Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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En plus du collier pour la soupe, rajoutons la muselière

Par Gascogne


J’apprends ce matin en faisant le tour du web comme à mon habitude une bien mauvaise nouvelle. Le blog de “Justicier Ordinaire” risque fort de fermer ses portes, qui n’étaient pourtant pas ouvertes depuis bien longtemps.

Le collègue ne s’exprime pas en détail sur les pressions qu’il subit pour l’empêcher de s’exprimer. Tout au plus sait-on qu’il a été rapidement identifié par ses écrits, et que visiblement, quelques cibles de ses critiques n’ont pas franchement apprécié le ton de ses billets (à la lecture de ses billets, j’ai bien une vague idée de la personne en cause, mais en l’absence de plus de détails, je m’abstiendrai de tous commentaires…).

Tout comme j’ai pu le lui indiquer en commentaire, il n’a aucune raison de fermer son blog. Les magistrats ne sont pas des sous-citoyens dont le droit d’expression serait limité. Bien entendu, comme tout autre justiciable, les magistrats dans cet exercice d’ordre privé qu’est la communication sur internet, relèvent de l’application de la loi du 21 juillet 1881 sur la presse, qui prévoit notamment la procédure en matière de diffamation ou d’insultes par voie de presse. Mais je serais particulièrement curieux de savoir dans quel billet il a pu se montrer insultant envers qui que ce soit.

En outre, l’article 10 de l’ordonnance du 23 décembre 1958 portant statut des magistrats prévoit des restrictions supplémentaires dans l’exercice de la liberté d’expression des magistrats :

Toute délibération politique est interdite au corps judiciaire. Toute manifestation d’hostilité au principe ou à la forme du gouvernement de la République est interdite aux magistrats, de même que toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions. Est également interdite toute action concertée de nature à arrêter ou entraver le fonctionnement des juridictions.

Mais il s’agit bien de proscrire les mouvements généraux de nature politique dans la magistrature, et sûrement pas l’engagement politique à titre individuel, faute de quoi il conviendrait de priver les magistrats du droit de vote, ou même de toute adhésion au sein d’un parti politique.

Quant à la réserve qu’impose la fonction de magistrat, il s’agit à mon sens surtout de ne pas commenter autrement que par les voies légales des décisions de justice. Pour le reste, il convient de se référer à la jurisprudence du Conseil Supérieur de la Magistrature, seule instance habilitée à statuer en matière disciplinaire, pour s’en rendre compte. J’ai eu beau éplucher les décisions disciplinaires du CSM en la matière, tout au plus ai-je trouvé une interdiction de l’excès en matière d’expression politique, que je comprends parfaitement. Mais je n’ai pas lu le moindre excès sur le site de mon collègue, sauf à considérer que toute expression de pensée contraire à la hiérarchie ou au pouvoir en place est excessive. Bienvenue en 1984

Je veux bien en discuter, sous réserve de connaître les motifs de mise en cause (mais je ne suis que procureur, je n’ai pas accès au dossier en l’état).

Comme je l’avais déjà dit dans d’autres billets, un membre politique du Conseil Supérieur de la Magistrature avait pu indiquer que tant que les magistrats n’accepteraient pas le collier, ils n’auraient pas la soupe, la misère budgétaire étant encore le meilleur moyen de maintenir la justice dans un état de dépendance. Je me rends compte aujourd’hui que beaucoup, et à l’intérieur même de la magistrature, aimeraient que les magistrats soient en plus du collier et de la laisse équipés d’une muselière.

Que Justicier Ordinaire soit assuré de tout mon soutien, et de toute mon aide s’il le souhaite.

Commentaires

1. Le samedi 23 janvier 2010 à 15:34 par Eowyn

J’ai découvert il y a peu ce blog, et je l’ai lu avec beaucoup d’intérêt. Il a le mérite de montrer ce que peut être la vie au jour le jour des magistrats, la vie “ordinaire”, justement… et j’avoue que ces lectures m’ont beaucoup appris sur mon futur métier (je suis auditrice depuis quelques jours…), et sur l’intérieur d’un tribunal…

Alors je joins ma très humble et modeste voix à celle de Gascogne: JO, s’il vous plait, restez!!!

2. Le samedi 23 janvier 2010 à 16:09 par PEB

Cette loi a suivi le coup d’Etat, puisqu’il faut appeler le choses par leur nom, de mai 1958. Ainsi, il fallait que la magistrature se soumît au coup de force et ne tentât point de restaurer la IVème d’une manière ou d’une autre.

Et si les magistrats se décidait un jour, je ne sais pas, à réhabiliter un Roi qui aurait dû rester dans la postérité comme Louis le Bon?

Cette ordonnance, que n’aurait pas renier la Convention ni même l’Empereur, relève du principe de la soumission de l’autorité judiciaire au pouvoir politique selon la théorie de la volonté générale.

3. Le samedi 23 janvier 2010 à 16:51 par marie

Muselé, oui.

Il ne reste plus sur le blog de Justicier Ordinaire que son sabordage désespéré et désespérant.

Comme je ne l’avais jamais lu auparavant, je me suis dépêchée de traquer les versions “en cache” de ses archives.
Le Justicier parle en effet librement, et dénonce nombre d’incompétents et d’absurdités : le “confrère” qui joue perso, le tout nouveau tout beau standard téléphonique qui désorganise le fonctionnement d’un tribunal…
Et le Justicier n’hésite pas non plus à se découvrir. Je ne m’étonne pas qu’il ait été reconnu.

Donc : j’additionne la mesquinerie de ceux-ci et la fraîcheur de celui-là… Dès lors, les menaces et l’autocensure qui s’ensuivent ne sont pas du tout étonnants non plus. Ecce homo
Profiter de la vie et construire sa carrière, tout en pourfendant l’injustice : le Justicier doit quand même avoir été pourvu d’un certain optimisme pour croire qu’il pouvait mener les 3 de front sans être obligé de blinder son anonymat.
J’espère, Gascogne, que vous-même et/ou d’autres saurez le remettre en selle pour de nouvelles aventures. Et que vous nous tiendrez au courant, pour qu’il obtienne pour l’avenir les soutiens qu’il mérite.

Mais je regrette surtout que l’initiative du Justicier semble vouée à s’achever dans la douleur. Il a encore la grandeur d’âme d’inviter ses détracteurs/”victimes” à s’exprimer sur le peu qu’il reste aujourd’hui de son Journal ; il suffit pourtant de relire ses posts (ou aussi le Journal d’un avocat, par exemple) pour se rappeler que la machine à produire du mépris à laquelle il s’attaquait n’est pas du genre à mettre son discours en cohérence avec ses actes…

4. Le samedi 23 janvier 2010 à 16:57 par Idée fixe

triste…

5. Le samedi 23 janvier 2010 à 17:13 par Nonmé

J’ai découvert également il y a peu ce blog, dont j’étais en train de dévorer tous les articles en remontant dans le temps…

Comme il dit : “dommage”.

Je me joins au soutien !

6. Le samedi 23 janvier 2010 à 17:22 par Albert ARIBAUD

Bon, ce n’est qu’un détail, mais la loi sur la liberté de la presse est du 29, pas du 21, juillet 1881.

7. Le samedi 23 janvier 2010 à 17:25 par la luciole masquée

Si on commence à écrire avec le souci constant de plaire, c’est le début de la fin.

Justicier Ordinaire, restez s’il vous plaît !

8. Le samedi 23 janvier 2010 à 17:55 par Hélène

Minable ! Les muselières pour les magistrats et les baillons pour les citoyens ?

9. Le samedi 23 janvier 2010 à 19:05 par JP Ribaut-Pasqualini

Heu… Sauf qu’avec la muselière, ça va pas être facile de profiter de la soupe…

Blague à part, Justicier Ordinaire, vous avez mon entier soutien. Bon courage.

10. Le samedi 23 janvier 2010 à 19:17 par LEF

Le sage Justicier ordinaire avait fini par la boucler depuis un moment, comme il l’écrivit lui-même sur son blog. Alors, Gascogne, si vous permettez, en l’occurrence ce n’est pas la muselière, ce sont les moufles. Et pour les cas mouflés, il n’y a qu’un seul remède : continuer à pomper !

11. Le samedi 23 janvier 2010 à 20:11 par patrons-voyous.fr

Le courage, c’est s’assumer jusqu’au bout, pas de capituler en rase campagne.

Ou c’est juste un coup de pub  :

- j’arrête !
- oh non, nooooooon, reviens J.O. !

12. Le samedi 23 janvier 2010 à 20:32 par authueil

Si toute sa juridiction le sait et se met à lire le blog, cela devient délicat. Soit il poursuit sur le même ton, et on se retrouve à Nanterre Corral, avec règlement de comptes et ambiance pourrie. Sauf que ce justicier est ordinaire et ne dine pas avec Sarkozy…

Ou alors il édulcore et son blog perd beaucoup de son intérêt et de sa saveur, sans diminuer les risques pour autant.

Certains blogueurs doivent absolument rester anonymes. C’est ainsi. Quand ils sont démasqués, ils se retrouvent dans une situation impossible, sans même qu’il y ait eu menaces de poursuites. L’issue est presque toujours la fermeture du blog.


Gascogne :
200 % d’accord avec vous (au fait, quand est-ce qu’on boit un coup avec Eolas quand je monte à la Capitale ?). Mais ceci étant dit, est-ce que cela justifie la moindre censure, ou auto-censure ?


13. Le samedi 23 janvier 2010 à 23:30 par malpa

Jadis, les blogs n’existaient pas. C’étaient les journaux qui levaient des lièvres. Bien sûr, le journaliste n’est pas anonyme, mais le lièvre non plus. Et la liberté de la presse est protégée. Et la source du journaliste est protégée. Je crois que certains lièvres pourraient finir par regretter les blogueurs qui gèrent avec le même scrupule leur anonymat et celui des lièvres. Enfin, je dis ça… je ne suis pas journaliste, hein.

14. Le dimanche 24 janvier 2010 à 09:41 par authueil

Gascogne, quand vous voulez pour boire un coup. vous montez souvent à Paris ou juste sur convocation de la chancellerie ?

L’auto censure, c’est chacun qui la gère, en fonction du contexte, de “jusqu”où” il veut aller. Mais dans tout blog, il y a de l’auto censure, même chez moi, même ici.

15. Le dimanche 24 janvier 2010 à 16:10 par Raph

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi on reproche à un membre d’une juridiction de donner son point de vue.

On reproche aux juridictions de mettre du temps à rendre une décision.
Les blogs permettent de voir l’autre coté du miroir.

Et dire que la justice n’a pas de moyen, indiquer qu’il y a du carriérisme chez les magistrats et qu’ils osent réfléchir sans suivre les directives à la lettre n’est pas, à mon avis, un secret.

16. Le dimanche 24 janvier 2010 à 18:40 par Passant

“Et dire que la justice n’a pas de moyen, indiquer qu’il y a du carriérisme chez les magistrats et qu’ils osent réfléchir sans suivre les directives à la lettre n’est pas, à mon avis, un secret.”

Ce n’est tellement pas un secret qu’il est inutile de le dire, surtout quand on appartient à une institution au service de ceux à qui on s’adresse : sauf quand on travaille à Radio France.

17. Le lundi 25 janvier 2010 à 00:28 par Anatole Turnaround

Très instructif … Ce week-end, un magistrat blogueur se tait. Sa hiérachie l’a identifié et lui ordonne de la fermer. Il le fait. L’autre semaine, c’était un magistrat syndicaliste à qui sa hiérarchie a demandé de la fermer. Il avait exprimé son vague à l’âme professionnel sur la liste de discussion interne au syndicat. Interne mais poreuse. Il s’est tu. Juste une précision: Tous les deux sont magistrats du parquet. Ca nous donne une idée de l’ambiance dans les parquets français d’aujourd’hui.

18. Le lundi 25 janvier 2010 à 01:01 par RH

Justicier Ordinaire, restez !!!

Vous honorez la justice quoi qu’en pensent certains de vos collègues qui n’ont pas votre talent !

19. Le lundi 25 janvier 2010 à 09:05 par H.

Je me souviens que certains proclament, à juste titre, “Sans la liberté de blâmer, il n’y a pas d’éloges flatteurs”. Une maxime obsolète?

20. Le lundi 25 janvier 2010 à 11:09 par sevand

Dans son blog, n’a t-il pas été un peu loin ?

21. Le lundi 25 janvier 2010 à 11:26 par Anatole Turnaround

@ Sevand.

Ne sussurez pas, démontrez ! A quel moment précis Justicier Ordinaire était-il trop loin ?

22. Le lundi 25 janvier 2010 à 11:43 par Parquezaco

A Anatole turnaround

vous imputez aux membres du Parquet un réflexe de soumission qui les conduirait à fermer des blogs dérangeants sur simples injonctions de leur hiérarchie.

Sans doute au fond de vous-même leur imputez-vous un certain manque de courage (c’est un lieu commun chez certains d’opposer le courage du juge à la docilité du procureur).

J’observe qu’en fin de compte peu de blogs acides sont tenus par des magistrats du siège et que les parquetiers, qui sont auteurs ici d’excellents billets révélant un grand esprit d’indépendance, ne sont finalement pas si dociles.

Il faut dire que les parquetiers aspirent peu, à l’inverse d’anciens juges d’instruction dont on vante à tort et à travers l’immense indépendance, à franchir allègrement le Rubicon pour embrasser la carrière politique.

Les avez-vous observées comme moi ces migrations?

Elles me laissent songeur.

23. Le lundi 25 janvier 2010 à 11:58 par sevand

@Anatole Turnaround,
Je me souviens d’un billet sur le président de sa juridiction, mais je ne peux pas vous le transmettre pour blocage du blog…

24. Le lundi 25 janvier 2010 à 12:07 par tungstene

“ne pas commenter autrement que par les voies légales des décisions de justice”
Lors de la première condamnation d’un certain Juppé, les citoyens Chirac et Raffarin ont fait de longs commentaires à la télé.Comme quoi….
A contrario dans les attendus du procès Bousquet il y avait une phrase disant que le régime de Pétain n’avait pas de caractère antisémite, ce qui laisse rêveur…

25. Le lundi 25 janvier 2010 à 12:21 par Histrion

Ayant un certain goût pour l’empathie j’aimerais me faire l’avocat (mouarf) du diable (rien que ça). Peu de personnes ici apprécieraient qu’on dise du mal d’elles. Encore moins si ça devait remettre en cause leur crédibilité professionnelle (sans injure ni insulte, certes, mais avec une sape non moins efficace). Les pressions sont légitimes tant qu’elles restent des pressions.

Et n’y voyez aucune volonté particulière de vexer, mais le blog de Justicier Ordinaire est ô combien inesthétique. J’en saigne des yeux.

26. Le lundi 25 janvier 2010 à 15:28 par sevand

j’ai appris deux ou trois choses sur le contenu de ce blog et certains des sujet traités tombent, à mon sens, sous le coup de la loi à plusieurs titres:
- L’entrave au bon fonctionnement de la Justice, lorsqu’il se permet de remettre en cause les qualités professionnelles de certains chefs de juridictions
- La diffamation voire l’outrage lorsqu’il décrit certaines personnes comme il l’a fait
- La violation du secret de l’instruction lorsqu’il évoque certains dossiers en cours….

Même si ses articles sont d’une certaine qualité littéraire, je crois que ce magistrat est allé trop loin et a fait fi de nombreuses règles déontologiques comme légales…


Gascogne :
Parler d’entrave au fonctionnement d’une juridiction par la simple rédaction d’un billet sur un blog, vous n’avez peur de rien, vous…


27. Le lundi 25 janvier 2010 à 17:05 par Anne

@ sevand

Vous plaisantez ?

Il n’y a pas matière dans ses billets à reconnaître l’identité de quiconque. Si en revanche certaines personnes mal lunées s’auto reconnaissent c’est peut être qu’elles n’ont pas la conscience tranquille. Quand on est morveux on se mouche me disait ma mère. Où est la diffamation lorsque personne ne sait de qui il peut être question ? Quant à la violation du secret de l’instruction laissez moi rire. Rien dans les dossiers ne peuvent permettre de savoir de quelle affaire il fait mention. Par ailleurs souvent le secret de l’instruction n’est qu’illusion. Bien des infos sortent dans la presse. Sans prendre de gants, sans cacher l’identité des personnes concernées. Alors là oui il y a matière à parler déontologie ou Loi.

Quant à l’entrave de la Justice, si son bon fonctionnement dépend d’un seul billet sur la Toile, je trouve que les justiciables dont je suis ont fort à craindre pour l’avenir.

28. Le lundi 25 janvier 2010 à 17:46 par Clisthène

Merci Gascogne,

Ce billet est tristement vrai, j’envoie tout mon soutien à ce pauvre magistrat subissant le dictat de l’élite gouvernante.

Comme vous le dites : 1984….

Cordialement et bonne continuation

Léthé
http://lecancanier.over-blog.com

29. Le lundi 25 janvier 2010 à 18:56 par sevand

@Anne,
A la lecture des billets, j’ai pu reconnaître facilement sa juridiction et les personnes dont-il parlait. Je lui en avais d’ailleurs fait part sur son blog. La justice est un petit monde…
Il a évoqué certaines affaires particulières permettant facilement à l’intéressé de s’identifier alors même qu’il n’est pas jugé !
Vu les conditions dans lesquelles nous travaillons, je peux comprendre qu’il ait traduit son ras-le- bol sur un blog…

30. Le lundi 25 janvier 2010 à 19:36 par Girondin

Dans nos campagnes un Vice Président de TGI est églalement Président de la principale association agréée de protection de l’environnement.
Vous n’imaginez pas ce qu’il endure…
Et pourtant il continue, il publie même de passionnants et dérangeants bouquins.
Il faut dire que visiblement la carrière ne semble pas pour lui le but premier ou ultime, c’est rare chez les petits pois.

31. Le mardi 26 janvier 2010 à 09:48 par pendragon

@ sevand 26

independamment du problème - erroné - juridique que vous croyez identifier, votre attitude démontre a quel point dans une démocratie réactionnaire comme la notre, les mots font désormais peur

le verbe, la plume, la pensée différents sont-ils réellement si dangereux à vos yeux ?

au point de les interdire ?

de les sanctionner ?

on s’arrete ou après ca ?

32. Le mardi 26 janvier 2010 à 11:37 par isabelle

En même temps, chouiner à longueur d’articles parce que sa juridiction ne lui fournit pas de belles cartes de visites ou un écouteur pour son téléphone, ça ne représente qu’un intérêt limité, et c’est même dérisoire. J’ai toujours admiré les gens qui se plaignent d’une charge insupportable de travail et trouvent quand même le temps de rédiger un blog. Ce magistrat fait partie de la corporation des pleureuses qui se plaignent dans cesse et ne positivent jamais. Pour moi, un magistrat n’est pas ou ne devrait pas être dans la posture du fonctionnaire qui déplore sans arrêt un manque de moyens. Qu’il fasse, comme beaucoup le font, avec les moyens du bord, qui ne sont d’ailleurs pas aussi dérisoires qu’on le dit .

33. Le mardi 26 janvier 2010 à 11:54 par lexisa

@ Isabelle (32)

Je serais curieuse de savoir dans quel merveilleux monde vous travaillez sans jamais vous plaindre avec des moyens du bord? Et tout aussi curieuse de savoir si, avant de juger des lamentations des magistrats, vous vous êtes sentie autorisée à franchir les marches d’un palais de justice pour observer son fonctionnement de l’intérieur?

Non, sans doute. Vous devez être trop occupée à travailler sans vous plaindre…

34. Le mardi 26 janvier 2010 à 12:10 par lexisa

@ Parquezaco

””J’observe qu’en fin de compte peu de blogs acides sont tenus par des magistrats du siège et que les parquetiers, qui sont auteurs ici d’excellents billets révélant un grand esprit d’indépendance, ne sont finalement pas si dociles.

Il faut dire que les parquetiers aspirent peu, à l’inverse d’anciens juges d’instruction dont on vante à tort et à travers l’immense indépendance, à franchir allègrement le Rubicon pour embrasser la carrière politique.

Les avez-vous observées comme moi ces migrations?

Elles me laissent songeur.””

Les généralités aussi me laissent songeuses, tout comme les sous-entendus acides et inutiles. Il n’y a pas plus de “réflexe de soumission” généralisé des parquetiers que d’ambitions politiques généralisées des juges d’instruction.

Les faits sont là, la profession de Parquetier a beaucoup changé, les pressions se multiplient, et si les exemples des parquetiers convoqués par leur hiérarchie parcequ’ils ont applaudi un Président de tribunal à l’audience de rentrée solennelle qui s’inquiétait de la réforme de la procédure pénale, si le récent émoi provoqué par la mutation d’office d’un Procureur Général anti-réforme ne vous fait pas tiquer, si vous trouvez normal que les magistrats du Parquet soient contraints eux aussi de revendiquer une indépendance que, ne vous en déplaise, les juges d’instruction en particulier et du siège en général n’ont pas besoin de défendre parce qu’elle leur est (était?) reconnue d’office, alors…tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Les Parquetiers, nos collègues, ne sont pas des gens serviles par nature, ni dociles. Pas plus que beaucoup de juges du siège qui ne parlent pas bien fort dans ces temps troublés. Mais c’est beaucoup plus facile d’être indépendant au quotidien quand on n’a pas de pression. Voilà un autre lieu commun que vous pourrez lire à tort et à travers.

35. Le mardi 26 janvier 2010 à 13:14 par Véronique

@ Justicier Ordinaire

Juste un mot, car en réalité je ne connais de votre blog que le billet consacré à l’audience solenelle (les voeux) qu’Eolas a mis en lien, en bas de son billet ici.

Je voudrais que vous portiez une cravate dans les tous les travaux et les jours de votre tribunal. Je pense que c’est important pour les justiciables. Je pense même que c’est plus important encore vis-à-vis des justiciables que vis-àvis de votre hiérarchie quand elle adresse ses voeux.

Pour le reste, croyez-moi:

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.
René Char

36. Le mardi 26 janvier 2010 à 15:26 par sevand

@pendragon,
“independamment du problème - erroné - juridique que vous croyez identifier, votre attitude démontre a quel point dans une démocratie réactionnaire comme la notre, les mots font désormais peur
le verbe, la plume, la pensée différents sont-ils réellement si dangereux à vos yeux ?”

la démocratie apporte la liberté de s’exprimer ! c’est une bonne chose.
elle apporte aussi un manque de respect ! et c’est dommage.

«au point de les interdire ?

de les sanctionner ?

on s’arrete ou après ca ?»

J’aime les nuances dans les jugements.
Pour une démocratie mais à condition de ne poser que les questions correctes, et de ne retenir que les réponses de même nature.
Reste à savoir qui définit les questions correctes. On pourrait confier cette tâche délicate à ceux qui savent.
On appellera ça un despotisme éclairé.
certains sujets évoqués dans ce blog sont salutaires (par exemple l’oreillette, problème concret mais bien utile), mais, l’attaque personnelle contre certaines personnes me paraît dommage car il jette sur ce blog un sentiment de vengeance personnelle…

37. Le mercredi 27 janvier 2010 à 22:42 par PEPITO

Tout mon soutien à JO, collègue parquetier. A l’heure où les pressions s’intensifient, nous avons besoin d’esprits critiques tels que le sien…

38. Le jeudi 28 janvier 2010 à 15:44 par Bigmouth

Mauvaise pioche ?!

L’article de Gascogne m’a amené à chercher dans Google quelques billets de Justicier ordinaire.
Je suis tombé sur “Bad trip aux assises” où il est question du comportement indigne d’un avocat subtilement rebaptisé “Me DUPOND”, ténor du barreau, qui aurait, à lui seul, malmené de façon “perverse”, l’Avocat général, le Président, ses assesseurs, les Jurés et les parties civiles en “pissant dans les coins”, “aboyant”, “grommelant”… et, en somme, en “dirigeant le procès.”

Passons sur l’analyse.

Cette phrase, personnellement, me glace : “Sur le fond, je n’ai pas spécialement suivi ce dossier, je sais juste que les éléments matériels étaient légers, qu’il y avait en tous cas matière à discussion, et que l’accusé avait pris 20 ans en première instance. Je ne m’aventurerai pas à discuter du bien fondé de la décision d’acquittement votée par la Cour d’assises, ce n’est pas mon rôle et ce n’est finalement pas intéressant.”

Pas intéressant ?!?!

Une condamnation à 20 ans en première instance réformée en appel, par un acquittement.

“La justice en sort-elle grandie pour autant ? Non, franchement non. Au contraire.”

Au contraire ?!?!

Susurrons, chuchotons, n’ennuyons pas ceux qui enquêtent, témoignent, accusent, ou jugent.
Demandons poliment et docilement l’autorisation de prétendre que celui que l’on défend est innocent.

A défaut, la justice serait ternie… !

Bref, sans doute une mauvaise pioche parmi les billets, certainement très intéressants qui ont été publiés par ce Justicier ordinaire.

Qu’il garde le courage de l’ouvrir grande, quand même !

39. Le vendredi 29 janvier 2010 à 12:54 par sevand

:)… celle du mécano ou du légo bricolé par le ministère n’était pas mal non plus…Et comme disait l’autre, on immagine déjà la tête du président…;(

40. Le vendredi 29 janvier 2010 à 13:40 par Bigmouth

Oui, celui-ci me choque moins, voire m’amuse, mais, c’est vrai que si JO s’est fait “serrer” par ses collègues et le fameux légo… ça doit être une pente pénible à remonter…

Là, pour le coup, je compatis et souhaite, sincèrement, beaucoup de courage au Justicier ordinaire.

41. Le dimanche 31 janvier 2010 à 02:43 par velourine

Le blog est fermé il n’y a plus aucun article!
soutien à notre ami ” justicier Ordinaire”
combien de muselières faudra t-il pour faire taire les libres penseurs ?


Gascogne :
Et pour ajouter à la bonne foi du ministère, outre le fait que le nom de “Justicier Ordinaire, substitut” a été enlevé du panneau situé prés de sa porte, ce qui est déjà d’un bon goût à toute épreuve, le ministère interdit l’accès depuis les ordinateurs des tribunaux de France et de Navarre à la dernière page du blog où mon collègue donnait accès à ses détracteurs à son billet pour le contredire et exercer un éventuel droit de réponse. Mais la culture du contradictoire, pourtant particulièrement judiciaire, ne fait pas partie de la culture du ministère. C’est bien dommage…


42. Le mardi 2 février 2010 à 19:31 par tschok

Dites donc Gascogne,

J’ai loupé un épisode ou bien vous, ancien JI, vous vous êtes mis au service du ministère en question?

Et en plus, vous voulez l’indépendance?

Oh?

La Gascogne est en Corse, maintenant?

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