Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Version doublée et sous titrée

Par Dadouche



La diffusion du film Parcours meurtrier d’une mère ordinaire s’achève et laisse une impression bizarre.

C’est un beau film, incontestablement, qui livre le portrait d’une femme à travers ses mots, dans des circonstances uniques, celles d’un procès d’assises.
Parfois poussée dans ses derniers retranchements par un président qui réclame de la cohérence et des explications qu’on “peut entendre”, parfois secourue par un avocat qui, selon le même président “casse la dynamique de l’interrogatoire”.

Une première impression : c’est un procès d’assises comme personne n’en verra jamais. Et pour cause, il n’a pas existé.

Certes, la reconstitution du dispositif est minutieuse : les robes, les jurés, le public, les dessinateurs, tout est là. Il paraît même que certains “personnages” ont joué leur propre rôle.
Le souci du détail est poussé très loin : on jurerait que Jean-Louis Courjault a prêté son blouson à son double télévisuel.
La retranscription des propos est sans doute fidèle, du moins dans les paroles “en longueur”.
On se doute, quand on connaît la procédure des Assises, que la dynamique des échanges a parfois été retravaillée. En effet, les témoins et experts doivent d’abord faire leur déposition et c’est ensuite, pour préciser leurs propos, que des questions sont posée. Le jeu de questions réponses qui apparaît dans le film est donc vraisemblablement l’équivalent scénaristique du montage.

C’est un procès qu’on n’a jamais entendu : quiconque a assisté à une audience dans une salle comme on en trouve dans tous les palais de justice sait que la sonorisation est souvent un problème majeur…

C’est un procès comme personne ne l’a vu : le point de vue est le plus souvent celui de l’accusée (avec des images d’ailleurs parfois très belles du reflet de celle-ci dans la vitre du box, regardant un témoin, le plus souvent son mari, au second plan, flou).
Aucun juré, aucun spectateur, n’a vu le procès comme cela. Il y a d’ailleurs très peu d’images du point de vue de la cour.
C’est un procès en gros plan, alors qu’une audience est toujours en plan large.

C’est un procès sous titré : les entretiens avec certains protagonistes, parfois juste après la reconstitution de leur audition à la barre, éclairent leurs propos, les précisent, les décryptent parfois.
Les interventions de Claude Halmos sont un contrepoint intéressant, qui contribue à dresser le portrait de cette femme.
Celles d’Henri Leclerc contribuent souvent à décrypter la difficulté de la “machine judiciaire” à appréhender une parole qui lui est parfois étrangère. Il a une réflexion très fine sur la sincérité des propos de sa cliente en garde à vue, qui complète ce qu’elle a essayé d’expliquer à la cour.

C’est un procès déconstruit. Le “plan” classique d’une audience d’assises, c’est généralement l’examen de la personnalité, avec le défilé des proches, des experts psychologues et psychiatres, puis l’examen des faits.
Le réalisateur a bouleversé la chronologie des interrogatoires et dépositions, dans un vrai travail journalistique de synthèse et de mise en perspective.

C’est un procès de regards : celui, fixé sur sa cliente, de Maître Nathalie Senyk, ceux qu’échangent les époux Courjault, ceux que voudrait fuir la famille Fièvre pendant qu’on parle d’elle

c’est un procès virtuel, mêlé au monde réel, entrecoupé d’images de la salle des pas perdus pendant les suspensions, des vrais journalistes en train d’enregistrer leurs sujets. On a parfois un temps d’arrêt devant une image de la porte de la salle d’audience : vraie ou fausse ?

C’est un procès d’experts, dont la parole retravaillée par les scénaristes à partir des “vrais” mots de l’audience devient pédagogique.

Mais c’est un procès qui n’existe pas, qui dure 105 minutes au lieu de dix jours d’audience, où tout est réduit, retravaillé.

C’est un beau film, un portrait de femme (et d’homme) saisissant, mais ça n’a rien à voir avec un procès.

C’est sans doute cela le plus intéressant ; le procès, l’objet de toutes les convoitises télévisuelles, a été détourné, malaxé, trituré pour en sortir quelque chose d’autre, qui va au delà du jugement des faits ou de celle qui les a commis.
Et des images du vrai procès, avec les contraintes que cela impliquerait quant au positionnement des caméras, le dérangement qui en aurait résulté dans l’ordonnancement judiciaire, n’auraient paradoxalement pas permis de faire ce film.

Je reste très réservée sur le principe de la reconstitution d’une audience. Mais il s’agissait là d’autre chose. Et c’est cet autre chose qui est si réussi.
Simplement, il ne faut pas y voir un procès, ni un compte rendu d’audience, juste un portrait.

Commentaires

1. Le lundi 7 décembre 2009 à 23:18 par Starman

Très beau. Ca donne envie de le voir, évidemment :/

2. Le lundi 7 décembre 2009 à 23:23 par leinad

si j’ai été tres touché par cette reconsitution d’un drame, par le jeu de l’actrice, j’ai aussi retenu cette phrase du realisateur, tout de suite apres la diffusion: “je voulais comprendre”.
et ça, j’aime bien. ce n’est certe pas un proces retranscrit, mais c’est une tentative d’explication, de compréhension. et j’aime quand on essaie de comprendre, avant de juger. les medias devraient se livrer à cet exercice

3. Le lundi 7 décembre 2009 à 23:46 par christophe

Vous avez raison, dans votre commentaire.
Ce qui m’a frappé, c’est cette espèce de froideur d’une justice vis à vis d’un fait avèré, si dramatique. Je vois d’ici les réponses; la justice se doit de rester impassible, et de ne s’en remettre qu’aux faits. Comme tout bon professionnel de la justice ou de la police.
Mais, c’était plus que du professionnalisme, que j’ai ressenti. Je ne sais comment le décrire!
Mais oui, c’est vrai, ce n’est pas un procès d’assise. Une espèce d’absence de prise en compte de la psychologie, de la part de ceux représentant l’avocat général ou le Président. C’est ce qui m’a le plus frappé.


Dadouche :
N’oubliez pas que ce sont quelques scènes du  procès auxquelles vous avez assisté, montrées d’une façon unique, qui amplifie certainement ce que l’on perçoit de l’accusée.

Le procès “réel” a duré une dizaine de jours et c’est sans doute par plus petites touches qu’une perception au final assez proche s’est bâtie chez la cour et les jurés. Car la peine qu’ils ont finalement prononcée, qui correspond à la “fourchette basse” de ce que Jean-Louis Courjault lui même envisageait, me paraît tenir compte à la fois des faits et de ce que l’on a pu ressentir de la personnalité et du cheminement de cette femme.

Même si les compte rendus de l’époque (et je les ai épluchés en préparant mon billet de cet été !) ont pointé un certain manque d’empathie de la part du président, la cour d’assises doit aussi confronter la parole de l’accusé aux éléments réunis aux cours de l’instruction, et le président est dans son rôle en rapprochant les propos de l’audience de ceux tenus à divers stades de l’enquête. Bien sûr cela paraît froid, détaché des émotions,des fragilités que Véronique Courjault parvient finalement à exprimer dans les passages reproduits (je pense par exemple aux questions sur les relations intimes des époux). Mais c’est la seule voie d’accès qui est ouverte dans une salle d’audience, qui permet difficilement un “accouchement” (si je peux oser) dans l’intimité d’un entretien individuel, en confiance, comme ceux que l’accusée a pu avoir avec son avocate ou Claude Halmos.

Et le raisonnement de l’avocat général, qui s’interroge sur la sincérité de l’accusée et exprime sa conviction qu’elle a insensiblement modifié sa version des faits pour “coller” à la thèse du déni de grossesse, ne me paraît pas irrecevable en soi. Il reprend d’ailleurs d’une certaine façon les propos de l’un des experts, qui dit que “à force de vouloir lui plaquer un modèle, on lui enlève sa vérité”.

Tout cela étant dit, l’impression qui se dégage des quelques instants d’audience saisis dans le film, c’est aussi que c’était un procès d’hommes, et surtout d’hommes d’une certaine génération avec une certaine vision de la maternité…

4. Le mardi 8 décembre 2009 à 00:03 par Marie-Christine BLIN

j’étais très réticente car je n’aime pas le voyeurisme mais j’ai cédé à la curiosité après avoir lu votre note d’hier et j’ai maintenant envie d’assister à un vrai procès d’assise.

5. Le mardi 8 décembre 2009 à 00:29 par yves

@4 :
Pour assister à un vrai procès d’assises, il vous suffit de choisir une victime et de l’assassiner. Simple non?

Sinon je crois que les audiences sont publiques, mais c’est toujours quand on bosse. Ils devraient faire ça en soirée.

6. Le mardi 8 décembre 2009 à 05:38 par Papet croûton

Je serai bref : MERCI !
Sans vous nous n’aurions pas regardé, et nous avons trouvé cela remarquable…

7. Le mardi 8 décembre 2009 à 07:23 par didier specq

Très beau billet qui illustre d’une certaine façon l’impossibilité, y compris pour un film long basé sur des paroles réelles, de “rendre” la totalité d’un procès d’assises.

Très beau billet aussi car il évoque les discours enfouis sous les paroles réellement prononcées. L’idée qu’on se fait d’une femme et de la maternité, dans les médias d’aujourd’hui, ne correspond pas nécessairement à l’idée que s’en font les magistrats et les jurés. L’expert, que les magistrats connaissent et interrogent, tiendra des propos que les juges et l’accusation vont trouver par exemple assez quelconques tandis que, dans l’assistance, on va les trouver très intéressants et novateurs tout simplement parce qu’on ne les a jamais entendus.

Très bien aussi cette remarque sur la mauvaise qualité du “son”, en partie inévitable, dans une salle d’audience alors qu’un film va restituer un son faux puisque parfaitement audible de bout en bout.

Tout le problème, c’est que la restitution filmée passera définitivement pout la vérité.

8. Le mardi 8 décembre 2009 à 08:27 par gymnopedie

Malgré mes réticences initiales, j’ai finalement regardé ce programme. Je pense que pour V. Courjault, et son entourage, ce procès aura été positif dans le sens ou elle est maintenant entière face à elle-même et aux autres. Par ailleurs, c’est aussi une très belle histoire d’amour et çà, je ne m’y attendais pas du tout.

9. Le mardi 8 décembre 2009 à 08:53 par Koudou

“Simplement, il ne faut pas y voir un procès, ni un compte rendu d’audience, juste un portrait.”

C’est justement ce que je reproche à ce film. A un moment ou un autre l’auteur a-t-il précisé qu’il ne fallait surtout pas y voir quelque chose de réaliste ? Non bien au contraire. Il s’agissait de faire croire au téléspectateur qu’il était _presque_ dans la réalité (sinon à quoi bon une reconstitution ?).

Cette histoire me paraît trop récente pour en faire une fiction et à fortiori une reconstitution.


Dadouche :
Ce qui est réaliste, ce sont les mots de l’accusée, qu’elle n’a pu dire que dans ces circonstances là, avec ces enjeux là. En cela, la reconstitution est utile. Etait-elle indispensable ?

Il me semble en tout cas que l’on est avec ce film dans une démarche tout à fait différente de ce que les premiers articles qui avaient évoqué le projet pouvaient laisser penser. Il ne s’agit pas (plus ?) de faire assister la France entière à ce qu’elle a “raté” à cause de l’interdiction de filmer les procès, mais uniquement de raconter l’histoire d’une femme, telle qu’elle est apparue dans un lieu auquel peu ont pu accéder.

Cela dit, je reste comme vous pleines d’interrogations sur le moment choisi pour faire le film.

10. Le mardi 8 décembre 2009 à 09:44 par procurette

à Yves (N°5) : Les audiences d’Assises se prolongent souvent en soirée, passez nous voir en sortant du boulot !

Je suis aussi assez réservée sur le “timing”, 6 mois après la fin du procès, alors que Mme Courjault constitue son dossier de libération conditionnelle et fait des demandes de permissions, ça me gêne un peu, mais bon, sinon c’est un travail intéressant et ça permet de montrer que dans une affaire criminelle, tout n’est pas tout blanc ou tout noir, et que l’oralité des débats est importante.
A ce propos, j’ai été un peu glacée par le Président qui ne veut pas laisser Mme Courjault pleurer 5 minutes et rassembler ses idées, parce que ça casse la dynamique de son interrogatoire.

11. Le mardi 8 décembre 2009 à 09:46 par Mékes Kidit

J’ai regardé ce film par bribes. Je n’ai pas pu regarder sans zapper. Je trouve l’idée de mettre en exergue ce monstre, insupportable, glauque, incompréhensible. Je crois que la beauté de l’âme humaine c’est de savoir maîtriser ses pulsions. Ici on est dans la bestialité la plus illogique, la plus nihiliste, la plus absurde. Il m’a suffit de quelque minutes pour abandonner: “cette femme a tué ses nouveaux nés par trois fois, de ses propres mains”. Un peu plus tard, aussi incompréhensible: la parole du mari. Il l’aime, il est prêt à tout pour elle.

En zappant, je tombe sur M6: documentaire sur les femmes battues: “je l’aime je ne peux pas m’en séparer, je reviens toujours vers lui, mais il me frappe”. Terrible. On n’a envie de leur dire: mais fuyez ! ne vous approchez plus jamais de cet homme ! Il en va de votre santé, de votre survie. Pas si simple.

Hé bien c’est aussi ce que j’avais envie de dire à M. Courjault: mais fuyez ! il en va de votre santé et de celle de vos enfants.

Désolé, je n’ai aucune empathie, ni pour l’accusé, ni pour le mari, ni pour les médias qui jouent à “regardez mes beaux monstres comme ils sont dégueulasses, mais tellement attendrissants”.

12. Le mardi 8 décembre 2009 à 09:48 par Eolas

Vous pourrez utilement visionner l’émission Comme On Nous Parle de France Inter du 7 décembre 2009. Pascale Clark y interviewe le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade et Alix Poisson, qui joue Véronique Courjault. 


L’affaire Courjault - France Inter
envoyé par franceinter. - L’info internationale vidéo.

13. Le mardi 8 décembre 2009 à 10:14 par benoitverny

J’ai été déçu par cette reconstitution.

Lorsque je suis allé pour la première fois à un procès d’assises (le dernier de Patrick DILLS), je trouvais les débats terriblement longs et ennuyeux.
Aujourd’hui, lorsque je regarde un film comme celui là, je reste sur ma faim.

Le jeu du Président et de l’avocat général était trop théâtral. Ils n’ont pas réussi à nous faire ressentir le tâtonnement des différents protagonistes d’un procès d’Assises.
Le président, assisté de l’avocat général, étaient de véritables automates dénué de toute humanité.

Dans la réalité ce sont plutot les policiers interrogés qui sont des automates.

Ce que j’ai préféré, ce sont les interventions des véritables protagonistes qui, tous, montraient que les 6 mois qui les séparaient de cette audience n’interféraient en rien dans la qualité de la démarche.

Ce sont eux qui ont donné de l’épaisseur et de la consistance à ce film.

Merci Claude HALMOS, Merci Monsieur COURJAULT, Merci Me LECLERC, et merci Dadouche…

14. Le mardi 8 décembre 2009 à 11:04 par chris

Sans votre billet, Dadouche, je n’aurais pas regardé le téléfilm…

Oui (cf.3), c’était un procès
d’hommes dominants, arrogants, où une fois de plus, chez certains, la connaissance, la valeur universitaire, ne font point la valeur humaine. Mais, que je sache, les enfants que nous portons ne sont pas parthénogénétiques (voir wiki).

C’est quoi “la dynamique d’un interrogatoire” ? Avançons, avançons, le temps c’est de l’argent ?

Bonne journée, Dadouche.

15. Le mardi 8 décembre 2009 à 12:24 par Bébert

Après ce portrait bouleversant on ne voit plus V. Courjault de la même façon. Je ne sais pas si c’est voulu, mais il se crée une empathie envers l’acusée. Comme vous le soulignez le montage, le choix du cadrage,.. imposent de manière subtile un point de vue.

Je me demande si ce film sera un one shot ou si d’autres docu-fictions sur d’autres procès célèbres vont voir le jour.

16. Le mardi 8 décembre 2009 à 13:42 par Thomas

je m’étonne que l’auteur de ces lignes se soient rendus compte hier vers 22h30 que le film diffusé ne reprenait pas le procès en intégralité alors que mon Télé Star favori indiquait bien que le film durait 140 minutes, ce qui m’a laissé penser qu’on n’aurait droit qu’à qq instants et peut être même les plus marquants.
Je vous avoue être quelque peu étonné par les commentaires ou le billet de ceux qui sont déçus par le film, car ils attendaient une reconstitution. C’est un travail magnifique, très intéressant, qui adopte une autre démarche que Depardon et ça marche, car tout simplement, ça fait réflechir . De lestrade ne recherche pas la vérité, il a vraissemblablement un parti pris mais moi, spectateur, je ne lui demande pas de ne pas en avoir (allez vous procurer STAIRCASE, son précédent docu en DVD!!).


Dadouche :
Mais comme l’auteur de ces lignes elle est super forte, elle s’en était déjà rendu compte la veille (sauf que son Télérama favori lui indiquait une durée de 105 minutes)

17. Le mardi 8 décembre 2009 à 13:43 par Thomas

sorry pour l’ortograf: vous avez bien lu “l’auteur de ces lignes se soit rendu”

18. Le mardi 8 décembre 2009 à 15:48 par Lonewolf

hé oui, c’est “du cinéma”. En quelque sorte : c’est “seulement” cela.

Pour ceux pour qui le Tribunal est un lieu connu, ou pour les justiciables (demandeurs ou défendeurs) qui ne font qu’y passer, cela manquera toujours d’authenticité. Le Tribunal (d’Instance ou plus) est un endroit qui marque, d’où l’émotion n’est jamais absente, même lorsqu’on n’est que simple spectateur. L’impression que ce lieu à lui seul peut imposer, d’aucuns peuvent tenter de le retranscrire par le cinéma ou le livre.

Le réel, lui, reste inimitable et inaliénable.

19. Le mardi 8 décembre 2009 à 16:15 par Maître Mô

Ce qui m’a semblé “étrange”, au sens propre, c’est le mélange de vérité et de fiction, la seconde étant obligatoirement “validée” par les éléments de la première : c’était un exercice casse-gueule, et me semble-t-il réussi, mais du seul point de vue de la fiction -ce qui, sur un sujet pareil, n’est pas un reproche.

En revanche, il y a la télé dans les cellules des quartiers femmes, et ça, c’est une vraie prise de risques, je crois, tant en ce qui concerne Madame Courjault elle-même, que ses codétenues…

Au-delà, un président très dur, un avocat intervenant mais n’intervenant jamais jusqu’au bout (incident, donner acte…), et des acteurs disant leurs textes sans jamais réellement hésiter, aucune phrase d’une telle accusée n’étant sortie ainsi à l’audience, d’un seul tenant, j’en jurerais, et au final une audience qui transformait une cour d’assises en théâtre antique, ce qu’elle est mais n’est pas seulement : j’en suis sorti gêné, en fait, qu’il ait fallu cet artifice pour parvenir à faire passer tout ce que ce drame avait d’humain, et de si peu pénal, finalement.

20. Le mardi 8 décembre 2009 à 16:32 par Henri

Tous les dessous de cette affaire, ici.

http://www.maison-du-muscat.com/blo…

21. Le mardi 8 décembre 2009 à 16:34 par jugeotte

J’ai regardé, et je n’ai pas aimé.
Tout particulièrement ce que Dadouche semble justement le moins remettre en cause : les mots de VC, mais j’ajoute ceux de l’époux, ou plutôt l’émotion sensée y être contenue. Je me suis ennuyée en écoutant ce “texte”. Car, d’emblée c’est ce que j’ai ressenti. Quelque chose de très “écrit”. Et aussi -pour le président- quelque chose de très “joué”. J’ai bien compris toute la complexité de l’exercice, et je n’avais aucune réticence. Pourtant, je me suis ennuyée. J’ai abandonné avec la certitude diffuse mais tenace qu’il n’y avait là rien de ce qui se passe “pour de vrai”… Trop construit, trop bien construit. Rien de ce qu’une audience doit aux sentiments bruts et aux mots et aux silences inattendus parce qu’abrupts, saisis dans l’instantané de la parole qui se dit et qui dit. qui se défait aussi.

22. Le mardi 8 décembre 2009 à 16:36 par Bébert

L’engouement médiatique a parfois ses mystères. Pourquoi une affaire va-t-elle avoir un grand retentissement plutôt qu’une autre ? Au même moment que le procès de Véronique Courjault se déroulait un autre procès tournant autour de la question du déni de grossesse, à Rennes. Une affaire assez similaire qui a abouti au même verdict, mais dont on a parlé surtout dans la presse régionale.

@Maître Mô

“En revanche, il y a la télé dans les cellules des quartiers femmes, et ça, c’est une vraie prise de risques, je crois, tant en ce qui concerne Madame Courjault elle-même, que ses codétenues…”

Comment les détenus “célèbres” sont-ils vus par leurs co-détenus ? Y a-t-il de la jalousie  ? Je suppose que cette notoriété est une arme à double tranchant dans leurs rapports avec l’administration pénitentiaire.

23. Le mardi 8 décembre 2009 à 18:24 par beldeche

à Procurette (10):
Veuillez m’excuser mais votre pseudo réveille en moi le souvenir du sketch Baladur/Fantomette de Laurent Gerrat.

Sinon, je suppose que les compte-rendus ne sont pas accessibles au public…

PS: un bisou à l’auteur de cet article, juste par sympathie.

24. Le mardi 8 décembre 2009 à 19:36 par Skippy

@Bébert en 22 :
L’engouement médiatique a parfois ses mystères. Pourquoi une affaire va-t-elle avoir un grand retentissement plutôt qu’une autre ? Au même moment que le procès de Véronique Courjault se déroulait un autre procès tournant autour de la question du déni de grossesse, à Rennes. Une affaire assez similaire qui a abouti au même verdict, mais dont on a parlé surtout dans la presse régionale.

Sans doute tout simplement parce que dans un cas et pas dans l’autre, quelqu’un estime que l’information mérite d’être relayée au niveau national ?

Je n’ai jamais compris pourquoi personne (en tout cas médiatiquement parlant…), lorsqu’un fait divers particulier (que ce soit un accident de la route, un viol, un meurtre ou encore un chien écrasé voire une simple agression) devient le sujet de prédilection de la moitié des pseudo-journalistes, personne ne se lève pour rappeler le nombre annuel de ces faits divers : 4326 accidents mortels en 2006, 1500-1800 viols annuels aboutissant à une condamnation, 1000 homicides annuels, pour les autres je vous laisse extrapoler mais il y a de quoi en remplir, des pages de journaux !

NB : Flemme de sourcer, mais stats très faciles à trouver à partir de wikipedia.

25. Le mardi 8 décembre 2009 à 20:44 par Mussipont

Finalement, le plus décevant dans cette affaire Courjault, c’est que notre vénéré gouvernement a failli à sa sacro-sainte règle : “Un fait divers : une loi”.

Moi, j’aurais bien vu l’interdiction d’achat de congélateur pour les femmes enceintes.

:)

26. Le mardi 8 décembre 2009 à 23:51 par didier specq

@Skippy

Vous n’avez jamais compris pourquoi tel ou tel procès (ou tel ou tel faits divers) devient tout à coup le sujet de prédilection des journalistes?

C’est finalement assez simple mais, évidemment, l’explication n’est pas politiquement correcte.

D’abord, contrairement à ce qu’on pourrait penser, il y a de moins en moins de journalistes et d’équipes rédactionnelles parce que l’information coûte bonbon. Par contre, recopier une information prémâchée en ajoutant quelques commentaires n’est pas coûteux du tout.

Attention, je ne parle pas d’information très fouillée mais tout simplement des histoires de base, telles qu’on peut les entendre dans n’importe quel TGI ou cour d’assises.

Les médias vont donc avoir tendance à suivre une grosse affaire, tous, en même temps. Colonna, puis Fofana, puis… Etc, etc. La presse régionale va peut-être un peu échapper à cette pression qui pousse à suivre les mêmes choses en même temps.

Dans le même temps, les affaires choisies par une quinzaine de médias prescripteurs au plan national doivent à toute force entrer dans une “boîte”: l’antisémitisme, les violences faites aux femmes, le déni de grossesse, etc. L’histoire doit “signifier” impérativement. L’histoire, aujourd’hui, n’existe plus en elle-même; elle doit illustrer un grand problème à la mode.

Une histoire extraordinaire où une femme tue son compagnon n’a, par exemple, que très peu de chance de faire la “une” parce qu’elle heurte la nécessaire dénonciation des violences contre les femmes.

27. Le mercredi 9 décembre 2009 à 00:58 par velourine

j’ai regardé cette émission avec beaucoup de recul car il est bien évident que le choix des acteurs, leur manière de traduire les émotions des personnages , le choix de la reconstitution de telle ou telle scène , sont davantage l’expression du regard du réalisateur sur ce fait divers et leurs protagonistes qu’une reconstitution fidèle d’un procès .
Mais ce regard émouvant a le mérite de nous faire toucher du doigt la complexité de l’humain et de la redoutable tâche qu’est celle de juger autrui.
c’est la vie dans ses aspects les plus intimes de toute une famille qui a été jetée sans compassion sur la place publique…
quelle force faut il pour surmonter cela je me le suis demandé tout au long de l’émission !
quelles seront les conséquences psychologiques pour les enfants de ce couple !

28. Le mercredi 9 décembre 2009 à 08:53 par janus

je n’ai pas regardé ce docu-fiction; mon commentaire paraîtra donc outrecuidant à certains d’entre vous. Je suis choqué, en effet, que l’on puisse s’approprier un drame familial non “purgé”, le malaxer et le transformer en spectacle public. Les proches de Madame Courjault, sa famille, son mari, sont jusqu’à preuve du contraire innocents de tout acte délictuel. A quels regards seront-ils de nouveau confrontés de la part des spectateurs de cette fiction? Pour quel bénéfice? Il me semble, quant à moi, que cela méritait un peu de temps, de recul, de silence.

29. Le mercredi 9 décembre 2009 à 10:26 par Papet croûton

Je me suis mélangé les pinceaux, et j’ai laissé mon commentaire sur votre billet précédent, donc je répète :
J’ai voulu faire très bref, pour ne pas encombrer, mais je dois préciser que ce n’est pas le déroulement du procès, mais que c’est l’évolution psychique qui a capté mon attention.
Au risque de me répéter, Merci Dadouche.

30. Le mercredi 9 décembre 2009 à 13:55 par marsan

excellent papier de Didier Specq ci-dessus qui répond en parti aux questions que je posais dans l’article précédent

Mais ce qui m’intéresserai davantage c’est d’essayer de comprendre pourquoi la presse à besoin “d’emboitiser” les sujets - pour répondre à quelles demandes du consommateur d’informations ?
J’imagine que des études ont du être faite par les journaux pour savoir ce qui intéresse ces consommateurs, leur finalité étant de vendre leur papier (j’ajoute que dans ma bouche ce n’est pas un reproche) -

A quoi répond cette curiosité collective ?

31. Le mercredi 9 décembre 2009 à 15:20 par Skippy

@didier specq en 26 : Non, c’est Bébert (en 22) qui ne comprenait pas ça. Moi ce que je ne comprends pas c’est pourquoi personne ne rappelle jamais qu’il ne s’agit que de faits divers comme il y en a tous les jours.

32. Le mercredi 9 décembre 2009 à 15:54 par Bébert

Merci Didier Specq, pour l’explication.

Toujours dans les arguments politiquement incorrects, je suppose que le retentissement d’un procès n’est pas le même s’il se passe à Paris ou dans une petite ville de province où il sera plus coûteux pour certains médias d’envoyer des journalistes ?

33. Le mercredi 9 décembre 2009 à 20:22 par Rizgar Amin

Mouais… et l’exploitation du sensationnel (“l’affaire des bébés congelés”) et du malheur d’autrui, il n’y a que moi que ça heurte ?


Dadouche :
Même si la forme est différente, est-ce que des émissions comme Faites entre l’accusé ne sont pas dans le même registre, sans que personne ne trouve grand chose à y redire ?

34. Le jeudi 10 décembre 2009 à 00:30 par didier specq

Bébert,

Oui et non. La province, c’est pas mal pour avoir de la couleur locale à bon compte.

Le procès Everaert, aux assises à Douai, a sans doute plus d’impact parce qu’il se passe dans le Nord. La rue de Roubaix, avec ses maisons de briques, où le petit Ennis a été enlevé par le pédophile, est pas mal à photographier. A noter, pour avoir l’impact maximum, qu’il faut s’assurer que les parties civiles ne vont pas avoir la drôle d’idée de demander le huis-clos (qui est de droit aux assises dans les affaires sexuelles).

L’affaire d’Outreau, en partie, a pu avoir un gros impact (quand presque tout le monde pensait qu’il n’y avait que des coupables) parce qu’on pouvait broder à bon compte sur ces HLM dégueulasses du Nord qui puent le graillon (En fait, les petits blocs d’Outreau, avec cinq étages et des jardins autour, sont plutôt mignons par rapport aux barres HLM de bien des villes des banlieues parisienne ou lilloise).

Evidemment, d’autres procès auront plus de rententissement à Paris parce que les médias prescripteurs d’opinion sont tous à quelques stations de métro. Mais, pour la couleur locale genre Zola, le Nord et le Pas-de-Calais se classent en général très bien.

Un autre élément pour qu’un faits divers ou un fait de justice percent, c’est aussi la qualité des parties civiles.

Hier soir, au TGI de Lille, un petit groupe de jeunes gens de la droite extrème viennent de prendre d’assez lourdes condamnations pour avoir agressé, pour le fun, des femmes d’origine maghrébines qui sortaient d’une fête familiale vers 2 h du matin le 11 décembre 2005 à Fache-Thumesnil (voir aujourd’hui la rubrique justice sur le site de Nord-Eclair). Le MRAP, l’indignation générale, la solidarité des “minorités visibles” ont sans doute servi d’accélérateurs d’opinion. Les caméras sont venues, toute la presse, y compris gratuite, était là, etc.

En revanche, un autre petit groupe de jeunes gens d’extrème-droite, en 2005 également, sont tombés à bras raccourcis, avec masques, matraques et bombes lacrymos, sur des lycéens à la sortie de Notre-Dame d’Annay, un établissement privé situé place du Concert à Lille. Le petit groupe de nazillons se vengeait car, trois semaines plus tôt, ces lycéens avaient accueilli avec quolibets et bousculades une distribution de tracts d’un groupe “identitaire”. Ce groupe (pourtant similaire au précédent) est passé dans l’indifférence presque générale devant les juges voici trois semaines. Que du sursis, pas d’inscription au casier pour certains des prévenus.

C’est exactement la même affaire mais personne, du côté associatif, n’a défendu ces lycéens “petits-bourgeois”. Pas de syndicats, pas de MRAP, pas de LDH, pas de caméras.

Bref, tout un tas d’éléments, extérieurs en fait à l’importance de l’affaire elle-même, vont déterminer la percée plus ou moins nette dans l’actualité.

35. Le jeudi 10 décembre 2009 à 01:04 par Monseigneur

Quelle que soit l’honnêteté des concepteurs de ce genre de programme, l’idée même de résumer 10 jours de débats pour en faire une “spectacle” de 100mn implique de théâtraliser, de couper, bref, de trahir la réalité. Un peu, toutes proportions gardées comme un album de famille n’enregistre que les événements inhabituels, laissant le quotidien dans les blancs entre les photographies.
Le malaise peut venir de la proximité des faits et d’un risque de confusion pour le spectateur entre le spectacle et la réalité. Les professionnels ne se reconnaissant pas dans leur image, évidemment. Pourtant, il me semble ici que le concept était clairement posé par le réalisateur et que le risque de confusion entre le réel et sa relation était plutôt mince.
En admettant qu’un tel procès puisse un jour être réellement filmé puis résumé en un documentaire, le risque de confusion entre le spectacle et les faits serait encore plus important, là encore quelle que soit l’honnêteté de son concepteur.
Pour en finir par une pirouette parce qu’il se fait tard, il me semble, en pastichant Dumas, qu’en matière de fiction judiciaire comme en matière d’Histoire l’important n’est peut-être pas de ne pas violer le réel, mission impossible, mais de lui lui faire de beaux enfants.


Dadouche :
En l’occurence, le concept était peut-être clairement posé par le réalisateur, mais certainement pas par le diffuseur, comme le montre la bande annonce que j’avais insérée dans le précédent billet, et qui jouait beaucoup sur l’aspect sensationnel et reconstitution “intégrale” (sic), plutôt absent du film

36. Le jeudi 10 décembre 2009 à 11:17 par Bébert

Merci Didier Specq.
Cela me rappelle un article au demeurant très bien écrit de Patricia Tourancheau dans Libération sur le procès Fourniret qui s’attardait principalement sur la description de la ville, des journées de l’envoyée spéciale dans ce décor déprimant qui semblait tellement coller aux actes jugés…

37. Le jeudi 10 décembre 2009 à 15:30 par Skippy

@Dadouche sous Rizgar Amin en 33 : Ne regardant plus la télé et n’ayant jamais été particulièrement friand de ce genre d’émission, je me trompe peut-être, mais il me semblait que Faites entrer l’accusé s’intéressait justement aux procès « historiques », qui en leur temps avaient fait la une de l’actualité, non ?

@Didier Specq en 34 : Je crois que le point critique, que vous semblez volontairement ignorer, bien plus que le complot médiatique, c’est le premier maillon de la chaîne : le correspondant local (ou son équivalent), qui va estimer (suivant un certain nombre de critères qui lui sont propres : centres d’intérêt, éthique, goût du sensationnalisme, appât de la célébrité, estime régionale, et que sais-je encore) qu’un sujet mérite d’être traité. Ce qui explique peut-être en partie pourquoi le Nord est plus souvent le centre de faits divers traités au niveau national que la Bretagne, par exemple (je me souviens, l’année dernière je crois, d’un fait divers dans un petit village breton, ou un jeune d’une vingtaine d’année sans histoires revenant d’une rave party au petit matin avait massacré avec un crucifix une petite vieille qui binait son jardin avant de se prostrer dans la chambre de la dame, découverte par ses petits-enfants… suffisamment d’ingrédients glauques pour passer la barre du local/régional, non ? Et pourtant non.). Une fois repris par un média au niveau national, les autres s’en emparent, comme vous l’avez indiqué plus haut.

Après, l’effet de cercle vicieux peut également jouer : à force d’apparaître comme sordide, le Nord devient une valeur sûre et il semble naturel d’aller chercher là-bas.

38. Le jeudi 17 décembre 2009 à 08:00 par Z.

Bonjour DADOUCHE,

je viens de regarder l’édito de I TELE sur le rappel à la loi de Julien DRAY. Le journaliste s’est excité sur les petis camarades de Monsieur DRAY au PS qui l’ont critriqué, alors qu’au bout du compté, il n’a eu q’un rappel à la loi.
L’idée ne lui vient même pas à l’esprit de l’utilité d’un rappel à la loi à une personne qui n’aurait rien fait !!!
Je vous le dis, chère DADOUCHE, certains journalistes sont dramatiquement nuls.

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