Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Le crime administratif, en action

Aujourd’hui 10 mars sort sur les écrans un film de Roselyne Bosch, intitulé “La Rafle”, sur la rafle dite “du vel’ d’hiv”, en juillet 1942.

Je n’ai pas vu ce film, et ne connais pas la réalisatrice. Je ne puis émettre d’opinion sur la qualité du film.

Mais cette sortie me donne une occasion de mettre en ligne un document qui mérite l’effort de sa lecture.

J’ignore si c’est un document historique qui a déjà été publié ou non. Sa source est sure, il provient des archives d’une organisation syndicale policière à présent dissoute, qui disperse ses archives.

Je vous préviens, il est glaçant.

On a coutume de dire que le crime contre l’humanité qu’a constitué l’extermination des juifs en Europe au cours de la Seconde guerre mondiale est unique en ce qu’il est un crime administratif. Ce n’est pas l’oeuvre d’un fou, car un fou seul n’aurait pas pu tuer autant en aussi peu de temps. C’est un crime commis à l’aide de la machine administrative, froide, efficace, organisée et insensible.

En voici la démonstration.

Le document est un pdf, c’est une photocopie de photocopie d’une copie faite au carbone d’un document vieux de 70 ans, d’où sa piètre qualité. Grâce à la gentillesse et à la disponibilités de mes lecteurs, vous trouverez une retranscription de la circulaire ci-dessous, qui respecte dans la mesure du possible la mise en page originale. Seule la page 4 a dû être retranscrite au format pdf, il s’agit d’un tableau, qui cause des problèmes d’affichage selon la taille de l’écran du lecteur.

Je n’ai aucun droit de propriété intellectuelle sur ce document, et vu sa nature et son ancienneté, il est libre de droit. Vous pouvez copier le fichier, et en faire ce que vous voulez. La retranscription suivra ce statut et pourra être librement recopiée.

Un dernier mot : il est devenu très à la mode de se lancer à la figure cette période terrible que fut l’Occupation pour insulter son adversaire politique. Je vous remercie de ne pas profiter des commentaires pour faire des parallèles abjects entre une politique menée aujourd’hui, notamment en matière d’immigration -et vous savez combien je suis volontiers critique sur la question- quelle que soit l’indignation que vous pouvez ressentir à ce sujet. Lisez ce document, attentivement, et vous comprendrez en quoi la différence n’est pas de degré, mais de nature, et respectez la mémoire des “fiches” visées par ce document, qui n’ont pas eu le même traitement et le même sort que ceux que je défends bec et ongles aujourd’hui, avec d’autant plus de courage que ce faisant, je ne risque rien personnellement.

Ces prolégomènes seront terminés dès que j’aurai précisé que je publie ce document sans la moindre arrière pensée politique. C’est un document qui mérite d’être public, et internet me fournit l’outil pour vous le livrer tel quel. Merci de m’épargner tout procès d’intention qui serait indécent

Voici donc le crime administratif en action, la forme crue qu’il prend quand il se commet : voici la circulaire n°173-42 de la préfecture de police du 13 juillet 1942, c’est-à-dire les instructions officielles données à la police, par la voie hiérarchique, pour la réalisation de ladite Rafle du Vel’d’hiv.


Transcription de la circulaire : (Merci à tous les volontaires).


Préfecture de Police                              C O P I E

—————————
Direction de la

Police Municipale

-
Etat-Major
Bureau - A

                                          S E C R E T


Paris,le 13 Juillet 1942.

 

CIRCULAIRE N° 173 - 42

 

à Messieurs les Commissaires Divisionnaires, Commissaires de Voie
Publique et des Circonscriptions de Banlieu.
( En communication à Direction P.J. - R.G. - Gendarmerie et Garde
de Paris).

______________

 

Les Autorités Occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement d’un certain nombres de Juifs étrangers.

 

I - PRINCIPES

1 - A qui s’applique cette mesure ?

a ) Catégories :
 

La mesure dont il s’agit, ne concerne que les Juifs des nationalités suivantes :

- Allemands
- Autrichiens
- Polonais
- Tchécoslovaques
- Russes ( réfugiés ou soviétiques, c’est à dire “blancs” ou “rouges”)
- Apatrides, c’est-à-dire de nationalité indéterminée.

b) Age et sexe :
 

Elle concerne tous les Juifs des nationalités ci-dessus, quel que soit leur sexe, pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans ( les femmes de 16 à 55 ans).

Les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents.


Dérogations :


Ne tombent pas sous le coup de la mesure :

- les femmes enceintes dont l’accouchement serait proche
- les femmes nourrissant au sein leur bébé
- les femmes ayant un enfant de moins de 2 ans, c’est-à-dire né après le 1er Juillet 1940
- les femmes de prisonniers de guerre
- les veuves ou veufs ayant été mariés à un non-juif
- les juifs ou juives mariés à des non juifs, et faisant la preuve, d’une part de leurs liens légitimes, et d’autre part, de la qualité de non-juif de leur conjoint.
- les juifs et juives porteurs de la carte de légitimation de l’Union Générale des Israélites de France, carte qui est de couleur bulle ou jaune clair.
- les juifs ou juives dont l’époux légitime est d’une nationalité non visée au paragraphe a)
- les parents dont l’un au moins des enfants n’est pas juif.


-2-


Dans le cas où un membre de la famille bénéficie de la dérogation, les enfants ne sont pas emmenés, à moins qu’ils ne soient juifs et âgés de 16 ans et plus

 

Exécution :

              Chaque israélite (homme et femme) à arrêter fait l’objet d’une fiche. Ces fiches sont classées par arrondissement et par ordre alphabétique.

 

              Vous constituerez des équipes d’arrestation. Chaque équipe sera compos d’un gardien en tenue et d’un gardien en civil ou d’un inspecteur des Renseignements Généraux ou de la Police Judiciaire.

 

              Chaque équipe devra recevoir plusieurs fiches. A cet effet, l’ensemble des fiches d’un arrondissements ou d’une circonscription sera remis par ma Direction ce jour à 21 heures.

 

              Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires. En outre, au moment de l’arrestation, le bien-fondé ou le mal-fondé de celle-ci n’a pas à être discuté. C’est vous qui serez responsables des arrestations et examinerez les cas litigieux qui devront être signalés.

 

              Vous instituerez, dans chacun de vos arrondissements ou circonscrip-tion, un ou plusieurs centres primaires de rassemblement, que ferez garder. C’est dans ce ou ces centres que seront examinés par vous les cas douteux. Si vous ne pouvez trancher la question, les intéressés subiront momentanément le sort des autres.

 

              Des autobus dont le nombre est indiqué plus lion, seront mis à votre disposition.

 

              Lorsque vous aurez un contingent suffisant pour remplir un autobus, vous dirigerez :

a)     sur le Camp de Drancy les individus ou familles n’ayant pas d’enfant de moins

b)     sur le Vélodrome d’Hiver : les autres.

 

En ce qui concerne le camp de Drancy, le contingent prévu doit être de 6.000. En conséquence, chaque fois que vous ferez un départ pour Drancy, vous ferez connaître le nombre de personnes transportées dans ce camp à l’Etat-Major qui vous préviendra lorsque le maximum sera atteint. Vous dirigerez alors les autobus sur le Vélodrome d’Hiver.

 

              Vous affecterez à chaque autobus une escorte suffisante. Les glaces de la voiture devront demeurer fermées et la plate-forme sera réservée au bagages. Vous rappelerez aux équipes spéciales d’arrestation, en leur donnant lecture, les instructions contenues dans les consignes que vous remettrez à chacune d’elle avant de procéder aux opérations.

             

              Vous leur indiquerez également, d’une façon nette, les renseignements qu’ils devront, après chaque arrestation, porter au verso de la fiche afférente à la personne arrêteé.

 

              Vous ne transmettrez que le 18 au matin :

I° - les fiches des personnes dont l’arrestation aura été opérée

2° - Les fiches des personnes disparues.

3° - Les fiches des personnes ayant changé d’adresse, et dont la nouvelle résidence est connue à moins que cette dernière ne se trouve dans votre arrondissement.



-3-

Enfin, vous conserverez pour être exécutées ultérieurement les fiches des personnes momentanément absentes lors de la première tentative d’arrestation.

 

Pour que ma Direction soit informée de la marche des opérations, vous tiendrez au fur et à mesure, à votre Bureau, une comptabilité conforme au classement ci-dessus.

 

Des appels généraux vous seront fréquemment adressés pour la communication de ces renseignements.

 

Parmi les personnes arrêtées, vous distinguerez le nombre de celles conduites à Drancy de celles conduites au Vélodrome d’Hiver.

 

Pour faciliter le contrôle, vous ferez porter au dos de la fiche, par un de vos secrétaires, la mention « Drancy  ou  Vélodrome d’Hiver », selon le cas.

 

II.                 Effectifs et matériel

 

A. Dispositions générales

 

Les permissions seront suspendues du 15 courant à 18 heures au 17 courant à 23 heures et tous les cours supprimés jusqu’à la reprise des permissions.

 

Le service de garde des Etablissements allemands ne sera pas assuré, sauf celui des parcs de stationnement et des garages installés dans les passages souterrains, du 15 courant à 21 heures 30 au 17 courant à 21 heures 30, sauf quelques rares exceptions dont vous serez seuls juges.

 

En conséquence, les renforts fournis habituellement pour ce service spécial ne vous seront pas envoyés.

 

De cette situation, il résulte que chaque arrondissement peut sans difficulté affecter à la constitution des « équipes spéciales » 10 gardiens par brigade de roulement et la brigade D au complet, sans que le service normal de l’arrondissement en soit affecté, assuré qu’il sera par le reste de la brigade de roulement (dont l’effectif, du fait de la suppression des permissions, correspond au moins à son effectif habituel).

 

Les gardiens désignés pour constituer les équipes spéciales seront exemptés de leur service normal d’arrondissement à partir du 15 courant à 16 h. ils assureront à nouveau leur service habituel à partir du 17 courant à 23 heures.

 

Ceux qi (sic) prendront la surveillance des établissements allemands le 17 courant à 21 h.30 devront être libérés de tout service dans l’après-midi du même jour.

 

B. Equipes spéciales d’arrestation

 

I.                  Renforts les 16 et 17 juillet

 

Les services détachant les effectifs ci-dessous indiqués devront prévoir l’encadrement normal, les chiffres donnés n’indiquant que le nombre des gardiens. Les gradés n’interviendront pas dans les arrestations, mais seront employés selon vos instructions au contrôle et à la surveillance nécessaire.




Page 4 (format pdf, s’agissant d’un tableau)

- 5 -

 

2 – Horaire de travail des équipes spéciales.

 

                            Les inspecteurs et gardiens constituant les équipes spéciales d’arrestation prendront leur service au Central d’Arrondissement désigné, le 16 courant à 4 heures du matin. Ils effectueront leur service :

 

                            1°- le 16              de 4 heures à 9 heures 30 et

                                                        de 12 heures à 15 heures 30

                            2°- le 17              de 4 heures à 13 heures.

 

              C – Garde des centres primaires de rassemblement et accompagnement des autobus

 

                            1Renforts des 16 et 17 Juillet :

 

                            Pour leur permettre d’assurer la garde de leurs centres primaires de rassemblement et l’accompagnement des détenus dans les autobus, les arrondissements les plus chargés recevront, en outre, les 16 et 17 Juillet les renforts suivants :

 

2me Arrt              :              15 Gardes à pied

3me  -                            :              30 Gardiens de la CHR

4me  -                            :              15   -                   des Cies de Circulation

                                          5   -      de l’Ecole Pratique

                                          25 Gardes à pied

5me  -                            :              10   -

9me  -                            :              15   -

10me -                            :              10 Gardiens de l’Ecole Pratique

                                          30 Gardes à pied

11me -                            :              10 Gardiens de l’Ecole Pratique

                                          10   -                   des Cies de Circulation

                                          40 Gardes à pied

12me -                            :              10   -

                                          5 Gardiens de l’Ecole Pratique

13me -                            :              10 Gardes à pied

                                          5 Gardiens de l’Ecole Pratique

14me -                            :              10 Gardes à pied

                                          5 Gardiens de l’Ecole Pratique

15me -                            :              10 Gardes à pied

16me -                            :              10 Gardes à pied

                                          5 Gardiens de l’Ecole Pratique

17me -                            :              10 Gardes à pied

18me -                            :              25 Gardiens des Cies de Circulation

                                          15 Gardes à pied

19me -                            :              20 Gardiens des Cies de Circulation

                                          15 Gardes à pied

20me -                            :              30 Gardiens des Cies de Circulation

                                          30 Gardes à pied

 

                            2 – Horaire :

 

                            Les renforts destinés à la garde des centres primaires de rassemblement et à l’accompagnement des autobus prendront leur service au Central d’Arrondissement désigne le 16 courant à 5 heures du matin.

 

                            Ils assureront leur service les 16 et 17 Juillet :

 

                            Equipe N° 1 de 5 heures à 12 heures


- 6 -
 
 
 
 
                            Equipe n° 2 de 12 heures à fin de service
 
                            En ce qui concerne les effectifs de la Garde de Paris, la relève aura lieu au gré du commandement.
 
                            D – Circonscriptions de Banlieue.
 
                            Toutes les circonscriptions de banlieue, sauf celles des Lilas, de Montreuil, Saint-Ouen et Vincennes, constitueront leurs équipes spéciales d’arresta-tion, assureront la garde de leurs centres primaires de rassemblement et d’accompa-gnement, à l’aide de leurs propres effectifs.
 
                            En ce qui concerne le matériel, celui-ci vous sera envoyé après communications des chiffres aux appels généraux, de manière à organiser des itinéraires de transfé-rement.
 
                            Suivant l’horaire et les dates fixées pour Paris, chapitre B, paragraphe 2, les renforts suivants seront fournis:
 
–    SAINT-OUEN : 20 gardiens en tenue et 12 gardiens en civil fournis par le 2ème Division sur ses effectifs de banlieue.
 
–    LES LILAS : 20 gendarmes et 14 gardiens en civil de l’Ecole Pratique
 
–    MONTREUIL : 25 gendarmes et 18 gardiens en civil de l’Ecole Pratique
 
–    VINCENNES : 15 gendarmes et 9 gardiens en civil de l’Ecole Pratique.
 
              Dans les Circonscriptions des Lilas, Montreuil et Vincennes, les Commissaires commenceront les opération dès 4 heures du matin avec leurs propres effectifs et les gendarmes, et recevront les gardiens en civil de l’Ecole Pratique par le pre-mier métro : c’est à dire aux environs de 6 heures 15.
 
                            E – Matériel :
 
              La Compagnie du Métropolitain, réseau de surface, enverra directement les 16 et 17 Juillet à 5 heures aux Centraux d’Arrondissement où ils resteront à votre dispo-sition jusqu’à fin de service :
 
–   Ier  Arrdt : I autobus
–   2ème   -   : I   -
–   3ème   -   : I   -
–   4ème   -   : 3   -
–   5ème   -   : 3   -
–   6ème   -   : I   -
–   7ème   -   : I   -
–   8ème   -   : I   -
–   9ème   -   : 2   -
–   10ème   -   : 3    -
–   11ème   -   : 7   -
–   12ème   -   : 2   -
–   13ème   -   : I   -
…/.

-7-


- 14ème  -   : I autobus

- 15ème  -   : I    -

- 16ème  -   : I    -

- 17ème  -   : I    -

- 18ème  -   : 3    -

- 19ème  -   : 3    -

- 20ème  -   : 7    -

 

A la préfecture de Police (Caserne de la Cité):

 

              Lorsque vous n’aurez plus besoin des autobus, vous en aviserez d’urgence l’Etat Major P.M.; et, de toute façon vous ne les renverrez qu’avec son accord.

 

              En outre la Direction des Services Techniques tiendra à la disposition de l’Etat Major de ma Direction, au garage, à partir du 16 juillet à 8 heures :

            

                 10 grands cars.

 

              Les Arrondissements conserveront jusqu’à nouvel ordre les voiturettes mises à leur disposition pour le service spécial du 14 juillet, contrairement aux instruct—- de ma Circulaire n° 170-42 du 13 juillet.

              De plus, de 6 heures à 18 heures, les 16 et 17 juillet, un motocycliste sera mis, à la disposition de chacun des : 9ème, 10ème, 1-ème, 18ème, 19ème et 20ème Arrdts.

 

                            F – Garde du Vélodrome d’Hiver

 

              La garde du Vélodrome d’Hiver sera assurée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieu- par la Gendarmerie d . la Région Parisienne et sous sa responsabilité.

 

                            G – Tableau récapitulatif des fiches d’arrestations :

 

1er Arrdt              134-             : Asnières           32

2ème Arrdt             579-             : Aubervilliers      67

3ème Arrdt             2 .675-          : Boulogne           96

4ème Arrdt             2 .401 -         : Charenton          25

5ème Arrdt             414-             : Choisy-le-Roi       8

6ème Arrdt             143-             : Cliohy             62

7ème Arrdt             68-              : Colombe            24

8ème Arrdt             128-             : Courbevoie         34

9ème Arrdt             902-             : Gantilly           95

10ème Arrdt            2 .594-          : Ivry-sur-Seine     47

11ème Arrdt            4. 235-          : Les Lilas         271

12ème Arrdt            588-             : Levallois          47

13ème Arrdt            563-             : Montreuil         330

14ème Arrdt            295-             : Montrouge          34

15ème Arrdt            397-             : Neuilly-sur-Seine  48

16ème Arrdt            424-             : Nogent-sur-Marne   50

17ème Arrdt            424-             : Noisy-le-sec       45

18ème Arrdt            2. 075-          : Pantin             93

19ème Arrdt            1. 917-          : Puteaux            38

20ème Arrdt            4. 378-          : Saint-Denis        63

                                        : Saint-Maur         45

 

…/…

 


-8-

 

Saint-Ouen              261

Sceaux                   37

Vanves                   52 

Vincennes               153

 

            


  Le Directeur de la Police Municipale

 

              HENNEQUIN


La discussion continue ailleurs

1. Le jeudi 11 mars 2010, 03:20 par François Nonnenmacher (FR)

Maléfice et humanité

Maître Eolas vient de publier la retranscription circulaire n°173-42 de la préfecture de police du 13 juillet 1942 qui détaille les instructions officielles données à la police, par la voie hiérarchique, pour la réalisation de la rafle dite Rafle du......

Commentaires

1. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:31 par Arnaud

Je suis peut-être naïf, mais je demeure fondamentalement convaincu que les gens sont dans la quasi-totalité des cas des “gens bien”.
Il y a quelques monstres bien sûr, mais si peu.
La vraie question que me posent des évènements comme la Rafle du Vel’d’Hiv est donc: comment faire commettre des actes monstrueux à des gens qui ne sont pas des monstres.

Je ne sais pas.

2. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:37 par Artemisia

Glaçant dans sa sécheresse toute administrative. MERCI.

3. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:43 par anoson

@ Arnaud

Une piste de réponse
http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3…

4. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:43 par Photine

Merci, Maître, pour ce document.
Le film va sûrement “montrer” “faire comprendre” à des personnes supplémentaires ce que fut le nazisme et la collaboration. Ce qui est toujours nécessaire, apparemment.

Effectivement, nous confronter régulièrement à la question posée par Arnaud est salutaire.
Ne pas oublier de quoi l’être humain est capable pour avoir les bonnes réactions si un jour cela s’avère nécessaire.

5. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:44 par Olije

Pour la transcription de document, je vais commencer la page 1

6. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:45 par Teocali

Glaçant.

Je prends 10 minutes pour commencer une retranscription. Je m’occupe de la seconde page.

7. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:46 par L'optimiste

A première lecture ce document n’apporte rien de nouveau.
Hèlas ce fut la police parisienne et les GMR qui exécutèrent cette monstruoisité….pas la police allemande d’occupation.
N’oublions pas cependant que la police parisienne grâce aux FTP s’est rachetée (partiellement) lors de l’insurrection du 19 aôut 1944.
In mémoriam!

8. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:46 par jugeotte

@ Arnaud
Hannah Arendt a tenté de répondre. Elle ne fut pas comprise tout de suite, quand elle dit qu’il n’y a pas de monstres, mais essentiellement des gens “ordinaires” qui se protègent par leur statut de subalterne, n’ayant commis que la “faute ” d’obéir à une hiérarchie. Ils ne sont, ils ne se sentaient, ni coupables, ni évidemment responsables d’ordres qu’ils n’ont pas eux-mêmes donnés… On lui fit grief, c’est un euphémisme, de cette “banalisation du mal”, expression aujourd’hui fixée par l’usage.
Ce que dit H. Arendt est cependant d’une grande force. C’est dans cette atomisation des actes administratifs et des agents pour les mettre en application que se trouve une partie de la réponse, si cela se peut, à votre question.
Mes formulations sont un peu rapides, j’en conviens. Il faudrait lire “Eichmann à Jérusalem” le livre qu’elle écrivit à partir du procès qu’elle couvrit personnellement en 1961. C’est de là que vient cette “théorie” de la banalisation du mal.
Au sens le plus strict et le plus noble, cela mérite vraiment réflexion.

9. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:50 par Skippy

Merci pour la diffusion de ce document.

@Arnaud sous 1 : Peut-être en partie en cherchant du côté de l’expérience de Milgram ?

« Hasard du calendrier », comme disent les journaleux, on m’a indiqué hier ce lien vers un document d’archive (vidéo) : Hommage à Drumont à l’Institut des questions Juives. C’est tellement surréaliste que ç’en serait risible, si les faits n’étaient pas là. La question n’est pas seulement celle de la monstruosité, mais également celle de la crédulité. Et surtout : serait-ce encore possible aujourd’hui ? Pas sûr qu’il soit très rassurant d’y réfléchir…

10. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:52 par Graveen

Ca fait froid dans le dos.

Je suis d’accord avec Arnaud. A aucun moment la conséquence n’est abordée. On reste dans le détail de l’arrestation, avec un manuel pratique des arrestations…

Je ne connais pas le contexte. En 1942, les policiers, les citoyens avaient t-il conscience de la réalité d’une déportation, ou était ce quelque chose d’abstrait, dans une Europe en guerre ?

L’Hsitoire nous apprend beaucoup, et le recul que nous avons maintenant permet vraiment de mesurer cette horreur. Cette description minutieuse des critères est bouleversante.

11. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:52 par Républicain

Je prends les pages 3 et 4 (et plus si j’ai le temps).

12. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:53 par Fabien

Arnaud : une “petite” réponse à ta question :

http://www.ted.com/talks/lang/fre_f…

13. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:53 par Gruntgrunt

Je vais prendre la page 5. Par contre, pas d’OpenOffice disponible, ça sera du .doc (version 2003).

14. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:54 par Graveen

je prends la page 3

15. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:54 par Graveen

pardon la page 6, la 3 étant déjà prise

16. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:54 par Burmazil

Je fais la page 3 ce soir

17. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:56 par Burmazil

Edit : page 7 et 8

18. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:58 par tshirtman

sauf votre respect, au vue que plusieurs personnes tentent déjà de prendre la page 3, ne serait-ce pas mieux de traiter ça sur un wiki? ça aiderait pour les corrections de plus car certains mots sont difficilement lisibles.

19. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:04 par GruntGrunt

@tshirtman : Il n’y a que 8 pages, les “conflits” devraient être terminés :)

20. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:05 par raoul

Très intéressant. Pour aller plus loin, je ne peux que conseiller la lecture des livres de Robert Paxton: “La France de Vichy” et “Vichy et les juifs” qui démontrent que la politique antisémite de Vichy n’a jamais été contrainte par l’occupant.

21. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:06 par révoltée

à vomir.

A voir aussi Maître Gilles Devers qui avait ressorti les écrits de “grands noms” du droit genre Carbonnier: de quoi rester scotché.

Juste, je sais, dans le billet il est précisé “pas de parallèles”. Mais ce n’est pas un parallèle que je souhaite faire, juste recadrer la terminologie. On entend dire que le mot “rafle” ne doit pas être utilisé quand est évoquée la politique en matière d’immigration. Mais il suffit juste de reprendre la signification du mot: le petit Larousse “Opération policière exécutée à l’improviste dans un lieu suspect ; arrestation massive de personnes”. Cette définition trouve application dans une multitude de situations, par exemple (un exemple parmis d’autres) lorsqu’une opération policière est exécutée à l’improviste aux restos du coeur (http://www.liberation.fr/societe/01…), on a bien les critères de la rafle. Un mot qui a servi à qualifier une situation dans l’histoire n’a pas vocation à ne s’appliquer qu’à cette situation.

Maintenant, il est vrai que faire un parallèle entre deux rafles, la rafle du Vel d’hiv et la rafle des sans papiers, entre ces deux situations si différentes, ça n’a pa lieu d’être: si le mot rafle est approprié à ces deux situations, il y a bien une différence de nature comme précisé dans le billet.

Cette petite parenthèse de terminologie faite, merci pour ce document. Il y a plusieurs manières d’aboder cette triste période de notre histoire, l’approche administrative et textuelle est intéressante.

22. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:06 par Hervé

Merci Maitre pour ce document,

J’aurais bien retranscrit quelque chose, mais j’ai l’impression que toutes les pages sont prises, tant pis, je commence la page 4.

23. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:12 par Iksi Greczed

Si mes doigts n’ont pas fourché, le compte se monte à 27 391 fiches de préétablies pour cette affaire.

24. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:14 par PMB

L’obéissance aveugle à un ordre injuste voire criminel n’est pas née au Vel d’hiv.

Ai-je le droit de penser, sans nécessairement faire acte anti-clérical, au “Perinde ac cadaver” des jésuites ?

Ce qui dérange dans la réflexion d’Harendt, entre autres, est cette idée que si les auteurs/complice d’actes inhumains ne sont pas des monstres (ie des non humains)… nous pourrions en être, nous qui pensons être, de par ce que nous croyons être notre normalité, à l’abri !

Cela me rappelle un téléfilm qui dénonçait vertueusement la pédophilie en montrant un agresseur laid, binoclard, suifeux, histoire de bien mettre de tels personnages hors du commun, hors de nous…

(Vertueusement, mais en se permettant de montrer l’enfant lavé par sa mère de façon qu’on voie bien qu’il s’agissait d’un garçon. Tartufe is alive and well alive)

25. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:15 par DMonodBroca

“Crime administratif”, oui certes, mais aussi crime politique puisque l’administration obéissait à un pouvoir politique, ou soi-disant tel, qui avait fondé son action sur la collaboration avec l’occupant et avait décidé dès octobre 40 des mesures contre les Juifs, et donc aussi crime national. L’erreur en l’affaire est, comme toujours ou presque, de croire que le coupable, c’est l’autre.

26. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:15 par la cigale

Comment je fais avec la mémoire que j’ai de mes parents qui en Juillet 42 avaient 22 et 24 ans, je sais bien que toute cette horreur n’est pas arrivée d’un seul coup, que ce sont des années de propagande……………. et voilà ! je leur trouve encore des excuses.

27. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:15 par PMB

mes doigts ont fourché :-(

28. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:19 par GroM

Ce qui est particulièrement troublant avec ce texte, c’est la proximité de sa forme avec celle des circulaires contemporaines.

29. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:21 par Axel

Merci Maitre pour ce document.
Petit commentaire, juste pour saluer la mémoire de ces 13.000 juifs arrêtés par une machine administrative aussi affreuse que glaciale.
Que cela ne se reproduise jamais.

30. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:22 par Dr Tavuk

Bon, il semble que toutes les pages sont déjà réparties - il est donc un peu tard pour que je me propose.

En complément de jugeotte (#8), je voudrais signaler quelque chose qui m’avait frappé au visionnage d’un documentaire, mis en ligne sur médiapart en novembre dernier si ma mémoire est bonne, et qui avait été signalé à notre attention par le maître des lieux. Le documentaire en question portait sur l’institutionnalisation de la torture des terroriste présumés par les USA sous le régime de G.W. Bush.

Ce qui m’avait le plus frappée, et passablement glacée, c’était l’interview de ce fonctionnaire de la CIA, doté d’une tête de bon père de famille (voir de grand-père, il n’était pas très loin de la retraite je pense). Sa position était de dire, tant que c’est légal, et qu’il y a un papier des politiques qui le prouve, puisqu’on sait comment sont les politiques, si on leur reproche les choses un jour, ils vont vouloir se décharger de leurs responsabilités sur notre dos, moi je ne vois pas de problèmes à faire ce qu’on me dit de faire. Le côté : “non mais moi je ne suis qu’un rouage de la machine administrative, hein, je suis les ordres” m’avait immédiatement évoqué toute la machine administrative de l’extermnation des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Si la proportion des dégâts était, certes, moindre, le principe était le même.

31. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:27 par jugeotte

@PMB
Vous avez raison. C’est aussi ce qu’il faut lire entre et au-delà des lignes d’H. Arendt. L’idée que seuls des “monstres” seraient capables de “monstruosités” permet à tout un chacun de ne pas se reconnaître, et de se dédouaner à peu de frais de cette éventualité. Ainsi, vous et moi, et la plupart d’entre nous, pour ne pas dire la majorité, pouvons nous croire à l’abri, pour nous-mêmes. Et même nous autoriser à des jugements sur de tels actes dont nous nous croyons a priori protégés. Cette excuse de la monstruosité de quelques-uns seulement a aussi pour conséquence, plus insidieuse encore, de mettre tout cela loin de nous, et de nous laisser vaquer à nos préoccupations “humaines, trop humaines”…

32. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:31 par Derek

@Arnaud 1

comment faire commettre des actes monstrueux à des gens qui ne sont pas des monstres ?

Allez à Oradour-sur-Glane (ça fait moins loin que Mỹ Lai).

Les gens bien sont des monstres qui n’ont pas encore été initiés à leur monstruosité. Il suffit de les initier.

Malheureusement c’est simple comme d’habituer les gens bien petit à petit pour leur faire accepter: d’abord que la monstruosité existe, puis qu’elle existe près de chez eux, puis qu’il peuvent la laisser commettre devant eux, puis qu’ils peuvent y participer indirectement, puis qu’il peuvent y participer sans être sûr que c’est le cas, puis y participer vraiment, puis faire preuve d’initiative, et finalement la planifier ou la diriger.

Pour rafler des Juifs il suffit de s’arrêter à “participer sans être sûr que c’est le cas”, ça reste manifestement assez confortable pour y mêler des milliers de fonctionnaires après seulement 2 ans d’occupation.

Nous sommes tous au moins au premier stade d’acceptation: nous acceptons que la monstruosité existe au loin: massacre au Rwanda, génocides variés, nettoyages ethniques, etc.

Tout ça est au contraire très vraisemblable quand on compare à d’autres monstruosités de l’histoire. C’est parce que nous en sommes tous capables, sans généralement le savoir et l’accepter, que le devoir de mémoire est important. Pour nous permettre de prendre conscience de notre monstruosité latente, et de peut-être la contrôler un peu.

33. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:31 par Emmanuel

Je me rappelle avoir lu quelque part que les nazis, pour l’applications de leurs mesures les plus abjectes et pour l’encadrement de la SS, avaient veillé à employer une majorité de juristes, pour leur conformation intellectuelle : des critères, une population, l’application de ceux-ci à celle-ci, sans plus de sentiment, et une grande rigueur dans le travail.

En URSS aussi l’horreur était née des quotas transmis à l’administration, sous des noms déguisés comme “3500 personnes à traiter en catégorie1” : un fonctionnaire consciencieux pouvait remplir sa tâche en oubliant que “catégorie1” c’était la mort, et que pour trouver 3500 personnes il fallait mettre en catégorie1 les cas de tapage nocturne, les types arrêtés pour avoir pissé contre un lampadaire, etc.

Quand on fournit à l’administration des critères précis et des quotas élevés à remplir, le pire n’est jamais loin.

34. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:32 par Teejee (mékeskidi de base)

On est frappé par le caractère méthodique du document, qui organise et planifie les différentes étapes de la rafle, spécifiant les catégories de Juifs à arrêter et ceux qui feront exception. Tout cela a été pensé, pesé, calculé.
Critiqué ?
“(…) le bien-fondé ou le mal-fondé de celle-ci (l’arrestation) n’ayant pas à être discuté” (page 2).
Bonne conscience ?
“Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires.”
Eolas le rappelait il y a peu : le rôle des policiers est d’appliquer la loi, et non de la discuter; il n’ont pas à faire le boulot du législateur. Malheureusement, la conscience est souvent en éveil quand un supérieur, dont on reconnaît l’autorité parce qu’il tire sa légitimité de sa hiérarchie et de son service, donne un ordre.
En complément des références à l’expérience de Milgram, une de ses illustrations les plus connues : I comme Icare, d’Henri Verneuil, youtube.com/watch?5Sqqhr4_J28 etyoutube.com/watch?v=CLVsGz4VvfM&feature=related. On y reconnaît Yves Montand, Roger Planchon et Didier Sauvegrain dans le rôle de Daslow (l’adjoint de Roger Planchon, malgré les apparences, n’est pas Brice Hortefeux !)
Ce que dit ce dernier est éloquent : “Quand on ordonne à un pilote de lâcher une bombe sur une ville, il ne se demande pas si c’est bien ou mal de lâcher la bombe : il lâche la bombe.”
Ce qui ne veut pas dire que nous sommes condamnés à obéir à des ordres absurdes. L’expérience de Milgram est au contraire un outil pour nous aider à comprendre jusqu’où nous pouvons obéir.

35. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:35 par Lény

pour ceux qui doutent de l’expérience de milgram ou de la banalisation du mal, regardez france2 dans une semaine :
http://television.telerama.fr/tele/…

36. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:36 par Guisou

@1 Arnaud : c’est très simple. Nous sommes tous capables de commettre des monstruosités… sans pour cela que nous soyons des monstres.

C’est d’ailleurs, je crois, tout l’objet du procès pénal - en correctionnelle ou aux assises - : punir l’individu pour l’acte qu’il a pu commettre, aussi monstrueux que soit cet acte, sans pour autant réduire l’individu à cet acte, sans le réduire à l’état de monstre (d’où l’examen de personnalité).

En terme chrétien, on dit aussi que l’Homme vaut mieux que son péché.

37. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:37 par Secret

Bonjour,

Le document est parfaitement lisible dans sa version PDF, mais grand merci pour la transcription, toutefois je pense que sa lecture dans “son jus” est encore plus émouvante.

Comme les détails sont révélateurs, l’annotation en marge de la page 7 montre combien les exécutants de ces ordre iniques ont pris à coeur de s’assurer qu’ils auraient bien les moyens pour les exécuter au delà de ce qui leur était ordonné.

Sans vouloir les exonérer de ces crimes, on regardera utilement l’émission prévue sur la 2 et qui pourraient s’intituler “combien de temps faut-il pour devenir un bourreau ?” et on se remémorera la prise de position des autorité morales françaises de l’époque à ce moment là.

38. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:42 par lajalousie

page 1

Préfecture de Police

Direction de la Police Municipale

-
Etat-Major
Bureau - A

S E C R E T
—-

C O P I E
-

Paris,le 13 Juillet 1942.

CIRCULAIRE N° 173 - 42

à Messieurs les Commissaires Divisionnaies, Commissaires de Voie
Publique et des Circonscriptions de Banlieu.
( En communication à Direction P.J. - R.G. - Gendarmerie et Garde
de Paris).

—-

Les Autorités Occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement
d’un certain nombres de Juifs étrangers.

I - PRINCIPES
-
1 - A qui s’applique cette mesure ?
-
a ) Catégories :


La mesure dont il s’agit, ne concerne que les Juifs des nationalités
suivantes :

- Allemands
- Autrichiens
- Polonais
- Tchécoslovaques
- Russes ( réfugiés ou soviétiques, c’est à dire “blancs” ou “rouges”)
- Apatrides, c’est-à-dire de nationalité indéterminée.

b) Age et sexe :
—-

Elle concerne tous les Juifs des nationalités ci-dessus, quel que soit
leur sexe, pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans ( les femmes de 16 à 55 ans).
Les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les
parents.
Dérogations :
—-

Ne tombent pas sous le coup de la mesure :

- les femmes enceintes dont l’accouchement serait proche
- les femmes nourrissant au sein leur bébé
- les femmes ayant un enfant de moins de 2 ans, c’est-à-dire né après le Ier
Juillet 1940
- les femmes de prisonniers de guerre
- les veuves ou veufs ayant été mariés à un non-juif
- les juifs ou juives mariés à des non juifs, et faisant la pruve, d’une part
de leurs liens légitimes, et d’autre part, de la qualité de non-juif de leur
conjoint.
- les juifs et juives porteurs de la carte de légitimation de l’Union Générale
des Israélites de France, carte qui est de couleur bulle ou jaune clair.
- les juifs ou juives dont l’époux légitime est d’une nationalité non visée au
paragraphe a)
- les parents dont l’un au moins des enfants n’est pas juif.

39. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:44 par Ventfriské

la différence n’est pas de degré, mais de nature
C’est, je crois, exactement le contraire, la nature des outils administratifs est la même aujourd’hui: fichiers d’identification des individus par age, sexe, nationalité, adresse etc. + bras armé de la Police.
Mais le degré est différent. Provisoirement, et en France.
Car toute technologie dangereuse par nature (administrative ou nucléaire aussi par ex.) ne peut pas, compte tenu de la folie des hommes, ne pas être utilisée à des “degrés” dont les traces sanglante dans l’histoire ou l’actualité ne semblent pas être suffisantes pour envisager le passage à d’autres technologies moins porteuses de risques.

40. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:57 par Eporediens

“Je n’ai aucun droit de propriété intellectuelle sur ce document, et vu sa nature et son ancienneté, il est libre de droit.”

Vue la durée exorbitante du droit d’auteur, je ne suis pas certain qu’un document vieux de “seulement” 68 ans soit libre de droits.

Mais j’aimerais bien voir son auteur se manifester pour réclamer des redevances…

41. Le mercredi 10 mars 2010 à 11:58 par i-diogène

bonjour,

Il me semble que ça serait altérer la vérité d’un document historique en corrigeant (comme cela a été fait) le lapsus révélateur à la page 3, section II, A, 4ème §, le mot “affect-u-er”.
Mais peut-être n’est-ce qu’un détail?

42. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:05 par Régis Hulot

Voulez-vous que je transcrive la page 7,

43. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:08 par chris31

Qu’en est il des prestations de serment à Vichy par des fonctionnaires et des magistrats ?

44. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:09 par Scarpia

Avant de lire, une remarque.
Il s’agit d’une simple circulaire et pas d’un loi ou d’un règlement. Il y a donc eu très loin du noyau de folie hitlérien outre un législateur antisémite une administration réglementant ad nauseum pour rendre applicables les dites lois et ensuite un fonctionnaire pour pondre ce genre de vademecum.……
Crimes de papier par délégation et dilution.

45. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:15 par Régis Hulot

j’ai commencé 7 et 8.

Pas facile, mais j’ai un peu de temps. Et c’est un peu un hommage à tous ceux qui… cette grande fille de 22 ans aujourd’hui qui a failli ce jour-là ne jamais avoir de grands parents.

46. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:18 par ivan kann szpirglas

je comprends le besoin de justification mais
surtout, ne dites jamais que la police ou le gouvernement ou l’état ou le pays
s’est racheté par ses actes… (des policiers et gendarmes aussi à ce moment précis firent de la résistance mais c’est à eux personnellement que doivent aller les merci et les pensées.)

Dire que la police le gouvernement l’état ou la France s’est racheté c’est une brulure que vous ajoutez à nos plaies de fils et fille de déporté ayant ou non survécu.

je suis né bien après la guerre de parents déportés
mais la plaie est ouverte et reste ouverte.

merci Eolas de faire paraitre cette circulaire. merci à chacun qui passe de son temps à la retranscrire, merci à chacun de seulement dire qu’il souffre de cette salissure à jamais marquée.
Un merci aussi tout spécial à celui qui remarqua que même la police et l’armée allemande n’en firent pas tant et en fait n’en demandèrent pas tant.

47. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:19 par David Andrianavalontsalama

Assez d’accord avec Ventfriské (commentaire n° 39) pour ne pas immédiatement adhérer à l’appréciation que « la différence (ne serait) pas de degré, mais de nature ».

L’exercice de recopier soi-même la circulaire est instructif. On se met gentiment à la place du ou de la typographe, et on réinterprète le rôle du rouage dans la machine qui aboutit à ce que l’on semble aujourd’hui savoir si facilement qualifier et rejeter.

Un important corollaire de nos propres actes est aussi d’en connaître et le fondement et d’être capable de le revendiquer. Répondre à la petite question « Pour quoi suis-je en train de faire ce que je suis en train de faire ? » peut faire basculer de l’état de rouage à un choix et à l’autodétermination.

Je ne sais pas si statistiquement nos actes de Français sont plus engagés ou plus fondés, soixante-dix ans après ce type de circulaire.

Il existe toujours des salauds et il existe toujours des forces morales incarnées. Le débat est sans doute davantage public maintenant (la nature de cette question sur une administration en roue libre serait donc, en effet, différente), mais la faculté d’indignation semble moins répartie (ce qui, ramené à la possibilité de monstrueux dérapages, pourrait revenir au même), même si elle a une absolue légitimité à s’exprimer (OK, différence de nature).

48. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:21 par Emmanuel

Un élément très choquant de ce document est la consigne d’emmener les enfants avec les parents. Les autorités nazies ne demandaient que des adultes mais l’administration française, dirigée par Pierre Laval, ne voulait pas voir des orphelins traîner dans les rues, et a donc raflé les enfants avec.

C’est probablement le même souci de l’ordre public qui fait rafler les enfants de sans-papiers aujourd’hui, même si le maître des lieux nous a invités à ne pas abuser des parallèles historiques.

49. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:24 par petit-fils

merci pour ce document et pour vos autres actions.

j’ai mis en ligne plusieurs pages sur l’un des nombreux camps (KZ) nazis destinés aux Européens

50. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:29 par Blair

Merci maître, pour ce document. Il témoigne en effet de l’atrocité de l’administration française de l’époque et (et il est important de le rappeler) de la différence qu’il y a avec la façon dont les étrangers et le débat public lancé autour de leur condition sont traités par l’administration française d’aujourd’hui.

51. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:40 par Isa

@ 40
Il n’y a pas de droit d’auteur sur les textes ou actes administratifs.
Manquerait plus que ça.

52. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:45 par vpo

Si ca peut aider.

On retrouve une partie de ce document sur le site web suivant:

(La participation de la police française aux arrestations de Juifs)

L’auteur de la page perso donne la source:
“Lettre-circulaire qui se trouve dans les Archives du Centre de Documentation Juive Contemporaine, Référence : CCXIV-77”

53. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:47 par François

Pardonnez mon ignorance, mais je suis surpris de lire dans ce document, que cette rafle ne visait que les Juifs de nationalité étrangère. Les Juifs Français n’étaient pas concernés? Quelqu’un peut-il aider à ma compréhension?

Eolas:
Arrêter en masse des citoyens français pour les livrer à l’ennemi ? Vous sous-estimez l’état de l’opinion publique sous l’Occupation. Ça ne serait jamais passé. Le gouvernement de Vichy le savait bien.

C’est pourquoi deux ans plus tôt, une loi du 22 juillet 1940 avait remis en cause toutes les naturalisations prononcées depuis le 10 août 1927 (entrée en vigueur de la loi sur la nationalité encore en vigueur en 1940). Chaque jour, le JO publiait des pages et des pages de décrets de déchéance de nationalité. Même de non juifs.

Un exemple tiré du journal officiel, décret du 7 avril 1941. Se voient retirer la nationalité française : BORSOI (Giuseppe), manœuvre, né le 26 avril 1890 à Vittorio (Italie), demeurant à Crolles (Isère), naturalisé Français par décret du 29 avril 1933, publié au Journal officiel le 7 mai1933, et DAL BIANCO (Elisabetta), épouse du précédent, née le 2 juillet 1890 à San-Lucia (Italie), demeurant à Crolles (Isère), naturalisée Française par le même décret, et leurs enfants : 1° Augusta, née le 14 janvier 1916 à Mareno (Italie) ; 2° Valentino, né le 18 octobre 1919 à Mareno (Italie) ; 3° Elio-Jean, né le 30 décembre 1920 à Mareno (Italie) ; 4° Elsa-Joséphine, née le 19 mars 1922 à Mareno (Italie) ; 5° Luigi-Giovanni, né le 22 octobre 1923 à Mareno (Italie) ; 6° Achille-Arcangelo, né le 18 décembre 1924 à Mareno (Italie) ; 7° Maria-Régina, née le 14 juin 1926 à Crolles (Isère) ; 8° Renée-Antoinette, née le 17 février 1930 à Crolles (Isère) ; 10° Andrée-Bernadette, née le 29 janvier 1932 à Crolles (Isère), devenus Français par la naturalisation des parents.

Beaucoup de ces juifs présentés comme étrangers avaient été français. L’arrestation et la déportation des juifs de nationalité française commencera ensuite, quand il n’y aura plus de juifs français à livrer, et par petits contingents. L’Ordre des avocats de paris, en la personne de son bâtonnier Charpentier s’est hélas illustré par sa docilité.

Merci en tous cas pour ce document. Et je respecterai votre souhait de ne pas faire de parallèle avec l’actualité présente, mais permettez-moi alors de poser quelques questions. Que pensent les ‘raflés’ d’aujourd’hui (puisque la démonstration est faite par l’un de vos lecteurs, grand merci à lui, de la justesse du terme) d’une éventuelle similitude de situation? Pourquoi s’interdire ces parallèles? Force du “politiquement correct”? En a-t-on peur? L’histoire, surtout quand elle est si dramatique, n’a-t-elle pas vocation à éclairer nos actes, à nous éviter de commettre les mêmes crimes?

Eolas:
Précisément.  Je ne veux pas que mes concitoyens pensent qu’en allant voir Welcome au cinéma, ils se sont assurés d’une défaite définitive du fascisme.

54. Le mercredi 10 mars 2010 à 12:50 par vpo

@moi-même : En fait il semble que je me sois trompé. En parcourant le site, il semble que ce soit une circulaire pour un rafle ultérieure. Donc la référence pour l’archive n’est pas bonne.

55. Le mercredi 10 mars 2010 à 13:02 par Koudou

« Si vous ne pouvez trancher la question, les intéressés subiront momentanément le sort des autres. »

Le diable se cache dans les détails.

56. Le mercredi 10 mars 2010 à 13:19 par Phantom

Bonjour,

Certes je n’étais pas né à cette époque, celà ne m’empêche pas de trouver çà horrible comme beaucoup d’entre nous.
« L’homme est un loup pour l’homme » dicton malheureusement bien trop vrai et réel.
Je n’ai pas de famille juive mais celà pourrait arriver à n’importe quelle autre ethnie, à nous aussi.
J’imagine, ou essaye d’imaginer, l’horreur que celà put être et que celà fut.
Il n’y a pas de nom pour çà.

Il n’y a rien que nous puissions faire pour revenir en arriére et changer celà, mais nous pouvons oeuvrer pour que celà ne se reproduise jamais.
Merci de partager ce document, les victimes de ces actes odieux s’en sentiront « apaisés », du moins je le leur souhaite.

57. Le mercredi 10 mars 2010 à 13:20 par bartabas

Atterrant:
Aujourd’hui sur la page d’accueil du portail Orange:

Le sens de la formule, pas de doute…

58. Le mercredi 10 mars 2010 à 13:21 par bartabas

59. Le mercredi 10 mars 2010 à 13:24 par bartabas

Désolé pour les problèmes techniques… Voici le lien vers la page Orange avec ce titre:
“Rafle du Vel d’Hiv: une histoire pas toujours très glorieuse”

http://www.orange.fr/

60. Le mercredi 10 mars 2010 à 13:25 par Iksi Greczed

Le sujet “tortionnaire” repose son angoisse sur l’autorité et la fonction de l’autorité se situe dans ce repos que ce sujet corrobore.

C’est l’autorité, quelle qu’elle soit, qui le légitimise dans son acte tortionnaire en le rendant social, collectivement reconnu comme indispensable ou abjecte.

L’origine de son absence d‘empathie, sa mort empathique ne fait l’objet d’aucune discution, hélas : quelle est la puissance de cette angoisse dont l’intensité fait reposer sur l’autorité une telle absence d‘empathie ?

C’est que l’origine même de cette angoisse, son tréfond, effraie le sujet et c’est cette frayeur que repose toutes les vilénies “politiques”.

Le policier ou le gendarme, j’y pensais ce matin, qui arrête une personne pour une raison qui est dépourvue de fondement légal (- Quoi ? Vous n’avez pas de carte d’identité ? Vous êtes obligé d’en avoir une sur vous <c’est faux, bien sûr> : aller, au poste, en GAV !) formule son autorité sur l‘angoisse politique du moment, sur l’ambiance sociale affective du moment, qu’importe la teneur des lois (que nos avocats tentent de protéger) en fonction de son degré d’empathie qui se règle (c’est LUI qui le décide, personne d’autre à sa place, et relativement à de l’intensité de son angoisse et de sa solution sociale) sur les possibles du moment politique.

Et tout est fait, non pas pour résoudre l’angoisse, mais pour l’intensifier, sinon que notre propre degré d’empathie.

61. Le mercredi 10 mars 2010 à 13:29 par William

François, en 51, nous dit : “Pardonnez mon ignorance, mais je suis surpris de lire dans ce document, que cette rafle ne visait que les Juifs de nationalité étrangère. Les Juifs Français n’étaient pas concernés? Quelqu’un peut-il aider à ma compréhension?”

En fait, la déportation des juifs s’est faite en plusieurs étapes. On a commencé par tous les juifs étrangers, qui en général étaient des immigrés de fraîche date, après la guerre de 14-18. A l’époque, “on” estimait que la population française admettrait plus facilement ce genre de rafle, que celle embarquant des familles juives établies en France depuis plusieurs générations. Leur tour, malheurueusment, viendra plus tard …

62. Le mercredi 10 mars 2010 à 13:45 par minny

C’est assez difficile d’imaginer que ce genre de texte administratif traite de comment tuer des gens efficacement. En le lisant, on a l’impression de lire une “banale” circulaire….

C’est assez étrange ce “brin d’humanité” : pourquoi épargner les femmes enceintes ou qui allaitent puisque l’objectif était de supprimer tous les juifs d’Europe ? Avaient-ils conscience du lieu où allaient les déportés ?

J’ai lu avant hier, que la déportation des enfants de moins de 16 ans, n’est pas une idée des nazis mais une idée de la police française que les nazis ont ensuite approuvée… C’est terrifiant.

63. Le mercredi 10 mars 2010 à 13:46 par P'tit Ben

@ 51

Quelques chiffres glanés au hasard d’un moteur de recherche
À noter que le nombre total de Juifs « non nationaux » n’étant pas indiqué, il n’est pas possible de connaître le pourcentage de déportés de cette « catégorie », mais je crois me rappeler qu’il était proche de 75 %. En tout cas, dans un premier temps, Vichy s’est borné à déporter des juifs apatrides ou étrangers (ceci comprenant les étrangers anciennement naturalisés français puis déchus de cette nationalité par l’État français ; rétroactivité qui me semble peu légale dans tous les cas), même si certains Juifs de nationalité française l’ont pu être (mais en tant que résistants, communistes…). Ce n’est que dans un second temps que les Juifs « nationaux » furent recherchés en temps que tel puis déportés, toujours d’après mes souvenirs. La résistance et une certaine forme de rejet général de Vichy, et plus encore de la collaboration avec les Allemands, s’étant développés, le pourcentage de Juifs nationaux déportés fut bien moins important que pour les « non nationaux ». Il faudrait que je retrouve mon Paxton pour plus d’informations…
Les thuriféraires de vichy ont souvent mis en avant le chiffre de 25 % de Juifs déportés (contre plus de 70 % dans le Benelux par exemple) pour tenter de prouver une certaine résistance (si, si) de l’État français à l’occupation allemande et une protection des Juifs nationaux.
Sinon, pour en revenir aux comparaisons n’est pas raison, ce sur quoi il me semble important de réfléchir est de savoir à partir de quel moment on se doit d’entrer en « résistance », de refuser l’ordre supérieur ou de s’y opposer. Arrêter des enfants à la sortie des écoles me semble être un bon point de départ.

64. Le mercredi 10 mars 2010 à 13:58 par lajalousie

@ L’optimiste :
oui, la police de paris s’est mise en grève le 15 aout 1944,
mais mais pour s’opposer à son désarmement, vu comme
un geste de défiance de l’occupant.

65. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:04 par chiara

Lisez le le livre d’Annah Arendt, Eichmann à Jérusalem, il est disponible en poche, facilement trouvable et “facile” à lire (pas trop technique, je veux dire) ; il est aussi, de façon surprenante, plein d’humour, d’esprit, je me souviens avoir rit parfois en le lisant, d’un rire étranglé mais rit quand même.
Elle dit que Eichamnn n’était pas un monstre, que les psychologues qui l’ont vu dans sa prison l’ont trouvé tout à fait normal (“plus normal que je ne suis moi-même après l’avoir examiné” - cette phrase m’a marquée). Elle dit aussi que c’était quelqu’un qui ne savait pas penser autrement que par clichés, qui faisait correspondre à chaque étape de sa vie et de sa carrière à un cliché “euphorisant” qui lui permettait de garder une bonne image de lui même ; et que peu importait que ces clichés soient contradictoire entre eux…
Je ne sais pas ce que j’aurais fait en 40, ni dans l’expérience de Milgram. Je me pose cette question depuis des années, je ne suis pas du tout sûre d’avoir la réponse, ni si je ne suis pas confrontée en ce moment même à cette situation sans m’en rendre compte.

66. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:10 par Bassan

@ Emmanuel (47)

Un élément très choquant de ce document est la consigne d’emmener les enfants avec les parents. Les autorités nazies ne demandaient que des adultes…

Pardon, Emmanuel, je suis sûr que votre intention n’était pas du tout celle-ci, et que votre pensée est très éloignée de ce que je ressens à vous lire, mais la formulation que vous employez laisse un arrière goût étrange : si la consigne d’emmener les enfants ne faisait pas partie du document, il eut été moins choquant ?

Je ne me souviens plus du nom de cette forme de dialectique qui consiste à susciter une idée en évocant son contraire…

67. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:13 par taverna

Pour François et William.
Juqu’à la derniere minute,les juifs “français d’origine”,ont pensé qu’ils ne seraient pas emprisonnés ou déportés.En particulier les anciens combattants,victimes de guerre,etc.A Drancy ils étaient soigneusement recensés par le chef du bureau militaire du camp,l’avocat Edmond Bloch.(bureau fondé par lui meme.Le relevé par nationalité des 3146 internés presents le 25 décembre1941,indique:français d’origine:159.

68. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:26 par villiv

effectivement .. ça fait froid dans le dos : la froideur administrative par excellence…

dur !

Merci Maître et Merci aux transcripteurs

69. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:26 par Le Poulet

Bonjour, il me semble qu’on peut trouver cette circulaire dans un bouquin “Dans les archives secrètes de la Police”, je vais vérifier et je vous tiens au courant ça vous évitera peut être bien du travail.

70. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:27 par Charles

Simplement merci pour la publication de ce document, ainsi qu’à tous les transcripteurs.

71. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:30 par jul

En tête de la circulaire incriminée:

“les autorités occupantes (c’est-à-dire les représentants du 3 eme Reich) ont décidé….”.

Tout est dit.

Vous pourrez refaire cent fois l’histoire, la France était en régime d’occupation soumise aux exigences allemandes avec plus ou moins de zèle.

72. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:31 par Le Poulet

Oui c’est bien ça, c’est la même circulaire.
La totalité (10 pages) est retranscrite dans le livre “Dans les archives secrètes de la Police” sous la direction de Bruno Fuligni aux éditions “L’Iconoclaste” page 362.
Je n’ai malheureusement pas de scanner sous la main.

73. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:37 par tschok

@ Jalmad,

Si vous me lisez, je crois que c’est le moment de dire un petit mot sur la catégorie “chien sanglant”.

Sous catégorie “chien sanglant administratif”: qui documente son travail, organisé, froid, méthodique, efficace, discret.

Caractéristique historique: vivent vieux, meurent souvent dans leur lit.

Niveau de formation: en général, dans les premiers de leur promo.

Probabilité d’en trouver dans une démocratie: forte. Tous les régimes les considèrent comme indispensables. Mais une démocratie sage les éloigne des degrés les plus élevés du pouvoir en se contenant de les tenir en réserve, au cas où.

Capacité à entrer dans l’histoire: supérieure à la moyenne.

Un jour, Chateaubriand croise un ange exterminateur totalement hors paire et inclassable, Talleyrand, au bras d’un chien sanglant des plus performants, Fouché.

Il a alors cette phrase restée célèbre: “le vice appuyé sur le bras du crime”.

Ceux qui ont croisé des chiens sanglants ont souvent été saisis, dans tous les sens du terme.

74. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:40 par Casbah

@ jul : que je sache, la France n’était pas sous occupation en 1961 car les autorités françaises ont quand même “recommencé” la raffle en octobre 1961 en arrêtant les Algériens qui manifestaient pacifiquement parcequ’on voulait tous les parquer des des camps…la police FRANCAISE, sous les ordres de Papon, en a jeté des centaines dans la seine…je suis certaine que si demain, cette situation se renouvelait, il y a plus d’une personne dans ce pays qui referait exactement la même chose !!

75. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:41 par Sous toutes réserves.

Comment cela a-t-il pu se produire ? Sont-ce des monstres ?

J’ai trouvé une réponse en lisant “les Bienveillantes” (de J. Littell). Il y est décrit, en termes parfois indigestes, toute l’organisation du IIIème Reich. C’est une mécanique administrative formidable, et ça a un avantage redoutable : chacun exécute sa tâche sans état d’âmes.

En effet, cette organisation administrative décuplabilise chacun des intervenants : les policiers arrêtent des personnes, ils ne font qu’obéir aux ordres. Les gardiens de camps ne font que garder les camps, ils n’ont pas décidé des personnes qui y viendraient. Le responsable des transports fait partir et arriver des trains, leur contenu n’importe pas, ce n’est pas une question qu’il a à se poser. Etc… la multipicité des intervenants dilue d’autant leurs relflexions personnelles, et leur culpabilité morale.

Les termes de la circulaire dont nous venons d’avoir lecture reprennent ces principes : on ne pose pas de question, il y a une mission à exécuter et voici les moyens d’y parvenir. L’ordre venant d’en haut, il faut l’exécuter.

Et cet ordre était acceptable. Il n’était pas demandé aux policiers de tuer eux-mêmes les personnes qu’ils interpellaient. Il s’y seraient alors très certainement opposés.

C’est pourquoi, même si j’ai honte de ce qui s’est passé dans notre histoire, je ne porte pas de jugement sur ces policiers français. Certains ont resisté, ont aidé des juifs, des resistants, d’autres ont appliqué les ordres, en respectant les procédures données par leur hierarchie. D’autres ont fait du zèle, il ne faut pas l’oublier non plus.

Qu’aurais-je fait à leur place ? Il serait aisé de répondre que je m’y serais opposé avec force. Mais à la vérité je n’en sais rien. Rappelons-nous les paroles de JJ Goldman : “Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens, si j’avais été allemand ?”.

76. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:41 par bratisla

Si je puis me permettre, je pense qu’il est intéressant dans cette Histoire de savoir quelle est l’origine de ces fameuses “fiches”, et comment les autorités françaises ont pu si facilement dresser une liste de noms ; j’avais lu dans un Histoire/Historia (me souviens plus du numéro) que cette capacité découlait de l’excellente efficacité administrative déployée avant guerre pour créer un système performant de fiches de renseignement - portant sur les étrangers en France, de mémoire. Système très efficace, basé physiquement dans un immeuble rénové avec une installation de monte-charges pour le déplacement des archives, et une organisation impeccable, le tout uniquement pour centraliser des informations sur les étrangers en France. Au départ. (ma mémoire peut défaillir, fouillez dans les récents numéros de l’Histoire ou Historia pour édification)
Et là les limites posées par notre hôte brûlent ma main, car mon regard ne cesse de glisser vers les systèmes de fichage mis en place actuellement … mais si je suis innocent je n’ai rien à me reprocher, non ?

77. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:45 par villiv

du coup j’ai tenté de voir si Google pouvait retrouver trace de cette circulaire ou en tout cas des termes qu’elle contient…

et il y a 4500 réponses sur une recherche comprenant les premiers termes de la circulaire

les sources trouvées sont souvent des sources sûres et intéressantes (cndp, aidh…)

il y a également quelques résultats sur les “livres”

cf : http://www.google.fr/search?hl=fr&a…

78. Le mercredi 10 mars 2010 à 14:58 par PMB

Sur le crime administratif, il vient de sortir un document accablant (et semble-t-il mal fait) sur les convois de déportation organisés par la SNCF.

79. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:05 par Alex

Le nom du signataire de ce document est HENNEQUIN:
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89…)

80. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:06 par Damien

Un grand merci à tous pour ce document, dont la lecture est émouvante et édifiante.

Personnellement ce qui me marque le plus c’est le détail très précis et qui peut sembler humain à première lecture des cas de dérogation:

“Ne tombent pas sous le coup de la mesure :

- les femmes enceintes dont l’accouchement serait proche
- les femmes nourrissant au sein leur bébé
- les femmes ayant un enfant de moins de 2 ans, c’est-à-dire né après le 1er Juillet 1940
- les femmes de prisonniers de guerre
- les veuves ou veufs ayant été mariés à un non-juif
- les juifs ou juives mariés à des non juifs, et faisant la preuve, d’une part de leurs liens légitimes, et d’autre part, de la qualité de non-juif de leur conjoint.
- les juifs et juives porteurs de la carte de légitimation de l’Union Générale des Israélites de France, carte qui est de couleur bulle ou jaune clair.
- les juifs ou juives dont l’époux légitime est d’une nationalité non visée au paragraphe a)
- les parents dont l’un au moins des enfants n’est pas juif. “

Il me semble que c’est monstrueusement intelligent de la part de l’administration de détailler avec autant de détail les cas de dérogation. Ainsi les policier participant à la rafle peuvent avoir la conscience tranquille, puisque des personnes qu’ils raflent les femmes enceintes ou allaitant seront exclues du dispositif. Il ne peut rien arriver d’affreux à des gens qui sont pris en charge par une administration si humaine, qui va jusqu’à exonérer les juifs étrangers dont un des enfants ne serait pas juifs. Et puis après tout Drancy n’est qu’un camp de transit, et le vélodrome d’hiver n’a rien de monstrueux…

On sait tous aujourd’hui ce qu’il est arrivé à ces 13000 personnes, et de la réalité de la barbarie nazie, mais devant l’apparence humaine de la procédure je comprends que ces fonctionnaires aient obéi.

Il est effectivement très dur d’être sur qu’aujourd’hui nous serions l’exception du troupeau, nous serions l’âme courageuse ou clairvoyante qui verrait au delà de la procédure l’horreur du crime que l’on nous demanderait de commettre. Je reste intimement persuadé que sur les milliers de fonctionnaires qui agirent ce jour là, beaucoup se posèrent des questions sur la légitimité de leur action, mais qu’ils ont été rassuré par le fait que les autres obéissaient sans rien dire. La dictature de la normalité a probablement conduit beaucoup d’entre eux à suivre le troupeau. Espérons que la France a appris de son erreur et qu’elle ne re-commettrait pas les mêmes erreurs aujourd’hui.

81. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:08 par info

le signataire de la circulaire est Hennequin (in wikipédia)

“Émile Hennequin (1887- ?) est le directeur général de la police municipale (PM) de Paris qui organisa la rafle du Vélodrome d’Hiver en 1942 et déploya pour ce faire environ 9000 policiers. Il était entré à la PP en 1912.

Il fut condamné en juin 1947 à 8 ans de travaux forcés.”

82. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:13 par Thau

Je ne vois pas où est la différence de nature…

83. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:14 par bratisla

… j’ai l’impression que je me suis mélangé dans mes fiches à moi. Un historien pourrait-il éclairer ma lanterne passablement enfumée ?

84. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:18 par Jean

Sur la banalité du mal, lisez le livre de Browning, Des hommes ordinaires : Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne
http://www.amazon.fr/hommes-ordinai…

85. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:29 par Patrick de Friberg

Merci pour ce document !
J’observais il y a quelques jours avec le scandaleux article de Hervé Kempf dans le Monde, comment on essayait de récupérer l’horreur absolue aux sauces des controverses et points de vue contraires, comment on oubliait le terme si précis de “négationnisme”, créé pour toutes ces “générations futures” dont on nous rend responsable de tous les maux, pour mieux faire oublier les générations présentes, parce que couteuse et celles passées, parce que dérangeantes.
A l’heure où les derniers survivants de la Shoa disparaissent et ne cachent pas leur déception des amalgames, des points “Godwin”, qu’usent médias et politiques, je suis de tout coeur et plume avec vous quand vous soulignez que “la différence n’est pas de degré, mais de nature, et respectez la mémoire des “fiches” visées par ce document”.
Patrick de Friberg

86. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:32 par Hervé

Concernant l’incertitude du nom de l’auteur sur la transcription de la dernière page, il s’agit d’Émile Hennequin

87. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:39 par lnk

Je rejoins Secret @37 et aussi GrosM @28 : le fait que cette circulaire a exactement la même apparence matérielle et le même style que des documents administratifs courants et anodins fait particulièrement froid dans le dos. J’avais vu des documents du même genre dans une exposition à l’Hôtel de ville de Paris dans les années 70 ou 80. Il ne s’agissait pas de cette circulaire, mais de rapports de gendarmerie sur l’embarquement de Juifs internés (dans des camps du Loiret, je crois) dans un train vers Drancy. L’exemplaire exposé était un double carbone sur papier pelure, et voir cet objet dans sa “banalité” était saisissant, d’autant que les expositions de documents de la période de l’occupation était encore peu courantes alors.

Sur le film on peut lire une critique un peu réservée et intéressante de Jacques Mandelbaum dans le Monde .

Je n’ai pas vu le film et n’ai donc pas d’avis, mais j’ai vu l’émission d’hier sur Fr2 et j’avoue avoir éprouvé un certain malaise devant cette émission très promotionnelle, visant plus l’émotion que la connaissance, et particulièrement confuse sur l’évolution de la mémoire depuis 1945. Marie Drucker résistait difficilement à la tentation de présenter le film comme brisant un silence qui aurait régné jusqu’à aujourd’hui (elle ne le disait pas tout à fait , mais c’était si confus qu’on pouvait le comprendre ainsi).

@ bratisla 76 On peut trouver tout l’historique du fichier des Juifs et de son devenir dans Le “fichier juif”, rapport de la commission présidée par René Rémond, paru chez Plon en 1996 (suite à un scandale, au début des années 90, concernant les conditions de conservation de ce fichier depuis la guerre). Ces fiches étaient issues de recensements spécifiques des Juifs ordonnés successivement par les Allemands et par Vichy en 40 et 41.

88. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:42 par Apresent

De nos jours les arrestations seraient faites beaucoup plus facilement qu’à l’époque : les gens sont prêts actuellement à tuer leur voisin. L’expérience scientifique a été refaite :

http://www.lepoint.fr/actualites-me…

89. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:45 par youssef

Me Eolas, je veux saluer votre rare sens moral et intellectuel de la rigueur et de la mesure que traduit vos propos introductifs prévenant les nauséabonds parallèles historiques.

90. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:54 par Véronique Anger

Bravo pour cette publication ! Je me réjouis de cette précision, qui apporte de l’eau à mon moulin : “Il est devenu très à la mode de se lancer à la figure cette période terrible que fut l’Occupation pour insulter son adversaire politique.”. C’est ce que j’ai essayé de rappeler à M. Kempf, qui semble avoir perdu le sens de la mesure, des mots et de l’Histoire dans l’article cité par Patrick de Friberg. Ma réponse à son txt, pour ceux que cela intéresse : “Quand Le Monde ne tourne plus rond…” : http://veroniqueanger.blogspot.com/…

91. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:57 par DMonodBroca

Petite coquille, Maître, dans votre commentaire sous 53 : “quand il n’y aura plus de juifs français à livrer”. Il faut lire “étrangers”, naturellement.

92. Le mercredi 10 mars 2010 à 15:58 par flop

juste 1 réflexion et 1 citation :

- si j’ai bien compris l’émission d’hier, le nombre d’apatrides a augmenté à ce moment là, pour ne pas à avoir à arrêter des juifs français.
- citation d’Anne Franck : “je continue à croire à la bonté inné de l’homme.”

93. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:04 par Luxo

Conseil d’Etat, Ass., 12 avril 2002, Papon, p. 139 :
(…) Considérant que si la déportation entre 1942 et 1944 des personnes d’origine juive arrêtées puis internées en Gironde dans les conditions rappelées ci-dessus a été organisée à la demande et sous l’autorité des forces d’occupation allemandes, la mise en place du camp d’internement de Mérignac et le pouvoir donné au préfet, dès octobre 1940, d’y interner les ressortissants étrangers ” de race juive “, l’existence même d’un service des questions juives au sein de la préfecture, chargé notamment d’établir et de tenir à jour un fichier recensant les personnes ” de race juive ” ou de confession israélite, l’ordre donné aux forces de police de prêter leur concours aux opérations d’arrestation et d’internement des personnes figurant dans ce fichier et aux responsables administratifs d’apporter leur assistance à l’organisation des convois vers Drancy - tous actes ou agissements de l’administration française qui ne résultaient pas directement d’une contrainte de l’occupant - ont permis et facilité, indépendamment de l’action de M. PAPON, les opérations qui ont été le prélude à la déportation ;

Considérant que si l’article 3 de l’ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental constate expressément la nullité de tous les actes de l’autorité de fait se disant ” gouvernement de l’Etat français ” qui ” établissent ou appliquent une discrimination quelconque fondée sur la qualité de juif “, ces dispositions ne sauraient avoir pour effet de créer un régime d’irresponsabilité de la puissance publique à raison des faits ou agissements commis par l’administration française dans l’application de ces actes, entre le 16 juin 1940 et le rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental ; que, tout au contraire, les dispositions précitées de l’ordonnance ont, en sanctionnant par la nullité l’illégalité manifeste des actes établissant ou appliquant cette discrimination, nécessairement admis que les agissements auxquels ces actes ont donné lieu pouvaient revêtir un caractère fautif ;

Considérant qu’il résulte de tout ce qui précède que la faute de service analysée ci-dessus engage, contrairement à ce que soutient le ministre de l’intérieur, la responsabilité de l’Etat ; (…)

94. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:08 par Cambronne

Il serait bien que l’on en face autant pour le génocide du Bocage qui se terminera jusqu’en 1924 dans les balkans car combien de vendéens de Bretons ont vu leur proche souffrir de leur appartenance d’origine 500000 morts des colonnes infernales de Thureau et Westermann Ils iront jusqu’à taner des peaux humaines .Mais rien dans les manuels d’histoires ou si peu plus d’ 1/4 de la population d’une région exterminé certains diront que c’est vieux hors c’était il ya 217 ans et c’est la méthode qui fuit approprié en exemple par les allemands ainsi que Staline et Polpot …
mon grand père marin pécheur et fut dénoncé par des communistes à la Kommandantur de Rennes et sera déporté sur Bergen-Belsen, qu’en au lâches eux il finiront de leur vie paisiblement l’un mourra d’un accident de voiture dans les années 50 l’autre sera élu centriste c’est dingue comment l’on peu passer du communisme au centrisme, mon esprit libéral me fait dire que ce pays a une fâcheuse tendance à la soviétisation je crois que je suis dans le vrai…

95. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:12 par Syllogisme

Merci Maître pour ce document !
Il m’a donné l’occasion de me replonger dans la lecture de l’arrêt d’assemblée du 12 avril 2002 du Conseil d’Etat. La Haute juridiction administrative avait relevé à cette occasion “le concours actif apporté par l’intéressé à l’arrestation et à l’internement de plusieurs dizaines de personnes d’origine juive, dont de nombreux enfants”,

Ainsi, il est une chose d‘“obéir à des ordres reçus de ses supérieurs hiérarchiques”et une autre de faire preuve d’un remarquable “zèle dans l’exécution des missions confiées”.
Remarquable décision à mon sens.

http://www.legifrance.gouv.fr/affic…

96. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:13 par birefringence

sur texte :

F – Garde du Vélodrome d’Hiver

La garde du Vélodrome d’Hiver sera assurée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieu- par la Gendarmerie d . la Région Parisienne et sous sa responsabilité.

J’aurais appris quelque chose, persuadé que j’étais que l’infamie ne pouvait là se trouver que du coté de la police et pas des militaires de la gendarmerie !

97. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:14 par Simon

Ce que je trouve surprenant, c’est la relative “neutralité” du document.

Va t on ce contenter de fiché les juif et les re-laché ou va ton les executés ensuite ?
Va t on les garder longtemps ?
Va t on créer des camps a l’image des camps de réfugiés d’espagnol fuyant la guerre de 1936 ,va t on les stérilisés ?
Que va ton faire de c’est personnes ?
Rien n’est dit de ce qui va ce passer après. Rien n’ai dit des motivation ni des buts.

Comment peut-on désobéir a un tel ordre ? Difficile de faire valoir l’immoralité de l’enfermement quand il s’agit d’une part importante de son travail (garde a vue, prisons, …).

C’est un document glaçant parce que pris seul, il est finalement assez “raisonnable” (difficilement contestable) pour celui qui va l’exécuté. Qu’il est précédé et suivi d’ordres tous aussi “raisonnable” et dont l’issue est impensable, aujourd’hui et probablement hier.

98. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:15 par Artemisia

Cher maître, c’est l’historienne qui parle ici, pourriez-vous remettre le PDF, c’est encore plus “présent” avec cette dactylographie d’époque, j’en pleurais ce matin.

99. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:23 par birefringence

pour info
Je pense que la circulaire a déjà été totalement “redactylographiée”
de larges extraits sont cités ici en 2005
http://www.cndp.fr/tice/teledoc/dos…

et que copie doit être “facilement” disponible auprès
de http://www.memorialdelashoah.org/

ça n’empêche pas de remercier tous vos rapides transcripteurs

100. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:31 par olivierm

Il faut penser à la personne qui, à l’époque, tapait ce document, faisant attention à ne pas commettre d’erreurs, à bien aligner ses tableaux, éviter les fautes, sinon Hennequin aurait certainement râlé.
il faut penser à ceux qui ont évalué les besoins en fonction de la rotation des autocars, en évitant de mal planifier.
Et tous devaient être assez satisfaits d’avoir bien rempli leur tâche. Sans mesurer ce qu’ils faisaient. Administratif, logistique. Correct. L’horreur dans sa froide réalité.
Essayez de taper une page sans commettre d’erreur. Vous serez loin du sujet, et c’est cela l’horreur.

101. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:31 par Tartiflette

Je dirais en un mot : égoïsme.
En réponse à Arnaud : comment faire commettre des actes monstrueux à des gens qui ne sont pas des monstres. L’égoïsme et l’une de ses facettes peut faire faire n’importe quoi.

Oradour sur Glane est un site que j’ai visité il y a 25 ans et qui laisse un souvenir glacial. Un silence règne et tout a été laissé sur place tel quel. Ca donne l’effet de rentrer dans une tombe.

102. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:31 par effigy

La circulaire dit: “les autorités occupantes ont décidé…”.
Je croyais que BOUSQUET avait exigé qu’il soit fait état de la seule autorité du gouvernement de Vichy.
qq’un peut expliquer?

103. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:43 par Seb30

Document copié pour référence future. Merci Maître.

La partie sur les critères de dérogation fait frémir. Comme dit plus haut, ça donne un côté humain, et puis soudainement la réalité vous rattrape.

Quant à la déportation des enfants, j’avais lu que les nazis étaient contre seulement parce que au-delà d’une certaine proportion d’enfants par wagon, leurs pleurs sont nettement audibles et cela suscitait des questions embarrassantes de la part de la population allemande qui vivait le long des voies ferrées.
Dans son Journal Parisien, l’officier tankiste Ernst Junger racontait que en 1942 (ou 1943 ? ma mémoire me fait défaut), il y avait déjà des rumeurs de camps de mort.
Les camps de concentration nazis existaient dès 1933, et servaient pour loger/rééduquer les opposants politiques et autres “déviants” (c’était pas des camps d’extermination, mais on y mourrait déjà). Avec le recul, c’est difficile de s’accrocher au “on ne savait pas”, même si sur le moment, il était peut-être préferable de ne pas savoir.

La trilogie Berlinoise de Philipp Kerr est à lire, pour ceux sont intéressés par la période. Il s’agit de 3 œuvres de fictions, type Film Noir, parfois très dur, mais ça rend bien l’ambiance de l’époque.

104. Le mercredi 10 mars 2010 à 16:48 par malpa

@ Koudou 55

« Si vous ne pouvez trancher la question, les intéressés subiront momentanément le sort des autres. »

Borgès aurait écrit une nouvelle en remarquant que cette phrase avait déjà été prononcée en 1209 devant Béziers par Arnaud Amaury. Le droit évolue, l’histoire tourne. Mais cette phrase sera de nouveau prononcée un jour.

105. Le mercredi 10 mars 2010 à 17:05 par jozef zek

Maître,

Merci, merci beaucoup pour ce terrible document.
Sa froideur administrative et son inhumanité peuvent peut-être nous rendre plus humains, plus conscients.
Voilà ce que je nous souhaite.
Merci aussi pour la qualité de votre blog,
de vos lumières.

Fraternellement à tous et à vous cher Maître.
jozef zek

106. Le mercredi 10 mars 2010 à 17:06 par Holmes

L’immonde -

Il faut enfin comprendre que l’obéissance aveugle est une attitude “inhumaine”.

107. Le mercredi 10 mars 2010 à 17:11 par wam

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?…

(…) * D’autant que, désormais, la dérive que vous évoquez ne concerne pas seulement les objectifs mais également les moyens mis en oeuvre pour remplir ces objectifs : arrestations au domicile, convocations piège…

Stéphane Hessel. Ces mesures sont absolument scandaleuses. Quand un ministre ou même un président insiste pour faire du chiffre en matière d’expulsion, c’est le contraire de l’humanité. En clair, cela veut dire qu’on expulse, même si les critères d’intégration sont remplis. Et on organise des rafles, ce qui nous rappelle les plus mauvais jours de notre histoire…

* Le terme de « rafle », historiquement très chargé, continue de faire polémique. En tant qu’ancien déporté, vous n’hésitez pas à l’employer…

Stéphane Hessel. C’est un mot qui a une signification très précise : cela veut dire qu’on entoure un quartier pour arrêter massivement les gens. Naturellement, ce n’est pas aujourd’hui pour les envoyer à Auschwitz ni pour les exterminer. Mais il s’agit bel et bien de rafles, dans lesquelles on ne fait plus la distinction entre ceux qui ont des raisons d’être arrêtés et les autres. Les gens sont visés uniquement sur la base de leur appartenance à un quartier, ou encore sur la base de leur faciès. On est bien là dans du racisme et de la discrimination.

stéphane hessel

108. Le mercredi 10 mars 2010 à 17:16 par Lucca Clermont

Il me semble que pendant le procès Papon, on parlait de : “crime de bureau” pour désigner ce traitement administratif du sort des Juifs et autres déportés. Des organisations efficaces où l’on oublie que l’on déplace des êtres humains. Un manque pathologique d’imagination et de perception de l’autre.
Vous avez raison de signaler que l’on peut établir une comparaison de nature avec les excès d’administrations actuelles ; aujourd’hui il s’agit simplement de délits de bureau souvent sanctionnés par les juges. Il n’est d’ailleurs pas anodin que le pouvoir cherche régulièrement à contourner ces mêmes juges en réduisant les délais dans les procédures de recours.

Comme souvent votre billet est pédagogique.

109. Le mercredi 10 mars 2010 à 17:26 par wackselwease

@76: je pense que le fichier tulard a servie de bases pour la création de ces fiches.

110. Le mercredi 10 mars 2010 à 17:40 par Max

Il suffit de travailler dans une administration pour comprendre que la hiérarchie se place, non seulement au dessus de toute morale, mais aussi de toute logique. Quelqu’un qui effectue quotidiennement des actes absurdes par obéissance ne peut se poser des questions aussi subtiles que : que vont devenir les familles que j’arrête. Pourtant l’absurdité des hiérarchies est bien démontrée (http://fr.wikipedia.org/wiki/Princi… ), et, par ailleurs, il n’est pas clair que l’obéissance à l’autorité (quand elle ne concerne pas les enfants) bénéficie à la société.

111. Le mercredi 10 mars 2010 à 17:49 par Inconnue

Comment ont-ils pu faire ça ?

Peut-être pour sauver leur peau ou celle de leur famille ? La peur est une source d’inertie importante.

Les français à l’époque n’imaginaient pas que les camps d’extermination tuaient autant de gens, c’est du moins ce que ma mère m’a dit. Elle a été enrôlée pour le STO peu de temps avant la fin de la guerre. Mais ils n’entretennaient pas beaucoup d’illusions sur ce qui pouvait arriver à ceux qui étaient déportés.

Mon père, allemand, était adolescent durant cette guerre. Son père est mort sur le front russe. Et bien entendu il a fait les jeunesses hitlériennes. En Allemagne très peu ont osé se rebeller. Ils savaient parfaitement que la mort serait au rendez-vous s’ils le faisaient.

Comment en est-on arrivé là ?

Au vu et au su de tous les gouvernements européens et bien avant la seconde guerre mondiale.

Un terreau de misère résultant du traité de Versailles, la nomination d’Hitler en 1933 pour contrer le communisme malgré ses déclarations plus qu’inquiétantes, la création de ghettos, les propagandes racistes, les nuits des longs couteaux ou de cristal. La machine de destruction massive a mis des années à s’installer. Et aucun gouvernement n’y a rien trouvé à redire. L’Allemagne avait été écrasée en 1918, elle ne pouvait pas s’en relever.

Tout ceci doit nous ammener à être vigilants et ne pas attendre le moment où nous ne pouvons plus que baisser les yeux et exécuter des ordres qu’en d’autres temps nous aurions jugé indignes.

Etre un Juste ou un résistant n’est pas à la portée de tous. Je crois, quand on y réfléchit bien, que ce sont eux les monstres, les anormaux et heureusement qu’ils ont existé. Les autres n’ont été que des gens très ordinaires.

112. Le mercredi 10 mars 2010 à 17:53 par markus

Je suis malheureusement persuadé que cela peut se reproduire. J’entendais, en début de semaine, ce qui c’était passé dans la ville de Carcassonne. Des rixes entre militaires et jeunes. “”“Des militaires ne cachaient pas leur haine raciale en tenant des propos honteux “”” dit une femme témoin des faits….

113. Le mercredi 10 mars 2010 à 17:54 par degorde

La mise en garde contre tout parallèle est nécessaire, evidemment les différences sont de nature pas de degré. Et ce serait stupide de comparer Besson à Bousquet et consorts. Certes mais….de nos jours les gens qui pour un oui pour un non se font taper dessus par les policiers, on peut comprendre qu’ils fassent un amalgame rapide.
Par exemple les débordements et les effectifs policiers dans ma ville samedi pour un match de football rappelait quand même certaines images;…un étranger débarquant soudain se serait cru dans un état policier.
Celà étant si l’amalgame est impossible, restons sur nos gardes quand même.

114. Le mercredi 10 mars 2010 à 18:13 par hervé

Peut-être ai-je parcouru un peu rapidement les commentaires. Mais je n’ai pas vu de questions au sujet des fonctionnaires des forces de l’ordre.
Sait-on si quelques uns ont désobéi à cette circulaire ?

115. Le mercredi 10 mars 2010 à 18:18 par PM28

@1 @4 @32 et autres
Vu samedi 06 mars sur Arte un documentaire appelé “conspiration” , reconstitution de la conférence de Wannsee, là où furent décidées les mesures pour exécuter la “solution finale”…

Très instructif sur l’utilisation du droit (presque tous les participants étaient juristes de formation) et de la rigueur administrative pour arriver à une telle folie..

A voir ou à revoir ( si dispo en VoD ?)

116. Le mercredi 10 mars 2010 à 18:34 par Secret

Pour l’établissement du fichier Allemand on peut lire un article ici http://www.obsolete-tears.com/ibm-d… il semblerait qu’en France on était moins mécanisé

117. Le mercredi 10 mars 2010 à 18:40 par Secret

@ Hervé 111 tous ceux qui ont prévenus avant la rafle ceux qui étaient sur leurs listes, tous ceux là ont désobéi mais ne ils l’ont pas crié sur les toits, pour ceux qui l’on revendiqué après guerre on peut quelquefois douter de la sincérité de leurs dires.

118. Le mercredi 10 mars 2010 à 19:24 par Secret

Pour la France avec son numéro national d’identification qui aurait pu servir à créer un fichier d’arrestations basé sur des critères cultuels ou autres on peut lire un article ici http://lohoujos.perso.cegetel.net/C… et charger un pdf là http://www.ined.fr/fichier/t_public…

119. Le mercredi 10 mars 2010 à 19:48 par gilles

ceci me rappelle ce livre lu il y a quelque années de robert Merle, la mort est mon métier qui bien que roman interpelle notamment sur l’obéissance aux ordres qui “dédouane” puisque c’est un ordre…

120. Le mercredi 10 mars 2010 à 19:53 par Trotzky

Si l’obsession hitlérienne est bien connue, abattre le régime judéobolchevique, ses modalités d’application le sont moins. Attaquer simultanément le Yiddischland et l’URSS en juin 1941 avait un double objectif: exterminer des millions de juifs, mais aussi des millions de slaves, afin d’accroître l’espace vital teuton.
La rafle de juillet 1942 s’inscrit dans cette politique, connue sous le nom de plan Orient (Ostraum). La France devait payer les frais d’occupation et le recours au service du travail était insuffisant pour répondre aux besoins de l’industrie germanique.
D’où la loi du 4 septembre 1942 instituant le STO. Elle était prévue dès juin, mais comment expliquer aux Français que nombre d’entre eux allaient devoir s’expatrier, tandis que plus de 100 000 juifs étrangers seraient restés en métropole ? Cela constituait une menace pour Pétain, car les juifs, responsables de la guerre selon la propagande, servaient de monnaie d’échange pour la libération des 1 500 000 soldats français enfermés dans les camps de prisonniers en Allemagne depuis 1940.

121. Le mercredi 10 mars 2010 à 20:25 par marine.HaH

Bonjour,

A propos de cette machine de guerre administrative, voir l’excellent et très instructif article de doctrine de Danièle LOCHAK, intitulé “La doctrine sous vichy ou les mésaventures du positivisme juridique”, consacré à la position de nombreux juristes de l’époque sur cette question de la déportation des juifs, où l’on voit qu’il était admis, par d’éminents juristes, que cette politique était parfaitement justifiable juridiquement, et notamment au regard des droits et libertés fondamentaux qui ne sont pas nés de la seconde guerre mondiale :

http://www.anti-rev.org/textes/Loch…

122. Le mercredi 10 mars 2010 à 20:39 par FrédéricLN

Merci Maître de m’avoir fait lire ce document (même si peut-être il était déjà retranscrit ailleurs).

Cette lecture change mon point de vue sur l’extermination.

Avant, je me posais la question : comment se fait-il que tant de gens, la quasi-totalité, aient accepté de participer à cette opération ? et je me disais, expérience de Milgram (et remake “Zone Xtrême”), Hannah Arendt, etc.

À la lecture, c’est : et si j’avais reçu cette circulaire ? Ne l’aurais-je pas appliquée ? Si bien faite, si claire, tout si bien organisé ?

Pour reprendre la phrase de Jean-Jacques Goldmann : “Si j’avais été …” Français ?

Dans “Confessions d’un cardinal”, le récit d’une femme sur 1994. Son mari, hutu, a refusé de se rendre à la réunion du village, autour du Maire, pour organiser le génocide. Il a prétexté être malade. Son excuse a été acceptée, pour une journée, moyennant une amende (si j’ai bien retenu ma lecture) - et à condition d’être bien présent pour l’extermination du lendemain. …

123. Le mercredi 10 mars 2010 à 20:47 par Haeghens

Je m’interroge quant au devenir de ces archives , ou vont elles se retrouver, entre les mains de collectionneurs? les AN ou les Archives départementales doivent être contactée, pour protéger ce fonds.

124. Le mercredi 10 mars 2010 à 21:33 par della Città

c’est vrai que les monstres ont des visages ordinaires. On l’a encore vu il y a quelques anées au Rwanda. Et combien d’entre nous qui nous indignons fort justement à la lecture de cette incroyable circulaire d’une belle rigueur administrative, combien d’entre nous auraient collaboré, ou juste fermé les yeux durant l’Occupation ? Certainement la même proportion que pour la génération qui a connu la guerre…

125. Le mercredi 10 mars 2010 à 21:47 par Nichevo

Terrible note de service.
Cela fait froid dans le dos …

126. Le mercredi 10 mars 2010 à 22:01 par memorial98

Merci pour ce document que nous publions à notre tour

http://memorial98.over-blog.com/art…

127. Le mercredi 10 mars 2010 à 22:03 par Tom

@Arnaud, #1

Quelques auteurs se sont penchés sur la question de la normalité des nazis. Outre le fameux “Eichmann à Jerusalem” de Hannah Arendt, je vous recommande la lecture du livre de Daniel Jonah Goldhagen “Les bourreaux volontaires de Hitler”, qui démontre que les Einsatzgruppen chargés de massacrer les Juifs dans les pays de l’Est étaient des Allemands plutôt éduqués, et même dotés d’un certain sens de l’honneur et du devoir, ce qui n’est pas vraiment rassurant en soi. Tout magistrat - je ne sais pas s’il en traîne dans les parages - devrait avoir lu ce livre qui pose de graves questions sur la responsabilité individuelle dans une société tout entière en proie à la folie criminelle. Vous pouvez aussi lire l’autobiographie de Rudolf Hoess “Le commandant d’Auschwitz parle”, un témoignage glaçant mais instructif sur ce qu’Arendt appellera plus tard “la banalité du mal”. Hoess termine son livre par cette phrase stupéfiante : “Les gens ne voudront pas croire que moi aussi j’avais un coeur”. Ce livre a inspiré le roman “La mort est mon métier” de Robert Merle, terrible lui aussi. Lisez encore “Kaputt” de Curzio Malaparte, entre autres sur la personnalité de Hans Frank, gouverneur du Reich en Pologne, qui pleurait lorsqu’il jouait du Chopin sur son piano. “C’est un homme si sensible” disait sa femme.

Pour ma part, j’en suis arrivé à la triste conclusion que, si j’avais été Allemand dans les années 30, n’étant pas meilleur homme que mon voisin, j’aurais probablement marché au pas avec le troupeau.

128. Le mercredi 10 mars 2010 à 22:16 par birefringence

pour “respecter” la graphie d’origine :
en page 5 le 11eme arrondissement est écrit “XI” sur le document initial, c’est le seul a être écrit ainsi en chiffres romains.

129. Le mercredi 10 mars 2010 à 22:20 par Marc Fievet

MERCI

Mis en ligne sur l’Aviseur international.

Cordialement

130. Le mercredi 10 mars 2010 à 22:35 par Toupidek

@ 28 et 80, notamment, sur la proximité de forme

Comment ne pas sursauter en lisant notre bien contemporain Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) ?

Voir, par exemple,son article L511-4 (cas d’exemption de l’obligation de quitter le territoire français ou d’une mesure de reconduite à la frontière)*. Il suffit d’y remplacer “l’étranger” par “le juif”, essayez, l’effet est garanti.

Bien évidemment, il ne s’agit ici que d’une “proximité de forme”, et elle ne concerne que certaines dispositions générales, en l’occurrence les conditions de non-application des mesures en cause.

Et bien évidemment, on pourra m’objecter que, justement, il n’est pas écrit “juif”, mais “étranger”. Ce qui me permettra de souligner le rapprochement entre ces deux termes…

*

131. Le mercredi 10 mars 2010 à 22:40 par siarres

Il n’y a pas de monstre individuel dans cette monstruosité ,il y a une monstruosité collective à laquelle chacun apporte avec conscience et hypocrisie sa petite part individuelle .
Je suis sur que chacun des acteurs ( sauf quelques fanatiques ) était tout à fait conscient de faire quelque chose de «sale» même si personne ne se doutait de ce qui se passait à Pitchipoï
Ce crime collectif ( comme les autres crimes collectifs) a été longuement préparé par des intellectuels spécialistes - c’est le rôle de la propagande . Le bourrage de crane était tel que certains juifs admettaient qu’il faille pour se déclarer ,se présenter au commissariat .
Il faut dire à Eolas qu’il n’y a pas que le barreau , qui n’a pas été à la hauteur de son devoir humain ou coupable d inconscience ,il y a bien pire j’ai étudié en université dans mon jeune temps , la spoliation et la déportation des juifs de l’Hérault. Hélas ,les listes de juifs ” étrangers” ont été au trois quarts établis par des juifs français et pas seulement par l’UGIF .
Donc il y avait à Paris en juillet 42 une liste de 27391 fiches , établies par qui ? Qui savait qui était juif ? Il n’y avait pas d’état civil religieux public , mais il y en avait un dans les consistoires et des rabbins très consciencieux !trés fiers de montrer qu’il tenaient bien leur livres !
Et jusqu’en juillet 1944 ,l UGIF dirigeait les groupes d’orphelins vers l’allemagne pour faire «  comme il faut ! , comme prévu dans la circulaire ! – on nous ferra pas de reproche ! On a bien fait notre boulot  ! .

Oui c’est effrayant , oui c’est extraordinaire , mais ça en dit long sur ce que sont les «  responsables » ceux que la société nourrit mieux que les autres , l’élite à laquelle nous confions notre sort .
Il faudrait en tirer un leçon plutot que de s’entre-accuser ; sur le rôle des médias , sur le rôle des responsables de communauté , sur le sens réel de la société , aujourd’hui comme hier – sur qui peut on compter vraiment ? pas sur les gens qui tiennent le devant de la scéne ;
On peux se fier à des gens tout simples , ceux qui par reflexe naturel prennait un Samuel chez eux et l’appelait Bertrand devant la concierge ,sans se soucier d’autre chose .
Les souvenir de l’archevéque de paris ( lustiger ) sont de ce point de vue extraordinaires de simplicité
Oui cette monstruosité peut etre utile si on n’en reste pas au seul effet de manches d’une élite qui se dédouanne aujourd’hui comme elle se salissait hier .
Les victimes rescapées , les « justes » vous ne les voyez pas prendre des poses à la télé , qui voyez vous ? Ceux la même qui en 1942 auraient fait un discours en trois parties pour exorter les juifs à la réhabilitation par le travail .
Je sais ça choque , mais c’est vrai

132. Le mercredi 10 mars 2010 à 23:09 par CMD94

Merci Maître d’avoir publié ce document si terrifiant de froideur administrative.

C’est extrêmement intéressant de voir la façon dont se sont passés certains crimes majeurs contre l’humanité. Une simple circulaire administrative condamne à mort des dizaines de milliers de personnes. et il est certain que toutes les réflexions sur les “monstres” ordinaires qui ont pu obéir sont fondamentales dans la lutte contre le racisme, les discriminations et pour un progrès de la Société.

Ce texte me fait d’ailleurs penser au livre de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, qui retrace l’itinéraire d’un homme ordinaire engagé dans un einzatsgruppen, sur le Front de l’Est, et bien sûr à Hannah Arendt, qui décrypte ces phénomènes d’entrainement de l’ordinaire vers l’abject avec tant de génie.

133. Le mercredi 10 mars 2010 à 23:26 par dominique

Monstres ? obéissance, soumission, comment expliquer ? je vous propose un autre élément de réponse en lisant les ouvrages d’Alice Miller, notamment “C’est pour ton bien Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant” Aubier

134. Le mercredi 10 mars 2010 à 23:49 par OD

Bonsoir,
ce message pour signaler cette conférence de Serge Klarsfeld en juin 2006 : “Vichy et les persécutions des Juifs de France (55 mn)”
Elle est accessible ici : http://www.akadem.org/sommaire/them…
Je l’ai trouvée très intéressante et voulait vous la conseiller.
OD

135. Le jeudi 11 mars 2010 à 00:11 par jean

“La garde du Vélodrome d’Hiver sera assurée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieure par la Gendarmerie de la Région Parisienne et sous sa responsabilité.”

La censure de “Nuit et Brouillard” en 1956 ne s’y trompera pas. Seule la présence d’un képi français à Pithiviers lui semblera condamnable. C’est connu.

Ce qui l’est aussi, c’est que ce film ne dit rien, ou presque, des juifs déportés en tant que juifs.
Confusionnisme et amnésie. Propres à une époque. Qui distingue alors parmi les camps entre ceux de concentration et d’extermination ?

Fort peu, des survivants. Et parmi ceux qui savent et veulent (peuvent) le dire, qui les écoute ?Qui ne publiera pas alors Primo Levi en Italie ? Einaudi. Pourquoi ?

Le génocide juif est, pour beaucoup, une redécouverte de 1962. Bien filoutée par H. Arendt qui passera son temps ensuite à dire qu’elle n’a pas dit que des victimes qui ne se révoltent pas sont peu dignes, voire même complices. Et elle l’a dit ? La relire…

Quand aux lois de Vichy, qui ne sait qu’elles furent précédées par des interdictions professionnelles de la III république finissante ?

Et que le statut des indigènes dans les colonies tout au long de cette république et de celle qui l’a suivie est un “monstre” juridique digne d’étude et d’intérêt ?

Et que, sans verser dans le confusionnisme, il est permis de penser qu’il est de mauvaises habitudes qui préparent le terrain à d’autres pires encore ?

Allons, ne disons rien du présent. Le Mal Absolu évite d’avoir à penser l’histoire, mais pas les réveils en sursaut.

Bonne nuit les petits dormeurs.

136. Le jeudi 11 mars 2010 à 00:51 par Gerard

A noter que dans ‘La grande rafle du Vel d’Hiv’ de Claude Lévy et Paul Tillard, il y a une reproduction des deux premières pages du document cité ici.

Dans cet ouvrage de 1967, tout était dit sur les responsabilités françaises; on les a juste ignorées pendant 30 ans.

137. Le jeudi 11 mars 2010 à 00:58 par Marc

Il est très intéressant de lire tout ceux qui font des références pertinentes à Milgram et Arendt (surtout Hannah Arendt qui a beaucoup travaillé sur la question), mais leur apparente humilité face à ces travaux est encore plus intéressante. “Nous sommes tous capable d’être monstres”. Par la même vous validez encore plus ces résultats, cette façon de ne pas oser s’impliquer, de rester passif, de laisser les choses se faire sous de grandes contraintes extérieures (la loi, juridique, mais aussi celle, apparemment inéluctable, de l’esprit : Milgram l’a montré, si j’obéis, je ne suis que quelqu’un de normal…).
Et bien moi non, je ne saurai dire ce que j’aurais fait durant la guerre, la question est trop complexe, toutefois je fais partie de ceux qui désobéissent et je n’aurai pas appuyé sur le bouton…Il y a quand même 35% de gens qui refusent d’obéir dans l’expérience de Milgram, il ne s’agit pas que d’une poignée d’individus.

@34. : “Ce que dit ce dernier est éloquent : “Quand on ordonne à un pilote de lâcher une bombe sur une ville, il ne se demande pas si c’est bien ou mal de lâcher la bombe : il lâche la bombe.””

Cela me fait penser : l’avenir militaire va se ternir encore un peu plus avec l’avancée technologique des drones. Déjà en Afghanistan et ailleurs, ils sont utilisés pour bombarder, par des soldats loin des lignes ennemis et à l’abri de tout danger physique.

138. Le jeudi 11 mars 2010 à 02:48 par Alex

Moi aussi je me pose souvent la question de savoir “Qu’aurais-je fait à leur place ?”. Mais j’ose croire que si tout cela avait lieu aujourd’hui, je ne réagirais pas comme alors, pour une simple raison : il y a une différence majeure entre aujourd’hui et 1942. La Shoah a eu lieu. Et cet événement modifie profondément notre vision du monde. Sachons au moins en tirer des leçons pour le présent.

Cela passe par un tas de choses, simples, de l’ordre du quotidien. Ne l’oublions pas.

139. Le jeudi 11 mars 2010 à 03:02 par padawan

Je vous recommande vivement la présentation de Philip Zimbardo, “Comment des gens ordinaires deviennent des monstres… ou des héros” http://j.mp/a6q5nm
(vidéo en anglais, sous-titrée en français).

140. Le jeudi 11 mars 2010 à 06:59 par FélixRenédeSessandre

Tout à fait d’accord avec Marc. Non, moi, je n’aurais pas été du côté des bourreaux, pas parce que je suis plus humain, mais parce que je n’obéis pas. Un adulte n’a pas de raison d’obéir. Une société qui récompense l’obéissance et puni l’indépendance d’esprit porte en elle les germes du totalitarisme.
Et je rejoins le discours de Siarres: ceux qui parlent à la télé pour nous donner des leçons de morale n’auraient pas été du côté des justes.

141. Le jeudi 11 mars 2010 à 07:03 par Apostilb

Merci.
Pour les exécutants, comment résister au poids d’un tel formalisme et cohérence de l’autorité?

142. Le jeudi 11 mars 2010 à 08:06 par Secret

Sans commentaire

http://lesactualitesdudroit.20minut…

et sans concurrence, cher Maître, merci d’avance

143. Le jeudi 11 mars 2010 à 08:26 par guillon

à la question “que feraient les force de l’ordre, aujourd’hui, si ….”, où apparait la suite logique et dans le même état d’esprit de précision, avec le détail chiffré des arrestations, la réponse ne peut-être que “mieux et en plus sordide, qu’hier…., d’autant qu’hier il n’y avait qu’UN fichier (le fichier Teulard) alors qu’aujourd’hui, il y a une 40aine de fichiers.
Voir les commentaires de :
http://www.marcfievet.com/article-q…

Kelly-Eric Guillon

144. Le jeudi 11 mars 2010 à 08:46 par hervé

“Une société qui récompense l’obéissance et puni l’indépendance d’esprit porte en elle les germes du totalitarisme.”
Belle phrase de bon matin avec laquelle je suis entièrement d’accord, le tout étant de savoir où on place le curseur.
Et tenter de la faire coïncider avec un quotidien ordinaire, fait d’une famille à nourrir par exemple, d’un crédit à rembourser aussi, de petites misères vues ici et là auxquelles, à la longue, il faut bien s’habituer, de gens vus ou non à la télé qui vous racontent en gros la même chose, d’autres, aussi volubiles, qui vous expliquent exactement le contraire… ça doit être difficile à vivre au quotidien.

145. Le jeudi 11 mars 2010 à 08:59 par Pepito

Malheureusement, cette circulaire est un document remarquable. Il y a de quoi faire une analyse d’assurance qualité de la Préfecture de police de Paris. Aujourd’hui, ils pourraient obtenir une certification ISO 9001 sans problème. Ce serait parfaitement indécent de s’y attarder le sujet étant tellement douloureux.

Grâce à la retranscription du document, j’ai reproduit à titre purement expérimental, la même mise en page de la première page de la circulaire, en police Courier, en respectant les retraits de paragraphe, le même nombre de mots par ligne, les interlignes des “retours de chariot”, remplaçant le chiffre 1 par I majuscule, etc.. On obtient un document très étonnant, comme on ne voit pas de nos jours. La perfection informatique du rendu de la police et la précision des alignements des paragraphes (en Courier chaque lettre n’est pas proportionnelle, le i occupe la même place que le m) avec une mise en page à l’ancienne assez élaborée, on ne peut pas s’empêcher de découvrir la beauté dans l’horreur.

146. Le jeudi 11 mars 2010 à 09:30 par Etat Major

Exercice de style

A Messieurs les Commissaires Divisionnaires, Commissaires de Voie
Publique et des Circonscriptions de Banlieue

Vous voudrez-bien reprendre la circulaire n° 175 - 42 du 13 juillet 1942, remplacer les vocables “juifs” et “juifs étrangers” par “étrangers sans papier”, si vous ne remplissez pas vos quotas avec les étrangers sans papier, vous considérerez utilement que tous les étrangers des nationalités que vous aurez ajoutées au § catégories sont concernés.

147. Le jeudi 11 mars 2010 à 10:13 par youssef

@secret:
je trouve inconvenant que vous citiez ce bloggeur Me Devers,

nous n’avons absolument pas besoin de ces faux amis, ceux qui se donnent la bonne conscience de défendre le juif mort mais que l’on n’entend jamais lorsque la judéophobie s’exprime contre le juif bien vivant .

148. Le jeudi 11 mars 2010 à 10:27 par youssef

@Etat major: apparemment, la notion de degré et de nature vous échappe.
Que je sache, je ne crois pas que le juif étranger était reconduit (après refus d’un retour volontaire moyannant une indemnité) dans son pays d’origine sain et sauf, après s’être présenté pour une demande de titre en préfecture, après une audience devant le tribunal administratif avec une aide juridictionnelle s’il n’a pas les moyens de s’offrir les services d’un avocat, puis après une rétention en centre administratif, devant le JLD et enfin, le juge de la reconduite à la frontière ?
Je ne crois d’ailleurs pas qu’une fois le voyage effectué, le juif étranger avait encore les facultés physiques de faire appel devant le Conseil d’Etat ou la cour d’appel…

Vous êtes un chiwawa de l’Etat de droit.

149. Le jeudi 11 mars 2010 à 10:31 par FrédéricLN

@ Marc #137 “je fais partie de ceux qui désobéissent et je n’aurai pas appuyé sur le bouton”

Comme j’aimerais avoir votre certitude. Je fais partie moi aussi de ceux qui désobéissent, et qui ne reconnaissent que la loi de leur conscience. J’ai refusé de payer des amendes qui me semblaient illégitimes. Je suis démocrate hardcore, fan de Jean-Marie Domenach, profession indépendante, je suis même au MoDem, imaginez. Dans les premiers jours de mon service militaire, j’ai mis la fleur au fusil, concrètement, naïvement.

Et quelques semaines plus tard, mis brièvement en situation de responsabilité, j’ai gueulé plus fort que ceux qui m’avaient précédé.

NB : à un militaire, je ne recommande ni de gueuler, ni la fleur au fusil ! Je témoigne juste du fait que tenir un comportement responsable, quand on est inséré au sein d’une organisation, est particulièrement difficile justement pour les “esprits forts”, les intellectuels, les indépendants.

150. Le jeudi 11 mars 2010 à 10:32 par Terence

@ Eolas, sous 53

Précisément. Je ne veux pas que mes concitoyens pensent qu’en allant voir Welcome au cinéma, ils se sont assurés d’une défaite définitive du fascisme.

Vous êtes juste ridicule. A crier au fascisme quand rien que la loi républicaine (Vichy ce n’est pas la loi républicaine, pas plus que cette circulaire monstrueuse ne respectait nos textes fondamentaux, dire qu’il faut le rappeler… défaite de la pensée…) est appliquée relève de ce monstrueux que vous pointez du doigt.

Quand vous aurez appelé fascisme ce qui n’en est pas, le fascisme alors, vous ne le verrez plus.

Enfin, parler de rafle comme le fait françois, à propos de l’immigratiion illégale, est un manquement à la mémoire des hommes, des femmes, des enfants du Vel d’Hiv et de tant d’autres encore ; ce parallèle est nauséeux et insupportable; assumez cette position si elle est bien la vôtre - un peu de courage - en nous expliquant comment et pourquoi la police française de 2010 ce n’est que de petits fascistes aux ordres se cachant derrière une hierarchie qui est elle-même et jusqu’au plus haut de l’Etat, fasciste.

Ridicule (pour le moins) !

151. Le jeudi 11 mars 2010 à 10:57 par c-logic

Malgré la mise en garde de Me Eolas, certains ne peuvent pas s’empêcher de faire le parallèle entre les rafles de Juifs et notre époque !
Les Juifs étaient raflés pour être exterminés dans des camps : c’était un génocide organisé (6 millions de morts). Les étrangers sans-papiers sont simplement arrêtés pour être reconduits dans leur pays car ils sont entrés illégalement en France.
C’est curieux cette habitude qu’ont certains donneurs de leçon de choisir les lois qu’ils veulent respecter ou contester ! Où est la démocratie si chacun choisit ? Les mêmes déposeront plainte (et je leur donnerai raison) si quelqu’un tient des propos racistes interdits par la loi.
Pour ce qui est des parallèles entre les 2 époques : si un jour, les islamistes prenaient le pouvoir en France, qui seraient les nouveaux collabos ? Ceux qui nous traitent d’islamophobes dès qu’on s’en prend aux islamistes et font exprès de mélanger “musulmans démocrates” et “islamofascistes” comme ça, on ferme les yeux sur les crimes d’honneur, les lapidations, les attentats et autres horreurs commises par des derniers, dignes descendants des nazis ?

152. Le jeudi 11 mars 2010 à 11:01 par DesIllusions

@150 notre cher bon vieux Terence

Restons donc dans le cadre de la rafle du Vel’d’hiv puisque c’est tout de même l’objet premier. Pour autant que je le sache les organes de la République étaient toujours en place, et le Mal (pardon, Maréchal) a été plébiscité tant par ces organes que par le peuple. La défense habituelle de “Vichy ce n’est pas la république” est souvent utilisée par ceux là même qui ne veulent pas assumer les dérives passées (et présentes ?) de notre système…

A vous lire il ne faut pas aujourd’hui comparer le présent et le passé. Bon. Mais alors quelle leçon tires-vous, vous l’esprit acéré remettant en place sur ce blog l’outrecuidant Eolas et les veaux qui le suivent, de ce passé ? Autrement dit à partir de quand (quelle loi, infléchissement politique ou ce que vous voudrez poser comme témoin) les juifs, et au-delà, les citoyens d’hier auraient ils été fondés à refuser les instructions/loi/ou ce que vous voudrez décidés par l’état ?

Nous pourrons alors comprendre votre sensibilité aux (absences de) dérives de notre présent….

153. Le jeudi 11 mars 2010 à 11:03 par NJ

Ce n’est pas facile de construire une pensée cohérente pour commenter ce document. Un grand mélange de “ben oui, l’administration, ça n’a pas de limites, pour plein de raisons, chaque engrenage à son niveau fait fonctionner la grande machine en tentant de ne prendre pour soi que le minimum de responsabilités, juste un rouage, c’est quand même pas la machine, ça peut faire des choses graves et le savoir, sans que quiconque à aucun niveau ne soit considéré comme plus que ce qu’il est, un petit rouage, qui n’a fait que transmettre, ce qu’on lui demandait au niveau supérieur…”, et de “mais bon sang c’est la vie des gens, là. Ce n’est pas possible. Et ils le savaient.”

Peut-être que ça nous laisse sans voix parce qu’on ne sait toujours pas aujourd’hui comment on aurait pu arrêter, comment aurait pu s’arrêter d’elle-même, une telle machine, et que de ne pas le savoir ne nous rassure pas sur la marche à suivre en cas de récidive de la machine en question…

154. Le jeudi 11 mars 2010 à 11:09 par Bertold

Merci pour cette information et cette circulaire de Police : ce travail d’information est important.

En partant des quelques conclusions à tirer de l’expérience de Milgram jusqu’à ce qui s’est déroulé dans les exécutions perpetrées par les einstatzgruppen en Ukraine, Russie, et ailleurs…et bien finalement il n’y a que des différences de degrés.

On constate quand même que l’horreur est (à cette échelle) organisée, planifiée, encadrée puis mise en oeuvre. Je ne peux que conseiller la lecture du livre de Jonathan Littlel “les bienveillantes”, qui constituent un livre choc pour ceux qui ne connaissent pas cette partie de l’histoire, mais surtout une bonne et instructive compilation de faits historiques rapportés préalablement par les chercheurs.

Finalement on se rend compte que l’homme, qu’il soit à l’oeuvre au sein d’une rafle comme au Vel d’Hiv, ou d’une découpe d’être humain en morceau à la machette, finit globalement par se plier plus au moins à tout même à l’impensable, dans la chaine de commandement de l’horreur.

Alors, quoi, chacun dira qu’il est celui qui refuserait d’appuyer sur la gachette ou de prendre la hache en main, d’appuyer sur le bouton envoyant la décharge d’électricité. Pourtant, beaucoup de choses démontrent le contraire, en tout cas statistiquement.

155. Le jeudi 11 mars 2010 à 11:24 par Max

@ Bertold
“Alors, quoi, chacun dira qu’il est celui qui refuserait d’appuyer sur la gachette ou de prendre la hache en main, d’appuyer sur le bouton envoyant la décharge d’électricité. Pourtant, beaucoup de choses démontrent le contraire, en tout cas statistiquement.”

Indépendamment du fait que les individus peuvent ou non refuser d’obéir à des ordres, il est important de réaliser qu’un système qui récompense l’obéissance à la hiérarchie est dangereux, et c’est d’abord contre ces systèmes que nous devons lutter.

156. Le jeudi 11 mars 2010 à 11:29 par laurent

Pour la dénonciation des crimes perpétrés avant et après cette période, en France, aux Amériques, en Afrique et ailleurs, j’attendrai une improbable résurrection.
Aujourd’hui, les commissariats, tribunaux, prisons, sont encombrés par une population issue de ces sans-droits d’alors.
En attendant les futures douches au karcher pour ces racailles dans les prisons Bouygues, la rémunération de leur travail en monnaie de singe (les précaires n’ont qu’à bien se tenir) afin qu’ils cantinent et regardent TF1 à leurs moments perdus ……

“La Bataille d’Alger”, un film censuré (tourné en Italie avec certains acteurs français) retrace une autre période bien peu glorieuse de la France et plus récente. Je passerai sur d’autres événements tels que Paris en 1962, Sétif à la libération (pas la leur) en 1945, l’Afrique Noire dans son ensemble.
Certains ministres et élus actuels ont violemment combattu l’aspiration de peuples à leur indépendance. Leurs idées n’ont pas évolué, écoutons-les.
La vigilance est de mise plus que jamais!

157. Le jeudi 11 mars 2010 à 11:45 par Lucca Clermont

@ Terence

Vous extrapolez à partir d’une phrase sortie de son contexte pour attribuer à son auteur exactement le contraire de ce qu’il défend dans ce blogue. Vous en êtes pourtant un lecteur assidu. Ça va ?

158. Le jeudi 11 mars 2010 à 11:59 par rachtol

Merci de cette publication.Elle est absolument nécessaire aujourd’hui.Non qu’un tel crime soit sur le point de se commettre, mais le “le ventre de la bête immonde est toujours fécond…”
Néanmoins, je suis étonné qu’Eolas le présente comme quelquechose qui jusqu’à maintenant était peu connu. Je voudrais apporter quelques précisions.
1°) Ce document est répertorié dans les archives de la Préfecture de Police. Pour le consulter, il suffit de se présenter audit service ( commissariat du Vème arrondissement 1 bis rue du Carmes 75005). Il est en consultation libre depuis une décision du Préfet de Police Philippe Massoni, il y a plus de 10 ans.
2°) Ce document est en plus exposé au musée de la Préfecture de Police ( même adresse) dans la vitrine dédiée aux persécutions.
3°) Il a été publié et reproduit dans l’ouvrage collectif ” Dans les secrets de la police” aux éditions de l’Iconoclaste, ouvrage entièrement tiré des archives de la Préfecture de Police et il est commenté par l’historien Jean-Pierre Azéma.
4°) Chaque promotion de gardien de la paix à la Préfecture de police passe obligatoirement au Memorial de la Shoah, où des rescapés et des historiens décrivent ce qui s’est passé.
5°) Plus généralement, le rôle de la police française en général et de la Préfecture de police en particulier a été étudié en détail dans quelques ouvrages parus depuis 1995 : rapport de la commission Mattéoli, ouvrage de Jean-Marc Berlière sur la police française durant l’Occupation.

159. Le jeudi 11 mars 2010 à 12:07 par FrédéricLN

@ rachtol #157 “Eolas le présente comme quelquechose qui jusqu’à maintenant était peu connu.”

Où avez-vous lu cela ? Eolas explique qu’il a estimé utile de le publier sur internet, et apparemment il n’y figurait pas sous forme texte : http://tinyurl.com/yznfp2v (les deux seules autres sources que je trouve aujourd’hui sont des reprises du présent billet). Merci Eolas !

160. Le jeudi 11 mars 2010 à 12:32 par Secret

La citation exacte du Maître des lieux est :

“J’ignore si c’est un document historique qui a déjà été publié ou non” on peut lui reprocher le manque de ponctuation finale “?”, mais pas lui imputer ce qu’il n’a pas écrit.

161. Le jeudi 11 mars 2010 à 14:07 par Tendance

Une décision du Conseil d’Etat a étendu aux enfants nés en france avant le 10 août 1927 la dénaturalisation qui frappait leurs parents:

Citation:

Les époux Spazierman avaient acquis la nationalité française par application de la loi du 10 août 1927. Ils étaient parents de deux jeunes filles, nées en France, devenues françaises antérieurement à l’intervention de cette loi, par une déclaration au ministère de la justice le 14 avril 1927. Elles étaient donc françaises pour être nées en France. En application de la loi du 22 juillet 1940, les parents avaient fait l’objet d’une dénaturalisation par un décret daté du 14 juin 1941, qui avait étendu la mesure aux deux enfants, encore mineures. La nationalité des enfants ayant été acquise avant la loi du 10 août 1927, date de référence pour l’application de la loi du 22 juillet 1940, les époux Spazierman saisirent le Conseil d’Etat, qui s’est prononcé par un arrêt du 23 décembre 1942.

http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2007/12/22/le-conseil-d-etat-et-vichy.html

Considérant qu’il est constant que les époux Spazierman ont été naturalisés après la promulgation de la loi du 10 août 1927 ; que, dès lors, le décret qui a étendu le retrait de la nationalité française prononcée contre eux à leurs deux filles mineures, bien que celles-ci eussent acquis cette nationalité par déclaration enregistrée au ministère de la Justice le 14 avril 1927, n’est pas entaché d’irrégularité

Par ces motifs,

Rejette le recours.

Crime administratif, en effet, sans recours possible.

162. Le jeudi 11 mars 2010 à 14:07 par preeem

Bonjour,

Je parle en hors sujet, mais je me demandais si vous aviez vu les controverses aux Iou Hessé sur la révélation du nom des avocats qui ont défendu des terroristes, et le questionnement de leur allégance par certains membres des Républicains. Il me semble que c’est quelque chose d’assez grave. Mais bon, il y a déjà beaucoup de chats à fouetter en France, donc ça peut ne pas vous intéresser particulièrement, ou être très en dehors du scope.

163. Le jeudi 11 mars 2010 à 14:07 par EMMER

Sidération glaçante à la lecture de cette circulaire, qui vient du fait qu’il s’agit d’une remarquable note méthodologique, d’une rigoureuse précision, comme les services administratifs chargés d’opérations logistiques savent honnêtement les produire, pour une opération importante, qui ne doit pas échouer, dans laquelle on a beaucoup investi et pour laquelle on a consenti les moyens nécessaires. Et c’est au moins la deuxième note sur ce sujet. (SECRET) .

Sidération glaçante aussi du fait que son visuel rappelle les notes frappées à la machine avec copies carbone et nous renvoie à un environnement technico-administratif connu, vécu, contemporain, récent encore pour les premiers baby-boomers.
Et sidération glaçante surtout dans la nature des paramètres du QQOQC, Qui, Quoi, Où… qui ne perturbe en rien le traitement méthodologique du sujet.

Si les opérateurs sur le terrain, dont cette note prévoyait qu’on ne leur laisse le temps ni des échanges prolongés, ni des états d’âme, n’avaient pas de vision globale de l’opération, par contre, ses rédacteurs et ses lecteurs ne pouvaient s’abstraire de son sujet, ni de sa portée, même supposée. (SECRET)
C’était l’air du temps ? Je crains que non, même s’il était très développé dans le délétère.
L’éthique serait plus et mieux soluble dans les systèmes hiérarchiques que dans la parcellisation des opérations techniques.
A bien y réfléchir, c’est pour ça qu’ils ont été conçus : pour le confort de chacun, pour le dispenser de considérations éthiques personnelles, ou à tout le moins, lui faciliter le passer outre : la hiérarchie ne peut pas travailler contre la structure porteuse ; si la hiérarchie (plus compétente, plus informée, et plus plus ) traite ainsi le sujet, c’est qu’il y a des justifications, et nous admettons d’emblée qu’elles nous échappent.

On ne devrait pas l’admettre, et ne pas les laisser nous échapper.

Et certaines spécifications me laissent littéralement pantoise, et depuis très longtemps :
«- les juifs ou juives mariés à des non juifs, et faisant la preuve… de la qualité de non-juif de leur conjoint., …..
- les parents dont l’un au moins des enfants n’est pas juif.
Dans le cas où un membre de la famille bénéficie de la dérogation, les enfants ne sont pas emmenés, à moins qu’ils ne soient juifs et âgés de 16 ans et plus »

Mais c’est QUI qui dit s’ils le sont ou pas ?
QUI en décide ? QUI authentifie ?
C’est quoi le critère discriminant, dans chaque cas ?
Ca fait plus de 50 ans que je me pose cette question ahurissante.
Il y a quelqu’un aujourd’hui qui est habilité à dire si je suis juive ou non-juive?
Parce qu’alors là, on serait encore dans l’air du temps.

Merci du morceau choisi pour renouveler la réflexion générale .

164. Le jeudi 11 mars 2010 à 14:24 par prof

@secret 159
L’absence de point d’interrogation dans une phrase qui n’est pas interrogative: “j’ignore si c’est un document historique qui a déjà été publié ou non ” est tout à fait correcte.

165. Le jeudi 11 mars 2010 à 14:36 par Tendance

Il conviendrait de préciser ce qu’il faut entendre à l’époque par “police municipale”. En effet, Darlan, par la loi du 23 avril 1941, a modifié complètement l’organisation de la police en créant la police nationale, laquelle intégrait les polices municipales existantes.

http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article333.html

Cette réforme a eu une importaznce capitale en ce qui concerne les rafles de 1942, tant en zone ocupée qu’en zone dite ‘libre’, comme le montre le texte ci-après:

http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article335.html

166. Le jeudi 11 mars 2010 à 15:05 par Solo

@25 : Le Mercredi 10 mars 2010 à 11:15 par DMonodBroca
“Crime administratif”, oui certes, mais aussi crime politique puisque l’administration obéissait à un pouvoir politique, ou soi-disant tel, qui avait fondé son action sur la collaboration avec l’occupant et avait décidé dès octobre 40 des mesures contre les Juifs, et donc aussi crime national. L’erreur en l’affaire est, comme toujours ou presque, de croire que le coupable, c’est l’autre.

Il y avait un choix pour garder les mains propres : Pétain aurait pu fuir et laisser le champ libre à la Gestapo. Je vous laisse imaginer le résultat.
La France était occupée par la première puissance militaire mondiale en 1940, certains semblent évacuer ce léger empêchement à l’exercice normal d’une souveraineté sur le territoire.

@4. Le Mercredi 10 mars 2010 à 10:43 par Photine
Merci, Maître, pour ce document.
Le film va sûrement “montrer” “faire comprendre” à des personnes supplémentaires ce que fut le nazisme et la collaboration. Ce qui est toujours nécessaire, apparemment.
Effectivement, nous confronter régulièrement à la question posée par Arnaud est salutaire.
Ne pas oublier de quoi l’être humain est capable pour avoir les bonnes réactions si un jour cela s’avère nécessaire.

En disant “ce qui est toujours nécessaire, apparemment” vous ne faites que régurgiter une pensée d’autorité. Attention, c’est l’objet des expériences de Milgram et la première étape vers la collaboration. Sous-entendre que le nazisme a un rapport avec l’actualité est une insulte à votre intelligence. Bonne “résistance”, en votant dimanche, n’ayez pas trop froid aux yeux.

@youssef
“Vous êtes un chiwawa de l’Etat de droit.”

Belle formule…

167. Le jeudi 11 mars 2010 à 15:18 par siana89

@ 1: L’ensemble est monstrueux mais effectivement, il n’y a pas besoin d’être un monstre pour en arriver là.
La synergie de groupe est un pouvoir énorme. En primaire, les enfants désignent déjà des “moutons noirs”, qui sont mis à l’écart et brutalisés. J’ai été moi-même mise en quarantaine au collège pendant plusieurs mois (situation psychologique terrible, même si je n’ai pas subi de violence physique type coups et blessures ou racket, ce qui est rare) et j’ai été très étonnée de remarquer que, à nouveau acceptée dans “un groupe”, je reproduisais quelque temps plus tard le schéma envers d’autres personnes.
Pour se faire accepter, mais surtout pour ne pas se faire rejeter soi-même, on en arrive souvent à faire des choses dont on ne devrait pas être fier.

Concernant les raisons de ma mise en quarantaine, une copine m’a fait un reproche sur une histoire factuelle, puis d’autres camarades ont amplifié les dires, en ont rajouté une couche et comme un écho, ça s’est propagé, et a pris une ampleur ridicule. D’une fois où je ne m’étais pas excusée pour une histoire factuelle, je suis devenue progressivement le mouton noir qu’il fallait rejeter.
Sans vouloir faire de rapprochements abusifs, aujourd’hui, on critique UN fait d’une communauté (type le voile ou la pédophilie) ou d’une forme de corporation (“les fonctionnaires, tous les mêmes”) et puis progressivement, on leur trouve d’autres torts, et puis très rapidement, tous les individus de cette communauté sont vus/considérés comme des monstres et sont stigmatisés.
C’est un peu le principe du téléphone arabe, ou des rumeurs, qui s’amplifient.

Il y a un très bon film récent allemand qui montre à lui seul les dérives de la synergie de groupe: “die Welle” (“La Vague”). Mais il y a bien d’autres exemples.

Et dans le cas de l’administration, c’est encore plus glaçant car elle est informelle et froide. Une machine, un instrument gigantesque. On n’est même plus dans les émotions à proprement parler, on ne fait que retranscrire une directive “d’en haut”, on obéit à la hiérarchie, comme les militaires obéissent à leurs supérieurs.
1) quand on retranscrit un ordre, on ne se pose souvent pas de question sur l’opportunité et la licéité de la mesure (ce qui est assez dramatique)
2) quand bien même on serait opposé aux ordres donnés, dans un contexte où chacun dénonce son voisin et où on risque soi-même des sanctions lourdes si on refuse d’obéir, la peur reprend le dessus sur les autres émotions… on peut tenter de creuser des galeries souterraines pour ne pas cautionner cette politique comme les résistants lors de la WW2 mais la peur d’être soi-même rejeté, emprisonné, vu comme un traître a souvent raison de nous.

C’est un cercle vicieux terrible, mais bien réel et qui existe aujourd’hui à encore bien des niveaux. Un préfet s’oppose à la politique du gouvernement? Pfuit, exit, on le mute au fin fond de la Creuse (je n’ai rien contre la Creuse, c’est une expression).
Et s’il ne s’y oppose pas, par les actes qu’il produit, il favorise forcément la politique d’en haut.
Il suffit d’un homme assez fou ou monstrueux en haut et qu’un climat de peur et de tension s’instaure pour que toute la masse d’hommes qui auraient pu s’opposer à lui agissent comme des moutons.
Quand une personne dans les transports agresse quelqu’un et que les cinquante personnes autour d’eux qui regardent la scène ne font rien pour protéger la personne qui se fait agresser, où passe notre humanité? La peur et l’individualisme nous amène, individus lambdas, à commettre inconsciemment des choses monstrueuses.

Il n’y a pas que les enfants-soldats en Afrique (eux au moins ont l’excuse d’être faibles, facilement endoctrinables et drogués), nous aussi à notre manière commettons souvent sans s’en rendre réellement compte des monstruosités.

168. Le jeudi 11 mars 2010 à 15:38 par siana89

@ 162 EMMER: je partage votre interrogation: on dit que je suis “juive non-pratiquante”. J’ai un nom juif, mon grand-père s’est fait déporter en tant que juif, j’ai des “origines juives” hongroises et roumaines.
Quand j’étais petite, je ne me préoccupais pas de la question.
En CM1, mon instritutrice nous avait demandé quelles étaient nos origines. J’avais répondu “juives”. Elle avait rigolé et m’avais dit “Non, je ne parle pas de ta religion mais de tes origines, la nationalité de tes parents par exemple”.
On m’a vaguement parlé du concept “c’est la mère qui transmet”. Mouais. Mais encore? Je ne me sens pas très franchement hongroise (mes arrières grands-parents l’étaient). Pourquoi me sentirais-je plus juive, moi, non-pratiquante, dans une famille depuis des générations totalement athée?

Aujourd’hui, quand je vois le repli communautaire juif, je me pose des questions sur mon appartenance à cette communauté.
Qu’est-ce qu’être juif? Une communauté? Un peuple? Une race? Une religion?
Que veut dire “juif” non pratiquant? Il y a des juifs séfarades et des juifs ashkénazes, il y a des juifs américains, des juifs israéliens, des juifs français, des juifs canadiens (…). Qu’ont-ils en commun, si ce n’est la religion?
Un ashkénaze est-il un sémite (les arabes sont sémites)?
Qu’ont-il de plus en commun que “l’humanité”? Nous somme tous des hommes. Nous pouvons classer sur des critères de nationalité ou des critères physique (blond, roux, brun, grand, petit, gros, type de peau: typée métisse, typée noir, typée blanche, typé asiatique, typée arabe…).

Comment définir un juif non-pratiquant, si ce n’est historiquement? (seconde guerre mondiale et “Shoah”)

169. Le jeudi 11 mars 2010 à 15:40 par taverna

Administration de la justice à Drancy.
Il existait un tribunal composé de neuf avocats.Exemple de décision:”Condamnation du tribunal du camp dans sa séance du 11 Février 1942,présidée par M° Pierre Masse,sur réquisitoire de M°Ullmo représentant le ministère public,a condamné pour récidive de vol à la prison,à la privation de quatre distributions de tabac,à l’affichage pendant deux mois du présent jugement.Les 400 francs saisis sur lui ont été remis en dommages au commandant Kohn qui les a spontanement versés au fond de solidarité”.

170. Le jeudi 11 mars 2010 à 16:10 par Teejee (mékeskidi de base)

@ Siana 89, 166
Nous sommes toujours l’Autre de quelqu’un. Tout le problème est que ça fait souvent peur.
Dans son roman J’ai bien connu le Général, Jean-François Derec imagine à De Gaulle un ami qui est l’exact opposé de ce qu’il est, et qui a des origines juives. Un jour, le Général lui demande : “Qu’est-ce qu’un Juif ?” Son ami lui répond : “Qu’est-ce qu’un Goy ?”

171. Le jeudi 11 mars 2010 à 16:29 par kilobug

Toute cette horreur a été rendue possible, car, comme le disait Einstein « le monde est dangereux à vivre non à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ». Chaque petit maillon de la chaîne qui obéit sans trop se poser de question, sans réaliser à quoi il participe. On reçoit un ordre, on obéit. Physiquement on agit, mais intellectuellement, c’est de la passivité, du laissez-faire.

Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire. On sait bien que celui qui refuse d’obéir, en 1942, il est bon pour être arrêté par la Gestapo et torturé, voir déporté lui aussi. Mais il y a aussi cette culture de l’obéissance, le chef dit, on fait, sans se poser de question. Et c’est là où, même si vous ne voulez pas qu’on mélange les problèmes, le parallèle avec la situation actuelle faite aux sans-papiers est pertinente. Car la logique est la même : on obéit à la loi, au chef, sans se demander quelle souffrance on inflige, quelles vies on brise.

C’est cette logique qu’il faut combattre. Lorsqu’une loi ou un ordre mène a des conséquences inhumaines, c’est un devoir de ne plus obéir. La Constitution de la République Bolivarienne du Vénézuela contient un article, à mes yeux très important, à ce sujet : « Artículo 25. Todo acto dictado en ejercicio del Poder Público que viole o menoscabe los deberes garantizados por esta Constitución y la ley es nulo, y los funcionarios públicos y funcionarias públicas que lo ordenen o ejecuten incurren en responsabilidad penal, civil y administrativa, según los casos, sin que les sirva de excusa órdenes superiores. » « Article 25 : Tout acte effectué en exercice du Pouvoir Public qui viole ou porte atteinte aux droits garantis par cette Constitution ou par la loi est nul, et les fonctionnaires publiques qui l’ordonnent ou l’exécutent engagent leur responsabilité pénale, civile et administrative, suivant les cas, sans que les ordres de supérieures ne puissent servir d’excuse. » (Surtout que l’Article 23 donne valeur constitutionnelle à tous les traités relatifs aux droits humains signés par le Vénézuela).

Non qu’un article puisse réellement, en lui-même, empêcher une situation comme l’Occupation. Quand l’État de Droit est aussi délabré qu’il l’était, aucun article constitutionnel n’aurait pu changer quoique ce soit en lui-même. Mais un article de ce type, s’il s’accompagne d’une campagne visant à le faire connaître, ne pourrait-il pas contribuer à changement de mentalités, faire comprendre que non, on ne doit pas obéir à un ordre qui viole les droits fondamentaux, que participer un crime, même si on a un ordre pour le faire, fait de soi un criminel ? Et que quand on nous demande de faire quelque chose, on doit réfléchir aux conséquences, avant de le faire.

172. Le jeudi 11 mars 2010 à 16:44 par Gavot

@ 151. Le Jeudi 11 mars 2010 à 11:01 par DesIllusions

Restons donc dans le cadre de la rafle du Vel’d’hiv puisque c’est tout de même l’objet premier. Pour autant que je le sache les organes de la République étaient toujours en place, et le Mal (pardon, Maréchal) a été plébiscité tant par ces organes que par le peuple. La défense habituelle de “Vichy ce n’est pas la république” est souvent utilisée par ceux là même qui ne veulent pas assumer les dérives passées (et présentes ?) de notre système…

Le Maréchal ? les organes de la République ? en 1942 à PARIS ? Non.

173. Le jeudi 11 mars 2010 à 16:47 par Michèle G

@Arnaud @Jugeotte, oui, il faut lire Arendt mais aussi se poser cette question, très en amont, et la servitude volontaire ?

174. Le jeudi 11 mars 2010 à 16:50 par DesIllusions

@Gavot 170

Tout à fait, mais qui puis-je si Terence décide lui de parler de Vichy ?

175. Le jeudi 11 mars 2010 à 17:22 par Terence

@ désillusions, 151

Dérive des incontinents…

Je ne pense pas qu’il ait fallut attendre Vichy pour avoir un exemple de ce refus de prendre sa part de responsabilité, de réflexion, de conscience, dans des processus de police d’Etat inacceptables.

On relève souvent ici, et on a raison, la difficulté du travail des magistrats - j’ai pour ma part été étonné, au cours d’un stage CAPA de 3 semaines en juridiction, de leurs conditions de travail -, eh bien j’aimerais également que l’on ne stigmatise pas les “flics”, ceux de 2010, qui au titre d’un travail ingrat et souvent déconsidéré ont également leur part, et une sérieuse.

La police républicaine (CRS, PAF…), pour moi, ce n’est pas un vain mot, cela symbolise l’ordre républicain (mieux vaut une injustice qu’un désordre… le désordre c’est une série d’injustices à venir), celui de la défense des libertés attachées à chaque individu (nationaux ou non).

La police n’est que bavures ?

Alors effectivement, je ne vois rien de commun entre la police de Vichy et notre police, et les réflexions de françois (53) me font bondir.

La soumission à la loi ce n’est pas soumission à n’importe quelle loi, et la désobéissance au droit positif ou à un ordre donné, peut être, par exemple, l’obéissance à une norme juridique supérieure invalidant de fait l’acte ou le texte qui y déroge manifestement.

Il y a un droit de résistance, un devoir de conscience, un filtre a poser pour chaque fonctionnaire, devant chaque ordre de l’administration touchant aux libertés, il y a des ordres manifestement illégaux et injustifiables, c’est Vichy et cette circulaire.

Mais malheureusement, par facilité et aveuglement coupable, tels des curés en mal d’objurgations, certains sont prêts à violer toutes les règles de l’analyse critique, à amalgamer sans vergogne des situations de fait sans aucun rapport - quand elle ne sont pas résolument opposées, pour justifier un sentimentalisme mondain qu’ils trainent dans les dîners en ville (François, 53) et qui n’a rien à voir, croyez-le bien, avec un souci quant aux libertés publiques.

Dans le cas soulevé par François, pourrait-on me dire quelles sont ces principes et dispositions de droit positif appliqués par les services de police qui sont en contradiction avec la norme fondamentale ?

La maîtrise des frontières est quelque chose de scandaleux ? la maîtrise de l’entrée et du séjour des étrangers sur le territoire est chose illégitime ? la reconduite à la frontière dans une situation d’immigration illégale est chose injustifiable ?

La mise en oeuvre de la loi conforme aux principes fondamentaux et mettant en oeuvre les procédures de reconduite, c’est mal ?

Ou alors peut-être que cela est mal dans notre seul pays ?

Qui décide de cette maîtrise sur un territoire donné, la communauté citoyenne et politique, ou ceux qui sont extérieurs à celle-ci ?

Si vous allez à l’étranger, que direz-vous à Monsieur Bouteflika, à Monsieur Obama ?… :

- Monsieur, en ma qualité d’étranger, c’est à moi que revient la décision de l’application ou non de la loi sur votre territoire…

A force de crier au fascisme toutes les 5 minutes, quand celui-ci pointera à nouveau son vilain nez, personne ne le remarquera.

S’agissant de notre présent, il n’y a pas de “dérives”, comme vous le dites, ce que vous appelez “dérives” est une politique qui ne vous convient pas, mais, jusqu’à preuve du contraire, tout ce qui ne vous convient pas politiquement ne constitue pas une dérive.

176. Le jeudi 11 mars 2010 à 17:23 par Marc

@ 153. Bertold

“Alors, quoi, chacun dira qu’il est celui qui refuserait d’appuyer sur la gachette ou de prendre la hache en main, d’appuyer sur le bouton envoyant la décharge d’électricité. Pourtant, beaucoup de choses démontrent le contraire, en tout cas statistiquement.”

Non justement, peu disent qu’ils sont ceux qui refuseraient d’appuyer sur la gâchette, relisez le sujet. C’est très souvent “Nous aussi sommes capables de telles monstruosités.”

@169. kilobug Il est probable qu’Einstein n’ai jamais dit ça, nombre de citations lui sont attribués à tort…

177. Le jeudi 11 mars 2010 à 19:05 par Nihil

Nous ne sommes que des mammifères évolués et n’est-ce pas parce que nous sommes évolués que nous sommes capables de “philosopher”, de programmer, de systématiser la mort de nos semblables ? La soumission, l’obéissance ne sont-elles pas inhérentes à notre condition de mammifères ? On devrait apprendre aux tout petits qu’il est nécessaire de désobéir, de réfléchir pour savoir pourquoi on désobéit, et les inciter à le faire, selon la formule consacrée, “en leur âme et conscience”.
L’Occupation est une période horrible et nos parents et grands-parents ne se sont peut-être pas tous conduits en “héros”, “occupés” qu’ils étaient à vivre le quotidien le moins mal possible. Mais tous n’ont pas été des salauds, ils ont été moutonniers et certains se sont élevés contre la servitude, ne l’oublions pas, allemande et vychiste.
On aurait dû faire lire aux petits et aux grands de l’époque Mein Kampf dans lequel toute la politique d’Hitler est en place dès 1925-1926, et qui fut traduit et publié en France en 1934. C’est accablant et rétrospectivement on se sent mal, très mal :

”Le mouvement national-socialiste aura à remplir une de ses tâches les plus importantes :
Il doit ouvrir les yeux de notre peuple sur ce que sont les nations étrangères et de cesser de lui rappeler quel est le véritable ennemi du monde actuel. Au lieu de prêcher la haine des peuples aryens, dont presque tout peut nous séparer, mais auquel nous unissent la communauté du sang et les grandes lignes d’une civilisation identique, il dénoncera à la colère de tous l’ennemi malfaisant de l’humanité, dans lequel il montrera le véritable auteur de nos maux.
Mais il doit veiller à ce qu’au moins notre pays sache quel est son plus mortel ennemi et faire en sorte que le combat, mené par nous contre lui, soit comme une étoile annonciatrice des temps nouveaux qui montrera aux autres peuples la voie où ils doivent s’engager pour le salut d’une humanité aryenne militante”. (p. 637-638).

“Le plus mortel ennemi” c’est le juif, et lorsqu’on prend conscience que cet horrible ouvrage était offert aux jeunes allemands qui se mariaient, on a froid dans le dos.
N’oublions pas qu’Hitler fut ELU en 1933.

Le moins que l’on puisse dire est que l’époque fut négligente. Oui, Maître, j’ai honte pour les millions de morts et j’ai peur pour l’avenir de ceux qui nous suivent.

178. Le jeudi 11 mars 2010 à 19:21 par XavXav

9 “glaçants” et un “glacée” dans les commentaires. Signe que c’est l’épithète le plus adapté? Ou reprise inconsciente du premier qualificatif du billet?

Pour ceux que ça intéresse, la critique (au sens d’examen pour discerner les mérites et défauts de l’entreprise) la plus complète et la plus aboutie (à ma connaissance) sur l’expérience de Milgram… et la façon dont elle circule parmi nous.
http://olivier.hammam.free.fr/scisp…

179. Le jeudi 11 mars 2010 à 19:43 par poiuy

à la question : comment faire commettre des actes monstrueux à des gens qui ne sont pas des monstres. ?

Des membres de ma famille ont été dénoncés par leurs voisins …! ils ont eu une prime et pu ensuite prendre leurs biens! c’est facile.

180. Le jeudi 11 mars 2010 à 20:48 par de_nada

Nous regardons ces actions, lointaines, de nos yeux largement embrumés par l’évolution technique, technologique et meme (parfois) intellectuelle, des 60 ans qui nous séparent de cet acte immonde; pourtant, ce sont, nos (vos) grand-parents, qui ont pris part à cette entreprise de destruction massive, administrative, des Juifs de France (puisqu’il s’agissait apparemment de réfugiés, non nationaux, qui ont été visés par ces rafles). Aujourd’hui, 60 ans après, les memes causes produiraient, soyez en surs, les memes effets, et d’autres “juifs” prendraient le bus de la Société du Métropolitain…

181. Le jeudi 11 mars 2010 à 21:18 par FélixRenédeSessandre

“Les Origines du Totalitarisme” a eu plus d’influence qu‘“Eichmann à Jérusalem”. Mais c’est dans ce dernier ouvrage qu’Hannah Harendt donne une explication convaincante du totalitarisme. Quoi de commun en une théorie d’apparence cohérente, conçue par des philosophes, comme le communisme, et les niaiseries des nazis? C’est bien la soumission à l’autorité qui fait le totalitarisme, rien d’autre. Que ceux pour qui le simple fait d’évoquer la notion de races nous ramène “aux heures les plus sombres de notre histoire” y réfléchissent.

182. Le jeudi 11 mars 2010 à 22:37 par jalmad

@ Tschock 73

Caractéristique historique: vivent vieux, meurent souvent dans leur lit. Ceux qui ont vraiment la classe parviennent même à se faire voter une loi le leur permettant, non ?

Je vois assez bien le portrait. Mais, il se trouve que je suis en train de terminer la destruction des juifs d’Europe de R. Hilberg, et, ce qui me saisit, c’est que l’on a l’impression de rencontrer, à côté de quelques “chiens sanglants” ou “anges exterminateurs”, une immense foule de médiocres, même pas spécialement sadiques, ni ambitieux. Un peu le portrait en effet dressé d’Eichmann par Arendt (même si pour le coup, ce que j’ai lu d’Eichmann dans La destruction me laisse penser qu’il était un peu moins “banal” et simple exécutant qu’elle le pense, et plutôt “chien sanglant parmi les chiens sanglants”). J’en arrive même à me demander si la machine ne serait pas tout aussi efficace sans ces chiens sanglants ; il est même assez hallucinant de voir comment, parfois, des choses ont fonctionné, des initiatives “bureaucratiques” ont été prises sans même que les “chiens sanglants” ou “anges exterminateurs” n’aient été consultés, et même parfois malgré des directives contraires. Je pense par exemple à ces procès pour “souillure de la race” : Hitler avait expressément dit qu’il ne voulait pas que les femmes soient condamnées, seulement les hommes (pourquoi, ça, ça reste flou) ; et bien, quelques fonctionnaires et magistrats zélés ont eu la bonne idée de contourner cette interdiction en les faisant témoigner au procès de l’homme qui comparaissait, puis de les condamner pour parjure derrière. Ou alors, on n’est pas “chien sanglant”, on le devient, parfois seulement pour une tâche ponctuelle, et pour le coup, tout le monde en a les capacités.

183. Le jeudi 11 mars 2010 à 22:39 par DMonodBroca

A l’heure où la victimisation fait rage, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que l’argument choc de Hitler, celui qui lui rallia les foules allemandes, fut de présenter l’Allemagne en victime, victime de la France et du traité de Versailles, ce qui n’était pas tout à fait faux d’ailleurs, et que l’argument qui lui rallia tant d’autres foules au-delà de l’Allemagne fut de leur affirmer qu’elles étaient victimes, ou risquaient de l’être, du bolchévisme, de la finance internationale, et des Juifs, supposés être derrière tout cela. En d’autres termes, s’il y a une leçon à retenir de ce drame sans équivalent, c’est qu’il faut se garder comme de la peste du sentiment qu’on est victime…

184. Le jeudi 11 mars 2010 à 22:45 par Georges S.

@ Arnaud (1): un livre passionnant sur la question, “Un si fragile vernis d’humanité : Banalité du mal, banalité du bien” de Michel Teretschenko.

185. Le jeudi 11 mars 2010 à 23:25 par Cesar Brutus

A Marc 137:

Le grand Erich Fromm a fait une analyse très positive sur la statistique “de ceux qui n’appuient pas sur le bouton” dans son ouvrage “de la désobéissance” Robert Laffont éditeur

186. Le vendredi 12 mars 2010 à 00:06 par siarres

163 @EMMER
“Ca fait plus de 50 ans que je me pose cette question ahurissante.
Il y a quelqu’un aujourd’hui qui est habilité à dire si je suis juive ou non-juive?”

Ho oui il ya des gens habiles a dire que vous étes juif( ou juive ) et beaucoup !

1 Vous même , il y a des gens qui se revendiquent juifs, même si on est en 1942 , même si c’est pas forcément une bonne idée
2 Vos péres et méres qui comme tous les péres et méres veulent quelqu’un pour leur succéder sur la terre et achever la belle oeuvre qu’ils ont commencée il y a trois milles ans , cest vous qu’il désignent comme tel pour le faire .
3 Les imbéciles savants qui vont vous dire “Moîse Cohen tu es juif et de la classe sacerdotale”d’un ton docte .
5 Les savants imbéciles qui vont vous mesurer le nez et le prépuce .
6 Tous les autres quand ils ont envie de vous spolier .
C’est suffisant ?

187. Le vendredi 12 mars 2010 à 04:37 par Pepito

@ kilobug 171
La traduction de “deberes” est: devoirs, et non droits. J’espère que la constitution de Chavez garantisse plutôt des droits et non des devoirs.

188. Le vendredi 12 mars 2010 à 07:34 par Véronique

Je me permets de signaler cet ouvrage paru très recemment que j’ai lu il y a quelques semaines:
Obéir : Les déshonneurs du capitaine Vieux: Drancy, 1941-1944

Pour faire suite au post de Jalmad, La destruction des juifs d’Europe de Raul Hilberg est un ouvrage capital. Le premier à exposer et à détailler le fonctionnement de l’ensemble des rouages de l’entreprise criminelle nazie.

Je l’ai au moment de sa première parution en France en 1988.

189. Le vendredi 12 mars 2010 à 08:54 par Gabrielle

Jules JACOUBOVITCH, mon père et premier dirigeant du COMITE AMELOT - qui s’est occupé de l’aide aux familles juives et a sauvé plus de 1000 enfant - écrit dans son livre (version française édité par le Centre Medem):

Nous avons eu connaissance bien avant le 16 juillet des préparatifs d’une énorme rafle qui devait avoir lieu aux environs du 14 juillet….Le Comité Amelot a répandu la nouvelle… Malheureusement cette mise en garde a été reçue avec scepticisme

190. Le vendredi 12 mars 2010 à 09:40 par Galuchat

Minutie administrative terrifiante !

Merci au Maître de ces lieux et à tous les commentateurs !

191. Le vendredi 12 mars 2010 à 09:41 par tschok

Bonjour Jalmad, votre com 182,

Le régime nazi affiche une sacrée collection de chiens sanglants, en effet. Dans le genre, il y en a un autre, que vous connaissez certainement. Un spécialiste des petites fiches et des exécutions massives ou des assassinats ciblés, un orfèvre de la persécution et de la terreur: Heydrich.

Vous vous demandez si la machine ne fonctionnerait pas tout aussi efficacement sans les chiens sanglants, auquel cas leur élimination d’une chaîne hiérarchique quelconque n’aurait qu’un effet marginal sur l’intensité des exactions qui peuvent être commises par les structures administratives.

Inversement, leur élimination ne permettrait elle pas de faire immédiatement tomber le niveau de cruauté tranquille de ces machines à faire du mal que peuvent très facilement devenir les administrations?

La question présente donc un intérêt pratique évident.

Et, justement, le cas d’Heydrich fournit un début de réponse car il a été, au sens propre du terme, éliminé (par un commando britannique). Or, non seulement ça n’a pas permit de faire baisser la cruauté du régime nazi dans ses “provinces”, mais en plus son élimination a même été l’occasion de représailles encore plus féroces que d’habitude.

Par ailleurs, il a été remplacé immédiatement par des types encore pires que lui.

Alors, il est assez difficile de répondre à votre question.

Il est certain que lorsqu’ils existent au sein d’une machine administrative, ils apportent leur petite touche personnelle de cruauté. J’ignore si ça rend la machine plus efficace dans ce qu’elle a à faire, mais ça la rend plus méchante, en tout cas.

Or, la terreur est une arme reconnue pour son efficacité en matière de répression. On peut donc penser que leur présence dans un système administratif augmente son efficacité.

Pour autant, j’ai tendance comme vous à penser qu’une machine administrative peut très bien fonctionner sans eux, sans doute avec moins de raffinement dans la cruauté, mais avec une efficacité néanmoins suffisante pour occasionner à l’humanité des dommages assez effrayants.

Et tout cela, dans la joie et la bonne humeur - si j’ose dire - du travail quotidien exécuté dans la certitude tranquille du devoir accompli.

192. Le vendredi 12 mars 2010 à 10:03 par artémis velourine

Bonjour à tous

Merci Maitre pour ce document froid et si “terrifiant”
Merci pour les commentaires de jugeotte et les autres intervenants pour les références à Hannah Arendt .
Il n’y a pas de monstres, mais essentiellement des gens “ordinaires” qui se protègent par leur statut de subalterne, n’ayant commis que la “faute ” d’obéir à une hiérarchie.
Posons nous la question pour aujourd’hui et demain et si cela recommençait pourrions nous devenir ces monstres ordinaires ?
c’est la réponse que je suis amenée à donner qui me terrifie
l’histoire peut se répéter si nous n’y prenons pas garde !

193. Le vendredi 12 mars 2010 à 10:08 par Tendance

@188 Le renvoi à Amazon.fr qui cote les livres avec des étoiles jaunes crée un effet aussi involontaire que surprenant.

194. Le vendredi 12 mars 2010 à 11:32 par Passant

En bref : l’opération « Vent printanier » ne visait en principe « QUE » les juifs IMMIGRES.

Je trouve que ceci n’est pas rappelé très souvent. Et le terme générique « Juifs de France » ou « Juifs parisiens », souvent employé lors de la présentation de ce film (quand on ne parle pas carrément des « Juifs français » !), maintient la confusion.

L’omission de ce genre de faits historiques me gêne lorsque je lis – parfois en même temps - les appels au « travail de la mémoire » dans les critiques du film. Je regrette qu’on considère ces faits comme « détail », surtout en cette période de débat sur l’identité nationale… :-/ ).

Je n’ai pas encore vu “La Rafle” mais pense que c’est une bonne chose que de tels films existent. Je compte le voir.

Merci d’avoir sortie la circulaire intégrale.

195. Le vendredi 12 mars 2010 à 11:52 par Passant

PS:
M Rayski a une photocopie de meilleure qualité… :-)
Voir :
http://www.paris.fr/portail/viewmul…

Encore merci

196. Le vendredi 12 mars 2010 à 12:16 par Nihil

Raul Hilberg fut longuement interrogé par Claude Lanzmann pour Shoah et son ton calme, mesuré, à la limite de la froideur, d’une ironie à la fois larvée et tranchante pour évoquer l’extermination, porte et marque aussi profondément que son ouvrage. Parler de l’indicible en tentant de décortiquer le comportement humain pour essayer de comprendre l’incompréhensible et l’innommable d’une manière presque détachée est d’une efficacité remarquable et laisse à jamais des séquelles et un sentiment de culpabilité propices à la remise en question de ses propres engagements.

197. Le vendredi 12 mars 2010 à 12:22 par taverna

Machiavel
Pour mieux endormir l’opinion,les allemands ont fait croire que seuls les juifs recemment réfugies en France seraient renvoyés dans des camps de travail.Et tout le monde y a cru.Si bien que les uns pensaient:apres tout on les renvoie chez eux.Et d’autres,les “juifs francais de souche”,(eux aussi presecutés):nos malheurs viennent de la présence de ces immigrés.Par conséquent le zele administratif de l’époque ne choquait pas grand monde.Les allemands avaient réussi par leur machiavelisme,à créer un antagonisme au sein meme de la communauté juive.

198. Le vendredi 12 mars 2010 à 14:01 par riendf

Cela etonne vraiment ce genre de document ? Qu’il y ait des gens pour l’appliquer ?
Les gens sont majoritairement stupides, foncierement incapables de vivre autrement qu’en obeissant, parce que la nature premiere de l’humanite, est simplement d’etre un animal social, avec des dominants et des domines. (Et d’une partie minoritaire qui ne veut faire partie d’aucun de ces groupes)
Et puis honnetement, arrive a un stade de pouvoir, je comprends ceux qui se disent au vu de la cretinerie de la masse, est ce que cela vaut la peine d’oeuvrer pour eux, alors qu’ils sont prets a vous poignarder dans le dos a la premiere occasion (faire le bien des gens impose souvent de les forcer a faire des choses qu’ils n’aiment pas faire, genre simplement eviter qu’il jettent n’importe quoi dans la rue en se vidant les poches)…

Avant meme d’en arriver a la rafle du Vel D’hiv ou autre atrocite, il y a deja le simple fait de prendre les armes contre des inconus parce que l’on vous en a donne l’ordre….
La guerre prouve de facto la connerie des gens pret a la faire, plutot que de retourner contre ceux qui leur mettent une arme entre les mains.
Les gens elisent des politiciens vereux et condamnes…il n’y a rien a esperer de la race humaine.
Et puis si les gens n’etaient pas si fiers de se differencier dans leur communaute et mepriser ceux qui n’en font pas partie…. Seulement ca aussi c’est un reflexe atavique, se regrouper avec ceux qui nous ressemblent et exclure l’etranger…
Bref, cette question de pourquoi comment, elle est tres simple a expliquer; seulement la verite est tellement dure et crue que peu l’ose l’admettre (c’est toujours ‘plus complique’ que ca).

A ceux qui se demandent ce que j’aurais fait je n’ai pas de reponse. (la rebellion ou la collaboration pour le pouvoir….j’avoue hesiter.)
Mais je l’aurais fait en connaissance de cause.

199. Le vendredi 12 mars 2010 à 14:37 par olive

« Si vous ne pouvez trancher la question, les intéressés subiront momentanément le sort des autres. »

Fugitivement, l’auteur de la circulaire reconnaît la nature de son travail : “le sort des autres”… Le mot est négativement connoté, n’est-ce pas ?

Je donnerais cher pour savoir ce que le commissaire de quartier de l’époque a ressenti à l’évocation du “sort des autres”.

Quelques uns ont-ils tenté d’avertir les personnes visées, pour leur éviter “le sort des autres” ? Certains ont-ils demandés formellement quel était “le sort des autres ?”.

A-t-on des sources historiques sur l’attitude des fonctionnaires impliqués ?

200. Le vendredi 12 mars 2010 à 15:08 par Anonymous

Depuis la mise en oeuvre des Principes de Nuremberg, le choix d’obéir ou non à un ordre manifestement contraire aux lois internationales n’est pas simple.
Accepter et risquer d’être poursuivi par les instances internationales ou refuser et en subir les conséquences (plus immédiates)?
En étant un peu cynique, cela revient en général à parier sur le vainqueur, qui a de forte chance d’échapper aux poursuites internationales.
Dans les exemples récent, on pourra citer les militaires américains qui ont refusé d’être envoyé en Irak, citant les Principes de Nuremberg, plus spécifiquement les Crimes contre la Paix (dans la mesure où l’invasion n’avait pas été autorisée par l’ONU).
A ma connaissance, ils ont été traduit en court martiale sous prétexte que soit le principe de responsabilité ne s’appliquait pas à eux (du fait de leur grade), soit que la guerre était légale puisque autorisée par le Congrès.

201. Le vendredi 12 mars 2010 à 16:26 par Passant

@taverna #197

Je comprends bien votre explication sur Machiavel en 1942.
Je vois Machiavel en lisant la liste des dérogations dans la circulaire n° 173 - 42. Il y a bien eu une différence de traitements en juillet 1942. Un époux « aryen » ou un certificat de nationalité donnaient sans doute plus de chances de survie, en attendant la suite.

Par contre, j’ai du mal à comprendre pourquoi, aujourd’hui, cette différenciation est si souvent évacuée à l’aide des appellations « fourre-tout » imprécises : pourquoi je vois : “Juifs de France” ou “Juifs parisiens” à la place de : “Juifs étrangers” ou “immigrés” ?.

202. Le vendredi 12 mars 2010 à 17:35 par jalmad

@Taverna 197 :
je ne suis pas d’accord avec le fait que ce sont les allemands qui ont cherché à semer le trouble entre juifs. Bien sûr qu’ils l’ont fait, en Allemagne et dans les territoires occupés où leurs forces armées étaient beaucoup plus nombreuses qu’en France ; mais ils l’ont plutôt fait en créant les judenrat et parfois dans les ghetto, des polices juives, idées diaboliques s’il en est. Mais dans le cas de la France, c’est bien plutôt le régime de Vichy qui a “joué” les “juifs étrangers” (en élargissant d’ailleurs de plus en plus cette catégorie) contre “les juifs français”. Avec cette espèce de tentative d’explication après coup que sacrifier les étrangers permettraient peut-être de “sauver” les juifs français (ce qui est totalement faux, car on a vu que les seuls pays qui ont efficacement résisté aux demandes des allemands, le Danemark, et l’Italie jusqu’au retour de Mussolini en sept 1943, sont ceux qui ont justement refusé toute catégorisation des juifs et opposé résistance ou inertie en bloc aux demandes). Bref, ce sont les français qui ont choisi de sacrifier en priorité ces juifs. C’est que malgré tout, à cette époque, si on est antisémite, on est aussi très nationaliste et attaché à ceux qui ont été décorés de la guerre de 14. En outre, tous les français n’étaient pas antisémites, et des liens sociaux forts existaient entre des français non juifs et des français juifs ; Vichy redoutait donc que la population civile, déjà hostile à la présence des allemands, ne s’émeuve qu’on s’en prenne à “leurs” juifs. Vous n’imaginez pas le nombre de discussions autour du risque sur l’opinion de la population et tentatives de sauvetages de certaines catégories de Juifs (décorés de guerre, enfants de décorés de guerre, veuves de décorés de guerre, etc….) qu’il y a eu, et ce, d’ailleurs, dans presque toute l’europe occupée. C’est méticuleusement détaillé dans le livre de Hilberg, c’est d’un cynisme sans nom et proprement hallucinant.

@ Passant 201 : en fait, ces catégories “fourre-tout” comme vous les appelez, cherchent peut-être à exprimer qu’en réalité, elles englobaient bien les juifs étrangers en ce sens qu’ils n’avaient jamais obtenu la nationalité française, mais également une catégorie de juifs qui étaient français jusqu’à ce que des lois ou décrets de Vichy viennent rétroactivement leur retirer leur nationalité française ; il est par conséquent délicat de les désigner comme étant des “juifs étrangers” (ce qui revienfrait ipso facto à accorder quelque valeur définitive à ces textes scélérats)

203. Le vendredi 12 mars 2010 à 18:10 par Daniel PIGNARD

Si vous voulez étudier comment ces choses peuvent se passer, analyser comment l’administration en est venue à rendre coupables tous les automobilistes d’excès de vitesse ;
- Trouver un intérêt vital (moins de morts)
- Ne jamais admettre que la conduite au bon sens a une pertinence.
- Quelque soit l’accident, toujours en rendre coupable l’excès de vitesse.
- Le faire admettre par les média (Maintenant 180 km/h sur autoroute passe pour un crime)
- Supprimer la manipulation des PV par les personnes physiques qui pourraient réfléchir.
- Faire admettre qu’au nom de la sécurité, on peut bafouer à peu près toutes les lois qui permettent au citoyen de se défendre.
- Obliger un innocent à payer et à prendre les points s’il ne veut pas dénoncer. (Normalement coupable seulement pour les crimes)
- Supprimer la charge de la preuve pour vous infliger la punition.
- Interviewer seulement les associations anti-criminalité routière quand on veut relancer la machine.
- Préparer des parlementaires par des avantages tels que le vote est acquis d’avance.
- Menacer l’automobiliste d’être mis hors jeu de la route au même titre que ceux qui n’ont pas le permis quand il persiste dans la transgression.
- Permettre aux assurances de ne plus le couvrir au même titre que ceux qui n’ont jamais eu le permis.
- Permettre aux assurances de tenir compte de vos antécédents PV pour faire leur prix.

Et maintenant, citez-moi une administration, une assurance, un média généraliste national ou régional, un parlementaire, un ministre, un juge qui soit contre la culpabilisation outrancière des automobilistes.

204. Le vendredi 12 mars 2010 à 18:49 par Maud A

J’aimerai juste apporter un détail dans ce fait historique, certains gendarmes qui étaient réquisitionnés pour la rafle ont fait de la résistance.
Mon arrière grand père était de ceux là, il avait tenté en vain de prévenir quelques jours auparavant le plus de familles possible qu’on allait bientôt venir les arrêter.
La réaction terrible c’est que la plupart des juifs concernés ne l’ont pas cru.

205. Le vendredi 12 mars 2010 à 21:01 par artichaud

Le rapport annuel du controleur des lieux de privation de liberte 2009 n’est toujours pas en ligne (
www.cglpl.fr) alors qu’il a ete presente a la presse et publie sous forme papier.

quelqu’un pourrait t’il le mettre en ligne ?

206. Le vendredi 12 mars 2010 à 21:48 par Nicolas

À propos de l’expérience de Milgram, un reportage mercredi prochain sur France 2 à 20h35 “Le jeu de la mort”.
Terrible!

Et un grand merci pour votre blog, Maître.

207. Le samedi 13 mars 2010 à 02:50 par Véronique Anger

IL EXISTE AUSSI UNE “BANALITE DU BIEN”, PORTEUSE D’ESPOIR
A la veille de la sortie du film “La rafle”, 3,5 millions de téléspectateurs pour la spéciale “Rafle du Vel d’Hiv” diffusée sur France 2 mardi dernier, dont, espérons-le, une grande majorité de jeunes qui ne connaissaient pas cet épisode.
Pour ceux qui n’ont pas eu la possibilité de la voir, je vous invite à cliquer sur ce lien, vers le podcast, disponible en intégralité sur le site de France 2 jusqu’au 15 mars.
Le contenu : Au cours de l’été 1942, l’opération menée par la police française, sur ordre des autorités de Vichy, conduit plus de 13 000 juifs vers les camps d’extermination. Reportages, archives, extraits du film “La rafle”, témoignages des survivants et des acteurs qui ont joué leurs rôles, analyses et expertises de spécialistes et d’historiens : deux heures d’émission présentée par Marie Drucker pour comprendre et expliquer l’une des pages les plus sombres de l’histoire de France.
Si nous n’oublions pas ces enfants juifs de France morts en déportation, souvenons-nous aussi que des gens ordinaires, des Français comme vous et moi, « héros malgré eux » ainsi que l’on désigne ceux qui se retrouvent dans une situation qu’ils auraient préféré éviter mais qui, guidés par leur conscience n’ont pas pu agir autrement qu’avec courage et humanité. Ces gens comme les autres auront contribué à sauver 60 000 enfants juifs.
C’est un fait. Et un fait que de nombreux Français d’aujourd’hui ignorent (non, tous les Français n’étaient pas des lâches ou des collabos ou, au contraire, de vaillants résistants). Beaucoup ont contribué, à leur niveau, à aider leurs semblables en prenant des risques dont ils n’avaient parfois pas même conscience.
Ce qui me semble essentiel dans cette démarche du souvenir -que l’on évoque la rafle du Vel d’Hiv, la collaboration ou la Résistance- c’est que les jeunes générations puissent avoir envie de s’identifier à ces anonymes qui ont fait le “bon choix” simplement parce qu’ils n’imaginaient pas pouvoir agir autrement.
A propos des horreurs de la seconde guerre, on parle souvent de la “banalité du mal”, à juste titre, et Hannah Arendt nous a beaucoup éclairés sur le sujet. Mais il existe aussi une “banalité du bien”, qui s’est aussi exprimée en cette époque troublée. Cette “banalité du Bien” est incarnée par de simples citoyens -exemplaires- alors qu’il était sûrement plus simple de détourner le regard. En cela, elle est, à l’image de ces Français courageux malgré eux, porteuse d’espoir.

208. Le samedi 13 mars 2010 à 07:21 par sidorretrotta

merci Maître Eolas pour cette transmission et ce commentaire, comparons ce qui est comparable, le renvoi vers leurs pays d’origine de personnes en situation irrégulière, aussi contestable que soit leur non régularisation n’est pas leur extermination physique.

209. Le samedi 13 mars 2010 à 10:05 par totoro

sinon tout va bien, pendant que tout le monde verse sa larmiche en allant voir la rafle, deux cent roms voient leur campement (Massy) bruler le dimanche et perdent tout ce qu’ils ont (partaient pas de haut ceci dit), se voient genereusement (humour) offrir UNE nuit en gymnase le lundi, et sont renvoyés par double charter en roumanie le mercredi, le tout sans la moindre base légale et en violation des droits humains les plus élementaires, dans l’indifférence totale . Mais tout va bien, puisqu’on a fait notre BA en allant voir la rafle. Je sais pas pour vous, mais j’ai un drole d’arriere gout au fond de la gorge…

http://www.lemonde.fr/societe/artic…
(Quant à l’aide au retour “humanitaire” -ils ont décidément le sens de la formule en préfecture- , elle a bon dos, qu’ils la chopent ou pas, ils sont expulsés kif-kif, du coup ils la prennent, logique :D )

Au fait comment ça s’appelle quand on regroupe des gens dans un gymnase sans base légale entouré de cordons de policiers qui placent tout le monde dans des fourgons pour les expulser dans la foulée ?

210. Le samedi 13 mars 2010 à 10:39 par Poilauxpattes

__Dans tout monstre sommeille un homme bien,
et dans tout homme bien sommeille un monstre !__

Tout l’art de l’humanisme consiste finalement à garder le monstre dans un profond sommeil.

211. Le samedi 13 mars 2010 à 11:30 par laurent

@totoro 209 Le Samedi 13 mars 2010 à 10:05

Vous parlez sans doute de ce peuple “génocidé” pendant la dernière guerre mondiale ? De ces hommes, femmes et enfants qui me hantent aux feux tricolores des carrefours zurichois milanais ou niçois ?
Savez-vous qu’un film à ce sujet vient de sortir ? Liberté, de Tony Gatlif.
Mais ici n’est pas le sujet.

Je vous adresse tout de même 2 liens intéressants:

http://www.amnestyinternational.be/…

http://www.devernon.org/Site/shoah_…

212. Le samedi 13 mars 2010 à 13:29 par totoro

Cher laurent, je vous rassure, je connais les films de Tony Gatlif (d’ailleurs Liberté n’est pas très bon , meme si moins pire que La rafle cinématographiquement parlant mais je m’égare…) depuis un bail et ne manque point de documentation. quant à me dire que je suis “hors sujet”, vous me permettrez d’exprimer un profond désaccord. On est au contraire en plein dedans, quand une machine qui broie les individus se met en place, avec la participation active de tous ses rouages administratifs (prefecture police et tutti quanti) pour faire du chiffre et faire plaisir au chef. Que les roms (c’aurait pu etre des chinois, peu importe, tant qu’il s’agit de “maillons faibles” qui ne peuvent pas se défendre) expulsés aient un sort infiniment moins dramatique aujourd’hui que les juifs déportés hier, ça va sans dire, j’imagine meme assez facilement qu’une partie non négligeable sera de retour en France dans les 3 mois. il n’empeche que le process est le meme, quand on s’assoit sur tous les principes élémentaires d’humanité et de justice, la grande majorité des employés se contente d’un “la loi c’est la loi” , applique les circulaires en vigueur (en 2010 comme en 42) et ne cherche surtout pas à savoir ce qui se passe ensuite…

Je reste donc intimement persuadé que c’est bien une différence de degré, pas de nature, tant qu’on parle de l’administration française. ENSUITE le sort reservé aux populations hier deportées aujour’dhui expulsées, là évidemment faut etre revisionniste pour ne pas voir la différence de nature. Mais ça ne change malheureusement rien au type de traitement de plus en plus “automatisé” qui leur est appliqué ici meme

213. Le samedi 13 mars 2010 à 15:50 par laurent

Cher Totoro

Seuls mes commentaires étaient hors sujet.
Je faisais seulement référence à cette partie de l’article d’Eolas:
“…. Je vous remercie de ne pas profiter des commentaires pour faire des parallèles abjects entre une politique menée aujourd’hui, notamment en matière d’immigration -et vous savez combien je suis volontiers critique sur la question- quelle que soit l’indignation que vous pouvez ressentir à ce sujet. ….”

Je m’étais autorisé à passer outre à cette recommandation, au risque de faire un parallèle abject, en abordant le sort fait aux Africains, Américains et autres populations, avant et après la seconde guerre mondiale.
Point d’état illégitime alors.
Quant aux dernières révélations sur le passé fasciste d’un certains nombres d’élus et/ou ministre, j’en tairai mon dégoût.
Je suis en parfait accord avec vous et vous souhaite, malgré tout, un bon week-end.

214. Le samedi 13 mars 2010 à 16:05 par William

Je viens d’entendre à la radio que Jean Ferrat est décédé ce jour. C’est lui avait chanté entre autres “Nuit et Brouillard”, sur le thème de la déportation des Juifs.

215. Le samedi 13 mars 2010 à 16:19 par taverna

Legalisme.
Cette circulaire,odieuse,paraissait en 1942,banale.Aux dires des choroniqeurs de l’époque.Elle venait apres de nombreuses injonctions adressées à la communauté juive.Soucieuse de respecter la loi du pays d’accueil,pour ce qui est des immigrés.Cette communauté juive s’était déclarée comme telle à la suite d’une demande des autorités allemandes aupres de Vichy.Le 3 Octobre 1940,conformément à la loi et aux reglements,les juifs se sont présentés dans les commissariats pour se faire inscrire.Cela servira à constituer le fameux fichier de la préfacture de police.Ce souci d’obéir à l’administration,sera transposé dans l’organisation du camp de Drancy.Le camp etait administré par les prisonniers.Yves Jouffa:”Ce sont des avocats qui ont par nécéssité organisé le camp….”On les retrouvait comme chef des cuisines aux colis au service social ,service médical bureau militaire..etc.Au fichier,chargé d’établir pour chaque convoi les mille déportés du lendemain.Vichy et les allemands,ont entretenu jusqu’au bout l’illusion que le respect de la loi aurait un effet salvateur.

216. Le samedi 13 mars 2010 à 18:39 par Teejee (mékeskidi de base)

Je l’apprends par vous. C’est une triste nouvelle.
“Nuit et brouillard” est une superbe chanson, que l’on entend trop peu à la radio. Quand on l’entend…

217. Le samedi 13 mars 2010 à 20:42 par PIERRE FRANCOIS CHAUVEAU FACEBOOK

Vu ” Les portes de la nuit ” ( 1946 ) à la cinémathèque de Grenoble , 15 lycéens Allemands étaient dans la salle , un handicapé-moteur , un couple , un retraité , et moi !

218. Le dimanche 14 mars 2010 à 09:34 par zouzou

J’ai vu l’émission de France 2 autour du film la rafle ;Quand j’ai vu imprimé au bas de l’écran le fameux “police, ouvrez !”, mon corps s’est souvenu, j’ai eu la chair de poule et je me suis mise à trembler ; pourtant je ne suis pas juive, et à l’époque de la rafle du vel d’hiv je n’étais pas née ; je fus une enfant de la guerre en Algérie, et j’en ai vécu des rafles…..Ma famille a été déportée, torturée, tuée….Quand est ce qu’on parlera des rafles coloniales ,aussi racistes et aussi inhumaines ?…..Il faut dé”noncer toutes les rafles, faire lien pour que ça ne se reproduise plus ; au mot “shoah par balles” dit au cours de l’émission, j’ai associé avec les attentats ciblés de responsables palestiniens par le Mossad….J’aurais beaucoup à dire là dessus, mais je m’arrête.

219. Le dimanche 14 mars 2010 à 09:34 par zouzou

J’ai vu l’émission de France 2 autour du film la rafle ;Quand j’ai vu imprimé au bas de l’écran le fameux “police, ouvrez !”, mon corps s’est souvenu, j’ai eu la chair de poule et je me suis mise à trembler ; pourtant je ne suis pas juive, et à l’époque de la rafle du vel d’hiv je n’étais pas née ; je fus une enfant de la guerre en Algérie, et j’en ai vécu des rafles…..Ma famille a été déportée, torturée, tuée….Quand est ce qu’on parlera des rafles coloniales ,aussi racistes et aussi inhumaines ?…..Il faut dé”noncer toutes les rafles, faire lien pour que ça ne se reproduise plus ; au mot “shoah par balles” dit au cours de l’émission, j’ai associé avec les attentats ciblés de responsables palestiniens par le Mossad….J’aurais beaucoup à dire là dessus, mais je m’arrête.

220. Le dimanche 14 mars 2010 à 09:35 par zouzou

J’ai vu l’émission de France 2 autour du film la rafle ;Quand j’ai vu imprimé au bas de l’écran le fameux “police, ouvrez !”, mon corps s’est souvenu, j’ai eu la chair de poule et je me suis mise à trembler ; pourtant je ne suis pas juive, et à l’époque de la rafle du vel d’hiv je n’étais pas née ; je fus une enfant de la guerre en Algérie, et j’en ai vécu des rafles…..Ma famille a été déportée, torturée, tuée….Quand est ce qu’on parlera des rafles coloniales ,aussi racistes et aussi inhumaines ?…..Il faut dé”noncer toutes les rafles, faire lien pour que ça ne se reproduise plus ; au mot “shoah par balles” dit au cours de l’émission, j’ai associé avec les attentats ciblés de responsables palestiniens par le Mossad….J’aurais beaucoup à dire là dessus, mais je m’arrête.

221. Le dimanche 14 mars 2010 à 10:22 par vfiumefreddo

Tous résistants! tous antinazis! Je suis admiratif!

Combien des gens qui interviennent ici auraient caché des Juifs en fuite dans leur cave? En bravant les ordres ? J’estime le chiffre à 3%. C’était dangereux. Vraiment dangereux: ce n’était pas Hortefeux, rue Lauriston.

Et j’y pense: n lançant 2 500 000 tonnes de bombes incendiaires sur les civils Allemands, la plupart auraient également, je suppose, été sûrs et certains de faire le bien. Toujours en obéissant aux ordres, bien entendu. “Vous pouvez sans problème envoyer 400 volts sur la chaise de Milgram: c’est un nazi, le type assis dessus”.

Comme disait Audiberti: “le mal court”…

222. Le dimanche 14 mars 2010 à 15:15 par Deo juvante

Je m’étonne que personne (sauf erreur…) n’ait parlé de l’évacuation du camp des Milles, près d’Aix-en-Provence, organisée par le commandant du camp lui-même, Perrochon, officier de réserve, pour soustraire aux Allemands les internés, tous “étrangers indésirables” parce qu’Allemands, Autrichiens juifs ou communistes…

Cette péripétie est absolument authentique et a fait l’objet d’un film, en 1993, intitulé “Les Milles, le train de la liberté”…
Il est à noter que ce film n’a eu aucun succès et que la Presse de l’époque en a à peine parlé.
Je l’ai vu à sa sortie et je crois utile de le rappeler à ceux qui connaissent cet épisode et de l’apprendre aux autres:

http://www.cinema-francais.fr/les_f…

223. Le dimanche 14 mars 2010 à 19:15 par Libérus

J’ai lu l’ensemble des contributions avec un très grand intérêt. Je suis étonné que sur un blog en principe dédié aux questions juridiques, personne ne s’intéresse au contexte juridique de la circulaire évoquée.

En ce qui concerne les Juifs allemands et autrichiens, on ne peut pas ne pas penser à la Convention d’armistice. J’ai entendu dire quelque part que les traités internationaux s’imposent au droit interne. Les casuistes me diront, avec raison, qu’une convention d’armistice n’est pas un traité international. Soit. Mais qu’en est-il par rapport à la Convention de la Haye du 18 octobre 1907, qui prévoyait me semble-t-il, que les fonctionnaires d’un pays occupé doivent se soumettre aux ordres de la puissance occupante ?

Je sais bien, le procès de Nuremberg a révolutionné tout cela (et on n’a pas fini d’en mesurer toutes les conséquences) . Il a caractérisé ce qui s’est passé comme « crime contre l’humanité ». Ensuite est apparu le devoir de résistance très bien rappelé par Terence dans le post 175 :

« La soumission à la loi ce n’est pas soumission à n’importe quelle loi, et la désobéissance au droit positif ou à un ordre donné, peut être, par exemple, l’obéissance à une norme juridique supérieure invalidant de fait l’acte ou le texte qui y déroge manifestement. »

Mais qu’en est-il en juillet 1942 ? Où est la norme juridique supérieure ? Non seulement les déportations nazies n’ont pas encore été définies comme « crimes contre l’humanité », mais 1 800 000 Polonais ont été déportés par l’Union Soviétique en 1940-41 dans des wagons à bestiaux sans que cela crée la moindre norme juridique supérieure.

En 1944-45, la France libérée opérera la « rafle » sur tout le territoire de tous les « citoyens soviétiques », qui sont rapatriés de force dans des wagons à bestiaux (trajet deux fois plus long que le trajet Drancy-Auschwitz). Et cette fois, la France n’a pas l’alibi juridique d’un pays occupé obéissant aux ordres de l’occupant.

Sources :
-Alexandra Viatteau, « Staline assassine la Pologne » (Seuil, 1999). Récemment, l’Institut de la Mémoire Polonaise (IPN) a revu un peu la baisse le chiffre cité.
- Georges Coudry, « Les Camps soviétiques en France », Albin Michel, 1997.

224. Le lundi 15 mars 2010 à 11:39 par Passant

@ Jalmad #202
Je suis d’accord : cette rafle visait les Juifs immigrés et les Juifs redevenus immigrés suite à la redéfinition de l’identité nationale (sans débat… :-/) de 1940 (la loi du 22 juillet 1940, annulation des naturalisation).

Tout le monde ne s’intéresse pas de près à l’histoire de l’Occupation. J’ai le sentiment que pour une bonne partie du public lambda la rafle du Vel d’Hiv a touché l’ensemble des communautés juives vivant en France, alors que c’est un sous-ensemble qui a été jeté en pâture ce jour-là, dans le cadre d’une stratégie « divide & impera ».
Je continue à affirmer que – selon mon humble avis - les appellations comme « Juifs de France » sont trop englobantes et, parfois, trompeuses. A titre d’exemple, voir la surprise de François lors de la lecture de la circulaire, dans #53.
Je pense que le terme « les Juifs désignés comme étrangers ou apatrides par Vichy » ou même « une catégorie des Juifs vivant en France » porterait moins à confusion.

Bien sur, il n‘est pas question pour moi d’accorder quelque valeur aux décisions d’époque. Mais je pense que le travail de la mémoire devrait être fait de façon plus précise.

Un exemple, pour illustrer mon propos : les “ratonnades” de Paris (17.10.1961). Point commun avec l’opération « Vent printanier » : application du critère « racial ». La police ne travaillait pas avec un fichier-guide, le faciès suffisait. Les répressions concernaient une partie des citoyens français, appelée « Français Musulmans d’Algérie » dans les textes officiels d’époque. Ces jours-là, il valait mieux être français « de souche » ou, au moins, kabyle blond aux yeux bleus…
Je serais autant gêné si ces événements seraient résumés ainsi aujourd’hui:
Le Massacre du 17 octobre 1961 désigne la répression ayant frappé une manifestation parisienne pacifique en faveur de l’indépendance de l’Algérie à Paris. Des dizaines à des centaines de citoyens français innocents, selon les sources, sont morts lors de la confrontation avec les forces de l’ordre alors dirigées par le préfet de police Maurice Papon. Certains d’entre eux ont été jetés dans la Seine. Les manifestants internés dans des centres de détention pendant quatre jours y ont subi des violences.

@Maître des Lieux :
Liste des coquilles de transcription relevées :
Page 2 :
al. 2  : manque un point après « 16 ans et plus » ;
al. 7  : « comp » au lieu de « composée » ;
al.18 : « que ferez garder » au lieu de « que vous ferez garder » ;
al.22 : « lion » au lieu de « loin » ;
al.34 : « au bagages » au lieu de « aux bagages » ;
al.35 « en leur donnant lecture » au lieu de « en leur en donnant lecture » ;
al.36 : « chacune d’elle » au lieu de « chacune d’elles ».

225. Le lundi 15 mars 2010 à 12:02 par Passant

Un autre document administratif glaçant, traduit de l’allemand :

”II D 3 a (9) NI. 214/42 g. Rs. Berlin, le 5 juin 1942
Exemplaire unique.
Secret d’État!

I. Note :

Objet: Modifications techniques à apporter aux camions spéciaux actuellement en service et à ceux qui sont en cours d’aménagement.

Depuis décembre 1941, par exemple, on en a traités 97 000 avec trois voitures dont le fonctionnement n’a révélé aucun défaut. L’explosion qui, comme on sait, a eu lieu à Kulmhof doit être considérée comme un cas isolé. C’est à une erreur de manipulation qu’il faut en attribuer la cause. Des instructions spéciales ont été adressées aux services intéressés pour éviter de tels accidents. Les instructions données ont augmenté considérablement le degré de sécurité.

Les autres expériences faites jusqu’ici montrent que les modifications techniques suivantes seraient utiles:

1.) Afin de rendre possible un remplissage rapide en CO tout en évitant la surpression, on percera deux fentes de 1 x 10 cm d’alésage en haut de la cloison arrière. Ces fentes seront munies à l’extérieur de clapets mobiles à charnière en fer blanc pour permettre d’équilibrer automatiquement toute surpression qui viendrait à se produire.

2.) La capacité normale des voitures est de neuf à dix au mètre carré. Mais les grands camions spéciaux Saurer ne peuvent être utilisés à une telle capacité. Ce n’est pas une question de surcharge, mais leur mobilité tous terrains est alors très diminuée. Il apparaît donc nécessaire de réduire la surface de chargement. On peut y parvenir en raccourcissant d’un mètre la superstructure. On ne saurait en effet remédier à la difficulté signalée par une simple diminution du nombre des unités (Stückzahl), comme on le faisait jusqu’ici, car, dans ce cas, le fonctionnement exige plus de temps, puisqu’il faut bien que les espaces dégagés soient, eux aussi, remplis de CO. Au contraire, pour une surface de charge plus petite, mais complètement occupée, l’opération dure sensiblement moins longtemps, puisqu’il n’y a pas d’espace libre.

Au cours d’une discussion avec la firme chargée des aménagements, celle-ci a fait remarquer qu’un raccourcissement de la superstructure entraînerait l’inconvénient d’un déplacement du poids vers l’avant. L’axe avant risquerait ainsi d’être surchargé. En réalité, il se produit une compensation spontanée dans la répartition du poids, du fait que, lors du fonctionnement, le chargement, dans les efforts qu’il fait pour se rapprocher de la porte arrière, s’y trouve toujours pour la plus grande partie. C’est pourquoi l’axe avant ne souffre d’aucune surcharge.

3.) Le tuyau qui relie l’échappement à la voiture est sujet à la rouille, du fait qu’il est rongé à l’intérieur par les liquides qui s’y déversent. Pour éviter cet inconvénient, il convient de disposer les embouts de remplissage de manière que l’admission se fasse de haut en bas. On évitera ainsi que des liquides y pénètrent.

4.) Pour permettre un nettoyage commode du véhicule, on pratiquera au milieu du plancher une ouverture permettant l’écoulement. Elle sera fermée par un couvercle étanche de vingt à trente centimètres de diamètre permettant l’écoulement des liquides fluides en cours de fonctionnement. Pour éviter toute obstruction, le coude sera muni d’un crible à sa partie supérieure. Les saletés plus épaisses seront évacuées par la grande ouverture d’écoulement lors du nettoyage. A cet effet, on inclinera légèrement le plancher du véhicule. On obtiendra ainsi que tous les liquides coulent directement vers le centre, et on évitera ainsi la pénétration des liquides dans les tuyaux.

5.) On pourrait supprimer les fenêtres d’observation installées jusqu’ici, car on ne s’en sert pratiquement pas. On économiserait ainsi un temps de travail assez important dans l’aménagement des nouvelles voitures, en évitant le difficile ajustement de la vitre et de sa fermeture hermétique.

6.) Il convient d’assurer une plus forte protection de l’installation d’éclairage. Le grillage doit recouvrir les lampes assez haut pour qu’il soit impossible de briser les ampoules. Les utilisateurs ont proposé de supprimer les lampes, qui, a-t-on fait remarquer, ne sont guère utilisées. L’expérience montre pourtant que lorsqu’on ferme la porte du fond et qu’on provoque ainsi l’obscurité, il se produit toujours une forte poussée du chargement sur la porte. La cause en est que le chargement, quand l’obscurité survient, se précipite vers la lumière. Cela compromet l’enclenchement de la fermeture de la porte. On a constaté aussi que le bruit qui se produit à la fermeture de la porte est lié à l’angoisse que suscite l’obscurité. Il paraît donc opportun de maintenir l’éclairage avant et pendant les premières minutes de l’opération. Et l’éclairage est utile aussi pour le travail de nuit et le nettoyage de l’intérieur de la voiture.

7.) Pour faciliter un déchargement rapide des véhicules, on disposera sur le plancher un caillebotis mobile. Il glissera au moyen de roulettes sur un rail en U. Le retrait et la remise en place s’effectueront au moyen d’un petit treuil disposé sous la voiture. La firme chargée des aménagements s’est déclarée incapable d’y procéder pour le moment, en raison d’un manque de personnel et de matériaux. On s’efforcera de le faire exécuter par une autre firme.

En ce qui concerne les véhicules déjà en service, on n’y réalisera les modifications techniques proposées qu’au fus et à mesure de grosses réparations qui seraient nécessaires pour chacun d’entre eux. Mais, en ce qui concerne les dix véhicules Saurer dont il a été passé commande, on tiendra compte de ces modifications autant que possible. La firme chargée des aménagements a indiqué, au cours d’une conférence de travail, que les modifications de structure ne lui paraissaient pas possibles. Aussi faut-il essayer d’obtenir d’une autre firme qu’elle munisse au moins l’un des dix véhicules de toutes les innovations ou modifications suggérées par la pratique. Je propose que la firme de Hohenmauth soit chargée de réaliser ce modèle unique.

En raison des circonstances, il faut compter sur de longs délais pour l’achèvement de ce véhicule. Aussi conviendra-t-il de le conserver et de l’utiliser non pas seulement comme modèle, mais aussi comme véhicule de réserve. Lorsqu’il aura fait ses preuves, les autres voitures seront retirées du service et modifiées conformément au modèle.

II. Au Gruppenleiter II D Obersturmbannführer SS Rauff

Pour examen et décision.

Just”

( Plus d’infos sur Kumhof-Chelmno ici :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_d…)

226. Le lundi 15 mars 2010 à 14:13 par Emmer

Mon esprit d’escalier m’a fait grimper d’une marche ce week end, que 209, 222, et 223 viennent de conforter ; Il se pourrait que je ne puisse plus redescendre.

Totoro, Deo Juvante et Liberus nous amènent hors du martyrologue juif, vers celui d’autres populations d’étrangers, anti- nazis, vrais communistes, tziganes supposés, faux russes .
Mais, ils sortent de l’épure ; Ils sont hors sujet .

Moi, je suis allée voir SHUTTER ISLAND ; hors sujet aussi et pure distraction, pensais-je;
Non pas ; erreur ; on y retrouve ce vrai sujet, en toile de fonds de traumatisme ;

J’ai réalisé, parce que je commence à trouver le procédé répétitif et le thème par trop envahissant, que le sujet unique, le seul qui ait de l’écho, qui fasse sens dans l’époque que nous vivons, là, aujourd’hui, ce mois-ci, et le mois prochain, et encore le mois d’après, c’est le sort fait aux populations juives en Europe (avec toujours cette question : répertoriées comment ? discriminées comment aujourd’hui ? par Qui ? Par le nom ? comme le dit Siana89 ; par le registre du rabbin ou par la rumeur? pour Siarres )

Il ne nous sera pas permis – cela fut-il possible- de nous extraire du sentiment d’horreur face à cette histoire, et du sentiment de culpabilité généralisée, universalisée (celle de nos parents, grands parents, de la SNCF, du pape et des Romains )
Il ne nous sera pas permis de voir les populations juives autrement que martyrs, pour l’éternité et après. Elles, et elles seules, à l’exclusion de toutes autres, d’hier ou d’aujourd’hui.
Nous aurons des rappels permanents et incessants, des devoirs de mémoire à recommencer sans cesse, parce qu’il y aura toujours et encore des générations nouvelles qui devront culpabiliser et connaître leurs torts .
Et on ajoutera sans cesse une pièce aux pièces, dans une extension permanente du domaine de la répentance .

Je n’ai pas fait de thèse sur le sujet, qui me laissait déjà hébétée enfant.
Enfant, j’avais 12 ou 13 ans ; j’ai beaucoup lu ; j’en ai 65. Ca suffit. j’en ai assez ;
Il faudrait laisser reposer tout le monde. Personne n’oubliera.

Il n’est pas nécessaire d’avoir oublié pour recommencer ; il suffit de porter ses regards sur quelques endroits dans le monde proche, vers des populations systématiquement démunies, démolies, spoliées, contraintes à l’enfermement derrière de hauts murs, interdites de toute visite et de tout déplacement : qui pourrait penser que ça existe encore ?
Et on nous fait l’affront de nous demander de nous souvenir ? d’analyser comment ça a fonctionné ?
Alors que nous le voyons pratiqué sous nos yeux empoudrés !!!

227. Le lundi 15 mars 2010 à 16:38 par bravecon tribuable

et après le Vel’ d’hiv ? pour qui ne l’aurait déjà vu, le film documentaire d’Alain Resnais Nuit et Brouillard (du très officiel décret Nacht und Nebel Erlass du 07-12-1941) en dit suffisament en peu de temps (deux fois un quart d’heure pour des millions de vies, ça va) : http://parolesdesjours.free.fr/nuit…

âmes sensibles faites l’effort de regarder jusqu’au bout

P.S. La Censure française en 1956 fit masquer le képi du gendarme de garde au camp de concentration de Phitiviers… restauré sur la vidéo actuelle.
P.S. 2 Le gouvernement de la République fédérale allemande demanda officiellement et obtint (!) que le film soit retiré de la sélection du festival de Cannes de la même année…

228. Le lundi 15 mars 2010 à 16:46 par bravecon tribuable

http://parolesdesjours.free.fr/nuit…

229. Le lundi 15 mars 2010 à 17:12 par Passant

« L’objet du présent article est de se poser la question de savoir si des évènement identiques peuvent se reproduire de nos jours.

Observons d’abord que, pour l’instant (pour l’instant, parce que l’histoire des Juifs est parsemée depuis fort longtemps de massacres, fuites, expulsions, marques d’infamie), on n’imagine pas que les Juifs puissent être l’objet de telles mesures, même si l’œuvre des négationnistes (ceux qui nient le massacre en masse) est en route (à commencer par le tristement célèbre “point de détail de l’histoire”, de Le Pen, concernant le sujet).

Or, aujourd’hui, en France, la mise en oeuvre d’un tel crime contre l’humanité n’est pas inenvisageable.

Pourtant, je sais bien que “comparaison n’est pas raison” et que “l’histoire ne repasse pas les mêmes plats”. De plus, je ne suis pas historien, mais je me sens, en tant que citoyen, obligé de faire part de ma réflexion.

Il me semble que la situation réservée à certains étrangers, en France, et en particulier aux “Arabes” (notons que l’on assimile à ceux-ci tous ceux qui sont basanés, surtout s’ils sont musulmans: Turcs, Bosniaques…) offre quelques points de ressemblance avec les années 30 et 40, en France… »

(extrait de :
« Une rafle du Vel d’Hiv’ est-elle possible, aujourd’hui ? », Alain Alpern, « Le Monde » 10.03 .2010
http://www.lemonde.fr/opinions/chro… )

230. Le lundi 15 mars 2010 à 19:37 par Deo juvante

@ Emmer

225. Le Lundi 15 mars 2010 à 14:13 par Emmer

Oui, vous avez raison, j’étais “hors sujet”…
Eux seuls ont souffert, eux seuls méritent miséricorde jusqu’à la fin des temps, leur souffrance, seule, compte. A côté, les 50 millions de morts de la 2ème guerre mondiale, c’est..un détail.
Un écrivain américain (Juif, je précise) a parlé (il a osé !) de “Shoah Business” à propos de tout ce qui a été produit depuis “Holocauste” aux USA, et en France en particulier, comme films, fictions diverses, etc. beaucoup financés en sous main par l’Etat d’Israël, ce qui fut le cas de “Shoah” de Lanzman…
Mon propos était de montrer que l’administration française (ici l’Armée française, en la personne de l’officier, commandant du camp des Milles, près d’Aix en Provence) avait su s’adapter aux circonstances sans en tirer gloire dans le cas de cet officier, il fut…
Bien à vous

231. Le mardi 16 mars 2010 à 09:49 par Cournal

Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que des actes tout aussi barbares se produisent de nos jours dans le monde:
Afrique, Irak, Chine, Palestine …..

232. Le mardi 16 mars 2010 à 11:48 par jlb

Quelqu’un(e) sait-il(elle) par hasard ce qu’il est advenu de ce “HENNEQUIN”, Directeur de la Police Municipale d’alors, et signataire de la circulaire n° 173-42 du 13/07/1942 ?
L’individu en effet est “intéressant” !

233. Le mardi 16 mars 2010 à 14:17 par Deo Juvante

@ jlb

Quelqu’un(e) sait-il(elle) par hasard ce qu’il est advenu de ce “HENNEQUIN”, Directeur de la Police Municipale d’alors, et signataire de la circulaire n° 173-42 du 13/07/1942 ?
L’individu en effet est “intéressant” !

Réponse, qui ne m’a pas demandé beaucoup d’efforts:

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89…)

Amnistié probablement en 1953.

234. Le mercredi 17 mars 2010 à 00:10 par libre-penseur

Ce que montre bien ce document c’est que les mesures concernant les juifs ne s’adressaient qu’aux juifs étrangers et qu’il n’y avait pas d’excès de zèle de la part de l’Etat français (contrairement à ce qu’on ose prétendre dans certains livres d’histoire) puisque l’arrestation se faisait à la demande des autorités d’occupation dans une zone sous contrôle allemands. Si la livraison des étrangers réfugiés en France était la seule clause inacceptable de l’armistice, cette trêve signée avec l’Allemagne aura eu le mérite d’épargner en bonne partie ceux de nationalité française, d’éviter un prolongement du conflit sur le territoire, d’éviter la famine en 1940, lorsque les hommes étaient prisonniers et le quart de la population sur les routes. Cette solution, même si elle a demandé à la France de se salir les mains, fut préférable à une administration directe menée par un Gauleiter comme l’a connu les Pays-Bas.

235. Le mercredi 17 mars 2010 à 09:42 par Passant

Je crois que, les chiffres imposés n’ayant pas été atteints, les policiers on fait un peu du zèle quand même, en complétant avec les citoyens français jugés pas très catholiques

Sur papier, l’opération semble organisée de façon très « rationnelle ». Côté terrain, je crains que certains cas (sélections) ont été tranchés à la sauvette et « à la tête du client » (ou plutôt : « à la tête de monsieur l’agent »). Par exemple : les enfant nés en France donc citoyens français mais nés de parents juifs étrangers quand même…

NB : En cliquant sur le lien indiqué par laurent #211, je lis :

- Près de 90% de ces 76.000 juifs de France ont été déportés vers Auschwitz-Birkenau. (…)

- 2.566 survivants étaient comptabilisés à la Libération en 1945, soit environ 3% des déportés.

- Avec les 3.000 morts dans les camps d’internement avant la déportation et le millier d’exécutions de juifs, le bilan de la “solution finale” en France a atteint 80.000 victimes.

- Les nationalités les plus touchées parmi les juifs déportés de France ont été les Polonais (environ 26.000), les Français (24.000 dont plus de 7.000 sont des enfants nés en France de parents étrangers), les Allemands (7.000), Russes (4.500), Roumains (3.300), Autrichiens (2.500), Grecs (1.500), Turcs (1.300), Hongrois (1.200).

236. Le mercredi 17 mars 2010 à 11:00 par taverna

Précisions.
La comptabilité relatée par Passant,est dramatique et nous parait injustifiée.A l’époque,les persecutés ne savaient pas que les allemands avaient décidé “d’évacuer” tous les juifs.Des discussions,des directives administratives,pouvaient laisser penser que les rafles visaient principalement les étrangers.D’où la xénophobie,régnant à Drancy.Christian Lazare.interné à Drancy,écrivait dans son journal:”…Je suis partout frappé par l’extraordinaire variété de jargons employés par des juifs de toute raçes et de tout poil et mon coeur se souleve d’indignation à l’idée d’etre confondu avec toute cette racaille…”.Plus loin il ajoute:”A coté de rares amis,que de types à fuir,avocats bavards ou commerçants vulgaires,..au milieu de laquelle notre petite poignée de “Français d’origine” est completement noyée.

237. Le mercredi 17 mars 2010 à 15:18 par Passant

« Appartenant à une minorité, les Israélites de France nourrissaient une double crainte : que les immigrés ébranlassent les fondements du franco-judaïsme, et que les Français tinssent ce dernier pour responsable des maux du pays. En revanche, une étude approfondie permet de dégager des points communs avec des situations similaires, dans d’autres religions ou nationalités : la méfiance réciproque entre autochtones et immigrés s’observait chez d’autres, de même que l’écart béant séparant les représentations et la prosaïque réalité. Les Juifs français avaient le sentiment que l’intégration tardait à se montrer. En fait, celle-ci apparaissait plus que tangible, comme en témoignait la mutation de la distinction entre français et immigrés en rapports fondés sur les divergences politiques, ce qui fit éclater les clivages nationaux. C’est que l’immigration révéla les incertitudes du judaïsme français. L’histoire n’est pas le lieu du jugement, mais de la compréhension : ainsi, l’attitude hostile des Israélites face à leurs coreligionnaires peut être lue comme une des preuves de l’absence d’assurance du judaïsme français de l’époque. Celui-ci n’avait toujours pas répondu à l’interrogation originelle qui lui était posée : pouvait-on être à la fois complètement français et complètement juif ? Le débat sur l’immigration fournit des éléments de réponse mais fut brusquement interrompu en 1939. Les années noires y apportèrent le point final : qu’ils fussent présents depuis des temps reculés, quand la France ne s’appelait pas encore France, ou qu’ils y eussent trouvé asile, comme sur une « Terre promise », depuis une poignée d’années seulement, tous les Juifs de France se sentaient devenir des étrangers. «

Jérémy Guedj «Les Juifs français face aux Juifs étrangers dans la France de l’entre-deux-guerres », Cahiers de la Méditerranée vol. 78 / 2009, texte intégral : http://cdlm.revues.org/index4637.ht… )

238. Le samedi 20 mars 2010 à 16:01 par PFCHAUVEAU ON TWITTER

L’Administration est infaillible depuis toujours : Si des policiers Français et Espagnols confirment reconnaitre 5 ETARRAS , je plainds ces 5 là pour longtemps , longue GAV en perspective pour eux , sauf s’ils ont la bénédiction d’etre défendus bec et ongle , 5 pompiers CATALANS ( et non ESPAGNOLS ) , affaire du policier abattu , par exemple !!!

239. Le mercredi 24 mars 2010 à 08:28 par cultive ton jardin

La question de savoir comment des gens qui ne sont pas des monstres participent à un projet monstrueux est depuis longtemps agitée et pas vraiment tranchée. L’autre question c’est: comment, quand l’ambiance est massivement à la monstruosité banalisée, se dégager de la pression qui émane de cette masse. Pourquoi certains disent NON quand tout le monde dit oui ou ne dit rien?

L’expérience de Milgram montre aussi quelque chose dont on parle peu: quand un des “expérimentateurs” dit non, son collègue le suit dans le refus. Quand une des “autorités” se dissocie de l’autre et refuse de continuer l’expérience, la défection dans les rangs des expérimentateurs est massive. Mais ceux qui disent non les premiers, d’où sortent-ils?

240. Le jeudi 25 mars 2010 à 14:11 par hehe

Je l’apprends par vous. C’est une triste nouvelle.
http://avoat.blogspot.com/2010/03/r…

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