Mon cœur mon cœur ne t’emballe pas,
Fais comme si tu ne savais pas
Que l’Anglais est revenu !
Mon cœur arrête de répéter Qu’on va venger l’affront de l’an passé De l’Anglais qui est revenu !
Mon cœur, arrête de bringuebaler
Souviens-toi qu’il nous a déchiré,
L’Anglais qui est revenu !
Mes amis ne me laissez pas !
Dites-moi, dites-moi qu’il y a de la bière au froid
Maudit Anglais, puisque te v’là !
Le crunch ! France -
Angleterre, avec un parfum de revanche du match de l’an passé (34-10, avec un essai assassin de Mark Cueto au bout d’une minute et une équipe de France stérile toute la première mi temps).
Ce sont nos pires amis, ou nos meilleurs ennemis, comme vous
préférez, qui débarquent ce soir : la
terrible,
orgueilleuse, et perfide Angleterre. Quelle joie de la retrouver !
Voici donc le drapeau anglais, dit drapeau de Saint George.
Il
vous dira sans doute quelque chose : il rappelle en effet celui de la
Géorgie, que nous affrontâmes lors de la dernière coupe du monde.
La croix rouge sur fond blanc est un emblême très
répandu dans la chrétienté, Saint
Georges
étant le Saint Patron, outre de l’Angleterre et de la
Géorgie, de l’Aragon, de la Catalogne, du Canada, de
l’Ethiopie,
de la Grèce, de la Serbie et du Montenegro, du Portugal, de
la
Russie et même de la Palestine, ainsi que des villes de
Beyrouth, Barcelone
ou Moscou. C’est ainsi que le symbole du club de footabll de Barcelone,
le fameux Barça,
comporte la croix de Saint George.
Ce symbole remonte aux Croisades, où il était le
symbole
des chevaliers et soldats français, le pape ayant
décidé que les anglais porteraient une croix
blanche sur
fond rouge, les germains ayant une croix bleue et jaune, devenue le
drapeau suédois. Les Anglais ont néanmoins
adopté
le croix rouge sur fond blanc, et la croix de St George est ainsi
devenue le symbole des croisés dans leur ensemble,
étant
à son tour adoptée par les Templiers. Lors de la
Réforme, tous les drapeauxs représentant des
saints ont
été abandonnés en Angleterre
à l’exception de celui de St
George. Dans la Navy, le drapeau de Saint Georges indique un navire
amiral.
Le drapeau du Royaume Uni s’appelle le drapeau de l’Union, ou Union
Jack dans la marine (“Jack” indiquant un pavillon de marine), car il
est composé de la réunion des drapeaux des trois
couronnes réunies sur la tête des rois
d’Angleterre,
chacun représenté par une croix liée
à un
saint : la croix de Saint George pour l’Angleterre, la croix de Saint
André pour l’Ecosse, et la croix de Saint Patrick pour
l’Irlande. Cette union s’est faite en deux temps : en 1606, quand James
VI d’Ecosse devient roi d’Angleterre sous le nom de James Ier, les
croix de Saint George et Saint André sont réunies
pour faire le premier drapeau d’Union. Puis en 1801, la croix de Saint
Patrick est ajoutée quand l’Acte d’Union (Acte
désignant
une loi) fusionne les royaumes d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande pour
former le Royaume Uni, dénomination encore officielle de nos
voisins d’Outre Manche. Le pays de Galles n’est pas
représenté dans ce drapeau car il ne s’agit pas
d’un
royaume mais d’une principauté, dirigée par les
héritiers du trône d’Angleterre (actuellement le
Prince
Charles, Prince de Galles, le titre de princesse étant
vacant
nonobstant le second mariage du prince).
L’équipe joue ainsi isolément car le Royaume Uni
n’a pas
de fédération de rugby. A la place, chaque
royaume a sa
propre fédération, reconnue par l’IRB. Il en va
de
même au football, d’où le match d’ouverture Brésil Écosse lors de la coupe du monde 1998.
Le symbole du XV d’Angleterre est la rose rouge. Il
s’agit d’une allusion à la rose rouge des Lancastre, famille
opposée à celle d’York au cours de la guerre des
Rose,
qui aboutit à la chute de la maison des
Plantagenêts, dont
Lancastre et York étaient deux branches, au profit de la
maison
des Tudor. Je ne crois pas que la fédération
anglaise
prête allégance à la maison des
Lancastre cinq cent
ans après la fin du conflit, mais le maillot de
l’équipe
d’Angleterre étant blanc (couleur royale, comme le maillot
du
Real Madrid, que je me devais de citer ayant mentionné le
Barça afin d’éviter une autre guerre civile), une
rose
blanche ou la rose des Tudor (rouge et blanche pour marquer la
réconcilation du royaume) serait peu visible sur le maillot.
L’Angleterre n’ayant pas d’hymne officiel propre, c’est bien le God Save The Queen
qu’entonne le XV d’Angleterre, qui est pourtant l’hymne du Royaume Uni.
Une scène fort cocasse a lieu quand l’Angleterre joue contre
l’Ecosse à Murrayfield, quand l’hymne (lui aussi non
officiel)
écossais, Flower
Of Scotland,
est entonné, car on voit la Princesse Anne, fille de la
reine
Elisabeth et Duchesse d’Edimbourg, chanter de bon coeur cet hymne
nationaliste célébrant la victoire des Ecossais
contre
les Anglais à Bannockburn en 1314 (la bataille qui
clôt le
film Braveheart).
Au Royaume Uni, le pragmatisme est la vraie religion d’Etat.
Mais en réalité, le XV à la rose a un
hymne non officiel, qui galvanise autant les Anglais qu’une
Marseillaise fait oublier la fatigue aux Français.
Priez,
mes amis, priez pour ne point entendre résonner cet hymne
païen (même si c’est un gospel) près de
la basilique qui accueillit
l’Oriflamme…
Le Swing Low, Sweet Chariot, la kryptonite
universelle.
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
L’histoire de cette chanson se confond avec l’histoire de
notre vieille rivalité rugbystique qui nous oppose
à nos
cousins
d’Outre Manche. En
fait, une vieille rivalité oppose l’Angleterre à
un peu
tout le monde, et c’est une des équipes les plus
cordialement
détestées, chacune de ses (trop rares)
défaites
étant savourée d’un
hémisphère à
l’autre, mais la France jouit d’une position de détestation
cordiale privilégiée. Un adage écossais dit ainsi “I support two teams : Scotland and whoever is playing England” : je soutiens deux équipes : l’Écosse, et celle qui joue contre l’Angleterre, quelle qu’elle soit.
Tout d’abord, l’Angleterre n’a accueilli la France dans le concert des
nations rugbystiques qu’avec réticence en 1910. Le sport de
l’aristocratie anglaise était en France pratiquée
par les paysans rugueux du sud, et l’Anglais n’aimait guère
se mélanger. Il faut dire qu’au début, la France
a tout fait pour lui donner raison. En 1913, la foule envahit le
terrain pour assommer l’arbitre de France-Ecosse. La France est exclue
du tournoi, mais sauvée si j’ose dire par la
première guerre mondiale qui suspend le tournoi, qui reprend
en 1918 toutes rancoeurs oubliées au nom de la
fraternité d’armes. En 1927, c’est la première
victoire contre les Anglais (le pays de Galles résistera
jusqu’en 1948). En 1931, la France est à nouveau exclue pour
son comportement violent jusqu’en 1939. En fait, deuxième guerre mondiale oblige, la suspension durera
jusqu’à la reprise du tournoi en 1947. En 1952, l’Angleterre
accuse la France de professionnalisme des joueurs (ironie de l’histoire,
l’Angleterre sera la première à passer au
professionnalisme dans les années 90 : en Angleterre, le
pragmatisme est religion d’Etat) et des joueurs français
sont définitivement exclus de la sélection pour
apaiser les Anglais. Voilà donc le terreau de la
rivalité. La fleur éclora à la fin
des années 80.
En 1988, le XV d’Angleterre était en train de traverser une
des plus mauvaises passes de son histoire, battu notamment par la
France plusieurs années de suite, y compris sur son sol sacré, à
Twickenham. L’Angleterre jouait face à l’Irlande, et avait
perdu 15 de ses 23 derniers matchs du Tournoi des Cinq Nations, tournoi
qu’elle n’avait plus gagné depuis 1980. En deux ans et demi,
les supporters de Twickenham n’avaient vu qu’un seul
misérable essai marqué par les Anglais. A la mi
temps, l’Irlande menait 3 à 0. Et puis comme cela arrive
parfois au rugby, l’espoir
changea de camp, le combat changea d’âme, et
tout à coup, rien ne semblait plus pouvoir arrêter
les Anglais, qui gagnèrent 35 à 3, dont trois
essais marqués par Chris Oti, qui faisait ses
débuts de jour là. Les collégiens d’une
école bénédictine de Woolhampton qui assistaient au match
entonnèrent alors un gospel en l’honneur d’Oti, Swing Low, Sweet Chariot,
que la foule reprit en choeur.
Ce fut le signal d’une résurrection, et d’un nouvel
âge d’or pour le XV à la rose, l’époque
de Will Carling et Brian Moore, époque qui se construisit
sur le dos de l’équipe de France. Pendant sept ans, nous ne
gagnerons jamais, et toujours pour la même raison :
être poussé à la faute par les Anglais,
de préférence à 20 mètres
en face de nos poteaux, ce qui donnait trois points aux Anglais, et
faisait résonner le Swing
Low. Le clou était enfoncé par Will
Carling qui félicitait les Français vaincus d’un
“Good game” dont l’évocation fait encore monter les larmes
aux yeux des joueurs de l’époque. Il faudra des
années pour que le XV de
France vole aux Anglais leur sang froid, et il est encore fragile : la propension des Français à garder le ballon au sol, à le talonner à la main, quand ce n’est pas distribuer des baffes sous les yeux de l’arbitre est pudiquement appelée “le jeu latin” des Français. C’est la défaite assurée quand il pointe son vilain nez.
Cette rivalité prendra fin brutalement, du jour au
lendemain, lors de notre
inoubliable victoire en petite finale de la coupe du Monde en
1995 (19 à 9), où enfin, la série
noire prendra fin, et au plus beau moment, la Coupe du Monde. Les
joueurs Français sont tous allés serrer la main
de Will Carling abattu en lui disant un “Good game !” chantant avec
l’accent du sud ouest. La partie s’est
en réalité terminée le lendemain
à l’aube, les joueurs des
deux équipes s’étant donné rendez vous
pour faire une fête de tous les diables jusqu’à
l’aube, enterrant définitivement la hache de guerre. Cela
sera aidé par le virage vers le professionalisme,
des Anglais venant jouer en France et
des Français allant jouer en Angleterre (Sébastien Chabal a joué cinq ans dans le club de Sale,
près de Manchester), ce qui comblera un peu le
fossé d’incompréhension, les Anglais allant
jusqu’à recruter un entraîneur
français, Pierre Villepreux en 1995. Il fut naturellement tondu à son retour, rassurez-vous.
Cette époque a laissé une tradition, une
rivalité qui fait que vaincre l’autre équipe est
un plaisir sans nul pareil, mais la terrible tension 1988-1993 a
disparu. On la rejoue pour s’amuser. Il n’empêche : piétiner les Anglais est toujours une coupe d’ambroisie.
Un petit point sur ce Tournoi qui, déjà, touche à sa fin.
La France l’a quasiment gagné, l’Angleterre, avec ses deux défaites, l’a déjà perdu. Seule l’Irlande pourrait nous le voler sous le nez, en écrasant l’Écosse, à condition que l’Angleterre nous écrase elle aussi, de façon à remonter les 50 points d’écart sur le goal average. Peu probable. L’enjeu essentiel de ce match est la récompense suprême, le Grand Chelem, 5 matchs, 5 victoires, 10 points tout rond au tableau du score. Ce serait le premier de l’ère Lièvremont - N’tamack - Retière, et le premier pour Sébastien Chabal, qui n’avait pas été retenu dans l’équipe de France en 2002 et 2004, date de nos deux derniers Grand Slami. Et à un an de la Coupe du Monde, ça ferait le plus grand bien à cette équipe si jeune et qui se construit encore.
Ceux d’entre vous qui le souhaitent pourront suivre mes commentaires éclairés en direct sur Twitter, sur le compte spécial @EolasRugby.
Alors, plus que jamais… ALLEZ LES BLEUS ! ! !
Mise à jour : Youpi.
Ce billet, écrit à 00:22 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
C’est à présent l’Italie que le XV de France va affronter demain.
Un petit bilan sur ce tournoi. Aujourd’hui s’est produit un événement rare : un match nul. L’Ecosse a fait jeu égal avec l’Angleterre, décidément en petite forme, même si ce diable de Johnny Wilkinson est entré dans l’histoire en devenant le meilleur marqueur de l’histoire du tournoi. Pas de cuiller de bois pour l’Ecosse, l’Angleterre lui ayant ainsi donné un point, et c’est bien la dernière de qui les Ecossais attendaient leur salut.
La France est en tête, et ce même avec un match de retard. Elle est seule en lice pour le Grand Chelem. La deuxième place semble promise à l’Irlande, Tout se jouera le week end prochain, mais j’y reviendrai.
L’Italie, donc.
Le drapeau italien fait partie des nombreux drapeaux tricolores nés au lendemain de la Révolution française. Celle-ci ayant adopté le drapeau tricolore, cette configuration en trois bandes verticales est devenue au XIXe siècle un symbole de bouleversement chargé d’espoir, et de nombreux pays ayant connu des changements politiques majeurs ont choisi un drapeau inspiré du drapeau français : citons l’Irlande, la Roumanie, la Belgique et beaucoup de drapeaux africains : le drapeau de Côte d’Ivoire est d’ailleurs le drapeau irlandais renversé, l’orange contre le mat et le vert au vent.
Les origines exactes sont controversées. Voici les différents possibilités, je vous laisse faire votre choix.
- Les Italiens ayant reçu Napoléon en libérateur pour avoir chassé les Autrichiens, ils ont adopté le drapeau français en changeant le bleu en vert, couleur préférée de l’empereur.
- Le premier drapeau vert blanc rouge a été adopté par l’éphémère république transpadanienne, mêlant le rouge et le blanc, couleurs de Milan, avec le vert des uniformes de la milice civile de la ville.
- Une œuvre de Dante Alighieri (le 18e chant des Purgatoires) décrit les trois vertus théologales en les représentant par trois couleurs : Le vert pour l’espoir, le blanc pour la foi et le rouge pour la charité.
Aujourd’hui, une explication est donnée aux cours d’instruction civique en Italie ; elle est jolie mais sans nul doute largement postérieure à l’adoption du drapeau : le vert pour les collines des Appenins, le blanc pour la neige des Alpes, et le rouge pour le sang des martyrs des guerres d’indépendance.
Et pourquoi pas le vert du gazon, le blanc des poteaux, et le rouge du carton de Zidane pendant qu’on y est ?
L’histoire mouvementée de l’Italie fera que le drapeau de ses diverses entités connaîtra beaucoup de changements, mais les trois couleurs en seront toujours le dénominateur commun, seul un liseré bleu ayant fait son apparition lors de l’apposition du blason des Savoie, afin que la croix blanche ne fût pas confondue avec le blanc du drapeau. C’est ce liseré bleu, couloir de la famille royale de Savoie, qui a donné la couleur du maillot de l’Italie (qu’on n’appelle pas squadra azzura en Italie mais gli azzuri, les bleus, comme chez nous.
Ce drapeau a été définitivement adopté en sa forme actuelle avec la République, le 19 juin 1946, en retirant les armes royale des Savoie qui ornaient le blanc.
Le rugby est arrivé en Italie à la fin du XIXe siècle. D’une part à Gênes, par l’importante colonie anglaise qui y était établie, mais surtout par le grand nombre d’étudiants français venant étudier dans les prestigieuses universités du nord de l’Italie. La raison de ce succès est similaires à celles qui ont fait que le rugby a pris dans le sud de la France et pas dans le nord (si on excepte Paris) : ce sport faisait écho à d’anciennes traditions de se mettre sur la figure en tenant un ballon à la main, comme la soule en France. Ainsi, ceux qui ont eu le bonheur de visiter Florence auront pu assister médusé à une très ancienne tradition, le calcio storico. D’ailleurs, le régime fasciste de Mussolini a tenté de faire du rugby le sport officiel du régime, mais avec peu de succès, même si le rugby a traîné pendant longtemps en Italie une mauvaise image du fait de cet attrait montré par le Duce, même s’il a tourné le dos au rugby du jour au lendemain voyant que la sauce ne prenait pas.
Le rugby est donc clairement un sport du nord, principalement de la vallée du Pô, l’essentiel des pratiquants étant dans les régions de Lombardie et de Vénitie.
L’Italie a été intégrée en 2000 au Tournoi des Cinq nations, devenu les Six Nations, afin d’encourager le développement de la discipline et permettre à l’équipe nationale, en affrontant les meilleures de l’hémisphère nord, de se hisser à un meilleur niveau. Le sport devient de plus en plus populaire dans toute l’Italie, ou sa réputation (méritée) de fair play et de bon comportement des supporters présente un charme certains aux désabusés des meutes qui peuplent les tribunes de certaines équipes et qui feraient passer le kop de Boulogne pour l’Académie Nobel.
Et ça marche. Le niveau de jeu de l’équipe d’Italie a notablement augmenté depuis 2000. Elle a cette année mis en difficulté l’ogre anglais, et battu les Écossais. C’est donc un adversaire à ne pas prendre à la légère. Et puis au moins, au rugby, quand un Italien roule sur la pelouse, vous pouvez être sur que quelqu’un l’a bien fait tomber.
Et n’oublions pas : allez les blancs ! (Puisque l’Italie jouera en bleu, courtoisie de l’hôte).
Ce billet, écrit à 23:36 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
Faisons un bref point à l’aube de cette troisième journée du Tournoi des 6 nations. En tête, les deux équipes qui ont gagné leur deux matches : la France, première grâce à la meilleure différence de points (merci l’Irlande), et l’Angleterre. Puis les deux équipes qui ont gagné un match et perdu l’autre : le Pays de Galles, et l’Irlande. Enfin, les deux équipes qui ont perdu à deux reprises : l’ Ecosse et l’Italie.
Le Pays de Galles n’est pas une équipe à prendre à la légère, surtout quand elle joue à domicile, dans le Millenium Stadium, où il ne pleut jamais, car il a un toit amovible (qui culmine à 145m).
Le drapeau du Pays de Galles, appelé le Dragon Rouge (Y Ddraig Goch) est un des plus vieux qui existent, à tel point que son origine se perd dans la nuit des temps.
Une théorie plausible est que l’emblème aurait été apporté par la cavalerie romaine lors de la conquête de l’île au premier siècle, cavalerie qui avait emprunté cet emblème aux Daces (peuple barbare vivant dans l’actuelle Roumanie) ou aux Parthes (actuel Iran).
Il est réputé avoir été l’emblème de bataille du roi Arthur Pendragon, mais l’usage le plus ancien attesté remonte au 9e siècle.
Le drapeau Gallois est composé de ce dragon rouge sur fond blanc et vert, couleurs de la Maison des Tudor, qui étaient non pas des meuniers mais rois d’Angleterre de 1485 à 1603, et l’unique dynastie galloise à avoir ceint la couronne. C’est depuis cette époque que le Pays de Galles est devenu l’apanage de l’héritier du trône, à l’instar du poste de président de l’EPAD du Dauphiné chez nous, ou des Asturies en Espagne. Il est à noter que ces couleurs sont également celles de l’autre symbole du Pays de Galles : le poireau.
Ce symbole remonte au VIIe siècle, à l’époque du roi Cadwaladr ap Cadwallon, roi de Gwynedd (la langue galloise raffole des consonnes et méprise les voyelles). Ce sont les Armes de ce royaume qui sont aujourd’hui les armes du Pays de Galles. Lors d’une bataille contre les Saxons, envahisseurs germains venus de l’est, il ordonna à ses troupes de porter sur leur casque un de ces légumes qui abondaient dans la plaine où il se tenait, pour s’identifier (la notion d’uniforme était à l’époque fort contingente). La victoire fut écrasante, et le poireau, adopté.
Le drapeau du Pays de Galles ne figure pas dans l’Union Jack. Cela est dû au fait que le Pays de Galles a été annexé par Edouard Ier (Les Longues Pattes, le méchant de Braveheart, celui-là à qui l’hymne écossais rend un vibrant hommage) en 1282 et a été intégré juridiquement à l’Angleterre au XVIe siècle. Depuis, des projets d’intégrer le drapeau du Pays de Galles ont vu le jour, ou à tout le moins la croix de Saint-David, Saint patron du pays (fête le 1er mars), mais avec peu d’adhésion populaire. En fait, les Gallois sont bien contents de ne pas se mélanger aux Anglais même sur un drapeau.
L’équipe de rugby galloise joue en rouge, couleur du dragon. Son symbole représente trois plumes d’autruche ceintes d’une couronne. Cela remonte à la terrible bataille de Crécy (1346), première des trois honteuses défaites de la Guerre de Cent Ans (avec Poitiers en 1356 et Azincourt en 1415). Les archers gallois et leur redoutable Long Bows ont fait ces trois fois des ravages dans la chevalerie française, et à Crécy, les troupes anglaises étaient dirigées par Edouard, The Black Prince Of Wales, le Noir Prince de Galles. Du côté français se trouvait Jean Ier de Luxembourg (Jang de Blannen), roi de Bohême, un chevalier old school qui nonobstant sa cécité voulut participer à la bataille. Il monta à cheval et guidé par deux écuyers, se rua au combat. Où il fut tué, étonnamment. Le Prince de Galles, impressionné par tant de conn… bravoure, prit le cimier du casque de Jean ,composé de trois plumes d’autruche, et en fit son emblème personnel, de même que de sa devise, Ich dien, “Je sers”.
L’hymne du Pays de Galles est Hen Wlad Fy Nhadau, Vieux Pays de mes Ancêtres. Si vous voulez le chanter sportivement, en voici les paroles :
Mae hen wlad fy nhadau yn annwyl i mi,
Gwlad beirdd a chantorion, enwogion o fri;
Ei gwrol ryfelwyr, gwladgarwyr tra mâd,
Dros ryddid collasant eu gwaed.
(Refrain)
Gwlad, gwlad, pleidiol wyf i’m gwlad.
Tra môr yn fur i’r bur hoff bau,
O bydded i’r hen iaith barhau.
Le vieux pays de mes ancêtres est cher à mon coeur, Pays de poètes et chanteurs, et d’hommes à la fameuse renommée, Ses braves guerriers, splendides patriotes, Ont versé leur sang pour la Liberté.
Mon pays, Mon pays, je suis fidèle à mon Pays, Que la mer soit un rempart pour la terre pure et bien-aimée Ô puisse le vieux langage perdurer.
Les Bretons qui me lisent auront la surprise de reconnaître leur hymne : c’est en effet la même musique qui est utilisé pour le O Breizh ma bro.
Le duel à distance de ce week end opposera la France et l’Angleterre, seuls pays encore en lice pour le Grand Chelem. L’Angleterre reçoit l’Irlande demain à Twickenham. En attendant le Crunch, qui aura lieu en clôture du Tournoi, le 20 mars prochain.
Cet après-midi, le XV de France affronte le XV au trèfle, l’équipe d’Irlande, Éire comme on dit dans les pubs de Galway.
Son drapeau est celui-ci :
Je vous sens surpris.
Et en effet, l’équipe d’Irlande présente la particularité d’être la seule équipe au monde à jouer sous un drapeau autre que son drapeau national, et à chanter un hymne (Ireland’s call) qui n’est pas l’hymne national (Amhrán na bhFiann, la chanson du Soldat)[1]. Plus exactement, c’est la seule équipe bi-nationale.
Come the day and come the hour Come the power and the glory We have come to answer Our Country’s call From the four proud provinces of Ireland
Ireland, Ireland, Together standing tall Shoulder to shoulder We’ll answer Ireland’s call
L’équipe d’Irlande a en effet depuis longtemps achevé la réunification de l’île. Elle représente à la fois les joueurs de la République d’Irlande, et les joueurs d’Irlande du Nord (qui sinon joueraient dans la sélection anglaise, inconcevable pour un Irlandais, fût-il unioniste). Et quand les joueurs au trèfle jouent, des acclamations d’encouragement montent aussi bien de Belfast que de Dublin, et ce depuis la création de l’équipe d’Irlande… Magie du rugby, encore une fois.
Pour éviter que des joueurs nord-irlandais ne jouent sous le drapeau vert, blanc et orange (que je vous expliquerai tout à l’heure) qui est le drapeau de la République d’Irlande, l’équipe utilise donc ce drapeau, dit des Quatre Provinces, drapeau traditionnel qui réunit les armes des quatre provinces d’Irlande :
La croix rouge sur champ d’or avec en son centre un écu blanc et une main rouge représente l’Ulster (nord de l’Ile), qui ne se confond pas avec l’Irlande du Nord : une partie de l’Ulster est en République d’Irlande (le Comté de Donnegal). Ce drapeau est le mélange des armes des deux plus grandes familles nobles d’Ulster, les De Burgo (croix rouge sur champ d’or) et les O’Neill, la famille royale d’Ulster jusqu’à sa conquête par les Tudor.
Les trois couronnes représentent le Munster (sud de l’Ile), qui était autrefois composé des royaumes de Thomond, Desmond et Ormond.
Le drapeau composé d’un aigle et d’un bras armé est le drapeau du Connacht (ouest de l’Ile ; prononcer knort). L’aigle est celui du clan des Browns, qui dirigeait Galway (capitale du Connacht) et le bras armé est le symbole des O’Connor, qui dirigeait la région avant l’invasion normande.
La harpe, symbole de l’Irlande (vous la verrez sur les euros irlandais), est le drapeau du Leinster (est de l’Ile), où se trouve Dublin. C’est le premier drapeau des indépendantistes irlandais, lors de leurs premiers soulèvement en 1798 et dans les années 1830-1840, d’où son adoption comme symbole héraldique. Mais le vert étant trop associé aux catholiques irlandais, le drapeau tricolore sera adopté en 1917 par le Sinn Fein : le vert pour les catholiques, l’orange pour les protestant, partisans de Guillaume d’Orange lors de la guerre des Deux Rois (1689-1691), et le blanc pour symboliser la paix entre ces communautés.
Notons toutefois que l‘International Rugby Board (IRB) a contribué à compliquer les choses : quand l’équipe joue à Dublin, elle peut lever le drapeau tricolore et jouer l’hymne national Irlandais après Ireland’s call. Mais la tradition de jouer le God Save The Queen quand l’équipe joue à Belfast a été abandonnée, l’IRB estimant que dans ce cas, l’Irlande ne jouait pas à domicile. En Irlande, tout est toujours compliqué.
Si la harpe est le symbole officiel de l’Irlande, son symbole le plus connu est aussi non officiel : c’est le trèfle. La légende dit que Saint Patrick, patron de l’Irlande et évangélisateur de l’île, a utilisé cette plante pour expliquer le mystère de la trinité aux païens. C’est ce symbole qu’arbore sur son plastron l’équipe de rugby irlandaise, sous la forme du logo de l’IRFU, l‘Irish Rugby Football Union. Rappelons en effet que le nom officiel du rugby en anglais est le rugby football pour le sport en général, et le rugby union pour le rugby à XV (le rugby à XIII s’appelant rugby league). En anglais, tout est toujours compliqué.
L’équipe d’Irlande est une vieille connaissance, puisque nous l’affrontons chaque année dans le cadre du tournoi des Six nations. Jusqu’à l’entrée de l’Italie, l’Irlande était abonnée à la dernière place dans les années 90. Le début des années 2000 a été une période faste, grâce à des joueurs d’exception comme Keith Wood, maintenant retraité (il représentait l’Irlande à la cérémonie d’ouverture) ou Brian O’Driscoll, encore en activité, un joueur d’ores et déjà entré dans la légende. L’Irlande a ainsi remporté le Grand Chelem l’année dernière (et donc nécessairement la Triple Couronne, qui récompense la première équipe britannique).
Ce n’est donc pas un adversaire à prendre à la légère. Ce d’autant que le match aura lieu sur le même terrain que le France-Irlande en barrage de la Coupe du Monde, avec l’infâme main de Thierry Henri. Gageons que les Irlandais auront fort envie de laver l’affront et de montrer aux Français comment on marque de la main dans les règles de l’art.
Mettez la Guinness au frais, et n’hésitez pas à aller voir ce match dans un pub irlandais. Les irlandais sont un public formidable, vous serez les bienvenus.
Et bien évidemment… ALLEZ LES BLEUS ! ! !
Notes
[1] Certes, l’Ecosse et le Pays de Galles font partie du Royaume-Uni, mais sont bien des nations autonomes inscrites en tant que telles aux fédérations internationales de football et de rugby.
Ce billet, écrit à 00:36 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
NB : Ce billet est une large reprise d’un précédent billet de 2008, mais le Tournoi, c’est comme le sexe : quand l’heure est venue, personne ne songe à se plaindre que ça recommence.
Donc, devinez ce qu’il y a pour le goûter ?
Du haggis !
Les crampons sont à nouveau de rigueur, le Tournoi est de retour.
Quel tournoi ? Mais le Tournoi des Six Nations ! C’est la plus ancienne compétition de rugby, née en 1883, qui n’opposait au début que les quatre nations composant le Royaume-Uni : l’Angleterre, l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande, et s’appelait le Home International Championship. La France le rejoignit en 1910, et le tournoi devint le Tournoi des Cinq Nations. L’Italie rejoignit la danse en 2000, et les Cinq Nations devinrent les Six Nations.
Le fonctionnement est très simple : chaque équipe affronte les cinq autres une fois ; le match a lieu alternativement à domicile puis à l’extérieur d’une année sur l’autre. Une équipe qui gagne marque deux points. Deux équipes qui font match nul marquent chacune un point. Une équipe qui perd ne marque aucun point. Les ex-aequo sont départagés par la différence entre les points marqués et les points encaissés, que l’on appelle en occitan gôlaveurajeu, du grand-breton goal average, qui veut pourtant dire moyenne des buts marqués, et non différence de points. Le rugby a de ces mystères.
Une équipe qui gagne tous ses matchs marque dix points et remporte un “Grand Chelem”, francisation de l’anglais Grand Slam, qui a exactement le même sens au rugby et au tarot. Une équipe qui ne gagne aucun match et termine avec zéro point remporte une récompense de fantaisie appelée la cuiller de bois (the wooden spoon), tradition venue de l’Université de Cambridge ou une cuiller de bois sculptée par les étudiants (mesurant 1m50) était suspendue lors de la remise des prix au-dessus de l’étudiant diplômé arrivé dernier au classement, jusqu’à ce que les reçus soient annoncés par ordre alphabétique en 1910. Cambridge a fourni un grand nombre de joueurs de rugby du temps de l’amateurisme de ce sport.
Enfin, une mini-récompense se joue entre les quatre nations du Royaume-Uni : la Triple Couronne, qui va à l’équipe qui bat les trois autres au cours d’un même tournoi (l’Irlande a gagné la Triple Couronne en 2009 en réussissant le Grand Chelem qu’elle avait tant attendue et qu’elle a tant mérité).
Le tournoi a commencé hier (il fut un temps où on n’envisageait pas
de jouer un autre jour que le samedi, et l’après midi. Le samedi soir
était consacré à un banquet, et le dimanche, à la récupération physique
(je me comprends). Ces diables d’Anglais ont battu les Gallois dans le Jardin Anglais, Twickenham, temple du ballon ovale, et les Irlandais, favoris de ce tournoi, ont logiquement battu les Italiens sans trop forcer leur talent.
Et dimanche après midi, le XV de France va rencontrer l’Écosse chez elle, à Murrayfield.
Le drapeau écossais, une des composantes de l’Union Jack, est
d’Azur, à la croix d’argent en sautoir. Il s’agit de la croix de
Saint-André, qui selon la légende est apparu au roi Angus, roi des
pictes et des scots au IXe siècle, la veille d’une bataille contre les
Angles, et lui assura la victoire. La Saint-André, le 30 novembre, est
la fête nationale écossaise.
Le symbole de l’Ecosse, et de l’équipe d’Ecosse est le chardon.
Le chardon était chez les anciens celtes un symbole de noblesse,
d’honneur et de vengeance. Une légende raconte également qu’un chef
viking voulut attaquer de nuit un château écossais. Pour cela, il fit
déchausser ses hommes. Ceux-ci, s’approchant du château, traversèrent
un champ de chardons et leurs cris de douleur donna l’alerte. Le
chardon est ainsi devenu un symbole protecteur de l’Ecosse.
L’hymne de l’équipe d’Ecosse est Flower Of Scotland, et je vous conseille de ne pas rater le début du match : Flower Of Scotland chanté à Murrayfield au son des cornemuse est un moment qui donne le frisson.
Il s’agit d’un hymne composé en 1967 par Roy Williamson du groupe
folk The Corries, qui a été adopté pour la première fois en 1974, et a
été adopté par les autres équipes écossaises. Il chante la victoire
écrasante de Bannockburn, remportée le 24 juin 1314 par les hommes du
roi d’Ecosse Robert The Bruce sur les hommes d’Edouard II d’Angleterre
(la bataille qui clôt le film Braveheart) qui aboutit à l’indépendance
de l’Ecosse.
O Flower of Scotland,
When will we see,
Yer like again,
That fought and died for,
Yer wee bit Hill and Glen,
And stood against him,
(Ici, traditionnellement, le public rugit “ENGLAND’S”
Proud Edward’s Army,
And sent him homeward,
Tae think again.
Those days are past now,
And in the past
they must remain,
But we can still rise now,
And be the nation again,
That stood against him, (Ici encore : “ENGLAND’S” est ajouté par le public) Proud Edward’s Army,
And sent him homeward,
Tae think again.
Traduction de votre serviteur :
Ô fleur d’Ecosse,
Quand reverrons-nous
Ta pareille,
Qui a combattu et est morte
Pour tes petites collines et vallées,
Et qui a fait face,
A l’armée de l’orgueilleux roi Édouard (d’Angleterre précise le pointilleux public…),
Et l’a renvoyé chez lui,
Pour y réfléchir à deux fois.
Ces jours sont passés maintenant,
Et dans le passé ils doivent rester, Mais nous pouvons encore nous dresser, Et être à nouveau la nation Qui lui a fait face,
A l’armée de l’orgueilleux roi Édouard (d’Angleterre rappelle le rigoureux public…),
Et l’a renvoyé chez lui,
Pour y réfléchir à deux fois.
Et bien évidemment, ALLEZ LES BLEUS ! Enfin, les nôtres (L’Écosse joue d’habitude en bleu sombre, mais demain jouera en blanc). Comme dit Sébastien Chabal, « On va leur remonter le kilt », mais cela va sans dire, dans la plus solide tradition du rugby : avec respect.
Mise à jour : le Flower Of Scotland filmé depuis les tribunes. Le second couplet, chanté a capella, est particulièrement impressionnant, et on entend très bien le “England” rajouté par le public. Attention : les acclamations qui suivent l’hymne sont très fortes.
Ce billet, écrit à 23:51 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
Oui, je sais je manque à tous mes devoirs : le tournoi en est à sa troisième journée et à ce jour, pas un mot.
Mais je dois avouer que j'ai raté les deux premières prestations des bleus, pour des raisons professionnelles. Le parquet est sans pitié, et le préfet est son prophète.
Mais j'ai pu assister à cette incongruité que fut un match du tournoi joué un vendredi soir (qui me paraît un bien meilleur horaire que le dimanche après midi).
Et si ce fut votre cas aussi, vous savez pourquoi j'aime le rugby. Et pourquoi j'aime l'équipe de France. Denys a trouvé les mots justes (les motards sont les derniers poètes de notre temps, je le savais depuis longtemps) :
Avec cette drôle d'équipe qui n'est jamais meilleure que lorsqu'on la dit battue, cette équipe fragile qui a besoin de dix points de retard pour se décider à tout tenter, cette équipe hétéroclite avec son pilier en pré-retraite et des jeunes de vingt ans, un buteur du dimanche, un ouvreur de troisième main et, au centre, un nouveau venu guadeloupéen qui fait un néo-zélandais très correct.
Parfois, la meilleure attaque, c'est la défense.
Pas mieux.
Mais quelles cinq dernières minutes ! Quelle défense héroïque sur ce dernier mètre !
Je me réjouis, pas seulement par chauvinisme, mais ce sont sur des victoires comme ça que se crée une équipe, les solidarités indéfectibles qui seules permettent le succès. Ça y est, les nouveaux bleus promettent. On n'aura peut-être pas le tournoi cette année, mais au moins, les Anglais trembleront.
Et si j'avais besoin de raison supplémentaires d'aimer le rugby, j'y ajouterai le deuxième God Save The Queen à Croke Park, qui héberge pour la dernière fois l'équipe irlandaise avant l'inauguration de sa nouvelle maison sur la bonne vieille Lansdowne Road. Croke Park, c'est le temple du nationalisme sportif irlandais. On n'y joue qu'à des sports étranges et jamais on n'y avait admis un anglais jusqu'à ce bail provisoire. On y exècre l'anglais autant que la Guinness tiède. Et pourtant, quand l'Ennemi Éternel est venu, par deux fois il a chanté son hymne, et par deux fois ce fut dans un silence respectueux suivi d'acclamations polies. Et l'Anglais étant malgré tout un gentleman, il a eu la délicatesse d'y perdre à chaque fois (avec pour cette seconde fois une défense à la française à la fin).
Alors, où en est-on ?
Seule l'Irlande est encore en course pour le grand chelem (5 victoires sur 5 matchs), avec 3 victoires dans leur besace. Comment ne pas leur souhaiter ? De toutes façons, ils nous ont déjà battu. Ça se jouera lors du tout dernier match, contre le Pays de Galles, le 21 mars prochain, je ne vois pas l'Écosse présenter un danger pour les diables verts. Et ils attendent cela depuis 1948.
Prochain épisode : le 14 mars. Avec THE CRUNCH. À Twickenham. Miam.
Ce billet, écrit à 21:10 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
C'est au pays de Galles, à Cardiff, là où nous avons éliminé les All Blacks lors de la dernière coupe du monde, que va se jour le dernier acte, ô combien dramatique, de ce tournoi, face aux diables rouges du Pays de Galles.
Le drapeau du Pays de Galles, appelé le Dragon Rouge (Y Ddraig Goch) est un des plus vieux qui existe, à tel point que son origine se perd dans la nuit des temps.
Une théorie plausible est que l'emblème aurait été apporté par la cavalerie romaine lors de la conquête de l'île au premier siècle, cavalerie qui avait emprunté cet emblème aux Daces (peuple barbare vivant dans l'actuelle Roumanie) ou aux Parthes (actuel Iran).
Il est réputé avoir été l'emblème de bataille du roi Arthur Pendragon, mais l'usage le plus ancien attesté remonte au 9e siècle.
Le drapeau Gallois est composé de ce dragon rouge sur fond blanc et vert, couleurs de la Maison des Tudor, qui étaient non pas des meuniers mais rois d'Angleterre de 1485 à 1603, et l'unique dynastie galloise à avoir ceint la couronne. C'est depuis cette époque que le Pays de Galles est devenu l'apanage de l'héritier du trône, à l'instar du poste de conseiller général de Neuilly Sur Seine du Dauphiné chez nous, ou des Asturies en Espagne. Il est à noter que ces couleurs sont également celles de l'autre symbole du Pays de Galles : le poireau.
Ce symbole remonte au VIIe siècle, à l'époque du roi Cadwaladr ap Cadwallon, roi de Gwynedd (la langue galloise raffole des consonnes et méprise les voyelles). Ce sont les Armes de ce royaume qui sont aujourd'hui les armes du Pays de Galles. Lors d'une bataille contre les Saxons, envahisseurs germains venus de l'est, il ordonna à ses troupes de porter sur leur casque un de ces légumes qui abondaient dans la plaine où il se tenait, pour s'identifier (la notion d'uniforme était à l'époque fort contingente). La victoire fit écrasante, et le poireau, adopté.
Le drapeau du Pays de Galles ne figure pas dans l'Union Jack. Cela est dû au fait que le Pays de Galles a été annexé par Edouard Ier (Les Longues Pattes, le méchant de Braveheart, celui-là à qui l'hymne écossais rend un vibrant hommage) en 1282 et a été intégré juridiquement à l'Angleterre au XVIe siècle. Depuis, des projets d'intégrer le drapeau du Pays de Galles ont vu le jour, ou à tout le moins la croix de Saint-David, Saint patron du pays (fête le 1er mars), mais avec peu d'adhésion populaire. En fait, les Gallois sont bien contents de ne pas se mélanger aux Anglais même sur un drapeau.
L'équipe de rugby galloise joue en rouge, couleur du dragon. Son symbole représente trois plumes d'autruche ceintes d'une couronne. Cela remonte à la terrible bataille de Crécy (1346), première des trois honteuses défaites de la Guerre de Cent Ans (avec Poitiers en 1356 et Azincourt en 1415). Les archers gallois et leur redoutable Long Bows ont fait ces trois fois des ravages dans la chevalerie française, et à Crécy, les troupes anglaises étaient dirigées par Edouard, The Black Prince Of Wales, le Noir Prince de Galles. Du côté français se trouvait Jean Ier de Luxembourg (Jang de Blannen), roi de Bohême, un chevalier old school qui nonobstant sa cécité voulut participer à la bataille. Il monta à cheval et guidé par deux écuyers, se rua au combat. Où il fut tué, étonnamment. Le Prince de Galles, impressionné par tant de conn... bravoure, prit le cimier du casque de Jean ,composé de trois plumes d'autruche, et en fit son emblème personnel, de même que de sa devise, Ich dien, "Je sers".
L'hymne du Pays de Galles est Hen Wlad Fy Nhadau, Vieux Pays de mes Ancêtres. Si vous voulez le chanter sportivement, en voici les paroles :
Mae hen wlad fy nhadau yn annwyl i mi,
Gwlad beirdd a chantorion, enwogion o fri;
Ei gwrol ryfelwyr, gwladgarwyr tra mâd,
Dros ryddid collasant eu gwaed.
(Refrain)
Gwlad, gwlad, pleidiol wyf i'm gwlad.
Tra môr yn fur i'r bur hoff bau,
O bydded i'r hen iaith barhau.
Le vieux pays de mes ancêtres est cher à mon coeur, Pays de poètes et chanteurs, et d'hommes à la fameuse renommée, Ses braves guerriers, splendides patriotes, Ont versé leur sang pour la Liberté.
Mon pays, Mon pays, je suis fidèle à mon Pays, Que la mer soit un rempart pour la terre pure et bien-aimée Ô puisse le vieux langage perdurer.
Enfin, faisons les comptes. Ils ne sont pas compliqués.
Si le Pays de Galles l'emporte (et il est en forme cette année, il arrive invaincu), il emporte le Grand Chelem : 5 victoires sur 5 matchs.
Si la France l'emporte de moins de 19 points, le Pays de Galles emporte le tournoi à la différence de points marqués.
Si la France l'emporte de 19 points, elle doit avoir marqué un essai de plus que le Pays de Galles pour emporter le Tournoi (actuellement, c'est l'égalité parfaite, 11 essais de chaque côté).
Donc la France peut remporter le Tournoi, mais uniquement en battant le Pays de Galles de 20 points au moins.
Pasta et Chianti ! Nous recevons nos chers voisins italiens pour cette quatrième - et déjà avant dernière - journée du Tournoi.
Par rapport à leurs collègues du ballon rond, les rugbymen italiens sont comme le jour et la nuit. Du beau jeu d'attaque, quand ils tombent, ils se relèvent tout de suite, et eux ont en plus la délicatesse de perdre avec une constance qui les honore.
Le rugby s'est développé en Italie aussi naturellement qu'il s'est implanté dans le sud de la France, terre de la Soule, car l'Italie connaissait aussi des sports traditionnels remontant au Moyen Age consistant à se disputer férocement la possession d'un ballon, la férocité l'emportant sur la possession, d'ailleurs.
Ce sont les Français qui l'ont introduit en Italie, tout comme ils sont été les missionnaires de l'Ovalie en Géorgie ou en Roumanie.
Les italiens jouent en azur, comme leurs camarades du football.
Mais la nouvelle du week end, c'est la formidable victoire de l'Ecosse sur ses terres contre l'Angleterre, hier, par 15 à 9. L'Angleterre a donc virtuellement perdu le tournoi, et la première place devrait se disputer entre la France et le Pays de Galles. C'est à dire dans le match qui clôturera le tournoi samedi prochain, à Cardiff.
Je n'ose dire "Allez les bleus" de peur d'un malentendu, mais je me comprends.
Bon match à tous.
Ce billet, écrit à 11:07 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
Mon cœur mon cœur ne t'emballe pas
Fais comme si tu ne savais pas
Que l'Anglais est revenu !
Mon cœur arrête de répéter
Qu'on va venger l'affront de cet été
De l'Anglais qui est revenu !
Mon cœur, arrête de bringuebaler
Souviens-toi qu'il nous a déchiré,
L'Anglais qui est revenu !
Mes amis ne me laissez pas !
Dites-moi dites-moi qu'il y a de la bière au froid
Maudit Anglais, puisque te v'là !
The crunch ! France -
Angleterre, comme un parfum de revanche de cette maudite demi-finale de
la coupe du monde.
Je ne reviens pas sur notre inimitié cordiale. Tout a déjà
été dit. J'ai hâte de voir
les petits jeunes face à une opposition coriace,
rusée, et solide. Ca promet.
Juste un bref état du Tournoi à la
veille de cette troisième journée.
1er : la France, 4 points, différentiel de
+26.
2e : Pays de Galles, 4 points, différentiel de +22.
Seuls ces deux pays peuvent encore prétendre au Grand Chelem.
3e : l'Irlande. 2 points, +26.
4e : l'Angleterre, 2 points, -3.
5e : l'Italie, 0 point, - 9.
6e et dernier : l'Ecosse, 0 point, -36
A table !
Ce billet, écrit à 01:59 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
Faisons donc le point sur le tournoi. Voici le classement après la première journée :
Première au classement : la France, avec 2 points pour sa victoire contre l'Ecosse et un différentiel de +21 points.
Deuxième, le Pays de Galles, 2 points pour sa victoire contre l'Angleterre et une différentiel de +7 points.
Troisième, l'Irlande, 2 points pour sa victoire contre l'Italie, et un différentiel de + 5 points.
Quatrième, l'Italie, 0 point et un différentiel de -5.
Cinquième, l'Angleterre, 0 point et un différentiel de -7.
Sixième, l'Ecosse, 0 point, et un différentiel de -21.
La France part archi-favorite, d'autant plus qu'elle joue à domicile ; mais ces diables d'irlandais nous ont déjà fait l'outrage d'une défaite à domicile. Il ne faut surtout pas les prendre à la légère.
Bon match à tous.
Mise à jour 18h21 : Ho mon dieu. Si vous ne regardez pas le match : zappez vite sur France 2.
Mise à jour 18h43 : Quelle fin de match ! Bon sang, que j'aime le rugby ! Bravo les Irlandais, ils ont été fabuleux. Les petits jeunes bleus ont montré qu'ils avaient les nerfs solides, même s'ils flanchent physiquement sur la longueur. Beaucoup de promesse chez eux, mais que j'aime le rugby irlandais ! Déjà, l'année dernière, ç'avait été un match magnifique. Vivement l'année prochaine.
Ce billet, écrit à 14:05 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
Les crampons sont à nouveau de sortie, le Tournoi est de retour.
Quel tournoi ? Mais le Tournoi des Six Nations ! C'est la plus ancienne compétition de rugby, née en 1883, qui n'opposait au début que les quatre nations composant le Royaume-Uni : l'Angleterre, l'Ecosse, le Pays de Galles et l'Irlande, et s'appelait le Home International Championship. La France le rejoignit en 1910, et le tournoi devint le Tournoi des Cinq Nations. L'Italie rejoignit la danse en 2000, et les Cinq Nations devinrent les Six Nations.
Le fonctionnement est très simple : chaque équipe affronte les cinq autres une fois ; le match a lieu alternativement à domicile puis à l'extérieur d'une année sur l'autre. Une équipe qui gagne marque deux points. Deux équipes qui font match nul marquent chacune un point. Une équipe qui perd ne marque aucun point. Les ex-aequo sont départagés au goal-average, c'est à dire par la différence entre les points marqués et les points encaissés.
Une équipe qui gagne tous ses matchs marque dix points et remporte un "Grand Chelem", francisation de l'anglais Grand Slam, qui a exactement le même sens au rugby et au tarot. Une équipe qui ne gagne aucun match et termine avec zéro point remporte une récompense de fantaisie appelée la cuiller de bois (the wooden spoon), tradition venue de l'Université de Cambridge ou une cuiller de bois sculptée par les étudiants (mesurant 1m50) était suspendue lors de la remise des prix au-dessus de l'étudiant diplômé arrivé dernier au classement, jusqu'à ce que les reçus soient annoncés par ordre alphabétique en 1910. Cambridge a fourni un grand nombre de joueurs de rugby du temps de l'amateurisme de ce sport.
Enfin, une mini-récompense se joue entre les quatre nations du Royaume-Uni : la Triple Couronne, qui va à l'équipe qui bat les trois autres au cours d'un même tournoi (l'Irlande a gagné la Triple Couronne en 2007).
Le tournoi a commencé hier (il fut un temps où on n'envisageait pas de jouer un autre jour que le samedi, et l'après midi. Le samedi soir était consacré à un banquet, et le dimanche, à la récupération physique (je me comprends). Première surprise : le pays de Galles a vaincu l'Angleterre, finaliste de la dernière coupe du monde, chez elle à Twickenham. Ce n'était pas arrivé depuis 1988.
Et cet après midi, le XV de France va rencontrer l'Ecosse chez elle, à Murrayfield.
Le drapeau écossais, une des composantes de l'Union Jack, est d'Azur, à la croix d'argent en sautoir. Il s'agit de la croix de Saint-André, qui selon la légende est apparu au roi Angus, roi des pictes et des scots au IXe siècle, la veille d'une bataille contre les Angles, et lui assura la victoire. La Saint-André, le 30 novembre, est la fête nationale écossaise.
Le symbole de l'Ecosse, et de l'équipe d'Ecosse est le chardon.
Le chardon était chez les anciens celtes un symbole de noblesse, d'honneur et de vengeance. Une légende raconte également qu'un chef viking voulut attaquer de nuit un château écossais. Pour cela, il fit déchausser ses hommes. Ceux-ci, s'approchant du château, traversèrent un champ de chardons et leurs cris de douleur donna l'alerte. Le chardon est de plus devenu un symbole protecteur de l'Ecosse.
L'hymne de l'équipe d'Ecosse est Flower Of Scotland, et je vous conseille de ne pas rater le début du match : Flower Of Scotland chanté à Murrayfield au son des cornemuse est un moment qui donne le frisson.
Il s'agit d'un hymne composé en 1967 par Roy Williamson du groupe folk The Corries, qui a été adopté pour la première fois en 1974, et a été adopté par les autres équipes écossaises. Il chante la victoire écrasante de Bannockburn, remportée le 24 juin 1314 par les hommes du roi d'Ecosse Robert The Bruce sur les hommes d'Edouard II d'Angleterre (la bataille qui clôt le film Braveheart) qui aboutit à l'indépendance de l'Ecosse.
O Flower of Scotland,
When will we see,
Yer like again,
That fought and died for,
Yer wee bit Hill and Glen,
And stood against him,
(Ici, traditionnellement, le public rugit "ENGLAND'S''
Proud Edward's Army,
And sent him homeward,
Tae think again.
Those days are past now,
And in the past
they must remain,
But we can still rise now,
And be the nation again,
That stood against him, (Ici encore : "ENGLAND'S" est ajouté par le public) Proud Edward's Army,
And sent him homeward,
Tae think again.
Concrètement, ça donne cela, vu des tribunes (face au Pays de Galles). Guettez bien le "ENGLAND", quand le compteur marque 0:31.
Traduction de votre serviteur :
Ô fleur d'Ecosse,
Quand reverrons-nous
Ta pareille,
Qui a combattu et est morte
Pour son petit bout de colline et de vallée,
Et qui lui a fait face,
A l'armée de l'orgueilleux roi Edouard (d'Angleterre précise le public...),
Et l'a renvoyé chez lui,
Pour y réfléchir à deux fois.
Ces jours sont passés maintenant,
Et dans le passé ils doivent rester, Mais nous pouvons encore nous dresser, Et être à nouveau la nation Qui lui a fait face,
A l'armée de l'orgueilleux roi Edouard (d'Angleterre rappelle le public...),
Et l'a renvoyé chez lui,
Pour y réfléchir à deux fois.
Et bien évidemment, ALLEZ LES BLEUS ! Enfin, les nôtres (L'Ecosse joue d'habitude en bleu sombre, mais demain jouera en blanc).
Ce billet, écrit à 00:10 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
Bravo aux sud africains, et aux Anglais aussi qui n'ont pas démérité.
Vous avez remarqué le pataquès lors de l'arrivée de la coupe ? Pauvre Jean-Pierre Rives. Mais j'avoue avoir bien ri de mon côté. D'où mon envie d'y mettre mon grain de sel.
Ce billet, écrit à 00:30 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
Et puis de toutes façons, la moitié a des noms français : Du Plessis, Olivier, Durand, Dupré (même s'ils ont fait des fautes d'orthographe à ces deux derniers noms) ; ils font du bon vin et détestent aussi les Anglais. On ne peut donc que les aimer.
Ce billet, écrit à 02:15 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
Bravo les Argentins. Victoire bien méritée. J'espère que le prochain entraîneur apportera enfin aux Français ce qui leur manque depuis toujours : des nerfs.
Ce billet, écrit à 01:03 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
Sortez les nappes en papiers, les assiettes en cartons et les couverts en plastique ! Ce soir, c'est la finale pour de rire, la consolation des cocus, la petite finale.
Non seulement nous finissons en retrouvant les Argentins avec qui nous avons ouvert ce bal, mais en plus, j'ai déjà fait mon Devine Qui Vient Dîner, que vous pouvez relire avec profit ici.
Est-ce une raison pour ne pas être aux côtés des Bleus ? NON ! Au contraire, et plus que jamais même. Dans la victoire, au pinacle, ils ne manquent jamais d'amis ; c'est dans ces revers, maintenant que sponsors et parasites font grise mine qu'ils ont besoin de nous.
Ha, ce sont nos cousins anglais qui iront jouer la grande finale, demain. Hé bien tant pis. Nous les applaudirons demain. Aujourd'hui, c'est l'heure de la revanche.
Mes amis, mes frères, je suis avec vous. Et plus encore que vous ne le croyez :
Profitons en pour saluer une nouvelle fois Patrick à Buenos Aires, et pour la dernière fois de cette année :
ALLEZ LES BLEUS ! ! !
Bon, ben c'était à sens unique. Au moins il y a eu du rugby, au moins. Pas du bon côté. Mais bravo, bravo, mille fois bravo aux Argentins. Quelle équipe de légende. A bientôt.
Ce billet, écrit à 00:05 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
Nos amis australiens nous ayant inopinément fait faux-bond,
préparez le plum pudding, le porridge, la jelly et la Marmite®,
ce sont nos pires amis, ou nos meilleurs ennemis, comme vous
préférez, qui débarquent ce soir : la
terrible,
orgueilleuse, et perfide Angleterre. Quelle joie de la retrouver !
Voici donc le drapeau anglais, dit drapeau de Saint George.
Il
vous dira sans doute quelque chose : il rappelle en effet celui de la
Géorgie, que nous affrontâmes il y a peu.
La croix rouge sur fond blanc est un emblême très
répandu dans la chrétienté, Saint
Georges
étant le Saint Patron, outre de l'Angleterre et de la
Géorgie, de l'Aragon, de la Catalogne, du Canada, de
l'Ethiopie,
de la Grèce, de la Serbie et du Montenegro, du Portugal, de
la
Russie et même de la Palestine, ainsi que des villes de
Beyrouth, Barcelone
ou Moscou. C'est ainsi que le symbole du club de footabll de Barcelone,
le fameux Barça,
comporte la croix de Saint George.
Ce symbole remonte aux Croisades, où il était le
symbole
des chevaliers et soldats français, le pape ayant
décidé que les anglais porteraient une croix
blanche sur
fond rouge, les germains ayant une croix bleue et jaune, devenue le
drapeau suédois. Les Anglais ont néanmoins
adopté
le croix rouge sur fond blanc, et la croix de St George est ainsi
devenue le symbole des croisés dans leur ensemble,
étant
à son tour adoptée par les Templiers. Lors de la
Réforme, tous les drapeauxs représentant des
saints ont
été abandonnés en Angleterre
à l'exception de celui de St
George. Dans la Navy, le drapeau de Saint Georges indique un navire
amiral.
Le drapeau du Royaume Uni s'appelle le drapeau de l'Union, ou Union
Jack dans la marine ("Jack" indiquant un pavillon de marine), car il
est composé de la réunion des drapeaux des trois
couronnes réunies sur la tête des rois
d'Angleterre,
chacun représenté par une croix liée
à un
saint : la croix de Saint George pour l'Angleterre, la croix de Saint
André pour l'Ecosse, et la croix de Saint Patrick pour
l'Irlande. Cette union s'est faite en deux temps : en 1606, quand James
VI d'Ecosse devient roi d'Angleterre sous le nom de James Ier, les
croix de Saint George et Saint André sont réunies
pour faire le premier drapeau d'Union. Puis en 1801, la croix de Saint
Patrick est ajoutée quand l'Acte d'Union (Acte
désignant
une loi) fusionne les royaumes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande pour
former le Royaume Uni, dénomination encore officielle de nos
voisins d'Outre Manche. Le pays de Galles n'est pas
représenté dans ce drapeau car il ne s'agit pas
d'un
royaume mais d'une principauté, dirigée par les
héritiers du trône d'Angleterre (actuellement le
Prince
Charles, Prince de Galles, le titre de princesse étant
vacant
nonobstant le second mariage du prince).
L'équipe joue ainsi isolément car le Royaume Uni
n'a pas
de fédération de rugby. A la place, chaque
royaume a sa
propre fédération, reconnue par l'IRB. Il en va
de
même au football, d'où les matchs de qualification
pour
l'Euro 2008 contre l'Ecosse.
Le symbole du XV d'Angleterre est la rose rouge. Il
s'agit d'une allusion à la rose rouge des Lancastre, famille
opposée à celle d'York au cours de la guerre des
Rose,
qui aboutit à la chute de la maison des
Plantagenêts, dont
Lancastre et York étaient deux branches, au profit de la
maison
des Tudor. Je ne crois pas que la fédération
anglaise
prête allégance à la maison des
Lancastre cinq cent
ans après la fin du conflit, mais le maillot de
l'équipe
d'Angleterre étant blanc (couleur royale, comme le maillot
du
Real Madrid, que je me devais de citer ayant mentionné le
Barça afin d'éviter une autre guerre civile), une
rose
blanche ou la rose des Tudor (rouge et blanche pour marquer la
réconcilation du royaume) serait peu visible sur le maillot.
L'Angleterre n'ayant pas d'hymne officiel propre, c'est bien le God Save The Queen
qu'entonne le XV d'Angleterre, qui est pourtant l'hymne du Royaume Uni.
Une scène fort cocasse a lieu quand l'Angleterre joue contre
l'Ecosse à Murrayfield, quand l'hymne (lui aussi non
officiel)
écossais, Flower
Of Scotland,
est entonné, car on voit la Princesse Anne, fille de la
reine
Elisabeth et Duchesse d'Edimbourg, chanter de bon coeur cet hymne
nationaliste célébrant la victoire des Ecossais
contre
les Anglais à Bannockburn en 1314 (la bataille qui
clôt le
film Braveheart).
Au Royaume Uni, le pragmatisme est la vraie religion d'Etat.
Mais en réalité, le XV à la rose a un
hymne non officiel, qui galvanise autant les Anglais qu'une
Marseillaise fait oublier la fatigue aux Français. Priez,
mes amis, priez pour ne point entendre résonner cet hymne
païen (même si c'est un gospel) près de
la basilique qui accueillit
l'Oriflamme...
Le Swing Low, Sweet Chariot, la kryptonite
universelle.
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
L'histoire de cette chanson se confond avec l'histoire de
notre vieille rivalité rugbystique qui nous oppose
à nos
cousins
d'Outre Manche. En
fait, une vieille rivalité oppose l'Angleterre à
un peu
tout le monde, et c'est une des équipes les plus
cordialement
détestées, chacune de ses (trop rares)
défaites
étant savourée d'un
hémisphère à
l'autre, mais la France jouit d'une position de détestation
cordiale privilégiée.
Tout d'abord, l'Angleterre n'a accueilli la France dans le concert des
nations rugbystiques qu'avec réticence en 1910. Le sport de
l'aristocratie anglaise était en France pratiquée
par les paysans rugueux du sud, et l'Anglais n'aimait guère
se mélanger. Il faut dire qu'au début, la France
a tout fait pour lui donner raison. En 1913, la foule envahit le
terrain pour assommer l'arbitre de France-Ecosse. La France est exclue
du tournoi, mais sauvée si j'ose dire par la
première guerre mondiale qui suspend le tournoi, qui reprend
en 1918 toutes rancoeurs oubliées au nom de la
fraternité d'armes. En 1927, c'est la première
victoire contre les Anglais (le pays de Galles résistera
jusqu'en 1948). En 1931, la France est à nouveau exclue pour
son comportement violent jusqu'en 1939. En fait, deuxième guerre mondiale oblige, la suspension durera
jusqu'à la reprise du tournoi en 1947. En 1952, l'Angleterre
accuse la France de professionnalisme des joueurs (ironie de l'histoire,
l'Angleterre sera la première à passer au
professionnalisme dans les années 90 : en Angleterre, le
pragmatisme est religion d'Etat) et des joueurs français
sont définitivement exclus de la sélection pour
apaiser les Anglais. Voilà donc le terreau de la
rivalité. La fleur éclora à la fin
des années 80.
En 1988, le XV d'Angleterre était en train de traverser une
des plus mauvaises passes de son histoire, battu notamment par la
France plusieurs années de suite, y compris sur son sol sacré, à
Twickenham. L'Angleterre jouait face à l'Irlande, et avait
perdu 15 de ses 23 derniers matchs du Tournoi des Cinq Nations, tournoi
qu'elle n'avait plus gagné depuis 1980. En deux ans et demi,
les supporters de Twickenham n'avaient vu qu'un seul
misérable essai marqué par les Anglais. A la mi
temps, l'Irlande menait 3 à 0. Et puis comme cela arrive
parfois au rugby, l'espoir
changea de camp, le combat changea d'âme, et
tout à coup, rien ne semblait plus pouvoir arrêter
les Anglais, qui gagnèrent 35 à 3, dont trois
essais marqués par Chris Oti, qui faisait ses
débuts de jour là. Les collégiens d'une
école bénédictine de Woolhampton qui assistaient au match
entonnèrent alors un gospel en l'honneur d'Oti, Swing Low, Sweet Chariot,
que la foule reprit en choeur.
Ce fut le signal d'une résurrection, et d'un nouvel
âge d'or pour le XV à la rose, l'époque
de Will Carling et Brian Moore, époque qui se construisit
sur le dos de l'équipe de France. Pendant sept ans, nous ne
gagnerons jamais, et toujours pour la même raison :
être poussé à la faute par les Anglais,
de préférence à 20 mètres
en face de nos poteaux, ce qui donnait trois points aux Anglais, et
faisait résonner le Swing
Low. Le clou était enfoncé par Will
Carling qui félicitait les Français vaincus d'un
"Good game" dont l'évocation fait encore monter les larmes
aux yeux des joueurs de l'époque. Il faudra des
années pour que le XV de
France vole aux Anglais leur sang froid, ce qui rend l'absence totale
de faute française lors de la deuxième mi temps
du dernier match absolument extraordinaire. La tension avec
l'Angleterre sera à son comble, et les
mêlées sont les occasions "d'explications" qui
n'ont pas toujours fait honneur aux valeurs du rugby.
Cette rivalité prendra fin brutalement, du jour au
lendemain, lors de notre
inoubliable victoire en petite finale de la coupe du Monde en
1995 (19 à 9), où enfin, la série
noire prendra fin, et au plus beau moment, la Coupe du Monde. Les
joueurs Français sont tous allés serrer la main
de Will Carling abattu en lui disant un "Good game !" chantant avec
l'accent du sud ouest. La partie s'est
en réalité terminée le lendemain
à l'aube, les joueurs des
deux équipes s'étant donné rendez vous
pour faire une fête de tous les diables jusqu'à
l'aube, enterrant définitivement la hache de guerre. Cela
sera aidé par le virage vers le professionalisme,
des Anglais venant jouer en France et
des Français allant jouer en Angleterre (Raphaël
Ibanez, capitaine du XVde France joue dans le club londonien des Wasps,
et Sébastien Chabal joue dans le club de Sale,
près de Manchester), ce qui comblera un peu le
fossé d'incompréhension, les Anglais allant
jusqu'à recruter un entraîneur
français, Pierre Villepreux en 1995.
Cette époque a laissé une tradition, une
rivalité qui fait que vaincre l'autre équipe est
un plaisir sans nul pareil, mais la terrible tension 1988-1993 a
disparu. On la rejoue pour s'amuser. Il n'empêche : arriver
en finale en piétinant
les Anglais serait une coupe d'ambroisie. Aller, comme en 2003, jouer
la petite finale parce que les Anglais nous auront barré la
route serait une coupe de vinaigre. Et j'ai soif.
Alors, plus que jamais... ALLEZ LES BLEUS ! ! !
Our Australian friends having unexpectedly defected, prepare the plum
pudding, the porridge, the jelly and have the Marmite® ready.
Our worst friends, or best enemies, as you wish, are coming to town
tonight : the dreadful, proud and deceptive England. What a joy to see
her !
Here is the English flag, also called the Saint George flag. He may
remind you of something : he looks quite like Georgia's flag, the
country we recently met.
The red cross on a white field is a very common symbol in the
Christianity, Saint George being the holy patron, beside England and
Georgia, of Aragon, Catalonia, Canada, Ethiopia, Greece, Serbia,
Montenegro, Portugal, Russia, even Palestine, as of the cities of
Bayreuth, Barcelona or Moscow. This is why St George's cross is part of
the Barcelona's Football Club's crest.
This coat of arms dates from the Crusades, where it was the symbol of
French knights and soldiers, the pope having given them this symbol,
the symbol given to the English, a white cross over a red field, and a yellow cross
over a blue field for the Germans (which has become the Swedish flag).
Nevertheless, the Englishmen took the red cross as their symbol, and St
George's cross became the symbol of all crusaders, and later of the
Templar knights. During the Reformation, England abandoned all the
flags symbolizing saints, except St George's. In the Navy, The flag of
St George is the rank flag of an Admiral.
The flag of United Kingdom is the Union flag, or Union Jack in the
Royal Navy, as it is composed of the flags of the three crowns united
above the head of the kings of England, each kingdom represented by a
cross representing a saint: St George's cross for England, St Andre's
for Scotland and St Patrick's for the Ireland. This union was made in
two times: in 1606, when James VI became king of England under the name
of James I, the cross of St George and St Andre were merged into the
first Union flag. In 1801, the cross of St Patrick was added by the Act
of Union 1801, merging the kingdom of England, Scotland and Ireland
into the United Kingdom.Wales is not represented in the flag as it is
not a kingdom but a principality, led by the heir to the throne (now
Prince Charles, the princess title being vacant even after the second
marriage of Prince Charles).
England's team plays alone because the United Kingdom has no Rugby
Football Union. Instead, each kingdom has its own Union, part of the
IRB. It is the same in football, this is why we had recently qualifying
games against Scotland.
The English Rugby Union team symbol is the red rose. It alludes to the
red Lancaster rose, the family who opposed the York Family during the
War of the Roses, which led to the downfall of Plantagenet house, whom
both Lancaster and York family descended, and the rise of Tudor house. I
don't think the Rugby Football Union pays allegiance to the Lancaster
500 years after the end of the conflict; but the team's shirt being
white, the royal color, as is the Real Madrid shirt (I HAD to talk
about the Real,as I mentioned the Barça, to avoid another
civil war) a white rose or the Tudor's Rose would not have been visible.
England has no hymn of its own, and so the team will sing 'God Save The
Queen', although it is United Kingdom's anthem. One funny scene happens
each time England plays at Murrayfield as Scotland's unofficial anthem
'Flower of Scotland' is played : Princess Ann, daughter of the queen
and Duchess of Edinburgh sings wholeheartedly this song glorifying
Scotland's victory at Bannockburn in 1314 (the Battle ending
Braveheart). In United Kingdom, pragmatism is the real State religion.
But indeed England as an unofficial anthem, which strengthens the
English just as a Marseillaise makes the French forget exhaustion. Pray,
O my friends, pray not to hear this heathen song (event though it is a
gospel) near the Basilica which use to hold the Oriflamme, Kings of
France's warflag...
The Swing Low, Sweet Chariot, the universal kryptonit.
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
The story of this songs is also the story of our long rivalry with our
cousins from the other side of the Channel (this twenty-miles wide and
thousand-year deep chasm...). As a matter of fact, and old rivalry
opposes England to the whole world, and it is the most cheerfully hated
team, each of his (too rare) defeats being appreciated from one
hemisphere to the other, but France enjoys a cheerfully hatred privileged
position.
First, England only reluctantly accepted France amongst the rugby
nations in 1910. The English aristocracy sport was played in France by
the tough southern peasants, and the English would not mix. We must
admit that at first, French made their best to show them how right they
were. In 1913, the crowd assaults the referee of France vs Scotland.
France is banished from the 5 nations championship, but the Great war
prevent it, and when the championship is resumed in 1918, all is
forgotten because of the brotherhood of war. In 1927, it's the first
victory against England (Wales will resist until 1948). In 1931, France
is again banished for violence until 1939. In fact, it will be until
1947, when the championship is resumed after World War II. In 1952,
England accuses French player of professionalism (which is ironic as
England will be the first to become professional in 1995; In United
Kingdom, pragmatism is the real State religion) and French players must
be forever banned to appease the English. Here is the soil of the
rivalry. The flower will blossom at the end of the 80's.
In 1988, England's team was having one of the most difficult time of
its existence, beaten by France several years in a row, including on
its Holy Ground, Twickenham. England was playing Ireland, had lost 15
of its 23 previous games, hadn't won a Championship since 1980, in in
two and a half years, Twickenham's crowd had only seen one try. At
halftime, Ireland was leading 3-0. And as it sometimes happens in the
events of history, hope changed of side, the fight changed its soul,
and nothing seemed to be able to stop the Englishmen, who ended winning
35-3, inclunding ding three tries by first-selected Chris Oti. A choir
from Wollhampton public school, in the audience, began singing a gospel
to honor Oti, Swing Low Sweet Chariot. The whole crowd joined in.
This was the signal of a resurrection and of a new golden age for
English team, the time of Will Carling and Brian Moore, all at France's
expense. For seven years, we will never win, and always for the same
reason: driven to foul play, and if possible 20 yard from our posts,
full front, giving three cheap points to the English, and making the
Swing Low sound. Our coffin was closed by Will Carling congratulating
the defeated players by a "Good game!" whose sole souvenir still drives
these players to tears today. That's what makes France total absence of
penalty during the second half of the game against the All Black a
feat. Tension with England was at its high, and the scrum was the place
for conducts which did not precisely belonged to the values of rugby.
This rivalry ended abruptly, in one night, during our unforgettable
victory during the third place match at 1995 world cup (19 -
9). French players all went to shake hands with Will Carling to tell
him "Good game!". Actually, the match ended later that night, the
players of both team having joined for a party which ended at dawn, and
ended this rivalry. It was also helped by the professionalism era,
which saw French players going to England, and English to France.
Raphael Ibanez, France's captain, plays at the London Wasps, and
Sebastien Chabal at Sale Sharks. English even hired a French coach in
1995, Pierre Villepreux.
This time has left a tradition, a will to win that makes a
victory special, but the terrible tension of 1988-1995 has ended. But
nevertheless : reaching final by winning the English would be a treat.
Going, like in 2003, to the small final would be a spoonful of vinegar.
And I'm thirsty
So, more than ever... ALLEZ LES BLEUS ! ! !
Ce billet, écrit à 00:05 par Eolas dans la catégorie Ovalie
a suscité :
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