Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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Confusion

Nous entrons dans l'année terrible qui précède une élection présidentielle, doublement terrible puisque le président en place termine son deuxième et dernier mandat, la place se libérera forcément.

Triplement terrible même puisque depuis des années, les partis qui ont le vent en poupe ne sont pas réputés pour la modération de leurs idées, la mesure dans leurs discours ou la subtilité de leurs méthodes. Et comme à chaque fois, le thème de la sécurité va être exploité, avec l'antienne indémodable, hélas, de la justice qui décidément fait n'importe quoi alors qu'avec un peu de bon sens ça irait plus vite et on rendrait de meilleures décisions.

Je reprends donc pour ma part mon bâton de pélerin et vais tâcher de faire œuvre civique en démontant les nombreux mensonges qui vous seront présentés dans l'espoir de vous mettre en colère, car seule cette mauvaise conseillère peut vous faire voter pour les moins républicains des candidats, en vous donnant les explications sur la réalité du droit et de la justice en la matière, libre à vous ensuite de vous faire votre opinion, du moment qu'elle est éclairée.

Et ce premier épisode que j'espère fort clair portera paradoxalement sur la confusion, en l'occurrence celle des peines. Car le premier assaut vient d'une pétition (Tiens ? Déjà-vu...) reposant sur un fait divers (Tiens ? Déjà-vu...) et promu par une personnalité médiatique attirant la sympathie (Tiens ? Déjà-vu...) relatif à des faits qui ne peuvent que provoquer la répulsion. En l'occurrence, l'affaire concernant Roland B., condamné à trente ans de réclusion criminelle en 2018 et pourtant libéré le 12 mai dernier soit huit ans après. C'est comme ça que les faits vous sont présentés. Tout ça étant la faute à la confusion des peines, avec à la clé une pétition demandant "l'abrogation de la loi sur la confusion des peines" et surtout fournissant vos coordonnées à celles et ceux voulant vous vendre quelque chose dans un an.

Alors, de quoi parle-t-on ?

Pour comprendre, plus que de confusion (des peines), il vaut mieux parler de concours d'infraction, qui vient en premier en ordre chronologique. Des infractions sont dites en concours lorsqu'une infraction est commise par une personne avant que celle-ci ait été définitivement condamnée pour une autre infraction (art. 132-2 du code pénal). Définitivement signifiant que la peine a été prononcée et qu'aucune voie de recours n'a été exercée dans les délais, ou, si elles l'ont été, ont été rejetées (le sommet étant les décisions de la cour de cassation, non sujettes à recours : le rejet d'un pourvoi rend immédiatement une condamnation définitive). La deuxième infraction est en concours avec la première soit que la condamnation prononcée n'est pas encore définitive (l'appel est en cours) soit, et c'est de loin l'hypothèse la plus fréquente, que la première n'a pas encore été jugée voire n'a pas encore été élucidée. Prenons un exemple simple : un cambrioleur visite dix appartements sur un laps de temps d'un mois, avant de se faire arrêter en flagrant délit lors du dixième. Il a commis dix infractions de vol par effraction en concours. Il s'agit là de ce qu'on appelle un concours réel d'infraction, par opposition à un cas plus rare, le concours idéal, où un fait unique est susceptible de recevoir plusieurs qualifications pénales cumulatives, c'est un autre sujet. Nous ne parlerons ici que de concours réel : plusieurs faits différents sont commis sans que jamais leur auteur ne soit condamné dans l'intervalle séparant deux de ces faits.

Maintenant que la définition est posée, quels sont les conséquences ? Cela joue sur la ou les peines pouvant être prononcées. Certains délits sont punis de peines qui ne sont pas prévues pour d'autres qui ont été commis, les peines maximales d'emprisonnement ne sont pas les mêmes : comment tout cela se combine-t-il ? La question est d'importance, car voyons notre cambrioleur : il a commis sept vols par effraction, délit puni d'un maximum de 7 ans de prison et de 100.000 euros d'amende. Risque-t-il 70 ans de prison et 1.000.000 euros d'amende ? Cela pourrait paraître juste de prime abord, jusqu'à ce qu'on se souvienne que le viol est puni de 15 années de réclusion, et le meurtre, de trente. Que notre cambrioleur risque plus qu'un violeur ou un meurtrier paraît soudain moins juste. Mais s'il ne risque que sept ans, il ne risque pas plus que le coupable d'un cambriolage. Et se pose une autre hypothèse, intermédiaire. Supposons que ces cambriolages aient eu lieu dans plusieurs ressorts différents, et aient donné lieu à plusieurs enquêtes, disons trois, et grâce à son identification lors de son arrestation, aboutissent à trois audiences différentes. Peut-il être condamné à sept ans maximum, comme s'il n'avait été jugé qu'une fois, ou trois fois sept ans soit 21 ans, ce qui est beaucoup moins que les 70 qu'il risque si on juge les dix affaires séparément. Sachant qu'au-delà de l'injustice, concept qui ne semble pas déranger certains de mes concitoyens tant que ce n'est pas eux qui en sont victimes, se pose un problème d'égalité devant la loi, selon que pour les mêmes faits (dix cambriolages) on est jugé une fois, trois fois, ou dix fois. Vous me direz peut-être que l'inégalité face à la loi ne vous gêne pas plus que l'injustice, auquel cas permettez-moi cependant une question : que diable faites-vous sur mon blog ?

Voilà donc les problèmes que résolvent les règles du concours réel d'infraction, solution qui prend la forme du cumul et de la confusion des peines, nous y voilà.

La première hypothèse est celle où, à une audience unique, la personne poursuivie est reconnue coupable de plusieurs infractions, qu'elles soient identiques, ou, hypothèse plus intéressante, différentes, peu importe qu'elles fussent commises dans un laps de temps relativement court (la même soirée) ou long (sur plusieurs mois voire années). Prenons comme exemple une personne qui, bien que son permis soit invalidé après la perte de tous ses points, prend le volant ivre, provoque un accident, déguerpisse aussitôt bien que poursuivi par une voiture de police, et finalement bloqué, se débatte tant qu'il blesse un policier aux cris de "Bretagne indépendante ! Vive le FLB !" (nous avons donc une conduite malgré l'invalidation du permis, conduite en état d'ivresse, délit de fuite, refus d'obtempérer, rébellion et apologie du terrorisme).

Première règle (article 132-3 du code pénal) : toutes les peines encourues peuvent être prononcées, même celles qui ne sont pas prévues pour tous les délits poursuivis. Ainsi notre chauffard pourra être rendu inéligible quand bien même l'inéligibilité n'est pas prévue pour la conduite malgré l'invalidation du permis et il risquera la confiscation du véhicule bien qu'il ne soit pas le moyen de commission de l'infraction d'apologie du terrorisme. Il y a ici cumul.

Deuxième règle (toujours l'article 132-3) : lorsque plusieurs peines de même nature sont encourues, il ne peut être prononcé qu'une seule peine de cette nature dans la limite du maximum légal le plus élevé. Le tribunal ne prononce pas une peine de six mois plus une peine d'un an plus une peine d'un an, il prononce une peine de 30 mois, qui punit chacune des infractions poursuivies, de manière indivisible. Cette règle connait une exception : le législateur a écarté cette règle pour certaines infractions, comme l'usurpation d'identité d'un tiers. Dans ces cas là, deux peines de prison sont prononcées ; mais le législateur en est pour ses frais point de vue sévérité, en pratique, le juge prend la peine qu'il aurait prononcée pour le tout, retire six mois, et rajoute une peine de six mois de prison pour l'usurpation d'identité car cette exception à la règle du cumul n'apporte absolument rien du point de vue de la prévention de la récidive, qui est la préoccupation essentielle du juge.

Dans notre exemple, en se limitant aux peines de prison, notre chauffard breton encourt 2 ans de prison pour la conduite malgré invalidation, 2 ans pour conduite en état d'ivresse, 3 ans pour le délit de fuite, 2 ans pour le refus d'obtempérer, 2 ans pour la rébellion et 5 ans pour l'apologie du terrorisme (je vous laisse vous faire votre opinion sur le sens des priorités du législateur). Le juge prononcera une peine unique pouvant aller jusqu'à 5 ans de prison, sans les dépasser, peine qui sera commune à tous les délits (mais si une telle peine devait être prononcée, les délits routiers seront réputés être frappés d'une peine de deux ans pour éviter une peine illégale). Il y a ici cumul des peines à concurrence du maximum légal mais aussi confusion puisqu'une seule peine est prononcée, et tous les délits seront purgés simultanément en prison sans qu'il soit besoin de dire que du 1er janvier au 17 février, c'est la conduite malgré invalidation du permis, du 18 février au 24 mars, la conduite en état d'ivresse, etc. Que de temps gagné !

La deuxième hypothèse est celle où plusieurs infractions sont jugées séparément, parfois très séparées dans le temps mais qu'aucun jugement définitif n'était intervenu entre la première et la dernière. Dans ce cas, la règle, posée à l'article 132-4 du code pénal) est celle du cumul : les peines prononcée s'exécuteront l'une après l'autre MAIS là encore, dans la limite du maximum encouru le plus élevé. Si l'addition des peines prononcées fait dépasser ce maximum légal, la durée d'emprisonnement est automatiquement ramenée à ce maximum. Pas besoin de jugement ni de l'intervention du juge : le greffe de l'établissement pénitentiaire ramène automatiquement la date de sortie à ce maximum. Mais le prévenu peut soit lors du deuxième jugement soit ultérieurement par une procédure spécifique demander que les peines prononcées soient confondues et s'exécutent non plus cumulativement mais simultanément. Cette demande n'est cependant jamais accordée de droit (et peut l'être partiellement).

Dans notre exemple de l'irrédentiste bigouden, supposons que ces délits ont été commis sur plusieurs semaines et donnent lieu chacun à une condamnation d'un an ferme. Total de six ans. Il exécutera ces six peines l'une après l'autre, dans la limite de cinq ans, le maximum prévu pour l'apologie du terrorisme. La sixième peine sera confondue avec les autres, sans qu'il n'ait rien à faire. Il peut toutefois solliciter la confusion de ces peines, qui, si elle lui était totalement accordée, réduirait son incarcération à un an, durant lequel toutes ses peines seront purgées simultanément (encore une fois, il ne suffit pas de le demander pour l'obtenir).

Enfin, si une condamnation définitive intervient, ces règles cessent de trouver application et les peines prononcées avant le premier jugement se cumulent sans maximum et ne peuvent en aucune façon se confondre avec celles prononcées par le second. Aucune exception. La première peine sera purgée avant que la seconde ne reçoive exécution. Peu importe que cela implique plus de trente années, la peine à temps maximale.

Venons-en à présent à notre pétition accompagnant un appel à l'indignation. Que s'est-il passé au juste ? Vous allez voir que la chronologie éclaire tout.

Roland B. a été incarcéré en 2005, il y a 21 ans, pour des faits de viol et agressions sexuelles aggravées, notamment sur sa propre fille. Deux ans après cette incarcération, il était jugé et condamné en 2007 à 18 ans de réclusion criminelle (fin de peine en 2025 hors réduction de peine, sachant qu'il avait d'emblée un crédit de réduction de peine de trois ans donc sortie en 2022 s'il se tenait bien voire avant s'il se tenait très bien). Pendant qu'il exécute sa peine, une autre affaire de viols l'impliquant sort, remontant à 2002, et finit par être jugée en 2018, où il est condamné à trente ans de réclusion criminelle.

Vous comprenez à présent ce qui s'est passé. Le total des peines est de 48 ans. Or le maximum légal était de trente ans. Confusion légale automatique : les 48 sont ramenés à 30. Et la confusion s'applique dès l'incarcération : il a déjà purgé 13 ans sur les trente. Retirez à cela le crédit de réduction de peine de près de cinq années, le voilà à 18. Encore quatre années de réduction de peine supplémentaire, le voilà à 22 ans. Il en reste huit, ce qui nous amène à 2026, le compte est bon. Il est donc faux de dire qu'il a été condamné à trente ans et sort au bout de huit : il a été condamné à trente ans et sort au bout de 21. C'est juste qu'il avait commencé à purger sa peine avant même que la victime ne porte plainte. Et après on dira que la justice est lente.

Face à cela, le procureur de la République de Caen, en charge du dossier car c'est dans son ressort que Roland B. était détenu a dû faire face à un dilemme. Soit le garder le plus longtemps possible, ce qui voulait dire que d'ici 2027, c'était une sortie sèche : fin de peine, ouste, dehors. Sans suivi sans rien. Vu le profil, ce n'était pas souhaitable. Ou bien avancer un peu sa sortie, mais sous libération conditionnelle, donc avec un suivi et notamment la possibilité de lui imposer des obligations et interdictions, notamment une localisation électronique permanente, et une interdiction de contact avec ses victimes, pendant quinze ans précise un communiqué du parquet de Caen. Ce qui est indiscutablement mieux qu'une sortie sèche. Mais pour cela, il faut un logement, et le seul qui a pu être trouvé pour lui (probablement chez un proche) se situe à Rennes… près de là où habite sa deuxième victime. Qui comme la loi le prévoit a reçu un courrier l'informant de cette sortie, ah, merci le législateur pour ces cadeaux empoisonnés qui font que je récupère des client(e)s victimes à la petite cuiller quand elles subissent ce traumatisme non sollicité. Mais c'était la seule alternative à une sortie sèche et une vie de SDF sans suivi, qui n'était vraiment pas souhaitable, sachant que le service de probation qui le suivra fera de la recherche d'une autre solution de logement et de son éloignement une priorité, et que l'intéressé a soixante dix ans passés aujourd'hui.

La pétition visant à supprimer cette loi (ce qui me paraîtrait constitutionnellement douteux) ne changera rien ici puisqu'elle ne pourrait de toutes façons être rétroactive. Et la changer pour une affaire exceptionnelle, notamment due à la durée anormalement longue de l'instruction (dix ans, qui ont valu à l'Etat une condamnation pour dysfonctionnement du service public de la justice) ne me paraît pas l'acte d'un peuple mûr. Comme, sinon toujours du moins dans 99 % des cas, tout cela n'est dû qu'à l'aggravation sans cesse croissante du manque criant de moyens de la justice. C'est ce que je dis depuis que j'ai ouvert ce blog, quasiment à l'époque où Roland B. a été incarcéré, d'ailleurs, si cela peut vous permettre de prendre un peu de recul sur la durée de son incarcération (Chirac était président, Sarkozy ministre de l'intérieur et faisait la manche en Lybie). Cela non seulement n'a pas changé mais n'a fait que s'aggraver depuis. Il est impératif que nous refusions collectivement, comme peuple souverain, de voir se cumuler des lois-rustines qui ne font que colmater temporairement des insuffisances majeures. Tant que nous ne ferons pas de la justice un enjeu majeur des élections, les politiques se satisferont fort bien d'une situation qui leur permet de se défausser sur l'administration à laquelle ils refusent de donner les moyens de faire son travail et qui parfois ose leur demander des comptes sur la façon dont ils font le leur.

Ma foi cela tombe bien. Il me semble qu'il y a une échéance électorale majeure bientôt.

Commentaires

1. Le lundi 18 mai 2026 à 07:10 par Julien

Bonjour Maître !
Bien content de lire un billet, éclairant qui plus est. Je doute de lire de telles explications, même partielle dans la presse.

Sinon, quelques coquilles orthographiques :

  • pour les moisn républicains des candidats
  • Cela jour sur la ou les peines
  • punis de peines qui ne sont pas prévus pour d'autres
  • il ne risquep pas plus que le coupable d'un
  • la conduite en éta t d'ivresse

Eolas:
Du danger de publier à 2 heures du matin. Merci, c'est corrigé.

2. Le lundi 18 mai 2026 à 08:08 par Apokrif

A corriger:

"Moisn"

"Voilà donc le problème que résolvent les règles du concours réel "

Eolas:
C'est corrigé, merci.

3. Le lundi 18 mai 2026 à 08:09 par Apokrif

"moisn républicains des candidats"

Il y a des monarchistes ?

Eolas:
Ne le sont-ils pas tous un peu ?

4. Le lundi 18 mai 2026 à 09:09 par totor

Heureux de vous lire à nouveau Maître !

Le bal des indignés à pétition reviens, la sale d'attente des courageux prêts à aider reste vide. L'humour reste la tragédie augmentée de la répétition.
Plus ça change et moins ça change...

Cette année électorale va être longue, fastidieuse et coûteuse en infusions de camomille...

Un peu de mesure et de raison font toujours du bien, Merci mile et vingt-six fois.

5. Le lundi 18 mai 2026 à 09:15 par Paul

Merci pour votre billet intéressant.

Quelques commentaires à sa lecture :

  1. Vous expliquez bien le mécanisme de confusion. Mais si on dit que le viol est puni de 15 ans et qu'en moyenne la condamnation est 9.6 ans (et cela, sans compter le fait que par souci d'expéditivité on en a requalifié une bonne partie en agression sexuelle...), alors, concrètement, il en faut au moins deux pour prendre la peine max. Donc en fait le juge a transformé le système "peine + confusion telle que vous la décrivez" en "le viol est deux fois moins réprimé que ce que le législateur souhaite".
  2. Sur la sortie anticipée, qui rajoute encore à l'allègement de peine : on pourrait tout aussi bien dire que les allègements pour 'bonne conduite' ne sont activables dans la pratique que sous condition d'acceptation des conditions posées par le JAP (on en fait une période probatoire de sortie, plutôt qu'un droit fermement acquis qui réduit encore le quantum de la peine). Et/ou dire que le condamné est libérable de façon conditionnelle, conditionnée au fait de justifier d'une situation stable à sa sortie, qu'il lui appartient d'organiser. Y'a des proches, des assos, etc.
  3. Sur la disponibilité du seul logement à moins de qqs encablures de la victime. Punaise y'a 3 millions de logements vides en France. Le gars de 70a va de toute façon être au minimum vieillesse / ASPA. Ca permet tout à fait de devenir locataire dans la Creuse et mener une vie digne aux frais du contribuable.

6. Le lundi 18 mai 2026 à 10:15 par Olivier

Bonjour,
Petit rectificatif sur la conduite en état d'ivresse manifeste : désormais punie de 3 ans (loi homicide routier du 9/07/2025)
Et pour l'exemple des différentes infractions commises en concours, dont un refus d'obtempérer : cumul de peine pour cette infraction !
Merci

7. Le lundi 18 mai 2026 à 13:07 par Gwynplain

Merci Maître.
Vraiment très heureux de vous retrouver en version longue

8. Le lundi 18 mai 2026 à 13:07 par Gwynplain

Merci Maître.
Vraiment très heureux de vous retrouver en version longue

9. Le lundi 18 mai 2026 à 13:18 par Lancelot

Cher Maître,
Quel plaisir de vous lire !
D'expérience de lecteur assidu de votre blog depuis plus de 20 ans, je vous sais très imperméable aux billets commandés.
Qui ne tente rien n'a rien, alors j'essaie quand même : vous passez très rapidement sur les réductions de peine. Quels arguments opposer quand les dénonciateurs zélés du laxisme de la justice s'offusquent contre ces réductions ? Sur les 9 ans dont a bénéficié Roland B., 4 ont été accordées à l'appréciation d'un juge qui, avec les moyens limités dont il dispose, a essayé de trouver la meilleure solution minimisant le risque de récidive. Qu'est-ce qui explique les 5 années de "crédit de réduction", qui semblent être automatiques et donc sans condition ?

10. Le lundi 18 mai 2026 à 15:53 par Skrn

Bonjour Maître,

Il semblerait que votre exemple relatif au breton souffre d'un petit problème car justement - en matière de refus d'obtempérer - le législateur a rendu obligatoire une peine en cumul avec les autres peines encourues pour les infractions commises à l'occasion de la conduite du véhicule (L. 233-1 du code de la route). Dans votre cas pratique, il semble donc que le juge puisse prononcer une peine de 5 ans + 2 ans :)

11. Le lundi 18 mai 2026 à 18:18 par Alain38

Bonjour, Cher Maitre, et ravi de vous relire depuis le temps.

Je n'étais pas au courant de la pétition, mais j'avais eu l'occasion de réagir (sur "20 minutes") à cette histoire. D'abord, justement, parce que je ne comprenais pas cette confusion des peines pour des affaires jugées à 10 ans d'écart. En même temps je suis un Mékeskidi. Jusqu'à ce que je réalise que les faits jugés avaient été commis à une période similaire. Et que c'était donc juste des questions de dates qui avaient créé cette différence de 10 ans. Et il ne faut pas trop compter sur les journalistes (en même temps à "20 minutes" il n'y en a pas) pour l'expliquer.

Par contre, j'aurais une question. L'article parlait aussi d'une "peine de sureté". J'ignore si elle a été prononcée au premier ou au deuxième jugement. Mais en supposant que c'est au second jugement, comment cela se passe-t-il dans ce cas par rapport à la confusion des peines? En effet si la peine de sureté part à l'incarcération, cela signifierait alors qu'en prononcer une au second jugement serait sans réel effet.

12. Le lundi 18 mai 2026 à 22:46 par AlterEgo

Quel plaisir de vous (re)lire ! Ce premier épisode est éclairant et j'espère qu'il sera suivi par d'autres (épisodes). A ce propos j'aimerais - non, j'adorerais ! - lire un billet de vous sur la prolongation de la garde à vue, tout simplement parce que je n'entends dans les médias que «ça» : "La garde a vue a été prolongé", sans argumentation ni même explication du pourquoi de cette prolongation. Et en outre dans des affaires parfois bien différentes (moeurs, fisc, atteinte aux personnes, ...).
Je vous laisse juger de la pertinence de traiter un tel sujet.

13. Le lundi 18 mai 2026 à 23:54 par Triskaël

Bon retour maître ! (Même si c’est pas pour la suite du #Cacagate…)

À propos de la lettre informant la victime de la libération du condamné, au lieu de l’envoyer à la victime elle-même, est-ce que ça peut passer via l’avocat, histoire que vous adoucissiez le coup ? Ou les magistrats sont tenus de l’envoyer à la victime directement ?

Merci !

14. Le mardi 19 mai 2026 à 00:45 par Guiouane

Merci, tout simplement

15. Le mardi 19 mai 2026 à 09:39 par Eric P

Bonjour Maître,

Quelque chose m'échappe : beaucoup s'opposent aux peines minimum au nom de l'individualisation des peines. Mais comment expliquer cela : Retirez à cela le crédit de réduction de peine de près de cinq années, le voilà à 18. Encore quatre années de réduction de peine supplémentaire, le voilà à 22 ans. L'automaticité des réductions est-elle conforme à ce principe d'individualisation des peines ?

Merci de votre éclairage.

16. Le mardi 19 mai 2026 à 14:47 par Dan

Merci Maître

17. Le mercredi 20 mai 2026 à 17:10 par JeanP

Bonjour,

quel plaisir de vous revoir ici.

Sinon, quel bonheur de voir un spécialiste nous éclairer sur un sujet traité dans les médias et dont il est spécialiste.

En effet, le concept de confusion des peines est un intéressant sujet philosophique sur le sens de la peine (dissuasion, incapacitation, rétribution, etc.) et pratique (on va pas envoyer quelqu'un en prison pour 30 ans pour avoir commis dix vols!).

18. Le mercredi 20 mai 2026 à 23:26 par Dudu

Bonjour,

Ne faudrait-il pas préciser, pour aider les lecteurs non spécialistes qui s’accrochent tant bien que mal pour comprendre - comme moi -, que Roland B. a fait appel de sa première condamnation et que toutes ses voies de recours n’étaient pas purgées au moment de la seconde condamnation ?

Parce que sinon, pas de confusion possible ?

Mais la confusion est peut être du côté de ma compréhension...

Quoiqu’il en soit, merci !

19. Le mercredi 20 mai 2026 à 23:37 par Dudu

À la relecture des explications du début de votre billet, la confusion était bien dans ma compréhension.

Je ne spammerai plus votre espace de commentaire en vain ;)

20. Le jeudi 21 mai 2026 à 22:03 par Ti

Oh joie
Maître Eolas est de retour
Ne nous abandonnez plus
Pitié

21. Le vendredi 22 mai 2026 à 16:14 par Coriolan

Bonjour et merci,

Il me semble toutefois que d’autres démocraties ne pratiquent pas cette confusion des peines ? Par exemple aux Etats Unis les peines d’emprisonnement peuvent se cumuler sans plafond ?

Sans aller jusque-là, on peut s’interroger sur la nécessité d’une condamnation définitive pour empêcher le plafonnement du cumul.
Dans votre exemple, le cambrioleur qui ferait appel d’une condamnation à 7ans de prison pourrait continuer ses cambriolages sans risque de peine supplémentaire ?

22. Le samedi 23 mai 2026 à 00:37 par Pas vu pas pris

Maitre,

Merci pour votre retour sur ce blog, et cet article très documenté !

Je trouve que l'exemple est bien choisi pour montrer ce que signifie la confusion des peines (d'autant plus que les médias n'ont pas fait ce travail ...), mais peu éclairant voire contre-productif quant aux débats politiques actuels sur la sévérité (ou non) de la justice actuelle.

Le problème est que 9 ans de réduction de peine sur un total de 30 ans, c'est de facto 30% de réduction. Or, aujourd'hui ces 9 années de réduction de peine sont faciles à obtenir :
- système conçu pour mécaniquement réduire les peines longues, année par année, sur la base d'un "contrôle continu" par le JAP/TAP
- système qui utilise des critères non adaptés aux peines longues, et qui évaluent seulement la capacité à maintenir l'apparence d'une normalité sociale ou d'une réinsertion (suivre une formation, travailler, suivre son traitement médical, bien se tenir, etc.), plutôt que d'évaluer d'autres critères comme par ex. le danger pour la société (d'autant plus vrai pour un cas comme celui-ci : on ne parle pas d'un pickpocket)

Et, au final, ce système récompense la majorité des détenus de CRPs quasi-automatiques. Et à ces CRPs s'ajoutent encore d'autres politiques d'aménagement de peines (PSE, permissions de sortie, semi-liberté), qui elles aussi sont massivement accordées ...

D'où le malaise actuel, avec le quidam moyen qui se sent "désorienté" quant à la sévérité escomptée de la justice : d'une main le système prétend condamner à de lourdes peines (30 ans ici, ce qui est significatif !), mais d'une autre main ce même système donne 30% de réduction de peine, de manière quasi-automatique et avec peu de conditions.

Et peut-être la solution serait simplement une meilleure communication de la part de notre système judiciaire, de manière à refléter l'état de fait : par ex. ici en formulant la condamnation initiale en "20 années de prison, prolongeable jusqu'à 30 années en cas de mauvaise conduite", plutôt que d'énoncer un "30 années de prison" qui sera loin de la réalité !

Cordialement,

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