieux contenu qui a déjà fait mille fois le tour du web, et on a prétendu démanteler un réseau, comme on arrêterait 200 andouilles qui fument leur bout de shit coupé au pneu, et encore le consommateur de shit, lui, fait vraiment tourner un business puisqu'il l'achète. Ces nigauds là, au contraire, enrayent la fabrication. Ils s'échangent publiquement devant toutes les polices du monde des contenus sur lesquels les producteurs, souvent, apparaissent à visage découvert. Ces producteurs s'échangent ces fichiers de manière privée (et on ne peut pas grand chose contre ce qui est ainsi caché), et leur hantise, c'est précisément que les preuves de leurs crimes et leur visage quittent la sphère privée pour aller sur ces réseaux de nigauds que toutes les polices surveillent. Ce sont des idiots utiles qui permettent l'identification des individus, quand le contenu n'est pas trop vieux.

On les a arrêté. Fort bien. On ne va pas s'en plaindre non-plus, et certains, sans doute, représentaient un danger à laisser courir. Mais le traitement qu'on leur réserve (prison ferme pour les deux premiers à avoir été arrêté avant tout jugement vu que détention provisoire), et le bruit que l'on fait à propos d'un vaste réseau démantelé, devient ridicule : toute proportion gardée, on se comporte très sensiblement comme si toute personne prise à télécharger un mp3 sur eTorrent ou Bitmule était à la tête d'un réseau mafieux de fabrication de CD contrefait à grande échelle ayant ruiné l'industrie musicale et mis des centaines d'ex-salariés à la rue.

D'ailleurs, et pour la première fois à ma connaissance, on a décidé non-pas d'arrêter et de juger chaque personne séparément, mais de les juger sous le régime de la "bande organisée" : un peu plus et on y ajouterait "à visée terroriste". Cela leur fait risquer deux fois plus (10 ans ferme : c'est plus que pour une agression sexuelle) et leur donne une assurance relative de prendre du ferme.

Il serait temps de revenir à la raison en matière d'échanges non-commerciaux de contenu illégal qui n'a pas été produit par les individus repérés. Et revenir à la raison, ça ne veut pas dire laisser faire. Ca veut dire revenir à un mode opératoire qui ne détruise pas les vies, qui ne devienne pas délirant quand à la violence de la machine judiciaire, qui ne prend pas 10 ans et ne donne pas des jugements limite plus sévères que ceux accordés aux femmes qui tuent leurs propres enfants mais sortent le joker du "déni de grossesse", parce qu'en matière de glauque vis-à-vis de l'enfance, il y en a là qui se posent, et qui ont droit à plus d'égards que le pauvre bougre qui vend son âme pour une poignée de jpegs qu'il n'a ni produit, ni financé, ni vendu.

Qu'on applique une riposte graduée pour les gros nigauds de l'affaire Némésis, tiens. Qu'on les juge en 6 mois (et pas en 6 ans), et qu'on leur donne deux ans d'injonction de soin et de coupure d'accès à internet. Pof. Au moins ils ne récidiveront pas, sans internet.

Parce que qu'il faille les arrêter et les punir, qu'ils aient tout de même mal agi, personne ne le discute. Mais il est temps de dire qu'on a dramatisé, qu'on a été trop loin, et que ça tourne franchement au lynchage. En tout cas, moi je le dis.

68. Le mardi 2 juin 2009 à 19:04 par jalmad

@parquezaco : vous m'avez mal comprise, je n'ai jamais parlé d'esprit formaté, mais de courage. Ensuite, bien sûr que j'ai déjà entendu un parquetier requérir une relaxe, mais ça, je dirais que, si on pense qu'un dossier ne tient pas, il ne tient pas. C'est facile à expliquer à sa hiérarchie en ce sens que c'est juridique. Ce que je n'ai jamais entendu en revanche à l'audience, c'est un tel constat d'impuissance et d'inadéquation de la loi parfois face à une situation donnée, avec des réquisitions de condamnation parce que l'infraction est constituée, mais en revanche une peine de l'ordre du symbolique pour tenir compte de ce contexte particulier. Tiens, par exemple des réquisitions d'aller en deçà d'une peine plancher encourue, jamais entendu (vous me direz, dans ce cas, le parquet "oublie une circonstance agaravante!) Vous allez me citer plein d'exemples où vous l'avez fait ? alors je me réjouis, et je réitère : restez donc au parquet si vous avez ce courage là, parce qu'il me semble que ce n'est pas vraiment la ligne actuelle.

69. Le mardi 2 juin 2009 à 22:24 par siarres

@sam

Merci de ce temoignage dissonnant au milieu de ces clameurs de vertus . Je voudrais y ajouter que les parquets qui s'interressent à ces pauvres affaires de " branlettes" pardon pour l'expression , sont ceux qui se refusent à produire des réquisitions pour la véritable criminalité sur internet - manque de crédit! . je ne donnerait pas de détail mais beaucoup savent de quoi il s'agit . Il ya une dizaine d'années, exécédé par des plaignants qui me disaient que leur plaintes ( vol, dégradation etc )n'étaient pas prises au sérieux j'ai conseillé d'y ajouté ; celui qui a volé mon vélo m'a aussi sodomisé , pour soulever l'intérét de la police et de la justice . Car ces images dont on nous dit qu'elles leur donnent envie de vomir ( je veux bien le croire ) certains les collectionnent . En tout cas je connais l'affaire d'un magistrat du massif central - c'est sufisamment vague - qui par excés de zele est allé vérifier de trés prés- de trop prés- le PV des gendarmes sur un adolescent . Qui a dit qui veut faire l'ange fait la béte ?

@RG Non, vous parliez d'Outreau or cette affaire en est exactement l'opposé car rien n'a médiatiquement filtré avant que les dossiers ne soient bouclés.'' Donc si maintenant la presse est informée c'est que les condamnations sont rédigées ? Que ne voyez vous pas qu'il s'agit de la même source ? - je ne dis pas qu'on aboutira pas a des mesures légitimes, s'il s'agit de " soins" encore que j'en doute - je dis qu'il s'agit de donner dans un cas comme dans l'autre ,en pature des gens à une opinion publique insatisfaite de sa justice et de sa police ,des gens qui fournissent ainsi aisément un gibier de potence de substitution .CQFD Mais a chacun sa morale , aprés tout .

70. Le mardi 2 juin 2009 à 23:22 par Sam

Bien vu ! Sur deux points en particulier : - En effet, l'affaire est tout sauf "bouclée". L'instruction vient à peine d'être ouverte pour la plupart d'entre eux. Seuls deux personnes ont vu leur instruction commencer auparavant (2007 pour l'un et 2005 pour l'autre - soit dit en passant un jour va falloir songer à penser d'envisager de clore). Maintenant tout est à faire et si ça prend autant de temps que pour les autres, y'en a encore au moins pour quelques années.

- Et re-en effet, on a l'impression, parfois, que ces affaires permettent de réconcilier à bon compte les citoyens avec leur justice et leur police, tendance "z'avez vu ? on arrête des vrais pervers et on fait bien notre travail et on sera impitoyable avec les vrais méchants et personne n'aime plus les victimes que nous". Mais au final il faut se rappeler que la plupart de ces gens ont vu leur vie brisée sans avoir jamais touché un enfant ni encouragé financièrement d'autres à le faire. Certains n'ont d'ailleurs rien fait du tout, ais-je lu dans les journaux (certains ont été relâchés sans qu'une convocation ne soit prévue pour eux).

Somme toute, on est dans un phénomène très basique de chasse aux sorcières. C'est pas très neuf, sauf qu'à chaque fois ça cause des suicides, et que tout le monde s'en fiche et qu'on remet ça peu de temps après.

Et les enfants dans tout ça ? Bah, franchement ? J'ai pas l'impression que ce genre de rafles aie sauvé beaucoup d'enfants qui n'auraient pu l'être simplement en récupérant ces contenus dans le seul but d'identifier les producteurs, les vrais. Ceux là, d'ailleurs, souvent, dorment plus tranquille que les clampins qui s'échangent des photos qui ont déjà circulé quelques dizianes de milliers de fois. Question de moyens sans doute, mais aussi de façon de les exploiter.

C'est un lieu commun dans le monde de la drogue, mais ça reste vrai : plus facile de remplir ses objectifs en arrêtant des dizaines de pauvres shiteux de 19 ans qu'en remontant à la source du traffic pour arrêter les gros bonnets. Et tant pis si là, à l'issue de 6 ou 7 ans de procédure, les pauvres shiteux en prennent pour un ou deux ans ferme et si certains se suicident à la fin (ou avant la fin).

71. Le jeudi 18 juin 2009 à 09:38 par Salagir

Je vois que vous m'avez répondu ! Je ne m'y attendais pas, mais je suis content.

Si ce n'est que votre réponse pleine de cynisme méchant à mon égard me fait croire qu'on s'est pas compris.

Je vais essayer d'être plus clair.

Moi je trouve qu'ils s'en sortent vachement bien !

Ne pas comprendre : "Ces monstres méritaient plus.", mais "Vu l'affaire on pouvait s'attendre à plus comme injustice."

J'étais pas là et l'histoire n'a pas tous les détails pour de ne pas faire 28 pages (merci^^) Sub lege libertas: bah vu votre lecture, je ne regrette pas l'économie de moyens

-_-l Je voulais dire par là, d'une part que comme toute histoire, je ne juge que sur ce que vous dites, ce qui est tjrs moins complet que si j'avais lu toutes les pièces du dossier, et qu'évidemment je n'ai peut-être pas la bonne situation ce qui ferai que mon commentaire pourrait être décalé.

Pour tout expliquer il nous faudrait une histoire très longue de 28 pages, mais évidement on est pas là pour se lire les Misérables à chaque post, et vous n'êtes pas là pour l'écrire.

En aucun cas je n'insulte votre post ou le trouve trop court ou trop long.......

Sub lege libertas: Je ne sais pas où vous puisez vos "petites news" mais je ne regrette pas d'ignorer la source.

Désolé d'avoir fais un peu d'humour, je ne recommencerai plus -_-

Le fait est qu'on aime bien, en grand titre de pas mal de sites de news, sortir des injustices délires en citant des demi-décisions de justice et rapportant des demi-infos, pour parler d'injustices monstrueuses qui à l'évidence arriveraient tous les quart d'heure dans le monde (dont une fois sur deux aux état-unis)

Heureusement, ce site n'en fait pas parti.

Sub lege libertas: D'ailleurs si on avait "fait les classiques" pour reprendre vos mots, on aurait dû émasculer Dimitriu et Brandon et tondre Cindy, non ?

Oui.. justement (cf fin de mon billet)

Et puis la demoiselle déclarait-elle ses revenus ? AH-AH !!! Sub lege libertas: Ah oui, vous, vous être un honnête contribuable; et ça vous donne des certitudes morales. Allez, dénoncez-la au fisc.

Je m'excuse encore une fois d'avoir fait de l'humour.

Peut-être cette affaire vous a choqué à ce point qu'il est interdit d'en rire, mais désolé, j'aime à rire de tout.

Pour redire ce que je voulais dire dans mon premier post, en plus clair :

Je continue à penser qu'il est normal de se faire emmerder quand on a une attitude, on contexte et un passif extrêmement suspect, qui plus est qui touche à une prostitution à 15 ans.

Surtout dans un contexte Français, donc à morale judéo-chrétienne (*), j'ai dans l'idée que d'autres justices auraient fait bien, bien pire.

(*) Je dis pas que j'approuve, mais on a une morale en France, c'est comme ça. Elle est différente de la Loi et elle influe quand même. Et en France, se prostituer à 15 ans n'est pas cool, n'est pas le genre de situation qu'on trouve normal. Il n'est pas étonnant que des gens cherchent la petite bête.

C'est comme un gamin qui joue tout le temps aux jeux vidéos et ne sort jamais, n'a pas d'amis, et aime à lire des livres à l'envers, on l'envoie chez le psy, on l'emmerde. C'est fou non ? Comme quelqu'un qui tous les soirs va boire et se taper la tête contre le mur, mais le matin travailler sobre (avec un pansement sur le crâne). On a le droit d'être alcoolique dans son coin (non?), pourtant on serai pas étonné d'apprendre qu'il passe une nuit au poste après avoir demandé l'heure à un policier avec 5 bouteilles de vodka qui dépassent de son sac et des bandages teintés de rouge sur la tête. (oh, viens-je encore de faire une petite news ? Franchement, c'est si peu crédible ce que je dis ?)

Je parle de situations qui sont peut-être légales, mais dont tout autour d'elles font crier à la détresse et au "pas normal" (selon les règles de notre morale), au choquant.

Oui, je trouve logique que ces enfants se prennent des sanction, non je n'approuve pas qu'on les punisse et sorte une décision facile pour l'état ("Je ne veux plus que tu fréquente tes amis!!"), et bien sûr, comme tous j'aurai préféré que Michael Landon vienne régler la situation, avec de l'amour, de la compréhension et surtout de l'argent car ça semble manquer, mais notre monde n'est pas parfait et les gens qui vivent à sa marge seront toujours victimes "d'injustices".

Non, c'est pas cool.

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