Journal des greffiers en colère

Instantanés de la justice et du droit

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Tu in mulieribus



par Sub lege libertas


Lucy n'a pas deux fois dix-huit ans, ni même une fois. Lucy est pourtant deux fois mère, déjà. Mère ? Lucy aimerait se dire telle, mais Lucy ne se dit rien de bon de sa vie, ni d'elle. Lucy se dit qu'à douze ans, elle devint femme sous le toit de sa mère qui l'hébergeait, elle et les vingt ans passés de Bruno qui la fit femme et mère en un soir, enfin neuf mois plus tard. Sa mère était contente d'avoir un nouvel enfant, sa petite-fille comme elle ne l'appelait pas.

Lucy crut qu'elle serait à treize ans mieux la mère de sa fille, si elle quittait la sienne et Bruno. Lucy crut qu'elle serait à treize ans mieux la mère de son enfant, quand elle suivit Joris et ses vingt-cinq ans de désoeuvrement embrumé de cannabis et de houblon, les jours où le malt faisait défaut, moins souvent que le lait maternisé. Lucy offrait son sein aux coups de Joris, et sa fille finit par en recevoir d'elle et de lui. Lucy devait « la crier » comme le disait Joris, qui lui reprochait de ne pas savoir l'élever, cette fille qui mange salement à deux ans, cette fille qui crie indistinctement à deux ans, cette fille qui ne marche pas à deux ans.

Lucy avait beau pincer, fesser, frapper, rien n'y faisait, elle n'était pas obéie. Lucy crut Joris ; elle était une mauvaise mère, elle pinça, fessa, frappa, plus fort comme lui faisait. Lucy crut sa mère ; elle était une mauvaise mère, elle pinçait, fessait, frappait, trop fort comme elle le lui reprochait. Lucy se brouilla avec Joris qui la renvoya chez sa mère. Lucy se brouilla avec sa mère qui l'envoya au commissariat de police.

Lucy se dit qu'à seize ans, elle devint adolescente sous le toit d'un foyer qui la recueillit, elle sans sa fille qui, placée chez une nourrice, évita l'emprise des bras trop intéressés de sa grand-mère, soudain si prompte à dénoncer les coups subis, espérant le retour de l'enfant en son giron. Lucy, vierge d'enfance, se prend à rêver de jeunesse, d'amour. Aimée de Johann, elle croit que le fruit nouveau de ses entrailles sera la bénédiction de sa vie neuve de grande fille arrivant à l'âge adulte, à l'âge de devenir mère, non seulement de l'être.

Lucy n'a pas deux fois dix-huit ans, ni même une fois. Mineure, Lucy est donc devant le tribunal pour enfants. Enfant, Lucy aimerait se dire tel simplement, mais Lucy doit aussi se dire mère, cette mère poursuivie pour violences volontaires sur mineure de quinze ans par ascendant. Lucy aimerait sans doute comprendre ce qu'on lui reproche, mais Lucy, enfant-mère à treize ans, n'a pas su retenir ses leçons d'écriture et ne lit qu'à peine. Lucy quitta la salle de sa classe primaire pour celle de travail de la maternité.

Lucy sent bien qu'elle devrait dire des choses. D'autres choses ou les choses autrement. Peut-être, le sent-elle. Mais le sens des mots du tribunal lui reste obscur ou incertain, angoissant même : violence, volonté, intention, discernement, obligation, affection... Le juge, ses assesseurs, le procureur, les avocats questionnent, reformulent les questions ; Lucy ne leur répond qu'avec son absence de mot et l'ignorance des leurs.

Coupable, fallait-il dire que tu l'étais, Lucy ? Alors je me pris à rêver à haute voix, cela s'appelle requérir, qu'il conviendrait au bien de la justice de te reconnaître mineure incapable de discernement. Nul trouble psychique ou neuropsychique n'altérait ou n'abolissait ton discernement : non, ton enfance simplement. Pour te rendre juridiquement cette enfance à laquelle tu n'as pas eu droit, point même d'avertissement solennel. Te laisser irresponsable, Lucy, toi cette enfant, si peu mère, trop peu fille, si peu bénie entre toutes les femmes. Cette grâce, juridique, te fut même refusée. Te voilà avertie entre toutes les femmes.

La discussion continue ailleurs

1. Le mercredi 15 décembre 2010, 00:09 par le blog d'Elleirame

Entre toutes les femmes

Un texte de maître Eolas, un vieux dessin et derrière tout ça, la vie d’une jeune fille, d’une enfant, d’une mère, d’une pauvre gamine… P**** de vie.......

Commentaires

1. Le dimanche 12 décembre 2010 à 22:30 par Behemothe

Je ne sais pas si on peut dire que c’est un beau texte quand ce qu’il décrit est si terrible.
Et voilà le malheur qui rentre dans les salons douillets comme cela sans demander,
pourtant si nécessaire pour que l’incompréhension ne s’ajoute pas au reste.

2. Le dimanche 12 décembre 2010 à 22:31 par Teejee (mékeskidi de base)

3. Le dimanche 12 décembre 2010 à 22:42 par Derek

je me pris à rêver à haute voie, cela s’appelle requérir

Celle-là elle n’est toujours pas digérée manifestement… mais admirablement replacée. J’aime beaucoup.

4. Le dimanche 12 décembre 2010 à 22:44 par Jerry

Une question pour maître Eolas ou qui la voudra d’ailleurs : savez-vous pourquoi l’on utilise l’expression “mineur de quinze ans” lorsqu’on souhaite en fait désigner un “mineur de moins de quinze ans” ? Cette expression me déroute toujours…

Sub lege libertas:
Car mineur est un mot (adjectif ou substantif) qui veut dire (le) moins de ou (le) plus petit que. Il vient du latin minor (plus petit) qui est le comparatif irrégulier de parvus (petit). Alors libre à vous d'aimer les pléonasmes.

5. Le dimanche 12 décembre 2010 à 22:59 par Dalz

Habituellement je ne commente pas, mais là, je ne peux pas m’en empêcher, même pour ne rien dire d’autre que je salue votre combat dans cette non-justice totale. Je rejoins complètement TeeJee et son discours plus qu’éloquent qui évoque parfaitement ce qu’on ressent lorsque l’on lit ta prose maître, doit-on gerber ? Doit-on s’insurger ? que doit-on ? “…”

Sub lege libertas:
Penser, peut-être. méditer, se taire non ?
Il n'y a pas de combat dans cette non- justice totale. Il y a un tribunal saisi, en droit et l'effroi n'y change rien. La poursuite est légale. L'enjeu n'est pas que le tribunal m'ait donné tort.
Que doit-on... ? non ! Peut-on penser admissible la solution de l'irresponsabilité ? est-ce convenable au bien de la justice ?

6. Le dimanche 12 décembre 2010 à 23:08 par PEB

Le nom de cette pauvre petite a-t-il été choisi par le rédacteur en référance à notre arrière-grand-tante Lucy, surnommée grand-mère de l’Humanité par ses inventeurs, petite australopithèque décédée à 20 ans, il y a quelques 3,5 My ?

Sub lege libertas :
Et si je vous dis que demain c'est la Sainte Lucie, avec sa fête de la lumière en Suède, ça vous éclaire ?

Ce rapprochement me boulverse encore plus.

Au vu du titre du message, à l’approche de la Nativité, ne reste plus qu’à déposer son malheur aux pieds de la bienheureuse Mère de Dieu…

Sub lege libertas :
En revanche, je loue votre connaissance du texte latin de l'Ave.

7. Le dimanche 12 décembre 2010 à 23:21 par Zythom

Très beau billet malgré la dureté du sujet.

J’ai beaucoup aimé le:
Lucy quitta la salle de sa classe primaire pour celle de travail de la maternité.

8. Le dimanche 12 décembre 2010 à 23:28 par amra

bonjour,
c’est très beau.
merci.
et…bonne journée…

9. Le dimanche 12 décembre 2010 à 23:47 par phavet

J’ai peur, j’ai froid, j’ai pleuré.
Merci.

10. Le dimanche 12 décembre 2010 à 23:55 par Georges S

Saisissant !

Pourrait-on aller chercher en responsabilité les parents de Lucy? (et diriez-vous les grands-parents, et …)

11. Le dimanche 12 décembre 2010 à 23:55 par malpa

Monsieur le procureur,

Attendez, j’essaie de comprendre : nous sommes sur l’article 222-13 du Code Pénal, c’est-à-dire exactement le même que celui qui pendit au nez des policiers du tribunal de Bobigny dont nous discutâmes oncques, à la différence que Lucy est sur le 1° alors que les policiers pointaient au 7°, c’est bien ça ?

Faut-il lire ce post comme votre commentaire au post précédent de maitre-eolas, ou c’est encore un effet sur mon esprit fragile de la théorie du complot ?

Sub lege libertas :
Comme je dirige le complot anti complot et que je me combats ici moi même...

Et dans l’affirmative, essayez-vous de nous dire que le poids des réquisitions du proc sur un tribunal, ça transite au moins autant que les intestins d’une gloire mondiale, et que donc, le proc de Bobigny devrait être habitué à voir ses réquisitions surpassées par le tribunal, et que donc, le procureur indépendant d’esprit du cas pratique d’hier devrait en rester là ? Euh, non, devrait faire appel ? Euh, bon, ça y est, je suis perdu. Il devrait faire quoi, alors, pour finir ?

Sub lege libertas :
Réflechir ? mais le reflet n'est qu'une image inversée du réel... Pire, depuis la caverne de Platon nous pensons le réel comme l'hypothèse de la source des images, mais nous restons devant l'image. Sortons-nous parfois de la caverne ?

12. Le dimanche 12 décembre 2010 à 23:57 par Bob

Et un dimanche s’enfuit avec mes larmes.

13. Le lundi 13 décembre 2010 à 00:43 par malpa

Hors de la caverne, je vous ai vu lever le doigt. J’ai essayé de voir la Lune, mais, suis-je bête ! vous n’aviez levé le bras que pour jouer avec votre manche. Bien fait pour moi, ça m’apprendra à chercher un sage…

14. Le lundi 13 décembre 2010 à 01:04 par Mon Jojo

@11
Aller boire un coup ! à la santé de tous ceux qui souffrent…

15. Le lundi 13 décembre 2010 à 07:02 par Passant

Parce que vous croyez encore que la justice parfois protège, alors que votre expérience aurait du depuis longtemps vous ouvrir les yeux. Parce qu’il vous déplait de voir que vous collaborez.

16. Le lundi 13 décembre 2010 à 08:33 par Switz

Heureux de vous relire, et merci de laisser entrevoir ces fragments de vies misérables qui occupent les tribunaux. Je me demande en outre comment notre société peut revendiquer sans honte le pouvoir d’accabler cette fille - les torts de cette jeune mère sont partagés, ils sont également le produit de l’indifférence à son sort, et peut-être d’une carence de nos services sociaux.

17. Le lundi 13 décembre 2010 à 08:40 par eLyenn

à haute voie” - Suis-je le seul à vouloir écrire “à haute voix”?

18. Le lundi 13 décembre 2010 à 08:51 par Cinquo

Ce superbe texte sur un sujet aussi tragique me fait m’interroger. Quelle est l’utilité des poursuites, ne vaudrait-il pas mieux rechercher dans tous les textes existants celui qui permettrait de fournir une vraie assistance à de telles détresses ?

Merci

19. Le lundi 13 décembre 2010 à 09:44 par Et, vlan !

Cinquo: reconnaître qu’une personne est vulnérable et axer la défense des intérêts de cette personne autour des discours traitant de ces fameux grands principes humanistes dont le viol fait la fortune des société riches est pardonnable chez de jeunes sots, mais pas des professionnels.

20. Le lundi 13 décembre 2010 à 09:48 par Dr Tavuk

Bon retour sur ce blog (on ne les voyait plus trop, les commensaux, ces derniers temps, à part en passant dans les commentaires, occasionnellement) et… merci !

Sub lege libertas :
Oui et comme les partisans des complots sont plétores, certains y ont même vu une fronde contre le Maître des lieux, une fuite à Varennes. Hélas, je ne peux rien vous révéler de ma séquestration...

21. Le lundi 13 décembre 2010 à 09:52 par mat

Je ne vois pas qu’elle autre vérité aurais pu être rêvée à haute voix. Il est vraiment dommage que cela n’ai pas été suivi. Peut être que pour bien comprendre il faut avoir élevé des/ses enfants 24h/24. C.à.d, sans crêche, sans nounou, voir sans femme de ménage.
Il n’existe pas d’école pour les parents. L’apprentissage est rude.

Signé: Un père au foyer qui rira jaune lorsqu’il aura à justifier dans son CV, 6 ans d’une expérience de haute valeur ajoutée: élever ses enfants.

22. Le lundi 13 décembre 2010 à 09:54 par Hélène

Je trouve votre réaction très humaine. Parfois il semble que la violence ait toujours le dernier mot en réalité. On devrait bien plus s’interroger sur l’incapacité de certains enfants à rester assis positivement en salle de classe !

23. Le lundi 13 décembre 2010 à 10:02 par mat

je ne suis pas dans le “droit”.
Mais j’ai notion que la majorité sexuelle en France est de 16 ans. Lucy avait 13 ans lorsqu’elle est enceinte. Comment la justice devrait elle voir la chose? Car dans ce jugement on la rend responsable d’évènements survenus à la suite d’un acte “illégal”?

24. Le lundi 13 décembre 2010 à 10:06 par Paco Necté

En lisant ce texte, j’entrouvre quelques portes du voisinage ; et la misère sociale et éducative me saute à la face.
Les apéritifs anisés coulent à flot sur une table ornée des reliefs et emballages des repas pré-cuisinés des jours précédents (achetés sans avoir besoin de descendre de la belle voiture parée de ses accessoires tape-à-l’œil) pendant que la télévision hurle les diatribes vulgaires des nouveaux “maîtres à ne pas penser” qui font la couverture de la presse populaire.
Nous sommes dans la patrie des “lumières” et celles qui illuminent ces antres où parfois je me risque sont projetées par des spots multicolores réfléchis en tourbillons aveuglants par la boule de petits miroirs pendue au dessus des têtes, sans doute afin de donner l’illusion que la vie est un bal qui n’en finit pas.
Avant le drame qui réunira le tribunal, c’est déjà le drame de la vie ordinaire…

25. Le lundi 13 décembre 2010 à 10:20 par Jerry

Merci pour cette explication lumineuse du “mineur de quinze ans” !
Et pour ce si beau texte…

26. Le lundi 13 décembre 2010 à 10:49 par Jean

En voyant votre texte, puis l’allusion à la Sainte Lucie en Suède, je ne peux m’empêcher de penser que la Suède, justement, proscrit toute forme de châtiment corporel. Y compris les fessées “qui n’ont jamais tué personne”, et je me dis que ce serait bien plus facile de lutter contre toute forme de violence si la loi sanctionnait déjà la violence dite “éducative” la mieux acceptée… (Évidemment, en Suède, quand cette loi a été promulguée, il y a eu un effort important d’accompagnement des parents, c’est assez interressant…)
54,5 % des parents disaient, en 1999, donner souvent des fessées à leurs enfants. Une autre enquête, réalisée en 1985 auprès des parents, “permettait de dégager une majorité de 59 % utilisant la force comme pratique éducative (même si 72 % d’entre eux considéraient qu’elle devait être exceptionnelle) : 25 % étaient adeptes de la gifle, 34 % de la fessée, 29 % reconnaissaient secouer l’enfant et 11 % pratiquaient d’autres moyens physiques” (cité par Jacques Tremintin dans son article du 1er juillet 1999 paru dans le numéro 493 de lien Social).
Selon une étude Sofres en France, en 1999, 54,5% des parents disaient donner des fessées souvent. J’ai même déjà entendu dire qu’il fallait donner des fessée comme une obligation éducative. Dans une idéologie parentale comme ça, faut pas s’étonner que ça dérape…
(Il semble qu’en Suède, justement, depuis la loi, la maltraitance aie diminuée : http://oveo.org/index.php?option=co…

27. Le lundi 13 décembre 2010 à 11:05 par DM

Je suis récemment tombé sur une vidéo de INA.fr où Christine Ockrent encore jeune présentait un journal télévisé avec un reportage dans un bazar vendant des martinets.

Some things never change.

28. Le lundi 13 décembre 2010 à 11:19 par Judy

Au delà du combat pour faire reconnaitre la perdition d’une jeune fille, même pas femme et déjà mère…
Il est des échecs cuisants qui pourtant se répètent inlassablement. Des Lucy, il y en eu, il y en aura d’autres, perdues dans notre monde de repli sur soi…
Comme évoqué juste avant, en Suède, on proscrivit les coups de l’arsenal éducatif, alors on accompagna les parents comme il se doit.
Parce que la parentalité ne s’invente pas, que rien n’y prépare et que c’est un domaine ou l’on peut se sentir bien seul, même quand on est une jolie famille ou tout va bien. Que dire alors d’une jeune fille de treize ans, ou bien de tant de familles démunies socialement, économiquement, culturellement…

Cherchez bien, en France, ceux qui accompagnent les familles, peuvent aider les parents à le devenir pleinement, cherchez bien car ils sont bien cachés, et bien démunis.

Je ne vous parle pas là d’un pédopsychiatre de grande ville avec une belle clientèle fortunée qui se demande pourquoi sa progéniture surstimulée mais si peu vue (que voulez vous, faut gagner beaucoup d’argent, on a pas le temps pour tout) est hyperactive ou déprimée.

Je vous parle de ceux, associatifs ou publics, professionnels ou bénévoles, qui essaient d’apporter un peu de soutien aux familles les plus démunies pour essayer de casser le cycle infernal de la reproduction sociale.

Ils les connaissent souvent les solutions. Ils ne les attendent plus. Alors ils voient passer les Lucy tomber des arbres de l’enfance, et ils essaient de tenir…

Et je vous jure qu’il faut avoir la foi.

29. Le lundi 13 décembre 2010 à 11:29 par Puce

… et benedictus fructus ventris tui ?

30. Le lundi 13 décembre 2010 à 11:47 par John

Il ne manquerait pas de gens, sur certains forums (notamment ceux où on décrète que si les pauvres restent pauvres, c’est qu’il ne font pas d’efforts pour ne plus l’être), pour juger que si Lucy en est arrivé là, c’est de sa faute…

Lucy in the sky with diamonds… Aura-t-elle un jour, à défauts de diamants dont il vaut mieux se passer, un ciel ?

31. Le lundi 13 décembre 2010 à 11:51 par Paul

//Je ne vous parle pas là d’un pédopsychiatre de grande ville avec une belle clientèle fortunée qui se demande pourquoi sa progéniture surstimulée mais si peu vue (que voulez vous, faut gagner beaucoup d’argent, on a pas le temps pour tout) est hyperactive ou déprimée//

Mon père me raconta un jour comment il avait vu le pochtron-chômeur de l’endroit où il travaillait se rouler dans l’herbe avec sa progéniture. Commentaire : tu sais, il y a des enfants de patrons qui n’ont pas ça…

32. Le lundi 13 décembre 2010 à 11:55 par Arthur

@Jerry (N° 4)
savez-vous pourquoi l’on utilise l’expression “mineur de quinze ans” lorsqu’on souhaite en fait désigner un “mineur de moins de quinze ans”
Parce que les juristes adorent employer des formules embrouillées pour désigner des choses simples. Ainsi eux seuls comprennent de quiil est question. La réponse de l’auteur le montre bien : il préfère une signification obsolète à la signification courante du mot, et en profite pour vous renvoyer de manière méprisante, à votre insignifiance…
C’est ainsi que la loi est prétendument égale pour tous, sauf qu’elle l’est uniquement pour ceux qui savent et on le privilège d’en maîtriser l’obscur langage.

« Lucy » non plus ne maîtrise pas le langage, ni les codes. Vous avez dit Égalité ? Vous avez dit Démocratie ? Vous avez dit Fraternité, ce vilain mot ?

33. Le lundi 13 décembre 2010 à 12:13 par Judy

@ Paul (31)

Et oui, c’est une très jolie image que vous nous donnez. Et l’illustration de la complexité à appréhender l’enfance, l’éducation…C’est un domaine fabuleux, passionnant, car il n’y a aucune vérité ultime. Et j’aime à penser qu’effectivement, il ya des enfants de pochtrons-chômeurs qui peuvent aussi avoir une enfance heureuse. Et j’aime moins à penser que des enfants de patrons, de CSP ++ peuvent être malheureux.
On regarde souvent les adultes, on cherche à juger de leurs performances (après tout, c’est dans l’air du temps) mais l’éducation en est à l’opposé.
Parler d’éducation, c’est d’abord arrêter de se regarder le nombril, et commencer à regarder les enfants, et leur intérêt.
Et faire exploser les représentations caricaturales. La CSP ne fait pas le bon ou le mauvais parents. D’ailleurs, l’un comme l’autre n’existent pas, ils ne sont qu’une représentation sociale de plus.
Mettre en place un accompagnement à la parentalité, c’est enjamber les précipices entre classes sociales, et partir du principe que, médecin, enseignant, cadre sup, tourneur fraiseur, caissier, tous, on peut être pareillement démuni comme parent, et tous, on peut vouloir la même chose, tout au fond: le bonheur de son enfant.
Ensuite, chacun sa représentation du bonheur…mais si on pouvait réunir tout ce monde là sans regarder à l’origine sociale, pour faire un peu avancer le monde…

34. Le lundi 13 décembre 2010 à 13:21 par cultive ton jardin

Si la justice pouvait faire sienne cette déclaration: ne cherchons pas un coupable, cherchons une solution. Une de ces solutions serait la protection de l’enfance et des enfants. De tous les enfants, ceux de quelques mois et ceux de 15 ans.

Mais non, nous continuons de broyer et de laisser broyer l’enfance et les enfants, pour s’indigner quand ces enfants devenus grands écrabouillent d’autres enfants.

Oui, il y a des enfants de pauvres (osons le mot) qui sont heureux, chaleureusement aimés par des parents qui sont parfois (ou pas) d’anciens enfants maltraités et qui n’ont pas voulu, surtout pas, répercuter sur plus faible ce qu’on leur avait fait. Tous y parviendraient, car personne ne souhaite détruire ses enfants, avec un minimum de soutien extérieur.

Il y a bien sûr des enfants de riches qui sont maltraités, des femmes aussi, on le sait moins parce que c’est plus facile de se défendre des regards extérieurs quand on a un minimum de “surface sociale”.

Il me semble qu’existe un truc nommé “Protection Maternelle et Infantile” et un autre truc nommé “Aide Sociale à l’Enfance”. Suffirait peut être de leur donner, vraiment, les moyens d’agir et de réfléchir à leur action?

Incidemment, l’odieuse propagande qui a déferlé sur l’enfance il y a quelques années, que les parents étaient “laxistes” et que ça préparait des enfants délinquants a eu cet effet que certains parents fragiles sont devenus maltraitants par manque de discernement, exigeant par exemple d’enfants très jeunes une soumission destructrice dont en plus ils étaient bien incapables. Et frappant quand ils ne l’obtenaient pas, dépassés par leur propre impuissance.

35. Le lundi 13 décembre 2010 à 13:49 par civis pacem

@32
Vous avez bien raison, nivelons par le bas, empêchons ceux qui ont du savoir de nous en faire profiter et révoltons nous contre la culture.
Vous proclamer haut et fort le droit à l’ignorance et à l’inculture…

Mais vous est-il venu à l’esprit que c’est justement un des éléments clef dans cet article?

36. Le lundi 13 décembre 2010 à 14:29 par Ceart

Je n’ai rien de bien intéressant à ajouter à part que je suis content de retrouver votre prose Sub Lege Libertas.
Merci pour le billet.

37. Le lundi 13 décembre 2010 à 14:30 par Paul

//Parler d’éducation, c’est d’abord arrêter de se regarder le nombril, et commencer à regarder les enfants, et leur intérêt.//

Judy, cela me renvoie aux gens qui veulent absolument avoir un enfant, au prix de manipulations dont certaines sont de nature à fragiliser cet être à venir. Qui veulent avoir absolument un garçon (ou une fille, mais c’est souvent un garçon, suivez mon regard). Qui veulent en avoir à un âge où il est plus sage de penser à être grand-parent (suivez mon regard, bis).

//Et faire exploser les représentations caricaturales. La CSP ne fait pas le bon ou le mauvais parents.//

Oui, de même que je vous ai parlé de ce pochtron-chômeur, j’aurais pu parler de cet ami PDG (600 salariés) qui n’est pas joignable par ses collaborateurs quand le w-e (en famille) arrive.

Triste exemple d”enfant de riche” malheureux : le fils De Villiers (dernier Marianne). Les abus reprochés par Laurent auraient eu lieu en l’absence du père le we…)

38. Le lundi 13 décembre 2010 à 14:33 par Gavilan

Est-ce un bonheur d’écriture, une image de route des cimes entre deux abîmes, ad astra per aspera, qui vous fait rêver à haute voie, où l’on attendrait plus classiquement une voix?

Sub lege libertas :
J'ai corrigé et repondu plus bas...en 50

39. Le lundi 13 décembre 2010 à 14:38 par lambertine

Aurore est née hier matin.
Aurore est la seconde fille de ma fille. D’une fille qui a quitté la maison pour le pensionnat à douze ans, et pour vivre sa vie d’actrice à quinze. D’une fille dont la famille se délitait, mais qui a eu la chance de tomber, à quinze ans, sur quelqu’un de bien. Sur un garçon qui a eu la patience d’attendre qu’elle ait terminé sa formation - et lui aussi - pour l’épouser et lui donner sa première fille, Zoé. Aurore et Zoé ont la chance, aussi, d’avoir des parents qui ne croient pas au pouvoir des coups, contrairement à Lucy et ses compagnons.
J’en ai rencontré, pendant ma vie de juriste, puis pendant ma vie de galère, des Lucy, et des enfants de Lucy. des Bruno, aussi, et des Joris, et des Johann, tout aussi paumés, enfants atteints de ce que j’appelle une “scoliose mentale”, qui ont grandi trop vite dans leur tête, et dans la société. Causes perdues ? Je ne crois pas, pas plus que leurs petits n’en seront, si notre monde prend la peine de s’en occuper, de les aider. De les aimer. Ce que font aussi, ce qu’on oublie souvent, leurs parents immatures et perdus.

40. Le lundi 13 décembre 2010 à 14:58 par Judy

@ cultive ton jardin (34)

Nous partageons le même constat.

Reste que les trucs que sont l’ASE et la PMI sont, dans les faits, quasi monopolisés par la prise en charge des plus démunis.
J’ai encore en tête l’exemple récent d’un enfant de maternel brûlé au bout des doigts (sanction éducative: poser le bout des doigts de l’enfant sur une plaque électrique)
Père ingénieur, mère médecin. Ils ont suivi les conseils de leur avocat, et ont nié toute responsabilité (ne voyez pas là une attaque contre les avocats, je retranscris).
L’expertise prouvait la reproduction de la maltraitance depuis une longue période mais aucun témoin n’a pu dire qui en était à l’origine, les parents niant tout, le juge d’instruction a dû rendre un non-lieu. Logique, d’une certaine manière, mais en attendant, la famille a déménagé, et l’on peut supposer que le pauvre enfant continue de devoir poser ses doigts sur une plaque électrique en guise de punition.

La même situation dans un quartier stigmatisé à forte précarité sociale, vous pouvez être surs que les enfants seront confiés à l’ASE…
Pour la PMI, elle est perçue très moyennement par les populations qui s’y rendent, et surtout, elle ne voit qu’une partie bien peu représentative de la population.
Personnellement, mes enfants vont chez le pédiatre ou le médecin de famille…comme une très grande majorité.

Ces institutions que sont la PMI et l’ASE sont bien trop connotées, et ont en effet trop peu de moyens.

Je milite (avec peu d’espoir) pour une meilleure prise en charge globale autour de l’enfance, et plus encore, de la famille. Cela veut dire s’attaquer aux problèmes de logement, à la concentration sociale dans des zones urbaines ultra stigmatisées, former les enseignants, dès la maternelle, au repérage des difficultés, coordonner leur travail avec celui d’un accompagnement familial dans ou en dehors de l’école.

Reste à trouver les interlocuteurs…

En tout cas, il me fait chaud au coeur de lire Cultive ton jardin, Paul, ou Lambertine. C’est pas souvent qu’on a l’occasion de lire une telle succession de posts si touchants et si justes sur le sujet. Habituellement, les clichés ont la vie dure…

(et là, je peux faire un peu de lèche sur la qualité de ce blog et de ses lecteurs, non vraiment, Matin, quel blog! ;-) )

Cordialement.

41. Le lundi 13 décembre 2010 à 15:39 par Arthur

@civis pacem
J’ai dit ça, moi ? J’ai défendu l’inculture ? Vous rêvez…
Ne vous est-il pas venu à l’esprit que si les juristes arrêtaient de vivre, de penser et (hélas !) d’agir dans leur bulle aristocratique de caste au-dessus du monde - cet agir passe aussi par le langage -, les affaires comme celle dont Sub lege libertas nous parle aujourd’hui se dérouleraient tout autrement ?

Et sinon, il faudra peut-être qu’un jour quelqu’un se penche sur ces lieux de l’injustice que constituent trop souvent (pas toujours, heureusement) les tribunaux pour enfants. Mais c’est une autre histoire ou plutôt c’est la même : un tribunal qui décide, dans une affaire de maltraitance, que la victime devait être punie. Et à moi aussi, ça fait horreur et ça me révolte : j’ai horreur qu’on fasse du mal aux enfants, surtout quand on est supposé les protéger…

42. Le lundi 13 décembre 2010 à 15:59 par civis pacem

{{41. Le Lundi 13 décembre 2010 à 15:39 par Arthur

Ne vous est-il pas venu à l’esprit que si les juristes arrêtaient de vivre, de penser et (hélas !) d’agir dans leur bulle aristocratique de caste au-dessus du monde - cet agir passe aussi par le langage -, les affaires comme celle dont Sub lege libertas nous parle aujourd’hui se dérouleraient tout autrement ?
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Je ne pense pas que vous soyez au bon endroit pour une telle critique, c’est un avis personnel mais je trouve le maître des lieux et ses acolytes d’écriture en contact plutôt étroit avec le “monde extérieur”. Preuve en est leurs effort à dévoiler les méandres de la justice et les expliquer, autant que possible.

Et sinon, il faudra peut-être qu’un jour quelqu’un se penche sur ces lieux de l’injustice que constituent trop souvent (pas toujours, heureusement) les tribunaux pour enfants. Mais c’est une autre histoire ou plutôt c’est la même : un tribunal qui décide, dans une affaire de maltraitance, que la victime devait être punie. Et à moi aussi, ça fait horreur et ça me révolte : j’ai horreur qu’on fasse du mal aux enfants, surtout quand on est supposé les protéger…

nous sommes bien d’accord.

43. Le lundi 13 décembre 2010 à 16:29 par Arnaud

Je suis bien d’accord avec l’auteur de ce billet, et avec la majorité des commentaires.
L’injustice c’est mal…

Sub lege libertas :
Ah ? et si seulement vous vous étiez demandé s'il n'était pas plus juste de condamner Lucy comme le Tribunal l'a fait, alors qu'il paraissait juridiquement plus intéressant de l'irresponsabiliser ?.

Bon… maintenant qu’on s’est bien indignés, qu’est-ce qu’on fait ?… Ah ben tiens, il y a Les Experts à la télé…

Sub lege libertas :
Je suis rassuré, vous en êtes un.

44. Le lundi 13 décembre 2010 à 17:32 par récap59

Si j’ai bien deviné, Lucy a écopé d’un avertissement solennel.

Est-ce vraiment une mauvaise chose ?

Après tout si elle avait été déclarée irresponsable, quelle chance aurait elle eu de récupérer un jour la garde de son enfant ?

Sub lege libertas :
Je vous adore, vous avec vos évidences :

  • L'avocat de l'administrateur ad hoc de l'enfant de Lucy voulait une condamnation pour pouvoir envisager à terme un retrait de l'autorité parentale que le Tribunal pouvait d'ores et déjà prononcer aussi en visant l'article 378 du Code civil. Quelle merveille, l'enfant devenait adoptable !
  • Lucy dit aimer mieux son enfant maintenant qu'elle la voit aller mieux et ne dit ne pas vouloir la priver de ce cadre sécurisant.
  • Bruno pense parait-il à reconnaître l'enfant... !
Alors que requiert-on ?

45. Le lundi 13 décembre 2010 à 17:35 par Inconnue

@Arthur

Les Tribunaux sont là pour appliquer les lois. Les lois sont rédigées et votées par les parlementaires. Les parlementaires sont élus.

Nous tous portons l’entière responsabilité de la justice rendue au nom de l’Etat. Juriste ou pas.

Sub lege libertas :
Non pas au nom de l'Etat : tout les jugements commencent en France par AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.

46. Le lundi 13 décembre 2010 à 17:37 par John

J’espère que la famille de cette Lucy sera poursuivie pour manquement à ses obligations parentales.

C’est vraiment la moindre des choses à faire.

Sub lege libertas :
Ah ! poursuivre, toujours poursuivre : la belle affaire ! Summum jus, summa injuria.
Au fond, je comprends mieux ce que se faire le procureur signifie. Ponce Pilate, lui pourtant commença par « je ne vois en cet homme aucun motif de condamnation »

47. Le lundi 13 décembre 2010 à 17:59 par Meaz

Sub, comme toujours, c’est un plaisir de vous lire, ça faisait longtemps. Toutefois, ce sont très souvent des sujets tristes. Du coup je ne sais pas si je souhaite vous lire plus souvent !

48. Le lundi 13 décembre 2010 à 18:10 par Marc

C’est la triste tristesse d’une justice injuste face à un drame tragique blablabla…
La mièvrerie que vous nous proposez serait à peine digne d’un prêche de curé, sans le “amen” final.

Sub lege libertas :
On voit bien que vous n'avez pas entendu de curé prêcher depuis bien longtemps.
Sursum corda !

Je le déplore, cette jeune fille et son enfant mériteraient mieux de votre part.

Sub lege libertas :
Et bien merci de noter mon insuffisance, mais je vous rassure ce mièvre billet visait à vous demander de la compassion pour mon incapacité à requérir convenablement dans ce dossier.
mais vous l'aviez bien compris. .

Marc

49. Le lundi 13 décembre 2010 à 18:44 par polymorphe

quel joli conte de fée pour les fêtes ?

50. Le lundi 13 décembre 2010 à 19:14 par salabadayo

Aurait-il fallu rêver à haute voiX pour un discours plus convaincant ??

Sub lege libertas :
J'aurais pu répondre ad augusta per angusta pour vous assurer qu'il s'agissait d'une métaphore du chemin de mes rêves mais j'ai corrigé. J'ai certes mes figures de style qui peuvent agacer certains lecteurs, mais là, c'est l'orthographe qui défaille.

51. Le lundi 13 décembre 2010 à 19:27 par belledeche

Que de propos qui semblent aux départs sibyllins.
Lorsque la loi humaine conduit mécaniquement au pire, on cherche comment absoudre.

Les cercles vicieux sont comme les cercles vertueux difficiles à défaire.
Dieu est mort, l’espoir est un poison alors le mieux que je puisse faire, Lucy, c’est de te souhaiter de croiser les bonnes personnes.

52. Le lundi 13 décembre 2010 à 19:39 par Sous toutes réserves

Quel plaisir de vous retrouver Sub lege.

Mais quelle tristesse de vous lire.

@ Arthur en n° 32

J’en parlais justement avec mon garagiste, qui voulait me changer une durit, quand moi j’avais juste besoin d’un bout de tuyau. Et mon boulanger il me conseille de fraiser ma pâte à tarte, alors que c’est une quiche. Et mon client transporteur, je dois comprendre “camion” quand il me parle de “tracteur”.

Ce n’est pas du mepris, c’est de la technique. Chaque profession a la sienne, et c’est plus simple ainsi.

53. Le lundi 13 décembre 2010 à 19:59 par Cleyo

Je rejoins un peu l’avis de Marc en @48.

Je trouve le ton de ce billet larmoyant et grandiloquent… bon, c’est une question de style et de goût.
Reste, au-delà de la forme qui n’a finalement que peu d’importance, le fond : encore un drame épouvantable que les avocats vivent et encaissent comme ils le peuvent, soutenant leur client du mieux possible, impuissants devant leur misère.

Je frémis de tomber sur un tel dossier, cela étant, avec un dossier concernant un père suicidaire incestueux sur ses filles (mineures de 15 ans), dont l’une a déjà été violée par son grand frère, lequel a tenté d’assassiner deux fois le père (mais jamais poursuivi pour ça), et embrassait et tripotait la poitrine de sa mère qui ne disait rien (je vous fais court)… j’ai eu une chouette journée aussi.

Pour revenir à cette pauvre Lucy, le problème juridique un peu noyé dans le billet est pourtant intéressant: l’âge étant considéré comme une circonstance aggravante pour l’auteur d’une infraction, du fait du manque de discernement de la victime, entre autres, peut-on, par parallèle, appliquer automatiquement cette minoration de discernement à l’auteur de l’infraction lorsque, justement, il aurait l’âge pour en bénéficier comme victime, puisque les faits ont été commis, au moins pour une part, alors qu’elle n’avait pas 15 ans apparemment ?

Sub lege libertas :
Certes, c'est moins grandiloquent et larmoyant comme exposé mais c'est l'une des questions.

Certes, les peines pour mineurs sont divisées par deux, aussi leur minorité est déjà prise en compte, mais là il s’agit d’une minorité extrême qui constitue une circonstance aggravante sans considération de la capacité de discernement réel de la victime. L’équilibre devrait être rétabli en faveur des prévenus mineurs de 15 ans, de façon automatique.
J’espère que le Procureur aura été à la hauteur dans cette affaire. Apparemment, non, et le TPE n’a pas su non plus visiblement…. dépassés par l’horreur, la compassion juridictionnelle s’étouffe ? L’application du droit et de l’article 122-8 s’oublient face à la nécessité de punir parce que c’est trop grave et que le fameux “ordre public” s’en trouverait atteint ?

Je regrette que la gravité des faits soit de plus en plus la boussole unique guidant les juridictions, au mépris des textes.
Ils auraient été inspirés d’imiter leurs collègues dispensant de peine une mère ayant laissé son enfant dans la voiture, compte tenu des circonstances des faits et des souffrances de la mère, s’ils ne lui accordaient pas l’irresponsabilité pénale.

Cleyo

54. Le lundi 13 décembre 2010 à 20:27 par Anne de B

Avec votre permission, je vais faire circuler ce texte parmi mes collègues : c’est d’une force absolue (écrit magistralement)

Sub lege libertas :
Vous n'avez pas besoin d'être autorisée, je publie pour être lu par tous, partout... pour ce qui est du style magistral - quoiqu'il ait ici aussi ses détracteurs - c'est une forme de cohérence adjective avec mon état de magistrat...

et vous parlez si bien de ce que vous ressentez, de la place qui est la votre, et que, d’une autre place, nous pouvons ressentir parfois, nous éducateurs/éducatrices, dans notre quotidien.
Comme je l’ai lu dans certains commentaires, les structures manquent de moyens (= de professionnels et de temps). Il n’y a pas que l’ASE et la PMI pour assurer de la prévention, il y a aussi les associations de terrain qui exercent des mesures éducatives, qui font de la prévention et de la protection, ou qui essayent de le faire.
Faut-il avoir la foi? Je ne sais pas. Peut-être faut-il juste avoir encore un peu l’espoir en soi que les choses peuvent changer. Et pour tant de Lucy, de Joris, de Johann, il y a cependant aussi Steren, Nour et Goulaouenn qui ont pu infléchir leurs vies car leurs parents ont su/pu s’appuyer sur l’aide qui leur a été proposée ou imposée…c’est ce qui pousse à continuer. Pour qu’il y ait moins de Lucy…et pour être régulièrement au tribunal pour enfants : il faut des avocats, comme vous,

Sub lege libertas :
et même des procureurs comme moi...?

et qui parlent en leur nom, au nom de ceux qui n’ont plus de mots pour se dire et se raconter.

55. Le lundi 13 décembre 2010 à 21:02 par Anne de B.

…Et aussi des procureurs comme vous (!!!, sans offense de votre part, j’espère)…ils sont, vous êtes, une expression belle et digne d’une société qui n’est pas encore à genoux. Le simple fait de votre expression et de votre existence, et de celles de certain(e)s de vos confrères, me fait encore croire en une certaine justice (mais je ne suis qu’une simple éducatrice, alors…)…

Sub lege libertas :
Si seulement être une éducatrice était simple... ;-) de la part d'un simple proc...

56. Le lundi 13 décembre 2010 à 23:57 par C'est Comme Ça

Illisible et donc en partie incompréhensible.

A force de vouloir forcer les effets de style et essayer de s’attirer les applaudissement polis d’admirateurs qui n’ont pas manqué (et qui eux aussi abusent d’un style pénible et artificiel pour suivre le mouvement) on a une lourdeur de texte qui rend la lecture très désagréable et la compréhension difficile. Cette façon de s’exprimer n’a rien de naturel ni de beau et nuit donc à la transmission de l’information. C’est d’ailleurs une chose qui apparait sur plusieurs sujets.

57. Le mardi 14 décembre 2010 à 00:36 par salah

« Lucy ne leur répond qu’avec son absence de mot et l’ignorance des leurs. »

C’est une marque de considération et de respect pour la personne Lucie où d’autres auraient écrit tout simplement : « Lucie ne répond pas ».
Une situation qui me fait penser à Harpo des Marx Brothers . Il répondait à sa manière avec un klaxon . On oublie même qu’il est un personnage muet . Bien entendu ,rien à voir avec ce que je qualifie de délit de manque de finesse et de poésie de ceux qui ont actionné leurs sirènes hurlantes devant le tribunal de Bobigny dans un bruit assourdissant et à qui le tribunal n’a rien demandé.

58. Le mardi 14 décembre 2010 à 00:46 par Marcel

L’irresponsabilité pénale, vous avez bien fait de la plaider requérir, et on aurait dû vous écouter, elle me paraissait parfaitement logique.

Je sais que le discernement et la responsabilité pénale qui va avec est généralement considérée, en France, comme arrivant beaucoup plus tôt, parfois dès 7-8 ans. Mais le discernement n’est pas une variable booléenne. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la loi.

Nous passons notre jeunesse à nous voir reconnaitre d’un point de vue juridique, progressivement, de plus en plus de discernement… 10 ans, 13 ans, 15 ans, 16 ans, 18 ans… c’est la loi la première qui affirme que le discernement vient progressivement en fonction de l’âge.

Or de quoi parle-t-on ici ?

En l’occurrence, Lucy a été mise enceinte par un homme majeur. La loi affirme pourtant qu’il n’existe pas de discernement en la matière avant quinze ans. Sachant qu’il faut neuf mois de plus pour devenir mère, il n’est pas stupide de penser que la société ne prévoit pas qu’on dispose d’un discernement valable pour élever correctement des enfants avant 16 ans.

Dès lors, pour toutes les carences dans l’éducation que Lucy a apporté à sa fille, tout ce qu’elle a “merdé” et qui s’est passé lorsqu’elle avait 13, 14, 15 ans, il m’aurait paru logique que l’on dise qu’elle n’en était pas responsable, parce que pas encore en état de discerner le bien du mal en la matière. S’il faut trouver un responsable, ou un coupable, il fallait le chercher ailleurs.

Outre la question du “bon sens” et de la compassion, il me semble que vos réquisitions se tenaient parfaitement d’un point de vue que je qualifierais de “socio-juridique”.

59. Le mardi 14 décembre 2010 à 00:54 par Monseigneur

@ 56 : Savez-vous scarabée jovial que ce n’est pas parce que vous n’avez pas compris que c’est incompréhensible ? Je me le disais moi même ce matin à propos d’un obscur passage dans un article. Cela demande juste un peu de temps, et de volonté. N’abandonnez-pas !

@ sub lege libertas : Cela fait plaisir de vous relire, et de lire vos réponses ; saine révision trivii aut rosantium paginarum parvi Laroussi pour causer comme Jean Yanne et faire râler C’est comme ça à propos des Trissotins.
Plus sérieusement, rude mission que la vôtre. Le problème de ce blog est qu’il tend à faire revenir le lecteur sur ses idées toutes faites sur les gens de justice… inconfortable mais intéressant.

60. Le mardi 14 décembre 2010 à 05:23 par LEF

Levée tôt pour prendre un train, je viens boire mon premier café avec Eolas. Et je tombe sur Sub lege libertas avec l’histoire de Lucy.
Des affaires Lucy, j’en ai vu quelques unes qui se sont terminées par la mort de l’enfant sous les coups répétés de la mère et du beau-père (sous le regard indifférent des grand-parents, devenus soudain parties-civiles acharnées, et hors du regard des services sociaux venant expliquer à la cour le “pas de chance” dû aux lenteurs administratives qui a fait que l’enfant est mort avant leur arrivée tel zoro). La lecture des rapports d’autopsie donne une idée très claire du calvaire des enfants sur de longues périodes. Trop longues périodes.

Je suppose que les rapports médicaux décrivant et datant les traces de maltraitances dans cette affaire ont motivé grandement la sévérité du jugement. S’agissant des coups, je trouve que la justice a fonctionné. Et, comme d’habitude, la famille, les proches, les voisins, les services sociaux, tous ceux qui auraient dû voir et n’ont pas regardé, ont certainement dysfonctionné en amont. Mais, eux, ils ne sont pas jugés.

L’enfant n’est pas mort dans cette affaire. Cela ouvre une lucarne qui “facilite” la lecture de l’histoire de Lucy (dans chacune des autres affaires, les Lucy avaient des histoires miséreuses dont on détournait le regard par pudeur devant l’irréparable, devant l’horreur des tortures subies par les enfants morts).

Sub lege libertas est certainement ébranlé par la vue de cette lucarne. Je ne pense pas que par son billet il critique la décision de justice rendue, il doit bien connaître tous les détails du dossier. C’est un autre éclairage qu’il nous donne. Certains critiquent son style ; moi je trouve que le style va très bien avec l’absurdité de l’histoire de Lucy.

Sub lege libertas, vous avez raison. Dans cette affaire, la justice est passée à temps pour l’enfant de Lucy. Mais elle a loupé le coche pour la Lucy enfant.

61. Le mardi 14 décembre 2010 à 08:30 par didier specq

Pas grand-chose d’intelligent à ajouter à part que c’est très triste. Au fond, le triste, c’est qu’il n’y a pas de solutions. A part évidemment une multiplication des crédits qui n’arrivera plus. Il va falloir s’habituer à devenir un pays moins riche et peut-être aller chercher des conseils dans les pays qu’on appelait jadis du tiers-monde.

62. Le mardi 14 décembre 2010 à 09:45 par Une maman

L’histoire de Lucy parle particulièrement à celles qui, comme moi, ont eu avec la maternité des débuts difficiles. Elle pose la question des strustures existantes pour l’aide à être parent et en particulier pour être mère puisque notre société fait encore peser une grande partie de ce poid sur l’épaule quasi exclusive des maman. En tant que maman moi même, j’ai parfois l’impression que le jugement y précède l’aide et que ce jugement décourage de demander de l’aide.

De même, il existe des structures spécialisée pour accueillir les maman en souffrances psychiques avec leurs enfants. Mais elles ne sont pas assez nombreuses. Et on trouve le moyen d’en fermer : ce n’est pas rentable. Pour se soigner, une maman en grande détresse a souvent le choix entre un suivi insuffisant chez soi et la séparation avec son tout petit, au prix de déchirements qu’il faudra ensuite recoudre patiemment. Même avec une famille aimante à coté et des moyens suffisant, ce n’est pas une chose facile.

Quand on voit à quel point, à trente ans passé, la maternité peut être un véritable chamboulement, comment penser qu’une gosse de douze ans le puisse sans anicroche ? Et comment se fait il que personne ne se soit penché sur son cas alors qu’elle était enceinte à douze ans ? Celà me navre profondément de constater que le système échoue à ce point, et régulièrement. Par manque de moyens et de volonté politique forte, clairement. Mes mots sont durs. mais comment ne pas l’être quand des logiques comptables sont mises en place qui permettent à de telles histoires d’exister et de se reproduire.

Mon post semblera sans doute bien désespéré et bien véhément. J’espère que cette petite et ses enfants s’en sortiront sans trop de dégats…

63. Le mardi 14 décembre 2010 à 10:35 par princebleu

Par les gosses battus, par l’ivrogne qui rentre
Par l’âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Et par l’humiliation de l’innocent châtié
Par la vierge vendue qu’on a déshabillée
Par le fils dont la mère a été insultée
Je vous salue, Lucy

D’après Brassen

64. Le mardi 14 décembre 2010 à 10:37 par Jalmad

Il y a une chose que je ne comprends pas dans certains commentaires. Que Sub Lege Libertas ait requis l’irresponsabilité, là dessus, je n’ai rien à dire, c’est lui qui a lu en détail le dossier, et surtout, vécu l’audience ; je crois qu’en effet cette irresponsabilité pénale se concevait au vu des circonstances, notamment pour les raisons évoquées par Marcel en 58.

Maintenant, je ne comprends pas certains commentateurs qui ont l’air, non seulement de regretter que le Tribunal pour enfants n’ait pas suivi (là dessus, pas de pb), mais plus encore de sembler croire qu’il était évident que LA bonne décision eût été de s’engager dans cette voie (Arthur en 41 adoubé par Civis pacem en 43, Cleyo en 53), ou, à tout le moins, de prononcer une dispense de peine.

Ce que je pense, c’est que dans ce type d’histoires, justement, il est très difficile de dégager une solution qui satisfera l’ensemble des éléments qu’on doit et peut prendre en compte. Oui, la gravité des faits en est un ; oui le très jeune âge de la prévenue et son parcours de cabossée en est un ; l’intérêt de la société en est un autre, mais bien malin celui qui saura dire avec certitude quel est-il dans ce type de situation : poursuivre, ne pas poursuivre, déclarer pénalement irresponsable , condamner, en cas de condamnation à quel type de sanction ? Après il faut peser tout ça, et véritablement, il m’apparaît bien présomptueux de dire que dans cette situation précise, le Procureur, en requérant cette irresponsabilité, ou le Tribunal en ne la retenant pas, a failli.

Par ailleurs, je suis très étonnée de cette impression que je retiens de certains commentaires, et que j’ai déjà eu l’occasion de ressentir dans certains commentaires en réaction au billet d’Eolas relativement à l’affaire du bébé décédé dans la voiture de sa mère, que certains considèrent que poursuivre quelqu’un en justice, puis le condamner équivaudrait nécessairement à une sorte d’acharnement, une volonté d’enfoncer, un aveuglement quant à la situation sociale du prévenu, ou bien, dans le cas présent un déni de protection.

Il est certain que Lucy aurait dû être protégée bien plus tôt (apparemment, il y a eu une mesure de placement dans le cadre de l’enfance en danger vers ses 16 ans, si j’ai bien compris), et que cela aurait sans doute évité ces violences sur son enfant. Il faut s’interroger là-dessus. Je rejoins largement certains commentaires qui déplorent le manque de moyens alloués aux services de protection de l’enfance. Il y aurait par exemple long à dire sur ce glissement qui veut que depuis quelques années, cette institution qu’est la “Protection judiciaire de la jeunesse” (son nom est pourtant explicite sur la mission qu’elle devrait conduire) est désormais sommée d’abandonner toute intervention en matière justement d’enfance en danger sur le plan civil, pour ne se consacrer qu’à la matière pénale.

Maintenant, poursuivre une mineure, qui a certes eu le parcours de Lucy, la condamner le cas échéant, ne signifie pas ipso facto ne pas, dans le même temps, chercher à la protéger. Cela n’empêche pas, par exemple, le parquet d’aller enquêter sur la relation sexuelle entre Lucy et son beau-père alors qu’elle n’était âgée que de 12 ans, et le cas échéant de poursuivre cet homme du chef de viol. Cela n’empêche pas non plus le parquet de s’interroger sur une responsabilité pénale de la mère de Lucy pour délaissement d’enfant, abandon moral, ou autre infraction destinée justement à protéger les mineurs. Ou bien, en parallèle de cette voie pénale, de suivre Lucy en qualité de mineure en danger, dans le cadre de l’assistance éducative, et de réfléchir à ce qui semble le mieux à organiser pour elle, vis à vis de ses parents, et aussi vis à vis de ses enfants. Cela n’empêche pas non plus de refuser de prononcer cette déchéance d’autorité parentale évoquée apparemment par l’avocat de l’administrateur ad hoc, au vu justement du jeune âge de la mère au moment des faits, de son parcours chaotique, en se disant que dans un cadre stable et sécurisant qu’on essaierai de lui donner pour la protéger jusqu’à sa majorité, alors elle pourra non seulement continuer d’aimer son enfant, mais aussi apprendre à s’en occuper en renonçant aux coups.

Bref, condamner Lucy pour les coups donnés à son enfant ne signifie pas la marquer au fer rouge ad vitam et lui signifier qu’elle est et sera à jamais considérée comme une “mauvaise mère”.

Quant à savoir ce que j’aurais moi-même fait dans cette situation, franchement, je n’en sais fichtre rien. Je crois que, malgré les précisions apportées par Sub Lege Libertas, il faut vivre l’audience pour le savoir.

65. Le mardi 14 décembre 2010 à 10:42 par Maya

SLL je rêve de travailler comme Proc comme vous, je vais de ce pas demander une mut’.
Merci de me prouver qu’il existe encore des parquetiers qui résistent à la frénésie ambiante des statistiques, des tableaux de bords et des chiffres à faire avant le 31 décembre. Vous me donnez même presque l’envie de passer du coté obscur de la force et de quitter le siège.
Vous devriez entrer à l’ENM, pour sauver ceux qui restent à sauver.

66. Le mardi 14 décembre 2010 à 12:00 par @baffc13

Personnellement, je ne vois qu’une chose à faire : réciter, pour Lucy et ses deux enfants, les mots qui se trouvent avant et après ceux qui servent de titre, en boucle…

Merci Sub Lege

67. Le mardi 14 décembre 2010 à 15:30 par parabellum

Votre texte est excellent. Une audience est un moment ou il se passe quelque chose au niveau de la raison et au niveau de l’affect. Je ne peux qu’être ému par l’humanité qui en ressort.

68. Le mardi 14 décembre 2010 à 18:42 par Cleyo

Je découvre que Sub lege libertas est procureur… et qu’il a requis l’irresponsabilité, ce qui est d’un courage assez rare quand même, et que, malgré cela, la prévenue a été condamnée… !

J’en reste assez interloquée… et j’espère que la prévenue a interjeté appel.

Chapeau bas, Sub lege libertas pour vos réquisitions, ma précédente intervention qui ignorait votre rôle ne vous rendait pas justice. Vous avez fait votre travail, qui est de défendre les intérêts de la société et le respect de la loi, quels qu’en soient les résultats sur la prévention, et vous n’avez pas interprété lesdits intérêts comme vous cantonnant à un rôle d’accusateur systématique.

Cleyo

69. Le mardi 14 décembre 2010 à 22:08 par pupuce

Pour ce que ça vaut, merci.

70. Le mardi 14 décembre 2010 à 23:16 par Jeff

- Behemothe

vous dites : “Je ne sais pas si on peut dire que c’est un beau texte quand ce qu’il décrit est si terrible” -

Si, si on peut le dire : c’est un putain de ” beau texte quand ce qu’il décrit est si terrible. “

A chialer. Ou à poursuivre en littérature. Boire jusqu’à la lie.

71. Le mardi 14 décembre 2010 à 23:48 par Pakouze

On pourrait en faire une chanson !

Bravo pour la beauté formelle, qui contraste avec la tristesse du fond.

PS : De quoi a réellement écopé cette jeune Lucy ? J’ai du mal lire mais je ne vois pas …

Merci

72. Le mercredi 15 décembre 2010 à 09:09 par cultive ton jardin

@ Judy, 40:

Dans une ville (banlieue de province) où j’ai travaillé, l’équipe de PMI se défonçait pour continuer à faire TOUTES les visites de naissance, puis, au moins, TOUTES les visites de première naissance. Parce que c’était non discriminant “je ne viens pas vous voir parce que vous êtes une marginale, je fais toutes les visites de première naissance”. Et surtout parce que, ainsi, elles créaient plus facilement un lien de confiance et que ça leur permettait, en cas de dégradation de la situation, d’intervenir sur des bases plus solides. Avec la paupérisation massive, les situations dégradées sont devenues de plus en plus nombreuses, de plus en plus lourdes. Quand elles réclamaient, non pas des postes en plus, mais le simple remplacement d’un congé longue durée, “on” leur disait: “Vous avez du temps de reste, puisque vous continuez à faire toutes les visites de première naissance”

C’était il y a cinq ans, je crains que cela ne se soit pas amélioré.

73. Le mercredi 15 décembre 2010 à 11:55 par Une passante

De mes années lointaines de catéchisme, il ne me reste que le texte de l’Ave Maria, en français. Marie est le prénom de ma deuxième fille. Sainte Marie est le nom d’un puits de mine, à Carmaux.

Merci, Sub Lege Libertas pour nous tirer chaque fois vers le haut…

Bonne journée.

74. Le mercredi 15 décembre 2010 à 13:06 par Dalz

je réponds, un peu tard certes, mais déjà merci de prendre le temps de commenter parfois ce qui est écrit…
Penser, peut-être. méditer, se taire non ? Je ne suis pas sur d’avoir saisi ce passage…
Il n’y a pas de combat dans cette non- justice totale. Effectivement, j’ai utiliser des mots trop forts, et à tort. Merci de m’avoir repris.
Il y a un tribunal saisi, en droit et l’effroi n’y change rien. La poursuite est légale. L’enjeu n’est pas que le tribunal m’ait donné tort. L’enjeu n’est clairement pas cela !
Que doit-on… ? non ! Peut-on penser admissible la solution de l’irresponsabilité ? est-ce convenable au bien de la justice ? Je ne peux pas trancher sur l’admissibilité, c’est pas mon boulot, MAIS, pourquoi parler du “bien de la justice”, c’est quoi ce bien de la justice ? Aucune idée. En revanche, du bien des victimes, et aussi dans doutes des bourreaux, d’une certaines manières, oui. Mais je m’arrête là, je n’ai aucune compétence de plus que le simple fait d’être “humain” (dans les deux principaux sens du terme, enfin j’espère).

75. Le mercredi 15 décembre 2010 à 19:32 par marsan

quand je lis une telle histoire je suis atterré par certains commentaires et notamment ceux qui s’attachent plus à la forme qu’au fond - parce que ce qui est en jeu dans cette histoire, au delà du problème éventuel de l’irresponsabilité, c’est qu’il puisse encore exister au 21ème siècle dans nos sociétés post modernes des petites filles comme Lucy, des histoires comme celle de Lucy.

Quel échec
pour nos sociétés si sophistiquées qui fabriquent autant de malheureux, de sdf, d’isolés jeunes et vieux, de sans emploi et de sans revenus, sans parler des sans papiers ….
pour ceux qui nous gouvernent depuis si longtemps et qui détricotent maille à maille la république sociale que nos aïeux ont mis tant de temps à construire, parfois de leur sang,
pour ces parents qui ne pêuvent ou ne savent pas faire passer les valeurs et les outils nécessaires pour qu’une petite fille ne se retrouve pas dans l’incapacité de jouer un rôle qu’elle ne peut assumer, qui ne peuvent pas empêcher que des milliers d’enfants s’enferment dans la consommation de cannabis pour oublier leur mal être et pour croire pendant un petit moment leur vie plus douce,
Quel magnifique échec pour nous tous, enkystés souvent dans nos certitudes, nos urgences et notre aveuglement, notre égoïsme.
Sub lege libertas parle dans un de ces commentaires de “compassion”  : c’est une qualité qui se fait très rare et qui pourtant devrait guider notre vie.

76. Le mercredi 15 décembre 2010 à 20:27 par Liliane

J’espère profondément que la peine, non mentionnée, se soit limitée à un avertissement. Mais je ne sais pas si la déclarer incapable de discernement aurait vraiment été la meilleure décision. Parce qu’elle l’était peut-être, mais peut-elle le rester, et combien de temps, cette jeune fille bientôt majeure et mère de deux enfants?

Cette jeune fille est seule et perdue et sans repères, parce que personne ne lui en a donné, ou on lui a donné les mauvais, en adultes irresponsables et profiteurs de la détresse d’autrui. C’est peut-être aussi le travail de la justice de poser de tels repères, quand tous les autres y échouent. De dire: “c’est mal de frapper ton enfant. Ce n’est pas de l’éducation, ce n’est pas comme ca que tu seras une bonne mère.” De le dire formellement, noir sur blanc, et avec une autorité supérieure à celle de tous les Joris passés et futurs. En espérant que Lucy soit en mesure de l’entendre.

Parce qu’il y a une autre victime dans cette histoire, une petite fille de trois ans qui n’y est pour rien non plus et, seize ans ou pas, enfant ou pas, sa mère est sa mère. Elle n’a personne d’autre.

Le tribunal peut-il dans un tel cas proposer des mesures d’accompagnement familial?

77. Le mercredi 15 décembre 2010 à 21:53 par tessora

Merci… c’est la première fois que je commente mais je reconnais le visage de beaucoup de mes jeunes clients…y compris de joris…victime aussi bien sûr…bis repetita si souvent…hélas, on a parfois l’impression de faire si peu dans cet océan de malheur.

78. Le mercredi 15 décembre 2010 à 22:38 par HFORD

Cher Maître Eolas,
Cher Confrère puisque j’en suis un, mais non plaidant. Je ne peux donc que m’intéresser -ce que je fais bien évidemment spontanément compte tenu du titre que je partage avec vous- mais en non spécialiste, en non technicien de ce pan du large prisme du droit.
Je suis un fidèle lecteur de votre blog, un fidèle auditeur lorsque vous passez sur les ondes, mais un lecteur silencieux, estimant en toute modestie que d’autres ont mieux à dire que moi.
Votre billet là me marque, est-ce la prose, est-ce le sujet, est-ce parce que je suis en live les suites du verdict de l’affaire Anne-Lorraine Schmitt…
Toujours est-il que cette fois mes doigt veulent parler sur ce clavier.
Bien que je ne connaisse rien, ex-aequo avec tous vos autres lecteurs, de la triste affaire dont vous vous faite le porte parole ici, et pour laquelle, nous l’avons compris, vous avez toute légitimité pour témoignez, je ne peux que compatir et, a priori, m’associer à vous dans votre réaction face à ce désespoir universel. universel parce quels que soit le lieu, l’histoire, le visage ou la langue de l’intéressé, nous ne pourrions qu’être touché par son histoire.
Voici des éléments universels qui viennent soutenir la défense de cette mère-fille, pour laquelle nous aurions souhaiter autre chose.
Et pourtant. Il y a d’autres éléments universels qui viennent à sa charge. L’amour d’une mère pour sa progéniture. La responsabilité personnelle. Le bon sens. Le droit.
C’est réac ? peut être. Mais on ne peut pas brandir les valeurs universelles que dans un sens.
Il semble évident que dans le cas d’espèce, les juges auraient pu remonter d’un niveau et apprécier ces valeurs au niveau des parents de Lucy. Mais n’est-ce pas aussi une confiance universelle en l’humain (peut-être naïve, mais n’est ce pas ce qu’on fait, avec finalement le succès qu’on sait, les philosophes des lumières?), que de penser que toute personne doit savoir faire la part des choses entre ce qui peut et ne peut pas être fait.
Je me garderai bien de conclure, parce que je n’en sais pas assez. D’ailleurs, en saurai-je assez, aurai-je la légitimité pour conclure à propos de tel sujets ? Probablement pas. Toujours est-il qu’en ces temps où les principes universels sont utilisés à toutes les sauces (p. ex. pour attaquer comme pour défendre la garde à vue) il me semble qu’il faille savoir aussi les appliquer universellement, c’est à dire tant à charge qu’à décharge. Parce que l’universel n’est, par définition, pas partial.

79. Le mercredi 15 décembre 2010 à 22:52 par HFORD

Moi qui ai lâché mon post 77 sans lire les commentaires, vierge de tout éclairage, je reviens pour dire tout le bien que je pense des post 60 de LEF et 64 de JALMAD. Je pense que nous avons en commun notre modestie envers les faits en particulier et l’affaire en général, et une forme de refus de condamner a priori la décision rendue.

80. Le jeudi 16 décembre 2010 à 00:41 par Tinkerbell

@ HFORD en 77

Cher confrère,

Votre post m’a fait sourire et ce d’autant que vous avouez être non plaidant. Mon côté sarcastique me fait dire que vous ne rencontrez pas beaucoup d’être humain comme Lucy.
Je me moque de vous et m’en excuse car je ne dois pas avoir le dixième des compétences que vous avez.

Vous dites Et pourtant. Il y a d’autres éléments universels qui viennent à sa charge. L’amour d’une mère pour sa progéniture. La responsabilité personnelle. Le bon sens. Le droit.

L’amour d’une mère ? Vous pensez que c’est inné ? Que ça se génère spontanément au moment où la graine féconde l’œuf.

Quelle erreur !Lucy est devenue mère à 13 ans. Son corps lui dit qu’elle l’est mais sa tête en est encore à s’émouvoir de ce qu’un vampire puisse tomber amoureux dans le dernier film qu’elle a vu au cinéma. Elle a encore, dans sa chambre, les poupons qu’elle a reçu à Noël quelques années auparavant. Et ce d’autant que je doute que le fait d’avoir un enfant fut un choix à l’âge où elle l’a eu. C’était soit un accident qui l’a avant tout étonné (ah là là, le problème de l’éducation sexuelle), soit un leurre grâce auquel elle pensait qu’être mère lui donnerait tout à coup l’illusion qu’elle serait adulte.

Mais c’est compliqué d’être mère. Ça l’est pour des femmes mures qui préfèrent avorter ou faire adopter leur enfant, alors pour elle, à 13 ans ? Et ce d’autant que ses parents n’ont pas semblé s’émouvoir que leur bébé ait un bébé…

La responsabilité personnelle ? A 13 ans ou 16 ans, vous êtes sérieux ? La seule responsabilité à laquelle elle a pu être confronté était de gérer sa consommation de téléphone portable ou son profil Facebook. Comment a-t-elle pu se sentir responsable de quoi que ce soit alors qu’elle avait juste l’âge d’être la grande sœur de son enfant ? Et ses parents n’ont, semblent-ils pas essayé de lui expliquer que telle n’était pas la réalité. Faut voir : un nouveau bébé à la maison sans les affres de la grossesse et de l’accouchement !

Le bon sens ? Les cafés du commerce en sont truffés, des experts du bon sens. Le vrai bon sens n’a de valeur qu’au regard de l’ensemble des principes que l’on a reçu par le passé. Quel bon sens peut-elle avoir quand ses parents trouvent normal (ou ne trouvent pas anormal) qu’elle soit mère à 13 ans ? Quel bon sens peut elle avoir quand sa seule distraction, la télé, lui explique “qu’être jeune et limité” est un problème qui se résout par un abonnement à un téléphone portable ? Le bien, le mal, ça s’apprend, ça s’inculque. Nous tous, parents adultes et raisonnables, on passe notre temps à l’apprendre à notre enfant. Et on ne transmet que ce que l’on a appris, non sans difficultés parfois.
Ex : mentir, c’est mal. Dire que mamie est vieille, c’est la vérité, mais… c’est mal. Faire croire que le Père Noël existe, c’est mentir, mais c’est… euh… bien ? Dire au policier que “non, Monsieur l’agent, je ne téléphonais pas au volant” c’est mentir. C’est mal… euh, mais c’est bien parce que papa n’a pas eu de PV… Bon, c’est mal parce que les policiers, eux, cherchent la vérité. Hein, quoi ? certains policiers cherchent le mensonge ?

Quant au droit ! Ce n’est pas à vous que je vais apprendre que ça s’apprend, sur plusieurs années …. Combien de fois avez-vous dû expliquer à un client que “non, ça, Monsieur, vous n’avez pas le droit de le faire car le code machin truc dit que vous n’avez pas le droit.” Et combien de fois avez vous entendu votre client vous répondre “ouais mais mon voisin, il le fait. Alors lui, il a le droit et pas moi ? Le droit, c’est vraiment de la m……” Euh, ouais ! Dernière tentative de votre part : “non, votre voisin le fait mais il n’a pas le droit non plus. La différence, c’est que lui ne s’est pas fait piquer, vous oui” Réponse : “donc c’est bien ce que je dis, lui il le fait mais n’a rien et moi je fais pareil et je suis sanctionné, donc le droit, c’est de la m….. ?” Vite, une aspirine !

Alors, évidemment, je n’ai pas eu le dossier entre les mains, Lucy est peut être une adulte qui s’ignore, a eu une éducation catholique, des cours d’éducation sexuelle et une maîtrise de droit.

Ou plus sérieusement, elle a eu accès à tout ce que le monde moderne offre en terme de prévention et d’éducation et que c’est délibérément qu’elle a ignoré ce qu’elle a appris.

Mais ce qui est patent dans l’exemple que nous donne Sub Lege Libertas, c’est qu’elle est mineure (et donc “irresponsable”) quand elle est victime, mais “majeure” (donc responsable) quand elle est “prévenue”.

Et comment allez-vous expliquer à Lucy que tout cela est logique ? Que oui, elle est victime de sa vie malheureuse mais coupable des conséquences de cette vie ?

Ne vous détrompez pas, je trouve logique, et normal, et conforme au droit en vigueur que Lucy ait été jugée et condamnée. Je ne suis pas forcément d’accord avec la condamnation mais, ma déformation professionnelle ne me rend pas objective.

Je trouve juste dommage que ce soit à la justice, lorsqu’il est trop tard, d’expliquer à Lucy que ce qu’elle a fait est mal, qu’être maman, ce n’est pas ce qu’elle a fait, et qu’il faut qu’elle apprenne par ses propres moyens ce qu’est la responsabilité, le bon sens et le droit.

81. Le jeudi 16 décembre 2010 à 07:59 par marsan

malheureusement Tinkerbell le juge des enfants ou le juge correctionnel, voire le juge de l’application des peines apprennent à de nombreux jeunes “délinquants” les règles de la vie en société - c’est à dire que cette jeunesse là est démunie et a besoin de l’institution judiciaire, souvent dans des moments très critiques, pour rappeler voire apprendre la loi alors que nous sommes la dernière roue de la charrette -
comme je le disais plus haut c’est quand même un sacré échec des institutions qui sont passées avant nous - et ce que nous faisons est rarement couronné de succès -
La sanction est juste et Lucy en fera peu être quelque chose - lui dire qu’elle est irresponsable aurait peut être été la pire des choses que l’on pouvait lui renvoyer de son image.

82. Le jeudi 16 décembre 2010 à 11:27 par Judy

merci Tinkerbell…

vraiment ^^

83. Le jeudi 16 décembre 2010 à 12:45 par Anciennepénaliste

C’est effectivement avec une pesanteur de plomb que la Justice a rendu sa décision malgré les courageuses réquisitions.
Méditons sur ce pléonasme : “mère mineure de quinze ans, incapable de discernement”…
Merci pour cette réflexion littéraire et juridique.

84. Le jeudi 16 décembre 2010 à 15:26 par Ouilliam

C’est terrible comme histoire et bien racontée. Pour ne pas dire violent.

Mais, je m’interroge : en effet, tous les jugements commencent par “Au nom du Peuple français” ; mais, si tel avait été le cas, la Justice l’aurait clairement déclarée “irresponsable”. Du coup, je ne suis pas sûre que ce ne soit pas une fiction. Avec le peu de moyens alloués à la Justice, les peines planchers, comment rendre une justice qui colle au plus près aux éléments du dossier, à leur gravité, à leur complexité ?
La société est très violente, même les enfants, les adolescents ne sont pas épargnés. Elle devient pareillement extrêmement inégalitaire : ceux qui supportent la violence au quotidien ne bénéficient pas des mêmes armes pour se défendre que ceux qui en sont à l’abri. C’est devenu d’un classique que ce n’est même plus relevé. Ils n’ont pas les moyens de se payer un avocat, et quand on les aide, il n’est pas trié sur le volet (pas sûr que l’avocat soit spécialisé au dossier en question, mais être avocat, c’est être spécialisé en toutes les disciplines juridiques ; rien à voir avec la médecine, donc). Sans compter qu’ils, comme Lucy, ne manient pas forcément le “français correctement parlé”. Enfin, les juges ces derniers temps n’ont pas été très à la hauteur : quand on voit les affaires médiatisées avec certains magistrats qui connaissent bien les prévenus ou les principaux intéressés, qui sont désignés sur différents dossiers mettant en cause les mêmes intéressés, c’est très moyen. Certains bénéficieraient donc d’ un juge référent, comme nous avons tous notre médecin référent depuis 2005. Sans compter d’autres qui bénéficient d’arbitres spéciaux … Moi, personnellement, cette pauvre fille, j’en ai mal au ventre quand je lis son histoire sous votre plume. Ca me rappelle une histoire lue probablement sur ce blog à propos d’une jeune femme kleptomane, condamnée à de la prison ferme suite à une récidive (petit larcin maquillage ? dans un magasin), à cause des lois nouvelles sur les peines “planchers”. On nage en plein délire sidéral, quand on voit untel avec ces 15 k€ de cigares non payés toujours jamais condamné. Enfin, je ravale mon dégoût ! Tenez, pour finir : j’ai une connaissance qui est passée devant les prudhommes; il m’a raconté son épopée et, vous livre son ressenti : il a payé ce qui représente pour moi une fortune. Il n’y a pas eu de conciliation et, le jugement a fait 50/50. Pour faire court, il semblerait que le tribunal a concilié contre le gré des parties. Il (ma connaissance) aurait pourtant raison selon son avocat. Je pense qu’il en est ainsi. D’ailleurs, l’avocat pensait à la fin de sa plaidoirie que c’était gagné. Mais, le président est employeur. Il y a un “E” à côté de Président en tête du jugement. En effet, selon l’avocat, sur cette circonscription, les prud’hommes seraient pro-employeurs. Donc, ils statuent selon. Ce qui expliqurait que le jugement soit atteint d’une forme d’atrophie en termes de motivation. Je buvais un verre avec lui, qui était écoeuré. Le voilà reparti pour interjeter appel pour avoir un vrai jugement. “- Si j’ai tort, j’ai tort, mais je ne peux me contenter d’une parodie de justice.”. J’ai rigolé, tellement c’est énorme, quand on le vit même indirectement au travers de l’expérience d’autrui : Tout le monde n’est pas Bernie Moquette ! tout le monde n’a pas le droit au “Juge traitant”. Pour le contribuable moyen, voire moyen moins, la justice fait de plus en plus figure de “Dilemne du prisonnier”. En somme, vaut mieux ne pas la rencontrer autre part que dans la rue.

85. Le jeudi 16 décembre 2010 à 17:39 par nicocerise

Horreur notable :

Aranda cet ancien collaborateur de Chalandon qui a déclenché l’affaire arranda dans les années 70 (le célèbre archange gabriel) a été condamné pour viol sur sa fille.

Il a été condamné à 6 mois ferme.

6 mois pour un viol qui a duré toute une enfance.

Ce n’est pas la misère qui explique tout. L’obscurité peut-être. Parfois, même la justice reste obscure.

86. Le jeudi 16 décembre 2010 à 20:47 par magnussoren

Voila ce que nous avons créer, voila la nouvelle petite marchande d’allumettes….
Joyeux noël…

87. Le jeudi 16 décembre 2010 à 21:58 par HFORD

@ Tinkerbell en 77

Je suis en grande partie d’accord avec vous c’est d’ailleurs pourquoi j’ai nuancé mon propos à plusieurs reprises.
Je dois avouer que j’attendais clairement une réaction telle que la vôtre, merci donc de l’avoir si bien développé.
Ok, je ne suis pas plaidant donc je n’ai pas la légitimité pour débattre en profondeur (et j’ai annoncé la couleur dès le début, merci donc de ne pas trop “sous-rire”)
Pour autant, j’ai l’impression, peut être déformée, que les décisions de justice sont confrontées au dilemme de devoir juger en l’espèce et à la fois anticiper l’effet jurisprudence. L’effet modèle, voire moralisateur. Je ne suis donc pas étonné, compte tenu du 2e axiome, qu’elles pensent devoir juger responsable une irresponsable (au sens juridique du terme, j’entends). C’est là ou Marsan en 80 n’a pas tort -pour ne pas dire raison.

88. Le jeudi 16 décembre 2010 à 22:21 par Styx

@Tinkerbell
“Dire au policier que “non, Monsieur l’agent, je ne téléphonais pas au volant” c’est mentir. C’est mal… euh, mais c’est bien parce que papa n’a pas eu de PV… Bon, c’est mal parce que les policiers, eux, cherchent la vérité.”
Faux, c’est mal de dire non au policier, parce que c’est refuser d’assumer ses responsabilités.

“Hein, quoi ? certains policiers cherchent le mensonge ?”
Faux, certains policiers conduisent en téléphonant et verbalisent ceux qui le font. N’en est-il pas de même des juges et des procureurs d’ailleurs ? ;-)
Rappelons qu’il est très dangereux de conduire en téléphonant d’où l’existence d’une sanction.

Concernant Lucy… le texte et l’histoire sont bouleversants.
La société, les gouvernements successifs mais aussi le Peuple Français, sont coupables de ne pas avoir pris les mesures nécessaires à l’accompagnement d’une mineure fille/mère.
Ne serait-il pas de bon ton d’admettre que les politiques misent en place sur le territoire national ne sont que le reflet de nos propres aspirations ? Les français sont des autruches, ils refusent de voir la réalité de leur propre implication dans la société. TOUS RESPONSABLES.
Qui peut penser (sous réserve de considérer que quelqu’un est encore en capacité de penser de manière constructive dans ce pays - à part peut être sur ce blog ?) qu’une fille/mère de 13 ans saura élever un enfant ? Un suivi de l’enfant et de la mère devraient être obligatoires au moins jusqu’à la majorité de la jeune fille.

Certains ont relevé des manques de moyens dans les structures dites sociales, ce n’est pas faux, mais il ne faut pas sous-estimer le manque de professionnalisme (pour rester politiquement correct) de certains qui paralysent la mise en oeuvre de mesures salutaires pour des publics en difficultés. Ce sont ces mêmes personnes qui sapent la motivation de ceux qui veulent que les choses bougent.
Ne nous cachons pas les yeux, il y a défaillance complète et généralisée du système.

Peut-être que le jugement de Lucy aurait dû être une obligation d’élever et d’éduquer convenablement ses enfants ?

89. Le vendredi 17 décembre 2010 à 00:00 par nosalito

Voici donc a quoi sert la justice des hommes. Les peines planchées et autre justice automatique sont un déni d’humanité. Tous ce fatras de tribunaux, juges, greffiers, avocat, procureur et agent d’entretien des locaux sont la pour entendre ces parcours de vies qui nous concerne tous et que vous portez. Il m’arrive parfois de les rapporter, rarement de leurs être utile…

90. Le vendredi 17 décembre 2010 à 15:41 par La Griotte

“Lucy in the sky with diamonds”, Lucy notre ancêtre à tous. Oui, tous. Elle ou une autre, quelle affaire ?
Rien que de tellemnt banal, tellement là, aux portes de nos écoles, de nos immeubles, de nos villages.
Bordel de merde : on recueille les chiens et les chats, même malades, mêmes vicieux !

Il y avait longtemps que je n’avais pas autant pleuré…
Quand cesserons-nous de laisser battre nos enfants ?
Quand comprendrons nous que l’enfant de la voisine est aussi le nôtre ? Que la femme battue, violée, embarquée à pas même l’âge du lycée est une bombe à retardement ? Que l’homme incapable de discerner la fillette de la femme est une arme de destruction massive ? Que nous sommes tous coupables ! Qu’être parent s’apprend malheureusement sur le tas et que les images de femmes sont toujours de papier glacé, retouché, trafiqué.
Que les mères sont exténuées quand elles décident de faire le boulot correctement et que ce n’est pas gagné pour autant!
Que lire est une conquête interdite à trop de filles, trop d’enfants, et que cela devient de pire en pire dans un pays où on brade l’éducation aux marchands de poudres en tout genre !

que vous avez perdu parce que ce qui est arrivé à cette petite n’a rien à voir avec la justice. Notre société ne veut pas de justice. Elle veut du pouvoir. Par tous les moyens. le plus sûr étant de fabriquer une quantité de pauvres, de faibles suffisante. Il suffit de lire le meilleur des mondes. mais pour ça il faut savoir lire. Bizarre non, elle savait tout juste lire la petite !
Je vous laisse, je n’ai plus de mouchoirs. Soyez meilleur la prochaine fois : on ne perd pas un procès comme celui-là !

91. Le vendredi 17 décembre 2010 à 19:12 par tschok

@ Une passante, com 73,

attendez, je vous cite:

“De mes années lointaines de catéchisme, il ne me reste que le texte de l’Ave Maria, en français. Marie est le prénom de ma deuxième fille. Sainte Marie est le nom d’un puits de mine, à Carmaux.

Merci, Sub Lege Libertas pour nous tirer chaque fois vers le haut…”

Déjà je me pose des questions sur la puissance du moteur électrique, mais au delà, vous auriez habité dans une ville portuaire, votre fille s’appellerait Gasoil?

Allez en paix ma fille.

Avééééééééé et Mariaaaaaa

(non seulement on doit se taper le voile islamique, mais en plus il faut se carrer le retour des bondieuseries)

Eh!Pourriez pas avoir pitié un peu, non?!

92. Le vendredi 17 décembre 2010 à 23:50 par Tinkerbell

@HFORD en 87

Je n’ai jamais dis que vous n’aviez pas de légitimité pour débattre en profondeur !

Je souris car en tant que conseil, vous côtoyez à peu près toujours le même type de clientèle. Et ce qui m’a fait rebondir dans votre commentaire, c’est que vous disiez “que faisons nous de ces autres valeurs universelles”

Or, vos clients partagent généralement vos valeurs puisqu’il y a de fortes chances pour que vous ayez partagé le même parcours familial et/ou scolaire.

Quand on est plaidant, on doit porter la parole de notre client, même s’il ne fait pas partie du monde que l’on côtoie tous les jours. On doit donc se mettre dans ses chaussures. Et ça fait un choc !

Quand je suis sortie de l’école des avocats, et de mes années de droit, j’avais la même façon de penser que la vôtre. Quand j’ai été confrontée à ceux dont je devais porter la parole, j’ai été déstabilisée. J’ai d’abord cru que je venais d’un autre monde. J’ai ensuite rapidement compris que c’était mon monde.

C’est comme cela que j’ai appris que “ces valeurs” n’étaient pas universelles puisque, à mon sens, universelle veut dire “évidemment partagées par tous”. Et bien, c’est tout sauf évident !

L’impression que vous avez n’est pas qu’une impression. Il est inéluctable que la justice est obligée de refléter la morale, le modèle. C’est son rôle, sa mission, ce que tout le monde attend d’elle.

Le problème, c’est que la notion de “ce qui doit être juste, droit, moral voire équitable” est protéiforme, en fonction de nos valeurs, notre éducation, les accidents de notre vie.

Cela aboutit à la constatation que beaucoup font : la justice est tout sauf logique. Car la logique des uns n’est pas celle des autres. D’où parfois les foires d’empoigne sur ce blog…

Lorsque l’on fait ses études de droit, on hésite tous entre plusieurs voies à un moment donné : huissier, notaire, avocat ou… juge.

Je n’ai jamais voulu, et ne voudrais jamais, être juge pour toutes les raisons citées plus haut. Je les admire pour avoir ce courage d’essayer de s’extraire des passions de tous bords pour essayer de s’extraire de toutes les passions de l’humain pour rendre une décision aussi “juste” que possible. Ce n’est pas facile car ce qui est juste n’est pas forcément ce qui est logique.

Je les déteste car j’ai souvent l’impression qu’ils ne comprennent rien à rien. Malheureusement, ça existe, mais surtout, cette impression est due au fait que trop de décisions ne sont pas suffisamment motivées (pour les mekeskidis, motiver veut dire expliquer dans la décision, en long, en large et en travers, le cheminement de la pensée du juge pour aboutir à la décision)

C’est beaucoup plus facile à un avocat d’expliquer à son client pourquoi on a perdu si la décision est motivée, car on peut expliquer le cheminement de pensée du magistrat et la raison pour laquelle ce cheminement de pensée n’est pas forcément dénué de logique. Et c’est beaucoup plus facile pour le client de l’accepter car il mesure le fait que SA logique n’est pas forcément une logique “universelle”.

Avocat est plus facile : on n’a pas besoin de décider si notre argumentation est “juste, droite, morale ou équitable”, on a juste besoin d’expliquer pourquoi, dans notre situation (celle de notre client), notre façon de concevoir ce qui est juste, droit, moral ou équitable est digne d’être entendue.

93. Le lundi 20 décembre 2010 à 11:44 par Elleirame

Bonjour,
depuis la lecture de votre texte et de celle des commentaires, je cherche ce texte qui résonne en moi. Je l’ai trouvé.

C’est un texte d’Anne Sylvestre de 1981 “Rose”.

”Rose, elle avait seize ans, c’était une gamine,
Elle aimait s’amuser, n’y voyait pas de mal.
Ses parents la gardaient comme une perle fine,
Elle passait la fenêtre et s’en allait au bal.
Elle voulait s’amuser, c’est vrai, je le répète,
Elle aimait les garçons, surtout pour en rêver.
Elle ne savait rien des envers de la fête.
Elle couchait parfois, mais pour se réchauffer.

Elle ne savait rien, j’en suis presque certaine,
Car sa mère disait qu’elle avait bien le temps.
Aussi ce fut après bon nombre de semaines
Qu’elle sut que peut-être elle portait un enfant.
Elle n’y crut pas trop ou s’empêcha d’y croire.
Un jour, elle ne put le cacher plus longtemps.
Son père la chassa comme dans les histoires
Et le garçon se moqua d’elle évidemment.

Rose aurait bien voulu ne pas garder la chose
Qu’elle désavouait de tout son corps surpris,
Mais il était trop tard et la métamorphose
Continuait sans elle et l’effrayait aussi.
Quand elle se débattit pour la jeter au monde,
Elle dit que surtout elle n’en voulait pas,
Mais on lui mit aux bras une poupée si blonde
Que toute son enfance au cœur lui remonta.

Elle essaya de vivre et n’y fut pas habile,
La misère est plus dure à qui ne comprend rien.
Elle était isolée dans le désert des villes
Et personne jamais ne lui tendit la main.
Elle ne savait pas, et vous devez me croire,
Qu’un enfant, ça diffère un peu d’une poupée,
Et quand elle sortait, elle avait en mémoire
Qu’il était dans sa boîte et qu’elle l’avait rangé.

Mais un jour qu’elle avait plus fort que d’habitude
Joué à la maman et qu’il ne bougeait plus,
Elle a vu plus de gens que dans sa solitude,
Quand elle avait besoin il n’en était venu.
Vous allez la juger du haut de votre tête,
Monsieur le Président et Messieurs de la Cour.
N’oubliez pas surtout qu’avec nous tous vous êtes
Coupables de silence et de manque d’amour.

Le malheur, voyez-vous, est une autre planète,
Et nous devrions bien la découvrir un jour.”

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