Journal d'un avocat

Instantanés de la justice et du droit

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In memoriam Roger Gicquel

Roger Gicquel (22 février 1933 - 6 mars 2010) était un journaliste, présentateur du 20 heures de TF1, alors chaîne publique, à la fin des années 1970.

Les plus jeunes d’entre vous ne le connaissent pas, il avait disparu des écrans depuis longtemps.

Pour rendre hommage à ce journaliste dans le sens le plus noble de ce terme, voici l’ouverture du 20 heures du 28 juillet 1976, jour de l’exécution de Christian Ranucci. En plein été, au beau milieu des JO de Montréal (où Guy Drut va remporter la médaille d’or du 110m haie), la guillotine a tué, une fois de plus, à Marseille.

Le journaliste doit rendre compte de l’information. La loi lui interdit de le faire autrement qu’en signalant l’exécution. Les sondages d’opinion montrent qu’une majorité de français se dit favorable à la peine de mort, mais nous sommes en pleine affaire Patrick Henry, cynique kidnappeur et assassin d’un jeune enfant de huit ans (le rapt a eu lieu le 30 janvier de cette année, l’arrestation de Patrick Henry le 17 février). Pourtant nous sommes à cinq ans de l’abolition.

Roger Gicquel est journaliste. Et abolitionniste. Et il ne peut pas se taire. À l’époque où toutes les télévisions étaient publiques, où le Conducteur, c’est à dire le sommaire du journal, était préalablement relu par un ministre, vous n’imaginez pas le courage qu’il a fallu pour faire cette ouverture, aussi modérée soit-elle.

retrouver ce média sur www.ina.fr

Et pour tous ceux qui ne retiennent de lui que le “La France a peur” lancé le 18 février de la même année, voici l’intégralité de cette ouverture. Cette phrase fait partie des plus gros contresens, avec le “la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde” de Rocard. Vous verrez que loin de surfer sur la vague de l’émotion, il en appelle au contraire à la raison contre la haine.

retrouver ce média sur www.ina.fr

C’est un grand nom du journalisme qui s’est éteint. Cette nouvelle ne peut que nous rendre tristes.

PS : Problème des vidéos réglées. Ce n’était pas la faute de l’INA mais de Dotclear. Merci à Beldom de m’avoir soufflé la réponse.

Commentaires

1. Le dimanche 7 mars 2010 à 16:52 par Alex

Merci maître pour cet hommage.
J’avais regardé le lien mis en ligne par l’un des commentateurs du billet précédent, et avais été impressionné par R. Gicquel.
Idem par la suite de sa phrase “la France a peu…”.
Quel grand Monsieur c’était (et breton, en plus).
Kenavo, Roger

2. Le dimanche 7 mars 2010 à 16:57 par Erthalos

Bonjour,

En fait, les liens fonctionnent. Ils n’encapsulent pas la vidéo dans le billet, mais il suffit de cliquer dessus pour y avoir accès sans problèmes.

Ce qui me sidère dans ces extraits de journaux, outre le propos tenu, et un à-côté qui m’a immédiatement frappé…

L’extrait dure environ 4mn. Environ quatre minutes sur un sujet complexe, exposé avec un voix neutre, argumenté, dans un impeccable français constitué de phrases complexes et de propositions correctement imbriquées.

Là où de nos jours, on entend plutôt des annonces très courtes, des reportages courts, de l’info qui flashe d’un sujet à l’autre, des phrases courtes et lapidaires, sujet verbe complément point.
Un philosophe a dit un jour : celui qui maîtrise la langue maîtrise la pensée. Il faut croire que la langue -et la pensée- des journaux télévisait s’appauvrit dramatiquement.

Pour la langue française, pour la pensée, pour la raison, mes remerciements.

3. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:04 par Jean-Sébastien H.

Le code source est correct.

Il permet juste d’afficher le message “retrouver ce média sur www.ina.fr” avec un lien vers le site de l’INA.

4. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:07 par francbelge

Certains (Coluche par exemple) ne manquaient pas de brocarder son sérieux. Cette austérité était une façon de respecter son public.

5. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:08 par Ryuu

Maitre, je dois admettre que vous êtes presque aussi bons en nécrologie qu’en justice. Vos rubriques nécrologiques sont en effet toujours agrémentées d’archives montrant les meilleurs côtés des disparus (je pense, outre celle-ci, à celle que vous aviez faite sur Mr Seguin).
Merci donc à vous d’accompagner dignement nos disparus quand la plupart des gens ne retiennent que “la france a peur”.

PS: 2010 est une année maudite?j’ai l’impression de voir des nécrologies dans l’actualité toutes les semaines….

6. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:09 par Jean

Pour les vidéos embarquées, il manque les balises “script”. On peut obtenir le bout de code à copier en cliquant sur le bouton “exporter” des vidéos. Ça donne ça (en espérant que Dotclear ne bouffera pas les balises) :

<script type=”text/javascript” src=”http://www.ina.fr/js/global/control…“></script><script type=”text/javascript” src=”http://www.ina.fr/player/embed/w/51…“></script><div align=”center” style=”background-color:#000; font:11px/18px Arial,Helvetica,Verdana,sans-serif; color:#b4d2fe; width:512px;”> retrouver ce média sur <a href=”http://www.ina.fr/economie-et-socie…” target=”_blank” style=”font-weight:bold; color:#b4d2fe”>www.ina.fr</a> </div>
et
<script type=”text/javascript” src=”http://www.ina.fr/js/global/control…“></script><script type=”text/javascript” src=”http://www.ina.fr/player/embed/w/51…“></script><div align=”center” style=”background-color:#000; font:11px/18px Arial,Helvetica,Verdana,sans-serif; color:#b4d2fe; width:512px;”> retrouver ce média sur <a href=”http://www.ina.fr/economie-et-socie…” target=”_blank” style=”font-weight:bold; color:#b4d2fe”>www.ina.fr</a> </div>

7. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:10 par jor

C’est sûr que ça nous change un peu du style tout en courbettes du TF1 d’aujourd’hui.
Même si je suis trop jeune pour avoir connu cette époque et ce Journaliste, je crois que je les regrette autant que vous.

8. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:10 par encolpe

Il manque la balise ‘script’ dans votre version du lien vers l’INA:

<script type=”text/javascript” src=”http://www.ina.fr/js/global/control…“></script><script type=”text/javascript” src=”http://www.ina.fr/player/embed/w/32…“></script><div align=”center” style=”background-color:#000; font:11px/18px Arial,Helvetica,Verdana,sans-serif; color:#b4d2fe; width:320px;”> retrouver ce média sur <a href=”http://www.ina.fr/economie-et-socie…” target=”_blank” style=”font-weight:bold; color:#b4d2fe”>www.ina.fr</a> </div>

Vous pouvez retirer mon commentaire ;)

<script type=”text/javascript” src=”http://www.ina.fr/js/global/control…“></script><script type=”text/javascript” src=”http://www.ina.fr/player/embed/w/32…“></script><div align=”center” style=”background-color:#000; font:11px/18px Arial,Helvetica,Verdana,sans-serif; color:#b4d2fe; width:320px;”> retrouver ce média sur <a href=”http://www.ina.fr/economie-et-socie…” target=”_blank” style=”font-weight:bold; color:#b4d2fe”>www.ina.fr</a> </div>

Eolas:
Pourriez-vous remettre ces codes en mettant une espace en début de ligne, s’il vous plait ?

9. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:22 par Beldom

Balise script qui n’est pas gardée par dotclear, même si on tente de l’imposer via le code source de l’article.
Je présume qu’elle a été mise, mais que comme pour d’autres, elle n’est tout simplement pas conservée à l’enregistrement de l’article. Ce n’est pas le cas en mode d’édition wiki, mais particulièrement flagrant quand on passe par l’éditon xhtml.
Maître, j’ai donc bien peur qui ne faille se contenter de lien pour cette fois.

Je continue cependant à chercher, mais a priori, si cela vient des manipulation effectuées pendant la phase d’enregistrement pour une raison ou une autre, je doute qu’il soit possible de trouver une solution.
A part peut-être en passant directement par la base de donnée, donc post-enregistrement.

10. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:26 par luxsword

Merci pour ces liens.

11. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:29 par Rocky 4

Pour Roger Gicquel, je ne sais pas, mais pour Rocard la citation n’est pas un contresens, contrairement à ce qu’il a essayé de faire croire plus tard. Lire ceci : Michel Rocard, martyr ou mystificateur ?

12. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:30 par Flexable

Ça c’est du journalisme comme on n’en voit effectivement plus beaucoup en tv !!! Quel discours  ! “On ne convaincra jamais ceux qui sont contre…”

13. Le dimanche 7 mars 2010 à 17:37 par Sans pseudo

Effectivement, Rocky 4, Rocard a fini par réussir à faire imprimer la légende, qui est toujours plus belle que la réalité.

14. Le dimanche 7 mars 2010 à 18:39 par Yann

Adieu Roger Gicquel, qui, au tournant des années 1990, était sorti de sa semi-retraite pour tenir, chaque samedi midi sur France 3 Ouest, une très belle émission de découverte régionale qui s’appelait “En Flânant” et qui était à son image : rigoureuse, honnête, respectueuse du public. Un vrai grand journaliste (mais ceux qui sévissent désormais sur nos ondes ont-ils le droit, à de rares exceptions, à ce beau titre ?).

A ce rappel bienvenu du courage de Roger Gicquel lors de l’affaire Patrick Henry, j’associe le souvenir du grand Frédéric Pottecher, l’un des plus grands chroniqueurs judiciaires du siècle passé et, lui aussi, abolitionniste qui, couvrant pour je ne sais plus quelle radio (Europe 1, je crois), le procès Henry à Troyes et, notamment, la plaidoirie de Me Badinter et le verdict, alors qu’une certaine presse se déchaînait et que le palais de justice était assiégé par des partisans de la peine capitale, eut à l’antenne cette formule remarquable, car concise et juste dans tous les sens du terme : “Dehors, la foule hurle. Mais c’est la foule…”

15. Le dimanche 7 mars 2010 à 18:40 par Marie

Merci beaucoup pour ces liens, indispensables pour les jeunes comme moi qui n’ont rien connu (et très peu entendu parler) de cette époque (et sans doute pas inutile pour les autres).

16. Le dimanche 7 mars 2010 à 18:52 par GPS

Je n’avais jamais écouté la suite du papier de Roger Gicquel dont la première phrase est devenue si fameuse. Et j’avais eu tort. De même, je suis heureux d’avoir maintenant vu le journal télévisé où il évoque avec tant de noblesse l’exécution de Christian Ranucci.

Merci à maître Eolas : c’est une grande chose que de rendre justice à un homme qui a été sourdement calomnié, accusé d’incarner le contraire de ce qu’il a été.

En face, parmi les commentateurs, nous trouvons les inévitables justiciers et autres régleurs de comptes qui en sont l’antithèse, qui s’enchantent de condamner, et trouvent que rien n’est plus urgent que de démontrer (avec les méthodes bien connues pour leur objectivité du Monde diplomatique) l’ignominie de Michel Rocard, comme s’ils n’avaient pas de meilleur candidat à l’opprobre.

C’est pour ça qu’on aime bien les commentateurs du Web. A propos du fait-divers sud-coréen, où des parents ont laissé mourir de faim leur bébé parce qu’ils étaient trop occupés à nourrir, sur Internet, un bébé virtuel, il s’en est même trouvé un pour protester : on va encore en profiter pour dire du mal des jeux vidéo ! Là encore, c’est ce qui s’appelle avoir le sens de l’opportunité.

17. Le dimanche 7 mars 2010 à 19:31 par tontonro

merci pour ce rappel à notre mémoire.
une question toutefois, êtes vous bien sûr qu’il y avait encore un ministre de l’information pour relire le conducteur? Nous n’étions plus sous de Gaulle et Pompidou. Certes la télévision était encore très surveillée mais justement ce type de commentaires était possible dans la bouche d’un bon journaliste, pour peu qu’il ne soit pas sur un sujet directement politique, le “sociétal” ne devait plus être très encadré. Duhamel et Elkabach n’aurait certainement pas pu le faire dans leur domaine. Même s’il l’avait voulu.

18. Le dimanche 7 mars 2010 à 19:44 par Schmorgluck

J’avais de la sympathie pour Roger Gicquel. Je suis un peu trop jeune pour l’avoir connu comme présentateur de JT autrement qu’indirectement. J’aimais bien l’émission qu’il présentait sur France 3 Ouest, “En flânant”.
Je ne connaissais pas l’épisode sur Ranucci. Sa découverte me remplit d’une admiration, allant au-delà de la simple sympathie, pour ce grand Monsieur du journalisme.

Kimiad, Roger.

19. Le dimanche 7 mars 2010 à 19:53 par H95

@ rocky 4 (message 11)
Vous m’avez devancé mais je peux encore ajouter la contre enquête d’@rrêt sur image (pour les abonnés seulement) qui confirme ce que dit le diplo (avec vidéo de Rocard)

20. Le dimanche 7 mars 2010 à 20:06 par Skippy

Merci pour ces archives. Aujourd’hui, on a Pernaud et Poujad Pujadas, il faut vivre avec son temps…

Excusez ce commentaire peu constructif qui n’est en réalité qu’un prétexte pour m’étonner que vous n’ayez pas encore dit un mot sur la « régression démocratique majeure » dénoncée par l’Union syndicale des magistrats, n’y aurait-t-il rien à en dire ?

21. Le dimanche 7 mars 2010 à 20:13 par chamil

Quelle leçon de journalisme…

Merci Maître pour cette découverte approfondie d’un grand homme, d’un journaliste, un vrai qui éveille les consciences, qui dérange et bouscule les préjugés….

22. Le dimanche 7 mars 2010 à 20:19 par Kerlutin

L’information au sens strict du terme.
Merci Mr Gicquel.

23. Le dimanche 7 mars 2010 à 20:42 par Teejee (mékeskidi de base)

En écoutant les propos de Roger Gicquel que vous avez diffusés, je n’ai pu m’empêcher de penser à la stigmatisation faite des délinquants de banlieue, des immigrés plus ou moins clandestins, des jeunes trublions qui provoquent des bagarres nécessitant l’intervention des forces de police. Où sont les voix qui, telles celle de Roger Gicquel autrefois, appellent au calme et à la raison ?
Je regardais son journal quand j’étais môme, à une époque où TF1 était une chaîne de télé. C’est une page qui se tourne, et, même si ce n’est pas le sujet, je me sens vieillir.

24. Le dimanche 7 mars 2010 à 21:12 par fly in the web

Merci, Maitre.
Ma plus grande amie en France, une dame aussi bien dans la litterature que dans la cuisine, m’a parle de Mr. Gicquel comme une personne d’un honnete impeccable avec du courage imbattable, mais c’est le premier fois que j’ai eu la chance de lui ecouter.
Elle a eu entierement raison.

25. Le dimanche 7 mars 2010 à 21:25 par Axonn

Et pour tous ceux qui ne retiennent de lui que le “La France a peur” lancé le 18 février de la même année, voici l’intégralité de cette ouverture. (…) Vous verrez que loin de surfer sur la vague de l’émotion, il en appelle au contraire à la raison contre la haine.

Moi qui ai appris cette phrase dans le téléfilm L’Abolition, j’avais bien besoin de cette mise au point. Mais la reprise de cette phrase en une du Figaro, dans quelle catégorie s’inscrivait-elle ?

26. Le dimanche 7 mars 2010 à 21:41 par Nichevo

Un journaliste du JT, sobre et responsable de ses propos, qui a laissé l’antenne en 1981.
Il a laissé place à une sorte de “journaliste écrivain médiatisé” qui ne se pose plus qu’une question angoissante :
“Comment perdurer , servir la soupe avec le sourire et me recycler à la fin”.
J’ai tort?

27. Le dimanche 7 mars 2010 à 21:52 par jimv

Roger Gicquel, c’était quelqu’un qui parlait un bon français, compréhensible par tous, un peu comme vous cher Maître (je suis manoeuvre dans les TP fluviaux et maritimes).
Je suppose que les 2 vidéos que vous nous présentez ne le sont pas de manière forcément innocentes.
En effet ” La France à peur ” est le début de l’affaire Patrick Henry et “la guillotine” est l’épilogue de l’affaire “Christian Ranucci” … à quelques mois d’intervalle.

Que de questions cela lèvent encore aujourd’hui sur le fonctionnement de notre justice et sur l’idée que des gens comme moi s’en font.

Ou comment vaut-il mieux avoir des réseaux, être mediato-compatible , avoir un avocat subjuguant son audience ; plutôt que l’inverse.

Ce qui me semble terrible dans cette histoire c’est que le plaidoyer gagnant de Maître Badinter contre la peine de mort, requise contre son client, ne pouvait emporter l’intime conviction du jury que parce que justement on avait (nous français ) exécutés Ranucci (un peu à la hâte ?).

Souvent je me dis que je n’aimerais ni être désigné juré d’assises, ni être avocat, ni président de cours, ni avocat général, ni expert, ni procureur, ni policier et même ni témoin…

Pourtant tous sont nécessaires au rendu de la justice et même si je n’aime pas je serais témoin et accepterai , la peur au ventre , le statut de juré.

Que chacun fasse son travail complètement . Je voudrais que ce soit comme dans les palplanches (facile et je fais des bourdes): soit la palplanche elle est plantée droite à l’endroit et la profondeur qu’il faut, soit non… pour une palplanche c’est pas grave (juste quelques inondations et quelques morts).

Que peut-on faire en clamant son innocence, par conviction et pour se justifier, alors que “la machine” est en marche ?

28. Le dimanche 7 mars 2010 à 21:59 par Z.

Quand on revoit cet extrait de journal, on mesure à quel point l’information télévisée a évolué vers l’info show, l’info spectacle, le superficiel et souvent la médiocrité. Dans le domaine qui intéresse ce blog, on notera que Roger GICQUEL cite les articles de la loi et l’écrit judiciaire.

Beaucoup à la télévision ne savent pas de quoi ils parlent, parlent pour ne rien dire et s’écoutent parler.

UNe belle leçon d’humilité et de rigueur dont beaucoup devraient s’imprégner.

29. Le dimanche 7 mars 2010 à 22:39 par Lawbylau

Seule sa mort m’a fait connaître un Monsieur de cette trempe et j’en rougis !
Né en 1981, j’ai été journaliste (juridique) après avoir fait mon droit (5 ans dans une université parisienne des plus réputées). Aujourd’hui élève-avocat, je ne connaissais pas ce personnage historique…
Ceci dit, quelles peuvent être les raisons de mon inculture ?
J’en suis sûrement le premier responsable, bien qu’issu d’une famille modeste et peu cultivée et, ceci expliquant cela, bien que mon temps libre d’étudiant devait être consacré aux petits “jobs”. Ce sont les aléas de la vie.
mais comment souffrir qu’aucun cours universitaire ou de l’EFB ne permette un tel enseignement ? pourquoi aucun cours de culture juridique pour ne pas dire de culture civique tout simplement ne m’a jamais été enseigné ? (je précise que j’ai eu un bac S, est-ce différent dans les autres filières ?)
je suis devenu un pur technicien du droit ! mais j’ai dû lutter contre le système pour ne pas devenir une science sans conscience !

Un tel cours transformerait en outre l’escalier social que fut pour moi l’université, en véritable ascenceur social !
Chiche ?
Thème numéro 1 : le traitement de la peine de mort dans les media.
Thème numéro 2 : les grands procès.
etc.

Maître, vous m’offrez chaque jour des cours de rattrapage et je vous en remercie.

Prions pour Roger Gicquel.

30. Le dimanche 7 mars 2010 à 22:52 par François-Noël

merci beaucoup.

31. Le dimanche 7 mars 2010 à 23:10 par malpa

Nous ne serons peut-être pas très nombreux à faire le parallèle, mais le décès de Roger Gicquel est l’occasion de se souvenir d’un autre grand journaliste de la même génération (1935-2008), lui aussi présentateur du journal du soir d’une grande chaine (privée) pendant des années, Chikushi Tetsuya, le présentateur de News 23 (TBS, Japon) de 1989 à 2007. Je ne sais absolument pas s’ils se connaissaient (mais je ne peux pas imaginer que Chikushi n’ait pas au moins étudié le style Gicquel avant de prendre le News 23 en 1989), en tout cas j’ai toujours pensé que Roger Gicquel et Chikushi Tetsuya se ressemblaient à de nombreux points de vue, la voix chaude et directe, et même la gueule de cocker triste, mais surtout ces éditoriaux en direct qui replaçaient un thème de l’actualité du jour dans une perspective de long terme, qui savaient retourner les attitudes politiques à leurs techniques de danseuses, bref qui donnaient aux téléspectateurs la possibilité d’être intelligents. Tous les jours, c’étaient 5 minutes pendant lesquelles mon cerveau n’était pas disponible.

32. Le dimanche 7 mars 2010 à 23:29 par jajajaj

Comme prévu les médias traditionnels n’en ont eu que pour “La France a peur” :/

33. Le lundi 8 mars 2010 à 00:57 par Phil

Merci Maître, c’est parallèlement la même argumentation que je développais sur le forum de GA!
Toujours un plaisir de te lire.
Phil
;)

34. Le lundi 8 mars 2010 à 06:36 par deadalnix

Quand je vois la qualité du journal de ce monsieur, et ce qu’on nous sert de nos jours, je me dis que oui, on a vraiment perdu quelqu’un.

35. Le lundi 8 mars 2010 à 07:25 par flo

J’adhère à tout ce qui a été dit sur Roger Gicquel, et j’admire son courage quand il prend position contre l’opinion publique et contre l’Etat en assumant sa position abolitionniste.
Ceci dit cela pose la question de l’objectivité ou de la subjectivité du journaliste du 20h.
La subjectivité journalistique est une nécessité … à la condition qu’elle pense comme moi! il est vrai que si aujourd’hui un journaliste se mettait à condamner (contre la loi et l’opinion publique) la contraception ou l’IVG au journal de 20h, je serais la première à monter au créneau contre sa prise de position subjective (parce qu’une telle position va contre mes valeurs - même si je les considère, en fille des Lumières, comme universelles…).
Pour autant l’engagement reste, me semble-t-il, préférable à la “zone grise” de ceux qui ne veulent pas prendre parti.
Merci pour ces liens.

36. Le lundi 8 mars 2010 à 08:26 par Véronique

@ flo

Je ne regrette pas ce temps où le présentateur du 20 h se faisait éditorialiste et se transformait en pédagogue d’une opinion publique censée être dechaînée.

Que je sache, c’est un jury populaire qui a décidé la perpertuité contre la peine de mort au procès de Patrick Henry.

Que je sache, la défense de Christian Ranucci a été un désastre.

J’ai appris que son très jeune avocat laissé à l’abandon par les ténors au moment de l’instruction est décédé il y a peu.

J’avais lu il y a quelques années son témoignage sur l’affaire Ranucci. Ce qui frappait à la lecture de ce livre c’était l’isolement glacial de cet autre très jeune homme dans son travail de défense.

37. Le lundi 8 mars 2010 à 08:44 par Albert ARIBAUD

Maître,

“Les sondages d’opinion montrent qu’une majorité de français se dit favorable à la peine de mort”, dites-vous. Mais dans l’extrait que vous donnez, Roger Gicquel dit le contraire ; et cela serait plus cohérent avec le “mais” que vous écrivez juste après. N’avez-vous pas commis une inversion de sens ?

Eolas:
“Ceux qui sont pour sont largement majoritaires ; vous l’êtes…”. Pouvez vous me dire où est mon inversion de sens ?

38. Le lundi 8 mars 2010 à 08:58 par Alex

@29: on ne vous a peut-être pas dit l’essentiel dans votre université des plus réputées: il faut lire la presse chaque jour, de préférence Le Monde, non pas que ce soit un journal parfait, mais c’est tout de même une source précieuse d’informations.

39. Le lundi 8 mars 2010 à 09:00 par flo

@véronique : c’est donc qu’un système pénal qui laisse une si grande marge à l’arbitraire (bonne ou mauvaise défense) avec une peine si définitive (la tête tranchée), même s’il était conforme à la volonté générale (au sens de l’a.6 ddhc1789), devait être combattu absolument, même au prix de l’objectivité journalistique. Le législateur et la loi de la majorité n’ont pas forcément raison (vieux débat depuis 1789). Droit de résistance à l’oppression, conseil constitutionnel, Etat de droit, tout ça tout ça.
Ranucci aurait-il pu soulever l’exception d’inconstitutionnalité contre la peine de mort?

Eolas:
Rappelons que Ranucci, qui deux ans plus tôt eût été considéré comme mineur et aurait échappé à la peine de mort, a fait 48 h de garde à vue sans possibilité de l’assistance, même brévissime, même à la21e heure, d’un avocat. Il n’avait pas le droit de faire appel de sa condamnation à mort. La procédure qui l’a mené à l’échaffaud a par deux fois violé la Convention européenne des droits de l’homme, entrée en vigueur deux ans plus tôt. 

40. Le lundi 8 mars 2010 à 09:22 par Anne

Le JT a bien changé, celui de TF1 en particulier.

Frisson au terme de “en réparation”. Comme si la moindre exécution avait jamais réparé quoi que ce soit.

41. Le lundi 8 mars 2010 à 09:24 par JokerYG

Un grand Homme s’est éteint, il faisait honneur à la profession de journaliste avec son franc parler avec tout de même une certaine réserve, il motivait l’opinion, on sentait en lui une passion pour son métier, pour convaincre ou pour susciter une émotion du téléspectateur. je n’ai jamais pu le voir sur le petit écran, n’étant pas encore né, je dois avouer qu’en regardant les vidéos de ses JT, il arrive à me captiver, il donne son avis de façon très subtil, il inspire la fascination.
Le seul regret que l’on peut avoir par rapport à notre époque , c’est que nos présentateurs de JT sont glacials, le dialogue est rompu entre le téléspectateur et le journaliste qui s’en tient uniquement aux faits sans aucune digression.
Le monde change.

RIP Gicquel, qui s’ajoute malheureusement à tous les grands Hommes qui nous ont quitté récemment, Salinger, Levi-strauss… la vie est un cycle sans fin

Eolas:
Précisons qu’à l’époque, Roger Gicquel était loin de faire l’unanimité. C’était un poste exposé, et il agaçait aussi bien les gouvernements (Giscard n’a pas apprécié cet édito qui rappelait qu’il aurait pu, aurait dû grâcier) que bien des spectateurs, peu habitué à ce que ce monsieur s’invite dans leur salon pour leur dire des choses contraires à leur opinion. Gicquel a été sauvé par l’absence de zapping possible (sauf à regarder les jeux de 20 heures). Aujourd’hui, il se ferait virer avant même d’avoir fini son édito, avec le réalisateur qui se gourre dans les diapos.

42. Le lundi 8 mars 2010 à 09:31 par Véronique

@ flo

Quel arbitraire ?

En rapide - il faudrait relire les documents disponibles à propos du procès -.

Au procès Ranucci la stratégie de la défense a été embrouillée et divisée. Un ténor du barreau était, semble-t-il, plus soucieux de son image dans les medias de l’époque que de l’enjeu du procès.

Au moment de l’instruction, le travail de défense est totalement délégué à un très jeune avocat sans expérience véritable.

Je ne veux pas accabler le travail des avocats de C. Ranucci. Mais ce garçon n’a pas eu en amont le secours en défense qui était on ne peut plus nécessaire si nous tenons des retentissements médiatiques et politiques (pléonasme) provoqués par l’affaire.

Je comprends l’hommage d’Eolas à Roger Gicquel. Mais je crains fort que concernant l’issue du procès Ranucci la défense - de l’instruction au procès - n’ait pas su jouer gravement son rôle.

Quant à l’inconstitutionnalité éventuelle de la peine de mort, je ne sais pas. Mais a priori je ne pense pas que si C. Ranucci avait pu utiliser ce recours que celui-ci aurait été opérant.

Aux professionnels du droit constitutionnel de répondre.

Eolas:
À la décharge de la mémoire de Jean-François Le Forsonney, qui n’a pas failli et qui mérite que son nom soit cité, et qui a défendu contre la peine de mort, et accompagné son client à l’échaffaud à l’âge de 25 ans (son client en avait 4 de moins). Nous étions en 1976. Si l’avocat avait le droit d’être présent dans le cabinet du juge d’instruction, il n’avait pas le droit de prendre la parole sauf autorisation du juge d’instruction. Il n’a pas le droit de former la moindre demande d’acte, de faire appel de quelque mesure que ce soit hormis la détention provisoire. Ce n’est qu’en 1993 que la loi donnera des droits actifs à la défense, 11 ans après l’abolition (l’appel aux assises attendra 7 ans de plus). 

Ne mettez pas sur le dos des avocats le fait que la loi, votée en votre nom, lui ait interdit toute défense effective au stade de l’instruction. Vous portez trop d’estime au législateur.

43. Le lundi 8 mars 2010 à 09:52 par flo

@ Véronique : à mon sens, il y a arbitraire à partir du moment où le sort (la vie) d’un accusé dépend de la qualité de sa défense. Le jury populaire a rendu son verdict en fonction d’une défense mal ficelée, si je vous suis bien. Le verdict est certes le fruit d’un jury populaire, mais en amont il repose sur une part d’arbitraire (possibilité d’avoir un bon avocat). C’est évidemment une zone d’arbitraire que l’on ne peut pas éliminer, aussi la peine prévue ne peut-elle pas être aussi définitive que la mort.
D’où la nécessité éthique d’une prise de position sur le droit positif (la peine de mort), et le fait que je trouve que R. Gicquel a parfaitement raison de s’asseoir sur l’objectivité journalistique.

44. Le lundi 8 mars 2010 à 10:03 par Véronique

@ Flo

Je voudrais juste préciser que si je ne veux pas accabler en un paragraphe trop vite rédigé le travail des avocats de C. Ranucci c’est parce que je considère que ces avocats avec l’exécution de C. Ranucci ont eu à connaître et à traverser le pire du pire de ce que ce qui pouvait alors arriver à des avocats dans l’exercice de leur métier.

Ce fut aussi un terrifiant malheur pour eux.

au sujet de votre réponse:

Qui, à l’époque, a seulement remis en question la stratégie de défense adoptée ?

Jean-François Le Forsenney - le très jeune avocat de C. Ranucci - a écrit son livre en 2006. Et encore il est très discret dans son témoignage sur l’extrême solitude qui a entouré son travail de défense.

45. Le lundi 8 mars 2010 à 10:15 par Véronique

Ne mettez pas sur le dos des avocats le fait que la loi, votée en votre nom, lui ait interdit toute défense effective au stade de l’instruction. Vous portez trop d’estime au législateur. (Eolas)

Et la loi, interdisait-elle à l’époque à l’avocat d’étudier à fond un dossier, interdisait-elle aux avocats le plus médiatiques de C. Ranucci d’accompagner et de soutenir J-F Le Forsonney dans ses visites à C. Ranucci pour tenter de le convaincre d’une autre stratégie de défense ?

46. Le lundi 8 mars 2010 à 10:20 par flo

@ Véronique et Maître Eolas : je corrige la notion de “qualité” de la défense lors du procès Ranucci, en lisant la note de Maître Eolas sous 42 : il est évident que l’avocat a fait ce qu’il a pu dans l’état du droit de l’époque. Sans doute pour autant comme le dit Véronique tout n’a pas été fait dans les règles de l’art avocatoire. Je n’en sais rien, je n’ai pas lu le dossier comme on dit.
Mais cela ne détruit pas le reste de mon très modeste raisonnement : la défense d’un accusé étant par nature faillible (soit à cause de la qualité de l’avocat, soit à cause des lois en vigueur concernant l’instruction), il y a une part d’arbitraire dans le procès, ce qui interdit que l’on puisse prononcer une peine définitive comme la peine de mort. C’est me semble-t-il ce que R. Gicquel dénonce : la peine de mort. Il a donc raison de prendre éthiquement position sur le droit positif, sans respecter l’objectivité journalistique. C’est tout ce que je veux dire.

47. Le lundi 8 mars 2010 à 10:36 par Petruk

Voici le seul article que j’ai trouvé qui ne fait pas de contresens à propos du fameux “la France à peur”.
Il y a aussi 2 ou 3 passages qui citent M. Mitterrand mais en se gardant bien de développer.

Après cela, les journalistes de la presse écrite vont jouer les pleureuses sur le thème : le ouaib cay le mal, ya rien que des menteries…

@45 Véronique
Et la loi, interdisait-elle à l’époque à l’avocat d’étudier à fond un dossier, interdisait-elle aux avocats le plus médiatiques de C. Ranucci d’accompagner et de soutenir J-F Le Forsonney dans ses visites à C. Ranucci pour tenter de le convaincre d’une autre stratégie de défense ?

Pourriez-vous détailler un peu cette magnifique stratégie de défense qui aurait pu, selon vous, sauver C. Ranucci?
Et accessoirement si vous aviez quelques éléments factuels démontrant que les avocats de C. Ranucci n’ont pas étudié leur dossier, peut-être pourriez-vous également nous les communiquer?

48. Le lundi 8 mars 2010 à 10:54 par Véronique

@ flo

Pour conclure sur la défense de C. Ranucci.

Il me semble bien - à confirmer - que Jean-François Le Forsonney n’a pas été convié à assister à l’audience avec le président de la République de l’époque, Valery Giscard d’Estaing, en vue du recours en grâce de C. Ranucci.

Je pense que sa présence n’aurait sans doute pas modifié la décision du président. Mais je pense que cet élément - la mise de côté de JFLF - que je ne peux pas vérifier aujourd’hui, dit quelque chose d’essentiel sur la façon dont a été organisée la défense de C. Ranucci.

Question éthique journalistique.

Avez-vous vu entendu et vu comme moi Laurence Ferrari invoquant, je crois la semaine dernière, un tableau confectionné pour TF1 censé mesurer nos vilains rejets de carbonne.

Je déteste ce type de pédagogie de la part des journalistes du 20h.

D’accord, R. Gicquel lisant le compte rendu du greffier consacré à l’exécution de C. Ranucci est une séquence pleine de gravité. L. Ferrari et son maudit tableau à côté c’est à pleurer.

Mais vraiment, concernant R. Gicquel, je pense que l’info brute et froide d‘objectivité du texte du greffier suffisait.

@ Petruk

Je voudrais pouvoir reprendre le témoignage de http://www.amazon.fr/fant%C3%B4me-R… Mais je ne pourrai reprendre ce livre que de retour dans la bibliothèque où je travaille.

49. Le lundi 8 mars 2010 à 11:14 par DM

@flo: D’une certaine façon, l’avantage des journalistes qui éditorialisent ouvertement, c’est qu’on connaît leur biais. Le journalisme « à l’américaine », qui s’affiche comme objectif, peut cacher des parti-pris.

Le biais, cela peut être la sélection des faits, l’accent plus ou moins marqué sur tel ou tel évènement, la façon de présenter une personne, toute l’ambiance que l’on met autour (par exemple, rappel d’autres faits divers similaires). Alors bien sûr, on ne vous dit pas quoi penser ou pour qui voter, et on fait semblant de donner la parole à l’autre opinion, mais en fait, on vous influence.

50. Le lundi 8 mars 2010 à 11:31 par Neville

Pour continuer l’hommage légitime à rendre à Roger Giquel, on peut aussi alléger un peu l’ambiance de ce billet, parce que limiter l’évocation de ce grand journaliste à sa seule opinion sur la peine de mort donne forcément une vision partielle de son talent.

Alors, signalons aussi qu’il a joué extrêmement finement le rôle d’un présentateur de télé-réalité dégoulinant de pseudo bons sentiments, dans le film “Le bonheur est dans le pré”.

J’espère que cette fois-ci, ma référence cinématographique sera moins approximative que celle de mon commentaire précédent, sous un autre billet.

51. Le lundi 8 mars 2010 à 11:48 par Jean-Pierre Baissac

Encenser l’homme, mais se garder d’idéaliser l’époque : Gicquel était un cas relativement isolé de journaliste s’employant à faire son métier avec sérieux, objectivité et respect de son auditoire (je préfère ce terme à celui de “public”, qui convient à merveille à ce que produisent les media actuels en matière d‘“info”).

Sur la même chaîne, à la même époque, mais officiant au “13 H”, Yves Mourousi, flanqué de Michel Denisot et des frères Duhamel, anticipait le style pseudo-décontracté-complaisant devenu la marque de fabrique de nos actuels aboyeurs de propagande. Sur une chaîne concurrente, nous avions Jean-Claude Bourret, ancêtre en ligne directe des Pernaud & Pujadas. Premier témoin des évènements de 68 (alors qu’il était simple stagiaire à France-Inter) et ufologue à ses heures, l’homme s’illustrerait quelques années plus tard dans l’aventure berlusconienne, et néanmoins avortée, de “La Cinq” première version… avant de sombrer dans l’oubli.

Christine Ockrent ferait bientôt ses débuts remarqués, ainsi que Bruno Masure. La matrice était rodée. Nous étions en 1981. Signe des temps.

Il y avait évidemment d’autres journalistes de la trempe d’un Roger Gicquel, dont on peut déplorer qu’ils occupaient les seconds rôles : je pense à Hervé Claude, à Bernard Rapp, tous deux décédés, à Claude Sérillon, à Noël Mamère…

C’est drôle cette impression que j’ai de parler d’archéologie…

52. Le lundi 8 mars 2010 à 11:50 par lucien

Je voudrais quand même apporter un petit bémol à cette accumulation de panégyriques.

Si les gens n’ont retenu que “La France a peur”, c’est que Gicquel a tellement insisté sur une phrase qui caressait l’opinion dans le sens du poil que le reste de son discours a complètement été occulté. Il balance une phrase qui fait mal, qui choque, qui heurte, qui explicite un sentiment diffus parmi les téléspectateurs. Et pendant le temps que prennent les gens pour encaisser cette phrase et l’assimiler, ils n’écoutent pas le reste.

Le contresens, il ne l’a peut être pas voulu : mais il l’a commis. Gicquel a quand même fait dans le sensationnalisme : la phrase choc, le regard lourd, le ton grave, le téléspectateur pris à partie… Au lieu d’attaquer de manière plus informative, plus rationnelle, il a joué sur sur le sentiment. 50 millions de français ne peuvent pas s’être tous trompés en faisant tous un contresens sur les propos de Gicquel : c’est lui qui a commis une faute de communication en rendant le sens principal de son propos inaudible. S’il voulait dire que ce n’est pas à cause des enlèvements d’enfants que la justice doit être ignorée, il insister sur ce point et pas sur la peur.

Après effectivement, 30 ans après, à froid, en disséquant la vidéo, on se peut dire que oui, effectivement, les gens n’ont rien compris…

Mais je suppose que je n’apprends rien à des professionnels de la parole comme vous, les avocats sur la manière de captiver un public et sur les messages que l’on veut faire passer.

53. Le lundi 8 mars 2010 à 11:51 par Solo

Le problème en France est qu’il n’y a pas de perpétuité réelle pour remplacer la peine de mort.

Qu’il n’y a pas de peine privative de liberté “grave” pour des faits graves, qu’il n’y a pas les moyens en terme de places et de personnel.

Le problème est que trop souvent, des délinquants ayant déjà purgé une peine de prison récidive de crimes atroces à un âge très jeune (avant trente ans)

A force de jouer sur le compassionnel concernant les auteurs (chose honnie et interdite concernant les victimes…), vous finirez par soutenir par vos actes la réaction inverse : le rétablissement d’une société plus dure.

On ne parlera plus de loi du Talion, mais de justice privée, voire de vengeance pure et simple, si la justice publique apparaît impuissante, lâche, incompétente et indifférente.

Je suis contre la peine de mort (Badinter, Hugo), c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, mais à vous lire, à force, j’ai presque des envies de loi du Talion idéologique.

Vous passez votre temps à surfer sur la vague de l’émotion, comme vous dites. Vous pensez que surfer sur la vague de l’émotion à propos de vos clients pourrait tenir lieu de politique pénale.

Le déséquilibre est ce lui-là : les victimes sont ignorées, évacuées de la chose pénale. Elles sont plus gênantes qu’autre chose. Il faut faire disparaître le corps et le délit. L’auteur des faits, lui, est personnalité à l’extrême, et au final bien trop souvent excusé.
Il faudrait revenir à plus d’objectivité de ce côté là (objectivité dans le sens application d’une peine à un délit, et non pas “atténuation de la responsabilité de ce pauvre délinquant victime de lui même et de la société”, d’où les peines plancher, d’où la demande constante de plus de sévérité dans les peines, d’où les multiples réformes.

Vous maudissez toutes ces choses, réformes, automaticité des condamnations (vous, avocats, juges) sans vous rendre compte que vous en êtes responsables collectivement. Le mouvement s’accélérera, félicitations.

54. Le lundi 8 mars 2010 à 11:58 par lucien

@DM 49 : vous pensez vraiment qu’une chaîne américaine comme Fox News s’affiche comme objective ?

Autre point sur la présentation de l’information. Vous pensez vraiment que, pour prendre un sujet récent, il y aurait eu une mobilisation internationale forte pour Haïti si les informations avaient juste indiqué qu’il y avait eu un tremblement de terre et annoncé le nombre de morts, comme on annonce les chiffres du CAC40. C’est en rendant “humains” les sujets, en créant de l’empathie, en faisant parfois du sensationnalisme un peu dégoulinant de bons sentiments qu’il y a également une dynamique solidaire qui se met en route.

55. Le lundi 8 mars 2010 à 12:08 par Mussipont

@ Solo : “Le problème en France est qu’il n’y a pas de perpétuité réelle pour remplacer la peine de mort.

Vous croyez réellement que la justice fera sortir un jour de prison un Francis Heaulme, un Guy Georges, un Patrice Allègre ?

Je crois que la perpétuité réelle n’existe pas dans les textes mais je crois que dans les faits elle existe bel et bien.

56. Le lundi 8 mars 2010 à 12:22 par Tom

Ah, Gicquel avec son air de chien battu, ses bafouillements, ses lapsus… et avec tout ça, sa clarté, sa noblesse, son humanité loin de l’insipidité des bellâtres et autres péroxydées actuels. C’est avec le même plaisir que je l’ai revu jouer un rôle de présentateur dégoulinant dans “Le bonheur est dans le pré”.

Avec Séguin, ça fait déjà deux abolitionnistes qui s’en vont. Triste hiver.

57. Le lundi 8 mars 2010 à 12:35 par Albert ARIBAUD

Eolas: “Ceux qui sont pour sont largement majoritaires ; vous l’êtes…”. Pouvez vous me dire où est mon inversion de sens ?
A bien réécouter l’extrait, non, je ne peux pas : c’est mon écoute qui a été défectueuse.

58. Le lundi 8 mars 2010 à 14:00 par Lawbylau

@38
Effectivement, le Monde est indispensable pour éclairer mon esprit et je le lis quotidiennement (en tant qu’abonné) depuis quatre ans. D’ailleurs, il m’arrive souvent à la lecture de la rubrique “Débats” de changer d’avis et plusieurs fois même ! au fur-et-à-mesure que des plumes brillantes construisent une véritable bibliothèque d’arguments… Si seulement nos concitoyens se donnaient les moyens de s’instruire ou, à défaut, si on le leur donnait. Ce ne serait d’ailleurs qu’une application d’un objectif à valeur constitutionnelle (confer le préambule de la Constitution de 1946, encore applicable).
Craint-on le risque d’un endoctrinement ? Personnellement, je ne vois pas la subjectivité tant décriée du Monde même en périodes électorales … et pourtant, j’ai beau chercher !

France Inter me paraît être également une autre source d’informations de très bonne qualité.
Aujourd’hui, je n’ai plus ni le temps, ni l’envie de regarder la télévision. Tout n’est pas à jeter dans cette forme de communication mais l’écrit est parfois plus efficace, plus convaincant.
Je pense d’ailleurs que dans le premier extrait cité ici, Gicquel lisait son “papier” et que c’est de sa qualité rédactionnelle que vient l’effet d’une argumentation remarquable. Je doute qu’on puisse aujourd’hui publier sous la forme d’une tribune les propos des présentateurs de journaux télévisés. Ces journaux me semblent avoir excluent de leurs “informations” toute idée d’éducation intellectuelle et n’y avoir garder que le côté sensationnel, émotionnel. Ce qui m’interroge ici également, c’est le temps passé par Gicquel sur un seul et même sujet. Etait-ce une liberté de l’époque ? aujourd’hui, il me semble que le plus gros défaut de la télévision est la brieveté des “sujets”. Ceci impliquant inexorablement de facheux raccourcis.

Pour finir, je persiste : le Monde, c’est bien, France Inter (surtout en voiture) c’est génial mais un élève-avocat, un étudiant en droit doit-il, peut-il se contenter de cela ? Non.

59. Le lundi 8 mars 2010 à 14:19 par révoltée

“execution de la peine de mort (…) pour réparation des crimes d’enlèvement et d’homicide”
faudra que l’on m’explique en quoi la peine de mort contribuait à réparer.

j’attends avec impatience l’époque où l’on aura en tête les souvenirs effrayants de ces GAV de non droit, des arrêts d’assises non motivés et autres réjouissances, comme nous avons aujoud’hui en tête les souvenir effrayants de la peine de mort ou de l’impossibilité d’appel en assises.

60. Le lundi 8 mars 2010 à 14:44 par Gascogne

@ Mussipont ; ne vous fatiguez pas avec solo, qui confond argumenter et cracher son venin. Allez plutôt lire l’article 221-3 du code pénal. Il me semble que le législateur a bel et bien instauré une perpétuité réelle …

61. Le lundi 8 mars 2010 à 15:08 par Tom Joad

“…en réparation….”

Il me semblait que la “réparation” était l’affaire du droit civil (sous forme de dommages et intérêts) et non du droit pénal, dont l’objectif est uniquement de sanctionner…

62. Le lundi 8 mars 2010 à 15:17 par Natalie

Quelque soit la justesse des propos de Roger Gicquel (avec tout mon respect), je pense qu’un journal devrait rester neutre, sans donner un avis personnel, car il y a bien d’autres moyens de le faire, sans tenter d’influencer l’opinion publique.

D’autre part, le public n’a pas toujours été en mesure d’interpréter ses propos, d’où des contresens, ce qui montre que prendre position (à tort ou à raison) n’est pas souhaitable.
Il faut laisser au public tirer ses propres conclusions des informations qu’il reçoit.
Cela me paraît d’autant plus logique pour l’esprit d’un juriste (que je suis) et j’avoue que les jugements personnels de ceux présentant le journal, que les gens font passer pour héroïques, m’ont toujours laissée un peu perplexe.

63. Le lundi 8 mars 2010 à 15:22 par linaigrette

J’ai encore en moi cette “plaidoirie” de Roger Gicquel lors de l’exécution de Christian Ranucci… Je n’étais pas si jeune et je militais depuis déjà si longtemps “contre la peine de mort”… Vous n’imaginez pas la somme de réflexions “désagréables” dans le milieu médical où je vivais, la somme d’imprécations de certains médecins en salle de garde, les insultes et les ricanements… Et comme je parle ici de moi, juste une anecdocte : j’écrivais le journal de ma vie d’où j’avais exclu la politique… le jour de l’abolition et en larmes je n’ai écrit qu’une chose “aujourd’hui la peine de mort est abolie en France”. J’ai comme hier en mémoire le phrasé de Robert Badinter, je connais par coeur certaines de ses phrases”… c’est vrai : nous étions loin d’être majoritaires… merci Maître,
MFG

64. Le lundi 8 mars 2010 à 16:15 par FrédéricLN

Effectivement, sur le ton de l’information, c’est un fameux éditorial que je découvre, merci Maître Eolas.

Aurait-il dû rester plus neutre (Natalie #62) ? Quelque chose me dit que quand la loi interdit de commenter, il peut être civique d’enfreindre la loi !

65. Le lundi 8 mars 2010 à 16:18 par Sursis à statuer

Il y a, ce me semble, au moins une erreur grossière que n’aurait pas du commettre un abolitionniste convaincu : dans la première vidéo, à 4’25” environ, il évoque “Claude Buffet et Roger Bontemps (exécutés) pour leur double meurtre de la prison de Clairvaux”.

Or, Bontemps n’avait pas de sang sur les mains : c’est Buffet seul qui avait égorgé leurs deux otages, et c’est donc sinon à un innocent du moins à un homme qui n’avait pas tué que la grâce présidentielle fut refusée.

66. Le lundi 8 mars 2010 à 16:19 par Solo

@Gascogne : je lis trente ans maximum avant libération possible pour un assassinat de mineur de quinze ans accompagné d’actes de barbarie. “Réelle” n’était pas un mot inutile.

(Fofana sera libre dans les années 20… maximum).

Mais ce ne sont pas les actes les plus graves qui modifient l’équilibre d’une société et qui provoquent les réformes et demande de sévérité (le législateur dont vous parlez en arrive à instituer des lois pour obliger les juges à condamner à une peine qui ne serait pas ridicule un délinquant récidiviste : alors bien sûr, vous moquez, vous déplorez, le législateur est stupide, il ne comprend rien à votre matière, la réforme elle-même est mal conçue, inconstitutionnelle, inapplicable en certaines de ses dispositions, au choix, mais l’institution judiciaire ne se remet jamais en cause, c’est une Olympe, une assemblée d’immortels (une des conséquences en est qu’ils ne peuvent techniquement pas être victimes).

Tous les petits délits… tous les multi-multi-récidivistes (à tel point qu’il n’est nul besoin d’examiner en détails pour véritablement qualifier l’auteur de certains faits de récidiviste au sens restrictif du droit pénal), Eolas parlait de “B1 longs comme le bras” dans une des notes précédentes me semble-t-il. Comment en arrive-t-on à de telles dérives ?

Que ferez-vous à la prochaine réforme durcissant encore le métier ou tendant vers une répression automatique ou politique pénale type “tolérance zéro” ? Vous parlerez et vous expliquerez pourquoi et comment le législateur se trompe, pourquoi et comment vous êtes les seuls remparts instruits et éclairés des libertés individuelles, guidant le peuple contre l’hydre monstrueuse du populisme et des appels aux meurtres de la foule abrutie. D’ailleurs, c’est bien connu, les Français (surtout les Troyens) sont d’apparence paisible, presque bovine, souvent pères de famille et citoyens occasionnels, mais sont sous cette couche délicate de vernis proto-civilisationnel de farouches barbares assoiffés de sang du premier criminel passant au 20h. Devisons entre dieux pour déterminer à quel point et de quelle manière ils se trompent. N’est-ce pas ?

Personnellement, j’entends pour un fait assez sérieux une condamnation à de la prison avec sursis comme une relaxe, au mieux un sérieux avertissement. Je n’y vois pas condamnation. Si un juge prononce cette peine envers moi, je serais soulagé et libéré.

@Tom Joad : il me semble qu’au contraire, originellement, le droit pénal a tout à voir avec la réparation au sens le plus dur et le plus humain. Le nier serait peut être le dénaturer.

67. Le lundi 8 mars 2010 à 16:32 par Véronique

@ FrédéricLN

Effectivement, sur le ton de l’information, c’est un fameux éditorial que je découvre, merci Maître Eolas.

Sauf qu’en ouverture du JT , Roger Gicquel ne précise pas que l’information qu’il donne au sujet de l’exécution de C. Ranucci est en réalité un éditorial, donc, dans le forme et dans le fond, l’exposé d’un parti pris et d’un point de vue.

D’un point de vue de la mission d’information cela pose tout de même question. Pas tant en raison de ce que R. Gicquel exprime, mais en raison de l’absence de mention qui fait qu’à aucun moment il ne mentionne que son JT relève du fond et de la forme d’un éditorial de presse.

68. Le lundi 8 mars 2010 à 17:06 par Mussipont

@ Gascogne : si j’ai bien tout compris (ce qui n’est pas sûr!) l’article 221-3 , il reste tout de même la possibilité d’une commutation de peine, nous ne sommes donc pas tout à fait dans le cas d’une perpétuité réelle comme la rêve Solo ou nos amis de l’institut pour la justice.

69. Le lundi 8 mars 2010 à 17:07 par Thufir

hé bé, ça a changé TF1…

70. Le lundi 8 mars 2010 à 17:17 par Blog atypique... d'un drôle de Blogeur...

Superbe journaliste qui a bercé mon enfance….
La vie passe et s’en vont ceux qui nous sont chére puisqu’ils font parti de nos souvenirs..
bel hommage… Superbe vidéo…
Merci à toi…
C’est fantastique… de nous avoir fait revivre avec tes vidéo ce petit moment..
LOrent un fou du …… Surprise……….

71. Le lundi 8 mars 2010 à 17:20 par Gallager

Eolas, vous avez plus ou moins de 70 ans ?

72. Le lundi 8 mars 2010 à 18:33 par XRipper

@Véronique, Natalie et les autres
Vos points de vue sont respectables et se discutent. Mais il reste que le travail et les mots de R. Gicquel relevaient sans conteste du journalisme. Et on ne peut lui retirer ce titre quoi qu’on pense de ses choix sur cette vieille question de la part de l’objectivité dans le travail d’information.

Les “JT”, privés ou publics, sont aujourd’hui du ressort d’animateurs. C’est bien plus navrant.

73. Le lundi 8 mars 2010 à 18:57 par franCk

Je suis surpris que les grands enfants que vous êtes parlent encore de “Il faut laisser au public tirer ses propres conclusions des informations qu’il reçoit” - malheureusement aucune information n’est objective, l’auditeur n’est présenté qu’avec une infime partie de ce qui est nécessaire pour pouvoir se faire un avis éclairé…
Bien sur vous vous rappelez de Timisoara et autres manipulations avérées, mais le simple fait de choisir un évènement face aux centaines d’autres est déjà une manipulation (regardez le JT de TF1 nouvelle formule pour voir de quoi je parle). Désolé mais je crains que sans personne pour éclairer une info dans son contexte, croire que l’on puisse tirer ses propres conclusions de façon objective est totalement illusoire…
La seule solution est de ne pas suivre l’information qui vient d’un seul canal - et quand on a 2 versions opposées, d’aller vers où son cœur penche, et sur ce coup là, le mien penchait vers M. Gicquel :-)

Ah, et puis juste pour confirmer ce que je viens de dire, la citation de Rocard, qui visiblement abuse même le maitre de ces lieux alors que les archives sont assez claires - mais ça n’empêche pas Rocard d’être un mec bien, car on a aussi le droit à l’erreur - un mec humain quoi…

74. Le lundi 8 mars 2010 à 20:02 par Yann

Une étude intéressante du rôle des médias lors de l’affaire Patrick Henry (ou plutôt Philippe Bertrand) a été dressée dans une des livraisons de 1998 de la revue Vingtième Siècle par Christian Delporte, professeur à l’Université de Versailles et spécialiste de l’histoire culturelle et notamment de l’histoire des médias. l’article, qui contient un retour très intéressant sur “La France a peur” et son analyse a posteriori par Roger Gicquel est en lecture libre sur Presée à l’adresse suivante :

http://www.persee.fr/web/revues/hom…

75. Le lundi 8 mars 2010 à 20:15 par bob

29 ans après, que diraient les sondages sur la question qu’on évite de poser ? (non, je ne parle pas du Traité sur la Constitution Européene, lui, la question a été posée mais la réponse, en vrai signe de respect démocratique, magnifiquement enterrée l’année suivante)

76. Le lundi 8 mars 2010 à 20:25 par marsan

Me EOLAS,

tout a fait hors sujet, vous avez été interpellé par une consoeur là :

http://combatsdroitshomme.blog.lemo…

J’avoue que j’en ai beaucoup ri

77. Le lundi 8 mars 2010 à 20:29 par Dr Tavuk

@ Lucien (#54)

Peut-être, mais il y a les bons et les mauvais côtés. Exemple un peu ancien (vous m’excuserez, ça fait plus de dix ans que je n’ai plus de télé) : à l’époque, il y avait des problèmes de violences urbaines au Mirail (banlieue de Toulouse), avec des jeunes qui cassaient des voitures - entre autres.

19h30 : Journal régional de la 3, un jeune qui s’exprime à visage découvert, calmement, qui explique, en substance, qu’ils ont bien conscience que la violence n’est pas la solution, mais qu’ils ne savent plus comment se faire entendre autrement.

20h même jour : Journal de TF1 : le même jeune, bandana en travers du visage qui gueule “on a la haine, on va tout casser”.

Quel est le journaliste qui lui a filé un billet pour afficher ce qu’il voulait montrer ? Ou commence et où s’arrête la manipulation d’image ? Jusqu’où êtes vous prêt à la tolérer pour les éventuels effets positifs qu’elle peut avoir ? Je rejoins donc plutôt les avis de DM (#49), XRipper (#71) et FranCk (#72) sur la question : le journalisme peut être engagé, mais à condition de l’être clairement au lieu d’afficher une soi-disant objectivité, et autant croiser les sources…

78. Le lundi 8 mars 2010 à 20:33 par marsan

et puis encore un petit hors sujet sur la journée de toutes celles que nous aimons et de celles que nous pourrions aimer, cet article d’une excellente revue du net qui s’appelle RSE et qui nous parle des femmes, non pas celles qui vivent dans nos pays où l’on peut naitre quasiment sans problème et en tout cas pas avec les problèmes de ces femmes d’asie centrale

http://www.regard-est.com/home/brev…

79. Le lundi 8 mars 2010 à 20:38 par DM

@lucien: Quand je parle de « journalisme à l’américaine », je pensais à la tradition de journaux comme le New York Times, où l’on distingue, normalement, la partie éditoriale de la partie factuelle.

Votre exemple de Fox News est mal choisi. Fox News s’affiche « fair and balanced », c’est-à-dire équitable et équilibrée. Elle s’adresse à un public persuadé que le monde des médias est quasi totalement de gauche (avec la notion américaine de la gauche, “liberal”, qui n’est pas la française) et qu’avec Fox News on a une information vraiment équilibrée.

Reste que les dés sont pipés, comme par exemple dans un show comme Hannity & Holmes, Holmes étant une sorte de faire-valoir de gauche.

80. Le lundi 8 mars 2010 à 22:48 par undoc

merci à Eolas et surtout à Rocky 4 (commentaire 11) de m’avoir fait découvrir l’imposture de Rocard

81. Le lundi 8 mars 2010 à 23:13 par patere legem

@65
Il n’y a pas d’erreur ils ont bien été tous les deux condamnés (et exécutés) pour assassinats ou complicité d’assassinats donc du fait du double “meurtre”

82. Le mardi 9 mars 2010 à 07:23 par koudou

Ce qui est surprenant (outre le courage de R. Gicquel) c’est le temps qu’il prend pour exposer son opinion.

Si je compare à un présentateur actuel, Gicquel parle réellement aux français. Il prend le temps d’expliquer, donne les détails. Il a l’air de donner un cours magistral.

Aujourd’hui non seulement ce genre « d’effronterie » ne passerait pas mais la plupart des présentateurs irait au plus rapide, lisses, sans avis, sans commentaire.

83. Le mardi 9 mars 2010 à 10:46 par depannage informatique

Effectivement, j’ai aussi remarqué le ton posé sur lequel Gicquel parle .. je ne pense pas que une chaîne de télévision laisserait un présentateur libre d’opérer comme cela de nos jours.

84. Le mardi 9 mars 2010 à 11:42 par Solo

@Mussipont : je ne rêve pas le malheur d’autrui et l’enfermement à vie, je fantasmerais plutôt le bonheur universel et la fraternité, mais je ne vis pas dans un monde de bisounours.

85. Le mardi 9 mars 2010 à 12:04 par Tom Joad

@ 66 Solo

Certes, je ne nie pas que de façon très originelle, il y avait une forme de réparation dans le droit pénal, notamment au travers de la loi du Talion mais je pense qu’en termes de droit positif (celui de maintenant, pas le droit des civilisations antédiluviennes) le droit pénal des sociétés supposées “civilisées” n’est pas un droit de la réparation (c’est le droit civil qui s’occupe de cette fonction, même si les 2 peuvent être liés via les constitutions de partie civile) mais un droit de la répression, ou un droit “sanction” si vous préférez (comme le droit disciplinaire du reste, qui n’est autre que l’équivalent du droit pénal dans les “micro sociétés” que constituent les entreprises, les associations, les ordres professionnels, etc..)

Ceci étant, j’ajouterai que, toujours dans une société civilisée, la fonction répressive du droit pénal doit (devrait ?) se doubler une fonction éducative et de réinsertion.

86. Le mardi 9 mars 2010 à 13:39 par claude

Maître, merci de vos paroles et de ce texte. Ayant travaillé aux cotés de Roger Gicquel pour “En flanant” de 1992 à 1995, alors que je débutais dans le métier du reportage, je vous remercie de ces mots justes ! Ces derniers jours nous parlions politique et droiture de la vie, il m’a toujours insufflé du courage et de l’ambition, aujourd’hui c’est un peu mon grand père que je pleure, mais surtout un homme qui m’avait emmené dans son coeur d’ami, et ou le mot fidélité ne s’est jamais étéint.
Merci à vous encore !

87. Le mardi 9 mars 2010 à 13:49 par Lord volde

Le corps de la profession d’avocat a toujours été faible et retors en ce qui concerne les missions et le rôle qui lui ont été dévolus par le pouvoir institutionnel au cours des siècles passés et du siècle présent. Autrefois, il était comme des pions devant les Juges omnipotents, baissant l’échine et racollant en mièvreries de tous genres. Le métier d’avocat est celui d’une prostituée devant ses maquereaux (souteneurs). Il fait ce qu’on lui demande de faire, c’est-à-dire, parler au nom de son client quand le juge daigne l’autoriser à se répandre, puis reverser une partie de ses gains à l’Etat qui lui concède un monopole, à l’ordre des avocats qui veille à ce que le système continue de tourner, en excluant les gros grains de sable qui risque de faire gripper la machine, et à tous ses créanciers qui lui offrent l’opportunité de servir docilement l’ordre établi.

88. Le mardi 9 mars 2010 à 13:51 par Lord volde

erratum : qui risquent

89. Le mardi 9 mars 2010 à 14:03 par Lord volde

correction : puis, doit reverser une partie de ses gains…

90. Le mardi 9 mars 2010 à 15:51 par citoyenlambda

Je me joins à tout ceux qui regrette sa perte.

En regardant ces vidéos, je me suis fait plusieurs reflexions :

- à la télévision à l’époque on avait plus de temps pour expliquer, jamais je crois aujourd’hui le présentateur ne passerait autant de temps à parler d’un sujet avant de lancer un reportage video.

- dans la deuxième vidéo :
ce qui frappe c’est la volonté de “tirer vers le haut” le téléspectateur, partager avec lui de réelles hautes convictions, ce qui à mon sens est très honête.

aujourd’hui au contraire, le spectateur est le “client” on le flatte, on prend pour acquis ses comportements, on produit une sorte d’empathie pour, on se veut avec lui, on veut donner l’impression qu’on partage ses sentiments, finalement on joue sur l’affectif.
Je pense que la mission d’information est secondaire, il faut juste accaparer son attention et se faire bien voir de lui, quelle regression, quelle soupe !

Au final aujourd’hui on se moque du spectateur, puisqu’on ne lui dit pas la vérité, on ne le traite pas en adulte responsable.

91. Le mardi 9 mars 2010 à 16:02 par Neville

Au fait, dans le style TF1 a beaucoup changé depuis lors, combien parieriez-vous qu’aujourd’hui, si on nous montrait une guillotine en fonctionnement à la télévision, il y aurait au moins un mannequin dans l’appareil, voire ce serait le film d’une vraie exécution capitale ?

Surtout sur TF1, du reste !

Là, avec la guillotine vide mais qu’on imagine forcément “garnie”, l’effet est d’autant plus effroyable, sans flatter les bas instincts humains d’avidité de sang.

92. Le mardi 9 mars 2010 à 20:27 par Mécékilui

À propos de Rocard, la phrase complète était: “La France ne peut accueillir toute la misère du monde, raison de plus pour traiter correctement la part qu’elle se doit d’en prendre.”
C’est clair, non?

93. Le mardi 9 mars 2010 à 21:53 par Bébèrt

@Mécékilui Pas tout à fait, les seuls archives qui restent disponibles ne font aucune mention de la part qui reviendrait à la France.

http://www.rue89.com/2009/10/05/com…

http://www.ina.fr/recherche/recherc…

94. Le mercredi 10 mars 2010 à 03:28 par -Twist-

Merci pour ces infos. Je n’étais pas au courant de tout ca concernant Roger Gicquel.
Vu que je ne l’ai jamais vu à la télé (né en 1979, j’étais trop jeune lors de son départ), pour moi, Roger Gicquel c’était surtout les souvenirs des blagues de Coluche “quand un avion s’écrase dans le monde, c’est toujours sur les pompes de Roger Gicquel”.
Merci donc pour cet éclairage précis et mérité.

95. Le mercredi 10 mars 2010 à 10:15 par mécékilui

@ Bébèrt (#93)

Je tiens ces renseignements de Michel Rocard lui-même; il précise
que cette phrase fut prononcée à la radio et qu’il n’en reste plus aucun enregistrement.

96. Le lundi 29 mars 2010 à 13:01 par Dynamosquito

Je vous remercie du fond du coeur pour cette mise au point salutaire. Enfant à l’époque, je fait partie de ceux qui en étaient restés au vague souvenir de “la france a peur”, citation dont je mesure grâce à vous comment elle a pu souffrir d’être ainsi prise hors de son contexte. Je n’avais jamais vu Roger Gicquel sous cet angle. je suis suffoqué par cet extrait, pièce d’anthologie du courage journalistique et de la déontologie citoyenne.

Encore merci.

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